Où nous retrouvons Jules. Jules qui doute de tout…

Certains veulent en savoir plus, sur Jules, voici un nouvel extrait, d’un Jules torturé par le doute…

Et Jules doute. Il doute de tout, du réel qui l’entoure, des autres qui passent. Et cette question qui lui revient, comme un refrain, cette question que posait son professeur de philosophie au commencement de chaque cours : « et si nous n’étions que le rêve d’un papillon ». Un papillon, comme un songe, furtif, qui passe devant les yeux. Et si c’était vrai, si tout tenait dans le rêve d’un cerveau de la dimension d’une tête d’épingle. Tout lui paraît incongru, posé là sans raisons évidentes, il cherche le vrai, ce dont il ne pourra jamais douter. Il y a le soleil qui se lève, ça fait comme un début à cette histoire, à l’histoire, au rêve…Et toujours le papillon derrière chaque certitude. Jules doute : il n’y rien, rien dont il ne puisse avoir la preuve, rien à qui il puisse dire : « regarde-moi chose, objet, regarde-moi vivant et existe moi… »

La preuve, quelle preuve ont dit les autres ? Les autres : des vivants qu’il rencontre chaque jour, qu’il voit, qu’il retient pour le lendemain, pour toutes les prochaines fois où ils lui diront : « ça va Jules, ça va depuis hier, depuis tout à l’heure, depuis toujours ». Et Jules qui ne les croit pas parce qu’il doute, parce qu’il cherche comment c’est fait le vrai, parce qu’il est persuadé que chaque nuit il y a des mondes qui se fabriquent, d’autres mondes avec d’autres Jules qui cherchent, qui attendent, qui doutent.

Il en est sûr parce qu’il le fait lui-même, chaque nuit. Il sait que ces mondes existent quelque part, ailleurs, entre ses rêves et ceux d’un papillon. Alors il se dit qu’il n’y a pas de raisons de croire l’un plus que l’autre. Quand Jules rêve à cette femme qu’il aime, il dit qu’il rêve mais il sait que cette femme existe, qu’elle est dans un vivant ailleurs, il sait qu’elle n’est pas plus fabriquée que lui. C’est peut-être elle qui rêve, elle qui l’existe, elle est peut-être le papillon qui passe devant les yeux, et qui pose un songe comme une goutte de miel au creux de son histoire.

Mains dans les poches…

Mains dans les poches, mâchoires serrées, épaules rentrées,

Il marchait

Silhouette de l’ombre, parenthèse ouverte,

Il cherchait.

Regard au sol, sourires oubliés,

Il attendait.

Pas un ne l’effleure,

Pas un ne bouge,

Pas un ne l’existe

Dans la rue si droite,

Seul, abandonné

Il invente une courbe.

Autour de lui,

Rares regards qui bougent,

Pas à un mot à lui offrir,

Pas un son pour le relever.

Mains dans les poches, mâchoires serrées, épaules rentrées,

Il marchait.

Silhouette sans ombre, parenthèse fermée

Il glisse sans un bruit,

Où l’on comprend que Jules aimait l’orage…

Aprés Anton, Marc, Marcel, découvrons Jules, personnage clé de mon troisième manuscrit sur lequel je travaille encore… Son titre ? Un orage en février…. Je vous en propose quelques extraits.

Jules aimait l’orage. Quand les premiers éclairs embrasaient le ciel, il sortait et attendait. Les premières gouttes étaient les meilleures. Chaudes, garnies d’odeurs, quand elles le touchaient, il frémissait.

Aux premiers grondements de tonnerre, il frissonnait. Il ne savait plus où donner des sens. Il aurait voulu s’inventer une partie du corps qui puisse voir, sentir, entendre et toucher. Tout en même temps. Il aurait voulu être le prolongement de cette terre qui le soutenait. Et rester nu, sous la pluie battante, sentir l’eau du ciel contre sa peau, en voyage vers le sol.

Mais il ne fallait pas, il y avait les autres. Il y avait la peur. Il y avait ceux de derrière les carreaux. Ils ne supportaient l’eau que lorsqu’elle circule dans des tuyaux, qu’elle se mélange aux savons aux odeurs inventées. Ils l’auraient cru fou, définitivement.

Ce soir Jules se souvient de tous ces soirs d’été. Il se souvient de l’herbe. Il s’y roulait, juste avant la pluie, quand elle attend, quand elle s’apprête à recevoir des armées de gouttes. C’était une herbe coupante, recroquevillée, comme un tapis avant le combat. Il se couchait et fermait les yeux.

Où l’on découvre que Anton entend la mer dans les sapins…

…Un jour, c’était peut-être à la table de la cantine de son lycée Marcel a dit comme ça, sans prévenir, « si plus tard j’ai un fils je voudrais qu’il atteigne l’impossible et qu’il parvienne à l’incroyable » …

Impossible, incroyable, Anton est né avec ces deux mots gravés en lui. Il est né avec…

Pour atteindre l’impossible, Marcel disait qu’il faut commencer à regarder le monde avec les yeux de l’intérieur, ceux qui ne sont pas abîmés, par la morale, la connerie, l’ambition et surtout par le regard des autres. Le regard qui juge. Marcel l’a expliqué à Anton, très jeune : « ne regarde pas comme les autres, n’écoute pas ce qu’ils te disent, sors de leur route toute tracée, choisis ton chemin ». « Et si on te répond que ce n’est pas possible d’entendre la mer lorsque tu es dans la forêt, ne dis rien, ferme les yeux et plains les, eux qui n’entendent pas les arbres qui s’essaient au bruit des vagues ». « S’ils te disent que c’est ton imagination qui te joue des tours, dis-leur que c’est leur imagination qui est en panne, qui est fatiguée, dis-leur que c’est quand on ne veut pas voir ce qui est vrai, quand on ne veut pas entendre le bruit des vagues qui secouent les crêtes des sapins qu’on s’est trompé ».

« L’imagination qu’ils te proposent n’est pas la tienne, tu n’en veux pas de ces artifices pour enfant naïf qui fabriquent du magique pour empêcher d’aller ailleurs, de choisir d’autres chemins, tu n’en veux pas de cette mythologie préfabriquée qui fabrique des rêves à la chaîne, toujours les mêmes, depuis longtemps, et pour tout le monde. Toi tu dois leur dire que les arbres tu les vois bien comme des arbres, pas comme de vieilles femmes aux doigts crochus ou autres monstres qu’on veut entrer de force dans les têtes pour que toutes les peurs soient identiques. Toi tu ne dois pas être comme les autres. Les arbres tu dois les voir arbres et la mer que tu entends, quand ils bougent dans le vent, tu dois te dire que c’est la mer. Tu ne dois pas dire : il font comme la mer, c’est comme la mer, j’ai l’impression d’entendre la mer, tu ne dois pas dire cela parce que c’est injuste , c’est injuste pour les arbres d’abord, pour la mer surtout ! C’est comme si tu disais que la mer n’existe pas, qu’elle est ailleurs, plus loin, toujours plus loin, et qu’elle n’appartient qu’à ceux qui prétendent qu’ils l’ont vue, qu’ils l’ont entendue, avec leurs mots à eux, avec des mots fabriqués par d’autres pour dire que la mer existe, ici, et pas ailleurs… »

« Toi tu dois dire que la mer elle existe, ici, dans ces forêts d’altitude, tu dois te dire qu’elle est là, par ce vent, comme une mémoire…… »

Dans ma mémoire de papier…

Dans ma mémoire de papier,

Feuille blanche pleure,

Larmes de mots gris.

J’entends la tempête à l’intérieur,

Le vent coule dans mes veines.

Dans mon ordre intérieur,

Pas une ligne droite, pas un battement de cil,

Dans le désordre de mon cœur

Des sourires aux courbes bleues

Des mains qui se posent,

Les doigts qui s’effleurent,

Dans la bouillie de mes rêves

Tout est joie qui se pose.

Année 2016

Poèmes de jeunesse : suite.

…Tu te surprends

Pleurant l’attente

Du troubadour jouant le désir

Sans aumône

T’entends déjà le fourmillement d’une foule

Qui arrive par paquets de bottes

Tu te soulignes à grands traits de rencontres

Avec des fossoyeurs d’esprit littéraire

Alors tu crois oublier les bottes

Parce qu’elles sont derrière la porte

De celui qui t’ouvre les yeux

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées

Avant que ne meurent les discours du hasard

Sois sur que t’as aimé

Pour que le jour où tu animeras ton absence

Les suicidés de l’ennui

N’oublient pas que tu étais avec eux..