La moitié et son double : suite et fin.

En musique, en poésie comme en tout, tout ce qui cherche à s’approcher de  la perfection académique, ne les touche pas, et les prouesses électroniques de ceux qui  font de la musique avec des logiciels  les laissent indifférents. Le père le rappelle  souvent d’ailleurs en citant Ferré «  la musique est une clameur » et le fils, lui répond à chaque fois «  et les poètes qui ont recours à leur doigts pour savoir s’ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes ce sont des dactylographes ».

La pluie, il leur faudra de la pluie, pour que leurs gorges se serrent aux évocations des ouvriers de Pittsburgh, de Youngstown ou d’ailleurs. Il  leur faudra de la pluie pour entendre la rivière : « the river », c’est curieux ce mot lorsqu’il est chanté, avec dans le fond les frottements de  balais d’essuie- glaces vous donne envie de retrouver la source, toutes les sources, celles qui pour Bruce comme pour d’autres habillent les mots, les enrobent, leur donnent de telles tonalités qu’ils ne sont plus des mots, mais des cocktails qui mélangent regards sourires et soupirs.

Ils ont acheté l’auto, c’est le père qui a payé, elle n’était pas chère, forcément une voiture qui sent le vieux cuir et la graisse refroidie. Ils partiront le week-end suivant, il faudra d’abord installer le lecteur de CD et penser à l’itinéraire qui les conduira pendant plus de trente sept heures dans une série de villes industrielles. Ils partiront  de Saint Etienne, évidemment, c’est qu’ils sont nés, ils partiront de cette ville où leur idole a fait un de ses plus grands concerts, il y a longtemps déjà, avant même que le fils ne naisse, à une époque, où il y avait encore de la fumée grise qui sortait des cheminées des aciéries.

Après ils continueront vers le nord et l’est.

Ils sont montés sans un mot se sont étirés sur les sièges, et ils ont démarré.

Ils ne parlent que très peu, c’est inutile, il faut laisser agir les émotions

Au  bout d’une quinzaine  d’heures, à la presque moitié du parcours,  le père a  souri, il était bien dans ses cinquante ans, il a regardé son fils, habité par un de ses morceaux préférés : Philadelphia…

–  La prochaine fois dans dix ans  ce sera Dylan !

– Mais papa Dylan c’est le double !

– Il faut garder l’espoir mon fils !

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