Mes Everest, Victor Hugo. « Quand la lune apparaît dans la brume des plaines »

En hommage à la brume, un de mes thèmes favoris, un poème d’un de mes maîtres, pas le plus connu, mais tellement beau

Quand la lune apparaît dans la brume des plaines,
Quand l’ombre émue a l’air de retrouver la voix,
Lorsque le soir emplit de frissons et d’haleines
Les pâles ténèbres des bois,

Quand le boeuf rentre avec sa clochette sonore,
Pareil au vieux poëte, accablé, triste et beau,
Dont la pensée au fond de l’ombre tinte encore
Devant la porte du tombeau ;

Si tu veux, nous irons errer dans les vallées,
Nous marcherons dans l’herbe à pas silencieux,
Et nous regarderons les voûtes étoilées.
C’est dans les champs qu’on voit les cieux.

Nous nous promènerons dans les campagnes vertes ;
Nous pencherons, pleurant ce qui s’évanouit,
Nos âmes ici-bas par le malheur ouvertes
Sur les fleurs qui s’ouvrent la nuit !

Nous parlerons tout bas des choses infinies.
Tout est grand, tout est doux, quoique tout soit obscur.
Nous ouvrirons nos coeurs aux sombres harmonies
Qui tombent du profond azur.

C’est l’heure où l’astre brille, où rayonnent les femmes.
Ta beauté vague et pâle éblouira mes yeux.
Rêveurs, nous mêlerons le trouble de nos âmes
A la sérénité des cieux.

La calme et sombre nuit ne fait qu’une prière
De toutes les rumeurs de la nuit et du jour ;
Nous, de tous les tourments de cette vie amère
Nous ne ferons que de l’amour !

Un commentaire sur “Mes Everest, Victor Hugo. « Quand la lune apparaît dans la brume des plaines »

  1. Bonjour, merci pour ce poème. Hugo aime bien les forêts profondes au soleil couchant. Ca me fait penser à sa poésie  » à quoi pensaient les deux cavaliers dans la forêt » que je reproduis in extenso ( elle est un peu longue ::)))

    La nuit était fort noire et la forêt très-sombre.
    Hermann à mes côtés me paraissait une ombre.
    Nos chevaux galopaient. A la garde de Dieu !
    Les nuages du ciel ressemblaient à des marbres.
    Les étoiles volaient dans les branches des arbres
    Comme un essaim d’oiseaux de feu.

    Je suis plein de regrets. Brisé par la souffrance,
    L’esprit profond d’Hermann est vide d’espérance.
    Je suis plein de regrets. O mes amours, dormez !
    Or, tout en traversant ces solitudes vertes,
    Hermann me dit : – Je songe aux tombes entr’ouvertes ; –
    Et je lui dis : – Je pense aux tombeaux refermés.-

    Lui regarde en avant : je regarde en arrière,
    Nos chevaux galopaient à travers la clairière ;
    Le vent nous apportait de lointains angelus ;
    dit : – Je songe à ceux que l’existence afflige,
    A ceux qui sont, à ceux qui vivent. – Moi, – lui dis-je,
    Je pense à ceux qui ne sont plus !

    Les fontaines chantaient. Que disaient les fontaines ?
    Les chênes murmuraient. Que murmuraient les chênes ?
    Les buissons chuchotaient comme d’anciens amis.
    Hermann me dit : – Jamais les vivants ne sommeillent.
    En ce moment, des yeux pleurent, d’autres yeux veillent.
    Et je lui dis : – Hélas ! d’autres sont endormis !

    Hermann reprit alors : – Le malheur, c’est la vie.
    Les morts ne souffrent plus. Ils sont heureux ! j’envie
    Leur fosse où l’herbe pousse, où s’effeuillent les bois.
    Car la nuit les caresse avec ses douces flammes ;
    Car le ciel rayonnant calme toutes les âmes
    Dans tous les tombeaux à la fois !

    Et je lui dis : – Tais-toi ! respect au noir mystère !
    Les morts gisent couchés sous nos pieds dans la terre.
    Les morts, ce sont les coeurs qui t’aimaient autrefois
    C’est ton ange expiré ! c’est ton père et ta mère !
    Ne les attristons point par l’ironie amère.
    Comme à travers un rêve ils entendent nos voix.

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