Une journée d'automne… inédit de 1980…

Je range, je fouille, j’ouvre de vieux cahiers et tombe parfois sur des bouts, sur des essais, parfois maladroits, un peu emphatiques, mais je suis indulgent avec celui qui écrivait il y a quarante ans. Je cherche les traces, dans les mémoires du papier…

C’était une journée d’automne qui se terminait par petites flaques, sur le pavé gluant. Plus rien n’avait l’odeur du neuf. Dans chaque grain de poussière, dans chaque molécule de vie, un parfum de moisissure tirait des larmes aux passants du soir. Dans les yeux de ceux qui se croisaient, il y avait cette lueur de désespoir, si vraie, si dure, si fatidique, si irréversible. Comme si…

Comme si la destinée de chacun était contenue dans ce bruit, sourd et continu, bruit qui m’arrache encore des larmes tant il est dur de se sentir glisser sur des pentes où l’amour n’existe plus que par pointillés jaunâtres. Le ronflement de l’alentour produisait comme un halo de brouillard, mais il m’étouffait plus que n’importe quel autre, il m’étouffait en dedans, il me bouffait mon printemps qui à cette heure-ci n’était pourtant encore qu’inscrit en marge, en attente de frénésie, en attente d’irréel…

7 commentaires sur “Une journée d'automne… inédit de 1980…

  1. Ce bruit sourd et continu que tu évoques, je l’assimile à celui du train…Je n’ai jamais habité loin d’une voie ferrée, meme aujourd’hui en campagne…Cela me bouleverse au plus haut point .., Et alors me retrouver à attendre à un passage ferroviaire et apercevoir des visages furtivement sans savoir si je suis vue moi aussi…
    Rien ne bouffe le printemps…

    J'aime

    1. En fait ce bruit que j’évoquais aussi, et que j’évoque parfois dans d’autres de mes vieux textes, c’est celui de l’usine, avec un grand U . Jeunes j’habitais une ville qui était elle même habitée par l’usine, l’aciérie, la forge, la chaudronnerie, le bruit continu du métal que l’on coule, que l’on frappe que l’on transforme. Mais sinon c’est vrai que le bruit du train et le thème même du train est permanent dans beaucoup de mes textes notamment les plus récents. J’ai même écrit un roman que j’avais proposé à Grasset, qui s’appelait « un voyage contre la vitre » cette vitre toujours un peu poisseuse contre laquelle tu te colles, et à travers laquelle on peut parfois voir des visages, des silhouettes sur le quai d’une gare, et les regards essaient de se croiser…

      Aimé par 1 personne

      1. Oui je comprends cela…
        J’ai aimé pendant longtemps le bruit (très lointain) des tronçonneuses dans les bois, qu’on me pardonne ma faille écologique en énonçant cela, mais j’aime toujours les bruits de l’activité humaine quand elle est lointaine et sans voix…

        Aimé par 2 personnes

  2. En lisant votre texte, j’entend des bruits accablants, comme un train désarticulé ou un affaissement des rails. L’industrialisation résonne, j’en respire aussi la poussière et suis tout autant ébranlée par vos mots. Beau texte ! Il n’aura cessé de m’émouvoir.

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.