Quelques mardis en novembre : extraits…

Je vais publier quelques extraits supplémentaires de ce premier roman écrit il y a quarante ans et retravaillé il y a 25 ans. Nous retrouverons dans ces passages qui se suivent, le narrateur, qui souffre de l’absence de Héléna : elle est partie, assez loin, ils se voient de moins en moins souvent »

C’était la dernière semaine de novembre, un mardi. Ce soir-là, Héléna m’a téléphoné. Simplement pour me dire qu’elle ne pourrait pas venir le prochain week‑end. Il y avait un inventaire à effectuer obligatoirement avant les fêtes de fin d’année. C’est curieux, mais je m’y attendais. Je ne lui ai presque rien dit, je ne l’ai même pas interrogé. J’avais la sensation d’être à nouveau entré dans une des courbes de la spirale qui ne me quittait pas depuis presque deux ans. Je me suis même entendu lui dire que ce n’était pas grave, qu’on en serait d’autant plus heureux de se retrouver la semaine d’après. Elle m’a dit que c’était pas marrant un inventaire, qu’il leur faudrait rester enfermés dans le magasin pendant deux jours. Je ne l’écoutais même plus, j’étais déjà tombé entre les griffes de cette angoisse monstrueuse que je connaissais trop bien. Elle m’a dit quelques mots d’amour auxquels j’ai répondu par quelques soupirs qu’elle ne pouvait entendre.

Je ne comprenais pas. Je ne comprenais pas pourquoi il faudrait attendre quinze jours de plus. Je m’étais habitué à ce rythme hebdomadaire. Les trois premiers jours de la semaine se vivaient dans l’écho du week‑end, et les deux suivants étaient comme un souffle que l’on retient avant de prendre une nouvelle bouffée d’air frais. Je ne lui en veux pas. Je m’oblige à ne pas voir la situation en noir. Je me dis que je recevrai une lettre, certainement plus longue que d’habitude. Elle remplacera un peu ce week‑end qui nous a été volé.

Je vis cette fin de semaine un peu bizarrement, avec cette boule d’angoisse que j’entends rouler au creux de mon estomac à chacun de mes déplacements. Je n’ai rien fait, je n’ai même pas attendu. J’ai, une fois de plus, eu la sensation de ne vivre qu’une histoire toute simple dont je n’étais que le témoin. Je me sens plus que jamais inscrit dans le provisoire.

Tout n’était finalement que provisoire, son absence, ce silence qui étouffe, ce dimanche si creux, si terriblement « dimanche ». Tout n’est que provisoire, je me sens de passage au milieu de cette histoire dont je distingue de plus en plus les contours de la fin dans l’agonie de ce week‑end.

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