Dans ma mémoire de papier…

Lisbonne, le port de commerce

Dans ma réserve à émotions,

Dorment quelques ports,

Aux couleurs métalliques.

Pas une voile, pas un visage buriné.

Dans ma réserve à poésie,

Tant de terres oubliées,

Tant de beautés condamnées.

De mots en mots,

J’accoste sur des rives étonnées,

Je cueille les couleurs abandonnées.

Une à une, je les inspire,

Feuille à feuille,

Elles peuplent ma mémoire de papier

8 octobre 2019

Où l’on comprend pourquoi Anton s’appelle Anton…

Un Antonov An-22 à l’atterrissage, en 2008.

…Anton se prénommait Anton parce que son père aimait la Russie. Anton c’était, d’après son père tout au moins, un prénom russe. Son père aimait la Russie donc, mais il aimait les avions aussi, pas n’importe lesquels, les gros, les très gros, ceux qu’on appelle les avions cargos ! Et le plus gros d’entre eux, enfin c’était son père qui le disait, s’appelait l’ANTONOV 22 et son père qui aimait les russes et qui aimait les avions- plus précisément les avions cargos- aimait par-dessus tout l’ANTONOV 22. Il s’agissait d’un avion-cargo russe ou plutôt soviétique, parce que pendant cette période, on confond un peu tout, et on parle des soviétiques en lieu et place des russes et inversement. Mais ceci est une autre histoire, qu’il nous faudra peut-être raconter d’ailleurs.  Il faudrait ajouter à cela, mais nous n’en finirions plus que par-dessus tout, plus que les russes, plus que les soviétiques plus que les avions, son père aimait les cargos, les vrais, ceux qui vont sur les océans. Et quand son fils est né, son père qui avait l’esprit en escalier a bien sûr pensé d’abord à la mer, puis aux cargos, pour en arriver aux russes et aux avions cargos russe, et finalement donc à l’ANTONOV 22, c’est simple, limpide même…

Histoires d’Anton: Anton embarque…

…Anton est en avance. Sur le quai, l’ombre que laisse le cargo sur le sol poisseux est si épaisse qu’on la croirait couverte d’une bâche graisseuse. Il est seul, sa gorge se serre, face à ce mur de métal qui dans quelques heures l’abritera. Il aime cette odeur, elle n’existe nulle part ailleurs. C’est un savant mélange de toutes ces matières qu’on hésite à marier parce que les lois de la physique ne veulent pas les réunir. Le fer, cette chair que la terre offre aux hommes pour qu’ils aillent sur l’eau sur d’immenses bâtiments. Le fer, la mer, tout à l’heure il sera à bord, il touchera, il sentira et il sourira. L’homme qui lui a promis d’embarquer, croisé la veille sur le vieux port vient d’arriver. Il lui fait signe de le suivre, ils franchissent ensemble la coupée. Ils sont à l’intérieur du monstre d’acier, l’homme marche vite, Anton peine un peu, il n’a pas l’habitude, tout est nouveau, les coursives sont étroites, il faut baisser la tête pour franchir les portes. Ils arrivent dans le carré des officiers, l’homme est un des leurs, il présente sa dernière trouvaille. « C’est un jeune homme de Limoges, il veut naviguer… » Ils se regardent et sourient. On lui explique que c’est l’habitude de ce cargo, prendre un jeune, comme lui, pour voir, pour l’aider. Il ne sera affecté à aucune touche en particulier, un peu le factotum ou le bouche trou quoi. Anton serre les dents, c’est sa manière à lui de ne pas laisser échapper sa joie…