Retrouvons ce brave Patouf

Ils sont venus me chercher à plusieurs, j’ai toujours autant de mal avec le calcul. Je ne sais pas pourquoi. Bref, ils sont plusieurs et je remue la queue. Le plus grand c’est Yann. Il me prend dans ses bras et les autres me regardent avec envie. Il y a leur père qui est ému et ça, ça me fait rire, enfin à l’intérieur, parce que ça non plus je n’ai pas le droit de le montrer. En fait, je crois que je n’ai pas le droit de montrer les dents, il paraît pas que ça se fait pas pour un chien. Pour un loup oui, là ça fait bien, ça fait sauvage. Le plus grand, c’est l’aîné je crois, ils disent comme ça chez les hommes. Chez nous ce n’est pas pareil, dans la portée il y a des plus grands, des plus gros, mais on a tous le même âge. Mais je m’égare, et on va certainement dire que j’écris mal : en plus du plus grand, il y a un autre garçon, un petit blondinet, petit mais costaud, je l’aime bien lui, on l’appelle Bastien. Et surtout, il y a une petite, c’est Alice. Elle est petite Alice. C’est la plus petite, mais je sais déjà qu’avec elle ça va être la fête. D’ailleurs tous mes frères et sœurs ont compris qu’avec elle ça promet d’être la belle vie, alors avec moi ils s’accrochent tous au bas de sa robe, on la mordille et comme elle est très calme, elle n’a pas peur, on continue ça nous plait, on dirait un manège de chiots. Les autres ne voient pas, ils discutent, demandent des conseils, pour me nourrir. J’ai envie de leur dire de pas s’inquiéter, j’ai l’estomac en béton. Personne ne le sait ici mais j’ai déjà mangé deux éponges la semaine dernière. En cachette. Pourquoi des éponges ?  Je ne sais pas, mais franchement j’adore ça surtout quand elles sont encore un peu grasses, je les gobe comme des huîtres.

Le chef de la meute ç’est bien sur le plus vieux, c’est lui qui donne l’argent à l’autre.  Je dis l’autre parce que je ne connais pas son prénom.  Ça y est : il lui sert la main. L’autre je ne l’aimais pas : il ne me parlait jamais, ni à moi ni à mes frères et sœurs. Ni à maman…

Il écrit comme un chien…

Il y a quelques années, un peu après la disparition de notre chien « Patouf » j’ai écrit une nouvelle, un peu originale. J’ai écrit comme un chien…. Une forme d’hommage au personnage attachant, dont vous découvrez le portrait ci-dessous …


La première fois ou je les ai vus, ils étaient trois, je crois, ou plusieurs. Je ne suis pas sensé savoir compter. Je  ne suis pas sensé savoir penser aussi, avec des mots s’entend, avec ces mots, ceux qui s’écrivent, ceux que vous lisez, là justement.

Je suis sensé être bête, être une bête. Vous allez me lire et je sais déjà, ce que vous allez dire, si vous n’êtes pas l’un d’eux. Voilà ce que vous allez dire avec un petit sourire amusé ( un petit sourire carnassier, tiens tiens.. ) : « encore un petit écrivain qui cherche à se rendre intéressant en  usant de vieilles ficelles juste bonnes à endormir les enfants. »

J’imagine déjà les titres : un petit écrivain en mal de succès invente un nouveau style littéraire : l’écriture canine : une écriture naïve, stupide, pataude et surtout vous serez mauvais, méchant.   Comment peut-on oser parler de littérature quand on lit ce texte maladroit, poussif, comme s’il avait été, péniblement écrit, par un petit enfant ? Bien sûr on cherchera l’auteur, puisque je l’aurai signé de mon nom de mon vrai nom : Patouf ! Un livre signé Patouf, mais de qui se moque-t-on ?

Mais non, là je rêve, je fantasme, si on cherche l’auteur c’est qu’on le lira, et si un jour on le lit c’est que j’aurai réussi à l’écrire jusqu’au bout et à faire en sorte que quelqu’un le lise et se pose la question.

Je  sais aussi ce qu’il faut croire,  ce qu’on peut croire, ce qu’il est impossible de croire et ce qu’on aimerait bien croire. Je sais que les hommes croient que l’un d’entre eux, un jour, est né comme cela, sans que sa mère ne sente, un sexe entrer en elle. C’est pour cela qu’on l’appelle la vierge… Je ris, intérieurement, parce que si je ris un peu fort on va croire que j’aboie, et ça ne se fait pas d’aboyer sans raison apparente !

Comment je sais tout cela, comment je le sais ? C’est lui qui me l’a dit, c’est lui, c’est eux. Eux ils n’étaient pas pareils, je pense que si un jour ils découvrent ce que j’ai écrit ils ne seront peut-être même pas étonnés, ils liront, et ils diront : « tiens Patouf, a écrit, il nous a écrit ».  Oh bien sûr il y en d’autres qui leur diront qu’ils sont dingues, qu’ils sont complètement allumés, que ce n’est même pas drôle » ; tant pis je sais qu’ils y croiront, alors je continue, ce n’est pas facile, franchement vous ne pouvez pas savoir, mais je le fais, j’expliquerai plus tard comment je m’y prends.

Bref, voilà ça c’était l’introduction, ou le début, le préambule quoi, histoire d’expliquer que ce texte  est et sera  un peu spécial.