Mes Everest, Louis Aragon…

Amour d’Elsa…

         J’ai des peurs épouvantables

         Pour trois lignes de sa main

         Ses gants posés sur la table

         Un chat noir sur mon chemin

         L’oiseau l’étoile ou l’échelle

         Tout m’est présage glaçant

         Tout un monde parle d’elle

         Un langage menaçant

         Ce que vendredi me laisse

         Qu’en fera le samedi

         Je crains qu’un mot ne la blesse

         Je crains tout ce qu’on lui dit

         Tout d’un coup pourquoi se taire

         Dans la chambre d’à côté

         Son silence est un mystère

         Que je ne puis supporter

         Je crains d’une crainte affreuse

         Tout ce qui peut arriver

         Une phrase malheureuse

         Les ardoises les pavés

         Elle dort je la crois morte

         Encore un pressentiment

         Mon cœur bat comme une porte

         Quand elle sort un moment

         Le monde est plein d’escarbilles

         Le chien mord le cheval rue

         Es-tu folle Tu t’habilles

         Tu vas sortir dans la rue

         Tu vas sortir Quelle aventure

         Sortir sans moi le vilain jeu

         J’ai la terreur des voitures

         Je crains l’eau comme le feu

         Mes jours entiers sont faits d’elle

         L’univers est son reflet

         Derrière les hirondelles

         Le ciel reste ce qu’il est

         Perversité des pervenches

         Ses yeux à travers ses doigts

         Quand le froid fait ses mains blanches

         Comme la neige des toits

         Jaloux des gouttes de pluie

         Qui trop semblent des baisers

         Les yeux de tout ce qui luit

         Sont raison de jalouser

         Jaloux jaloux des miroirs

         Des morsures de l’abeille

         De l’oubli de la mémoire

         De l’abandon du sommeil

         Du trottoir qu’elle a choisi

         Des mains frôleuses du vent

         Ma vivante jalousie

         Qui me réveille en rêvant

         Jaloux d’un chant d’une plainte

         D’un souffle à peine un soupir

         Jaloux jaloux des jacinthes

         D’un parfum d’un souvenir

         Jaloux jaloux des statues

         Au regard vide et troublant

         Jaloux quand elle s’est tue

         Jaloux de son papier blanc

         D’un rire ou d’une louange

         D’un frisson quand c’est l’hiver

         De la robe qu’elle change

         Au printemps des arbres verts

         De la voir aimer le feu

         D’une branche qui la suit

         D’un peigne dans ses cheveux

         À l’aurore de minuit

         De qui donc est-elle éprise

         Qu’elle porte ses turquoises

         Ah la nuit me martyrise

         Avec ses ombres narquoises

         Jaloux en toute saison

         Traversé de mille clous

         À perdre toute raison

         D’un parfum d’un souvenir

         Jaloux de toute la terre

         Quand elle arrive un peu tard

         Tous ses gestes sont mystère

         Jaloux jaloux des guitares


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