Matinales…

Sur les hauts plateaux du Cantal

Vers le ciel j’ai tant levĆ© la tĆŖte

Est venu le jour où est entré le bleu

OubliƩs les murs de nos grises cellules

Chantent et dansent les couleurs en fĆŖte

J’ai jetĆ© la clĆ© des rĆŖves fermĆ©s

PoĆØmes de jeunesse : « dans la nuit d’un samedi stĆ©phanois »

J’ai Ć©crit ce texte il y a quarante quatre ans, avec vraisemblablement comme fond musical, le stĆ©phanois de Bernard Lavilliers, la photo est beaucoup plus rĆ©cente….

Nuit stƩphanoise

Samedi soir

Nouveau dƩpart

Nouvelle chute

Pour une inconnue

De rires

Liquides

BĆ©quilles pour s’Ć©clater

Dans les rues

Des comme nous

Qui traƮnent leur habitude

De la petite semaine

Qu’ils ont brĆ»lĆ©e

Dans des pauvres jeux quotidiens

Qu’ils continuent encore

Parce que c’est bon

Parce que le siĆØcle s’Ć©ssouffle

Et ne veut plus d’eux

Ils sont nĆ©s pendant l’Ć©pidĆ©mie

Ils subsistent pendant l’agonie

Alors ils s’en foutent

Ils veulent aller plus vite

Parce qu’autrement

Ils n’auront plus que leur ombre cerceuil

A simuler

On les montre du doigt

Quand ils s’exagĆØrent

On les ignore quand ils se terrent

Ils traƮnent tous ensemble

A construire un monde

Qui s’Ć©croule Ć  chaque aurore

Regarde les dans les villes qui s’enterrent

Regarde les dans les villes qu’ils aiment

Par la multitude des autres

Des ceux qui sont comme eux

Regarde les

T’es comme eux

Regarde les….

Flash…

J’ai soudain faim

Je coupe une belle tranche de rire

Dans une tourte Ơ la croƻte chatouilleuse

Je croque et craque

Le chant doux de la mie

Glisse dans le creux de mon oreille

Une rime Ơ la miette dorƩe

Semailles…

Dans le jardin des mƩmoires de demain

J’ai semĆ© un vieux fond de graines de rires faciles

C’est la bonne saison

Je le sais je le sens

C’est le temps

Le temps si rond si long

De la bonne raison

Il le faut on attend

Regarde

Les granges dƩbordent de molles pailles

OubliƩes de vieilles moissons

Entends les pleurs des rides sĆØches de la terre

Aux prochains soleils levƩs

Tu cueilleras ta premiĆØre fleur au sourire cĆ¢lin…

Matinales…

Il est des matins roux
Qui emplissent de rĆŖves
Les fonds de faille
De nuits ocres aux angles droits
Ils posent lƩgers
De douces caresses
Sur nos joues creusƩes

27octobre

Matinales…

Il est des jours qui dƩbutent en riant
Dans le fracas d’un songe de nuit
On a trouvƩ des traces de blanche paix
La nuque est raide de ces longs combats
La bouche est sĆØche des mots durs
Qu’elle a crachĆ©
Le matin nouveau Ʃtire ses longues ailes
Il est venu le temps des bons amis

26 septembre

PoĆØmes de jeunesse :  » Ć  toi.. » deuxiĆØme partie

Mais on y croit encore

Parce que l’unique s’immobilise

Parce que la rĆØgle est identique

Parce que les textes gravent leurs mots

Pour s’en souvenir

Et pour que les autres disent

Qu’ils ont bu

Une autre chose

Une autre dose

Qui oublie le hasard

Du verbe sans sommeil

Qui oublie le remords

Du jour sans soleil

A vanter des histoires

On finit par crever

Alors toi tu t’inventes une mort

Pour les lĆØvres de celle qui t’Ć©coute

Et tu lui parles d’une autre

Partie pour lĆ -bas

Et elle te tient la main

Parce qu’elle sait que t’as peur

Et toi tu as envie de lui dire

Que tu l’aimes

Parce que c’est vrai

Mais tu as peur

Parce qu’elle est trop proche

Parce qu’elle ressemble trop

Au souvenir

Que tu as voulu oublier

Mais qui appartient aussi Ć  d’autres

A celles que tu n’as pas prĆ©vues

Mais que tu arrives Ć  rencontrer

FƩvrier 1980

Matinales…

C’est un matin qui boitille

La nuit aux pierres lourdes

Lui pĆØse encore sur le dos

DerriĆØre les grises vitres

Un presque jour se dƩbat

Au loin la belle lueur

Attend l’agonie du triste sombre

25 septembre 2025

PoĆØmes de jeunesse : « Ć  toi » premiĆØre partie

Je reviens avec mes poĆØmes de jeunesse : en voici un nouveau que je viens de redĆ©couvrir et que je publie en deux parties…

Gueule de vagabond

Esprit moribond

Ton oeil se perd dans ta mƩmoire

Comme ta larme

A l’horizon de ton regard

S’est noyĆ©e

Dans un voyage sans retour…

Partie, finie

TotalitƩ sans remords

Pour un fou qui s’en fout

Dans l’histoire de son rĆŖve

Qui s’Ć©touffe en recherchant

Partie, finie

Jouet d’un regard

Qui dit toujours non

Parce qu’il a peur du champ

Où ils ont cultivé son indifférence

Et où il a disparu

EmportƩ par une affreuse ressemblance

Avec la mort

Des ceux qui le lui ont dit…

Mais pourquoi

Pourquoi ?

Matinales…

La Charente avec dans le fond Rochefort et le pont transbordeur, photo rƩalisƩe par ma cousine Aline NƩdƩlec

A l’ouest de mon premier regard
S’étire en glissant ce long soupir
Chant de brumes d’autres mĆ©moires
Il est difficile d’être triste longtemps
Ce n’est plus ton rire qui invite au combat
Je garde en secret ce fond de silence
Je te l’offre tu feras un bouquet de fleurs sĆ©chĆ©es

Mes Everest, Boris Vian : « pourquoi je vis. »

Pourquoi que je vis
Pour la jambe jaune
D’une femme blonde
AppuyƩe au mur
Sous le plein soleil
Pour la voile ronde
D’un pointu du port
Pour l’ombre des stores
Le cafƩ glacƩ
Qu’on boit dans un tube
Pour toucher le sable
Voir le fond de l’eau
Qui devient si bleu
Qui descend si bas
Avec les poissons
Les calmes poissons
Ils paissent le fond
Volent au-dessus
Des algues cheveux
Comme zoizeaux lents
Comme zoizeaux bleus
Pourquoi que je vis
Parce que c’est joli

Belle brune…

Au sommet de nos peurs bƩtonnƩes

Doucement

A tâtons

Nous cherchons

Ce vieux bout de brume

Que belle brune

En rĆŖvant a soulevĆ©…

Silence pluvieux…

Silence pluvieux,
J’ai la mer au bord des yeux.
Dans le loin bleu
De mes mƩmoires salƩes,
Deux ailes se sont envolƩes.
Vent d’hier,
Sur les vagues les a posƩes.
Explose l’écume,
S’envolent perles de brume.
Regarde la mer belle.
Sur la plume de tes mots
A la feuille amarrƩe,
Mer a chantƩ,
Mer a soufflƩ.

Matinales

S’il reste quelques miettes de vrai

Dans le fond de la vieille marmite de vƩritƩ

Nous gratterons avec la fourchette de l’espoir

Et porterons Ć  la bouche ces restes d’hier souriant

22 septembre

Flaques…

On a tous un rĆŖve de flaques

Longue et large

Petite mer des belles amitiƩs

Comme l’enfant insouciant

Au rire parfum d’ocĆ©an

Les deux pieds joints

Tu sautes avec la jolie joie

Oui celle qui Ʃclabousse

On rit on pleure

Il pleut on s’Ć©broue

Gouttes de pluie perlent de lui

Larmes salĆ©es parlent d’une si belle

Et je sĆØme une suite de cailloux

Pour nos lendemains un peu fous

DerriĆØre la vitre…

DerriĆØre la vitre de nos envies

La grise ville nous a menti

Pas un bout de mer

Pas un souffle de ce bel air

Les vagues se sont figƩes

Dans leurs longues quêtes salées

Inspiration…

FenĆŖtre ouverte
Sur le rond silence bleu
Du matin frileux
J’attends les mots blancs
Qui frappent sur les vitres endormies
J’entends la pointe dure du stylo
Elle crisse et glisse
Sur ma belle feuille fripƩe
De sa longue nuit agitƩe

Le vent se lĆØve : 2

Sur la pente raide d’un chemin creux
Je presse le pas vers un sommet ivre de bleu
J’avance
Le souffle court d’un rire qu’on empĆŖche
J’attends
Crissement d’une caresse rĆŖche
Je frissonne
Longue et verte vague Ć  l’âme
Se jette en pleurant
Sur la rive molles de mes nuits blanches

Le vent se lĆØve…

DerriĆØre le tendre vert des collines alanguies
J’entends le vent qui bruit
Sans un cri
Un reste de pli bleu
Couvre ronde larme de si peu
Sur le bord gris de tes yeux bleus

Matinales…

C’est un matin au gris surpris

Je ne l’attendais plus

Au creux d’une nuit de songes soleil

Je riais Ć  n’en plus rĆŖver

De ces rideaux levƩs sur des mots enfants

Mots pirouette

Mots cabrioles

Qui bondissent rougissent

Te tiennent d’une main Ć©puisĆ©e du sucre interdit

Je ne l’entendais plus

Ce long cri de ce toujours dernier jour

Enfoui sous les draps d’une mĆ©moire oubliĆ©e

MĆ©moires…

Vieil homme se souvient

Dans le feu intƩrieur de son regard bleu

Un fond de mƩmoire brƻle de mille yeux

Vieil homme s’est assoupi

Dans un coin gris de ses souvenirs assƩchƩs

Une larme s’est envolĆ©e

PoĆØmes de jeunesse :

Il m’en reste encore, que je retrouve de ci, de lĆ …. En voici un, une pĆ©pite, Ć©crite en 1981…

La liste de tes dƩgoƻts

DĆ©passaient l’infini de ta soif

T’ajoutes de la pluie

A tes yeux secs

Ton soleil brillait

Le soir Ơ intervalles rƩguliers

Entre deux cris de prƩsence

Tu filtrais les paroles

En enfilant les vers

Sur des fils sans bouts

J’ai rĆŖvĆ© d’une fenĆŖtre…

Photo de Jeffrey Czum sur Pexels.com

LassƩ de me cogner
Aux angles mauves
Du grand mur gris
De vos molles promesses
J’ai rĆŖvĆ© d’une fenĆŖtre
Ouverte sur le souffle bleu
De nos demains heureux

Matinales..

Il arrive que le temps soit Ć  la contemplation

Simple inattendue fraƮche

Elle dƩbarque sans crier sur les rives des matins communs

Et les soupirs de l’impatience sont apaisĆ©s

Mes Everest, AymĆ© CĆ©saire…

Saison âpre

Cercle aprĆØs cercle

quand les dƩserts nous auront un Ơ un tendu tous leurs

miroirs

vainement les nuits ayant sur la tiƩdeur des terres ƩtirƩ

leur cou de chameau fatiguƩ

les jours repartiront sans fantƓme Ơ la poursuite de purs

lacs non éphémères

et les nuits au sortir les croiseront titubants

d’un rĆŖve long absurde de graminĆ©es

Esprit sauvage cheval de la tornade gueule ouverte dans ta suprĆŖme criniĆØre en moi tu henniras cette heure

Alors vent âpre et des jours blancs seul juge

au noir roc intime sans strie et sans noyau

jugeant selon l’ongle de l’Ć©clair en ma poitrine profonde

tu me pèseras gardien du mot cloué par le précepte

Flash…

Dans le fleuve des espoirs Ć  venir

J’ai jetĆ© ma ligne de fil mauve

Pas un rire n’a mordu Ć  la mouche Ć©phĆ©mĆØre

Seuls deux ou trois ronds dans l’eau

Tentent la vaine traversƩe

Sur l’autre rive aux herbes pointues

On devine l’étreinte des retrouvĆ©s

Mes Everest, RenĆ© Char:  » les vivres du retour »

Au fond de la nuit la plus nue
Pas trace de village sur la houle
Je n’ai qu’à prendre ta main
Pour changer le cours de tes rĆŖves
Embellir ton haleine malmenƩe par la rixe

Tous les sentiers qui te dévêtent
Ont dans le lierre de mon corps
Perdu leurs chiens leurs carillons
La tige Ć©moussĆ©e de l’étoile
Fait palpiter ton sexe Ʃmu
A mille lieux vierges de nous

Nous restons sourds Ć  l’agneau noir
A toute goutte d’eau de pieuvre
Nous avons ouvert le lit
A la pierre creuse du jour en quĆŖte de sang
De rƩsistance.

Placard pour un chemin des Ʃcoliers 1936-1937

Flash…

Mais où ĆŖtes vous donc l’ami

Voici plusieurs jours qu’on ne vous entend

Nous nous inquiƩtons vous le savez

Vos mots nous manquent

Dans le soir frissonnant

Il nous rƩchauffe en murmurant

Pas de souci je suis lĆ 

La pâte de mes mots repose

Je veille sur elle

Avant qu’elle ne lĆØve

Demain peut-ĆŖtre

J’Ć©tirerai je pĆ©trirai

Et sur le feu doux de mes Ʃmotions

Doucement je la poserai

Et elle chantera

Je le sais…

Belle brune…

Au sommet de nos peurs bƩtonnƩes

Doucement

A tâtons

Nous cherchons

Ce vieux bout de brume

Que belle brune

En rĆŖvant a soulevĆ©…

Mes Everest, Tristan CorbiĆØre : « la cigale et le poĆØte…

Et comme annoncĆ© hier, voici la cigale et le poĆØte qui ferme le recueil « les amours jaunes »

Le poète ayant chanté,
DƩchantƩ,
Vit sa Muse, presque bue,
Rouler en bas de sa nue
De carton, sur des lambeaux
De papiers et d’oripeaux.
Il alla coller sa mine
Aux carreaux de sa voisine,
Pour lui peindre ses regrets
D’avoir fait — Oh : pas exprĆØs ! —
Son honteux monstre de livre !…
— Ā« Mais : vous Ć©tiez donc bien ivre ?
— Ivre de vous !… Est-ce mal ?
— Ɖcrivain public banal !
Qui pouvait si bien le dire…
Et, si bien ne pas l’écrire !
— J’y pensais, en revenant…
On n’est pas parfait, Marcelle…
— Oh ! c’est tout comme, dit-elle,
Si vous chantiez, maintenant !

Tristan CorbiĆØre, Les Amours jaunes, 1873

Mes Everest, Tristan CorbiĆØre : le poĆØte et la cigale…

Le poĆØte et la cigale ouvre le seul recueil de Tristan CorbiĆØres : « les amours jaunes » en 1873, je vous proposerai demain de dĆ©couvrir « la cigale et le poĆØte » qui ferme ce mĆŖme recueil

Le poète ayant rimé,
IMPRIMƉ,
Vit sa Muse dƩpourvue
De marraine et presque nue :
Pas le plus petit morceau
De vers ou de vermisseau.
Il alla crier famine
Chez une blonde voisine,
La priant de lui prĆŖter
Son petit nom pour rimer.
(C’Ć©tait une rime en elle.)
Oh ! je vous paierai, Marcelle,
Avant l’aoĆ»t, foi d’animal !
Intérêt et principal.
La voisine est trĆØs prĆŖteuse,
C’est son plus joli dĆ©faut :
Quoi : c’est tout ce qu’il vous faut ?
Votre Muse est bien heureuse…
Nuit et jour, Ć  tout venant,
Rimez mon nom… Qu’il vous plaise !
Et moi, j’en serai fort aise.
Voyez : chantez maintenant.

Flash marin, inĆ©dit…

Au bord d’une belle nuit

Les ombres bleues des aciers

S’étreignent entre ciel et mer

Les caresses grincent et crissent sous le sel

Je vous aime hauts oiseaux seuls

Aux ports attachƩs

Je sens vos larmes de rouilles

Elles glissent sur la paume sĆØche d’une main oubliĆ©e

Seule la rouille est restĆ©e…

Tout doucement, cargo a glissƩ.

Houle qui roule l’a poussĆ©.

Sur le sable fin, abattu, s’est posĆ©

Grand corps affalƩ,

Seul et dƩsarmƩ,

J’ai mal pour l’animal que tous ont oubliĆ©.

Seule la rouille est restƩe.

Patiemment, il attend la marƩe

Les premières vagues assoiffées lèchent

Une coque vide et fatiguƩe.

Seule la rouille est restƩe.

Le vent cruel s’est apaisĆ©,

Il abandonne sur la plage le navire humiliƩ.

Tas de ferraille dƩsemparƩ,

Que la mer a licenciƩ.

L’équipage est effacĆ©,

Seule la rouille est restƩe.

Blessure du mĆ©tal que l’ocĆ©an a rongĆ©,

Comme une coupure que les vagues ont creusƩe.

Seule la rouille est restƩe.

Cadavre de mƩtal sur le sable ƩchouƩ,

Pour le bateau blessƩ,

Larmes salĆ©es j’ai versĆ©es.

Songe…

Entre les rides

Des espoirs dƩƧus

Un bouquet de couleur

Une larme bleue

Douce lueur

Sur ces quelques fleurs

Oublie les rires mauvais

Va, cours

RĆŖve

Creuse lĆ 

Oui

Ici

Tout au fond de la poche

Tu trouveras

Les derniĆØres miettes

De l’arbre heureux…

A tire d’ailes…

Sur la peau blanche de mes espoirs
J’écris les mots pour demain

Dans un bouquet de rires enfouis
Je trempe ma plume ƩpuisƩe

Sur le papier au grain glacƩ
Une boucle aux bords bleutƩs
Je trace en pleurant

Ces mots que j’aime
Pour toi
Pour nous
Je les lie

Main dans la main
Loin du hier de nos ennuis
Ils s’envolent
A tire d’ailes
Entre les bras du couchant

Regarde-les
Ils s’enfuient
Regarde-les
Nous sommes en vie

Brumes

Douce paupiĆØre

De brume

Se ferme

Sur l’oeil roux

D’un automne

Ivre de lumiĆØre

Mes Everest, Tahar Ben Jelloun :  » quel oiseau ivre… »

Quel oiseau ivre naƮtra de ton absence

toi la main du couchant mêlée à mon rire

et la larme devenue diamant

monte sur la paupiĆØre du jour

c’est ton front que je dessine

dans le vol de la lumiĆØre

et ton regard

s’en va

sur la vague retournƩe

un soir de sable

mon corps n’est plus ce miroir qui danse

alors je me souviens

tu te rappelles

toi l’enfant nĆ©e d’une gazelle

le rĆŖve balbutiait en nous

son chant éphémère

le vent et l’automne dans une petite solitude

je te disais

laisse tes pieds nus sur la terre mouillƩe

une rue blanche

et un arbre

seront ma mƩmoire

donne tes yeux Ć  l’horizon qui chante

ma main

suspend la chevelure de la mer

et frƓle ta nuque

mais tu trembles dans le miroir de mon corps

nuage

ma voix

te porte vers le jardin d’arbres argentĆ©s

c’Ć©tait un printemps ouvert sur le ciel

il m’a donnĆ© une enfant

une enfant qui pleure

une Ʃtoile scindƩe

et mon dƩsir se sƩpare du jour

je le ramasse dans une feuille de papier

et je m’en vais cacher la folie

dans un roc de solitude

Flash…

Et j’entrerai dans le rĆŖve d’un oiseau

Il y aura des hommes d’en bas

Qui agiteront leur bras

Je les entendrai me dire qu’ils voudraient me rejoindre

Et je m’endormirai au bord d’un fil mauve

PoĆØmes de jeunesse…

Un souffle
De vie.
Pour longtemps.
Deux sourires,
Soudain.
En format souvenir.
Une joie,
Qui cogne
Aux fenĆŖtres d’un civilisĆ© du retard.
Rapide,
Un regard qui dure.
Deux regards qui tremblent
Et ils comptent
Sur leurs Ʃchiquiers intƩrieurs
Les fous qui leur jouent
Un hymne de mots
Pour un soir
Qui dure
Et ils trouvent ensemble
La route des autres
Et ils s’aiment
Vite

Mes Everest, Yves Simon : »raconte toi »

Tu as peur des gens qui passent
Dans ta vie ou sur le trottoir d’en face.
Tu as besoin qu’ils te regardent
Et pourtant tu restes lĆ , sur tes gardes.

Raconte-toi
Raconte-toi

Tu Ʃcris aux visages que tu as vus
En quadrichromie Ć  la Une des revues.
Tu leur dis : je te regarde, est-ce que tu me vois ?
Dans le brouillard de ma ville où j’ai si froid.

Raconte-toi
Raconte-toi

Envoie toutes sortes de messages
Aux inconnus et lucioles de passage.
Prends le parti du risque et des erreurs,
Le silence est toujours complice ou trompeur.

Raconte-toi
Raconte-toi

Prends des feuilles 21Ɨ27, un stylo,
Une camĆ©ra Super 8, un magnĆ©to…
Regarde Ć  l’intĆ©rieur de tes rĆŖves et dans les journaux
Toute la folie du monde est dans ton cerveau

Raconte-toi
Raconte-toi

Billet d’humeur : confiance !

Il fut un temps où certains mots Ć©taient agrĆ©ables Ć  dire, Ć  prononcer. On les articulait avec dĆ©lice, tant ils laissaient sur le palais des saveurs agrĆ©ables. Il faudra peut-ĆŖtre dresser une liste de ces mots qui sont aujourd’hui perdus pour l’écriture.

Je ne parviens plus à apprécier la mélodie de ce mot « confiance ».

Elle Ć©tait belle cette confiance qu’on se partageait comme un fruit gorgĆ© de soleil, elle Ć©tait belle cette confiance qui accompagnait toutes les amitiĆ©s, qui parfumait les amours, elle Ć©tait dans le regard bleu de ces enfants que l’on prend par la main, elle Ć©tait dans la petite flamme vacillante derriĆØre le regard d’un vieux pĆØre qui s’éteint, elle Ć©tait dans l’arc en ciel des sourires de ceux qui ne se sentent pas oubliĆ©s. On lui cherchait des rimes de joie, la danse, la chance, la prĆ©sence, l’alliance.

Mais aujourd’hui l’horloge molle des haines multiples a tournĆ©, et la confiance que j’aimais s’est abĆ®mĆ© dans le marĆ©cage des fausses promesses, des phrases creuses, et les rimes qui l’accompagnent sont d’un monde que je ne supporte plus…

10.09.2025

D’un rire malin…

Dans le presque bout
Du pâle gris
D’un lointain matin
Coquin
CĆ¢lin
J’ai posĆ©
La belle couleur
Du rire malin

Je te savais…

C’était l’heure des sans amis
PenchƩ vers un presque rien
Je voulais prendre ce chemin
Et rĆŖvais d’y rencontrer les hommes
Aux doux regard paisibles
Qui rĆŖvent de lendemains
Aux bords ronds et malins
J’ai marchĆ© jusqu’au dernier bout
Lointain
Oh si lointain
Elle Ʃtait lƠ
Seule et perdue
VĆŖtue d’une longue trainĆ©e de brume
Elle attendait en souriant
Je te savais
Tu le sais
Entre tes larges marges inventƩes
Je t’avais inventĆ©

Mes Everest : Marcel Martinet…

Feuille d’automne

Le vent de cette nuit a fait tomber les feuilles.
Nous ne vous verrons plus, feuillages enflammƩs,
Feuillages enivrĆ©s de soleil et d’automne,
Nous ne vous verrons plus, feuilles des peupliers,
Passionnées et pâles, harpes parmi les arbres,
Le vent de cette nuit a fait tomber les feuilles.

Nous ne vous verrons plus, feuilles des châtaigniers,
FlambƩes et coupƩes droit comme des fers de lance,
Feuilles des marronniers, sanguines et palmƩes,
Et vous, feuilles en pluie des bouleaux aux troncs blancs,
Hêtres bariolés comme un tapis persan,
Nous ne vous verrons plus, feuilles au vent tombƩes.

Voici l’hiver, les arbres noirs, les branches nues…

– Tu as mal regardĆ©, tu ne nous as pas vues ;
En points de duvet gris, en pointe de chair rose,
De nos Ʃcorces noires, de nos Ʃcorces nues,
Avant que nous fussions tombĆ©es, feuilles d’automne,
Nous bourgeonnions dƩjƠ tout le long de nos branches,
En pointe de chair rose, en points de duvet gris,
Feuilles du printemps neuf et dƩjƠ presque Ʃcloses,
Nous qui ne savons pas ce que c’est que mourir.

Flash…

Il faut rester liƩs

Peu importe la couleur, la matiĆØre, l’Ć¢ge, ce qui nous lie est plus fort ce qui nous sĆ©pare. La haine, les haines qui dĆ©ferlent aujourd’hui sans aucune limites, sans aucun garde fous me donnent la nausĆ©e. Les mots sont abĆ®mĆ©s. La pensĆ©e n’existe plus. Seul le rĆ©flexe compulsif domine. Je n’entends plus que des vocifĆ©rations. Il nous manque tant celles et ceux qui loin de leurs narcissiques Ć©crans Ć©clairaient les chemins noirs, ( Camus je pense Ć  toi… ).

De ci de lĆ  des paroles posĆ©es, qui sortent de cette permanente mĆ©lasse où tout est confondu : la politique et ses bassesses, l’histoire et ses blessures, et la haine sans limites pour des peuples errants qui souffrent en silence d’ĆŖtre les otages des apprentis sorciers qui occupent et salissent nos espaces de vie…

Le temps s’est achevĆ©…

Dans le silence mou d’un matin bleu
On s’arrĆŖte
LĆ 
Dans le plein rĆŖve
D’un monde heureux
On s’arrĆŖte
LĆ 
Juste au-dessus du vague soupir
Las
On n’entend plus la douce mĆ©lodie
On respire, on espĆØre
On hƩsite, on appelle
Oh rien
Ou si peu
Juste le mot
Juste un seul
LƩger
Goutte Ć  goutte
RiviĆØre l’épelle
On baisse les yeux
Plus un souffle d’air
Tout se fige
Une par une flaques d’eau
S’assĆØchent
Et sur la surface lisse d’un vague ruisseau
Le temps s’est achevĆ©
Nous ne l’attraperons plus

Mes Everest, Joachim du Bellay

Si notre vie est moins qu’une journĆ©e

Si notre vie est moins qu’une journĆ©e
En l’éternel, si l’an qui fait le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si pƩrissable est toute chose nƩe,

Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?
Pourquoi te plaĆ®t l’obscur de notre jour,
Si pour voler en un plus clair sƩjour,
Tu as au dos l’aile bien empanĆ©e ?

LƠ, est le bien que tout esprit dƩsire,
Là, le repos où tout le monde aspire,
LĆ , est l’amour, lĆ , le plaisir encore.

Là, Ó mon âme au plus haut ciel guidée !
Tu y pourras reconnaĆ®tre l’IdĆ©e
De la beautĆ©, qu’en ce monde j’adore.

Flash…

Entre les sombres rides du monde qui s’affaisse

J’écris trois lignes de mots lĆ©gers

Regarde-les

Ils ne cherchent pas les fausses rimes

Pour amuser les amputƩs du verbe aimer

Ils ne s’agitent pas sur les pistes de tristes danses

Pour inventer des joies sautillantes

Regarde-les

Ils Ć©coutent les presque silences d’une lettre qui s’achĆØve

Ils se tiennent par la main

Et entendent le souffle d’un rire nouveau

Qui leur chante la douce mƩlodie

De nos si beaux demains…

8 septembre

Carnets : pluie…

Il pleut Ć  seau, il pleut des cordes, il pleut comme vache qui pisse, il tombe des trombes d’eau. Bref il pleut. J’aime beaucoup la poĆ©sie qu’engendre la pluie, il y a toujours cette idĆ©e du dĆ©bordement, du torrent, du dĆ©goulinement. Et pour ĆŖtre sincĆØre c’est souvent la vĆ©ritĆ©. Mais quand la pluie est lĆ©gĆØre, qu’elle n’est pas un long sanglot dĆ©sespĆ©rĆ©, mais une simple et douce larme qui s’écoule en caressant la joue, on est, me semble-t-il, moins prolixe. Il existe pourtant de belles pluies, douces, fines, caressantes, reposantes. Des pluies qui donnent le sourire quand elles sont attendues, des pluies mĆ©lodieuses, qui chantent, qui clapotent, qui cliquettent. Et parfois dans le panier Ć  mot de cette pluie on trouve des paroles heureuses aux rimes pluvieuses…

Dans un sac Ć  papier

Pour ce long voyage au pays des bruyants

Il avait commencƩ une provision de silences

Dans un sac Ơ papier froissƩ

Quelques trous de mƩmoire

Sagement attendaient

Il est si bon de ne rien dire

Quand tous sur l’écran tĆŖte baissĆ©e

RĆŖvent de participer

Son sac Ơ mots Ʃtait empli de douceurs

BondƩ de rondeurs

Pas un jour ne passait

Sans qu’il n’y plonge la main

Pour dƩguster un autre demain

Mes Everest, RenĆ© Char : compagnie de l’Ć©coliĆØre

Je sais bien que les chemins marchent
Plus vite que les Ʃcoliers
AttelƩs Ơ leur cartable
Roulant dans la glue des fumƩes.
Où l’automne perd le souffle
Jamais douce Ć  vos sujets,
Est-ce vous que j’ai vu sourire ?
Ma fille, ma fille, Je tremble.

N’aviez vous donc pas mĆ©fiance
de ce Vagabond Ʃtranger
Quand il enleva sa casquette
pour vous demander son chemin
vous n’avez pas parue surprise
Vous vous êtes abordés comme coquelicot et blé.
Ma fille, ma fille Je tremble

La fleur qu’il tient entre les dents
Il pourrait la laisser tomber
S’il consent Ć  donner son nom
A rendre l’Ć©pave Ć  ses vagues
Ensuite quelqu’ aveux maudits
Qui hanteraient votre sommeil,
Parmi les ajoncs de son sang
Ma fille, ma fille Je tremble

Quand ce jeune homme s’Ć©loigna
Le soir mura votre visage
Quand ce jeune homme s’Ć©loigna
Dos voutƩ front bas et mains vides
Sous les osiers vous ĆŖtiez grave
Vous ne l’aviez jamais Ć©tĆ©
Vous rendra-t-il votre beautƩ?
Ma fille, ma fille Je tremble

La fleur qu’il gardait Ć  la bouche
Savez vous ce qu’elle cachait pĆØre
Un mal pur bordƩ de mouches
Je l’ai voilĆ© de ma pitiĆ©
Mais ses yeux tenaient la promesse
Que je me suis faite Ć  moi mĆŖme
Je suis folle Je suis nouvelle
C’est vous mon pĆØre qui changez.

Dans le bout de cette vie qui rĆ©siste…

Dans le bout de cette vie qui rƩsiste
Il y a comme un voile gris
Flamme qui vacille
La peur n’ose plus entrer
Un rideau de larmes
Inutile elle recule
Son temps est passƩe

Je ne veux plus…

Je ne veux plus
De ce silence glacƩ
Qui roule en pleurant
Sur la mousse verte et ventrue
Des pentes assƩchƩes

Je ne veux plus
De ces fracas de voix
Qui brisent en crissant
Les longues et fines lames
De mes rires boisƩs

Dans ma boĆ®te Ć  couleurs…

Dans ma boƮte Ơ couleurs

Je cherche ce mot qui tinte,

Je le voudrais doux et gai.

Un mot pour apaiser

Un mot pour aimer.

Et sur ma feuille pĆ¢le d’ennui,

Ivre de couleurs

Le poserai sans un bruit…

Mes Everest : AndrĆ© Malraux, extrait de la voie royale

Ces chutes de bois sonore qui ne lui parvenaient pas, il les entendait, de seconde en seconde, dans les battements de son sang; il savait Ć  la fois que, chez lui, il guĆ©rirait, et qu’il allait mourir, que sur la grappe d’espoirs qu’il Ć©tait, le monde se refermerait, bouclĆ© par ce chemin de fer comme par une corde de prisonnier; que rien dans l’univers, jamais, ne compenserait plus ses souffrances passĆ©es ni ses souffrances prĆ©sentes : ĆŖtre un homme, plus absurde encore qu’ĆŖtre un mourant… De plus en plus nombreuses, immenses et verticales dans la fournaise de midi, les fumĆ©es des MoĆÆs fermaient l’horizon comme une gigantesque grille : chaleur, fiĆØvre, charrette, aboiements, ces traverses jetĆ©es lĆ -bas comme des pelletĆ©es sur son corps, se confondaient avec cette grille de fumĆ©es et la puissance de la forĆŖt, avec la mort mĆŖme, dans un emprisonnement surhumain, sans espoir. Les chiens maintenant hurlaient d’un bout Ć  l’autre de la vallĆ©e; d’autres, derriĆØre les collines, rĆ©pondaient; les cris emplissaient la forĆŖt jusqu’Ć  l’horizon, comblant de leur profusion les espaces libres entre les fumĆ©es. Prisonnier, encore enfermĆ© dans le monde des hommes comme dans un souterrain, avec ces menaces, ces feux, cette absurditĆ© semblable aux animaux des caves. A cĆ“tĆ© de lui, Claude qui allait vivre, qui croyait Ć  la vie comme d’autres croient que les bourreaux qui vous torturent sont des hommes : haĆÆssable. Seul. Seul avec la fiĆØvre qui le parcourait de la tĆŖte au genou, et cette chose fidĆØle posĆ©e sur sa cuisse : sa main.

Il l’avait vue plusieurs fois ainsi, depuis quelques jours : libre, sĆ©parĆ©e de lui. LĆ , calme sur sa cuisse, elle le regardait, elle l’accompagnait dans cette rĆ©gion de solitude où il plongeait avec une sensation d’eau chaude sur toute la peau. Il revient Ć  la surface une seconde, se souvint que les mains se crispent quand l’agonie commence. Il en Ć©tait sĆ»r. Dans cette fuite vers un monde aussi Ć©lĆ©mentaire que celui de la forĆŖt, une conscience atroce demeurait : cette main Ć©tait lĆ , blanche, fascinante, avec ses doigts plus hauts que la paume lourde, ses ongles accrochĆ©s aux fils de la culotte comme les araignĆ©es suspendues Ć  leurs toiles par le bout de leurs pattes sur les feuilles chaudes; devant lui dans le monde informe où il se dĆ©battait, ainsi que les autres dans les profondeurs gluantes. Non pas Ć©norme : simple, naturelle, mais vivante comme un œil. La mort, c’Ć©tait elle.

Rimes sans peurs

Photographie de Mars Yahl

Au bout de ces tristes jours gris

Peur sans fin

On nous sert comme refrain

Pour ma rime qui se perd

J’ai plongĆ© dans la pleine lueur

D’un si doux rĆŖve de fleurs

Trois fois rien…

Trois fois rien

Me dites-vous ?

Oui trois fois rien,

Et c’est tout !

Cela suffit pour mon peu de bonheur…

Non vous dis-je !

Ce n’est pas assez,

Vous le regretterez…

Oh non, rien de plus,

Je vous en prie !

Pas de rose,

Plus de mauves,

Laissez les bleus en paix.

Je n’ai besoin que de terres grises

Pour écrire mes rêves bariolés.

Homme de moins que rien…

Homme de moins que rien
Visage mou
Regard moite
Poisseux d’aigres sueur
Qui s’incruste entre les rires innocents
Homme de moins que rien
Expire le mauvais parfum
De la suffisance des quelques siens
Il Ʃtait de ces bavards inutiles
Qui encombre les salons
Homme de moins que rien
Creuse en soufflant
Un gras sillon de silences aigris
Ils Ʃtaient tant Ơ le suivre
Roses fanées à la boutonnière
Oublieux de ses arrogances
Dans ce monde aux sourires sucrƩs
Ignobles, infâmes
Ont repris en cœur
L’hymne gris de leurs violences cachĆ©es

RĆŖve mauve…

Il est l’heure de la lumiĆØre,

Il me reste un bout de rĆŖve mauve.

Infime miette dans un bol de rire noir,

LaissƩe lƠ, douce et croquante

Par une nuit rassasiƩe.

Au creux du silence du matin qui gĆ©mit,  

J’avance tĆŖte baissĆ©e,  

Tirant sur le long fil de ce songe qui sourit.

Matinales…

Il reste quelques traces de brumes blanches

Sur cette belle page d’un matin bleu

De longues lignes froissƩes des restes de nuit

Attendent les premiers mots aux odeurs de pain chaud

6 septembre

Lourdes pierres noires…

Dans le fonds asséché de mon puits à rêves bleus
De lourdes pierres noires emplissent le vide de ma page blanche
Mots fleurs, mots ciels, mots vagues
Tous sont ƩcrasƩs
Ils se tordent le cou pour inventer le chant
Des rimes en rires
Ils se tordent le cou pour s’échapper
De l’humide Ć©treinte du nœud coulant qui les Ć©touffe

J’attends…

En suivant la trace floue d’une histoire d’hier
J’ai glissĆ© sur la flaque du doux prĆ©sent
A tâtons je marche en riant vers le noir heureux
Où brille l’ombre de tes cheveux
Je souffre de l’oubli des ces presque rien
J’attends serein
J’entends chagrin
Un long soupir sec
Il Ʃtale en claquant
Des larmes au bleu coupant
Qui abƮment en roulant
Les bords mous du chemin des gisants

MĆ©moires…

J’ai tentĆ© l’impossible ascension

Vers la cime d’une mĆ©moire abĆ®mĆ©e

Lisse est la paroi surprise

Pas un qui ne veut

Glisse

Plus un qui ne peut

Glisse

Elle Ʃtait belle cette histoire

J’ai suivi ses lourdes traces

Jusqu’aux neiges racontĆ©es

Mes Everest, MoliĆØre

Stance galante

Souffrez qu’Amour cette nuit vous rĆ©veille ;
Par mes soupirs laissez-vous enflammer ;
Vous dormez trop, adorable merveille,
Car c’est dormir que de ne point aimer.

Ne craignez rien ; dans l’amoureux empire
Le mal n’est pas si grand que l’on le fait
Et, lorsqu’on aime et que le coeur soupire,
Son propre mal souvent le satisfait.

Le mal d’aimer, c’est de vouloir le taire :
Pour l’Ć©viter, parlez en ma faveur.
Amour le veut, n’en faites point mystĆØre.
Mais vous tremblez, et ce dieu vous fait peur !

Peut-on souffrir une plus douce peine ?
Peut-on subir une plus douce loi ?
Qu’Ć©tant des coeurs la douce souveraine,
Dessus le vƓtre Amour agisse en roi ;

Rendez-vous donc, Ć“ divine Amarante !
Soumettez-vous aux volontĆ©s d’Amour ;
Aimez pendant que vous ĆŖtes charmante,
Car le temps passe et n’a point de retour.

1666

Souviens toi nous Ć©tions vivants…

Tu t’es pris les pieds dans le lourd tapis de la nuit,
Assis au bord de ton lit
Entre tes mains, ta tĆŖte tu as pris.
Souviens-toi, nous Ʃtions vivants,
Tu riais, je parlais, insouciant.
Sur nos lèvres séchées par le vent,
Dansaient les mots taquins,
Sautillaient les mots malins,
Coulaient les mots chagrins.
Dans un coin reculƩ,
De notre hier oubliƩ,
Je t’entends, je te vois, tu es restĆ©.

J’attends…

En suivant la trace floue d’une histoire d’hier
J’ai glissĆ© sur la flaque du doux prĆ©sent
A tâtons je marche en riant vers le noir heureux
Où brille l’ombre de tes cheveux
Je souffre de l’oubli des ces presque rien
J’attends serein
J’entends chagrin
Un long soupir sec
Il Ʃtale en claquant
Des larmes au bleu coupant
Qui abƮment en roulant
Les bords mous du chemin des gisants

Jeudi…

Non, non, pitiƩ,
Pas aujourd’hui,
Je vous en supplie,
Mon rire s’est enfui.
Pas de jeu de mots,
Pas de rimes en i.
N’insistez pas, je vous le dis.
Comment ?
Dommage, me dites-vous ?
Vous aviez de bons mots ?
Eh bien tant pis,
Je cĆØde, allons-y !
Je n’en prendrai qu’un :
Je le veux bref et poli.
En avant mon ami,
Je suis tout ouĆÆe.
Par quoi commencerez-vous ?
Comment par i ?
Paris ?
Malheur,
C’est bien ce que je dis,
Comment, que me dites-vous ?
Ce que je dis ?
Ce que je dis,
C’est jeudi…
Vivement vendredi…
ā€ƒ

Mes Everest : Baudelaire, la musique

La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste Ʃther,
Je mets Ć  la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflƩs
Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelĆ©s
Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempĆŖte et ses convulsions

Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon dƩsespoir !

Sur le tableau noir de mes envies

Sur le tableau noir de mes dĆ©sirs d’écriture
J’ai tracĆ© quelques lettres de brumes
Des mots bleus se sont envolƩs
A tire ligne jusqu’au bord d’une blanche feuille
Que j’avais attendue
Une phrase est lĆ , en suspens
Une autre aussi qui l’attend
Je les regarde heureux
Elle se sont aimƩes
Avec mon consentement

Mes Everest : « Je voudrais une fĆŖte Ć©trange et trĆØs calme », Jacques Bertin…

Je voudrais une fête étrange et très calme
avec des musiciens silencieux et doux
ce serait par un soir d’automne un dimanche
un manĆØge trĆØs lent, une fine musique
 
Des femmes nues assises sur la pierre blanche
Se baissent pour nouer les lacets des enfants
Des enfants en rubans et qui tirent des cerfs-volants blancs
Les femmes fredonnent un peu, leur tĆŖte penche
 
Je voudrais d’éternelles chutes de feuilles
L’amour en un sanglot un sourire lĆ©ger
Comme on fait entre ses doigts glisser des herbes
Des femmes calmement Ʃperdues allongƩes
 
Des serpentins qui voguent comme des priĆØres
Une danse dans l’herbe et le ciel gris trĆØs bas
lentement. Et le blanc et le roux et le gris et le vert
Et des fils de la vierge pendent sur nos bras
 
Et mourir aux genoux d’une femme trĆØs douce
Des balanƧoires vont et viennent des appels
Doucement. Sur son ventre lourd poser ma tĆŖte
Et parler gravement des corps. Le jour s’en va
 
Des dentelles des tulles dans l’herbe une brise
Dans les haies des corsages pendent des nylons
Des cheveux balancent mollement on voit des nuques grises
Et les bras renvoient vaguement de lourds ballons

Les arĆŖtes de mon stylo…

Lorsque j’écris, sur le papier, avec un stylo-bille des plus commun, je ressens trĆØs fort la sensation de l’écriture. C’est un acte physique, qui laisse des traces. Et je me souviens alors de cette toute premiĆØre phrase que j’avais Ć©crite il y a quarante trois ans lorsque je dĆ©cidai d’écrire un roman, mon premier roman, premiĆØre pierre d’un chantier qui ne s’est jamais fermĆ©, mĆŖme dans les pires moments, ceux où l’inspiration est ballottĆ©e dans les intempĆ©ries de la vie.
Je me souviens, j’avais 19 ans et j’écrivais : Ā« J’ai la tĆŖte qui bourdonne, les mains moites. Mes jointures gardent en mĆ©moire les arĆŖtes du stylo. Ā»
En ce moment, presque tous les soirs mes doigts gardent en mémoire les arêtes de mon stylo.

Matinales…

Dans un dernier sursaut une nuit de pleine pluie

Etale ses restes d’humides gris

Le soleil entre sur la pointe des pieds

Ce spectacle de molles vapeurs ne l’inquiĆØte pas

Fier, il hausse les Ʃpaules

« Pour qui me prends-tu sombre matin

Tu le sais depuis tant de temps

Rien n’arrĆŖte mes troupes colorĆ©es… »

2 septembre

Flash…

Un jour je prendrai le risque de ne rien dire

Pour être invité à la table du silence

On prendra un verre ou deux

Cocktail de brumes

Et on ne parlera pas

Pour s’entendre mieux

Mes Everest : Michel Merlen

Fracture du soleil

Hier j’Ć©pousai le vaisseau neuf

seconde aprĆØs seconde

fracture du soleil

nous armƩs de poinƧons

faisions de petits trous dans la mer

aux longues lieues

comme des virgules.

Aujourd’hui les galets au coeur

j’Ć©tincelle

quelle veine Ć  mon poignet

bat

et

le rejoindra ?

« Les fenĆŖtres bleues »