
Vers le ciel j’ai tant levĆ© la tĆŖte
Est venu le jour où est entré le bleu
OubliƩs les murs de nos grises cellules
Chantent et dansent les couleurs en fĆŖte
J’ai jetĆ© la clĆ© des rĆŖves fermĆ©s

Vers le ciel j’ai tant levĆ© la tĆŖte
Est venu le jour où est entré le bleu
OubliƩs les murs de nos grises cellules
Chantent et dansent les couleurs en fĆŖte
J’ai jetĆ© la clĆ© des rĆŖves fermĆ©s
J’ai Ć©crit ce texte il y a quarante quatre ans, avec vraisemblablement comme fond musical, le stĆ©phanois de Bernard Lavilliers, la photo est beaucoup plus rĆ©cente….

Samedi soir
Nouveau dƩpart
Nouvelle chute
Pour une inconnue
De rires
Liquides
BĆ©quilles pour s’Ć©clater
Dans les rues
Des comme nous
Qui traƮnent leur habitude
De la petite semaine
Qu’ils ont brĆ»lĆ©e
Dans des pauvres jeux quotidiens
Qu’ils continuent encore
Parce que c’est bon
Parce que le siĆØcle s’Ć©ssouffle
Et ne veut plus d’eux
Ils sont nĆ©s pendant l’Ć©pidĆ©mie
Ils subsistent pendant l’agonie
Alors ils s’en foutent
Ils veulent aller plus vite
Parce qu’autrement
Ils n’auront plus que leur ombre cerceuil
A simuler
On les montre du doigt
Quand ils s’exagĆØrent
On les ignore quand ils se terrent
Ils traƮnent tous ensemble
A construire un monde
Qui s’Ć©croule Ć chaque aurore
Regarde les dans les villes qui s’enterrent
Regarde les dans les villes qu’ils aiment
Par la multitude des autres
Des ceux qui sont comme eux
Regarde les
T’es comme eux
Regarde les….

J’ai soudain faim
Je coupe une belle tranche de rire
Dans une tourte à la croûte chatouilleuse
Je croque et craque
Le chant doux de la mie
Glisse dans le creux de mon oreille
Une rime à la miette dorée

Dans le jardin des mƩmoires de demain
J’ai semĆ© un vieux fond de graines de rires faciles
C’est la bonne saison
Je le sais je le sens
C’est le temps
Le temps si rond si long
De la bonne raison
Il le faut on attend
Regarde
Les granges dƩbordent de molles pailles
OubliƩes de vieilles moissons
Entends les pleurs des rides sĆØches de la terre
Aux prochains soleils levƩs
Tu cueilleras ta premiĆØre fleur au sourire cĆ¢lin…

Il est des matins roux
Qui emplissent de rĆŖves
Les fonds de faille
De nuits ocres aux angles droits
Ils posent lƩgers
De douces caresses
Sur nos joues creusƩes
27octobre

Il est des jours qui dƩbutent en riant
Dans le fracas dāun songe de nuit
On a trouvƩ des traces de blanche paix
La nuque est raide de ces longs combats
La bouche est sĆØche des mots durs
Quāelle a crachĆ©
Le matin nouveau Ʃtire ses longues ailes
Il est venu le temps des bons amis
26 septembre

Mais on y croit encore
Parce que l’unique s’immobilise
Parce que la rĆØgle est identique
Parce que les textes gravent leurs mots
Pour s’en souvenir
Et pour que les autres disent
Qu’ils ont bu
Une autre chose
Une autre dose
Qui oublie le hasard
Du verbe sans sommeil
Qui oublie le remords
Du jour sans soleil
A vanter des histoires
On finit par crever
Alors toi tu t’inventes une mort
Pour les lĆØvres de celle qui t’Ć©coute
Et tu lui parles d’une autre
Partie pour lĆ -bas
Et elle te tient la main
Parce qu’elle sait que t’as peur
Et toi tu as envie de lui dire
Que tu l’aimes
Parce que c’est vrai
Mais tu as peur
Parce qu’elle est trop proche
Parce qu’elle ressemble trop
Au souvenir
Que tu as voulu oublier
Mais qui appartient aussi Ć d’autres
A celles que tu n’as pas prĆ©vues
Mais que tu arrives Ć rencontrer
FƩvrier 1980

Cāest un matin qui boitille
La nuit aux pierres lourdes
Lui pĆØse encore sur le dos
DerriĆØre les grises vitres
Un presque jour se dƩbat
Au loin la belle lueur
Attend lāagonie du triste sombre
25 septembre 2025
Je reviens avec mes poĆØmes de jeunesse : en voici un nouveau que je viens de redĆ©couvrir et que je publie en deux parties…

Gueule de vagabond
Esprit moribond
Ton oeil se perd dans ta mƩmoire
Comme ta larme
A l’horizon de ton regard
S’est noyĆ©e
Dans un voyage sans retour…
Partie, finie
TotalitƩ sans remords
Pour un fou qui s’en fout
Dans l’histoire de son rĆŖve
Qui s’Ć©touffe en recherchant
Partie, finie
Jouet d’un regard
Qui dit toujours non
Parce qu’il a peur du champ
Où ils ont cultivé son indifférence
Et où il a disparu
EmportƩ par une affreuse ressemblance
Avec la mort
Des ceux qui le lui ont dit…
Mais pourquoi
Pourquoi ?
La Charente avec dans le fond Rochefort et le pont transbordeur, photo rƩalisƩe par ma cousine Aline NƩdƩlec

A lāouest de mon premier regard
SāĆ©tire en glissant ce long soupir
Chant de brumes dāautres mĆ©moires
Il est difficile dāĆŖtre triste longtemps
Ce nāest plus ton rire qui invite au combat
Je garde en secret ce fond de silence
Je te lāoffre tu feras un bouquet de fleurs sĆ©chĆ©es

Pourquoi que je vis
Pour la jambe jaune
D’une femme blonde
AppuyƩe au mur
Sous le plein soleil
Pour la voile ronde
D’un pointu du port
Pour l’ombre des stores
Le cafƩ glacƩ
Qu’on boit dans un tube
Pour toucher le sable
Voir le fond de l’eau
Qui devient si bleu
Qui descend si bas
Avec les poissons
Les calmes poissons
Ils paissent le fond
Volent au-dessus
Des algues cheveux
Comme zoizeaux lents
Comme zoizeaux bleus
Pourquoi que je vis
Parce que c’est joli

Au sommet de nos peurs bƩtonnƩes
Doucement
A tâtons
Nous cherchons
Ce vieux bout de brume
Que belle brune
En rĆŖvant a soulevĆ©…

Silence pluvieux,
Jāai la mer au bord des yeux.
Dans le loin bleu
De mes mƩmoires salƩes,
Deux ailes se sont envolƩes.
Vent dāhier,
Sur les vagues les a posƩes.
Explose lāĆ©cume,
Sāenvolent perles de brume.
Regarde la mer belle.
Sur la plume de tes mots
A la feuille amarrƩe,
Mer a chantƩ,
Mer a soufflƩ.

S’il reste quelques miettes de vrai
Dans le fond de la vieille marmite de vƩritƩ
Nous gratterons avec la fourchette de l’espoir
Et porterons Ć la bouche ces restes d’hier souriant
22 septembre

On a tous un rĆŖve de flaques
Longue et large
Petite mer des belles amitiƩs
Comme l’enfant insouciant
Au rire parfum d’ocĆ©an
Les deux pieds joints
Tu sautes avec la jolie joie
Oui celle qui Ʃclabousse
On rit on pleure
Il pleut on s’Ć©broue
Gouttes de pluie perlent de lui
Larmes salĆ©es parlent d’une si belle
Et je sĆØme une suite de cailloux
Pour nos lendemains un peu fous

DerriĆØre la vitre de nos envies
La grise ville nous a menti
Pas un bout de mer
Pas un souffle de ce bel air
Les vagues se sont figƩes
Dans leurs longues quêtes salées

FenĆŖtre ouverte
Sur le rond silence bleu
Du matin frileux
Jāattends les mots blancs
Qui frappent sur les vitres endormies
Jāentends la pointe dure du stylo
Elle crisse et glisse
Sur ma belle feuille fripƩe
De sa longue nuit agitƩe

Sur la pente raide dāun chemin creux
Je presse le pas vers un sommet ivre de bleu
Jāavance
Le souffle court dāun rire quāon empĆŖche
Jāattends
Crissement dāune caresse rĆŖche
Je frissonne
Longue et verte vague Ć lāĆ¢me
Se jette en pleurant
Sur la rive molles de mes nuits blanches

DerriĆØre le tendre vert des collines alanguies
Jāentends le vent qui bruit
Sans un cri
Un reste de pli bleu
Couvre ronde larme de si peu
Sur le bord gris de tes yeux bleus

C’est un matin au gris surpris
Je ne l’attendais plus
Au creux d’une nuit de songes soleil
Je riais Ć n’en plus rĆŖver
De ces rideaux levƩs sur des mots enfants
Mots pirouette
Mots cabrioles
Qui bondissent rougissent
Te tiennent d’une main Ć©puisĆ©e du sucre interdit
Je ne l’entendais plus
Ce long cri de ce toujours dernier jour
Enfoui sous les draps d’une mĆ©moire oubliĆ©e

Vieil homme se souvient
Dans le feu intƩrieur de son regard bleu
Un fond de mƩmoire brƻle de mille yeux
Vieil homme s’est assoupi
Dans un coin gris de ses souvenirs assƩchƩs
Une larme s’est envolĆ©e
Il m’en reste encore, que je retrouve de ci, de lĆ …. En voici un, une pĆ©pite, Ć©crite en 1981…

La liste de tes dƩgoƻts
DĆ©passaient l’infini de ta soif
T’ajoutes de la pluie
A tes yeux secs
Ton soleil brillait
Le soir à intervalles réguliers
Entre deux cris de prƩsence
Tu filtrais les paroles
En enfilant les vers
Sur des fils sans bouts

LassƩ de me cogner
Aux angles mauves
Du grand mur gris
De vos molles promesses
Jāai rĆŖvĆ© dāune fenĆŖtre
Ouverte sur le souffle bleu
De nos demains heureux

Il arrive que le temps soit Ć la contemplation
Simple inattendue fraƮche
Elle dƩbarque sans crier sur les rives des matins communs
Et les soupirs de l’impatience sont apaisĆ©s

Saison âpre
Cercle aprĆØs cercle
quand les déserts nous auront un à un tendu tous leurs
miroirs
vainement les nuits ayant sur la tiƩdeur des terres ƩtirƩ
leur cou de chameau fatiguƩ
les jours repartiront sans fantÓme à la poursuite de purs
lacs non éphémères
et les nuits au sortir les croiseront titubants
d’un rĆŖve long absurde de graminĆ©es
Esprit sauvage cheval de la tornade gueule ouverte dans ta suprĆŖme criniĆØre en moi tu henniras cette heure
Alors vent âpre et des jours blancs seul juge
au noir roc intime sans strie et sans noyau
jugeant selon l’ongle de l’Ć©clair en ma poitrine profonde
tu me pèseras gardien du mot cloué par le précepte

Dans le fleuve des espoirs Ć venir
Jāai jetĆ© ma ligne de fil mauve
Pas un rire nāa mordu Ć la mouche Ć©phĆ©mĆØre
Seuls deux ou trois ronds dans lāeau
Tentent la vaine traversƩe
Sur lāautre rive aux herbes pointues
On devine lāĆ©treinte des retrouvĆ©s

Au fond de la nuit la plus nue
Pas trace de village sur la houle
Je nāai quāĆ prendre ta main
Pour changer le cours de tes rĆŖves
Embellir ton haleine malmenƩe par la rixe
Tous les sentiers qui te dévêtent
Ont dans le lierre de mon corps
Perdu leurs chiens leurs carillons
La tige Ć©moussĆ©e de lāĆ©toile
Fait palpiter ton sexe Ʃmu
A mille lieux vierges de nous
Nous restons sourds Ć lāagneau noir
A toute goutte dāeau de pieuvre
Nous avons ouvert le lit
A la pierre creuse du jour en quĆŖte de sang
De rƩsistance.
Placard pour un chemin des Ʃcoliers 1936-1937

Mais où ĆŖtes vous donc l’ami
Voici plusieurs jours qu’on ne vous entend
Nous nous inquiƩtons vous le savez
Vos mots nous manquent
Dans le soir frissonnant
Il nous rƩchauffe en murmurant
Pas de souci je suis lĆ
La pâte de mes mots repose
Je veille sur elle
Avant qu’elle ne lĆØve
Demain peut-ĆŖtre
J’Ć©tirerai je pĆ©trirai
Et sur le feu doux de mes Ʃmotions
Doucement je la poserai
Et elle chantera
Je le sais…

Au sommet de nos peurs bƩtonnƩes
Doucement
A tâtons
Nous cherchons
Ce vieux bout de brume
Que belle brune
En rĆŖvant a soulevĆ©…
Et comme annoncĆ© hier, voici la cigale et le poĆØte qui ferme le recueil « les amours jaunes »

Le poète ayant chanté,
DƩchantƩ,
Vit sa Muse, presque bue,
Rouler en bas de sa nue
De carton, sur des lambeaux
De papiers et dāoripeaux.
Il alla coller sa mine
Aux carreaux de sa voisine,
Pour lui peindre ses regrets
Dāavoir fait ā Oh : pas exprĆØs ! ā
Son honteux monstre de livre !ā¦
ā Ā« Mais : vous Ć©tiez donc bien ivre ?
ā Ivre de vous !⦠Est-ce mal ?
ā Ćcrivain public banal !
Qui pouvait si bien le direā¦
Et, si bien ne pas lāĆ©crire !
ā Jāy pensais, en revenantā¦
On nāest pas parfait, Marcelleā¦
ā Oh ! cāest tout comme, dit-elle,
Si vous chantiez, maintenant !
Tristan CorbiĆØre, Les Amours jaunes, 1873
Le poĆØte et la cigale ouvre le seul recueil de Tristan CorbiĆØres : « les amours jaunes » en 1873, je vous proposerai demain de dĆ©couvrir « la cigale et le poĆØte » qui ferme ce mĆŖme recueil

Le poète ayant rimé,
IMPRIMĆ,
Vit sa Muse dƩpourvue
De marraine et presque nue :
Pas le plus petit morceau
De vers ou de vermisseau.
Il alla crier famine
Chez une blonde voisine,
La priant de lui prĆŖter
Son petit nom pour rimer.
(C’Ć©tait une rime en elle.)
Oh ! je vous paierai, Marcelle,
Avant l’aoĆ»t, foi d’animal !
Intérêt et principal.
La voisine est trĆØs prĆŖteuse,
C’est son plus joli dĆ©faut :
Quoi : c’est tout ce qu’il vous faut ?
Votre Muse est bien heureuseā¦
Nuit et jour, Ć tout venant,
Rimez mon nom⦠Qu’il vous plaise !
Et moi, j’en serai fort aise.
Voyez : chantez maintenant.

Au bord dāune belle nuit
Les ombres bleues des aciers
SāĆ©treignent entre ciel et mer
Les caresses grincent et crissent sous le sel
Je vous aime hauts oiseaux seuls
Aux ports attachƩs
Je sens vos larmes de rouilles
Elles glissent sur la paume sĆØche d’une main oubliĆ©e

Tout doucement, cargo a glissƩ.
Houle qui roule lāa poussĆ©.
Sur le sable fin, abattu, sāest posĆ©
Grand corps affalƩ,
Seul et dƩsarmƩ,
Jāai mal pour lāanimal que tous ont oubliĆ©.
Seule la rouille est restƩe.
Patiemment, il attend la marƩe
Les premières vagues assoiffées lèchent
Une coque vide et fatiguƩe.
Seule la rouille est restƩe.
Le vent cruel sāest apaisĆ©,
Il abandonne sur la plage le navire humiliƩ.
Tas de ferraille dƩsemparƩ,
Que la mer a licenciƩ.
LāĆ©quipage est effacĆ©,
Seule la rouille est restƩe.
Blessure du mĆ©tal que lāocĆ©an a rongĆ©,
Comme une coupure que les vagues ont creusƩe.
Seule la rouille est restƩe.
Cadavre de mƩtal sur le sable ƩchouƩ,
Pour le bateau blessƩ,
Larmes salĆ©es jāai versĆ©es.

Entre les rides
Des espoirs dƩƧus
Un bouquet de couleur
Une larme bleue
Douce lueur
Sur ces quelques fleurs
Oublie les rires mauvais
Va, cours
RĆŖve
Creuse lĆ
Oui
Ici
Tout au fond de la poche
Tu trouveras
Les derniĆØres miettes
De l’arbre heureux…

Sur la peau blanche de mes espoirs
JāĆ©cris les mots pour demain
Dans un bouquet de rires enfouis
Je trempe ma plume ƩpuisƩe
Sur le papier au grain glacƩ
Une boucle aux bords bleutƩs
Je trace en pleurant
Ces mots que jāaime
Pour toi
Pour nous
Je les lie
Main dans la main
Loin du hier de nos ennuis
Ils sāenvolent
A tire dāailes
Entre les bras du couchant
Regarde-les
Ils sāenfuient
Regarde-les
Nous sommes en vie

Douce paupiĆØre
De brume
Se ferme
Sur l’oeil roux
D’un automne
Ivre de lumiĆØre

Quel oiseau ivre naƮtra de ton absence
toi la main du couchant mêlée à mon rire
et la larme devenue diamant
monte sur la paupiĆØre du jour
c’est ton front que je dessine
dans le vol de la lumiĆØre
et ton regard
s’en va
sur la vague retournƩe
un soir de sable
mon corps n’est plus ce miroir qui danse
alors je me souviens
tu te rappelles
toi l’enfant nĆ©e d’une gazelle
le rĆŖve balbutiait en nous
son chant éphémère
le vent et l’automne dans une petite solitude
je te disais
laisse tes pieds nus sur la terre mouillƩe
une rue blanche
et un arbre
seront ma mƩmoire
donne tes yeux Ć l’horizon qui chante
ma main
suspend la chevelure de la mer
et frƓle ta nuque
mais tu trembles dans le miroir de mon corps
nuage
ma voix
te porte vers le jardin d’arbres argentĆ©s
c’Ć©tait un printemps ouvert sur le ciel
il m’a donnĆ© une enfant
une enfant qui pleure
une Ʃtoile scindƩe
et mon dƩsir se sƩpare du jour
je le ramasse dans une feuille de papier
et je m’en vais cacher la folie
dans un roc de solitude

Et j’entrerai dans le rĆŖve d’un oiseau
Il y aura des hommes d’en bas
Qui agiteront leur bras
Je les entendrai me dire qu’ils voudraient me rejoindre
Et je m’endormirai au bord d’un fil mauve

Un souffle
De vie.
Pour longtemps.
Deux sourires,
Soudain.
En format souvenir.
Une joie,
Qui cogne
Aux fenĆŖtres dāun civilisĆ© du retard.
Rapide,
Un regard qui dure.
Deux regards qui tremblent
Et ils comptent
Sur leurs Ʃchiquiers intƩrieurs
Les fous qui leur jouent
Un hymne de mots
Pour un soir
Qui dure
Et ils trouvent ensemble
La route des autres
Et ils sāaiment
Vite

Tu as peur des gens qui passent
Dans ta vie ou sur le trottoir dāen face.
Tu as besoin quāils te regardent
Et pourtant tu restes lĆ , sur tes gardes.
Raconte-toi
Raconte-toi
Tu Ʃcris aux visages que tu as vus
En quadrichromie Ć la Une des revues.
Tu leur dis : je te regarde, est-ce que tu me vois ?
Dans le brouillard de ma ville où jāai si froid.
Raconte-toi
Raconte-toi
Envoie toutes sortes de messages
Aux inconnus et lucioles de passage.
Prends le parti du risque et des erreurs,
Le silence est toujours complice ou trompeur.
Raconte-toi
Raconte-toi
Prends des feuilles 21Ć27, un stylo,
Une camĆ©ra Super 8, un magnĆ©toā¦
Regarde Ć lāintĆ©rieur de tes rĆŖves et dans les journaux
Toute la folie du monde est dans ton cerveau
Raconte-toi
Raconte-toi

Il fut un temps où certains mots Ć©taient agrĆ©ables Ć dire, Ć prononcer. On les articulait avec dĆ©lice, tant ils laissaient sur le palais des saveurs agrĆ©ables. Il faudra peut-ĆŖtre dresser une liste de ces mots qui sont aujourdāhui perdus pour lāĆ©criture.
Je ne parviens plus à apprécier la mélodie de ce mot « confiance ».
Elle Ć©tait belle cette confiance quāon se partageait comme un fruit gorgĆ© de soleil, elle Ć©tait belle cette confiance qui accompagnait toutes les amitiĆ©s, qui parfumait les amours, elle Ć©tait dans le regard bleu de ces enfants que lāon prend par la main, elle Ć©tait dans la petite flamme vacillante derriĆØre le regard dāun vieux pĆØre qui sāĆ©teint, elle Ć©tait dans lāarc en ciel des sourires de ceux qui ne se sentent pas oubliĆ©s. On lui cherchait des rimes de joie, la danse, la chance, la prĆ©sence, lāalliance.
Mais aujourdāhui lāhorloge molle des haines multiples a tournĆ©, et la confiance que jāaimais sāest abĆ®mĆ© dans le marĆ©cage des fausses promesses, des phrases creuses, et les rimes qui lāaccompagnent sont dāun monde que je ne supporte plus…
10.09.2025

Dans le presque bout
Du pâle gris
Dāun lointain matin
Coquin
CĆ¢lin
Jāai posĆ©
La belle couleur
Du rire malin

CāĆ©tait lāheure des sans amis
PenchƩ vers un presque rien
Je voulais prendre ce chemin
Et rĆŖvais dāy rencontrer les hommes
Aux doux regard paisibles
Qui rĆŖvent de lendemains
Aux bords ronds et malins
Jāai marchĆ© jusquāau dernier bout
Lointain
Oh si lointain
Elle Ć©tait lĆ
Seule et perdue
VĆŖtue dāune longue trainĆ©e de brume
Elle attendait en souriant
Je te savais
Tu le sais
Entre tes larges marges inventƩes
Je tāavais inventĆ©

Feuille d’automne
Le vent de cette nuit a fait tomber les feuilles.
Nous ne vous verrons plus, feuillages enflammƩs,
Feuillages enivrĆ©s de soleil et d’automne,
Nous ne vous verrons plus, feuilles des peupliers,
Passionnées et pâles, harpes parmi les arbres,
Le vent de cette nuit a fait tomber les feuilles.
Nous ne vous verrons plus, feuilles des châtaigniers,
FlambƩes et coupƩes droit comme des fers de lance,
Feuilles des marronniers, sanguines et palmƩes,
Et vous, feuilles en pluie des bouleaux aux troncs blancs,
Hêtres bariolés comme un tapis persan,
Nous ne vous verrons plus, feuilles au vent tombƩes.
Voici l’hiver, les arbres noirs, les branches nues…
– Tu as mal regardĆ©, tu ne nous as pas vues ;
En points de duvet gris, en pointe de chair rose,
De nos Ʃcorces noires, de nos Ʃcorces nues,
Avant que nous fussions tombĆ©es, feuilles d’automne,
Nous bourgeonnions déjà tout le long de nos branches,
En pointe de chair rose, en points de duvet gris,
Feuilles du printemps neuf et déjà presque écloses,
Nous qui ne savons pas ce que c’est que mourir.

Il faut rester liƩs
Peu importe la couleur, la matiĆØre, l’Ć¢ge, ce qui nous lie est plus fort ce qui nous sĆ©pare. La haine, les haines qui dĆ©ferlent aujourd’hui sans aucune limites, sans aucun garde fous me donnent la nausĆ©e. Les mots sont abĆ®mĆ©s. La pensĆ©e n’existe plus. Seul le rĆ©flexe compulsif domine. Je n’entends plus que des vocifĆ©rations. Il nous manque tant celles et ceux qui loin de leurs narcissiques Ć©crans Ć©clairaient les chemins noirs, ( Camus je pense Ć toi… ).
De ci de lĆ des paroles posĆ©es, qui sortent de cette permanente mĆ©lasse où tout est confondu : la politique et ses bassesses, l’histoire et ses blessures, et la haine sans limites pour des peuples errants qui souffrent en silence d’ĆŖtre les otages des apprentis sorciers qui occupent et salissent nos espaces de vie…

Dans le silence mou dāun matin bleu
On sāarrĆŖte
LĆ
Dans le plein rĆŖve
Dāun monde heureux
On sāarrĆŖte
LĆ
Juste au-dessus du vague soupir
Las
On nāentend plus la douce mĆ©lodie
On respire, on espĆØre
On hƩsite, on appelle
Oh rien
Ou si peu
Juste le mot
Juste un seul
LƩger
Goutte Ć goutte
RiviĆØre lāĆ©pelle
On baisse les yeux
Plus un souffle dāair
Tout se fige
Une par une flaques dāeau
SāassĆØchent
Et sur la surface lisse dāun vague ruisseau
Le temps sāest achevĆ©
Nous ne lāattraperons plus

Si notre vie est moins quāune journĆ©e
Si notre vie est moins quāune journĆ©e
En lāĆ©ternel, si lāan qui fait le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si pƩrissable est toute chose nƩe,
Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?
Pourquoi te plaĆ®t lāobscur de notre jour,
Si pour voler en un plus clair sƩjour,
Tu as au dos lāaile bien empanĆ©e ?
Là , est le bien que tout esprit désire,
Là , le repos où tout le monde aspire,
LĆ , est lāamour, lĆ , le plaisir encore.
Là , Ó mon âme au plus haut ciel guidée !
Tu y pourras reconnaĆ®tre lāIdĆ©e
De la beautĆ©, quāen ce monde jāadore.

Entre les sombres rides du monde qui sāaffaisse
JāĆ©cris trois lignes de mots lĆ©gers
Regarde-les
Ils ne cherchent pas les fausses rimes
Pour amuser les amputƩs du verbe aimer
Ils ne sāagitent pas sur les pistes de tristes danses
Pour inventer des joies sautillantes
Regarde-les
Ils Ć©coutent les presque silences dāune lettre qui sāachĆØve
Ils se tiennent par la main
Et entendent le souffle dāun rire nouveau
Qui leur chante la douce mƩlodie
De nos si beaux demains…
8 septembre

Il pleut Ć seau, il pleut des cordes, il pleut comme vache qui pisse, il tombe des trombes dāeau. Bref il pleut. Jāaime beaucoup la poĆ©sie quāengendre la pluie, il y a toujours cette idĆ©e du dĆ©bordement, du torrent, du dĆ©goulinement. Et pour ĆŖtre sincĆØre cāest souvent la vĆ©ritĆ©. Mais quand la pluie est lĆ©gĆØre, quāelle nāest pas un long sanglot dĆ©sespĆ©rĆ©, mais une simple et douce larme qui sāĆ©coule en caressant la joue, on est, me semble-t-il, moins prolixe. Il existe pourtant de belles pluies, douces, fines, caressantes, reposantes. Des pluies qui donnent le sourire quand elles sont attendues, des pluies mĆ©lodieuses, qui chantent, qui clapotent, qui cliquettent. Et parfois dans le panier Ć mot de cette pluie on trouve des paroles heureuses aux rimes pluvieuses…

Pour ce long voyage au pays des bruyants
Il avait commencƩ une provision de silences
Dans un sac à papier froissé
Quelques trous de mƩmoire
Sagement attendaient
Il est si bon de ne rien dire
Quand tous sur lāĆ©cran tĆŖte baissĆ©e
RĆŖvent de participer
Son sac à mots était empli de douceurs
BondƩ de rondeurs
Pas un jour ne passait
Sans quāil nāy plonge la main
Pour dƩguster un autre demain

Je sais bien que les chemins marchent
Plus vite que les Ʃcoliers
Attelés à leur cartable
Roulant dans la glue des fumƩes.
Où l’automne perd le souffle
Jamais douce Ć vos sujets,
Est-ce vous que j’ai vu sourire ?
Ma fille, ma fille, Je tremble.
N’aviez vous donc pas mĆ©fiance
de ce Vagabond Ʃtranger
Quand il enleva sa casquette
pour vous demander son chemin
vous n’avez pas parue surprise
Vous vous êtes abordés comme coquelicot et blé.
Ma fille, ma fille Je tremble
La fleur qu’il tient entre les dents
Il pourrait la laisser tomber
S’il consent Ć donner son nom
A rendre l’Ć©pave Ć ses vagues
Ensuite quelqu’ aveux maudits
Qui hanteraient votre sommeil,
Parmi les ajoncs de son sang
Ma fille, ma fille Je tremble
Quand ce jeune homme s’Ć©loigna
Le soir mura votre visage
Quand ce jeune homme s’Ć©loigna
Dos voutƩ front bas et mains vides
Sous les osiers vous ĆŖtiez grave
Vous ne l’aviez jamais Ć©tĆ©
Vous rendra-t-il votre beautƩ?
Ma fille, ma fille Je tremble
La fleur qu’il gardait Ć la bouche
Savez vous ce qu’elle cachait pĆØre
Un mal pur bordƩ de mouches
Je l’ai voilĆ© de ma pitiĆ©
Mais ses yeux tenaient la promesse
Que je me suis faite Ć moi mĆŖme
Je suis folle Je suis nouvelle
C’est vous mon pĆØre qui changez.

Dans le bout de cette vie qui rƩsiste
Il y a comme un voile gris
Flamme qui vacille
La peur nāose plus entrer
Un rideau de larmes
Inutile elle recule
Son temps est passƩe

Je ne veux plus
De ce silence glacƩ
Qui roule en pleurant
Sur la mousse verte et ventrue
Des pentes assƩchƩes
Je ne veux plus
De ces fracas de voix
Qui brisent en crissant
Les longues et fines lames
De mes rires boisƩs

Dans ma boîte à couleurs
Je cherche ce mot qui tinte,
Je le voudrais doux et gai.
Un mot pour apaiser
Un mot pour aimer.
Et sur ma feuille pĆ¢le dāennui,
Ivre de couleurs
Le poserai sans un bruitā¦

Ces chutes de bois sonore qui ne lui parvenaient pas, il les entendait, de seconde en seconde, dans les battements de son sang; il savait Ć la fois que, chez lui, il guĆ©rirait, et qu’il allait mourir, que sur la grappe d’espoirs qu’il Ć©tait, le monde se refermerait, bouclĆ© par ce chemin de fer comme par une corde de prisonnier; que rien dans l’univers, jamais, ne compenserait plus ses souffrances passĆ©es ni ses souffrances prĆ©sentes : ĆŖtre un homme, plus absurde encore qu’ĆŖtre un mourant⦠De plus en plus nombreuses, immenses et verticales dans la fournaise de midi, les fumĆ©es des MoĆÆs fermaient l’horizon comme une gigantesque grille : chaleur, fiĆØvre, charrette, aboiements, ces traverses jetĆ©es lĆ -bas comme des pelletĆ©es sur son corps, se confondaient avec cette grille de fumĆ©es et la puissance de la forĆŖt, avec la mort mĆŖme, dans un emprisonnement surhumain, sans espoir. Les chiens maintenant hurlaient d’un bout Ć l’autre de la vallĆ©e; d’autres, derriĆØre les collines, rĆ©pondaient; les cris emplissaient la forĆŖt jusqu’Ć l’horizon, comblant de leur profusion les espaces libres entre les fumĆ©es. Prisonnier, encore enfermĆ© dans le monde des hommes comme dans un souterrain, avec ces menaces, ces feux, cette absurditĆ© semblable aux animaux des caves. A cĆ“tĆ© de lui, Claude qui allait vivre, qui croyait Ć la vie comme d’autres croient que les bourreaux qui vous torturent sont des hommes : haĆÆssable. Seul. Seul avec la fiĆØvre qui le parcourait de la tĆŖte au genou, et cette chose fidĆØle posĆ©e sur sa cuisse : sa main.
Il l’avait vue plusieurs fois ainsi, depuis quelques jours : libre, sĆ©parĆ©e de lui. LĆ , calme sur sa cuisse, elle le regardait, elle l’accompagnait dans cette rĆ©gion de solitude où il plongeait avec une sensation d’eau chaude sur toute la peau. Il revient Ć la surface une seconde, se souvint que les mains se crispent quand l’agonie commence. Il en Ć©tait sĆ»r. Dans cette fuite vers un monde aussi Ć©lĆ©mentaire que celui de la forĆŖt, une conscience atroce demeurait : cette main Ć©tait lĆ , blanche, fascinante, avec ses doigts plus hauts que la paume lourde, ses ongles accrochĆ©s aux fils de la culotte comme les araignĆ©es suspendues Ć leurs toiles par le bout de leurs pattes sur les feuilles chaudes; devant lui dans le monde informe où il se dĆ©battait, ainsi que les autres dans les profondeurs gluantes. Non pas Ć©norme : simple, naturelle, mais vivante comme un Åil. La mort, c’Ć©tait elle.

Au bout de ces tristes jours gris
Peur sans fin
On nous sert comme refrain
Pour ma rime qui se perd
J’ai plongĆ© dans la pleine lueur
D’un si doux rĆŖve de fleurs

Trois fois rien
Me dites-vous ?
Oui trois fois rien,
Et c’est tout !
Cela suffit pour mon peu de bonheur…
Non vous dis-je !
Ce n’est pas assez,
Vous le regretterez…
Oh non, rien de plus,
Je vous en prie !
Pas de rose,
Plus de mauves,
Laissez les bleus en paix.
Je n’ai besoin que de terres grises
Pour écrire mes rêves bariolés.

Homme de moins que rien
Visage mou
Regard moite
Poisseux dāaigres sueur
Qui sāincruste entre les rires innocents
Homme de moins que rien
Expire le mauvais parfum
De la suffisance des quelques siens
Il Ʃtait de ces bavards inutiles
Qui encombre les salons
Homme de moins que rien
Creuse en soufflant
Un gras sillon de silences aigris
Ils étaient tant à le suivre
Roses fanées à la boutonnière
Oublieux de ses arrogances
Dans ce monde aux sourires sucrƩs
Ignobles, infâmes
Ont repris en cÅur
Lāhymne gris de leurs violences cachĆ©es

Il est lāheure de la lumiĆØre,
Il me reste un bout de rĆŖve mauve.
Infime miette dans un bol de rire noir,
Laissée là , douce et croquante
Par une nuit rassasiƩe.
Au creux du silence du matin qui gƩmit,
Jāavance tĆŖte baissĆ©e,
Tirant sur le long fil de ce songe qui sourit.

Il reste quelques traces de brumes blanches
Sur cette belle page d’un matin bleu
De longues lignes froissƩes des restes de nuit
Attendent les premiers mots aux odeurs de pain chaud
6 septembre

Dans le fonds asséché de mon puits à rêves bleus
De lourdes pierres noires emplissent le vide de ma page blanche
Mots fleurs, mots ciels, mots vagues
Tous sont ƩcrasƩs
Ils se tordent le cou pour inventer le chant
Des rimes en rires
Ils se tordent le cou pour sāĆ©chapper
De lāhumide Ć©treinte du nÅud coulant qui les Ć©touffe

En suivant la trace floue dāune histoire dāhier
Jāai glissĆ© sur la flaque du doux prĆ©sent
A tâtons je marche en riant vers le noir heureux
Où brille lāombre de tes cheveux
Je souffre de lāoubli des ces presque rien
Jāattends serein
Jāentends chagrin
Un long soupir sec
Il Ʃtale en claquant
Des larmes au bleu coupant
Qui abƮment en roulant
Les bords mous du chemin des gisants

J’ai tentĆ© l’impossible ascension
Vers la cime d’une mĆ©moire abĆ®mĆ©e
Lisse est la paroi surprise
Pas un qui ne veut
Glisse
Plus un qui ne peut
Glisse
Elle Ʃtait belle cette histoire
J’ai suivi ses lourdes traces
Jusqu’aux neiges racontĆ©es

Stance galante
Souffrez qu’Amour cette nuit vous rĆ©veille ;
Par mes soupirs laissez-vous enflammer ;
Vous dormez trop, adorable merveille,
Car c’est dormir que de ne point aimer.
Ne craignez rien ; dans l’amoureux empire
Le mal n’est pas si grand que l’on le fait
Et, lorsqu’on aime et que le coeur soupire,
Son propre mal souvent le satisfait.
Le mal d’aimer, c’est de vouloir le taire :
Pour l’Ć©viter, parlez en ma faveur.
Amour le veut, n’en faites point mystĆØre.
Mais vous tremblez, et ce dieu vous fait peur !
Peut-on souffrir une plus douce peine ?
Peut-on subir une plus douce loi ?
Qu’Ć©tant des coeurs la douce souveraine,
Dessus le vƓtre Amour agisse en roi ;
Rendez-vous donc, Ć“ divine Amarante !
Soumettez-vous aux volontĆ©s d’Amour ;
Aimez pendant que vous ĆŖtes charmante,
Car le temps passe et n’a point de retour.
1666

Tu tāes pris les pieds dans le lourd tapis de la nuit,
Assis au bord de ton lit
Entre tes mains, ta tĆŖte tu as pris.
Souviens-toi, nous Ʃtions vivants,
Tu riais, je parlais, insouciant.
Sur nos lèvres séchées par le vent,
Dansaient les mots taquins,
Sautillaient les mots malins,
Coulaient les mots chagrins.
Dans un coin reculƩ,
De notre hier oubliƩ,
Je tāentends, je te vois, tu es restĆ©.

En suivant la trace floue dāune histoire dāhier
Jāai glissĆ© sur la flaque du doux prĆ©sent
A tâtons je marche en riant vers le noir heureux
Où brille lāombre de tes cheveux
Je souffre de lāoubli des ces presque rien
Jāattends serein
Jāentends chagrin
Un long soupir sec
Il Ʃtale en claquant
Des larmes au bleu coupant
Qui abƮment en roulant
Les bords mous du chemin des gisants

Non, non, pitiƩ,
Pas aujourdāhui,
Je vous en supplie,
Mon rire sāest enfui.
Pas de jeu de mots,
Pas de rimes en i.
Nāinsistez pas, je vous le dis.
Comment ?
Dommage, me dites-vous ?
Vous aviez de bons mots ?
Eh bien tant pis,
Je cĆØde, allons-y !
Je nāen prendrai quāun :
Je le veux bref et poli.
En avant mon ami,
Je suis tout ouĆÆe.
Par quoi commencerez-vous ?
Comment par i ?
Paris ?
Malheur,
Cāest bien ce que je dis,
Comment, que me dites-vous ?
Ce que je dis ?
Ce que je dis,
Cāest jeudiā¦
Vivement vendrediā¦
ā

La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste Ʃther,
Je mets Ć la voile ;
La poitrine en avant et les poumons gonflƩs
Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelĆ©s
Que la nuit me voile ;
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempĆŖte et ses convulsions
Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon dƩsespoir !

Sur le tableau noir de mes dĆ©sirs dāĆ©criture
Jāai tracĆ© quelques lettres de brumes
Des mots bleus se sont envolƩs
A tire ligne jusquāau bord dāune blanche feuille
Que jāavais attendue
Une phrase est lĆ , en suspens
Une autre aussi qui lāattend
Je les regarde heureux
Elle se sont aimƩes
Avec mon consentement

Je voudrais une fête étrange et très calme
avec des musiciens silencieux et doux
ce serait par un soir dāautomne un dimanche
un manĆØge trĆØs lent, une fine musique
Des femmes nues assises sur la pierre blanche
Se baissent pour nouer les lacets des enfants
Des enfants en rubans et qui tirent des cerfs-volants blancs
Les femmes fredonnent un peu, leur tĆŖte penche
Je voudrais dāĆ©ternelles chutes de feuilles
Lāamour en un sanglot un sourire lĆ©ger
Comme on fait entre ses doigts glisser des herbes
Des femmes calmement Ʃperdues allongƩes
Des serpentins qui voguent comme des priĆØres
Une danse dans lāherbe et le ciel gris trĆØs bas
lentement. Et le blanc et le roux et le gris et le vert
Et des fils de la vierge pendent sur nos bras
Et mourir aux genoux dāune femme trĆØs douce
Des balanƧoires vont et viennent des appels
Doucement. Sur son ventre lourd poser ma tĆŖte
Et parler gravement des corps. Le jour sāen va
Des dentelles des tulles dans lāherbe une brise
Dans les haies des corsages pendent des nylons
Des cheveux balancent mollement on voit des nuques grises
Et les bras renvoient vaguement de lourds ballons

Lorsque jāĆ©cris, sur le papier, avec un stylo-bille des plus commun, je ressens trĆØs fort la sensation de lāĆ©criture. Cāest un acte physique, qui laisse des traces. Et je me souviens alors de cette toute premiĆØre phrase que jāavais Ć©crite il y a quarante trois ans lorsque je dĆ©cidai dāĆ©crire un roman, mon premier roman, premiĆØre pierre dāun chantier qui ne sāest jamais fermĆ©, mĆŖme dans les pires moments, ceux où lāinspiration est ballottĆ©e dans les intempĆ©ries de la vie.
Je me souviens, jāavais 19 ans et jāĆ©crivais : Ā« J’ai la tĆŖte qui bourdonne, les mains moites. Mes jointures gardent en mĆ©moire les arĆŖtes du stylo. Ā»
En ce moment, presque tous les soirs mes doigts gardent en mémoire les arêtes de mon stylo.

Dans un dernier sursaut une nuit de pleine pluie
Etale ses restes d’humides gris
Le soleil entre sur la pointe des pieds
Ce spectacle de molles vapeurs ne l’inquiĆØte pas
Fier, il hausse les Ʃpaules
« Pour qui me prends-tu sombre matin
Tu le sais depuis tant de temps
Rien n’arrĆŖte mes troupes colorĆ©es… »
2 septembre

Un jour je prendrai le risque de ne rien dire
Pour être invité à la table du silence
On prendra un verre ou deux
Cocktail de brumes
Et on ne parlera pas
Pour sāentendre mieux

Fracture du soleil
Hier j’Ć©pousai le vaisseau neuf
seconde aprĆØs seconde
fracture du soleil
nous armƩs de poinƧons
faisions de petits trous dans la mer
aux longues lieues
comme des virgules.
Aujourd’hui les galets au coeur
j’Ć©tincelle
quelle veine Ć mon poignet
bat
et
le rejoindra ?
« Les fenĆŖtres bleues »