Librairies indépendantes…

Il est toujours préférable de faire vivre les libraires indépendantes, c’est la raison pour laquelle je vous invite, si vous souhaitez commander mon recueil de poèmes, à privilègier le site « chez mon libraire »

https://www.chez-mon-libraire.fr/livre/9782322577866-memoires-filantes-recueil-de-poemes-eric-nedelec/?fbclid=IwY2xjawPwJwNleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEen7PMNeU5Yr_E2F6HmFweEhkBnp2Fm1a3-DJmnrdIKC5O4OBeMaiBvJzsJsk_aem_QjBhtnyWh3PZAi9DQBOvWQ

    Mes Everest, Léo Ferré : les souvenirs…

    Les souvenirs de ceux qui n’ont plus de maison
    Se traînent dans les bars ou sur les autoroutes
    À cent soixante à l’heure, ils se tirent et s’en vont
    À cent soixante à l’heure, tu choisis pas ta route
    Tu choisis pas ta route

    Cette machine à écrire qui tape un manuscrit
    Ce manteau qui sourit et qui me tend les bras
    Cette valise où mon âme est pliée sans un pli
    Cette bougie qui meurt et qui n’en finit pas
    Ce papier que noircit une lettre d’amour
    Ce crayon malheureux et qui a mauvaise mine
    Ce miroir qui me parle et la nuit et le jour
    Jusqu’à l’ultime jour, jusqu’à l’ultime nuit

    Les souvenirs de ceux qui n’ont plus de maison
    Se traînent dans les bars ou dans le fond d’un lit
    A cent soixante à l’heure, ils se traînent et s’en vont
    S’en vont à cent soixante, à la mélancolie, à la mélancolie

    Ce parfum qu’on oublie dans le bruit des odeurs
    Cette larme qui coule et qui sèche à ton bras
    Ce bijou qui s’ennuie au cou de ton malheur
    Cette gorge qui s’ouvre et qui n’en finit pas
    Ce matin qui s’ébat dans l’horreur de la vie
    Cette ombre de la brume où se perd la mémoire
    Cette conscience au bout de ce qui t’est permis
    Ce désespoir enfin qui s’invente une histoire

    Ils s’en vont, ils s’en vont, les souvenirs cassés
    Ils s’en vont, ils s’en vont, les souvenirs… Allez
    Comme des chiens perdus qu’on ne reconnaît plus
    Si ce n’est à leur queue, un tremblement de larmes
    Un tremblement de larmes

    Ils pleurent tous ces chiens qui s’en vont l’arme basse
    Dans le fond de la brume, on les voit divaguer
    Quelquefois, ils s’en prennent à leur ombre et demain
    Des soleils amoureux leur lècheront la face et la mélancolie
    Ils pleurent tous ces chiens qui s’en vont l’arme basse
    Dans le fond de la brume on les voit divaguer
    Quelquefois, ils s’en prennent à leur ombre et demain
    Des soleils amoureux leur lècheront la face et la mélancolie
    La mélancolie, mélancolie.

    Espoirs…

    Aux fossoyeurs des beaux espoirs

    Nous dirons que leur temps mauvais est passé

    Nous les renverrons dans les brunes fosses

    D’une obscure plaine aux lisières du chaos

    Nous brûlerons à la vive flamme de nos étreintes

    Leurs haines acides traces de leurs rances rancœurs

    Enfin loin de nos rêves de matins jolis

    Ils ne seront qu’ombres futiles d’un passé réparé

    Et reviendront l’envie de chanter

    L’envie de s’étreindre de s’aimer

    Et reviendront les douces caresses de l’espoir retrouvé  

    Le matin s’est levé…

    Sur l’eau, quelques rides de lumières,

    Le matin léger s’étire sur le fleuve.

    Au loin la rumeur de la ville,

    Comme un bruit qui s’éveille.

    On s’étire, le silence se respire.

    Il fait frais, on sourit.

    Le jour se lève.

    C’est beau,

    La nuit s’est retirée,

    Discrètement, le port l’a avalée.

    Le soleil est là, on le sent.

    On l’entend.

    Chaque couleur s’est préparée,

    Dans le matin léger,

    Ses ailes lissées le fleuve a déployé.

    Sous les drapeaux du parler beau…

    Il est grand temps de mettre les haines en sourdine

    On essaiera ensemble de rappeler le silence

    Sous les drapeaux du parler beau

    Il faudra essuyer les traces des grises peurs

    Mettre le haut sourire au garde à vous

    On écoutera les mots du vieux poète dégradé

    Il nous dira de brûler les armes

    Au pied mauve d’un mât aux rimes hautes

    Les poches s’empliront des cailloux semés

    Il y a longtemps sur le long chemin

    On retrouvera l’odeur épaisse et mouillée

    D’un papier froissé par le trop de larmes versées

    Du bout des doigts glacés

    On fleurera la fine paume retrouvée

    D’un visage apaisé

    Il sera temps enfin d’aimer…

    Regarde…

    Regarde
    Oh oui regarde
    Lève les yeux
    Oublie
    L’ombre épaisse des mauvais rêves
    De tes nuits agitées
    Glisse
    Penche-toi en riant
    A la fenêtre des absents
    Regarde
    Oh oui regarde
    La lumière est si belle
    Elle s’étire doucement
    Entre les tendres bras
    Du matin des amants
    Ecoute
    Oh oui écoute
    Tu l’entends te dire
    Je t’attends…

    Mes Everest, Albert Camus : « la peste »

    Je relis la peste de Albert Camus, ce passage est sublime…

    Le front de mer de Oran dans les années 60

    Les fleurs sur les marchés n’arrivaient plus en boutons, elles éclataient déjà et, après la vente du matin, leurs pétales jonchaient les trottoirs poussiéreux. On voyait clairement que le printemps s’était exténué, qu’il s’était prodigué dans les milliers de fleurs éclatant partout à la ronde et qu’il allait maintenant s’assoupir, s’écraser lentement sous la double pesée de la peste et de la chaleur. Pour tous nos concitoyens, ce ciel d’été, ces rues qui pâlissaient sous les teintes de la poussière et de l’ennui, avaient le même sens menaçant que la centaine de morts dont la ville s’alourdissait chaque jour. Le soleil incessant, ces heures au goût de sommeil et de vacances, n’invitaient plus comme auparavant aux fêtes de l’eau et de la chair. Elles sonnaient creux au contraire dans la ville close et silencieuse. Elles avaient perdu l’éclat cuivré des saisons heureuses. Le soleil de la peste éteignait toutes les couleurs et faisait fuir toute joie.

    Flash…

    J’ai posé le pied sur une flaque de pluie

    Pas de flic

    Pas de floc

    Un son sec qui choque

    J’ai glissé sur une flaque gelée

    Fini l’éclabousse

    Ça craque

    Ça claque

    L’hiver est à nos trousses

    Mémoires…

    Entends le mot à mot

    Du vieux mur de pierres

    Écoute cette histoire d’hier

    Écoute ces chants du lève tôt

    Avance et ne dis rien

    Ne sèche plus tes larmes

    Ton rire vit le dernier drame

    Tout est fini il ne sera plus demain

    Matinales…

    Rien ne sort

    C’est le calme plat

    Pas une rime pas une ride

    A la surface d’une mer sans brume

    Page blanche

    Nuit grise

    Demain peut-être

    L’invitation, version intégrale…

    « Ce qu’il faudrait c’est déplacer les villes à la campagne ! » La première fois que Jules a entendu cette ineptie, c’était il y a plus de quarante ans, en 1974. Il était en classe de terminale et leur jeune professeur d’économie avait décidé, une fois par mois, d’organiser des débats, sur les thèmes d’actualité qui revenaient à l’occasion de l’élection présidentielle. L’écologie, la défense de l’environnement (on parlait alors plutôt de la seule pollution) apparaissaient pour la première fois sur la scène médiatique, notamment grâce à un candidat que les Français découvraient, un agronome original : René Dumont.

    Dans sa classe, le débat n’était pas de haut niveau. C’était toujours les mêmes qui prenaient la parole. Il s’agissait de ceux qui étaient engagés dans des mouvements politiques à droite ou au parti communiste. Les plus virulents militaient à l’extrême gauche, déjà très éparpillée entre trotskistes, maoïstes, et autres mouvances dogmatiques dont on avait du mal à saisir les subtiles différences. Guillaume était de ceux-là. Maoïste, il se présentait volontiers comme le seul dépositaire de la pensée marxiste-léniniste. Fils d’un médecin radiologue et d’une avocate, il n’était pas avare de phrases toutes faites, avait un avis sur tout et avait tendance à considérer qu’il était celui qui savait… Il parlait de la classe ouvrière et de la paysannerie comme étant le terreau de la révolution à venir, mais passait ses soirées du samedi dans une boîte de nuit luxueuse où il dépensait en alcool et autres substances ce que Jules mettait péniblement de côté en une année…

    Jules, quant à lui, restait silencieux. Il n’était pas à l’aise, et craignait toujours de dire des bêtises. Il profitait de ces moments pour se reposer et en avait besoin, car dès le lever du jour, avant de prendre le bus pour se rendre au lycée, il aidait ses parents à la ferme, sur les hauteurs de Dole. Il s’occupait des veaux et de quelques brebis.

    Printemps 2014 : ce soir, Jules est seul devant la télévision et écoute distraitement le débat qui oppose des experts de plateaux, régulièrement invités pour donner leur avis sur tout, et surtout, sur n’importe quoi. Il s’agit aujourd’hui « d’interroger » cette nouvelle crise agricole. Crise est un mot faible quand, chaque soir, s’étalent sur les écrans les images des manifestations de la journée. Le journaliste pose, enfin, une bonne question.

    • N’y a-t-il pas dans cette explosion de colère la manifestation d’un malaise existentiel, une incompréhension de plus en plus importante, une véritable fracture entre le monde des urbains et celui des ruraux ?

    Le premier à répondre est le sociologue de service : Guillaume Toubard. Il enseigne à l’institut des hautes études sociales. Il est l’auteur d’un ouvrage : « comprendre le monde paysan ». Jules lève le nez de son assiette : ce nom, cette voix, ce ton surtout, lui rappelle quelqu’un…

    Le journaliste l’invite à préciser une pensée un peu fumeuse, à faire des propositions.

    • Voyez-vous, comme je l’ai toujours dit, ce qu’il faudrait c’est déplacer la ville à la campagne. Concrètement, je propose que dans les prochaines semaines des exploitants agricoles acceptent d’accueillir des urbains afin que chacune et chacun ouvre enfin les yeux…

    Jules est stupéfait : il n’a pas changé.

    Cette émission donne la parole aux auditeurs. Jules décide d’appeler.

    Il explique à son interlocutrice que la proposition qui vient d’être faite l’intéresse. Il est prêt à accueillir Mr Toubard sur son exploitation, dès le lendemain.

    Le journaliste fait un signe aux invités. De la main gauche, il appuie sur l’écouteur qu’il a dans l’oreille.

    • On me dit en régie que nous avons en ligne un agriculteur qui souhaite réagir à cette proposition.

    Les invités s’observent. En période de crise, ils n’aiment pas ces interventions en direct qui peuvent déraper…

    • Bonjour, Jules vous nous appelez du Jura, un petit village près de Dole. Jules, nous vous écoutons.
    • Oui, bonjour, je vous écoute depuis un moment et je viens d’entendre ce qu’a proposé un de vos invités : Guillaume Toubard je crois…
    • Oui Jules, que pensez-vous de cette idée d’organiser la venue des urbains à la campagne pour mieux vous connaître, vous comprendre ?
    • Oui, ce serait la ville qui se déplace à la campagne en quelque sorte !
    • C’est cela, vous avez bien compris.
    • Eh bien écoutez, si monsieur Toubard est disponible je lui propose de prendre dès demain le premier train pour Dole. J’irai le chercher et il passera quelques jours avec moi.

    Guillaume Toubard est un peu gêné et se dit qu’il est allé un peu vite. C’est son problème : il aime tellement s’entendre parler qu’il ne mesure pas toujours la portée de ses paroles. Mais il ne veut pas perdre la face, il va montrer que ce n’était pas de la démagogie.

    • Mr Toubard, vous pouvez difficilement refuser, n’est-ce pas ?
    • C’est d’accord, je vais m’organiser. Je connais Dole, j’y ai fait toutes mes études secondaires. Je serai ravi d’y retourner. J’accepte votre proposition.

    Jules se dit que Guillaume l’aura reconnu, qu’il se souvient de son prénom.

    • Parfait, je vous dis à demain, mais je préfère vous prévenir, nous n’aurons pas le temps de visiter Dole. Dès votre arrivée, nous rejoindrons mon exploitation à une vingtaine de kilomètres sur les hauteurs.

    Hors antenne, Jules et Guillaume se sont parlé. Jules sera sur le quai avec une pancarte sur laquelle sera écrit « Guillaume ».

    Jules attend sur le quai, pancarte à la main. Lorsque les voyageurs descendent, il reconnait immédiatement Guillaume. C’est toujours la même impression qu’il dégage : celle d’être au-dessus. Jules s’est approché et a brandi sa pancarte. Guillaume, lui, ne l’a évidemment pas reconnu. Il le salue sans chaleur, comme s’il avait hâte que tout se termine.

    Pendant le trajet, Guillaume parle. Il commente ce qu’il voit, ne pose aucune question à Jules, sur son exploitation, ce qu’il produit. Comme il y a quarante ans, Jules ne dit rien. Il écoute. Ils sont arrivés à la ferme, une belle bâtisse en pierre. Jules propose à Guillaume d’aller se changer dans la chambre qu’il lui a préparée.

    • On va tout de suite se mettre au travail.  Aujourd’hui j’ai prévu un épandage de lisier.  Il faut que vous voyiez cela Guillaume.

    Guillaume enfile de vieux vêtements. Par-dessus, il met une cotte que Jules lui a prêtée. C’est un peu l’uniforme des agriculteurs modernes. Il retrouve Jules devant le hangar à matériel, en train d’atteler une tonne à lisier.

    Guillaume n’y connait rien et pour faire sérieux, il a sorti un carnet pour prendre des notes. Il s’approche. Jules le regarde des pieds à la tête. Guillaume est mal à l’aise. Ils n’ont pas vraiment pris le temps de se connaitre.

    • C’est chouette Jules, d’avoir répondu à ma proposition. Je ne m’y attendais pas. Vous savez, parfois je dis les choses rapidement sans imaginer qu’elles seront vraiment faisables ensuite. Quelle coïncidence quand même ! Vous vous rendez compte, j’ai vécu jusqu’à 18 ans à Dole et n’étais jamais venu ici.
    • Oui drôle de coïncidence !  Vous savez, mais on peut peut-être se tutoyer, le trajet qu’on vient d’effectuer, je le connais bien je le faisais tous les jours en autocar pour aller au lycée.

    Guillaume se fige. Il se souvient bien que dans sa classe il y avait des fils d’ouvriers, mais des fils de paysans ça il n’en a aucun souvenir. Il change de sujet.  

    • Tu regardes souvent cette émission ? Je ne sais pas ce que tu en penses, mais je trouve qu’elle survole les sujets, elle ne va pas au fond des choses…
    • Oui tu as raison, c’est comme les débats qu’on avait au lycée. Je ne sais pas pour toi, mais dans mon établissement c’était la mode, et c’était toujours les mêmes qui parlaient… et entre nous, la plupart du temps ils étaient à côté de la plaque. Bon, assez bavardé on va y aller. Est-ce que je peux te demander de te mettre derrière ? Il faut que je recule et tu vas me guider…

    Guillaume est de plus en plus mal à l’aise mais il s’exécute.  Jules monte dans la cabine du tracteur, enclenche la marche arrière et simultanément appuie sur la manette qui déclenche l’éjection du lisier.

    Guillaume n’a rien vu venir.

    Jules descend et se confond en excuses. Guillaume est couvert de lisier, même les lunettes en sont crépies.

    • Je suis vraiment désolé, c’est la première fois que cela arrive. Attends-je vais nettoyer les verres.

    Guillaume est pétrifié. Il vient de comprendre. Jules n’a pas fait de fausse manœuvre. Il a pris un chiffon qu’il passe sur les verres.  Guillaume le distingue enfin. Jules le regarde : il est devant lui et le fixe avec un petit sourire.  

    • Alors Mr Toubard, maintenant que je vous ai enlevé la « merde » que vous aviez devant les yeux vous la voyez enfin la campagne…

    Janvier 2026

    « L’invitation », fin…

    Guillaume enfile de vieux vêtements. Par-dessus, il met une cotte que Jules lui a prêtée. C’est un peu l’uniforme des agriculteurs modernes. Il retrouve Jules devant le hangar à matériel, en train d’atteler une tonne à lisier.
    Guillaume n’y connait rien et pour faire sérieux, il a sorti un carnet pour prendre des notes. Il s’approche. Jules le regarde des pieds à la tête. Guillaume est mal à l’aise. Ils n’ont pas vraiment pris le temps de se connaitre.

    – C’est chouette Jules, d’avoir répondu à ma proposition. Je ne m’y attendais pas. Vous savez, parfois je dis les choses rapidement sans imaginer qu’elles seront vraiment faisables ensuite. Quelle coïncidence quand même ! Vous vous rendez compte, j’ai vécu jusqu’à 18 ans à Dole et n’étais jamais venu ici.

    – Oui drôle de coïncidence ! Vous savez, mais on peut peut-être se tutoyer, le trajet qu’on vient d’effectuer, je le connais bien je le faisais tous les jours en autocar pour aller au lycée.


    Guillaume se fige. Il se souvient bien que dans sa classe il y avait des fils d’ouvriers, mais des fils de paysans ça il n’en a aucun souvenir. Il change de sujet.

    – Tu regardes souvent cette émission ? Je ne sais pas ce que tu en penses, mais je trouve qu’elle survole les sujets, elle ne va pas au fond des choses…

    – Oui tu as raison, c’est comme les débats qu’on avait au lycée. Je ne sais pas pour toi, mais dans mon établissement c’était la mode, et c’était toujours les mêmes qui parlaient… et entre nous, la plupart du temps ils étaient à côté de la plaque. Bon, assez bavardé on va y aller. Est-ce que je peux te demander de te mettre derrière ? Il faut que je recule et tu vas me guider…


    Guillaume est de plus en plus mal à l’aise mais il s’exécute. Jules monte dans la cabine du tracteur, enclenche la marche arrière et simultanément appuie sur la manette qui déclenche l’éjection du lisier.
    Guillaume n’a rien vu venir.
    Jules descend et se confond en excuses. Guillaume est couvert de lisier, même les lunettes en sont crépies.

    – Je suis vraiment désolé, c’est la première fois que cela arrive. Attends-je vais nettoyer les verres.


    Guillaume est pétrifié. Il vient de comprendre. Jules n’a pas fait de fausse manœuvre. Il a pris un chiffon qu’il passe sur les verres. Guillaume le distingue enfin. Jules le regarde : il est devant lui et le fixe avec un petit sourire.

    – Alors Mr Toubard, maintenant que je vous ai enlevé la « merde » que vous aviez devant les yeux vous la voyez enfin la campagne…

    « L’invitation » : 2

    Cette émission donne la parole aux auditeurs. Jules décide d’appeler.
    Il explique à son interlocutrice que la proposition qui vient d’être faite l’intéresse. Il est prêt à accueillir Mr Toubard sur son exploitation, dès le lendemain.
    Le journaliste fait un signe aux invités. De la main gauche, il appuie sur l’écouteur qu’il a dans l’oreille.

    – On me dit en régie que nous avons en ligne un agriculteur qui souhaite réagir à cette proposition.


    Les invités s’observent. En période de crise, ils n’aiment pas ces interventions en direct qui peuvent déraper…

    – Bonjour, Jules vous nous appelez du Jura, un petit village près de Dole. Jules, nous vous écoutons.

    – Oui, bonjour, je vous écoute depuis un moment et je viens d’entendre ce qu’a proposé un de vos invités : Guillaume Toubard je crois…

    – Oui Jules, que pensez-vous de cette idée d’organiser la venue des urbains à la campagne pour mieux vous connaître, vous comprendre ?

    – Oui, ce serait la ville qui se déplace à la campagne en quelque sorte !

    – C’est cela, vous avez bien compris.

    – Eh bien écoutez, si monsieur Toubard est disponible je lui propose de prendre dès demain le premier train pour Dole. J’irai le chercher et il passera quelques jours avec moi.


    Guillaume Toubard est un peu gêné et se dit qu’il est allé un peu vite. C’est son problème : il aime tellement s’entendre parler qu’il ne mesure pas toujours la portée de ses paroles. Mais il ne veut pas perdre la face, il va montrer que ce n’était pas de la démagogie.

    – Mr Toubard, vous pouvez difficilement refuser, n’est-ce pas ?

    – C’est d’accord, je vais m’organiser. Je connais Dole, j’y ai fait toutes mes études secondaires. Je serai ravi d’y retourner. J’accepte votre proposition.


    Jules se dit que Guillaume l’aura reconnu, qu’il se souvient de son prénom.

    – Parfait, je vous dis à demain, mais je préfère vous prévenir, nous n’aurons pas le temps de visiter Dole. Dès votre arrivée, nous rejoindrons mon exploitation à une vingtaine de kilomètres sur les hauteurs.


    Hors antenne, Jules et Guillaume se sont parlé. Jules sera sur le quai avec une pancarte sur laquelle sera écrit « Guillaume ».
    Jules attend sur le quai, pancarte à la main. Lorsque les voyageurs descendent, il reconnait immédiatement Guillaume. C’est toujours la même impression qu’il dégage : celle d’être au-dessus. Jules s’est approché et a brandi sa pancarte. Guillaume, lui, ne l’a évidemment pas reconnu. Il le salue sans chaleur, comme s’il avait hâte que tout se termine.
    Pendant le trajet, Guillaume parle. Il commente ce qu’il voit, ne pose aucune question à Jules, sur son exploitation, ce qu’il produit. Comme il y a quarante ans, Jules ne dit rien. Il écoute. Ils sont arrivés à la ferme, une belle bâtisse en pierre. Jules propose à Guillaume d’aller se changer dans la chambre qu’il lui a préparée.

    • On va tout de suite se mettre au travail. Aujourd’hui j’ai prévu un épandage de lisier. Il faut que vous voyiez cela Guillaume.

    « L’invitation », nouvelle inédite : 1

    Cela fait quelques temps que je n’ai pas publié une de mes nouvelles. En voici une que je publierai en trois parties, je l’avais proposée pour un concours sur le thème de la ruralité. Elle n’a pas été retenue, tant pis…

    « Ce qu’il faudrait c’est déplacer les villes à la campagne ! » La première fois que Jules a entendu cette ineptie, c’était il y a plus de quarante ans, en 1974. Il était en classe de terminale et leur jeune professeur d’économie avait décidé, une fois par mois, d’organiser des débats, sur les thèmes d’actualité qui revenaient à l’occasion de l’élection présidentielle. L’écologie, la défense de l’environnement (on parlait alors plutôt de la seule pollution) apparaissaient pour la première fois sur la scène médiatique, notamment grâce à un candidat que les Français découvraient, un agronome original : René Dumont.

    Dans sa classe, le débat n’était pas de haut niveau. C’était toujours les mêmes qui prenaient la parole. Il s’agissait de ceux qui étaient engagés dans des mouvements politiques à droite ou au parti communiste. Les plus virulents militaient à l’extrême gauche, déjà très éparpillée entre trotskistes, maoïstes, et autres mouvances dogmatiques dont on avait du mal à saisir les subtiles différences. Guillaume était de ceux-là. Maoïste, il se présentait volontiers comme le seul dépositaire de la pensée marxiste-léniniste. Fils d’un médecin radiologue et d’une avocate, il n’était pas avare de phrases toutes faites, avait un avis sur tout et avait tendance à considérer qu’il était celui qui savait… Il parlait de la classe ouvrière et de la paysannerie comme étant le terreau de la révolution à venir, mais passait ses soirées du samedi dans une boîte de nuit luxueuse où il dépensait en alcool et autres substances ce que Jules mettait péniblement de côté en une année…

    Jules, quant à lui, restait silencieux. Il n’était pas à l’aise, et craignait toujours de dire des bêtises. Il profitait de ces moments pour se reposer et en avait besoin, car dès le lever du jour, avant de prendre le bus pour se rendre au lycée, il aidait ses parents à la ferme, sur les hauteurs de Dole. Il s’occupait des veaux et de quelques brebis.

    Printemps 2014 : ce soir, Jules est seul devant la télévision et écoute distraitement le débat qui oppose des experts de plateaux, régulièrement invités pour donner leur avis sur tout, et surtout, sur n’importe quoi. Il s’agit aujourd’hui « d’interroger » cette nouvelle crise agricole. Crise est un mot faible quand, chaque soir, s’étalent sur les écrans les images des manifestations de la journée. Le journaliste pose, enfin, une bonne question.

    – N’y a-t-il pas dans cette explosion de colère la manifestation d’un malaise existentiel, une incompréhension de plus en plus importante, une véritable fracture entre le monde des urbains et celui des ruraux ?

    Le premier à répondre est le sociologue de service : Guillaume Toubard. Il enseigne à l’institut des hautes études sociales. Il est l’auteur d’un ouvrage : « comprendre le monde paysan ». Jules lève le nez de son assiette : ce nom, cette voix, ce ton surtout, lui rappelle quelqu’un…

    Le journaliste l’invite à préciser une pensée un peu fumeuse, à faire des propositions.

    – Voyez-vous, comme je l’ai toujours dit, ce qu’il faudrait c’est déplacer la ville à la campagne. Concrètement, je propose que dans les prochaines semaines des exploitants agricoles acceptent d’accueillir des urbains afin que chacune et chacun ouvre enfin les yeux…

    Jules est stupéfait : il n’a pas changé.

    Matinales…

    Mémoire rouillée par des rafales de vieux chagrin

    Abandonnée à la casse des souvenirs inutiles

    Je ne t’ai pas oublié tu verras tu viendras

    A la table fleurie de mes rêves pour demain

    Matinales…

    Je, tu, il, elle, on, vous, ils

    Sur la page blanche de mes chaque matin

    Je cherche

    Je cherche

    Qui va parler

    A qui m’adresser

    Que et quoi vous dire

    Ce dont je ne doute pas

    C’est le comment

    Je choisis dans ma boîte à plumes

    La fine et belle encore endormie

    Je la lisse et la trempe dans les encres grises

    De mes restes de nuit

    Entends la qui crisse en glissant

    Sur la première ligne de ton jour qui sourit

    Billet…

    Je ne supporte plus les indignations choisies, les comparaisons de l’horreur. Il y a ceux qui choisissent leurs  silences en fonction de leurs haines irrationnelles. Il y a ceux qui choisissent leurs colères en fonction des orientations de leurs lignes idéologiques.

    Quand les corps tombent, que les peuples saignent je ne supporte plus les oui mais, je ne supporte plus les leçons toutes faites, les relativismes de la lâcheté partisane. Qu’il s’agisse de victimes de bombardements aveugles, de répressions sanglantes, de terrorismes d’état, d’impérialisme abject, mon indignation est la même et je ne demande à personne de la salir.

    Retrouvons la norme et la beauté…

    Retrouvons la norme et la beauté qui ne parviennent pas à s’entendre, elles s’étaient déjà expliquées il y a quelques temps sur ce blog…

    Beauté : Je vais partir, je veux partir. Je veux qu’on m’oublie. Quelques temps peut-être, ou quelques instants, je ne sais pas, mais je veux partir. Alors on se souviendra, on me réclamera. Je les entends déjà : reviens, reviens…

    Norme : Je ne comprends pas ce que tu gémis. Tu veux partir c’est bien cela ?

    Beauté :  Oui c’est cela, bien entendue chère norme, partir, m’envoler, m’effacer….

    Norme : Je ne te comprends pas, je ne te comprends plus. Tu parles comme une enfant gâtée. Regarde, tout est ici : regarde autour de toi, tout est là :  pour réussir, pour t’imposer. Ressaisis-toi, il faut que tu poses, il faut que tu oses.

    Beauté : Tu prétends que j’ai tout, ici, tout ce qu’il me faut, mais je ne vois rien, je ne sens rien. Je m’ennuie à mourir. Tout est tracé, tout est formaté : tu choisis, tu élimines, tu décides, tu juges, tu convoques, tu condamnes. Quand il faut que j’apparaisse, les couleurs sont au garde à vous, elles sont pétrifiées, ma lumière les a abandonnés, tes paysages sont figés. Pire ils sont coagulés ! Tes visages sont communs, tes regards sont vides. C’en est trop, je n’en peux plus, je reprends ma liberté.

    Norme : Voilà que tu recommences avec tes délires, tes envies de gris, de flaques poisseuses. Mais que veux-tu ? Tu le sais pourtant : ce que je décide n’est pas pour t’embêter ou t’humilier. Ce n’est pas une lubie. Ce sont les autres : ils me tiennent la main, me dictent ma conduite. Tu le sais, je suis une norme, je suis LA NORME, et ne suis pas née toute seule. Moi aussi, comme toi j’ai été convoquée, moi aussi je n’ai pas de liberté.

    Beauté : Eh bien, échappe-toi aussi et laisse-moi m’envoler. Les autres finiront par s’habituer.  

    Norme : Mais que diront-ils ces autres si plus rien de ce qu’ils attendent n’est beau. Que diront-ils, que deviendront-ils, que ressentiront-ils ?

    Beauté :  Ils feront comme nous, il faut qu’ils sortent eux aussi, il faut qu’ils bougent. Il faut qu’ils changent, que leurs regards souffrent un peu, juste un peu, pour ensuite pouvoir s’étonner…

    Norme : Impossible, nous ne pouvons pas, nous n’avons pas le droit….

    Beauté : C’est fini, je vous quitte, je vous abandonne, je vous laisse à vos paysages lisses et glacées,

    Norme : Nous quitter, nous abandonner, pauvre folle mais pour qui te prends tu ?

    Beauté : Je suis la beauté, celle dont on rêve, celle qu’on attend, celle qu’on ressent quand on est vivant, là, à l’intérieur, celle qui explose pour tos nos sens quand on espère, quand on aime….

    Mes Everest , Tomas Tranströmer

    Face à face

    En février, la vie était à l’arrêt.

    Les oiseaux volaient à contrecœur et l’âme

    raclait le paysage comme un bateau

    se frotte au ponton où on l’a amarré.

    Les arbres avaient tourné le dos de ce côté.

    L’épaisseur de la neige se mesurait aux herbes mortes.

    Les traces de pas vieillissaient sur les congères.

    Et sous une bâche, le verbe s’étiolait.

    Un jour, quelque chose s’approcha de la fenêtre;

    Le travail s’arrêta, je levai le regard.

    Les couleurs irradiaient. Tout se retournait.

    Nous bondîmes l’un vers l’autre, le sol et moi.

    La norme et la beauté…

    Je republie quelques unes de mes « tribunes » sur le thème de la norme et la beauté…

    Où l’on découvre que norme et beauté ont parfois un peu de mal à s’entendre, à se comprendre. Aujourd’hui nous retrouvons une norme « étonnée » pour ne pas dire irritée. Elle a convoqué une beauté libérée et l’interroge sur ses mauvaises fréquentations.

    Norme : Que fais-tu ici ? Regarde autour de toi, ouvre les yeux, tu le vois bien, ici il n’y a rien que tu puisses regarder.

    Beauté : Ce que je fais ici ? Mais je ne fais rien, je suis, je sens, je ressens. Et toi tu ne vois rien ? Ici je suis bien, ici je suis invitée. Alors tu vois, même pour quelques instants je vais m’installer…

    Norme : Invitée ? Invitée ? Toi la beauté ? Mais regarde, ici tout est laid, qui t’aurait donc invité ?

    Beauté : Du laid, du laid ? Suis-je à ce point aveuglée, que je n’ai rien vu de tout ce laid que tu as décidé de m’inventer. Moi je n’ai rien vu, et ici, tout, oui tout me plait. Toi tu restes enfermée entre les murs lisses de tes lignes droites. Regarde la douceur de ces courbes, c’est si simple, ici je suis bien.

    Norme : Tu n’as rien vu et moi je n’ai rien su. Tu le sais, tu ne peux l’ignorer, jamais tu ne dois distribuer de la beauté sans que j’en sois informée. La beauté m’appartient, tu n’es que messagère.

    Beauté : Oui je le sais, et je l’ai voulu, je suis venu et je ne t’ai rien dit. Peut-être pour que tu ne puisses rien abîmer. Ici vit un gris, un si beau gris oublié, il s’est souvenu de qui il était, alors il m’a appelé et sans hésiter je suis venue.

    Norme : Un gris oublié ? Mais tu t’égares ma pauvre beauté. Regarde autour de toi, regarde ce que je vois, ce n’est que du terne, avec un gris qui nous désespère. Ici tout est sale, et si plein de triste.

    Beauté : Mais ce que tu vois, ma pauvre, ce n’est que ce que tu crois. Ouvre les portes, aère-toi, regarde avec l’arrière de tes yeux et alors tu comprendras.

    Norme : Cela suffit ! Je te le rappelle une dernière fois, tu ne peux pas décider n’importe quoi. Remballe tes couleurs, range ton gris oublié et rentre chez toi.

    Beauté : Moi tu vois, c’est ce qui me plait, ici. A cette table je me sens vivante. Ici tout est riant. Regarde, ouvre-toi, tout est surprenant. Ici personne ne m’attend.

    Norme : Je veux bien, mais juste quelques instants, je ne veux pas d’incidents

    Matinales…

    Dans le vide de mes mémoires enfouies

    Parfois le frisson d’une ride

    Grossie au souffle des rires d’hier

    Je pose le lourd bagage d’une nuit de grises vagues

    Des angoisses gravées à l’épaisse lame

    De la peur attendent dans la longue plaine

    De l’homme seul à la tête baissée

    J’arrive au carrefour de ces souvenirs

    Aux douces couleurs qui caressent

    J’hésite un instant

    Mon regard cherche le chemin de l’apaisant

    Je le vois il est là

    Au pied de cet autre matin impatient

    Flash…

    Dans le décharnement solitaire

    De l’arbre contraint à la nudité automnale

    Il y a toute la violence d’une lente agonie

    Comme un cri de douleur retenue

    Comme un cri de couleur disparue

    La sève figée entre les maigres bras

    D’une brume fragile

    Attend des demains

    Paisibles et fleuris

    Résistances…

    Entre les pages d’un carnet aux mots souriants
    S’est glissée une fine plume d’oiseau blessé
    Une perle de sang mauve sur la feuille a glissé
    Les rimes en rires ont perdu le fil des matins vivants
    Une à une les lignes des doux matins ont tremblé
    Regarde-les elles ont tracé un chemin vers la paix

    Matinales…

    Non ne lève pas les yeux

    Ils te fabriquent du demain noir

    Oiseaux lourds

    Accrochés aux branches maigres et nues

    D’un arbre qui attend un bel envol bleu

    Carnets…

    J’ai toujours beaucoup aimé que les angles puissent être ronds. Histoire qu’une fois au moins dans sa triste et droite vie aux figures imposées la géométrie se permette un rond de jambe, ou mieux encore une pirouette. Une belle et ronde pirouette. Ce serait chouette d’étudier la pirouette, d’en connaître toutes les formules, celle du périmètre, de la surface.

    Mais revenons à notre angle qui défie par son rondeur la sévérité pointue de toutes les équerres. Il s’en moque et il est même fier tous les matins de me proposer de suivre le chemin qu’il me propose, tout en douceur.

    Et par dessus tout il y a ces fameux angles morts qu’on vous signale, on vous met en garde : « attention aux angles morts ». Je me questionne, mais de quoi sont-ils morts, qui sont les vils auteurs de ce crime géométrique ? Et s’ils sont morts, ils ne sont plus, ils n’existent pas alors pourquoi nous dire de faire attention, que nous réserve t’ils ?

    Mystère…

    Matinales…

    A l’ombre de son profond sommeil

    Le peuple des résignés

    Cherche une belle excuse

    J’étais occupé à m’aimer

    J’étais occupé à partager mes bouts de rien

    J’étais occupé à cherche une prochaine victime

    Il est trop tard a répondu le monde à l’agonie

    Il est trop tard pour lever la tête

    Il est trop tard pour les larmes glacées

    Il est trop tard pour se faire pardonner…

    Mémoires filantes, suite…

    Pour celles et ceux qui souhaiteraient acheter mon recueil de poèmes : « Mémoires filantes… », il est depuis aujourd’hui accessible sur le site de la FNAC, ce qui diminue considérablement les frais d’expédition. Il est même possible de le retirer en magasin avec un délai de deux à trois semaines. Je me ferai un plaisir de vous le dédicacer à l’occasion…

    https://www.fnac.com/a22580863/Eric-Nedelec-Memoires-filantes

    Mes Everest, Primo Levi : si c’est un homme…

    Italian chemist and writer Primo Levi (1919-1987).

    Nous découvrons tous tôt ou tard dans la vie que le bonheur parfait n’existe pas, mais bien peu sont ceux qui s’arrêtent à cette considération inverse qu’il n’y a pas non plus de malheur absolu. Les raisons qui empêchent la réalisation de ces deux états limites sont du même ordre : elles tiennent à la nature même de l’homme, qui répugne à tout infini. Ce qui s’y oppose, c’est d’abord notre connaissance toujours imparfaite de l’avenir ; et cela s’appelle, selon le cas, espoir ou incertitude du lendemain. C’est aussi l’assurance de la mort, qui fixe un terme à la joie comme à la souffrance. Ce sont enfin les inévitables soucis matériels, qui, s’ils viennent troubler tout bonheur durable, sont aussi de continuels dérivatifs au malheur qui nous accable et, parce qu’ils le rendent intermittent, le rendent du même coup supportable.

    Matin froissé

    C’est un matin barbouillé

    Repue d’un lourd gris huilé

    La nuit mauvaise s’est retirée

    La lumière à marée basse oubliée

    Nous attend entre les plis du ciel froissé

    Lumière est à marée basse

    Mes Everest, Francis Ponge : « première ébauche d’une main… »

    « Agitons donc ici LA MAIN, la main de l’Homme !

    La main est l’un des animaux de l’homme : toujours à la portée du bras qui la rattrape sans cesse, sa chauve-souris de jour.
    Reposée ci ou là, colombe ou tourtereau, souvent alors rejointe à sa compagne.

    Puis, forte, agile, elle revolette alentour. Elle obombre son front, passe devant ses yeux.
    Prestigieusement jouant les Euménides.


    Ha ! C’est aussi pour l’homme comme sa barque l’amarre.
    Tirant comme elle sur sa longe ; hochant le corps d’un pied sur l’autre ; inquiète et têtue comme un jeune cheval.
    Lorsque le flot s’agite, faisant le signe couci-couça.


    C’est une feuille mais terrible, prégnante et charnue.
    C’est la plus sensitive des palmes et le crabe des cocotiers.
    Voyez la droite ici courir sur cette page.
    Voici la partie du corps la mieux articulée.
    Il y a un bœuf dans l’homme, jusqu’aux bras. Puis, à partir des poignets — où les articulations se démultiplient — deux crabes.


    L’homme a son pommeau électro-magnétique. Puis sa grange, comme une abbaye désaffectée. Puis ses moulins, son télégraphe optique.
    De là parfois sortent des hirondelles.
    L’homme a ses bielles, ses charrues. Et puis sa main pour les travaux d’approche.
    Pelle et pince, crochet, pagaie. Tenaille charnue, étau. Quand l’une fait l’étau, l’autre fait la tenaille.
    C’est aussi cette chienne à tout propos se couchant sur le dos pour nous montrer son ventre : paume offerte, la main tendue.
    Servant à prendre ou à donner, la main à donner ou à prendre.


    A la fois marionnette et cheval de labour Ah ! C’est aussi l’hirondelle de ce cheval de labour. Elle picore dans l’assiette comme l’oiseau dans le crottin.


    La main est l’un des animaux de l’homme ; souvent le dernier qui remue.
    Blessée parfois, traînant sur le papier comme un membre raidi quelque stylo bagué qui y laisse sa trace. A bout de forces, elle s’arrête. Fronçant alors le drap ou froissant le papier, comme un oiseau qui meurt crispé dans la poussière, — et s’y relâche enfin. »



    Trou de lumière

    Trou de lumière

    Pour nuit au souffre court

    Larmes d’un fade soir à éviter

    Une à une sur une paupière fatiguée

    Perles de rire se sont enroulées

    Tous les murs sont achevés…

    Il est déjà tellement tard
    Plus rien n’est à commencer
    Tous les murs sont achevés
    Les regards se sont affadis
    Les épaules sont entrées
    Le visage est affalé

    Pourtant

    Pourtant il faudrait
    Il faudrait ouvrir des fenêtres
    Laisser entrer des éclats de rêves mauves et bleutés
    Et soudain redresser le menton
    Bomber le torse
    Et contempler en riant
    Le souvenir d’un arbre lointain

    Le jour se lève…

    Le jour se lève me dites-vous ?
    Était-il donc endormi ?
    Comment ?
    Assoupi, simplement…
    Tiens donc…
    Étrange, n’est-ce pas ?
    Je n’ai rien vu.
    J’ai cherché, vous dis-je.
    J’ai cherché sans un bruit,
    Me perdant
    Jusqu’aux bords mauves
    De votre trop longue nuit
    Et ne l’ai point rencontré.
    Vous doutez ?
    C’est tant pis :
    Je n’irai plus déranger
    Les belles couleurs de votre ennui…

    Mémoires filantes, mon premier recueil…

    Je suis heureux de vous annoncer la publication de mon premier recueil de poésies. « Mémoires filantes » est une compilation de quelques-uns de mes textes, sur le thème de la mémoire, des traces que l’on retrouve, de celles qu’on veut laisser…

    Vous pouvez d’ores et déjà le commander sur le site Bod. Il sera aussi prochainement disponible en version ebook.

    https://librairie.bod.fr/memoires-filantes-eric-nedelec-9782322577866

    Il y a parfois un oiseau dans ma tête…

    Il y a parfois un oiseau dans ma tête,
    Un oiseau aux mille couleurs qui étouffent le gris de mes yeux,
    Un oiseau qui plane au-dessus des plaines de ma mémoire.
    Au matin levant, il frémit des ailes.
    Les perles de rosée glissent sur la plume dorée,
    Tout doucement la nuit s’est effacée.
    L’oiseau dans ma tête a chanté.
    Il est l’heure de réveiller les couleurs.
    Au bout de mes yeux la lumière s’est étirée.
    Au bord de mes yeux quelques larmes de beauté.
    C’est un matin sans saison, le froid ne pique pas
    Il est une caresse souriante qui imite la douce fraicheur.
    Ce matin j’ai un oiseau dans la tête,
    Tout doucement de la plume de mes mains

    Mes Everest :  » Gabriel Péri » de Paul Eluard

    Ce poème a été écrit par Paul Eluard en hommage à Gabriel Péri, député communiste fusillé par les allemands l’hiver 1941

    Un homme est mort qui n’avait pour défense 
     Que ses bras ouverts à la vie
     Un homme est mort qui n’avait d’autre route
     Que celle où l’on hait les fusils
     Un homme est mort qui continue la lutte
     Contre la mort contre l’oubli

    Car tout ce qu’il voulait
     Nous le voulions aussi
     Nous le voulons aujourd’hui
     Que le bonheur soit la lumière
     Au fond des yeux au fond du cœur
     Et la justice sur la terre

    Il y a des mots qui font vivre
     Et ce sont des mots innocents
     Le mot chaleur le mot confiance
     Amour justice et le mot liberté
     Le mot enfant et le mot gentillesse
     Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
     Le mot courage et le mot découvrir
     Et le mot frère et le mot camarade
     Et certains noms de pays de villages
     Et certains noms de femmes et d’amies
     Ajoutons-y Péri
     Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
     Tutoyons-le sa poitrine est trouée
     Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
     Tutoyons-nous son espoir est vivant.

    Quand vient le soir…

    Quand vient le soir,
    Quand tombent les premières gouttes de nuit.
    Quand les fenêtres se ferment,
    Quand les regards se taisent,
    Quand les mots se font rares et lents,
    Alors,
    Alors, la ville fronce ses sourcils de béton fatigué,
    Et sur les façades à la blancheur inventée
    On aperçoit quelques trous de lumière.
    Entends-les, ils scintillent,
    Entends-les, ils t’invitent à rentrer.

    Poèmes de jeunesse….

    Fantastique

    Le mot est là

    Somnambule

    Depuis six mois

    Tout se remonte

    Mécanique

    Existante

    Absolue

    Pour la noirceur

    D’une virginité

    Epuisée

    De son silence

    De papier

    Aligné

    Mes Everest, Yves Bonnefoy…

    Il y a sans doute toujours au bout d’une longue rue

    Où je marchais enfant une mare d’huile,

    Un rectangle de lourde mort sous le ciel noir.

    Depuis la poésie

    A séparé ses eaux des autres eaux.

    Nulle beauté nulle couleur ne la retiennent,

    Elle s’angoisse pour du fer et de la nuit.

    Elle nourrit

    Un long chagrin de rive morte, un pont de fer
    Jeté vers l’autre rive encore plus nocturne
    Est sa seule mémoire et son seul vrai amour.

    Poèmes de jeunesse :

    La liste de tes dégoûts

    Dépassaient l’infini de ta soif

    T’ajoutes de la pluie

    A tes yeux secs

    Ton soleil brillait

    Le soir à intervalles réguliers

    Entre deux cris de présence

    Tu filtrais les paroles

    En enfilant des vers

    Sur des fils sans bouts…

    Septembre 1980

    Matinales…

    Lorsque l’attente frise le bitume

    J’entends la lame bleue des impatiences

    Qui s’aiguise à la pierre de ton regard

    Il n’est jamais loin le doux froissement

    Des étoffes de nos embrassades

    Tout est dans le presque fini

    Il me reste à refermer l’angle de nos peurs

    Poèmes de jeunesse : « la révolte »

    La révolte était devenue

    Une autre décoration de combats intellectuels

    Pour le snobisme

    De ceux qui flirtaient avec l’angoisse

    Du pauvre

    Qu’ils achetaient

    Chez les bradeurs d’inhumanité

    Qui vendent

    Du sourire aux enchères du sentiment

    Et qui cultivent des jardins d’utilité

    Des jardins de pitié

    Pour le botin du beau monde

    Qui pissent leur ba ba quotidien

    En rotant la nuit qu’ils ont volée

    Aux autres

    Aux angoissés

    Aux vrais

    L’uniforme de leur porcherie

    Leur fait peur

    Parce qu’ils se sentent loin

    Parce qu’ils se sentent loin

    Alors ils trichent

    Ils se déguisent

    Ils prostituent la vérité

    En l’obligeant à coucher

    Avec ceux qui l’ont déjà tuée

    En l’oubliant

    Ils s’écologisent le dimanche

    En se confessant à la rivière

    Qu’ils assassinent à petites semaines

    Mais y savent pas

    Eux ils comptent

    Eux ils produisent…

    Juin 1980

    Dimanche…

    Je n’ai pas eu d’autre solution pour le dimanche que de convoquer le tribunal académique ! Alors oui bien sûr la première réaction du président et des ses assesseurs a été claire : « non monsieur désolé mais nous ne jugeons pas le Dimanche ». J’insiste, en expliquant que refuser de juger le dimanche, c’est en quelque sorte déjà le condamner, comme s’il s’agissait d’un jour intouchable, sacré, bref, un jour auquel on ne pourrait rien reprocher.

    Avec quelques effets de manche, j’ai réussi à les convaincre.

    Le tribunal académique est réuni aujourd’hui 23 février en session extraordinaire dans le cadre d’une procédure d’urgence, que la loi autorise , à la seule condition que l’instruction ait déjà été réalisée. Le dossier qui nous a été transmis ce matin, à l’aube, est complet, suffisamment étayée et nous a permis, en conséquence, de délibérer et de prononcer un jugement.

    Faites entrer le prévenu ! Dans la salle à moitié vide, tout le monde est impatient de voir arriver ce dimanche aujourd’hui accusé. Mais que diable lui reproche-t-on ?

    « Dimanche, levez-vous, je vous prie ! ». Dans le box des accusés, pas un mouvement, rien ne bouge. Les deux gardiens de permanence (deux stagiaires d’ailleurs récemment condamnés par ce même tribunal), qui répondent l’un au nom de « brume » et l’autre de « automne », font grises mines. « Nous sommes désolé monsieur le président mais dimanche dort encore, il prétend que c’est le jour de la grasse matinée et ni rien ni personne ne pourra le faire lever… »

    Le président du tribunal ne veut pas passer son dimanche ici et a décidé de vite en terminer.  

    « Dimanche vous comparaissez aujourd’hui, libre et endormi devant ce tribunal car vous êtes accusé de : mollesse, paresse, ivresse, monotonie, boulimie, ennui et pour terminer j’ajouterai fumisterie ».

    « Il est manifeste aussi que vous abusez de votre position dominante, celle de septième jour de la semaine, pour vous reposer sur vos six compagnons lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, et samedi que nous avons tous entendus comme témoin. C’est ainsi en parfaite illégalité que vous avez organisé une sous-traitance des travaux qui vous reviendraient en vertu de ce principe intangible du droit : « à chaque jour suffit sa peine ». Les faits qui vous sont reprochés entrent, selon le jury, dans la catégorie de l’escroquerie, et de l’exploitation de plus faible qu’autrui car vous prétendez, être, à vous seul le jour du seigneur et en conséquence, vous usez, abusez et profitez de cet attribut, par on ne sait qui attribué pour organiser toute une série de travaux illégaux par les autres réalisés »

    En conséquence, le tribunal académique considérant que le seigneur dont vous prétendez être le jour, n’ayant pu être entendu, que le droit à la paresse est un droit universel a décidé à l’unanimité de vous acquitter afin de retourner se coucher…

    Le monde est à terre…

    Le monde est à terre.
    Pâle d’ennui,
    Il chante à mots bas.
    Entends ce long murmure,
    Dans le souffle de mes bras.
    Il s’étire jusqu’à demain.
    Enroulés dans un lourd drap de brume,
    Nos enfants chagrins
    Pleurent au large.
    Leurs cris se glissent.
    Entre les plis de ton visage…

    Samedi…

    Samedi ? Et bien, c’est dit, je m’accorde une pause en prose. Oui bien sûr, vous me direz que peu de différences vous ne voyez, si ce n’est la modeste preuve de ma paresse, à pêcher de la rime au bout de ma ligne. C’est vrai, j’en conviens il est des jours, comme celui-ci, ou rien ne mord. Dans ma boîte à appâts j’avais ce matin, un bel échantillon : des illes, des ouches, des oules, des oins, et bien d’autres « queues de vers » toutes bien fraîches, prêtes pour la pêche du samedi. Je les ai préparées, et à mon hameçon les ai accrochées. Une première j’ai lancée. Au passage, j’avoue être assez fier du rond dans l’eau, bien plus réussi qu’un rondeau.

    J’ai ensuite choisi d’appâter avec une ille, car mon intention était de prendre du gros. Du gros mot évidemment ! Ciel, ça mord ! Vite, je mouline ! Déception, pas de bille, ni de quille, encore mois de grille. Autant vous dire que j’ai tenté avec une ouche, une oule, et même un petit oin et au bout de la ligne : rien ! Oh tant pis, me dis-je, c’est samedi, je fais une pause. Point à la ligne…

    Demain…

    Dans les étroites marges d’une page noircie

    A l’encre fauve

    De tenaces rancœurs

    De rances fureurs

    S’envolent les mauves pétales

    Des vieilles fleurs oubliées

    Doucement elles se posent

    Dans un silence épais  

    Sur ces deux mains tendues

    Qui attendent la paix…

    Vendredi…

    Pour le vendredi,
    Une recette osée je vous ai préparée.
    Une marmite à mots,
    Sur le feu j’ai posé,
    Quelques mots piquants,
    Dans son fond beurré,
    Doucement j’ai fait revenir,
    Une fois dorés
    Le feu j’ai baissé.
    Hum….
    Ça grésille,
    Ça pétille,
    Ça frétille,
    Les mots sont à points,
    C’est le moment,
    Il faut pimenter…
    Pour commencer :
    Un souffle de vent,
    Trois pincées de brumes,
    Et bien sûr, j’allais l’oublier :
    Un chant d’oiseau…
    Fou l’oiseau,
    De préférence évidemment…
    Remuez délicatement…
    Ne brusquez pas les mots,
    Soyez prudent, je vous en prie…
    Fermez les yeux,
    Sentez,
    Ouvrez les yeux,
    Ressentez.
    Rien ne monte ?
    Tout est plat ?
    Allez, on y va !
    C’est vendredi,
    Il faut oser.
    Arrosez le tout,
    De ce doux vin mauve
    Que vous gardez en réserve
    Depuis lundi.
    Et,
    Laissez mijoter…
    Jusqu’au samedi…

    Mes Everest : Jim Harrison, »berceuse pour une petite fille »…

    Dors. La nuit est une houillère
    noyée d’eau noire –
    la nuit est un nuage sombre
    gorgé de pluie tiède.

    Dors. La nuit est une fleur
    lasse des abeilles –
    la nuit est une mer verte
    grosse de poissons.

    Dors. La nuit est une lune blanche
    montant sa jument –
    la nuit est un soleil éclatant
    noir et calciné.

    Dors,
    la nuit est là,
    jour du chat,
    jour de la chouette,
    festin de l’étoile,
    la lune règne sur
    son doux sujet, obscure.

    Flash…

    J’absorbe une tâche d’ennui

    Avec l’épais buvard d’un début de nuit

    Dans la marge un début de cri

    Et toi tu n’entends rien

    Inlassablement tu écris

    Jeudi…

    Non, non, pitié,

    Pas aujourd’hui,

    Je vous en supplie,

    Mon rire s’est enfui.  

    Pas de jeu de mots,

    Pas de rimes en i.

    N’insistez pas, je vous le dis.

    Comment ?

    Dommage, me dites-vous ?

    Vous aviez de bons mots ?

    Et bien tant pis,

    Je cède, allons-y !

    Je n’en prendrai qu’un :

    Je le veux bref et poli.

    En avant mon ami,

    Je suis tout ouïe.

    Par quoi commencerez-vous ?

    Comment par i ?

    Paris ?

    Malheur,

    C’est bien ce que je dis,

    Comment, que me dites-vous ?

    Ce que je dis ?

    Ce que je dis,

    C’est jeudi…

    Vivement vendredi…

    Flash…

    Parfois à l’angle d’un jour sans relief

    Il y a une belle histoire qui s’échappe

    Des griffes des tristes charognards

    Ils n’ont pas eu le temps de souffler leur venin

    Ils n’ont pas eu le temps d’abîmer la belle fossette

    D’un sourire matin

    Ils sont trop occupés à enfiler des perles de haine

    Qu’ils offriront aux oreilles dociles

    Belle histoire s’est échappée

    Regarde, Ecoute petit homme

    Elle est accrochée

    Elle frissonne sur le fil d’un prochain baiser

    28 novembre

    Dialogue inspiré…

    Je ne trouve pas l’inspiration…

    Comment tu ne trouves pas ? Explique-moi, je t’en prie… Tu prétends que tu ne trouves pas ? Admettons, je veux bien, mais cela signifie, enfin je l’espère, que tu as cherché, et probablement cherches-tu encore !

    Oui c’est cela, je cherche, je cherche… Et ne trouve rien…

    Étonnant tout de même : je te connais…Il t’en faut si peu : un train qui passe, une flaque d’eau sur un quai, un rayon de lumière derrière une vitre grise, une vague qui grossit et d’un coup, d’un seul, tu as la main qui tremble et le regard qui luit…

    Oui je le sais, tu as raison. Je crois comprendre ce qui m’arrive. Je ne dois plus chercher. Il faut que je sois saisi, surpris. Les trains sont loin, toutes les marées sont basses. La lumière elle-même est étonnée de toute cette lenteur, et le ciel, ce ciel tellement étonné qu’on se mette à le regarder…

    Et bien tu vois, tu as trouvé, tu es inspiré…

    Oui c’est vrai, mais où sont les rimes, où sont les vers, les images, les…

    Mais comment tu ne les vois pas, tu ne les entends pas ?

    Non je t’en prie dis-moi ?

    Chut, ne dis rien, le silence est la rime d’aujourd’hui…

    Vide matin…

    Dans l’étirement des bras de plomb

    Vers un bleu de ciel privé d’horizon

    J’attends un zeste de souffle marin

    Dans le vide rien de ce pauvre matin

    Le monde boite bas

    Souviens-toi passager,

    Souviens-toi,

    C’est un mardi,

    Un petit mardi

    Aux bords affaissés.

    Tout va si vite,

    Tant de terres traversées

    Tant de terres séparées…

    Souviens-toi,  

    Derrière la vitre,

    C’est un homme qui pleure,

    Personne ne le voit.

    Chacun est à son clic,

    Les larmes ne s’affichent pas.  

    L’homme regarde le monde,

    Les autres ne le voient pas,

    Rides sur le front,

    Ils habitent le monde numérique.

    L’homme pleure le monde perdu,  

    Son monde frissonne et boite bas.

    Mes poèmes de jeunesse…

    Aux adultes en sursis d’enfance

    Un enfant passe

    Une histoire l’attaque

    le rabote l’assoiffe et l’affame

    Le pousse

    Au supplice du sentiment d’habitude

    Devant les adultes majuscules

    Qui ont mal conjugué

    Leur verbe aimer

    Et il est tombé

    Dans un trou

    Où les ombres s’ennuient

    Par manque d’éternité

    Texte écrit en 1979…

    L’usine a fermé…

    L’usine a fermé,
    Pas un homme pour cisailler l’épaisseur du silence
    Pas un homme pour entailler la longue surface de gris
    La broussaille avance, les cheminées ne rêvent plus
    D’atteindre de leurs soupirs métalliques un ciel au bleu oublié
    Le monstre s’est affalé, les cris sont avalés
    Ne reste plus qu’une odeur de terre
    Une odeur de terre orpheline des fers qui l’ont abîmée
    Muette de la rouille qui la faisait chanter
    Ne reste plus qu’un chant d’oiseau, c’est beau
    Ne reste plus qu’un soupir de trop

    Mes Everest, Marc Rombaut. « Il se leva… »

    Marc Rombaut est un romancier belge, également journaliste de radio, critique d’opéra, poète, enseignant et essayiste.

    Il a passé son enfance à Bordeaux. Après des études universitaires à Bruxelles, il a fait de la recherche et a enseigné en Afrique de l’Ouest.

    Il se leva

    Il se leva, raidi dans sa chair. Lentement, craquant de toute sa peur, le poids de la nuit dans sa gorge, il se porta vers le soleil. Son visage écrasé s’ouvrit laissant entrevoir des yeux blottis dans leurs larmes. De ses mains il parcourut le ciel givré dans sa blancheur et se retira comme dépossédé d’un rêve. Son visage se plia délicatement.

    Flash…

    Dans le fleuve des espoirs à venir

    J’ai jeté ma ligne de fil mauve

    Pas un rire n’a mordu à la mouche éphémère

    Seuls deux ou trois ronds dans l’eau

    Tentent la vaine traversée

    Sur l’autre rive aux herbes pointues

    On devine l’étreinte des retrouvés

    Poèmes de jeunesse

    Je fouille, je fouille, je cherche et je trouve encore quelques textes, très anciens, expériences anciennes de mon laboratoire poétique…

    Photo prise par Alice Nédélec

    Je suis d’ une autre grammaire que la vôtre

    Je n’ai pas de proposition principale

    Je ne parle qu’en subordonné

    Au temps présent qui s’écoule

    Et qui m’attend

    Les plaintes ne nourrissent pas la vérité

    Elles ont brûlé mon trop plein d’espoir.

    Mes Everest, Jules Supervielle : encore frissonnant …

    Sous la peau des ténèbres
    Tous les matins je dois
    Recomposer un homme
    Avec tout ce mélange
    De mes jours précédents
    Et le peu qui me reste
    De mes jours à venir.
    Me voici tout entier,
    Je vais vers la fenêtre.
    Lumière de ce jour,
    Je viens du fond des temps,
    Respecte avec douceur
    Mes minutes obscures,
    Épargne encore un peu
    Ce que j’ai de nocturne,
    D’étoilé en dedans
    Et de prêt à mourir
    Sous le soleil montant
    Qui ne sait que grandir.

    Poèmes de jeunesse : « Rêve à mal finir… »

    Photo de Pixabay sur Pexels.com

    C’est une guerre où les hommes périront

    Systématisés

    Calcinés

    Par l’addition

    D’une angoisse planétaire

    Qui les fait

    Terreurs

    Chevreuils…

    J’ai toujours beaucoup de plaisir à découvrir les vidéos de mon piège photographique, un vrai moment de poésie qui se passe de commentaires…

    Matinale glacée…

    C’est un matin au froid qui frise

    Feuilles frétillantes

    Feuilles frissonnantes

    Chant du gel matin

    Les rires tremblent

    Je les entends

    Si loin

    Billet d’humeur…

    La démocratie souffre, partout elle est touchée par le même virus, celui de l’enfermement, du rejet de l’autre, du refus du dialogue. Il n’y a plus d’ordre mondial, l’universalisme est une notion que les apôtres de la haine aigre rejettent avec dégoût. La planète brûle et pleure.

    Et pendant ce temps quelques misérables flocons de neige occupent en boucle le vide médiatique. Et oui la neige est froide, le sol est glissant, c’est l’hiver… Désolé mais j’hésite entre la honte et le dégoût.

    Matinales…

    Le ciel ne trouve pas d’issue

    Dans l’aurore aux heures glacées

    Il cherche un chemin vers les rondes lumières

    Tout est si loin dans sa mémoire brûlée

    Flash…

    Dans ce train qui fend le gris

    J’attrape un bout de ces histoires

    Qui flottent dans les silences épais

    Elles nous parlent de ces presque rien

    Qui emplissent les mémoires en friche

    De ces faciles sourires

    Qu’on garde là bien au chaud

    A l’abri du souffle court

    Des vendeurs d’espoirs glacés

    Billets d’humeur : traîtrise…

    Il n’est pas rare d’entendre parler de traîtrise quand il s’agit de qualifier le comportement de quelqu’un qui, notamment en politique, décide, pour de bonnes ou mauvaises raisons, de changer d’avis ou dont les positions évoluent. S’il peut être légitime et compréhensible de considérer comme une trahison le fait de briser le lien de confiance qui pouvait exister, il me semble qu’il y a aujourd’hui une utilisation abusive de ce terme.

    Il s’agit dès lors de considérer comme un traître celui ou celle qui refuse de se laisser emprisonner dans ce que j’appelle une camisole idéologique excluante. Il est heureux, je le pense sincèrement, que des personnes ne s’interdisent pas de penser par elles-mêmes, ce qui peut avoir pour conséquence d’émettre un avis, une opinion divergente, différente, voire simplement complémentaire. Ce n’est non seulement pas grave, mais c’est surtout un signe de vitalité pour la liberté de penser et d’agir. Il m’est d’ailleurs arrivé, à l’époque où j’étais comme on dit « encarté », de partager tout ou partie des points de vue de celles et ceux que j’aurai du aveuglément combattre, pour la simple et bonne raison qu’ils n’appartenaient pas à la même écurie. Et se produit alors, ce phénomène un peu perturbant, quand on est persuadé d’être fondamentalement attachée à la liberté d’expression qui est celui de l’auto-censure. Il y a quelques années j’ai donc décidé de ne plus me contraindre à n’écouter qu’une seule mélodie, ou plutôt un seul refrain. Je commence donc par réfléchir avec les quelques outils que j’ai à ma disposition et je m’exprime librement. Et je ne m’en porte que mieux.

    Matinales…

    Sur le cadran mou de mes heures englouties

    Je fixe d’un œil qui plisse

    Les traces floues de flèches qui filent

    La jeunesse rêche des années enfouies

    Derrière la lourde porte de mes vagues écrits

    J’entends l’amer papier nuit

    Qui se froisse dans le vent des soudains

    Flash…

    Je regarde le monde derrière la vitre

    Tout va si vite

    On craint le virage à la sortie du flou

    Ralentir pour respirer

    Ralentir pour espérer

    Billet…

    Il m’arrive assez régulièrement de dire, de me dire, que ce monde est devenu fou, qu’il ne tourne pas rond. Et je regrette immédiatement mon propos et j’en viens même à m’excuser auprès de ce monde qui continue à tourner invariablement sur lui-même. Et je plonge alors dans une réflexion sur le sens qu’ont les mots et celui qu’on leur donne. De quoi parle t’on lorsqu’on parle du monde : de la terre, de cette planète qui nous abrite et qui convenons-en est ronde ou tout au moins sphérique? Oui elle est sphérique, c’est plutôt une boule. Mais on préfère quand même dire que la terre est ronde. Ce n’est pas grave, et oui n’en déplaise aux infâmes bigots et complotistes : la terre est ronde et elle tourne sur elle-même.

    On appelle cela une révolution…Tiens donc, il faudra que je me penche sur ces révolutions qui durent depuis plusieurs milliards d’années…Mais revenons à ce monde qui ne tourne pas rond…Peut-être, finalement que lorsque je parle du monde il s’agit de celles et ceux qui vivent sur cette terre. Quand il n’y a personne on se contente de dire qu’il n’y a personne et plus ces personnes remplissent ce qu’on croit être le vide de cette terre plus on dit qu’il y a du monde…Et quand il y a beaucoup de monde, voire trop on ressent vite que tout cela ne tourne pas bien rond…Que font-ils, que disent-ils, où vont-ils ? Je n’en sais rien. Je ne dis rien. Moi aussi je fais, je dis, je vais et surtout je tourne en rond…

    Matinales…

    Pardonne moi ô mer oubliée

    Pardonne moi il est long et gris

    Ce temps abandonné aux vagues ennuis

    Tu es là rassure-toi

    Rime sableuse de mes insomnies

    J’entends ton roulis

    Dans le creux de mes houles nocturnes

    Il ondule et glisse en sifflant

    Ne crains rien tu sais je t’entends

    Le chant mauve de ton écume

    Se pose doucement sur la tendre plaine de mes encres apaisées

    Mes Everest : Michel Merlen

    Fracture du soleil

    Hier j’épousai le vaisseau neuf

    seconde après seconde

    fracture du soleil

    nous armés de poinçons

    faisions de petits trous dans la mer

    aux longues lieues

    comme des virgules.

    Aujourd’hui les galets au coeur

    j’étincelle

    quelle veine à mon poignet

    bat

    et

    le rejoindra ?

    « Les fenêtres bleues »

    Flash…

    Écoutez peuple des riants

    C’est la marée lasse du soir tombant

    Partout le bruit des roulettes

    Sur le chemin des partants

    On se presse on s’attend on s’éprend

    Ils sont loins nos beaux rires d’enfants

    Carnets…

    Ce qui est triste et surtout dangereux dans ce monde qui n’est déjà plus celui du demain mais celui du jamais c’est qu’on ne parle plus, on ne se parle plus.
    On ne se parle plus parce qu’on ne sait plus on ne veut plus s’écouter. Les mots qui sortent de votre bouche et qui essaient alors avec cette fière humilité de s’assembler pour former une pensée, de formuler un avis, un point de vue voire même d’exprimer une conviction ne sont plus écoutés, ils sont simplement entendus comme un bruit de plus dans cette monstrueuse cacophonie médiatique.
    Ils sont alors immédiatement passés au gros tamis des réactions claniques qui s’estiment supérieures parce qu’elles sont persuadées d’être nourries d’idéologies qui ne sont rien d’autres que des dogmes.
    On ne cherche pas qui tu es lorsque tu parles mais on s’intéresse à ce que tu es pour t’enfermer dans une cage ou une pensée différente devient la preuve d’une trahison. On cherche à te dire à qui tu appartiens où à qui tu dois désormais appartenir. C’est ainsi qu’aujourd’hui se construit le soit disant débat politique. Lorsque je formule des idées lorsque j’exprime des convictions que j’ai pris le temps de construire avec exigence et respect je suis immédiatement renvoyé dans des périmètres idéologiques que je combat pourtant de la même manière depuis toujours. C’est par exemple ce qui se produit lorsque je parle de ma vision de la laïcité.
    En conséquence et ce post est une rare exception je me tais et je m’épanouis dans l’expression poétique qui pour quelques temps est préservée…

    Matinales…

    Il faut se rendre à l’évidence

    Les lignes droites ont disparu

    Fatiguées

    Elles se sont courbées

    Pour entendre les murmures des coins de ciel  

    Rien n’est à souligner

    Il est inutile d’insister

    Il faut se laisser dériver

    On finira bien par rêver

    Flash…

    Douceur animale du soir

    Blond regard qui caresse

    Souffle chaud

    Mémoires fauves

    On est si bien

    Sans le bruit du mauvais loin

    Matinales…

    Courbé, visage fermé
    Je portais encore sur les épaules rentrées
    L’infâme poids d’une nuit
    Au sommeil délabré
    Impatient, le pas traînant
    J’ai tiré le long rideau de ma lourde insomnie
    Le beau matin est arrivé
    Dans un fragile bleuté
    De bords mauves éclairés

    Rime en anche…

    C’est dimanche soir.

    Il me faut chercher une rime en oir.

    Noir, espoir, devoir, lavoir, isoloir ?

    Non, ce soir ces oir ne me vont pas…

    Alors, euh,

    Oui euh, c’est cela ajoute un e !

    Poire, foire, armoire, baignoire, bouilloire ?

    J’essaie…

    Rien ne va, je jette le manche.

    C’est un dimanche qui je le crois rime en anche ;

    Avalanche, branche, tranche, revanche ?

    Ça marche !

    Ô quelle belle tranche de dimanche,

    Tout me branche,

    Il est l’heure blanche,

    Celle où je prends ma revanche !

    Bof, je trouve que c’est mal emmanché

    Cette histoire de rimes ;  

    Vivement lundi…

    Dans ma boîte à coeurs…

    Dans ma boîte à mots

    Je prends une lettre

    Belle, ronde, légère.

    La pose sur une feuille

    Que le vent a oublié.

    Soupir,

    Une boucle se forme

    La lettre est fermée.

    Seule, elle s’ennuie.

    Lettre te réclame un ami.

    Regarde !

    Lui dis-tu,

    Prends ce mot

    Il est à toi, il t’attend,

    Il sourit.

    Heureuse,

    Lettre E s’est approchée

    Contre lui s’est adossé

    Des mots doux lui a murmuré,

    Dans un cours E s’est invité

    Dans ma boîte à cœurs,

    Une lettre j’ai postée…

    Mes Everest, Colette, extrait de la vagabonde…

    Cher intrus, que j’ai voulu aimer, je t’épargne. Je te laisse ta seule chance de grandir à mes yeux : je m’éloigne. Tu n’auras, à lire ma lettre, que du chagrin. Tu ne sauras pas à quelle humiliante confrontation tu échappes, tu ne sauras pas de quel débat tu fus le prix, le prix que je dédaigne…
    Car je te rejette, et je choisis… tout ce qui n’est pas toi. Je t’ai déjà connu, et je te reconnais. N’es-tu pas, en croyant donner, celui qui accapare ? Tu étais venu pour partager ma vie… Partager, oui : prendre ta part ! Être de moitié dans mes actes, t’introduire à chaque heure dans la pagode secrète de mes pensées, n’est-ce pas ? Pourquoi toi plutôt qu’un autre ? Je l’ai fermée à tous.
    Tu es bon, et tu prétendais, de la meilleure foi du monde, m’apporter le bonheur, car tu m’as vue dénuée et solitaire. Mais tu avais compté sans mon orgueil de pauvresse : les plus beaux pays de la terre, je refuse de les contempler, tout petits, au miroir amoureux de ton regard…
    Le bonheur ? Es-tu sûr que le bonheur me suffise désormais ?… Il n’y a pas que le bonheur qui donne du prix à la vie. Tu me voulais illuminer de cette banale aurore, car tu me plaignais⁹ obscure. Obscure, si tu veux : comme une chambre vue du dehors. Sombre, et non obscure. Sombre, et parée par les soins d’une vigilante tristesse ; argentée et crépusculaire comme l’effraie, comme la souris soyeuse, comme l’aile de la mite. Sombre, avec le rouge reflet d’un déchirant souvenir… Mais tu es celui devant qui je n’aurais plus le droit d’être triste…
    Je m’échappe, mais je ne suis pas quitte encore de toi, je le sais. Vagabonde, et libre, je souhaiterai parfois l’ombre de tes murs… Combien de fois vais-je retourner à toi, cher appui où je me repose et me blesse ? Combien de temps vais-je appeler ce que tu pouvais me donner, une longue volupté, suspendue, attisée, renouvelée… la chute ailée, l’évanouissement où les forces renaissent de leur mort même… le bourdonnement musical du sang affolé… l’odeur de santal brûlé et d’herbe foulée… Ah ! tu seras longtemps une des soifs de ma route !
    Je te désirerai tour à tour comme le fruit suspendu, comme l’eau lointaine, et comme la petite maison bienheureuse que je frôle… Je laisse, à chaque lieu de mes désirs errants, mille et mille ombres à ma ressemblance, effeuillées de moi, celle-ci sur la pierre chaude et bleue des combes de mon pays, celle-là au creux moite d’un vallon sans soleil, et cette autre qui suit l’oiseau, la voile, le vent et la vague. Tu gardes la plus tenace : une ombre nue, onduleuse, que le plaisir agite comme une herbe dans le ruisseau… Mais le temps la dissoudra comme les autres, et tu ne sauras plus rien de moi, jusqu’au jour où mes pas s’arrêteront et où s’envolera de moi une dernière petite ombre….

    Flash…

    J’ai sauté l’épais mur des haines communes

    Le vert mou d’une prairie m’amortit

    Ma main caresse cette terre oubliée

    Pas de bruits inutiles

    Pas de foule qui souffle sur les braises de nos colères

    Ils sont loin les bavardages gluants

    Ici tout se sent et s’entend

    Tout se tait

    On se regarde étonnés

    On écoute apaisés

    C’est fini tout est oublié

    4 janvier

    Matinales…

    Regarde homme pressé

    Au cadran des belles surprises

    Il est l’heure de l’étonnement

    Sur la lente pente des minutes molles

    Un clin d’œil s’est invité au croisement

    Des impatiences et soulagements

    Il te raconte en riant

    Une belle histoire de rimes sans fin

    Chevreuil affamé…

    Une fois n’est pas coutume, je partage une vidéo capturée par le piège photographique que j’ai installé dans la forêt à peine à 50 m de chez moi. Un peu d’émotion en constatant qu’elle a été tournée comme on peut le voir sur l’écran le 24 décembre à 22 h 16… A chacun son réveillon…

    L’ami chevreuil broute quelques feuilles…

    Matinales…

    Je file grand vent sous les brumes bleues
    Du vieil océan des hivers paresseux
    Et je glisse sur les plaques de froids
    Aux longues lames d’acier trempé

    Mes Everest, Louis Aragon…

    Amour d’Elsa…

             J’ai des peurs épouvantables

             Pour trois lignes de sa main

             Ses gants posés sur la table

             Un chat noir sur mon chemin

             L’oiseau l’étoile ou l’échelle

             Tout m’est présage glaçant

             Tout un monde parle d’elle

             Un langage menaçant

             Ce que vendredi me laisse

             Qu’en fera le samedi

             Je crains qu’un mot ne la blesse

             Je crains tout ce qu’on lui dit

             Tout d’un coup pourquoi se taire

             Dans la chambre d’à côté

             Son silence est un mystère

             Que je ne puis supporter

             Je crains d’une crainte affreuse

             Tout ce qui peut arriver

             Une phrase malheureuse

             Les ardoises les pavés

             Elle dort je la crois morte

             Encore un pressentiment

             Mon cœur bat comme une porte

             Quand elle sort un moment

             Le monde est plein d’escarbilles

             Le chien mord le cheval rue

             Es-tu folle Tu t’habilles

             Tu vas sortir dans la rue

             Tu vas sortir Quelle aventure

             Sortir sans moi le vilain jeu

             J’ai la terreur des voitures

             Je crains l’eau comme le feu

             Mes jours entiers sont faits d’elle

             L’univers est son reflet

             Derrière les hirondelles

             Le ciel reste ce qu’il est

             Perversité des pervenches

             Ses yeux à travers ses doigts

             Quand le froid fait ses mains blanches

             Comme la neige des toits

             Jaloux des gouttes de pluie

             Qui trop semblent des baisers

             Les yeux de tout ce qui luit

             Sont raison de jalouser

             Jaloux jaloux des miroirs

             Des morsures de l’abeille

             De l’oubli de la mémoire

             De l’abandon du sommeil

             Du trottoir qu’elle a choisi

             Des mains frôleuses du vent

             Ma vivante jalousie

             Qui me réveille en rêvant

             Jaloux d’un chant d’une plainte

             D’un souffle à peine un soupir

             Jaloux jaloux des jacinthes

             D’un parfum d’un souvenir

             Jaloux jaloux des statues

             Au regard vide et troublant

             Jaloux quand elle s’est tue

             Jaloux de son papier blanc

             D’un rire ou d’une louange

             D’un frisson quand c’est l’hiver

             De la robe qu’elle change

             Au printemps des arbres verts

             De la voir aimer le feu

             D’une branche qui la suit

             D’un peigne dans ses cheveux

             À l’aurore de minuit

             De qui donc est-elle éprise

             Qu’elle porte ses turquoises

             Ah la nuit me martyrise

             Avec ses ombres narquoises

             Jaloux en toute saison

             Traversé de mille clous

             À perdre toute raison

             D’un parfum d’un souvenir

             Jaloux de toute la terre

             Quand elle arrive un peu tard

             Tous ses gestes sont mystère

             Jaloux jaloux des guitares

    Bonne année poétique…

    Amies et amis poètes, je vous souhaite, je nous souhaite une belle année poétique, pleine de rimes, de rires, de mots doux et tendres, d’espiègles virgules, d’accents graves et doux. A nous toutes et tous, apaisons ce monde morose, à nous tous dessinons des sourires radieux…

    Vide matin…

    Dans l’étirement des bras de plomb

    Vers un bleu de ciel privé d’horizon

    J’attends un zeste de souffle marin

    Dans le vide rien de ce pauvre matin

    Flash….

    J’arrache un à un des pétales de rire à la fleur grise de mes angoisses

    Les vents mauvais s’écrasent sur les digues de mémoires effacées

    J’ouvre grand les bras aux passeurs de sourire

    Les regards coupants s’épuisent sur les angles ronds des murmures disparus

    J’entends la caresse d’un refrain aux douces rimes retrouvées

    Hiver a explosé

    L’air est si vif et coupant

    Il crisse en glissant

    Sur peaux raides et sêches,

    S’accroche au sol gisant,

    S’infiltre en soufflant,

    Chasse sur les terres

    Depuis hier abandonnées

    Du bel été envolé.

    Rides de la terre écartelées

    Bardées de blanc

    Se sont figées.

    De vagues en vagues,

    Le champ a ondulé

    Longues franges gelées

    Herbes folles ont avalé.

    Armé d’une douce poudre blanche

    Hiver a explosé

    Demain…

    Demain, index levé on nous dira,

    Souvenez-vous, c’était hier !

    Oui, hier, ou il y a plus…

    Se souvenir, dites-vous ?

    Non merci, nous ne voulons pas…

    Comment, que dites-vous ?

    Forcer les doubles portes de vos mémoires ?

    Mais ce qu’il y a derrière ne nous convient pas…?

    Trop de fausses pistes, de vilaines traces.

    Laissez-nous, nous trouverons seuls

    Le chemin vers les lumières mauves

    Du passé réconcilié…

    29.12.2025

    Matinale…

    Dans le grinçant fracas d’une presque nuit
    Flotte des embruns humides aux angles rouillés
    A l’heure des longues fatigues
    Mauves, bleues ou rousses
    Les villes se ressemblent
    Leurs plaies sont ouvertes
    Goutte à goutte
    Roulent sur le pavé luisant
    Les larmes des vaincus oubliés
    Un homme est là raide de silence
    Il attend
    Mémoire en friche
    Il attend
    Un sourire de l’aimée

    Flash…

    Chaque soir à la tombée des basses heures

    Je reprends la mer sur mon navire d’acier

    Dans le sillage de mes pensées du jour

    Frétille une mousse de mots légers

    J’entends le cri riant d’une mouette oubliée

    Il est l’heure du vent dormant

    Cinq rêves, éveillé, : rêve 1

    C’est un mardi matin du mois de novembre 2020, je crois, que tout a commencé. Ou plutôt que tout a recommencé. C’est simple. Ce matin-là, au réveil, aucun écran n’est éclairé. Et quand je dis aucun, c’est vraiment aucun !


    Ecrans petits et grands,
    Écrans numériques,
    Écrans électroniques,
    Ecrans cathodiques,
    C’est le noir,
    Noir sidéral,
    Pas une diode,
    Pas un clic,
    C’est la panique


    C’est impossible, il doit y avoir un hic. Chacun accuse : c’est la prise, c’est le câble, c’est le réseau électrique…. Au saut du lit, le premier geste est pour l’écran. Vite : réveiller la machine, vite regarder, on ne sait jamais…Une information importante est peut-être arrivée dans la nuit. Mais là rien, l’écran est figé, glacé, il ne réagit pas. Le doigt s’agite, le cœur palpite…
    Et c’est ainsi qu’au même moment, dans tout le pays, des millions de personnes allument, rallument leur téléphone et rien ne ,se passe. Ils triturent le câble, vérifient la prise, cherchent un coupable : l’époux, l’épouse, les enfants, le chat, l’état. En quelques minutes, la panique enfle, elle s’installe, partout.
    En quelques minutes… Façon de parler. Le temps est difficile à estimer. L’heure aussi, n’existe que sur des écrans : l’heure est numérique, l’heure est électronique. Ce matin l’heure n’existe plus, elle s’est échappée, elle s’est enfuie.
    Le jour est levé. Les pas sont lourds, les épaules sont basses. Il faut se résoudre à prendre le petit déjeuner. Tout le monde se retrouve autour de la table, les écrans vides et gris sont posés à côté du bol, petits objets inertes. Il se produit alors quelque chose d’incroyable, les visages se redressent, les lèvres remuent, et des sons sortent, au début ce ne sont que des grognements. Puis des mots se forment : tiens on avait oublié comme c’est joli un mot, même petit. Partout, on parle, on se parle. Pour commencer la météo, et incroyable on regarde par la fenêtre. Formidable cette application, on voit le temps qu’il fait. Et tout s’accélère, des mots, puis des phrases, des conversations, des sourires.


    Il est huit heures,
    Partout cela bourdonne,
    Parfois cela ronchonne,
    Il est huit heures,
    Plus un clic
    Numérique, électronique,
    L’heure est si belle,
    Vêtue de ses plus belles aiguilles….

    Flash…. Inédit…

    J’arrache un à un des pétales de rire à la fleur grise de mes angoisses

    Les vents mauvais s’écrasent sur les digues de mémoires effacées

    J’ouvre grand les bras aux passeurs de sourire

    Les regards coupants s’épuisent sur les angles ronds des murmures disparus

    J’entends la caresse d’un refrain aux douces rimes retrouvées

    Matinales…

    Attendre la beauté au tournant

    Se taire pour la surprendre

    On vous dit qu’elle approche

    Elle vient de si loin

    Son pas hésite

    Son clair regard vous transporte

    Vous le sentez

    La joie est là

    Vous verrez elle rougira

    Ne dites rien

    Ne lui indiquez pas le chemin

    Elle trouvera les dernières traces

    Qu’une autre a osé

    Non ne bougez pas

    Pas encore

    Patientez

    Maintenant qu’elle est un point suspendu

    Oui vous pouvez l’espérer…

    Flash…

    Et si l’on ne se disait rien
    Se croiser et se sourire
    Se parler et se souvenir
    Et si l’on se disait tout
    Se rencontrer et s’étonner
    Se séduire et s’aimer
    Et si l’on se disait demain
    Se rêver et se promettre
    S’espérer et s’oublier
    Souffrir dans un souffle
    Seul et perdu
    Dans la foule des absents

    Matinales…

    Je n’attends pas que tu écoutes

    Essaie simplement d’entendre

    Le froissement des pages blanches

    Qui flotte dans la marmite de mes souvenirs

    26.12.2025

    Fête…

    Je vous en prie chers amis, faites, faites

    Oui c’est cela faites donc

    Puisqu’il est dit que c’est jour de fête

    Je le sais vous aimez faire la fête

    Mais au fait

    Quand vous serez parvenu au faîte

    Que d’en haut vous nous regarderez

    Je vous en prie restez en aux faits

    Et alors peut-être ce sera la fête

    25.12.2025

    Dans la réserve à mots…

    C’est dit, c’est décidé, il le faut, vous le voulez, vous devez parler !  Oui c’est cela, pas de doute, il faut que vous vous exprimiez, vous le ressentez. C’est très fort, presque un réflexe. Il faut que cela sorte !  C’est bien, c’est normal… Mais attention au mauvais réflexe ! Il peut conduire à une fausse route…

    Voici donc quelques conseils.

    Avant tout, il faut que vous respiriez, que vous ressentiez, que vous réfléchissiez. Ceci fait, vous descendrez tranquillement dans votre réserve à mots. Vous seul connaissez le chemin qui y conduit. Et là, attention, vous entrez sans frapper !  Pas de cris, pas de brusque lumière. Un mot qu’on surprend est un mot qui bondit, qui rugit. Un réveil brutal et il vous saute à la gorge.

    Finies les courbes qui ondulent, oubliées les rondes voyelles. Le mot mal choisi est aigre, et coupant.

     Entrez, éveillez chacun avec le ton qui lui convient. Et surtout, surtout, pensez à ce que vous vouliez dire, à ce que vous souhaiteriez partager. Attention, il ne faut pas vous précipiter.  Comparez, et si vous le pouvez : goûtez ! Il faut que l’accord soit parfait.

    Votre casier à mots ainsi garni de bons et beaux mots, refermez (toujours sans claquer la porte ), remontez, et bien sûr dégustez.

    Matinales

    Vous me direz quand l’heure sera au sourire

    Je léverai les yeux du journal du pire

    Avec vous je regarderai des enfants sages

    Sauter dans des flaques de lumière bleue

    J’écouterai les bavardages futiles

    De vieilles femmes aux visages sautillants

    Je toucherai le doux duvet d’un moineau

    Assoupi au creux d’une main tendue

    Mes lèvres se poseront sur ta peau crépie de rosée

    Ce sera l’heure du soupir apaisé

    Ce sera l’heure d’être aimé