Mes Everest, Peter Handke : le recommencement…

Les mots d'Eric

Voilà pour le vieil homme. – Mais moi, à la fin de ce récit, et dussé-je mourir aujourd’hui même, je me vois maintenant au milieu de ma vie, je contemple le soleil du printemps sur ma feuille blanche, je repense à l’automne et à l’hiver, et j’écris : Narration, mon Saint des Saints, rien n’est plus que toi de ce monde, rien n’est plus juste que toi. Narration, patronne du Guerrier Lointain, ma maîtresse. Narration, le plus spacieux de tous les véhicules, char céleste. Œil de la narration reflète-moi, car toi seul sais me reconnaître et me rendre justice. Bleu du ciel, descends jusqu’à l’abîme par la narration. Narration, musique de la sympathie, fais-nous grâce, donne-nous la grâce et sanctifie-nous. Narration, mélange fraîchement les caractères, parcours de ton souffle les successions de mots, assemble-toi en écriture et trace dans le tien notre dessin à tous. Narration, recommence, c’est-à-dire renouvelle …

Voir l’article original 111 mots de plus

Mes Everest, Victor Hugo, « En hiver la terre pleure »

En hiver la terre pleure ;
Le soleil froid, pâle et doux,
Vient tard, et part de bonne heure,
Ennuyé du rendez-vous.

Leurs idylles sont moroses.

Soleil ! aimons ! – Essayons.
O terre, où donc sont tes roses ?

Astre, où donc sont tes rayons ?

Il prend un prétexte, grêle,
Vent, nuage noir ou blanc,
Et dit : – C’est la nuit, ma belle ! –
Et la fait en s’en allant ;

Comme un amant qui retire
Chaque jour son cœur du nœud,
Et, ne sachant plus que dire,
S’en va le plus tôt qu’il peut.

Victor Hugo

Neige

On ouvre ses volet et oh

Première neige est là

L’œil plissé d’un reste de sommeil  

S’ouvre en grand

Ce matin est si blanc

Oh il a neigé

Flocons légers

Se posent sans un bruit

Chut rien ne bouge

La nuit continue au dedans

Il fait si chaud

Dans le creux des rêves d’enfant

Mes Everest, René Char : compagnie de l’écolière

Je sais bien que les chemins marchent
Plus vite que les écoliers
Attelés à leur cartable
Roulant dans la glue des fumées.
Où l’automne perd le souffle
Jamais douce à vos sujets,
Est-ce vous que j’ai vu sourire ?
Ma fille, ma fille, Je tremble.

N’aviez vous donc pas méfiance
de ce Vagabond étranger
Quand il enleva sa casquette
pour vous demander son chemin
vous n’avez pas parue surprise
Vous vous êtes abordés comme coquelicot et blé.
Ma fille, ma fille Je tremble

La fleur qu’il tient entre les dents
Il pourrait la laisser tomber
S’il consent à donner son nom
A rendre l’épave à ses vagues
Ensuite quelqu’ aveux maudits
Qui hanteraient votre sommeil,
Parmi les ajoncs de son sang
Ma fille, ma fille Je tremble

Quand ce jeune homme s’éloigna
Le soir mura votre visage
Quand ce jeune homme s’éloigna
Dos vouté front bas et mains vides
Sous les osiers vous êtiez grave
Vous ne l’aviez jamais été
Vous rendra-t-il votre beauté?
Ma fille, ma fille Je tremble

La fleur qu’il gardait à la bouche
Savez vous ce qu’elle cachait père
Un mal pur bordé de mouches
Je l’ai voilé de ma pitié
Mais ses yeux tenaient la promesse
Que je me suis faite à moi même
Je suis folle Je suis nouvelle
C’est vous mon père qui changez.

Ses mains se posent…

Ses mains se posent.
A plat, fines et légères
Ses mains reposent, ailes d’ange
Autour le silence
La douceur s’impose
Sur ses doigts mon regard se pose,
Longs pétales, d’un regard je les effeuille
C’est beau ces yeux d’ailleurs
Sur la peau, ils effleurent,
Quand la lumière faiblit,
Quand les derniers rayons sont suspendus
C’est beau cette main, entre ombre et lueur
Je ferme les yeux, sa main est fleur
Les doigts se touchent
Un frisson m’entoure
J’aime ses mains,
Elles lisent en moi

Il y a le bruit de la mer…

Je ferme les yeux, doucement, tout doucement,
Derrière les paupières, une lumière si douce
Légère et si fraiche, une caresse que mon regard comprend
Et soudain, derrière mes yeux, il y a ton regard brillant
Tes yeux, mes yeux nos regards mémoires,
Mes yeux, tes yeux nos yeux qui s’effleurent et s’entendent
Dans nos regards, il y a la mer et la brume.
Dans nos regards, il y a tant de souvenirs,
Regarde petite, regarde,
Regarde à l’intérieur de ton coffret à images
Il y a quelques bijoux qui brillent pour deux
Ecoute, petite écoute
Ecoute dans le creux de ta main
Il y a le bruit de la mer qu’ils ne sont deux qu’à entendre
Il est loin et la caresse de ses mots te sèche les larmes
Au coin de ton regard le sel a séché,
C’est beau, c’est si bon à caresser

Poèmes de jeunesse : « coupables : on voté…

Les mots d'Eric

La foule l’avait condamné à mourir

Parce qu’il avait tué

Une des brebis

De leur troupeau d’indifférence

Ils aimaient la vie…

Le dimanche en voiture

Dans un cortège funèbre

Qu’ils vénéraient

Parce qu’ils avaient pour jumeau

Ce pays FRANCE

Ils poussaient dans ce jardin

Où les mauvaises herbes

Meurent au napalm

A la balle perdue

Où à la torture cachée

Ils ignoraient que le lendemain

Peut être celui du je t’aime

Pour eux

Il était celui du rêve électrisé

Qu’ils croyaient avoir eu

Ils faisaient l’amour

Comme on achète le journal

Bonjour

Merci

Il fait beau

C’est tout

Ils disent aimer un enfant

Parce qu’à Noël

Ils le font légionnaire

Ou infirmière

Parce qu’il le brûle

Sur une plage quand vient l’été

Institutionnelle

Ils le grille

Côté face, côté pile

Côté cœur

Ils ont peur

Ils ont du fric

Ils ont peur

Ils ont le flic

Et toi t’es mort

Voir l’article original 4 mots de plus

Mes Everest : « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »

Les mots d'Eric

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c’est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays.
Cœur léger cœur changeant cœur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes nuits
Que faut-il faire de mes jours
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m’endormais comme le bruit.
C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au…

Voir l’article original 419 mots de plus

Dans un sac à papier

Pour ce long voyage au pays des bruyants

Il avait commencé une provision de silences

Dans un sac à papier froissé

Quelques trous de mémoire

Sagement attendaient

Il est si bon de ne rien dire

Quand tous sur l’écran tête baissée

Rêvent de participer

Son sac à mots était empli de douceurs

Bondé de rondeurs

Pas un jour ne passait

Sans qu’il n’y plonge la main

Pour déguster un autre demain

Mes Everest poétiques : le bateau ivre…

Les mots d'Eric

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmés lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour!

…Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants: je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir!

Voir l’article original

Les couleurs ont disparu…

Les mots d'Eric

Parce qu’il ne faut pas vivre que sur ses réserves, même si elles sont « copieuses », je publie ce soir un inédit, tout chaud, terminé à l’instant…

Avalées en trois souffles de gris,

Qu’une pluie froide dilue

Les couleurs ont disparu.

Goutte à goutte,

Le ciel se pose,

Il s’étend, s’étire,

Prend ses aises.

Les yeux se plissent,

Ils cherchent le bout.

Les yeux se plissent,

Ils redressent les courbes.

La route devient molle,

Elle glisse,

Dans les bras de la brume.

La nuit n’est plus très loin,

Elle attend, là-bas,

Après le bout,

Après le tout.

Tu baisses les paupières,

Doucement,

Petites billes de lumières,

Étouffent l’hiver au tournant.

Voir l’article original

Bienvenue Amélia…

Comme je l’ai annoncé ce matin en préambule de mes « republications », Amélia, ma cinquième petite fille, a pointé le nez hier, et voici donc le texte que j’ai écrit pour lui souhaiter la bienvenue…

Dans la molle brume
D’un grisâtre novembre
Petite fleur belle et douce
Parfum de promesses
Pousse si lourde porte
Du trop long jour de rien
Bienvenue Amélia
Oh oui petite Amélia
Bienvenue ne crains rien
Le monde déjà ouvre les bras
Tu verras
Il te sourira
Il t’existera
Bienvenue Amélia
J’entends déjà la rime jolie
De ton rire qui viendra
Bienvenue Amélia
Regarde
Ils sont trois
Ils sont joie
Ecoute Amélia
Ecoute le chant des impatients
Ecoute ils t’attendaient
Tu seras leur refrain
Tu seras leur doux demain
Tu seras le chaud levain
De ce beau verbe aimer
Qu’ensemble vous conjuguerez
Bienvenue Amélia

Léon mon petit-fils est né aujourd’hui…

Et voici le deuxième…

Les mots d'Eric

Depuis ce matin je suis grand-père pour la quatrième fois. J »ai écrit ce texte pour lui, pour nous…

Léon

Le matin s’annonçait lourd,

Poisseux, gluant,

Un mardi pesant,

Déterminé à rouler sa longue litanie

D’ombres confinées…

Et soudain,

Mon cœur se met à chanter,

Mélancolie doucement s’est retirée,

Oui là,

Au bord de la mémoire tiraillée,

Un bouquet de couleurs,

Sur mon bonheur s’est imprimé.

On oublie le gris,

On rit, on pleure, c’est lui.

Le voici, il est là…

Petit d’homme

Aux aurores s’est annoncé.

J’arrive nous dit-il…

J’entre dans votre monde,

Oh je sais,

Il est un peu abimé,

Mais ne vous inquiétez pas,

Je vous ai entendu,

Oh oui,

Vous m’avez déjà tant aimé

Vous m’avez attendu

Vous m’avez espéré

C’est fait, je suis là

Je vais vous rassurer

Je suis Léon,

Et ce monde que vous m’avez rêvé

Avec vous tous,

Nous allons le réparer…

14…

Voir l’article original 1 mot en plus

Petit homme…

Depuis hier, je suis grand-père, chez moi on dit papou pour la cinquième fois. Pour les deux derniers arrivés, l’un en janvier 2020, l’autre en avril 2020 j’avais écrit un petit poème. Je les publie à nouveau, avant, ce soir j’espère de publier celui en l’honneur de Amélia.

Les mots d'Eric

Ce soir je suis grand-père pour la troisième fois…Je ne pouvais pas, ne pas lui offrir quelques mots

Bienvenue petit homme,

Bienvenue !

On est là,

On attend !

Le coffre à sourires est plein à craquer…

Elle est belle la vie,

Si belle, tu sais.

Tu verras elle brille déjà pour toi.

Ecoute petit homme

Écoute ces rires d’enfants,

Ils chantent ton arrivée.

Écoute…

Tes sœurs seront bientôt là

Roule, roule, bonheur

Petit homme est là…

10 janvier 2020

Voir l’article original

Mes Everest : René Char : « légèreté de la terre »

Le repos, la planche de vivre ? Nous tombons. Je vous écris en cours de chute. C’est ainsi que j’éprouve l’état d’être au monde. L’homme se défait aussi sûrement qu’il fut jadis composé. La roue du destin tourne à l’envers et ses dents nous déchiquettent. Nous prendrons feu bientôt du fait de l’accélération de la chute. L’amour, ce frein sublime, est rompu, hors d’usage.

Rien de cela n’est écrit sur le ciel assigné, ni dans le livre convoité qui se hâte au rythme des battements de notre cœur, puis se brise alors que notre cœur continue à battre. »

René Char – « Légèreté de la terre » ; Fenêtres dormantes et porte sur le toit, Gallimard, 1979

L’homme est heureux…

L’homme est heureux,
Il le dit, il le rit.
Autour de lui,
Pas un œil qui ne luit.

L’homme est heureux
Son cœur bat pour deux
« Je vais marcher,
Il le faut, c’est si beau. »

« Je vais marcher,
Et lèverais les yeux. »
L’homme inspire,
L’air est si frais,

L’homme s’emplit de vrai…

Il faut attendre lui dit-on
L’heure n’est pas aux rêves creux ;
Il faut entendre le souffle fatigué
D’un bleu délavé, lessivé
Par la basse marée.

L’homme n’écoute pas,
L’homme est heureux.

Mes Everest, Demain, Léo Ferré

Les mots d'Eric

Au premier hibou de service, à Orly, je me tire, c’est sûr. Je n’ai pas le temps de vous expliquer pourquoi, mais c’est ainsi. Moi, les oiseaux de nuit, je les mets à mon heure, les fuseaux horaires, je m’en arrange. Sur mon hibou 747 je pars en vacances, et mes vacances c’est Demain. Demain, c’est la mort aux lèvres et le sourire de la Joconde rentrée dans le poing de Vinci.
Demain c’est la seule idée valide que je vous concède. Vos constitutions, vos morales, votre café au lait du matin, vos chemises échancrées qui plissent sur le pressing, le premier à gauche, dans votre quartier, tout ce qui vous muselle, tout ce que vous adorez, tout ce qui est votre mort quotidienne, tout cela, pour moi, c’est terminé.
Sur les lacs, des chevaux mangent des fleurs fanées, et leurs photos ses reflétant dans les eaux tristes leur reviennent…

Voir l’article original 282 mots de plus

Sur le quai…

Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

Mes Everest, Albert Camus, extrait de la mort heureuse…

Les mots d'Eric

La maison s’accrochait au sommet d’une colline d’où on voyait la baie. Dans le quartier on l’appelait la maison des trois étudiantes. On y montait par un chemin très dur qui commençait dans les oliviers »
Tout entière ouverte sur le paysage, elle était comme une nacelle suspendue dans le ciel éclatant au-dessus de la danse colorée du monde. Depuis la baie à la courbe parfaite tout en bas, une sorte d’élan brassait les herbes et le soleil, et portant les pins et les cyprès, les oliviers poussiéreux et les eucalyptus jusqu’au pied de la maison. Au cœur de cette offrande fleurissaient suivant les saisons, des églantines blanches et des mimosas, ou ce chèvrefeuille qui des murs de la maison laissait monter ses parfums dans les soirs d’été. Linges blancs et toits rouges, sourires de la mer sous le ciel épinglé sans un pli d’un bout à l’autre de l’horizon…

Voir l’article original 61 mots de plus

Apprendre à se taire…

J »ai déjà publié ce texte, il est toujours d’actualité, plus que jamais…

Il faudrait pourtant apprendre à se taire. Apprendre à ne rien dire. Oui, ne rien dire de ce qui sera toujours de trop. Prendre le temps de sentir, ressentir et puis écouter, toucher, entendre, simplement. Il faudra apprendre à se confronter au silence, en apprécier la douceur. Il faudra apprendre à ne plus prendre le risque d’abîmer les envies de sourire, de se serrer, de se souvenir, de se retrouver et tout cela pour exister. Exister, résister, éliminer du champ de batailles de nos envies retrouvées, toutes ces paroles inutiles qui emplissent déjà de lourds silos de haines ordinaires. Il faudra éliminer tout ce bruit qui nous enterre, ce bruit qui nous fait mal. Ne plus commenter, essayer de comprendre.

Oui simplement essayer, ou alors ne rien dire…

Rêve mauve…

Il est l’heure de la lumière,

Il me reste un bout de rêve mauve.

Infime miette dans un bol de rire noir,

Laissée là, douce et croquante

Par une nuit rassasiée.

Au creux du silence du matin qui gémit,  

J’avance tête baissée,  

Tirant sur le long fil de ce songe qui sourit.

Mes Everest, Lamartine : les voiles…

Les mots d'Eric

Quand j’étais jeune et fier et que j’ouvrais mes ailes,
Les ailes de mon âme à tous les vents des mers,
Les voiles emportaient ma pensée avec elles,
Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.

Je voyais dans ce vague où l’horizon se noie
Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin
Des continents de vie et des îles de joie
Où la gloire et l’amour m’appelaient de la main.

J’enviais chaque nef qui blanchissait l’écume,
Heureuse d’aspirer au rivage inconnu,
Et maintenant, assis au bord du cap qui fume,
J’ai traversé ces flots et j’en suis revenu.

Et j’aime encor ces mers autrefois tant aimées,
Non plus comme le champ de mes rêves chéris,
Mais comme un champ de mort où mes ailes semées
De moi-même partout me montrent les débris.

Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste,
Ma fortune sombra dans ce calme…

Voir l’article original 22 mots de plus

Un mauvais rêve…

Dans le dernier virage d’une longue et pénible nuit

Il a perdu le contrôle

Le rêve s’est emballé

Sur un bord mauve et mou de l’ondulante route

Une troupe de souriants font des signes suppliants

Il est encore loin le doux matin des enfants qui s’étirent

Il est déjà trop tard

Son rire matin

Sur une mauvaise plaque de mémoire s’est fracassé

10 novembre 2021

Mes Everest, cet amour : Jacques Prévert

Les mots d'Eric

Pour la première fois j’intégrer dans l’article de mon blog du son, pour entendre Serge Regianni dire magnifiquement bien ce texte exceptionnel de Jacques Prévert ;

Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au milieu de la nuit
Cet amour qui faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C’est le tien
C’est le mien
Celui qui a été
Cette…

Voir l’article original 242 mots de plus

Mes Everest, Tristan Corbière : « la cigale et le poète…

Les mots d'Eric

Et comme annoncé hier, voici la cigale et le poète qui ferme le recueil « les amours jaunes »

Le poète ayant chanté,
Déchanté,
Vit sa Muse, presque bue,
Rouler en bas de sa nue
De carton, sur des lambeaux
De papiers et d’oripeaux.
Il alla coller sa mine
Aux carreaux de sa voisine,
Pour lui peindre ses regrets
D’avoir fait — Oh: pas exprès! —
Son honteux monstre de livre!…
— « Mais: vous étiez donc bien ivre?
— Ivre de vous!… Est-ce mal?
— Écrivain public banal!
Qui pouvait si bien le dire…
Et, si bien ne pas l’écrire!
— J’y pensais, en revenant…
On n’est pas parfait, Marcelle…
— Oh! c’est tout comme, dit-elle,
Si vous chantiez, maintenant!

Tristan Corbière,Les Amours jaunes, 1873

Voir l’article original

Mes Everest, Tristan Corbière : le poète et la cigale…

Les mots d'Eric

Le poète et la cigale ouvre le seul recueil de Tristan Corbières : « les amours jaunes » en 1873, je vous proposerai demain de découvrir « la cigale et le poète » qui ferme ce même recueil

Le poète ayant rimé,
IMPRIMÉ,
Vit sa Muse dépourvue
De marraine et presque nue :
Pas le plus petit morceau
De vers ou de vermisseau.
Il alla crier famine
Chez une blonde voisine,
La priant de lui prêter
Son petit nom pour rimer.
(C’était une rime en elle.)
Oh ! je vous paierai, Marcelle,
Avant l’août, foi d’animal !
Intérêt et principal.
La voisine est très prêteuse,
C’est son plus joli défaut :
Quoi : c’est tout ce qu’il vous faut ?
Votre Muse est bien heureuse…
Nuit et jour, à tout venant,
Rimez mon nom… Qu’il vous plaise !
Et moi, j’en serai fort aise.
Voyez : chantez maintenant.

Voir l’article original

L’homme est heureux…

Les mots d'Eric

L’homme est heureux,

Il le dit, il le rit.

Autour de lui,

Pas un œil qui ne luit.

L’homme est heureux

Son cœur bat pour deux

«Je vais marcher,

Il le faut, c’est si beau.»

«Je vais marcher,

Et lèverais les yeux.»

L’homme inspire,

L’air est si frais,

L’homme s’emplit de vrai…

Il faut attendre lui dit-on

L’heure n’est pas aux rêves creux;

Il faut entendre le souffle fatigué

D’un bleu délavé, lessivé

Par la basse marée.

L’homme n’écoute pas,

L’homme est heureux.

27 décembre

Voir l’article original

Ce soir c’est prose…

Les mots d'Eric

Ce soir c’est pause, je pose ma machine à rime, je repose ma fabrique à vers. Ce soir c’est prose. Au bout de mes phrases, des points de suspension, d’interrogation, et ce tout nouveau signe que je rêverai de voir accepter et qui s’appellerait le souffle d’émotion. Je ne sais pas comment le dessiner. Je vous laisse imaginer, je vous laisse supposer, je vous laisse respirer. Ce soir c’est prose, j’oublie les clics, je prends mes cliques et mes claques, loin des pixels. Ce soir c’est prose, je vous écoute ô vous mes frères humains, je vous écoute dans ce murmure lointain. Murmure de mots tendres et doux, ruisseau qui coule et s’écoule entre les deux bras de nos espoirs pour demain.  

Voir l’article original

Mes Everest, Peter Handke

Les mots d'Eric

Joue le jeu.
Menace le travail encore plus.
Ne sois pas le personnage principal.
Cherche la confrontation.
Mais n’aie pas d’intention.
Evite les arrière-pensées.
Ne tais rien.
Sois doux et fort.
Sois malin, interviens et méprise la victoire.
N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant.
Sois ébranlable.
Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond,
prends soin de l’espace
et considère chacun dans son image.
Ne décide qu’enthousiasmé.
Echoue avec tranquillité.
Surtout aie du temps et fais des détours.
Laisse-toi distraire.
Mets-toi pour ainsi dire en congé.
Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau.
Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil.
Oublie ta famille, donne des forces aux inconnus,
penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne,
fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur,
apaise le conflit de ton rire.
Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton…

Voir l’article original 25 mots de plus

Le tribunal académique revient…

Le tribunal académique revient.


Enfin, me direz-vous !
Il était temps, il y a du pain sur la planche…Et puisqu’elle est question de planches autant dire qu’elles ont été nombreuses à avoir été savonnées pendant cette longue vacances. Mais ne nous aventurons pas sur ces terrains glissants de la médisance et du quand dira-t ’on.
Oui, car là est l’essentiel : le tribunal académique revient. C’est simple il était en travaux. Certains, dont on dit qu’ils ont la langue bien pendue prétendent que ce ravalement de façade n’était qu’un prétexte et qu’en vérité, il a fallu remettre de l’ordre de la cave au grenier.
Les dossiers se sont empilés, on craint même que certains ne soient oubliés, enterrés.
Mais aujourd’hui, c’est la séance de rentrée. Tout a changé, même le président. L’ancien était dépassé, débordé, dépité, déprimé et surtout désabusé.
Sur le bureau tout neuf de ce président tout nouveau, une haute pile de dossiers. Ils sont tous considérés comme urgents ! Comment faire ? Juger en suivant l’ordre alphabétique ? Ce serait injuste et déprimant même si reconnaissons-le ce serait une méthode tout à fait académique. Le nouveau président, ne souhaite pas s’attaquer pour ses débuts à ce gros morceau qu’est « Amazone et ses dérivés ». Il réfléchit quelques instants et décide que ce sera le hasard qui tranchera. D’une pichenette il fait basculer la pile. Le nouveau président sourit de sa facétie : « elle tombe la pile ». Bref les dossiers qui ne forment plus qu’un tas en vrac, sont brassés, éparpillés, aux quatre coins du vaste bureau.
Le président du tribunal ferme les yeux, pivote à plusieurs reprises sur son magnifique siège, et ce jusqu’à exécuter plusieurs tours complets. La nausée n’est pas très loin ! Il a juste eu le temps de saisir un premier dossier.
Sur la magnifique chemise bleue, on peut lire, en grosses lettres rouges : vague(s)
Le président prend la journée pour étudier les éléments. Il s’agit d’une plainte déposée à quatre reprises par un vague collectif de citoyens (le collectif national des amis de la tempête : le CNAT) ; Une plainte pour usurpation d’identité, doublée quelques mois après par une plainte pour utilisation abusive de marque déposée).
C’est une belle affaire que voilà… C’est décidé, demain elle sera jugée.

A suivre

Recette…

Une autre recette publiée l’année dernière…

Les mots d'Eric

Ce soir c’est fête,

Ce soir, j’offre une recette

Simple et léger

Vrai, authentique

Seul, unique

Voici le flan au nuage d’été.

Sur un fond de ciel étonné

Vous disposerez sans les étirer

Deux ou trois fines couches

De ce beau nuage blanc

Que vous aurez saupoudrées

De mille larmes rondes et salées.

Dans le four l’enfermerez,

Au double tour de votre sac à malice,

Toute une nuit vous oublierez

Et au petit matin enlevé

A pleine bouchées vous le chanterez

Voir l’article original

Souviens toi nous étions vivants…

Tu t’es pris les pieds dans le lourd tapis de la nuit,
Assis au bord de ton lit
Entre tes mains, ta tête tu as pris.
Souviens-toi, nous étions vivants,
Tu riais, je parlais, insouciant.
Sur nos lèvres séchées par le vent,
Dansaient les mots taquins,
Sautillaient les mots malins,
Coulaient les mots chagrins.
Dans un coin reculé,
De notre hier oublié,
Je t’entends, je te vois, tu es resté.

26 mars 2020

Mes Everest : « leurs yeux toujours purs », Paul Eluard…

Les mots d'Eric

Jours de lenteur, jours de pluie,
Jours de miroirs brisés et d’aiguilles perdues,
Jours de paupières closes à l’horizon des mers,
D’heures toutes semblables, jours de captivité,

Mon esprit qui brillait encore sur les feuilles
Et les fleurs, mon esprit est nu comme l’amour,
L’aurore qu’il oublie lui fait baisser la tête
Et contempler son corps obéissant et vain.

Pourtant j’ai vu les plus beaux yeux du monde,
Dieux d’argent qui tenaient des saphirs dans leurs mains,
De véritables dieux, des oiseaux dans la terre
Et dans l’eau, je les ai vus.

Leurs ailes sont les miennes, rien n’existe
Que leur vol qui secoue ma misère,
Leur vol d’étoile et de lumière (1)
Leur vol de terre, leur vol de pierre
Sur les flots de leurs ailes,

Ma pensée soutenue par la vie et la mort

Voir l’article original

Rencontres ferroviaires…

Les mots d'Eric

Contre la vitre

Dans le compartiment, il y a cette odeur, unique, qui s’accroche aux vêtements. Une odeur de voyages, trop courts, pour que la sueur soit absorbée par les souvenirs touristiques. Une odeur de vitre propre, de soupirs fatigués, une odeur de vie qui est à la peine, pour s’approcher de ce dont on rêve quand on est la tête contre la vitre. On ressent les vibrations, et puis il y a l’humidité de l’haleine qui fait comme un voile. Le voyage contre la vitre peut commencer, les yeux qui se ferment et le skaï devient cuir sauvage. Les néons ferroviaires sont des reflets de lune sur l’eau, pas un son, pas une voix qui ne troublent le rien d’un songe qui cherche son issue. Comme une musique, comme une mélodie. Et le couple d’en face, si vieux, si bons, qui posent leurs yeux sur la main de l’autre…

Voir l’article original 94 mots de plus

Ciel fait ce qu’il peut…

Les mots d'Eric

Ville nouvelle,

Pousse et grandit.

Jour après jour,

Ville pose ses lignes.

Pures et droites,

Arêtes sans ailes,

Pour faire les belles

Se croisent et s’emmêlent.

Longues, effilées,

Regarde les,

Au bord du bleu s’arrimer.

Ciel fait ce qu’il peut,

Sort une vieille palette de bois creux.

Gratte, frotte

Sort un pinceau de plume

Attrape quelques perles de brume

Les invite dans ses filets

Pâles pétales

D’un souffle étalé…

28 novembre

Voir l’article original

Demain pluvieux

Les mots d'Eric

Une humidité à l’odeur épaisse.

Un froid incapable de cingler

Essaie simplement de s’infiltrer,

Il traîne en longueur.

Pas une trace de lumière.

Les objets sont gavés de l’ombre qui les étouffe.

Les gens passent,

Météo au pied, comme un boulet.

Pas un ne rit, plus un ne vit.

Automne colonisateur.

Il est partout, même dans les rires.

Feuilles jamais sèches

Piétinées

Collées, tristes au pied.

Tout se traîne, se désespère.

La mer est habillée de gris,

Ne pas froisser le ciel si bas

Il pourrait la gober.

Demain sera mieux,

Demain sera heureux.

Voir l’article original

Mes Everest, René Char : « Pourquoi la journée vole »

Le poète s’appuie, durant le temps de sa vie, à quelque arbre, ou mer, ou talus, ou nuage d’une certaine teinte, un moment, si la circonstance le veut. Il n’est pas soudé à l’égarement d’autrui. Son amour, son saisir, son bonheur ont leur équivalent dans tous les lieux où il n’est pas allé, où jamais il n’ira, chez les étrangers qu’il ne connaîtra pas. Lorsqu’on élève la voix devant lui, qu’on le presse d’accepter des égards qui retiennent, si l’on invoque à son propos les astres, il répond qu’il est du pays d’à côté, du ciel qui vient d’être englouti.
Le poète vivifie puis court au dénouement.
Au soir, malgré sur sa joue plusieurs fossettes d’apprenti, c’est un passant courtois qui brusque les adieux pour être là quand le pain sort du four.

Mémoires…

« C’est si souvent le soir dans ses yeux

Que j’en perds mon matin… »

C’est deux vers je les écrivais il y a plus de quarante ans avec toute la tendre maladresse de l’apprenti poète qui cherche les bonnes formules pour que le mélange des mots puisse se déguster longtemps après. C’est le cas aujourd’hui. Je déguste et je me souviens.

Extrait…

Un extrait brut, sans correction, de mon manuscrit. J’arrive au terme de ce long chemin…Encore quelques semaines et je passerai du papier à l’écran.

Marcel on ne le sait que trop aimait les avions, les cargos, mais il aimait les ours aussi, les haches, les enclumes, le bruit de la pluie sur la tôle ondulée et par dessus tout l’arc en ciel que fabrique l’huile dans les flaques d’eau…

Où sont-ils ?

Sur le vieux chemin des écoliers

Je cherche les ombres d’enfants

Qui s’étirent en sautillant

Je cherche le son craquant

Du tas de feuilles rousses

Qu’on piétine en riant

Raide et lisse la rue s’ennuie

Pas un chant

Pas un cri

Quelques clics sous des visages courbés

Une longue ride dans ma marge de papier

Mes Everest : Albert Camus, la mort heureuse

Les mots d'Eric

Il lui fallait maintenant s’enfoncer dans la mer chaude, se perdre pour se retrouver, nager dans la lune et la tiédeur pour que se taise ce qui en lui restait du passé et que naisse le chant profond de son bonheur. Il se dévêtit, descendit quelques rochers et entra dans la mer. Elle était chaude comme un corps, fuyait le long de son bras, et se collait à ses jambes d’une étreinte insaisissable et toujours présente. Lui, nageait régulièrement et sentait les muscles de son dos rythmer son mouvement. A chaque fois qu’il levait un bras, il lançait sur la mer immense des gouttes d’argent en volées, figurant, devant le ciel muet et vivant, les semailles splendides d’une moisson de bonheur. Puis le bras replongeait et, comme un soc vigoureux, labourait, fendant les eaux en deux pour y prendre un nouvel appui et une espérance plus jeune. Derrière lui, au…

Voir l’article original 217 mots de plus

Mes Everest, Paul Eluard : l’amoureuse…

Les mots d'Eric

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Voir l’article original

Recette d’espoir…

Les mots d'Eric

Une belle et ronde marmite vous choisirez
Sur le bord d’une fenêtre
Tournée vers l’ouest
Délicatement vous la poserez
Vous l’oublierez
Vous rêverez
Quand le silence aura mijoté
Débordé
Vous la retrouverez
La ramènerez
Sur le feu doux et impatient

Quelques mots doux et sucrés
Vous aurez épelés
Au fond de la casserole vous les jetterez
Votre bouquet de rimes épicées
Vous ajouterez
Couvrez
Chantez
Salez
Sautez

Et pour finir
Servez

Oui j’allais oublier
D’un vin blond au souffle long et coquin
Vous l’arroserez

Voir l’article original

A tire d’ailes…

Les mots d'Eric

Sur la peau blanche de mes espoirs
J’écris les mots pour demain

Dans un bouquet de rires enfouis
Je trempe ma plume épuisée

Sur le papier au grain glacé
Une boucle aux bords bleutés
Je trace en pleurant

Ces mots que j’aime
Pour toi
Pour nous
Je les lie

Main dans la main
Loin du hier de nos ennuis
Ils s’envolent
A tire d’ailes
Entre les bras du couchant

Regarde-les
Ils s’enfuient
Regarde-les
Nous sommes en vie

24 novembre

Voir l’article original

Rêver dans le ciel : un poème de ma petite-fille…

A plusieurs reprises déjà j’ai publié, avec son autorisation bien sûr, un poème de ma petite fille Lisa. Avec sa maîtrise grandissante de l’écriture, elle produit beaucoup, elle apprend à jouer avec les mots et leurs musiques, elle fait des essais et elle mes les offre de temps en temps.

Dis-moi des merveilles

Sur l’herbe au clair de lune

D’un cerf-volant qui brille

En été

Au soir de la nuit

Sur la route tes yeux pleurent

Dans le ciel

Avec l’abeille

Qui soulève tes merveilles

Avec l’aimable autorisation de Lisa Moine, 8 ans

La ronde des bonnes nouvelles…

A la une de mon journal des bonnes nouvelles ce soir, ce titre accrocheur : « Epidémie de mauvais foi : un vaccin est annoncé !
Ce journal est un de mes préférés, il ne paraît que très peu : rarement plus d’une fois par semaine. Il faut dire que sa ligne éditoriale est originale. En effet, on peut lire en première page, sous le titre, en petit caractère : « journal ironique et sarcastique à la parution sporadique ». Et justement le titre de ce journal en dit long sur l’esprit de la rédaction : « On dit, j’écris, tu lis ». Nous conviendrons que le titre n’est pas accrocheur mais ce n’est justement pas l’intention de la rédaction que d’accrocher. Bref un journal que j’aime et le titre de ce soir m’intrigue.
L’Agence Nationale de Lutte Contre les Contradictions annonce la mise sur le marché d’ici quelques jours d’un vaccin qui devrait sans nul doute ralentir considérablement l’épidémie de mauvais foi qui sévit depuis de nombreuses années et qui ces dernières semaines a pris des proportions alarmantes. Ce sont chaque jour des centaines de milliers de cas qui sont dépistés. Rappelons brièvement les symptômes : tout commence généralement par une manifestation d’indignation, qui amène les malades à répéter inlassablement : « c’est scandaleux, il faudrait, il aurait fallu ». Les plus gravement atteints ajoutent parfois : « on aurait dû ». Passé ce premier stade que les spécialistes présentent comme celui de l’incubation, suit une longue période de léthargie, de bougonnerie, que certains appellent la phase du râlage passif.
Le troisième stade apparaît quand une solution a été trouvée au problème qui a provoqué la maladie. Il est le plus critique : c’est cette phase qu’on appelle celle de la mauvaise foi. Les malades grognent encore mais cette fois cela se traduit par des « c’est n’importe quoi, on ne devrait pas, il ne fallait pas, je ne le ferai pas ». Et quand le médecin explique au malade qu’ils sont atteints de mauvaise foi, ceux-ci répondent évidemment que ce n’est pas possible, qu’ils n’ont jamais changé d’avis, que de toute façon ils ont raison et que rien ne va mais qu’il ne faut rien changer. Bref à ce stade tout le monde comprendra que la situation est désespérée.
Mais aujourd’hui bonne nouvelle l’ANLCC a mis au point un vaccin. Ce vaccin est très simple, il s’agit dès les premiers troubles d’écouter avant chaque journal télévisé un enregistrement de vent marin, de chants d’oiseaux, et de battements de cœurs amoureux… Et ce pendant toute la durée de la crise de mauvaise foi…

La ronde des bonnes nouvelles…

Le soir arrive, et pas la moindre bonne nouvelle à vous proposer.

Non désolé je me trompe : il y en a une et elle est lourde de sens. Comme je n’avais pas le temps tout occupé que j’étais à faire (mon dieu que je n’aime pas ce verbe) plein de choses (faire et maintenant chose, comment dire, je suis un peu à court de munitions) dans le cadre de mon activité professionnelle (un peu mieux comme formulation non ?) de me distraire j’ai… Bon je crois que je me perds, et cette phrase devient impossible.
Reprenons donc le fil : oui c’est cela, j’ai une bonne nouvelle, une vraie bonne nouvelle. Comme je n’ai pas eu le temps ni d’écouter la radio, ni de lire des journaux, ni de consulter le web et bien je n’ai rien lu, rien su, rien entendu de ce qui s’était passé aujourd’hui, ni de ce qui ne s’était pas passé et je vais vous faire un aveu : qu’est ce que je me sens mieux… Et ça c’est une bonne nouvelle !

La ronde des bonnes nouvelles…

« Je ne me souviens de rien, rien de ce qui s’est passé ni hier, ni les jours précédents. »


L’homme chez qui nous sommes aujourd’hui est, à vrai dire, un cas un peu particulier. Chaque soir, lorsqu’il s’endort, comme beaucoup il pense à la journée qui vient de se terminer. Tout y passe : ce qu’il a fait, qu’il n’a pas fait alors qu’il aurait dû le faire, ce qu’il a dit, qu’il n’a pas dit, qu’il aurait du ou pu dire, ce qu’il n’aurait pas dû dire. Sont aussi passés en revue les autres, celles et ceux qu’il a vus, avec qui il a parlé, celles et ceux qu’il n’a pas vu et qu’il aurait aimé voir.
Et généralement après cet inventaire il s’endort. Enfin c’est ce qu’il suppose car c’est au moment précis où il décide de s’attarder sur tout ce qui dans la journée lui a donné le sourire, l’a rendu sinon heureux au moins optimiste que ses yeux se ferment.
Quand on connaît la profession de cet homme, on se dit qu’il a ou qu’il aurait indéniablement tout pour être heureux : cet homme est chasseur.
Oui je sais, dès l’instant où à la fin de la phrase précédente vous avez lu ce mot « chasseur », vous avez (ne mentez pas je le devine) froncé le sourcil, serré les mâchoires et vous vous êtes dit : « chasseur, chasseur, non mais je rêve comme si le fait d’être chasseur pouvait donner le sourire, rendre heureux ». Il déraille complétement l’Eric…
Mais vous voilà donc pris au piège que je vous ai tendu : oui bien sûr cinq lignes plus haut que celle-ci j’ai écrit, je cite : « cet homme est chasseur ». Mais voyez-vous, je n’ai pas fini ma phrase, et alors que je vous devine tendu, circonspect, voire (et je le comprends tout à fait) un peu lassé de ces longueurs, je vous invite à un peu de patience. Oui cet homme est chasseur. Mais il n’est pas un chasseur ordinaire, (je le concède, encore un qualificatif auquel on s’attendait). Il est un chasseur unique en son genre : il est un chasseur de bonnes nouvelles. Ah évidemment maintenant que je l’ai écrit, vous vous dites que vous en doutiez, que c’est trop facile que mes ficelles sont trop grosses. Grand bien vous fasse, je vous accorde complétement le droit d’arrêter là votre lecture, quant à moi il faut que je poursuive et que je revienne à mes débuts.
Alors oui revenons à notre homme, celui qui tous les matins se lèvent en disant : «je ne me souviens de rien, rien de ce qui s’est passé ni hier, ni les jours précédents ». Cet homme est donc, nous l’avons compris un chasseur de bonnes nouvelles. Nous ne savons que peu de chose sur son employeur si ce n’est qu’il s’agit d’un petit homme, au regard vif qu’on peut parfois rencontrer sur les marchés.
Evidemment quand nous l’avons interrogé, nous lui avons demandé en quoi consistait ce travail, son travail. Tout en nous laissant sa carte, il nous répond après avoir marqué un temps d’arrêt que c’est simple : il passe ses journées, toutes ses journées, dehors, seul, et il chasse. Il marche, il guette, il attend, il se poste à des endroits stratégiques (qu’il a du mal à définir) afin de débusquer ce gibier tant recherché : la bonne nouvelle.

  • Et vous trouvez ?
  • Oh oui je trouve ! Tous les jours j’en prends une, deux et parfois plus.
  • Mais c’est extraordinaire, vous pourriez nous en donner une ou deux, ou nous en montrer. Si cela ne vous dérange pas bien sûr ?
  • Je le voudrais bien, mais je ne me souviens de rien, rien de ce qui s’est passé ni hier, ni les jours précédents.

La ronde des bonnes nouvelles…

Ma décision est prise : aujourd’hui je ne vais pas perdre de temps à chercher une bonne nouvelle. C’est à la fois ridicule, très fatigant mais surtout déprimant. En effet, convenons-en, ce qui est le plus extraordinaire quand on cherche, c’est lorsqu’on trouve.
Non, aujourd’hui je vais choisir une autre méthode, faire confiance au hasard, ou à la chance et je vais attendre patiemment que bonne nouvelle vienne à moi.
Au moment du petit déjeuner, je suis tendu, pensant un peu naïvement que c’est au petit matin que les bonnes nouvelles sont annoncées.
Mais rien… Si, une seule chose est à noter : je renverse ma tasse de café, encore très chaud sur la magnifique chemise blanche que j’ai mise pour l’occasion. On ne peut quand même pas accueillir une bonne nouvelle vêtu d’un vieux polo grenat qui pluche…
Le matin passe : rien. Ce n’est pourtant pas faute de tout mettre en œuvre pour que le hasard remplisse sa mission. Pour être clair je me comporte comme un hyper actif, je surfe littéralement, sur tout ce qui passe, sur tout ce que j’entends, que je vois, que je pressens, que je suppose, mais évidemment, je ne provoque rien : il ne se passe rien !
L’après-midi s’étire : rien, toujours rien ! Pas la moindre bonne nouvelle et encore pire, une succession de petites tracasseries me font dire que ce n’est pas mon jour, que je n’ai pas de chance. Quand le soir arrive et qu’il va être temps de clore, enfin, cette journée somme toute assez banale, un peu dépité et déçu je finis par prendre la décision, comme tous les jours, de chercher, de fouiller.
Je m’installe devant mon ordinateur que j’ai d’ailleurs malmené toute la journée, je bouge légèrement la souris j’entends alors un de ces horribles sons numériques. Sur l’écran est affiché le message suivant :
Erreur fatale : ouvrez votre panneau de configuration et procédez à une analyse de votre système
J’ouvre le fameux panneau et comme je suis obéissant je procède à l’analyse de mon système…
On me dit de sauvegarder le journal de cette opération. Je m’exécute. Je sauvegarde le journal de cette opération je l’enregistre, et une fois n’est pas coutume l’imprime
La page sort de l’imprimante. Une seule phrase est imprimée plus d’une centaine de fois
« Mauvais nouvelle : votre mémoire est saturée vous devez procéder à un nettoyage et éliminer les fichiers inutiles »

Ciels…

Souviens toi c’était hier.

C’était dans ce vieux pli du passé,

Que tu as tant de fois étiré.

C’était hier,

Et toi tu disais :

« Il n’y a plus rien à rater

Tous les murs sont debout »

C’était hier,

Et le ciel se souvient,

Regarde,

Dans le coin de ton œil,

Il y a une ride de pierre

Qui rime en riant

Ce vieux reste de bleu

La ronde des bonnes nouvelles…

Photo de Alex Kozlov sur Pexels.com

Ce matin, une fois encore, j’ai une furieuse envie de bonnes nouvelles. Je dirai même qu’une seule me suffirait. Par réflexe, ou dans un sursaut d’espoir j’ouvre ma boîte aux lettres. Elle est presque vide… Je dis presque, en effet, parce que perdu tout au fond, plié en quatre, un simple papier. Ce n’est même pas un prospectus, non une simple feuille arrachée à un cahier à spirales. Curieux, je la déplie.
En gros caractères manuscrits, voici ce que je lis :
Aujourd’hui sur la place du village entre 10 h 00 et 13 h 00 ouverture d’une boutique éphémère ! Tristes, déprimés, pessimistes, venez à nous, nous vous rendrons le sourire !
Curieux vraiment. Une boutique éphémère, ici dans mon village…Je ne sais pas encore si c’est une bonne nouvelle, mais ça au moins le mérite d’être un peu « excitant » …
Evidemment à dix heures sonnantes et trébuchantes je suis sur la place. En guise de boutique éphémère je reconnais le stand de l’autre jour, celui derrière lequel toujours aussi pétillant trône le petit homme sans âge au regard bleu vif. Je suis seul et tranquille : j’entame la conversation.

  • Vous n’avez toujours rien à vendre ?
  • Rien à vendre, ça n’a pas changé, mais cependant j’ai beaucoup de choses à donner.
  • Par exemple ?
  • Tout dépend de ce que vous voudriez ?
  • Vous le savez, je ne veux qu’une chose, c’est que vous me donniez une bonne nouvelle.
  • Je dois avoir cela mais il faut d’abord que vous me fassiez une promesse.
  • ?
  • Oui si je vous donne une bonne nouvelle, je veux absolument que vous la gardiez pour vous, pour vous seul. Ne la partagez pas !
  • Mais si je ne la partage pas ce ne sera plus une bonne nouvelle, car je serai le seul à la connaître.
  • C’est justement cela que je veux, car si vous en parlez, elle sera commentée, discutée, amendée, mise en doute et de bonne nouvelle cela deviendra une source de conflits. Et ça c’est toujours une mauvais nouvelle.
  • Bien je promets !
  • Approchez, je vais la dire dans le creux de votre oreille.
    Je m’approche, tendant l’oreille au plus près du visage du petit homme.
  • Fermez les yeux !
    Je ferme les yeux. Il chuchote.
  • La seule bonne nouvelle que je veux vous donner c’est que demain le monde ira mieux parce qu’il reste encore des femmes et des hommes comme vous qui déplient des feuilles de papier et qui les lisent avec la main qui tremble et de la lumière dans les yeux…

La ronde des bonnes nouvelles

Publié il y a un an : presque…

Enfin une prise, ça y est, je la tiens ; c’est ma première, ma vraie première et elle est belle ! Une semaine que j’ai jeté ma ligne pour pêcher cette fameuse bonne nouvelle. Et rien, ou pas grand-chose, ou trois fois rien, ou si peu. Bref je me préparais aujourd’hui encore à rentrer bredouille.

Oui c’est vrai depuis plusieurs jours je sentais bien un petit frétillement, il venait d’Amérique, mais je préférais rester prudent et attendre une annonce officielle, pour ferrer ma proie, et ne plus la laisser s’échapper.

Oui bien sûr vous me répondrez que j’ai quand même réussi à faire entrer dans ma ronde de bonnes nouvelles, un chat, un loup gris, trois œufs, à éliminer le mardi et à interdire de râler. Mais je vais faire un aveu : ce soir j’avais vraiment mais alors vraiment envie et besoin d’une vraie bonne nouvelle. Et j’espère ne pas me trumper

Oui je sais c’est un jeu de mot un peu facile, mais tant pis, ce n’est pas souvent, et je promets que je ne recommencerai, je ne voudrais pas prendre le risque de faire un bide…

Hum je crois que je vais aller prendre un apéro…

La ronde des bonnes nouvelles…

Bon, autant le dire tout de suite, ce n’est pas la grande forme. Où sont les bonnes nouvelles, où se dissimulent-elles ? J’ai beau éplucher tout l’actualité : je ne trouve rien à me mettre sous la dent. Ça commence à devenir déprimant. Je vais finir, comme beaucoup, à tout voir en noir, à avoir des idées noires et pourquoi pas à broyer du noir. Il faut que je m’aère pour me détendre un peu. Je complète mon attestation sur laquelle je coche que je sors pour des courses de première nécessité.
Je n’ai besoin de rien mais après tout on verra bien, je tomberai peut-être sur du nécessaire dont j’ignorai l’existence. C’est jour de marché, je trouverai bien quelque chose.
J’arrive sur la petite place du village. Tout au fond, à l’abri du seul arbre un petit stand que je ne connaissais pas. Il n’y a aucun client. Je m’approche, le banc est vide. Rien, il n’y a plus rien. Je suis curieux : mais quel était donc ce « nécessaire » que ce petit homme sans âge au regard vif avait à proposer pour que dès 9 h 30 tout ait été vendu. Je l’interroge.

  • J’arrive trop tard, vous n’avez plus rien ?
  • Plus rien, en effet mon petit monsieur… Mais de quoi aviez-vous besoin ?
  • Et bien écoutez je crois que je n’avais besoin de rien, enfin rien de vraiment nécessaire. Et pour être franc j’avais simplement besoin de me changer les idées. En ce moment je vois tout en noir.
  • Et bien justement voyez vous ce que je propose ce sont des tous petits rien, faits de pas grand-chose et qui évitent de broyer du noir…
  • Il ne vous en reste plus, pas même un modèle d’exposition, un échantillon…
  • Rien, plus rien, tout est parti !
  • Tout est parti ?
  • Oui et pourtant personne n’est venu !
  • Mais alors pourquoi restez-vous là,
  • C’est simple monsieur, j’arrive avec rien, tout le monde vient me voir et finalement chacun est ravi de s’apercevoir qu’il n’a besoin de rien puisque de toute façon je n’ai rien à vendre.
  • J’aime beaucoup ce que vous dites monsieur, c’est tellement poétique. Vous serez là la semaine prochaine ?
  • Pourquoi, vous auriez besoin de quelque chose ?
  • Non, je ne crois pas, ou trois fois rien ?
  • Et bien si je n’ai rien de nécessaire à faire, je viendrai et nous parlerons un peu, de tout, de rien…
  • Oh merci vraiment, c’est une bonne nouvelle !

La ronde des bonnes nouvelles…

C’était il y a un an, presque…

« On fait les omelettes en cassant les œufs »


Pour une raison que j’ignore encore, je me lève ce matin avec une furieuse envie d’omelette. Et pour une raison que j’ignore encore plus, j’ai à peine posé le pied à terre, au pied de mon lit, que j’entends cette phrase qui tourne en boucle à l’intérieur de la tête : « on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs ».
Etrange : j’ai dû rêver d’omelette, ou d’œufs, ou d’œufs cassés. Je ne me souviens plus mais ce que je sais c’est qu’il va me falloir, en casser des œufs justement. En casser deux ou peut-être trois car j’ai grand faim. Une faim de loup gris.
Mais en moi-même, je ne peux m’empêcher de trouver ce dicton, cette morale plutôt quand même un peu sentencieuse. Comme si l’omelette que j’aime tant était la conséquence d’un véritable acte criminel contre les éléments qui la composent. J’entre dans la cuisine, ouvre la porte du frigo et saisissant trois magnifiques œufs frais je déclame à la cantonade : « pour me faire une omelette je vais casser trois œufs ».
Je prends le premier des œufs, je l’approche du bord du bol pour le casser et soudain j’hésite, et me dis : si j’essayais moi justement de faire une omelette sans casser les œufs. Après tout je n’en peux plus de toutes ces morales déguisée derrière des dictons populaires.
Je me saisis des deux autres œufs et les pose délicatement avec le troisième au fond de mon bol, je prends un fouet et je commence à battre consciencieusement mes trois œufs. « On ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs ! »
Ça tourne en boucle dans ma tête. Je remue, ça remue et ça me remue. Mais les œufs résistent, ils ont la coquille dure, ils roulent, ils s’entrechoquent. Rien ne se passe. Mon envie d’omelette est toujours là. J’accélère le mouvement et d’un coup d’un seul les trois œufs se brisent.
Me voici tout bête devant mon bol à ânonner : « ça c’est une bonne nouvelle : pour faire une omelette il faut casser les œufs »

La ronde des bonnes nouvelles…

Au loup…

J’aurais aimé, au moins aujourd’hui deviser sur, enfin, une vraie bonne nouvelle : celle qui m’aurait annoncé la défaite de Donal Trump. Et bien non je suis encore obligé de me rabattre sur mes rêves, ou fantasmes, sait-on jamais…

Ah je m’en souviendrai du 4 novembre…Comme tous les matins, j’ouvre en grand la fenêtre de ma chambre. Il fait frais et j’aime cette sensation après une nuit toujours un peu agitée. La lumière me réveille et l’air vif me fouette. Au milieu de la pelouse, assis le dos à la fenêtre : un loup, un grand loup gris. Je sais que c’est un loup, ses oreilles pointues ne trompent pas. Il est assis et regarde droit devant lui, enfin me semble-t-il. Je me racle la gorge discrètement. Il se retourne, lève la tête et me regarde… Oui je le confirme, définitivement, c’est un loup, un grand loup même.
Il me regarde. Je le regarde. On se regarde.
Et comment dire, je ne me pose aucune question ; c’est simple, il y a un loup sur mon terrain, et ça ne me gêne pas, au contraire…Comment a-t ’il pu entrer, je l’ignore, qui est -il, d’où vient-il cela ne m’intéresse pas. Ce que je vois, ce que je sais, ce que je sens même, c’est qu’on va bien s’entendre tous les deux. Il m’attend, j’en suis sûr, quand il a tourné la tête pour me regarder, il n’était même pas étonné, ni effrayé et encore moins effrayant. Je referme la fenêtre, je m’habille, avec un sourire d’enfant qui ne me quitte pas. Je bois un café en vitesse, parce que quand même je suis un peu impatient et je sors…
Et au moment où je ferme la porte, je crie un peu fort (il faut quand même que les endormis profitent de ma joie) : « je sors, je vais donner à manger au loup ! »

Micro nouvelle écrite le 4 novembre 2020

La ronde des bonnes nouvelles

Une disparition attendue…


Ce matin le réveil est un peu difficile. Il faut dire que rares sont les nuits calmes et sereines sans tous ces mauvais rêves que pour se protéger on répugne à appeler cauchemars. Le réveil est un véritable supplice. Je me traîne jusqu’à la cuisine tout en marmonnant : « s’il faisait beau, au moins je pourrais prendre mon café dehors ». Mais bien sûr il pleut, nous sommes le trois novembre, comment peut-il en être autrement. Et en plus pour couronner le tout, c’est mardi. Un mardi de novembre. Je marmonne, il faudrait que je me bouge…
J’allume la radio avec le petit espoir d’entendre quelque chose d’engageant, d’encourageant : une bonne nouvelle quoi ?
J’appuie sur le bouton. Grésillement. Et puis une info : un flash info comme on le dit. Et c’est vrai qu’en guise de flash on ne peut faire mieux. Je dois le dire : j’ai sursauté et me suis cru sur la station qui passe en boucle toute la journée les mêmes sketches. Je vérifie. Non pas d’erreur je suis bien sur France Imper.
« … Sur recommandation du tribunal académique et après consultation du conseil insurrectionnel, le gouvernement a décidé de présenter demain mercredi un projet de loi à l’assemblée, portant modification du calendrier, avec pour principale réforme, l’élimination pure et simple du mardi… »
Eliminé le mardi : disparu, envolé… Je n’écoute pas les commentaires qui suivent cette annonce avec notamment un premier débat opposant les défenseurs du mardis aux avocats de tous les autres jours et particulièrement celui du dimanche dont on dit qu’il a usé de toutes ses relations pour préserver ce jour sacré qui semblait lui aussi être condamné…
Et voici que je me redresse, que je bombe presque le torse de satisfaction : quel bonheur de savoir qu’on est en train de peut-être vivre son dernier mardi de novembre…

Mots oubliés …

Dans la boîte en fer blanc des mots oubliés

J’ai plongé une main prête à danser

C’était rond c’était doux

Comme blanche mie d’un pain chaud

Je les sens

Ils frétillent

Je les entends

Ils babillent

Mots d’hier

Mots d’hiver

Ils se griment

Ils se riment

Et quand viendra le triste novembre

Pétales d’été aux mers parfumés

Derrière les tristes silences

De tes yeux enfermés

Je te les soufflerai

La ronde des bonnes nouvelles…

Je poursuis mes republications, pour mes nouveaux abonnés qui n’ont pas eu l’occasion de découvrir l’année dernière cette ronde des bonnes nouvelles…

Instauration de la journée nationale sans râler.


En ouvrant mon journal ce matin dont, au passage, la qualité du papier se dégrade de plus en plus, ce qui a pour conséquence de noircir les doigts, j’ai malencontreusement renversé ma tasse de café.
La journée commence vraiment mal, ai-je failli dire…Non, en fait, oui je l’avoue je l’ai dit !
Et ce d’autant plus qu’il n’y avait plus de lait, que le pain était sec, que le chat miaulait sans raisons apparentes, que la chaudière ne voulait pas démarrer, qu’évidemment il pleuvait et que j’avais perdu mon parapluie et égaré les clés de ma voiture. Voiture qui ne démarrera certainement pas lorsque j’aurai retrouvé les clés si j’en crois le texto laissé par le voisin : « vous avez laissé vos phares allumés ». Texto que je ne découvre que maintenant étant donné que je ne savais plus où était mon portable. Bref il me semble que toutes les conditions sont quand même réunies pour que je m’autorise, un tout petit peu, à râler.
Et me voici donc à feuilleter mon journal imbibé de café froid (oui mon micro-onde est en panne et du fait de la panne de la chaudière je n’ai pas d’eau chaude et comme hier en voulant réparer une vieille lampe de chevet j’ai fait un mauvais branchement j’ai provoqué un court-circuit et grillé la cafetière). Bref je feuillette et que lis-je en gros caractères gras ?
« Le 2 novembre devient la journée nationale sans râler ». La décision a été prise à la suite d’une pétition adressée au président de la république par un florilège de professions victimes régulières des râleurs. Il s’agit notamment des professeurs, des garagistes, des plombiers, des facteurs, des météorologues j’en passe et bien d’autres…
Et comment dire, j’ai terminé la lecture de mon journal en me disant : « oh après tout, il n’y a pas de quoi râler… »

La ronde des bonnes nouvelles : « on a appelé un chat, un chat »…

Je publie à nouveau un an après quelques uns de ces textes que j’avais écrits il y a un an dans une période où les bonnes nouvelles étaient très rares…

Les mots d'Eric

Ce matin à la une de mon journal rêvé des bonnes nouvelles:

Contre toute attente et alors que sur tous les plateaux de télévision, ont été invités les plus grand spécialistes, locaux, régionaux et nationaux en matière de zoologie, de sociologie animale, de psychologie féline, tout le monde, sans exception, après avoir observé attentivement, la photographie présentée à la une de cet article a affirmé – certes après quelques réflexions profondes (mais silencieuses) -: «oui il s’agit bien d’un chat, nous vous le confirmons sans ambiguïté!» Il faut bien l’appeler chat, car c’est un chat!

Bien sur quelques journalistes friands de polémiques ont bien tenté d’introduire le doute.

«Oui, admettons qu’il s’agisse d’un chat, mais ne pensez-vous pas que votre rapidité inhabituelle à désigner comme chat, cet animal ne soit de nature à stigmatiser cet animal en l’enfermant dans une catégorie animalière qui disons-le, est aussi constitué d’éléments perturbants et…

Voir l’article original 22 mots de plus

Mémoires…

Il est enfin venu

Le matin des mille éclats

J’attends le premier train pour le rire

Au mur gris l’espiègle horloge rattrape en sifflant

Une dernière heure qui s’enfuie

Le trajet est lisse et long

Comme l’étoffe qu’on déplie

Pas un arrêt pour lennui

On roule je vibre

On file je rêve

Frissons

Sur la vitre molle d’un vieux souvenir

Mes mots roulent en rimant

Extrait choisi…

Marcel avait décidé un jour de ne plus utiliser le conditionnel. Il n’aimait pas, il n’aimait plus ce temps. Il n’aimait pas cette idée d’exprimer l’envie d’une action tout en la soumettant à une condition.
Et quand ses amis du lycée s’exprimaient, Marcel trouvait qu’ils utilisaient trop le conditionnel. Il leur disait qu’utiliser le conditionnel c’est assortir une envie, un besoin, un rêve même d’une menace sur son existence, c’est le condamner à errer plus ou moins longtemps sur le chemin du flou, de l’incertain du peut-être…

Mémoires…

Derrière la vitre de mes mémoires envolées

Les traces inclinées de vies couleur d’acier

Ont coulé sur le laminoir usé

De vieilles joues creusées

Le métal ne chante plus

Il ne le peut plus

Je pose le front contre le souvenir glacé des hivers heureux

J’entends l’écho des souliers ferrés

Des hommes au matin pressé

Longue nuit blanche…

Les mots d'Eric

Elle est si longue

La nuit noire des verts de peur

Partout un bas bruit

Recouvre

D’une épaisse laideur

La cage ouverte de nos sourires

Elle était si lourde

La nuit noire des verts de peur

Dans ma boîte à mots endormis

J’ai pris mes plus lettres arrondies

Une à une elles se sont assemblées

Pour former ce long cri

Entendez ce qu’il vous dit

Eloignez- vous des ombres de peur

Elle est si douce la longue nuit blanche

De mes mots gris qui cherchent une lueur

4 octobre

Voir l’article original

Mes Everest : André Malraux, extrait de la voie royale

Ces chutes de bois sonore qui ne lui parvenaient pas, il les entendait, de seconde en seconde, dans les battements de son sang; il savait à la fois que, chez lui, il guérirait, et qu’il allait mourir, que sur la grappe d’espoirs qu’il était, le monde se refermerait, bouclé par ce chemin de fer comme par une corde de prisonnier; que rien dans l’univers, jamais, ne compenserait plus ses souffrances passées ni ses souffrances présentes : être un homme, plus absurde encore qu’être un mourant… De plus en plus nombreuses, immenses et verticales dans la fournaise de midi, les fumées des Moïs fermaient l’horizon comme une gigantesque grille : chaleur, fièvre, charrette, aboiements, ces traverses jetées là-bas comme des pelletées sur son corps, se confondaient avec cette grille de fumées et la puissance de la forêt, avec la mort même, dans un emprisonnement surhumain, sans espoir. Les chiens maintenant hurlaient d’un bout à l’autre de la vallée; d’autres, derrière les collines, répondaient; les cris emplissaient la forêt jusqu’à l’horizon, comblant de leur profusion les espaces libres entre les fumées. Prisonnier, encore enfermé dans le monde des hommes comme dans un souterrain, avec ces menaces, ces feux, cette absurdité semblable aux animaux des caves. A côté de lui, Claude qui allait vivre, qui croyait à la vie comme d’autres croient que les bourreaux qui vous torturent sont des hommes : haïssable. Seul. Seul avec la fièvre qui le parcourait de la tête au genou, et cette chose fidèle posée sur sa cuisse : sa main.

Il l’avait vue plusieurs fois ainsi, depuis quelques jours : libre, séparée de lui. Là, calme sur sa cuisse, elle le regardait, elle l’accompagnait dans cette région de solitude où il plongeait avec une sensation d’eau chaude sur toute la peau. Il revient à la surface une seconde, se souvint que les mains se crispent quand l’agonie commence. Il en était sûr. Dans cette fuite vers un monde aussi élémentaire que celui de la forêt, une conscience atroce demeurait : cette main était là, blanche, fascinante, avec ses doigts plus hauts que la paume lourde, ses ongles accrochés aux fils de la culotte comme les araignées suspendues à leurs toiles par le bout de leurs pattes sur les feuilles chaudes; devant lui dans le monde informe où il se débattait, ainsi que les autres dans les profondeurs gluantes. Non pas énorme : simple, naturelle, mais vivante comme un œil. La mort, c’était elle.

Matin léger…

Sur l’eau, quelques rides de lumières,
Le matin léger s’étire sur le fleuve.
Au loin la rumeur de la ville,
Comme un bruit qui s’éveille.
On s’étire, le silence se respire.
Il fait frais, on sourit.
Le jour se lève.
C’est beau,
La nuit s’est retirée,
Discrètement, le port l’a avalée.
Le soleil est là, on le sent.
On l’entend.
Chaque couleur s’est préparée,
Dans le matin léger,
Ses ailes lissées le fleuve a déployé.

Mes Everest, Boris Vian : « pourquoi je vis. »

Pourquoi que je vis
Pour la jambe jaune
D’une femme blonde
Appuyée au mur
Sous le plein soleil
Pour la voile ronde
D’un pointu du port
Pour l’ombre des stores
Le café glacé
Qu’on boit dans un tube
Pour toucher le sable
Voir le fond de l’eau
Qui devient si bleu
Qui descend si bas
Avec les poissons
Les calmes poissons
Ils paissent le fond
Volent au-dessus
Des algues cheveux
Comme zoizeaux lents
Comme zoizeaux bleus
Pourquoi que je vis
Parce que c’est joli