Espoirs…

Aux fossoyeurs des beaux espoirs

Nous dirons que leur temps mauvais est passé

Nous les renverrons dans les brunes fosses

D’une obscure plaine aux lisières du chaos

Nous brûlerons à la vive flamme de nos étreintes

Leurs haines acides traces de leurs rances rancœurs

Enfin loin de nos rêves de matins jolis

Ils ne seront qu’ombres futiles d’un passé réparé

Et reviendront l’envie de chanter

L’envie de s’étreindre de s’aimer

Et reviendront les douces caresses de l’espoir retrouvé  

Le matin s’est levé…

Sur l’eau, quelques rides de lumières,

Le matin léger s’étire sur le fleuve.

Au loin la rumeur de la ville,

Comme un bruit qui s’éveille.

On s’étire, le silence se respire.

Il fait frais, on sourit.

Le jour se lève.

C’est beau,

La nuit s’est retirée,

Discrètement, le port l’a avalée.

Le soleil est là, on le sent.

On l’entend.

Chaque couleur s’est préparée,

Dans le matin léger,

Ses ailes lissées le fleuve a déployé.

Sous les drapeaux du parler beau…

Il est grand temps de mettre les haines en sourdine

On essaiera ensemble de rappeler le silence

Sous les drapeaux du parler beau

Il faudra essuyer les traces des grises peurs

Mettre le haut sourire au garde à vous

On écoutera les mots du vieux poète dégradé

Il nous dira de brûler les armes

Au pied mauve d’un mât aux rimes hautes

Les poches s’empliront des cailloux semés

Il y a longtemps sur le long chemin

On retrouvera l’odeur épaisse et mouillée

D’un papier froissé par le trop de larmes versées

Du bout des doigts glacés

On fleurera la fine paume retrouvée

D’un visage apaisé

Il sera temps enfin d’aimer…

Regarde…

Regarde
Oh oui regarde
Lève les yeux
Oublie
L’ombre épaisse des mauvais rêves
De tes nuits agitées
Glisse
Penche-toi en riant
A la fenêtre des absents
Regarde
Oh oui regarde
La lumière est si belle
Elle s’étire doucement
Entre les tendres bras
Du matin des amants
Ecoute
Oh oui écoute
Tu l’entends te dire
Je t’attends…

Mes Everest, Albert Camus : « la peste »

Je relis la peste de Albert Camus, ce passage est sublime…

Le front de mer de Oran dans les années 60

Les fleurs sur les marchés n’arrivaient plus en boutons, elles éclataient déjà et, après la vente du matin, leurs pétales jonchaient les trottoirs poussiéreux. On voyait clairement que le printemps s’était exténué, qu’il s’était prodigué dans les milliers de fleurs éclatant partout à la ronde et qu’il allait maintenant s’assoupir, s’écraser lentement sous la double pesée de la peste et de la chaleur. Pour tous nos concitoyens, ce ciel d’été, ces rues qui pâlissaient sous les teintes de la poussière et de l’ennui, avaient le même sens menaçant que la centaine de morts dont la ville s’alourdissait chaque jour. Le soleil incessant, ces heures au goût de sommeil et de vacances, n’invitaient plus comme auparavant aux fêtes de l’eau et de la chair. Elles sonnaient creux au contraire dans la ville close et silencieuse. Elles avaient perdu l’éclat cuivré des saisons heureuses. Le soleil de la peste éteignait toutes les couleurs et faisait fuir toute joie.

Flash…

J’ai posé le pied sur une flaque de pluie

Pas de flic

Pas de floc

Un son sec qui choque

J’ai glissé sur une flaque gelée

Fini l’éclabousse

Ça craque

Ça claque

L’hiver est à nos trousses

Mémoires…

Entends le mot à mot

Du vieux mur de pierres

Écoute cette histoire d’hier

Écoute ces chants du lève tôt

Avance et ne dis rien

Ne sèche plus tes larmes

Ton rire vit le dernier drame

Tout est fini il ne sera plus demain

Matinales…

Rien ne sort

C’est le calme plat

Pas une rime pas une ride

A la surface d’une mer sans brume

Page blanche

Nuit grise

Demain peut-être

L’invitation, version intégrale…

« Ce qu’il faudrait c’est déplacer les villes à la campagne ! » La première fois que Jules a entendu cette ineptie, c’était il y a plus de quarante ans, en 1974. Il était en classe de terminale et leur jeune professeur d’économie avait décidé, une fois par mois, d’organiser des débats, sur les thèmes d’actualité qui revenaient à l’occasion de l’élection présidentielle. L’écologie, la défense de l’environnement (on parlait alors plutôt de la seule pollution) apparaissaient pour la première fois sur la scène médiatique, notamment grâce à un candidat que les Français découvraient, un agronome original : René Dumont.

Dans sa classe, le débat n’était pas de haut niveau. C’était toujours les mêmes qui prenaient la parole. Il s’agissait de ceux qui étaient engagés dans des mouvements politiques à droite ou au parti communiste. Les plus virulents militaient à l’extrême gauche, déjà très éparpillée entre trotskistes, maoïstes, et autres mouvances dogmatiques dont on avait du mal à saisir les subtiles différences. Guillaume était de ceux-là. Maoïste, il se présentait volontiers comme le seul dépositaire de la pensée marxiste-léniniste. Fils d’un médecin radiologue et d’une avocate, il n’était pas avare de phrases toutes faites, avait un avis sur tout et avait tendance à considérer qu’il était celui qui savait… Il parlait de la classe ouvrière et de la paysannerie comme étant le terreau de la révolution à venir, mais passait ses soirées du samedi dans une boîte de nuit luxueuse où il dépensait en alcool et autres substances ce que Jules mettait péniblement de côté en une année…

Jules, quant à lui, restait silencieux. Il n’était pas à l’aise, et craignait toujours de dire des bêtises. Il profitait de ces moments pour se reposer et en avait besoin, car dès le lever du jour, avant de prendre le bus pour se rendre au lycée, il aidait ses parents à la ferme, sur les hauteurs de Dole. Il s’occupait des veaux et de quelques brebis.

Printemps 2014 : ce soir, Jules est seul devant la télévision et écoute distraitement le débat qui oppose des experts de plateaux, régulièrement invités pour donner leur avis sur tout, et surtout, sur n’importe quoi. Il s’agit aujourd’hui « d’interroger » cette nouvelle crise agricole. Crise est un mot faible quand, chaque soir, s’étalent sur les écrans les images des manifestations de la journée. Le journaliste pose, enfin, une bonne question.

  • N’y a-t-il pas dans cette explosion de colère la manifestation d’un malaise existentiel, une incompréhension de plus en plus importante, une véritable fracture entre le monde des urbains et celui des ruraux ?

Le premier à répondre est le sociologue de service : Guillaume Toubard. Il enseigne à l’institut des hautes études sociales. Il est l’auteur d’un ouvrage : « comprendre le monde paysan ». Jules lève le nez de son assiette : ce nom, cette voix, ce ton surtout, lui rappelle quelqu’un…

Le journaliste l’invite à préciser une pensée un peu fumeuse, à faire des propositions.

  • Voyez-vous, comme je l’ai toujours dit, ce qu’il faudrait c’est déplacer la ville à la campagne. Concrètement, je propose que dans les prochaines semaines des exploitants agricoles acceptent d’accueillir des urbains afin que chacune et chacun ouvre enfin les yeux…

Jules est stupéfait : il n’a pas changé.

Cette émission donne la parole aux auditeurs. Jules décide d’appeler.

Il explique à son interlocutrice que la proposition qui vient d’être faite l’intéresse. Il est prêt à accueillir Mr Toubard sur son exploitation, dès le lendemain.

Le journaliste fait un signe aux invités. De la main gauche, il appuie sur l’écouteur qu’il a dans l’oreille.

  • On me dit en régie que nous avons en ligne un agriculteur qui souhaite réagir à cette proposition.

Les invités s’observent. En période de crise, ils n’aiment pas ces interventions en direct qui peuvent déraper…

  • Bonjour, Jules vous nous appelez du Jura, un petit village près de Dole. Jules, nous vous écoutons.
  • Oui, bonjour, je vous écoute depuis un moment et je viens d’entendre ce qu’a proposé un de vos invités : Guillaume Toubard je crois…
  • Oui Jules, que pensez-vous de cette idée d’organiser la venue des urbains à la campagne pour mieux vous connaître, vous comprendre ?
  • Oui, ce serait la ville qui se déplace à la campagne en quelque sorte !
  • C’est cela, vous avez bien compris.
  • Eh bien écoutez, si monsieur Toubard est disponible je lui propose de prendre dès demain le premier train pour Dole. J’irai le chercher et il passera quelques jours avec moi.

Guillaume Toubard est un peu gêné et se dit qu’il est allé un peu vite. C’est son problème : il aime tellement s’entendre parler qu’il ne mesure pas toujours la portée de ses paroles. Mais il ne veut pas perdre la face, il va montrer que ce n’était pas de la démagogie.

  • Mr Toubard, vous pouvez difficilement refuser, n’est-ce pas ?
  • C’est d’accord, je vais m’organiser. Je connais Dole, j’y ai fait toutes mes études secondaires. Je serai ravi d’y retourner. J’accepte votre proposition.

Jules se dit que Guillaume l’aura reconnu, qu’il se souvient de son prénom.

  • Parfait, je vous dis à demain, mais je préfère vous prévenir, nous n’aurons pas le temps de visiter Dole. Dès votre arrivée, nous rejoindrons mon exploitation à une vingtaine de kilomètres sur les hauteurs.

Hors antenne, Jules et Guillaume se sont parlé. Jules sera sur le quai avec une pancarte sur laquelle sera écrit « Guillaume ».

Jules attend sur le quai, pancarte à la main. Lorsque les voyageurs descendent, il reconnait immédiatement Guillaume. C’est toujours la même impression qu’il dégage : celle d’être au-dessus. Jules s’est approché et a brandi sa pancarte. Guillaume, lui, ne l’a évidemment pas reconnu. Il le salue sans chaleur, comme s’il avait hâte que tout se termine.

Pendant le trajet, Guillaume parle. Il commente ce qu’il voit, ne pose aucune question à Jules, sur son exploitation, ce qu’il produit. Comme il y a quarante ans, Jules ne dit rien. Il écoute. Ils sont arrivés à la ferme, une belle bâtisse en pierre. Jules propose à Guillaume d’aller se changer dans la chambre qu’il lui a préparée.

  • On va tout de suite se mettre au travail.  Aujourd’hui j’ai prévu un épandage de lisier.  Il faut que vous voyiez cela Guillaume.

Guillaume enfile de vieux vêtements. Par-dessus, il met une cotte que Jules lui a prêtée. C’est un peu l’uniforme des agriculteurs modernes. Il retrouve Jules devant le hangar à matériel, en train d’atteler une tonne à lisier.

Guillaume n’y connait rien et pour faire sérieux, il a sorti un carnet pour prendre des notes. Il s’approche. Jules le regarde des pieds à la tête. Guillaume est mal à l’aise. Ils n’ont pas vraiment pris le temps de se connaitre.

  • C’est chouette Jules, d’avoir répondu à ma proposition. Je ne m’y attendais pas. Vous savez, parfois je dis les choses rapidement sans imaginer qu’elles seront vraiment faisables ensuite. Quelle coïncidence quand même ! Vous vous rendez compte, j’ai vécu jusqu’à 18 ans à Dole et n’étais jamais venu ici.
  • Oui drôle de coïncidence !  Vous savez, mais on peut peut-être se tutoyer, le trajet qu’on vient d’effectuer, je le connais bien je le faisais tous les jours en autocar pour aller au lycée.

Guillaume se fige. Il se souvient bien que dans sa classe il y avait des fils d’ouvriers, mais des fils de paysans ça il n’en a aucun souvenir. Il change de sujet.  

  • Tu regardes souvent cette émission ? Je ne sais pas ce que tu en penses, mais je trouve qu’elle survole les sujets, elle ne va pas au fond des choses…
  • Oui tu as raison, c’est comme les débats qu’on avait au lycée. Je ne sais pas pour toi, mais dans mon établissement c’était la mode, et c’était toujours les mêmes qui parlaient… et entre nous, la plupart du temps ils étaient à côté de la plaque. Bon, assez bavardé on va y aller. Est-ce que je peux te demander de te mettre derrière ? Il faut que je recule et tu vas me guider…

Guillaume est de plus en plus mal à l’aise mais il s’exécute.  Jules monte dans la cabine du tracteur, enclenche la marche arrière et simultanément appuie sur la manette qui déclenche l’éjection du lisier.

Guillaume n’a rien vu venir.

Jules descend et se confond en excuses. Guillaume est couvert de lisier, même les lunettes en sont crépies.

  • Je suis vraiment désolé, c’est la première fois que cela arrive. Attends-je vais nettoyer les verres.

Guillaume est pétrifié. Il vient de comprendre. Jules n’a pas fait de fausse manœuvre. Il a pris un chiffon qu’il passe sur les verres.  Guillaume le distingue enfin. Jules le regarde : il est devant lui et le fixe avec un petit sourire.  

  • Alors Mr Toubard, maintenant que je vous ai enlevé la « merde » que vous aviez devant les yeux vous la voyez enfin la campagne…

Janvier 2026

« L’invitation », fin…

Guillaume enfile de vieux vêtements. Par-dessus, il met une cotte que Jules lui a prêtée. C’est un peu l’uniforme des agriculteurs modernes. Il retrouve Jules devant le hangar à matériel, en train d’atteler une tonne à lisier.
Guillaume n’y connait rien et pour faire sérieux, il a sorti un carnet pour prendre des notes. Il s’approche. Jules le regarde des pieds à la tête. Guillaume est mal à l’aise. Ils n’ont pas vraiment pris le temps de se connaitre.

– C’est chouette Jules, d’avoir répondu à ma proposition. Je ne m’y attendais pas. Vous savez, parfois je dis les choses rapidement sans imaginer qu’elles seront vraiment faisables ensuite. Quelle coïncidence quand même ! Vous vous rendez compte, j’ai vécu jusqu’à 18 ans à Dole et n’étais jamais venu ici.

– Oui drôle de coïncidence ! Vous savez, mais on peut peut-être se tutoyer, le trajet qu’on vient d’effectuer, je le connais bien je le faisais tous les jours en autocar pour aller au lycée.


Guillaume se fige. Il se souvient bien que dans sa classe il y avait des fils d’ouvriers, mais des fils de paysans ça il n’en a aucun souvenir. Il change de sujet.

– Tu regardes souvent cette émission ? Je ne sais pas ce que tu en penses, mais je trouve qu’elle survole les sujets, elle ne va pas au fond des choses…

– Oui tu as raison, c’est comme les débats qu’on avait au lycée. Je ne sais pas pour toi, mais dans mon établissement c’était la mode, et c’était toujours les mêmes qui parlaient… et entre nous, la plupart du temps ils étaient à côté de la plaque. Bon, assez bavardé on va y aller. Est-ce que je peux te demander de te mettre derrière ? Il faut que je recule et tu vas me guider…


Guillaume est de plus en plus mal à l’aise mais il s’exécute. Jules monte dans la cabine du tracteur, enclenche la marche arrière et simultanément appuie sur la manette qui déclenche l’éjection du lisier.
Guillaume n’a rien vu venir.
Jules descend et se confond en excuses. Guillaume est couvert de lisier, même les lunettes en sont crépies.

– Je suis vraiment désolé, c’est la première fois que cela arrive. Attends-je vais nettoyer les verres.


Guillaume est pétrifié. Il vient de comprendre. Jules n’a pas fait de fausse manœuvre. Il a pris un chiffon qu’il passe sur les verres. Guillaume le distingue enfin. Jules le regarde : il est devant lui et le fixe avec un petit sourire.

– Alors Mr Toubard, maintenant que je vous ai enlevé la « merde » que vous aviez devant les yeux vous la voyez enfin la campagne…

« L’invitation » : 2

Cette émission donne la parole aux auditeurs. Jules décide d’appeler.
Il explique à son interlocutrice que la proposition qui vient d’être faite l’intéresse. Il est prêt à accueillir Mr Toubard sur son exploitation, dès le lendemain.
Le journaliste fait un signe aux invités. De la main gauche, il appuie sur l’écouteur qu’il a dans l’oreille.

– On me dit en régie que nous avons en ligne un agriculteur qui souhaite réagir à cette proposition.


Les invités s’observent. En période de crise, ils n’aiment pas ces interventions en direct qui peuvent déraper…

– Bonjour, Jules vous nous appelez du Jura, un petit village près de Dole. Jules, nous vous écoutons.

– Oui, bonjour, je vous écoute depuis un moment et je viens d’entendre ce qu’a proposé un de vos invités : Guillaume Toubard je crois…

– Oui Jules, que pensez-vous de cette idée d’organiser la venue des urbains à la campagne pour mieux vous connaître, vous comprendre ?

– Oui, ce serait la ville qui se déplace à la campagne en quelque sorte !

– C’est cela, vous avez bien compris.

– Eh bien écoutez, si monsieur Toubard est disponible je lui propose de prendre dès demain le premier train pour Dole. J’irai le chercher et il passera quelques jours avec moi.


Guillaume Toubard est un peu gêné et se dit qu’il est allé un peu vite. C’est son problème : il aime tellement s’entendre parler qu’il ne mesure pas toujours la portée de ses paroles. Mais il ne veut pas perdre la face, il va montrer que ce n’était pas de la démagogie.

– Mr Toubard, vous pouvez difficilement refuser, n’est-ce pas ?

– C’est d’accord, je vais m’organiser. Je connais Dole, j’y ai fait toutes mes études secondaires. Je serai ravi d’y retourner. J’accepte votre proposition.


Jules se dit que Guillaume l’aura reconnu, qu’il se souvient de son prénom.

– Parfait, je vous dis à demain, mais je préfère vous prévenir, nous n’aurons pas le temps de visiter Dole. Dès votre arrivée, nous rejoindrons mon exploitation à une vingtaine de kilomètres sur les hauteurs.


Hors antenne, Jules et Guillaume se sont parlé. Jules sera sur le quai avec une pancarte sur laquelle sera écrit « Guillaume ».
Jules attend sur le quai, pancarte à la main. Lorsque les voyageurs descendent, il reconnait immédiatement Guillaume. C’est toujours la même impression qu’il dégage : celle d’être au-dessus. Jules s’est approché et a brandi sa pancarte. Guillaume, lui, ne l’a évidemment pas reconnu. Il le salue sans chaleur, comme s’il avait hâte que tout se termine.
Pendant le trajet, Guillaume parle. Il commente ce qu’il voit, ne pose aucune question à Jules, sur son exploitation, ce qu’il produit. Comme il y a quarante ans, Jules ne dit rien. Il écoute. Ils sont arrivés à la ferme, une belle bâtisse en pierre. Jules propose à Guillaume d’aller se changer dans la chambre qu’il lui a préparée.

  • On va tout de suite se mettre au travail. Aujourd’hui j’ai prévu un épandage de lisier. Il faut que vous voyiez cela Guillaume.

« L’invitation », nouvelle inédite : 1

Cela fait quelques temps que je n’ai pas publié une de mes nouvelles. En voici une que je publierai en trois parties, je l’avais proposée pour un concours sur le thème de la ruralité. Elle n’a pas été retenue, tant pis…

« Ce qu’il faudrait c’est déplacer les villes à la campagne ! » La première fois que Jules a entendu cette ineptie, c’était il y a plus de quarante ans, en 1974. Il était en classe de terminale et leur jeune professeur d’économie avait décidé, une fois par mois, d’organiser des débats, sur les thèmes d’actualité qui revenaient à l’occasion de l’élection présidentielle. L’écologie, la défense de l’environnement (on parlait alors plutôt de la seule pollution) apparaissaient pour la première fois sur la scène médiatique, notamment grâce à un candidat que les Français découvraient, un agronome original : René Dumont.

Dans sa classe, le débat n’était pas de haut niveau. C’était toujours les mêmes qui prenaient la parole. Il s’agissait de ceux qui étaient engagés dans des mouvements politiques à droite ou au parti communiste. Les plus virulents militaient à l’extrême gauche, déjà très éparpillée entre trotskistes, maoïstes, et autres mouvances dogmatiques dont on avait du mal à saisir les subtiles différences. Guillaume était de ceux-là. Maoïste, il se présentait volontiers comme le seul dépositaire de la pensée marxiste-léniniste. Fils d’un médecin radiologue et d’une avocate, il n’était pas avare de phrases toutes faites, avait un avis sur tout et avait tendance à considérer qu’il était celui qui savait… Il parlait de la classe ouvrière et de la paysannerie comme étant le terreau de la révolution à venir, mais passait ses soirées du samedi dans une boîte de nuit luxueuse où il dépensait en alcool et autres substances ce que Jules mettait péniblement de côté en une année…

Jules, quant à lui, restait silencieux. Il n’était pas à l’aise, et craignait toujours de dire des bêtises. Il profitait de ces moments pour se reposer et en avait besoin, car dès le lever du jour, avant de prendre le bus pour se rendre au lycée, il aidait ses parents à la ferme, sur les hauteurs de Dole. Il s’occupait des veaux et de quelques brebis.

Printemps 2014 : ce soir, Jules est seul devant la télévision et écoute distraitement le débat qui oppose des experts de plateaux, régulièrement invités pour donner leur avis sur tout, et surtout, sur n’importe quoi. Il s’agit aujourd’hui « d’interroger » cette nouvelle crise agricole. Crise est un mot faible quand, chaque soir, s’étalent sur les écrans les images des manifestations de la journée. Le journaliste pose, enfin, une bonne question.

– N’y a-t-il pas dans cette explosion de colère la manifestation d’un malaise existentiel, une incompréhension de plus en plus importante, une véritable fracture entre le monde des urbains et celui des ruraux ?

Le premier à répondre est le sociologue de service : Guillaume Toubard. Il enseigne à l’institut des hautes études sociales. Il est l’auteur d’un ouvrage : « comprendre le monde paysan ». Jules lève le nez de son assiette : ce nom, cette voix, ce ton surtout, lui rappelle quelqu’un…

Le journaliste l’invite à préciser une pensée un peu fumeuse, à faire des propositions.

– Voyez-vous, comme je l’ai toujours dit, ce qu’il faudrait c’est déplacer la ville à la campagne. Concrètement, je propose que dans les prochaines semaines des exploitants agricoles acceptent d’accueillir des urbains afin que chacune et chacun ouvre enfin les yeux…

Jules est stupéfait : il n’a pas changé.

Matinales…

Mémoire rouillée par des rafales de vieux chagrin

Abandonnée à la casse des souvenirs inutiles

Je ne t’ai pas oublié tu verras tu viendras

A la table fleurie de mes rêves pour demain

Matinales…

Je, tu, il, elle, on, vous, ils

Sur la page blanche de mes chaque matin

Je cherche

Je cherche

Qui va parler

A qui m’adresser

Que et quoi vous dire

Ce dont je ne doute pas

C’est le comment

Je choisis dans ma boîte à plumes

La fine et belle encore endormie

Je la lisse et la trempe dans les encres grises

De mes restes de nuit

Entends la qui crisse en glissant

Sur la première ligne de ton jour qui sourit

Billet…

Je ne supporte plus les indignations choisies, les comparaisons de l’horreur. Il y a ceux qui choisissent leurs  silences en fonction de leurs haines irrationnelles. Il y a ceux qui choisissent leurs colères en fonction des orientations de leurs lignes idéologiques.

Quand les corps tombent, que les peuples saignent je ne supporte plus les oui mais, je ne supporte plus les leçons toutes faites, les relativismes de la lâcheté partisane. Qu’il s’agisse de victimes de bombardements aveugles, de répressions sanglantes, de terrorismes d’état, d’impérialisme abject, mon indignation est la même et je ne demande à personne de la salir.

Retrouvons la norme et la beauté…

Retrouvons la norme et la beauté qui ne parviennent pas à s’entendre, elles s’étaient déjà expliquées il y a quelques temps sur ce blog…

Beauté : Je vais partir, je veux partir. Je veux qu’on m’oublie. Quelques temps peut-être, ou quelques instants, je ne sais pas, mais je veux partir. Alors on se souviendra, on me réclamera. Je les entends déjà : reviens, reviens…

Norme : Je ne comprends pas ce que tu gémis. Tu veux partir c’est bien cela ?

Beauté :  Oui c’est cela, bien entendue chère norme, partir, m’envoler, m’effacer….

Norme : Je ne te comprends pas, je ne te comprends plus. Tu parles comme une enfant gâtée. Regarde, tout est ici : regarde autour de toi, tout est là :  pour réussir, pour t’imposer. Ressaisis-toi, il faut que tu poses, il faut que tu oses.

Beauté : Tu prétends que j’ai tout, ici, tout ce qu’il me faut, mais je ne vois rien, je ne sens rien. Je m’ennuie à mourir. Tout est tracé, tout est formaté : tu choisis, tu élimines, tu décides, tu juges, tu convoques, tu condamnes. Quand il faut que j’apparaisse, les couleurs sont au garde à vous, elles sont pétrifiées, ma lumière les a abandonnés, tes paysages sont figés. Pire ils sont coagulés ! Tes visages sont communs, tes regards sont vides. C’en est trop, je n’en peux plus, je reprends ma liberté.

Norme : Voilà que tu recommences avec tes délires, tes envies de gris, de flaques poisseuses. Mais que veux-tu ? Tu le sais pourtant : ce que je décide n’est pas pour t’embêter ou t’humilier. Ce n’est pas une lubie. Ce sont les autres : ils me tiennent la main, me dictent ma conduite. Tu le sais, je suis une norme, je suis LA NORME, et ne suis pas née toute seule. Moi aussi, comme toi j’ai été convoquée, moi aussi je n’ai pas de liberté.

Beauté : Eh bien, échappe-toi aussi et laisse-moi m’envoler. Les autres finiront par s’habituer.  

Norme : Mais que diront-ils ces autres si plus rien de ce qu’ils attendent n’est beau. Que diront-ils, que deviendront-ils, que ressentiront-ils ?

Beauté :  Ils feront comme nous, il faut qu’ils sortent eux aussi, il faut qu’ils bougent. Il faut qu’ils changent, que leurs regards souffrent un peu, juste un peu, pour ensuite pouvoir s’étonner…

Norme : Impossible, nous ne pouvons pas, nous n’avons pas le droit….

Beauté : C’est fini, je vous quitte, je vous abandonne, je vous laisse à vos paysages lisses et glacées,

Norme : Nous quitter, nous abandonner, pauvre folle mais pour qui te prends tu ?

Beauté : Je suis la beauté, celle dont on rêve, celle qu’on attend, celle qu’on ressent quand on est vivant, là, à l’intérieur, celle qui explose pour tos nos sens quand on espère, quand on aime….

Mes Everest , Tomas Tranströmer

Face à face

En février, la vie était à l’arrêt.

Les oiseaux volaient à contrecœur et l’âme

raclait le paysage comme un bateau

se frotte au ponton où on l’a amarré.

Les arbres avaient tourné le dos de ce côté.

L’épaisseur de la neige se mesurait aux herbes mortes.

Les traces de pas vieillissaient sur les congères.

Et sous une bâche, le verbe s’étiolait.

Un jour, quelque chose s’approcha de la fenêtre;

Le travail s’arrêta, je levai le regard.

Les couleurs irradiaient. Tout se retournait.

Nous bondîmes l’un vers l’autre, le sol et moi.

La norme et la beauté…

Je republie quelques unes de mes « tribunes » sur le thème de la norme et la beauté…

Où l’on découvre que norme et beauté ont parfois un peu de mal à s’entendre, à se comprendre. Aujourd’hui nous retrouvons une norme « étonnée » pour ne pas dire irritée. Elle a convoqué une beauté libérée et l’interroge sur ses mauvaises fréquentations.

Norme : Que fais-tu ici ? Regarde autour de toi, ouvre les yeux, tu le vois bien, ici il n’y a rien que tu puisses regarder.

Beauté : Ce que je fais ici ? Mais je ne fais rien, je suis, je sens, je ressens. Et toi tu ne vois rien ? Ici je suis bien, ici je suis invitée. Alors tu vois, même pour quelques instants je vais m’installer…

Norme : Invitée ? Invitée ? Toi la beauté ? Mais regarde, ici tout est laid, qui t’aurait donc invité ?

Beauté : Du laid, du laid ? Suis-je à ce point aveuglée, que je n’ai rien vu de tout ce laid que tu as décidé de m’inventer. Moi je n’ai rien vu, et ici, tout, oui tout me plait. Toi tu restes enfermée entre les murs lisses de tes lignes droites. Regarde la douceur de ces courbes, c’est si simple, ici je suis bien.

Norme : Tu n’as rien vu et moi je n’ai rien su. Tu le sais, tu ne peux l’ignorer, jamais tu ne dois distribuer de la beauté sans que j’en sois informée. La beauté m’appartient, tu n’es que messagère.

Beauté : Oui je le sais, et je l’ai voulu, je suis venu et je ne t’ai rien dit. Peut-être pour que tu ne puisses rien abîmer. Ici vit un gris, un si beau gris oublié, il s’est souvenu de qui il était, alors il m’a appelé et sans hésiter je suis venue.

Norme : Un gris oublié ? Mais tu t’égares ma pauvre beauté. Regarde autour de toi, regarde ce que je vois, ce n’est que du terne, avec un gris qui nous désespère. Ici tout est sale, et si plein de triste.

Beauté : Mais ce que tu vois, ma pauvre, ce n’est que ce que tu crois. Ouvre les portes, aère-toi, regarde avec l’arrière de tes yeux et alors tu comprendras.

Norme : Cela suffit ! Je te le rappelle une dernière fois, tu ne peux pas décider n’importe quoi. Remballe tes couleurs, range ton gris oublié et rentre chez toi.

Beauté : Moi tu vois, c’est ce qui me plait, ici. A cette table je me sens vivante. Ici tout est riant. Regarde, ouvre-toi, tout est surprenant. Ici personne ne m’attend.

Norme : Je veux bien, mais juste quelques instants, je ne veux pas d’incidents

Matinales…

Dans le vide de mes mémoires enfouies

Parfois le frisson d’une ride

Grossie au souffle des rires d’hier

Je pose le lourd bagage d’une nuit de grises vagues

Des angoisses gravées à l’épaisse lame

De la peur attendent dans la longue plaine

De l’homme seul à la tête baissée

J’arrive au carrefour de ces souvenirs

Aux douces couleurs qui caressent

J’hésite un instant

Mon regard cherche le chemin de l’apaisant

Je le vois il est là

Au pied de cet autre matin impatient

Flash…

Dans le décharnement solitaire

De l’arbre contraint à la nudité automnale

Il y a toute la violence d’une lente agonie

Comme un cri de douleur retenue

Comme un cri de couleur disparue

La sève figée entre les maigres bras

D’une brume fragile

Attend des demains

Paisibles et fleuris

Résistances…

Entre les pages d’un carnet aux mots souriants
S’est glissée une fine plume d’oiseau blessé
Une perle de sang mauve sur la feuille a glissé
Les rimes en rires ont perdu le fil des matins vivants
Une à une les lignes des doux matins ont tremblé
Regarde-les elles ont tracé un chemin vers la paix

Matinales…

Non ne lève pas les yeux

Ils te fabriquent du demain noir

Oiseaux lourds

Accrochés aux branches maigres et nues

D’un arbre qui attend un bel envol bleu

Carnets…

J’ai toujours beaucoup aimé que les angles puissent être ronds. Histoire qu’une fois au moins dans sa triste et droite vie aux figures imposées la géométrie se permette un rond de jambe, ou mieux encore une pirouette. Une belle et ronde pirouette. Ce serait chouette d’étudier la pirouette, d’en connaître toutes les formules, celle du périmètre, de la surface.

Mais revenons à notre angle qui défie par son rondeur la sévérité pointue de toutes les équerres. Il s’en moque et il est même fier tous les matins de me proposer de suivre le chemin qu’il me propose, tout en douceur.

Et par dessus tout il y a ces fameux angles morts qu’on vous signale, on vous met en garde : « attention aux angles morts ». Je me questionne, mais de quoi sont-ils morts, qui sont les vils auteurs de ce crime géométrique ? Et s’ils sont morts, ils ne sont plus, ils n’existent pas alors pourquoi nous dire de faire attention, que nous réserve t’ils ?

Mystère…

Matinales…

A l’ombre de son profond sommeil

Le peuple des résignés

Cherche une belle excuse

J’étais occupé à m’aimer

J’étais occupé à partager mes bouts de rien

J’étais occupé à cherche une prochaine victime

Il est trop tard a répondu le monde à l’agonie

Il est trop tard pour lever la tête

Il est trop tard pour les larmes glacées

Il est trop tard pour se faire pardonner…

Mémoires filantes, suite…

Pour celles et ceux qui souhaiteraient acheter mon recueil de poèmes : « Mémoires filantes… », il est depuis aujourd’hui accessible sur le site de la FNAC, ce qui diminue considérablement les frais d’expédition. Il est même possible de le retirer en magasin avec un délai de deux à trois semaines. Je me ferai un plaisir de vous le dédicacer à l’occasion…

https://www.fnac.com/a22580863/Eric-Nedelec-Memoires-filantes

Mes Everest, Primo Levi : si c’est un homme…

Italian chemist and writer Primo Levi (1919-1987).

Nous découvrons tous tôt ou tard dans la vie que le bonheur parfait n’existe pas, mais bien peu sont ceux qui s’arrêtent à cette considération inverse qu’il n’y a pas non plus de malheur absolu. Les raisons qui empêchent la réalisation de ces deux états limites sont du même ordre : elles tiennent à la nature même de l’homme, qui répugne à tout infini. Ce qui s’y oppose, c’est d’abord notre connaissance toujours imparfaite de l’avenir ; et cela s’appelle, selon le cas, espoir ou incertitude du lendemain. C’est aussi l’assurance de la mort, qui fixe un terme à la joie comme à la souffrance. Ce sont enfin les inévitables soucis matériels, qui, s’ils viennent troubler tout bonheur durable, sont aussi de continuels dérivatifs au malheur qui nous accable et, parce qu’ils le rendent intermittent, le rendent du même coup supportable.

Matin froissé

C’est un matin barbouillé

Repue d’un lourd gris huilé

La nuit mauvaise s’est retirée

La lumière à marée basse oubliée

Nous attend entre les plis du ciel froissé

Lumière est à marée basse

Mes Everest, Francis Ponge : « première ébauche d’une main… »

« Agitons donc ici LA MAIN, la main de l’Homme !

La main est l’un des animaux de l’homme : toujours à la portée du bras qui la rattrape sans cesse, sa chauve-souris de jour.
Reposée ci ou là, colombe ou tourtereau, souvent alors rejointe à sa compagne.

Puis, forte, agile, elle revolette alentour. Elle obombre son front, passe devant ses yeux.
Prestigieusement jouant les Euménides.


Ha ! C’est aussi pour l’homme comme sa barque l’amarre.
Tirant comme elle sur sa longe ; hochant le corps d’un pied sur l’autre ; inquiète et têtue comme un jeune cheval.
Lorsque le flot s’agite, faisant le signe couci-couça.


C’est une feuille mais terrible, prégnante et charnue.
C’est la plus sensitive des palmes et le crabe des cocotiers.
Voyez la droite ici courir sur cette page.
Voici la partie du corps la mieux articulée.
Il y a un bœuf dans l’homme, jusqu’aux bras. Puis, à partir des poignets — où les articulations se démultiplient — deux crabes.


L’homme a son pommeau électro-magnétique. Puis sa grange, comme une abbaye désaffectée. Puis ses moulins, son télégraphe optique.
De là parfois sortent des hirondelles.
L’homme a ses bielles, ses charrues. Et puis sa main pour les travaux d’approche.
Pelle et pince, crochet, pagaie. Tenaille charnue, étau. Quand l’une fait l’étau, l’autre fait la tenaille.
C’est aussi cette chienne à tout propos se couchant sur le dos pour nous montrer son ventre : paume offerte, la main tendue.
Servant à prendre ou à donner, la main à donner ou à prendre.


A la fois marionnette et cheval de labour Ah ! C’est aussi l’hirondelle de ce cheval de labour. Elle picore dans l’assiette comme l’oiseau dans le crottin.


La main est l’un des animaux de l’homme ; souvent le dernier qui remue.
Blessée parfois, traînant sur le papier comme un membre raidi quelque stylo bagué qui y laisse sa trace. A bout de forces, elle s’arrête. Fronçant alors le drap ou froissant le papier, comme un oiseau qui meurt crispé dans la poussière, — et s’y relâche enfin. »



Trou de lumière

Trou de lumière

Pour nuit au souffre court

Larmes d’un fade soir à éviter

Une à une sur une paupière fatiguée

Perles de rire se sont enroulées

Tous les murs sont achevés…

Il est déjà tellement tard
Plus rien n’est à commencer
Tous les murs sont achevés
Les regards se sont affadis
Les épaules sont entrées
Le visage est affalé

Pourtant

Pourtant il faudrait
Il faudrait ouvrir des fenêtres
Laisser entrer des éclats de rêves mauves et bleutés
Et soudain redresser le menton
Bomber le torse
Et contempler en riant
Le souvenir d’un arbre lointain

Le jour se lève…

Le jour se lève me dites-vous ?
Était-il donc endormi ?
Comment ?
Assoupi, simplement…
Tiens donc…
Étrange, n’est-ce pas ?
Je n’ai rien vu.
J’ai cherché, vous dis-je.
J’ai cherché sans un bruit,
Me perdant
Jusqu’aux bords mauves
De votre trop longue nuit
Et ne l’ai point rencontré.
Vous doutez ?
C’est tant pis :
Je n’irai plus déranger
Les belles couleurs de votre ennui…

Mémoires filantes, mon premier recueil…

Je suis heureux de vous annoncer la publication de mon premier recueil de poésies. « Mémoires filantes » est une compilation de quelques-uns de mes textes, sur le thème de la mémoire, des traces que l’on retrouve, de celles qu’on veut laisser…

Vous pouvez d’ores et déjà le commander sur le site Bod. Il sera aussi prochainement disponible en version ebook.

https://librairie.bod.fr/memoires-filantes-eric-nedelec-9782322577866

Il y a parfois un oiseau dans ma tête…

Il y a parfois un oiseau dans ma tête,
Un oiseau aux mille couleurs qui étouffent le gris de mes yeux,
Un oiseau qui plane au-dessus des plaines de ma mémoire.
Au matin levant, il frémit des ailes.
Les perles de rosée glissent sur la plume dorée,
Tout doucement la nuit s’est effacée.
L’oiseau dans ma tête a chanté.
Il est l’heure de réveiller les couleurs.
Au bout de mes yeux la lumière s’est étirée.
Au bord de mes yeux quelques larmes de beauté.
C’est un matin sans saison, le froid ne pique pas
Il est une caresse souriante qui imite la douce fraicheur.
Ce matin j’ai un oiseau dans la tête,
Tout doucement de la plume de mes mains

Mes Everest :  » Gabriel Péri » de Paul Eluard

Ce poème a été écrit par Paul Eluard en hommage à Gabriel Péri, député communiste fusillé par les allemands l’hiver 1941

Un homme est mort qui n’avait pour défense 
 Que ses bras ouverts à la vie
 Un homme est mort qui n’avait d’autre route
 Que celle où l’on hait les fusils
 Un homme est mort qui continue la lutte
 Contre la mort contre l’oubli

Car tout ce qu’il voulait
 Nous le voulions aussi
 Nous le voulons aujourd’hui
 Que le bonheur soit la lumière
 Au fond des yeux au fond du cœur
 Et la justice sur la terre

Il y a des mots qui font vivre
 Et ce sont des mots innocents
 Le mot chaleur le mot confiance
 Amour justice et le mot liberté
 Le mot enfant et le mot gentillesse
 Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
 Le mot courage et le mot découvrir
 Et le mot frère et le mot camarade
 Et certains noms de pays de villages
 Et certains noms de femmes et d’amies
 Ajoutons-y Péri
 Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
 Tutoyons-le sa poitrine est trouée
 Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
 Tutoyons-nous son espoir est vivant.

Quand vient le soir…

Quand vient le soir,
Quand tombent les premières gouttes de nuit.
Quand les fenêtres se ferment,
Quand les regards se taisent,
Quand les mots se font rares et lents,
Alors,
Alors, la ville fronce ses sourcils de béton fatigué,
Et sur les façades à la blancheur inventée
On aperçoit quelques trous de lumière.
Entends-les, ils scintillent,
Entends-les, ils t’invitent à rentrer.

Poèmes de jeunesse….

Fantastique

Le mot est là

Somnambule

Depuis six mois

Tout se remonte

Mécanique

Existante

Absolue

Pour la noirceur

D’une virginité

Epuisée

De son silence

De papier

Aligné

Mes Everest, Yves Bonnefoy…

Il y a sans doute toujours au bout d’une longue rue

Où je marchais enfant une mare d’huile,

Un rectangle de lourde mort sous le ciel noir.

Depuis la poésie

A séparé ses eaux des autres eaux.

Nulle beauté nulle couleur ne la retiennent,

Elle s’angoisse pour du fer et de la nuit.

Elle nourrit

Un long chagrin de rive morte, un pont de fer
Jeté vers l’autre rive encore plus nocturne
Est sa seule mémoire et son seul vrai amour.

Poèmes de jeunesse :

La liste de tes dégoûts

Dépassaient l’infini de ta soif

T’ajoutes de la pluie

A tes yeux secs

Ton soleil brillait

Le soir à intervalles réguliers

Entre deux cris de présence

Tu filtrais les paroles

En enfilant des vers

Sur des fils sans bouts…

Septembre 1980

Matinales…

Lorsque l’attente frise le bitume

J’entends la lame bleue des impatiences

Qui s’aiguise à la pierre de ton regard

Il n’est jamais loin le doux froissement

Des étoffes de nos embrassades

Tout est dans le presque fini

Il me reste à refermer l’angle de nos peurs

Poèmes de jeunesse : « la révolte »

La révolte était devenue

Une autre décoration de combats intellectuels

Pour le snobisme

De ceux qui flirtaient avec l’angoisse

Du pauvre

Qu’ils achetaient

Chez les bradeurs d’inhumanité

Qui vendent

Du sourire aux enchères du sentiment

Et qui cultivent des jardins d’utilité

Des jardins de pitié

Pour le botin du beau monde

Qui pissent leur ba ba quotidien

En rotant la nuit qu’ils ont volée

Aux autres

Aux angoissés

Aux vrais

L’uniforme de leur porcherie

Leur fait peur

Parce qu’ils se sentent loin

Parce qu’ils se sentent loin

Alors ils trichent

Ils se déguisent

Ils prostituent la vérité

En l’obligeant à coucher

Avec ceux qui l’ont déjà tuée

En l’oubliant

Ils s’écologisent le dimanche

En se confessant à la rivière

Qu’ils assassinent à petites semaines

Mais y savent pas

Eux ils comptent

Eux ils produisent…

Juin 1980

Dimanche…

Je n’ai pas eu d’autre solution pour le dimanche que de convoquer le tribunal académique ! Alors oui bien sûr la première réaction du président et des ses assesseurs a été claire : « non monsieur désolé mais nous ne jugeons pas le Dimanche ». J’insiste, en expliquant que refuser de juger le dimanche, c’est en quelque sorte déjà le condamner, comme s’il s’agissait d’un jour intouchable, sacré, bref, un jour auquel on ne pourrait rien reprocher.

Avec quelques effets de manche, j’ai réussi à les convaincre.

Le tribunal académique est réuni aujourd’hui 23 février en session extraordinaire dans le cadre d’une procédure d’urgence, que la loi autorise , à la seule condition que l’instruction ait déjà été réalisée. Le dossier qui nous a été transmis ce matin, à l’aube, est complet, suffisamment étayée et nous a permis, en conséquence, de délibérer et de prononcer un jugement.

Faites entrer le prévenu ! Dans la salle à moitié vide, tout le monde est impatient de voir arriver ce dimanche aujourd’hui accusé. Mais que diable lui reproche-t-on ?

« Dimanche, levez-vous, je vous prie ! ». Dans le box des accusés, pas un mouvement, rien ne bouge. Les deux gardiens de permanence (deux stagiaires d’ailleurs récemment condamnés par ce même tribunal), qui répondent l’un au nom de « brume » et l’autre de « automne », font grises mines. « Nous sommes désolé monsieur le président mais dimanche dort encore, il prétend que c’est le jour de la grasse matinée et ni rien ni personne ne pourra le faire lever… »

Le président du tribunal ne veut pas passer son dimanche ici et a décidé de vite en terminer.  

« Dimanche vous comparaissez aujourd’hui, libre et endormi devant ce tribunal car vous êtes accusé de : mollesse, paresse, ivresse, monotonie, boulimie, ennui et pour terminer j’ajouterai fumisterie ».

« Il est manifeste aussi que vous abusez de votre position dominante, celle de septième jour de la semaine, pour vous reposer sur vos six compagnons lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, et samedi que nous avons tous entendus comme témoin. C’est ainsi en parfaite illégalité que vous avez organisé une sous-traitance des travaux qui vous reviendraient en vertu de ce principe intangible du droit : « à chaque jour suffit sa peine ». Les faits qui vous sont reprochés entrent, selon le jury, dans la catégorie de l’escroquerie, et de l’exploitation de plus faible qu’autrui car vous prétendez, être, à vous seul le jour du seigneur et en conséquence, vous usez, abusez et profitez de cet attribut, par on ne sait qui attribué pour organiser toute une série de travaux illégaux par les autres réalisés »

En conséquence, le tribunal académique considérant que le seigneur dont vous prétendez être le jour, n’ayant pu être entendu, que le droit à la paresse est un droit universel a décidé à l’unanimité de vous acquitter afin de retourner se coucher…

Le monde est à terre…

Le monde est à terre.
Pâle d’ennui,
Il chante à mots bas.
Entends ce long murmure,
Dans le souffle de mes bras.
Il s’étire jusqu’à demain.
Enroulés dans un lourd drap de brume,
Nos enfants chagrins
Pleurent au large.
Leurs cris se glissent.
Entre les plis de ton visage…

Samedi…

Samedi ? Et bien, c’est dit, je m’accorde une pause en prose. Oui bien sûr, vous me direz que peu de différences vous ne voyez, si ce n’est la modeste preuve de ma paresse, à pêcher de la rime au bout de ma ligne. C’est vrai, j’en conviens il est des jours, comme celui-ci, ou rien ne mord. Dans ma boîte à appâts j’avais ce matin, un bel échantillon : des illes, des ouches, des oules, des oins, et bien d’autres « queues de vers » toutes bien fraîches, prêtes pour la pêche du samedi. Je les ai préparées, et à mon hameçon les ai accrochées. Une première j’ai lancée. Au passage, j’avoue être assez fier du rond dans l’eau, bien plus réussi qu’un rondeau.

J’ai ensuite choisi d’appâter avec une ille, car mon intention était de prendre du gros. Du gros mot évidemment ! Ciel, ça mord ! Vite, je mouline ! Déception, pas de bille, ni de quille, encore mois de grille. Autant vous dire que j’ai tenté avec une ouche, une oule, et même un petit oin et au bout de la ligne : rien ! Oh tant pis, me dis-je, c’est samedi, je fais une pause. Point à la ligne…

Demain…

Dans les étroites marges d’une page noircie

A l’encre fauve

De tenaces rancœurs

De rances fureurs

S’envolent les mauves pétales

Des vieilles fleurs oubliées

Doucement elles se posent

Dans un silence épais  

Sur ces deux mains tendues

Qui attendent la paix…

Vendredi…

Pour le vendredi,
Une recette osée je vous ai préparée.
Une marmite à mots,
Sur le feu j’ai posé,
Quelques mots piquants,
Dans son fond beurré,
Doucement j’ai fait revenir,
Une fois dorés
Le feu j’ai baissé.
Hum….
Ça grésille,
Ça pétille,
Ça frétille,
Les mots sont à points,
C’est le moment,
Il faut pimenter…
Pour commencer :
Un souffle de vent,
Trois pincées de brumes,
Et bien sûr, j’allais l’oublier :
Un chant d’oiseau…
Fou l’oiseau,
De préférence évidemment…
Remuez délicatement…
Ne brusquez pas les mots,
Soyez prudent, je vous en prie…
Fermez les yeux,
Sentez,
Ouvrez les yeux,
Ressentez.
Rien ne monte ?
Tout est plat ?
Allez, on y va !
C’est vendredi,
Il faut oser.
Arrosez le tout,
De ce doux vin mauve
Que vous gardez en réserve
Depuis lundi.
Et,
Laissez mijoter…
Jusqu’au samedi…

Mes Everest : Jim Harrison, »berceuse pour une petite fille »…

Dors. La nuit est une houillère
noyée d’eau noire –
la nuit est un nuage sombre
gorgé de pluie tiède.

Dors. La nuit est une fleur
lasse des abeilles –
la nuit est une mer verte
grosse de poissons.

Dors. La nuit est une lune blanche
montant sa jument –
la nuit est un soleil éclatant
noir et calciné.

Dors,
la nuit est là,
jour du chat,
jour de la chouette,
festin de l’étoile,
la lune règne sur
son doux sujet, obscure.

Flash…

J’absorbe une tâche d’ennui

Avec l’épais buvard d’un début de nuit

Dans la marge un début de cri

Et toi tu n’entends rien

Inlassablement tu écris

Jeudi…

Non, non, pitié,

Pas aujourd’hui,

Je vous en supplie,

Mon rire s’est enfui.  

Pas de jeu de mots,

Pas de rimes en i.

N’insistez pas, je vous le dis.

Comment ?

Dommage, me dites-vous ?

Vous aviez de bons mots ?

Et bien tant pis,

Je cède, allons-y !

Je n’en prendrai qu’un :

Je le veux bref et poli.

En avant mon ami,

Je suis tout ouïe.

Par quoi commencerez-vous ?

Comment par i ?

Paris ?

Malheur,

C’est bien ce que je dis,

Comment, que me dites-vous ?

Ce que je dis ?

Ce que je dis,

C’est jeudi…

Vivement vendredi…

Flash…

Parfois à l’angle d’un jour sans relief

Il y a une belle histoire qui s’échappe

Des griffes des tristes charognards

Ils n’ont pas eu le temps de souffler leur venin

Ils n’ont pas eu le temps d’abîmer la belle fossette

D’un sourire matin

Ils sont trop occupés à enfiler des perles de haine

Qu’ils offriront aux oreilles dociles

Belle histoire s’est échappée

Regarde, Ecoute petit homme

Elle est accrochée

Elle frissonne sur le fil d’un prochain baiser

28 novembre

Dialogue inspiré…

Je ne trouve pas l’inspiration…

Comment tu ne trouves pas ? Explique-moi, je t’en prie… Tu prétends que tu ne trouves pas ? Admettons, je veux bien, mais cela signifie, enfin je l’espère, que tu as cherché, et probablement cherches-tu encore !

Oui c’est cela, je cherche, je cherche… Et ne trouve rien…

Étonnant tout de même : je te connais…Il t’en faut si peu : un train qui passe, une flaque d’eau sur un quai, un rayon de lumière derrière une vitre grise, une vague qui grossit et d’un coup, d’un seul, tu as la main qui tremble et le regard qui luit…

Oui je le sais, tu as raison. Je crois comprendre ce qui m’arrive. Je ne dois plus chercher. Il faut que je sois saisi, surpris. Les trains sont loin, toutes les marées sont basses. La lumière elle-même est étonnée de toute cette lenteur, et le ciel, ce ciel tellement étonné qu’on se mette à le regarder…

Et bien tu vois, tu as trouvé, tu es inspiré…

Oui c’est vrai, mais où sont les rimes, où sont les vers, les images, les…

Mais comment tu ne les vois pas, tu ne les entends pas ?

Non je t’en prie dis-moi ?

Chut, ne dis rien, le silence est la rime d’aujourd’hui…

Vide matin…

Dans l’étirement des bras de plomb

Vers un bleu de ciel privé d’horizon

J’attends un zeste de souffle marin

Dans le vide rien de ce pauvre matin

Le monde boite bas

Souviens-toi passager,

Souviens-toi,

C’est un mardi,

Un petit mardi

Aux bords affaissés.

Tout va si vite,

Tant de terres traversées

Tant de terres séparées…

Souviens-toi,  

Derrière la vitre,

C’est un homme qui pleure,

Personne ne le voit.

Chacun est à son clic,

Les larmes ne s’affichent pas.  

L’homme regarde le monde,

Les autres ne le voient pas,

Rides sur le front,

Ils habitent le monde numérique.

L’homme pleure le monde perdu,  

Son monde frissonne et boite bas.

Mes poèmes de jeunesse…

Aux adultes en sursis d’enfance

Un enfant passe

Une histoire l’attaque

le rabote l’assoiffe et l’affame

Le pousse

Au supplice du sentiment d’habitude

Devant les adultes majuscules

Qui ont mal conjugué

Leur verbe aimer

Et il est tombé

Dans un trou

Où les ombres s’ennuient

Par manque d’éternité

Texte écrit en 1979…

L’usine a fermé…

L’usine a fermé,
Pas un homme pour cisailler l’épaisseur du silence
Pas un homme pour entailler la longue surface de gris
La broussaille avance, les cheminées ne rêvent plus
D’atteindre de leurs soupirs métalliques un ciel au bleu oublié
Le monstre s’est affalé, les cris sont avalés
Ne reste plus qu’une odeur de terre
Une odeur de terre orpheline des fers qui l’ont abîmée
Muette de la rouille qui la faisait chanter
Ne reste plus qu’un chant d’oiseau, c’est beau
Ne reste plus qu’un soupir de trop

Mes Everest, Marc Rombaut. « Il se leva… »

Marc Rombaut est un romancier belge, également journaliste de radio, critique d’opéra, poète, enseignant et essayiste.

Il a passé son enfance à Bordeaux. Après des études universitaires à Bruxelles, il a fait de la recherche et a enseigné en Afrique de l’Ouest.

Il se leva

Il se leva, raidi dans sa chair. Lentement, craquant de toute sa peur, le poids de la nuit dans sa gorge, il se porta vers le soleil. Son visage écrasé s’ouvrit laissant entrevoir des yeux blottis dans leurs larmes. De ses mains il parcourut le ciel givré dans sa blancheur et se retira comme dépossédé d’un rêve. Son visage se plia délicatement.

Flash…

Dans le fleuve des espoirs à venir

J’ai jeté ma ligne de fil mauve

Pas un rire n’a mordu à la mouche éphémère

Seuls deux ou trois ronds dans l’eau

Tentent la vaine traversée

Sur l’autre rive aux herbes pointues

On devine l’étreinte des retrouvés

Poèmes de jeunesse

Je fouille, je fouille, je cherche et je trouve encore quelques textes, très anciens, expériences anciennes de mon laboratoire poétique…

Photo prise par Alice Nédélec

Je suis d’ une autre grammaire que la vôtre

Je n’ai pas de proposition principale

Je ne parle qu’en subordonné

Au temps présent qui s’écoule

Et qui m’attend

Les plaintes ne nourrissent pas la vérité

Elles ont brûlé mon trop plein d’espoir.

Mes Everest, Jules Supervielle : encore frissonnant …

Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Poèmes de jeunesse : « Rêve à mal finir… »

Photo de Pixabay sur Pexels.com

C’est une guerre où les hommes périront

Systématisés

Calcinés

Par l’addition

D’une angoisse planétaire

Qui les fait

Terreurs

Chevreuils…

J’ai toujours beaucoup de plaisir à découvrir les vidéos de mon piège photographique, un vrai moment de poésie qui se passe de commentaires…

Matinale glacée…

C’est un matin au froid qui frise

Feuilles frétillantes

Feuilles frissonnantes

Chant du gel matin

Les rires tremblent

Je les entends

Si loin

Billet d’humeur…

La démocratie souffre, partout elle est touchée par le même virus, celui de l’enfermement, du rejet de l’autre, du refus du dialogue. Il n’y a plus d’ordre mondial, l’universalisme est une notion que les apôtres de la haine aigre rejettent avec dégoût. La planète brûle et pleure.

Et pendant ce temps quelques misérables flocons de neige occupent en boucle le vide médiatique. Et oui la neige est froide, le sol est glissant, c’est l’hiver… Désolé mais j’hésite entre la honte et le dégoût.

Matinales…

Le ciel ne trouve pas d’issue

Dans l’aurore aux heures glacées

Il cherche un chemin vers les rondes lumières

Tout est si loin dans sa mémoire brûlée

Flash…

Dans ce train qui fend le gris

J’attrape un bout de ces histoires

Qui flottent dans les silences épais

Elles nous parlent de ces presque rien

Qui emplissent les mémoires en friche

De ces faciles sourires

Qu’on garde là bien au chaud

A l’abri du souffle court

Des vendeurs d’espoirs glacés

Billets d’humeur : traîtrise…

Il n’est pas rare d’entendre parler de traîtrise quand il s’agit de qualifier le comportement de quelqu’un qui, notamment en politique, décide, pour de bonnes ou mauvaises raisons, de changer d’avis ou dont les positions évoluent. S’il peut être légitime et compréhensible de considérer comme une trahison le fait de briser le lien de confiance qui pouvait exister, il me semble qu’il y a aujourd’hui une utilisation abusive de ce terme.

Il s’agit dès lors de considérer comme un traître celui ou celle qui refuse de se laisser emprisonner dans ce que j’appelle une camisole idéologique excluante. Il est heureux, je le pense sincèrement, que des personnes ne s’interdisent pas de penser par elles-mêmes, ce qui peut avoir pour conséquence d’émettre un avis, une opinion divergente, différente, voire simplement complémentaire. Ce n’est non seulement pas grave, mais c’est surtout un signe de vitalité pour la liberté de penser et d’agir. Il m’est d’ailleurs arrivé, à l’époque où j’étais comme on dit « encarté », de partager tout ou partie des points de vue de celles et ceux que j’aurai du aveuglément combattre, pour la simple et bonne raison qu’ils n’appartenaient pas à la même écurie. Et se produit alors, ce phénomène un peu perturbant, quand on est persuadé d’être fondamentalement attachée à la liberté d’expression qui est celui de l’auto-censure. Il y a quelques années j’ai donc décidé de ne plus me contraindre à n’écouter qu’une seule mélodie, ou plutôt un seul refrain. Je commence donc par réfléchir avec les quelques outils que j’ai à ma disposition et je m’exprime librement. Et je ne m’en porte que mieux.

Matinales…

Sur le cadran mou de mes heures englouties

Je fixe d’un œil qui plisse

Les traces floues de flèches qui filent

La jeunesse rêche des années enfouies

Derrière la lourde porte de mes vagues écrits

J’entends l’amer papier nuit

Qui se froisse dans le vent des soudains

Flash…

Je regarde le monde derrière la vitre

Tout va si vite

On craint le virage à la sortie du flou

Ralentir pour respirer

Ralentir pour espérer

Billet…

Il m’arrive assez régulièrement de dire, de me dire, que ce monde est devenu fou, qu’il ne tourne pas rond. Et je regrette immédiatement mon propos et j’en viens même à m’excuser auprès de ce monde qui continue à tourner invariablement sur lui-même. Et je plonge alors dans une réflexion sur le sens qu’ont les mots et celui qu’on leur donne. De quoi parle t’on lorsqu’on parle du monde : de la terre, de cette planète qui nous abrite et qui convenons-en est ronde ou tout au moins sphérique? Oui elle est sphérique, c’est plutôt une boule. Mais on préfère quand même dire que la terre est ronde. Ce n’est pas grave, et oui n’en déplaise aux infâmes bigots et complotistes : la terre est ronde et elle tourne sur elle-même.

On appelle cela une révolution…Tiens donc, il faudra que je me penche sur ces révolutions qui durent depuis plusieurs milliards d’années…Mais revenons à ce monde qui ne tourne pas rond…Peut-être, finalement que lorsque je parle du monde il s’agit de celles et ceux qui vivent sur cette terre. Quand il n’y a personne on se contente de dire qu’il n’y a personne et plus ces personnes remplissent ce qu’on croit être le vide de cette terre plus on dit qu’il y a du monde…Et quand il y a beaucoup de monde, voire trop on ressent vite que tout cela ne tourne pas bien rond…Que font-ils, que disent-ils, où vont-ils ? Je n’en sais rien. Je ne dis rien. Moi aussi je fais, je dis, je vais et surtout je tourne en rond…

Matinales…

Pardonne moi ô mer oubliée

Pardonne moi il est long et gris

Ce temps abandonné aux vagues ennuis

Tu es là rassure-toi

Rime sableuse de mes insomnies

J’entends ton roulis

Dans le creux de mes houles nocturnes

Il ondule et glisse en sifflant

Ne crains rien tu sais je t’entends

Le chant mauve de ton écume

Se pose doucement sur la tendre plaine de mes encres apaisées

Mes Everest : Michel Merlen

Fracture du soleil

Hier j’épousai le vaisseau neuf

seconde après seconde

fracture du soleil

nous armés de poinçons

faisions de petits trous dans la mer

aux longues lieues

comme des virgules.

Aujourd’hui les galets au coeur

j’étincelle

quelle veine à mon poignet

bat

et

le rejoindra ?

« Les fenêtres bleues »

Flash…

Écoutez peuple des riants

C’est la marée lasse du soir tombant

Partout le bruit des roulettes

Sur le chemin des partants

On se presse on s’attend on s’éprend

Ils sont loins nos beaux rires d’enfants

Carnets…

Ce qui est triste et surtout dangereux dans ce monde qui n’est déjà plus celui du demain mais celui du jamais c’est qu’on ne parle plus, on ne se parle plus.
On ne se parle plus parce qu’on ne sait plus on ne veut plus s’écouter. Les mots qui sortent de votre bouche et qui essaient alors avec cette fière humilité de s’assembler pour former une pensée, de formuler un avis, un point de vue voire même d’exprimer une conviction ne sont plus écoutés, ils sont simplement entendus comme un bruit de plus dans cette monstrueuse cacophonie médiatique.
Ils sont alors immédiatement passés au gros tamis des réactions claniques qui s’estiment supérieures parce qu’elles sont persuadées d’être nourries d’idéologies qui ne sont rien d’autres que des dogmes.
On ne cherche pas qui tu es lorsque tu parles mais on s’intéresse à ce que tu es pour t’enfermer dans une cage ou une pensée différente devient la preuve d’une trahison. On cherche à te dire à qui tu appartiens où à qui tu dois désormais appartenir. C’est ainsi qu’aujourd’hui se construit le soit disant débat politique. Lorsque je formule des idées lorsque j’exprime des convictions que j’ai pris le temps de construire avec exigence et respect je suis immédiatement renvoyé dans des périmètres idéologiques que je combat pourtant de la même manière depuis toujours. C’est par exemple ce qui se produit lorsque je parle de ma vision de la laïcité.
En conséquence et ce post est une rare exception je me tais et je m’épanouis dans l’expression poétique qui pour quelques temps est préservée…

Matinales…

Il faut se rendre à l’évidence

Les lignes droites ont disparu

Fatiguées

Elles se sont courbées

Pour entendre les murmures des coins de ciel  

Rien n’est à souligner

Il est inutile d’insister

Il faut se laisser dériver

On finira bien par rêver

Flash…

Douceur animale du soir

Blond regard qui caresse

Souffle chaud

Mémoires fauves

On est si bien

Sans le bruit du mauvais loin

Matinales…

Courbé, visage fermé
Je portais encore sur les épaules rentrées
L’infâme poids d’une nuit
Au sommeil délabré
Impatient, le pas traînant
J’ai tiré le long rideau de ma lourde insomnie
Le beau matin est arrivé
Dans un fragile bleuté
De bords mauves éclairés

Rime en anche…

C’est dimanche soir.

Il me faut chercher une rime en oir.

Noir, espoir, devoir, lavoir, isoloir ?

Non, ce soir ces oir ne me vont pas…

Alors, euh,

Oui euh, c’est cela ajoute un e !

Poire, foire, armoire, baignoire, bouilloire ?

J’essaie…

Rien ne va, je jette le manche.

C’est un dimanche qui je le crois rime en anche ;

Avalanche, branche, tranche, revanche ?

Ça marche !

Ô quelle belle tranche de dimanche,

Tout me branche,

Il est l’heure blanche,

Celle où je prends ma revanche !

Bof, je trouve que c’est mal emmanché

Cette histoire de rimes ;  

Vivement lundi…

Dans ma boîte à coeurs…

Dans ma boîte à mots

Je prends une lettre

Belle, ronde, légère.

La pose sur une feuille

Que le vent a oublié.

Soupir,

Une boucle se forme

La lettre est fermée.

Seule, elle s’ennuie.

Lettre te réclame un ami.

Regarde !

Lui dis-tu,

Prends ce mot

Il est à toi, il t’attend,

Il sourit.

Heureuse,

Lettre E s’est approchée

Contre lui s’est adossé

Des mots doux lui a murmuré,

Dans un cours E s’est invité

Dans ma boîte à cœurs,

Une lettre j’ai postée…

Mes Everest, Colette, extrait de la vagabonde…

Cher intrus, que j’ai voulu aimer, je t’épargne. Je te laisse ta seule chance de grandir à mes yeux : je m’éloigne. Tu n’auras, à lire ma lettre, que du chagrin. Tu ne sauras pas à quelle humiliante confrontation tu échappes, tu ne sauras pas de quel débat tu fus le prix, le prix que je dédaigne…
Car je te rejette, et je choisis… tout ce qui n’est pas toi. Je t’ai déjà connu, et je te reconnais. N’es-tu pas, en croyant donner, celui qui accapare ? Tu étais venu pour partager ma vie… Partager, oui : prendre ta part ! Être de moitié dans mes actes, t’introduire à chaque heure dans la pagode secrète de mes pensées, n’est-ce pas ? Pourquoi toi plutôt qu’un autre ? Je l’ai fermée à tous.
Tu es bon, et tu prétendais, de la meilleure foi du monde, m’apporter le bonheur, car tu m’as vue dénuée et solitaire. Mais tu avais compté sans mon orgueil de pauvresse : les plus beaux pays de la terre, je refuse de les contempler, tout petits, au miroir amoureux de ton regard…
Le bonheur ? Es-tu sûr que le bonheur me suffise désormais ?… Il n’y a pas que le bonheur qui donne du prix à la vie. Tu me voulais illuminer de cette banale aurore, car tu me plaignais⁹ obscure. Obscure, si tu veux : comme une chambre vue du dehors. Sombre, et non obscure. Sombre, et parée par les soins d’une vigilante tristesse ; argentée et crépusculaire comme l’effraie, comme la souris soyeuse, comme l’aile de la mite. Sombre, avec le rouge reflet d’un déchirant souvenir… Mais tu es celui devant qui je n’aurais plus le droit d’être triste…
Je m’échappe, mais je ne suis pas quitte encore de toi, je le sais. Vagabonde, et libre, je souhaiterai parfois l’ombre de tes murs… Combien de fois vais-je retourner à toi, cher appui où je me repose et me blesse ? Combien de temps vais-je appeler ce que tu pouvais me donner, une longue volupté, suspendue, attisée, renouvelée… la chute ailée, l’évanouissement où les forces renaissent de leur mort même… le bourdonnement musical du sang affolé… l’odeur de santal brûlé et d’herbe foulée… Ah ! tu seras longtemps une des soifs de ma route !
Je te désirerai tour à tour comme le fruit suspendu, comme l’eau lointaine, et comme la petite maison bienheureuse que je frôle… Je laisse, à chaque lieu de mes désirs errants, mille et mille ombres à ma ressemblance, effeuillées de moi, celle-ci sur la pierre chaude et bleue des combes de mon pays, celle-là au creux moite d’un vallon sans soleil, et cette autre qui suit l’oiseau, la voile, le vent et la vague. Tu gardes la plus tenace : une ombre nue, onduleuse, que le plaisir agite comme une herbe dans le ruisseau… Mais le temps la dissoudra comme les autres, et tu ne sauras plus rien de moi, jusqu’au jour où mes pas s’arrêteront et où s’envolera de moi une dernière petite ombre….

Flash…

J’ai sauté l’épais mur des haines communes

Le vert mou d’une prairie m’amortit

Ma main caresse cette terre oubliée

Pas de bruits inutiles

Pas de foule qui souffle sur les braises de nos colères

Ils sont loin les bavardages gluants

Ici tout se sent et s’entend

Tout se tait

On se regarde étonnés

On écoute apaisés

C’est fini tout est oublié

4 janvier

Matinales…

Regarde homme pressé

Au cadran des belles surprises

Il est l’heure de l’étonnement

Sur la lente pente des minutes molles

Un clin d’œil s’est invité au croisement

Des impatiences et soulagements

Il te raconte en riant

Une belle histoire de rimes sans fin

Chevreuil affamé…

Une fois n’est pas coutume, je partage une vidéo capturée par le piège photographique que j’ai installé dans la forêt à peine à 50 m de chez moi. Un peu d’émotion en constatant qu’elle a été tournée comme on peut le voir sur l’écran le 24 décembre à 22 h 16… A chacun son réveillon…

L’ami chevreuil broute quelques feuilles…

Matinales…

Je file grand vent sous les brumes bleues
Du vieil océan des hivers paresseux
Et je glisse sur les plaques de froids
Aux longues lames d’acier trempé

Mes Everest, Louis Aragon…

Amour d’Elsa…

         J’ai des peurs épouvantables

         Pour trois lignes de sa main

         Ses gants posés sur la table

         Un chat noir sur mon chemin

         L’oiseau l’étoile ou l’échelle

         Tout m’est présage glaçant

         Tout un monde parle d’elle

         Un langage menaçant

         Ce que vendredi me laisse

         Qu’en fera le samedi

         Je crains qu’un mot ne la blesse

         Je crains tout ce qu’on lui dit

         Tout d’un coup pourquoi se taire

         Dans la chambre d’à côté

         Son silence est un mystère

         Que je ne puis supporter

         Je crains d’une crainte affreuse

         Tout ce qui peut arriver

         Une phrase malheureuse

         Les ardoises les pavés

         Elle dort je la crois morte

         Encore un pressentiment

         Mon cœur bat comme une porte

         Quand elle sort un moment

         Le monde est plein d’escarbilles

         Le chien mord le cheval rue

         Es-tu folle Tu t’habilles

         Tu vas sortir dans la rue

         Tu vas sortir Quelle aventure

         Sortir sans moi le vilain jeu

         J’ai la terreur des voitures

         Je crains l’eau comme le feu

         Mes jours entiers sont faits d’elle

         L’univers est son reflet

         Derrière les hirondelles

         Le ciel reste ce qu’il est

         Perversité des pervenches

         Ses yeux à travers ses doigts

         Quand le froid fait ses mains blanches

         Comme la neige des toits

         Jaloux des gouttes de pluie

         Qui trop semblent des baisers

         Les yeux de tout ce qui luit

         Sont raison de jalouser

         Jaloux jaloux des miroirs

         Des morsures de l’abeille

         De l’oubli de la mémoire

         De l’abandon du sommeil

         Du trottoir qu’elle a choisi

         Des mains frôleuses du vent

         Ma vivante jalousie

         Qui me réveille en rêvant

         Jaloux d’un chant d’une plainte

         D’un souffle à peine un soupir

         Jaloux jaloux des jacinthes

         D’un parfum d’un souvenir

         Jaloux jaloux des statues

         Au regard vide et troublant

         Jaloux quand elle s’est tue

         Jaloux de son papier blanc

         D’un rire ou d’une louange

         D’un frisson quand c’est l’hiver

         De la robe qu’elle change

         Au printemps des arbres verts

         De la voir aimer le feu

         D’une branche qui la suit

         D’un peigne dans ses cheveux

         À l’aurore de minuit

         De qui donc est-elle éprise

         Qu’elle porte ses turquoises

         Ah la nuit me martyrise

         Avec ses ombres narquoises

         Jaloux en toute saison

         Traversé de mille clous

         À perdre toute raison

         D’un parfum d’un souvenir

         Jaloux de toute la terre

         Quand elle arrive un peu tard

         Tous ses gestes sont mystère

         Jaloux jaloux des guitares

Bonne année poétique…

Amies et amis poètes, je vous souhaite, je nous souhaite une belle année poétique, pleine de rimes, de rires, de mots doux et tendres, d’espiègles virgules, d’accents graves et doux. A nous toutes et tous, apaisons ce monde morose, à nous tous dessinons des sourires radieux…

Vide matin…

Dans l’étirement des bras de plomb

Vers un bleu de ciel privé d’horizon

J’attends un zeste de souffle marin

Dans le vide rien de ce pauvre matin

Flash….

J’arrache un à un des pétales de rire à la fleur grise de mes angoisses

Les vents mauvais s’écrasent sur les digues de mémoires effacées

J’ouvre grand les bras aux passeurs de sourire

Les regards coupants s’épuisent sur les angles ronds des murmures disparus

J’entends la caresse d’un refrain aux douces rimes retrouvées

Hiver a explosé

L’air est si vif et coupant

Il crisse en glissant

Sur peaux raides et sêches,

S’accroche au sol gisant,

S’infiltre en soufflant,

Chasse sur les terres

Depuis hier abandonnées

Du bel été envolé.

Rides de la terre écartelées

Bardées de blanc

Se sont figées.

De vagues en vagues,

Le champ a ondulé

Longues franges gelées

Herbes folles ont avalé.

Armé d’une douce poudre blanche

Hiver a explosé

Demain…

Demain, index levé on nous dira,

Souvenez-vous, c’était hier !

Oui, hier, ou il y a plus…

Se souvenir, dites-vous ?

Non merci, nous ne voulons pas…

Comment, que dites-vous ?

Forcer les doubles portes de vos mémoires ?

Mais ce qu’il y a derrière ne nous convient pas…?

Trop de fausses pistes, de vilaines traces.

Laissez-nous, nous trouverons seuls

Le chemin vers les lumières mauves

Du passé réconcilié…

29.12.2025

Matinale…

Dans le grinçant fracas d’une presque nuit
Flotte des embruns humides aux angles rouillés
A l’heure des longues fatigues
Mauves, bleues ou rousses
Les villes se ressemblent
Leurs plaies sont ouvertes
Goutte à goutte
Roulent sur le pavé luisant
Les larmes des vaincus oubliés
Un homme est là raide de silence
Il attend
Mémoire en friche
Il attend
Un sourire de l’aimée

Flash…

Chaque soir à la tombée des basses heures

Je reprends la mer sur mon navire d’acier

Dans le sillage de mes pensées du jour

Frétille une mousse de mots légers

J’entends le cri riant d’une mouette oubliée

Il est l’heure du vent dormant

Cinq rêves, éveillé, : rêve 1

C’est un mardi matin du mois de novembre 2020, je crois, que tout a commencé. Ou plutôt que tout a recommencé. C’est simple. Ce matin-là, au réveil, aucun écran n’est éclairé. Et quand je dis aucun, c’est vraiment aucun !


Ecrans petits et grands,
Écrans numériques,
Écrans électroniques,
Ecrans cathodiques,
C’est le noir,
Noir sidéral,
Pas une diode,
Pas un clic,
C’est la panique


C’est impossible, il doit y avoir un hic. Chacun accuse : c’est la prise, c’est le câble, c’est le réseau électrique…. Au saut du lit, le premier geste est pour l’écran. Vite : réveiller la machine, vite regarder, on ne sait jamais…Une information importante est peut-être arrivée dans la nuit. Mais là rien, l’écran est figé, glacé, il ne réagit pas. Le doigt s’agite, le cœur palpite…
Et c’est ainsi qu’au même moment, dans tout le pays, des millions de personnes allument, rallument leur téléphone et rien ne ,se passe. Ils triturent le câble, vérifient la prise, cherchent un coupable : l’époux, l’épouse, les enfants, le chat, l’état. En quelques minutes, la panique enfle, elle s’installe, partout.
En quelques minutes… Façon de parler. Le temps est difficile à estimer. L’heure aussi, n’existe que sur des écrans : l’heure est numérique, l’heure est électronique. Ce matin l’heure n’existe plus, elle s’est échappée, elle s’est enfuie.
Le jour est levé. Les pas sont lourds, les épaules sont basses. Il faut se résoudre à prendre le petit déjeuner. Tout le monde se retrouve autour de la table, les écrans vides et gris sont posés à côté du bol, petits objets inertes. Il se produit alors quelque chose d’incroyable, les visages se redressent, les lèvres remuent, et des sons sortent, au début ce ne sont que des grognements. Puis des mots se forment : tiens on avait oublié comme c’est joli un mot, même petit. Partout, on parle, on se parle. Pour commencer la météo, et incroyable on regarde par la fenêtre. Formidable cette application, on voit le temps qu’il fait. Et tout s’accélère, des mots, puis des phrases, des conversations, des sourires.


Il est huit heures,
Partout cela bourdonne,
Parfois cela ronchonne,
Il est huit heures,
Plus un clic
Numérique, électronique,
L’heure est si belle,
Vêtue de ses plus belles aiguilles….

Flash…. Inédit…

J’arrache un à un des pétales de rire à la fleur grise de mes angoisses

Les vents mauvais s’écrasent sur les digues de mémoires effacées

J’ouvre grand les bras aux passeurs de sourire

Les regards coupants s’épuisent sur les angles ronds des murmures disparus

J’entends la caresse d’un refrain aux douces rimes retrouvées

Matinales…

Attendre la beauté au tournant

Se taire pour la surprendre

On vous dit qu’elle approche

Elle vient de si loin

Son pas hésite

Son clair regard vous transporte

Vous le sentez

La joie est là

Vous verrez elle rougira

Ne dites rien

Ne lui indiquez pas le chemin

Elle trouvera les dernières traces

Qu’une autre a osé

Non ne bougez pas

Pas encore

Patientez

Maintenant qu’elle est un point suspendu

Oui vous pouvez l’espérer…

Flash…

Et si l’on ne se disait rien
Se croiser et se sourire
Se parler et se souvenir
Et si l’on se disait tout
Se rencontrer et s’étonner
Se séduire et s’aimer
Et si l’on se disait demain
Se rêver et se promettre
S’espérer et s’oublier
Souffrir dans un souffle
Seul et perdu
Dans la foule des absents

Matinales…

Je n’attends pas que tu écoutes

Essaie simplement d’entendre

Le froissement des pages blanches

Qui flotte dans la marmite de mes souvenirs

26.12.2025

Fête…

Je vous en prie chers amis, faites, faites

Oui c’est cela faites donc

Puisqu’il est dit que c’est jour de fête

Je le sais vous aimez faire la fête

Mais au fait

Quand vous serez parvenu au faîte

Que d’en haut vous nous regarderez

Je vous en prie restez en aux faits

Et alors peut-être ce sera la fête

25.12.2025

Dans la réserve à mots…

C’est dit, c’est décidé, il le faut, vous le voulez, vous devez parler !  Oui c’est cela, pas de doute, il faut que vous vous exprimiez, vous le ressentez. C’est très fort, presque un réflexe. Il faut que cela sorte !  C’est bien, c’est normal… Mais attention au mauvais réflexe ! Il peut conduire à une fausse route…

Voici donc quelques conseils.

Avant tout, il faut que vous respiriez, que vous ressentiez, que vous réfléchissiez. Ceci fait, vous descendrez tranquillement dans votre réserve à mots. Vous seul connaissez le chemin qui y conduit. Et là, attention, vous entrez sans frapper !  Pas de cris, pas de brusque lumière. Un mot qu’on surprend est un mot qui bondit, qui rugit. Un réveil brutal et il vous saute à la gorge.

Finies les courbes qui ondulent, oubliées les rondes voyelles. Le mot mal choisi est aigre, et coupant.

 Entrez, éveillez chacun avec le ton qui lui convient. Et surtout, surtout, pensez à ce que vous vouliez dire, à ce que vous souhaiteriez partager. Attention, il ne faut pas vous précipiter.  Comparez, et si vous le pouvez : goûtez ! Il faut que l’accord soit parfait.

Votre casier à mots ainsi garni de bons et beaux mots, refermez (toujours sans claquer la porte ), remontez, et bien sûr dégustez.

Matinales

Vous me direz quand l’heure sera au sourire

Je léverai les yeux du journal du pire

Avec vous je regarderai des enfants sages

Sauter dans des flaques de lumière bleue

J’écouterai les bavardages futiles

De vieilles femmes aux visages sautillants

Je toucherai le doux duvet d’un moineau

Assoupi au creux d’une main tendue

Mes lèvres se poseront sur ta peau crépie de rosée

Ce sera l’heure du soupir apaisé

Ce sera l’heure d’être aimé

Flash… inédit

Je remonte souvent aux sources sombres de ma mémoire

J’y trouve une eau grise et glacée

Dans laquelle je trempe la lame effilée de mes peurs cachées

Oui j’ai la main qui tremble

Soupirs

La clef qu’on me tend est une bouffée d’air vrai

Soupirs

Le torrent se calme

Je respire…

Matinales…

Au bout du couloir bleu de la folle nuit

D’un oiseau heureux

S’ouvre la brume porte

D’une cage plume

Aux chants graves des rêves qui grincent

On accroche la douce caresse

De l’aile mauve d’une mésange joyeuse

Entends la mélodie qui glisse et chuinte

Elle te racontre la belle histoire

Des matins qui pépillent…

23.12.2025