Mémoires…

En suivant la trace floue d’une histoire d’hier
J’ai glissé sur la flaque du doux présent
A tâtons je marche en riant vers le noir heureux
Où brille l’ombre de tes cheveux
Je souffre de l’oubli des ces presque rien
J’attends serein
J’entends chagrin
Un long soupir sec
Il étale en claquant
Des larmes au bleu coupant
Qui abîment en roulant
Les bords mous du chemin des gisants

Sous le choc…

Comme je l’ai déjà indiqué, j’écris beaucoup en ce moment, à l’ancienne, sur un carnet, avec un bon vieux stylo Bic, dont les arêtes abîment mes phalanges. Mais l’écriture est une souffrance. Je le sais. J’écris mais je prends aussi le temps de lire, et je ne résiste pas au besoin de partager sur ce blog le choc que j’ai ressenti en lisant ce roman de Rebecca Lighieri.

Je ne suis pas doué pour les notes de lecture, les critiques de livre, je ne peux simplement vous dire que j’ai été secoué comme rarement. Ce roman est exceptionnel, bouleversant, éblouissant il m’a marqué, et je sens déjà qu’il laissera des traces. A ne rater sous aucun prétexte. Vraiment…

Mémoires…

Oh gentils bavards

Qui avaient posé

Petite pierre sèche sur le vieux mur

De ma mémoire fatiguée

Je n’oublie pas vous savez

Rien n’a disparu

Tout est endormi

Ces trous de silence ne vous disent rien

Regardez

Sans rien espérer

Il y a des brumes mauves

Qui se lèvent derrière le ciel de l’oubli

Douces caresses d’un soleil argenté

Ne dites rien

Je vous en prie

Je suis tellement fatigué

30 août 2021

Poèmes de jeunesse: regards..

Les mots d'Eric

Un souffle

De vie.

Pour longtemps.

Deux sourires,

Soudain.

En format souvenir.

Une joie,

Qui cogne

Aux fenêtres d’un civilisé du retard.

Rapide,

Un regard qui dure.

Deux regards qui tremblent

Et ils comptent

Sur leurs échiquiers intérieurs

Les fous qui leur jouent

Un hymne de mots

Pour un soir

Qui dure

Et ils trouvent ensemble

La route des autres

Et ils s’aiment

Vite

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Mes Everest : Albert Camus , l’exil et le royaume…

…Des guirlandes d’étoiles descendaient du ciel noir au-dessus des palmiers et des maisons. Elle courait le long de la courte avenue, maintenant déserte, qui menait au fort. Le froid, qui n’avait plus à lutter contre le soleil, avait envahi la nuit ; l’air glacé lui brûlait les poumons. Mais elle courait, à demi aveugle dans l’obscurité. Au sommet de l’avenue, pourtant, des lumières apparurent, puis descendirent vers elle en zigzaguant. Elle s’arrêta, perçut un bruit d’élytres et, derrière les lumières qui grossissaient, vit enfin d’énormes burnous sous lesquels étincelaient des roues fragiles de bicyclettes. Les burnous la frôlèrent ; trois feux rouges surgirent dans le noir derrière elle, pour disparaître aussitôt. Elle reprit sa course vers le fort. Au milieu de l’escalier, la brûlure de l’air dans ses poumons devint si coupante qu’elle voulut s’arrêter. Un dernier élan la jeta malgré elle sur la terrasse, contre le parapet qui lui pressait maintenant le ventre. Elle haletait et tout se brouillait devant ses yeux. La course ne l’avait pas réchauffée, elle tremblait encore de tous ses membres. Mais l’air froid qu’elle avalait par saccades coula bientôt régulièrement en elle, une chaleur timide commença de naître au milieu des frissons. Ses yeux s’ouvrirent enfin sur les espaces de la nuit.

Braises du midi…

Les mots d'Eric

Georgetown, Malaisie mai 2019

Dans le brasier d’après-midi

La ville est assoupie,

La chaleur écrase tout.

Elle s’étire, lente et humide,

Plus rien ne bouge,

Mercure en folie.

Les corps lourds et moites,

Inventent des ombres

Il se parlent de fraîcheur.

Dans la lumière si blanche,

Les couleurs éclatent,

Les regards cherchent le mauve,

Douce couleur qui apaise,

Des rouges incandescents,

Les souffles sont courts,

Dans l’air, des bouquets d’épices,

Une odeur de terre mouillé,

C’est la Malaisie.

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Extrait…

Un bref extrait, brut, sans passer par la case correction du roman que j’écris en ce moment…

…Sa mère est coiffeuse, elle a un petit salon pour des habituées, une clientèle de fidèles, de ces femmes qui vont chez la coiffeuse comme leurs hommes vont au café. La différence c’est qu’eux ils y sont tous les jours et le soir quand ils rentrent, ils ne regardent ni leurs femmes, ni leurs enfants. Ils ne regardent rien. Leurs yeux sont rougis par l’ennui et l’alcool. Jeanne admire sa mère, elle l’admire mais ne parvient pas à suivre le chemin qu’elle aime lui tracer. Sa fille. Sa fille Jeanne. Quand elle est née, quand elle a vu le noir de ses cheveux, elle a dit : je suis heureuse, elle reprendra le salon….

J’aime les mots …

Je les aime toujours…

Les mots d'Eric

J’aime les mots

Les mots doux

Les mots du bout

Les mots du début

Le mot de la fin

Les mots courts

Le mot de secours

Les mots qui riment

Les mots qui glissent

Les mots gris

Les mots qu’on oublie

Les mots bleus

Les mots de tes yeux

Les mots d’hier

Les gros mots

Les mots tordus

Les mots secs

Et par par-dessus tout

J’aime les mots longs

Et les mots polissons

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Sur la ligne de vos vies

Il y a une an je publiais cette photo de pages blanches. Aujourd’hui paradoxalement les pages se sont noircies mais mon blog est un peu vide… Je suis totalement absorbé par l’écriture de mon quatrième roman.

Les mots d'Eric

Sur les pages blanches

D’une histoire qui gémit

Il y a une ligne de vie

Regarde

Elle attend

Les plus beaux de tes mots

Dont la rime est une aile

Douce et fleurie

Elle se pose sur la lame de vos peurs

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Il y a ceux qui…

Les mots d'Eric

Il y a ceux qui savent

Et ne disent rien

Mais n’en pensent pas moins

Il y a ceux qui ne savent pas

Mais en disent trop

Il y a ceux qui croient savoir

Ceux qui ne croient pas ceux qui savent

Ceux très rares

Qui croient ceux qui savent

Ceux qui disent qu’on ne sait rien

Ceux qui en savent plus

Que ceux qui savent

Ceux qui en savent autant

Que ceux qui ne savent rien

Mais qui n’en pensent pas moins

Et en disent beaucoup trop

Ceux qui pensent qu’il faudrait que

Ceux qui ne pensent pas qu’il faudrait

Ceux qui disent

Qu’il ne faudrait pas penser

Comme ceux qui pensent

Qu’il faut peut-être un peu penser

Ceux qui disent

Oui mais

Et sont si sûrs d’eux

Qu’ils répondent

« Mais oui »

Quand ceux qui doutent disent

« Oui mais »

Il y a ceux qui

Ceux qui

Ceux

Et…

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C’était un soir de trop…

Les mots d'Eric

C’était un soir de trop.

Triste, vide

Trahi par le beau,

Il s’ouvre dans un sanglot.

Gris soir si laid,

Laisse un goût de craie.

Dans la rue aux couleurs abîmées

Un homme est passé,

Seul, il poursuit le chemin.

Il est parti vers ce rien;

En finir, voir le bout,

Il en rêvait.

Se poser là-bas,

Juste au bord;

Laisser pendre les deux bras,

Dans le vide de demain.

Et tout doucement, souffler.

Laisser les yeux se fermer

Et l’attendre,

Dans ses bras se serrer.

27 août 2019

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Terre brûlée

J’avais écrit ce texte il y a un an à l’occasion de l’incendie qui a ravagé les contours de Martigues. L’histoire malheureusement se répète…

Les mots d'Eric

Saint-Pierre les Martigues août 2020

Ô terre brûlée

Entends le chant de la braise

C’est le blues des oliviers

Il souffre en crissant

Dans le peuple des cendres

Hommes épargnés

Vos larmes sont grises

Sur la face sud de nos étés

Mots secs et noircis

S’envolent

Au pays des chagrins de suie

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Mes poèmes de jeunesse…

Un vieux, très vieux texte que je republie

Les mots d'Eric

Aux adultes en sursis d’enfance

Un enfant passe

Une histoire l’attaque

le rabote l’assoiffe et l’affame

Le pousse

Au supplice du sentiment d’habitude

Devant les adultes majuscules

Qui ont mal conjugué

Leur verbe aimer

Et il est tombé

Dans un trou

Où les ombres s’ennuient

Par manque d’éternité

Texte écrit en 1979…

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Extraits

…Anton se souvient de ce que son père, Marcel, lui expliquait. Sur le beau. Sur le vrai. Tout petit déjà il l’accompagnait dans ses incroyables déambulations. C’est pendant ces longues promenades que Marcel a expliqué à Anton. L’essentiel c’est ne rien dire, s’arrêter, écouter, sentir sans penser, sans chercher ni à expliquer, ni à faire des liens avec ce qui a déjà été écrit ou dit. Ne pas suivre la direction qui indique le beau, le bon. Ce qu’il faut Anton c’est ressentir, chercher l’existence. Le beau n’appartient à personne et il n’appartient à personne de désigner ce qui est beau. Et tu vois Anton, ce mot, je crois même qu’il est préférable de l’éviter. Comme tous ces mots qui ont le défaut d’avoir un contraire. Est-ce-que tu as déjà remarqué Anton que lorsque les mots ont un contraire, un opposé, quand tu prononces l’un c’est à l’autre que tu penses…

Orages de juillet…

Orages de juillet, un vieux texte déjà publié en 2019

Les mots d'Eric

…La lumière est plus
basse, les premiers nuages naissent, ils se forment. On sent des trous de
fraîcheurs qui s’installent au-dessus des têtes. Des oiseaux effrayés
s’éparpillent sans réfléchir. Puis les
nuages n’enflent plus, ne s’élèvent plus. Ils ont éliminés l’horizon. Ils s’étirent,
s’étalent. Plus rien ne les empêche de se rassembler aux quatre coins,
là où le regard peut se poser.

Au sol, il y a ce noir qui tombe par plaques lourdes de ce
sombre qui repousse les derniers éclats d’un soleil qui en a trop fait
aujourd’hui.

En quelques heures, la
chaleur est oubliée. L’angoisse monte. Une angoisse emplie des respirations qui
se retiennent. C’est la crainte de ceux qui ont peur, de ceux qui ont appris
l’orage comme une colère, comme une punition. Ils attendent. Ils regrettent les
brûlures du soleil qu’ils maudissaient après déjeuner. Ils auraient pu
patienter, supporter.

Vu d’en haut, c’est
comme une…

Voir l’article original 52 mots de plus

Mémoires : 3

Il y a un an, la pluie, déjà, encore, toujours… Mémoires…

Les mots d'Eric

Derrière la vitre d’un jour d’ici

J’attrape les gouttes de temps

Temps qui glisse

Temps qui plisse

Le regard est blotti

Entre les bras de fer

Qui s’étirent vers la mer

Sa route est si longue

Son chemin est si loin

Il se souvient

Dans le train qui coule vers le sud

Un presque homme est assoupi

Il rêve seul

Ses compagnons de nuit avalés

Regarde

Il pose le front sur le froid de la vitre

Entends ce qu’il reste d’histoire

Enfoui

Dans les plis d’acier d’une infinie nuit ferroviaire

Tu y trouveras quelques miettes sans frimes

De cette belle mémoire

Qui te souffle ses rimes…

30 juillet

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Mémoires : 2…

Les mots d'Eric

Souviens toi me dis-tu

Souviens toi

C’était peut-être hier

Ou bien plus loin

Ailleurs

A l’adresse flou du temps fini

Tu étais seul

Je t’observai

Tout le long de ton chemin

Je t’ai vu

Tu as semé

Treize petits mots

Oh oui si petits

Une syllabe chacun

Parfois deux

Et sans te retourner

Tu es parti

Oh tu sais

Je t’ai suivi

Chaque mot j’ai cueilli

Dans mon sac à demain

Sans rien dire les ai glissés

Et vois-tu mon ami

Prends ce bouquet

Aux rimes fleuris

Il est toi

Je te le donne

Il était temps

Je te le rend

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Memoires…

Quelques textes sur la mémoire que j’avais publiés l’année dernière…

Les mots d'Eric

La mémoire, ma mémoire me tracasse en ce moment, un deuxième texte sur ce thème

Dans l’arrière jour de mes nuits blanches

J’ai creusé le trou de ma mémoire oublié

Dans le fond endormi

Sur un bord de molle dune

Petits mots aux teintes passées

Dansent en giguant la ronde des guenilles

Ils vont ils roulent ils vrillent

Mots d’hier j’entends vos rires d’enfants

Crépies de mauve brune

Douces caresses se posent

Sur le long mur blanc

De ma moite insomnie

Tout est fini

Sur la feuille froissée d’un passé retrouvé

Sans un pli présent rassuré s’est endormi…

28 juillet

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Un train est entré

Souvenirs…

Les mots d'Eric

N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Pour ce presque rien
Qu’on cache sous le tapis
D’une mémoire aux rimes rondes
Rondes et fleuries
N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Ce quelque chose
Que le peuple des autres
Abandonne sur le quai
Pour un voyage sans détours
N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Celui qu’on oublie tout de suite
Pour ne pas avoir à l’apprivoiser
Sentez-vous l’odeur que la peur avait enterrée
Entendez -vous le cri du métal
Il est frappé de soleil.
C’est un beau soir qui sent le hier
Dans la salle d’attente de mes souvenirs ferroviaires
Un train vient d’entrer…

30 juin

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Mes Everest, Marguerite Duras : « Ecrire »

Les mots d'Eric

« Écrire. Je ne peux pas.
Personne ne peut.
Il faut le dire, on ne peut pas.
Et on écrit.
C’est l’inconnu qu’on porte en soi écrire, c’est ça qui est atteint. C’est ça ou rien.
On peut parler d’une maladie de l’écrit.
Ce n’est pas simple ce que j’essaie de dire là, mais je crois qu’on peut s’y retrouver, camarades de tous les pays.
Il y a une folie d’écrire qui est en soi-même, une folie d’écrire furieuse mais ce n’est pas pour cela qu’on est dans la folie. Au contraire.
L’écriture c’est l’inconnu. Avant d’écrire, on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en toute lucidité.
C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible…

Voir l’article original 112 mots de plus

L’écriture, un révélateur

Une fois n’est pas coutume, voici le texte d’une intervention que j’ai faite la semaine dernière au Ministère de la Justice, à l’occasion de la remise des prix du concours d’écriture organisé en prison par la fondation M6

Bonjour à toutes et à tous,
L’Agence Nationale de Lutte contre l’illettrisme que je représente aujourd’hui est ravie, une nouvelle fois, d’être associée à cette cérémonie de remise des prix. Nous sommes ravis d’être à vos côtés, ici, au ministère de la Justice, en compagnie du ministère de l’Education nationale, tous deux membres fondateurs du GIP ANLCI ; c’est une façon concrète d’illustrer ce que signifie « se réunir pour mieux agir ».
Quelques mots, un petit mot m’avez-vous demandé. Il arrive fréquemment lorsque nous sommes, lorsque je suis sollicité pour des occasions de ce type qu’on nous demande de dire un mot, un petit mot. C’est une formule, une façon un peu délicate de dire qu’il faut que l’intervention soit brève. Et ce matin lorsque j’ai préparé ce mot, ce petit mot, qui je vous l’assure n’excédera pas cinq minutes, je me suis interrogé. Si je n’avais qu’un mot, un seul, à choisir pour exprimer ce que j’ai à dire, quel serait-il ?
Difficile ! Mais j’ai essayé et c’est le mot révélateur qui est apparu. REVELATEUR parce que j’ai été dans ma jeunesse un photographe amateur et que j’ai connu la magie du développement en laboratoire. Je me souviens de ce moment unique ou la feuille de papier vierge de toute expression, plongée dans le révélateur laisse apparaître tout doucement une image, une photographie. Oui c’est le mot qui me convient, qui nous convient. Les mots sont et peuvent être révélés.
Ces mots, les mots sont nos compagnons de route. Ils sont souvent enfouis au fond de chacun d’entre nous. Il faut qu’ils sortent, il faut qu’ils jaillissent, qu’ils se réveillent, qu’ils se révèlent. Et c’est la magie de ces ateliers d’écriture. Comme le sourcier avec sa baguette, l’enseignante ou l’enseignant aide à réveiller et à révéler ce que vous avez au fond, à l’intérieur de vous. Les mots sont alors dits, puis ils sont écrits et enfin ils sont lus. Et demain ils seront lus et relus, à nouveau. Ils seront alors devenus une trace. J’en profite d’ailleurs pour affirmer que l’écriture et la lecture sont intimement liées et que l’annonce faite par le Président de la République que la grande cause nationale de l’été 2021 à l’été 2022 serait la lecture est une invitation qui nous est faite à toutes et à tous à valoriser les actions de ce type.
Alors oui pour certaines et certains c’est difficile, plus difficile, les mots sont là, mais ils sont rebelles, parfois impossibles à saisir, à maîtriser à apprivoiser. C’est la situation dans laquelle se trouvent 2 500 000 personnes dans notre pays. Il faut des outils, des leviers pour les rendre accessibles, pour qu’un jour ils puissent se poser sur une feuille de papier, ou sur un écran, et être utilisés.
Parmi les différentes catégories de ce concours, il y a celle des débutants et c’est à vous et à vos enseignantes et enseignants que je m’adresse aujourd’hui. Si le parcours pour donner vie à ces mots est plus difficile, plus long, parfois semé d’embûches, au bout le résultat est le même. Nous sommes à l’ANLCI attachés à ce que ne soient jamais oubliés, celles et ceux qui souffrent de ne pouvoir mettre en mot, cette musique intérieure. Nous sommes attachés avec nos partenaires, avec les administrateurs du GIP à ce que des solutions soient proposées pour que demain nous puissions embarquer avec nous tout un peuple de lecteurs. Parmi ces solutions il y a les ateliers d’écriture, avec ce travail formidable des intervenantes et intervenants de l’Education nationale, de l’Administration pénitentiaire. Ce travail qui réveille et révèle ces talents que chacune et chacun d’entre vous a en lui.
Chaque texte est unique, chaque texte témoigne du travail accompli : il le révèle, il vous révèle pour que les émotions puissent tranquillement se poser sur une feuille de papier ou sur un écran.
C’est ce que vous avez réalisé M……….. avec votre texte qui obtient le troisième prix de cette catégorie débutant. Nous vous en félicitons et vous invitons à considérer que cette dernière fois qui était le thème de cette année marque le début d’une aventure où les mots occuperont une place centrale.
Eric NEDELEC
Directeur adjoint de l’ANLCI

Extrait…

…Le bonheur je ne sais pas ce que c’est, et puis je ne veux pas le décrire, je ne veux pas l’encadrer avec des mots qui seront de toute façon, un jour ou l’autre enfermés dans un dictionnaire. Le bonheur, tu le vois bien Anton, il arrive, là, comme ça, sans rien dire, c’est un soir, à Narvik. On marche, nos mains se tiennent, et le bonheur est là, comment veux-tu trouver un mot pour en parler, comment veux-tu le décrire ?

Sur le chemin de ma mémoire…

Les mots d'Eric

Photo de Skitterphoto sur Pexels.com

La nuit était lourde, épaisse,
Des plaques d’air poisseux s’empilaient
Le lit s’enfonçait dans la vase molle de ma mémoire
Je cherchais le chemin pour me conduire au début
Sur les bas-côtés de mon rêve éveillé
De mauvaises ronces se sont réveillées
Mon pas est lent
J’ai le souffle court
Tous les cailloux que j’avais semés
Sont enfoncés dans le sable gris
Je me bats contre un vent mauvais
Il souffle de tous côtés
Et s’engouffre dans le couloir de l’oubli

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Je t’attends.

Les mots d'Eric

La mer est là

Elle s’est invitée

Dans la morne plaine

Des écrans bleutés

Elle veut me dire

Assez

Je n’en peux plus de vos rimes tristes

Je veux qu’on les oublie

Je n’en veux plus de votre Amérique

Qu’on enferme en un clic

Moi j’attends le chant du vent

Je le veux là

Tout contre moi

L’écume des mots s’envolent

Et se pose sur tes lèvres salées

7 juillet

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Humeur

Écrire les couleurs de l’été

Écrire les fureurs de mes colères rentrées

Écrire les peurs d’une longue nuit de craie

Écrire un mot doux qui frissonne

Écrire une belle lettre ronde et noire

Écrire sur les lignes grises de ta mémoire

Écrire sans un bruit dans le silence de papier d’un matin froissé…

Rêve à finir..

Troisième republication du jour…

Les mots d'Eric

C’était une longue nuit,

De celle que fatigué

Vite, on oublie.

J’ai grimpé dans le dernier wagon

De ce rêve bleu

Affalée sur le quai.

Un enfant triste est assis contre la vitre humide.

Il me regarde :

Où étais-tu hier ?

Je t’attendais tu le sais…

Tu n’es pas venu,

J’ai tourné la page.

J’etais si seul,

Oh si seul tu sais…

Et j’ai tenté de pleurer,

Mais le rêve a poursuivi

Son chemin jusqu’à demain.

Aide moi je t’en prie,

Aide moi,

Je ne veux pas que tout soit fini…

6 juillet

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Prends garde homme pressé…

C’était il y a un an…

Les mots d'Eric

Homme pressé

Je le vois tu trepignes

Je l’entends tu t’indignes

Un instant écoute moi

Dans le monde que tu inventeras

Il ne faudra rien oublier

Ni le gris ni la pluie

Ni la peur ni la sueur

Ni l’acier ni la saleté

Prends garde homme pressé

Dans les sillons serrés de tes rêves de demain

N’oublie rien

Oh oui je t’en prie

Prends garde à semer

Quelques graines oubliées

De ce monde que nous avons tant aimé

2 juillet

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Extrait…

Mon travail d’écriture avance, environ 150 pages déjà noircies, avec lorsque je me relis, toujours à voix haute pour entendre la musique des mots, des frissons que j’ai envie de partager, même si le travail est loin d’être achevé…

…Marcel et Jeanne sont restés plusieurs années à Narvik. Anton ne sait pas exactement ce qu’ils y ont fait. Vous êtes restés combien de temps là-bas ? Et la réponse, toujours la même…Plusieurs années. Comme s’il ne fallait pas compter, mesurer, encadrer. Le temps ne doit pas se mesurer Anton, le temps c’est de la vie qui passe, c’est de la vie qui enfle, de la vie qui souffre, de la vie qui rit, s’enflamme et parfois disparaît. Et cela ne se mesure pas. Dès que tu poses la question combien, tout est fini Anton, tu es fini, tu as fini. La mémoire qu’il nous reste de là-bas n’est pas gradué, elle est pleine, entière, avec des rondeurs, des zones un peu floues…

Un bref extrait…

J’ai écrit plus de 140 pages de mon nouveau roman, alors je me suis dit, tiens pourquoi pas proposer un extrait, comme ça, brut, un extrait pas retravaillé, un extrait que j’aime… Il y en aura peut-être d’autres.

… Je suis arrivée à l’heure de la journée que je préfère, ces heures de mai, qui s’étirent dans la douceur avec de la lumière plein les poches. Je suis arrivée dans ce bref moment où tout va se mélanger, se confondre. On est dans l’entre deux. Les arbres, mes arbres, tremblent à peine. Je sais qu’ils me voient, je sais qu’ils me sentent. Je suis sorti, je les écoute, j’entends ce qu’ils me disent. Et j’écris, je suis assise sur une pierre, elle est recouverte de mousse, j’ai sorti le cahier, le gros, celui où je raconte, celui où je me raconte. Je le pose bien à plat sur les genoux que j’ai serrés. J’aime le bruit que font les pages quand un souffle les soulève. Je pense aux arbres, au papier. Et j’écris quelques mots de plus. Je suis essoufflée, ce n’est pas le vélo, ce n’est pas la course pour venir jusqu’ici. Je suis essoufflée parce que je respire, je suis essoufflée parce que j’existe…

Mes Everest, Grégoire Delacourt…

Parmi les pauses lecture que je m’accorde pendant mon chantier d’écriture, il y a eu ce magnifique roman de Grégoire Delacourt. L’extrait que je vous propose est comment dire d’une intensité poétique qui me provoque des vibrations.

/… Sa famille.

Des cultivateurs dans le Cambrésis. Vingt hectares de lecture fourragère. Quelques bêtes. Des nuits de peu d’heures, des mains usées, des ongles noirs, comme des griffes, la peau tannée, un vieux cuir craquelé. Jamais de vacances, jamais de premier mai parfumé au muguet ; la terre, toujours, la terre exigeante, capricieuse ; et la mer, une fois, une seule, pour mes sept ans, a-t-il précisé, mais pas vraiment la mer, une plage plutôt, celle des Argales, à Rieulay, du sable fin au bord d’un lac artificiel sur un ancien terril ; mes parents n’avaient pas voulu me décevoir : ils avaient dit qu’il n’y avait pas de vagues ce jour là, une histoire de lune, de planètes, je ne sais plus, et je les avais bien crus, bien que l’eau ne soit pas salée, ah ça ! disait mon père à propos du sel, ça dépend des courants, des marées et même de la lune, André, c’est très compliqué, tu sais, tout ce bazar, et plus tard j’ai compris qu’ils avaient voulu m’écrire une histoire unique, m’enseigner que l’imagination fait advenir tous les voyages, exhausse toutes les enfances. Ils ne se plaignaient jamais, ni du gel ni des pluies qui pourrissaient tout ; ils sillonnaient et façonnaient la terre comme des sculpteurs, comme des amants ; ils lui parlaient, ils la remerciaient les jours de grande récoltes , la consolaient lorsque le froid la fendillait et la gerçait ; ils aimaient que le temps marque les choses. Ils attendaient les printemps comme on attend un pardon. /…

Sur le tableau noir de mes envies

Non ne je n’ai pas disparu. Je suis simplement tout entier concentré à noircir un de mes magnifiques carnets. Mon quatrième roman avance. Je prends quelques pauses poétiques pour nettoyer la machine…

Sur le tableau noir de mes désirs d’écriture
J’ai tracé quelques lettres de brumes
Des mots bleus se sont envolés
A tire ligne jusqu’au bord d’une blanche feuille
Que j’avais attendue
Une phrase est là, en suspens
Une autre aussi qui l’attend
Je les regarde heureux
Elle se sont aimées
Avec mon consentement

Je continue…

Plus de 80 pages écrites, pour l’instant pas de difficulté, les mots bouillonnent, les phrases coulent, et je tiens la barre. Le personnage principal, Anton, se dessine de plus en plus, à travers le chapitre consacré à son père et celui, en cours, à sa mère, on comprend, on le comprend. La transmission est là, un héritage des émotions. Comprendre d’où l’on vient, l’alchimie de la rencontre, du peut-être hasard, et pages après pages, l’écriture pose une trace, de ces belles traces qui sentent bon la vie.

Le vent se lève…

Une longue promenade, hier, à quelques minutes de chez moi au dessus de Saint-Etienne, et quelques photos qui annoncent la tempête de la nuit. Un intermède poétique pour respirer un peu

Derrière le tendre vert des collines alanguies
J’entends le vent qui bruit
Sans un cri
Un reste de pli bleu
Couvre ronde larme de si peu
Sur le bord gris de tes yeux bleus

J’avance…

Quelques nouvelles de mon manuscrit. J’avance d’un pas sûr et volontaire, déjà plus de soixante dix pages sont noircies, les personnages prennent toute leur place, et je sens qu’ils commencent à se sentir bien, chaque matin quand j’ouvre le carnet moleskine, ils se retrouvent. Anton bien sûr, mais ces derniers jours Marcel beaucoup. On a même aperçu dans le coin d’une feuille Louis et Maria, les parents de Marcel. La première partie s’achève sur une porte qui s’ouvre. Sur le pas de cette porte, il y a Jeanne. Jeanne qui attend, Jeanne qui m’attend. Il faut que je vous laisse, je ne peux pas la laisser, là, sur le palier…

Bouée…

Il y a un an…

Les mots d'Eric

L’homme est courbé,

Son dur regard racle le sol.

Lever les yeux?

Il ne le veut pas,

Il ne le peut plus.

L’homme est triste,

Il marche

Sur le fil gris de la peur.

Il tire sur les manches de la douleur,

Soudain,

Merle siffle;

L’homme déplie un bout de sourire,

Essuie la buée de ses larmes bleues,

Bouée est là, ronde et fleurie.

Elle est pour lui

Il la serre,

Tout est fini.  

24 avril

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Les arêtes de mon stylo…

Lorsque j’écris, sur le papier, avec un stylo-bille des plus commun, je ressens très fort la sensation de l’écriture. C’est un acte physique, qui laisse des traces. Et je me souviens alors de cette toute première phrase que j’avais écrite il y a quarante trois ans lorsque je décidai d’écrire un roman, mon premier roman, première pierre d’un chantier qui ne s’est jamais fermé, même dans les pires moments, ceux où l’inspiration est ballottée dans les intempéries de la vie.
Je me souviens, j’avais 19 ans et j’écrivais : « J’ai la tête qui bourdonne, les mains moites. Mes jointures gardent en mémoire les arêtes du stylo. »
En ce moment, presque tous les soirs mes doigts gardent en mémoire les arêtes de mon stylo.

Mes Everest, Yves Simon

Quand j’écris, j’ai une « playlist » qui m’accompagne, et sur cette playlist en bonne place il y a Yves Simon

Mots d’amour qui s’envolent
Tous les jours cajolent
Des visages fatigués, meurtris, démodés,
Ma jeunesse s’enfuit
Ma jeunesse s’enfuit
Et la vie aussi.

Tout au bout de la mer
L’autoroute s’est fermée,
Une vieille Strudebaker
La nuit s’est crashée,
Ma jeunesse s’enfuit
Ma jeunesse s’enfuit
Et la vie aussi.

Dans ces aérogares
Où nos amours s’égarent,
Les rêves n’ont pas de fin,
Pas de fin.
Romans inachevés,
Des mots glissés froissés
Sous la lune de l’hiver,
Des baisers volés,
Ma jeunesse s’enfuit
Ma jeunesse s’enfuit
Et la vie aussi.

Que deviennent les visages
Des passantes passées,
De la seule qu’a compté,
Jamais oubliée.

Un parking sous la neige,
Bagnoles prises au piège,
Dans la nuit passe un train,
Trop tard pour demain,
Ma jeunesse s’enfuit
Ma jeunesse s’enfuit
Et la vie aussi.

Les mots sont là

Les mots sont là, ils coulent, c’est un flot ininterrompu. Toutes les digues ont sauté. Je retrouve l’excitation de l’inspiration qui ne se contient plus. Je marche, j’écris, je dors, je rêve, j’écris. Les pages se noircissent, et l’épaisseur de l’encre qui sèche sur le papier produit comme un craquement. Mais ce n’est pas une feuille morte. J’aime tant que de la vie pensée vienne se poser sur le papier. C’est une magie dont je ne me lasse pas. L’histoire que j’écris avance, à grand pas, les personnages ont pris place, pas encore toute leur place, mais ils sont là, je commence à m’habituer à leur présence. Vous connaissez certains d’entre eux, j’ai à plusieurs reprises posé quelques bribes sur ce blog. Leurs contours se dessinent, je les aime, et redoute déjà le moment où la fin approchera. Mais le chemin est encore long…

Mes Everest. Et basta, Léo Ferré

J’écris beaucoup en ce moment, mon quatrième roman,et je noircis des carnets…Pour m’accompagner dans mon inspiration j’écoute Ferré, notamment Et Basta, certains passages sont d’une puissance sans pareil…

La solitude est une configuration particulière du mec : une large tache d’ombre pour un soleil littéraire
La solitude c’est encore de l’imagination
C’est le bruit d’une machine à écrire
J’aimerais autant écrire sur des oiseaux chantant dans les matins d’hiver
J’ai rendez-vous avec les fantômes de la merde
Les jours de fête, je les maudis, cette façon de sucre d’orge donné à sucer aux pauvres gens, et qui sont d’accord avec ça et on retournera lundi pointer
Je vois des oranges dans ce ciel d’hiver à peine levé
Le soleil, quand ça se lève, ça ne fait même pas de bruit en descendant de son lit. Ça ne va pas à son bureau, ni traîner Faubourg Saint-Honoré et quand ça y traîne, dans le Faubourg, tout le monde s’en rengorge. Tu parles ! Ni rien de ces choses banales que les hommes font qu’ils soient de la haute ou qu’ils croupissent dans le syndicat. Le soleil, quand ça se lève, ça fait drôlement chier les gens qui se couchent tôt le matin
Quant à ceux qui se lèvent, ils portent leur soleil avec eux, dans leur transistor.
Le chien dort sous ma machine à écrire. Son soleil, c’est moi
Son soleil ne se couche jamais… Alors il ne dort que d’un œil
C’est pour ça que les loups crient à la lune. Ils se trompent de jour

Mes Everest : Jean Roger Caussimon

Ne chantez pas la Mort, c’est un sujet morbide
Le mot seul jette un froid, aussitôt qu’il est dit
Les gens du « show-business » vous prédiront le « bide »
C’est un sujet tabou… Pour poète maudit
La Mort!
La Mort!
Je la chante et, dès lors, miracle des voyelles
Il semble que la Mort est la sœur de l’amour
La Mort qui nous attend, l’amour que l’on appelle
Et si lui ne vient pas, elle viendra toujours
La Mort
La Mort…

La mienne n’aura pas, comme dans le Larousse
Un squelette, un linceul, dans la main une faux
Mais, fille de vingt ans à chevelure rousse
En voile de mariée, elle aura ce qu’il faut
La Mort
La Mort…
De grands yeux d’océan, une voix d’ingénue
Un sourire d’enfant sur des lèvres carmin
Douce, elle apaisera sur sa poitrine nue
Mes paupières brûlées, ma gueule en parchemin
La Mort
La Mort…

« Requiem » de Mozart et non « Danse Macabre »
(Pauvre valse musette au musée de Saint-Saëns!)
La Mort c’est la beauté, c’est l’éclair vif du sabre
C’est le doux penthotal de l’esprit et des sens
La Mort
La Mort…
Et n’allez pas confondre et l’effet et la cause
La Mort est délivrance, elle sait que le Temps
Quotidiennement nous vole quelque chose
La poignée de cheveux et l’ivoire des dents
La Mort
La Mort…

Elle est Euthanasie, la suprême infirmière
Elle survient, à temps, pour arrêter ce jeu
Près du soldat blessé dans la boue des rizières
Chez le vieillard glacé dans la chambre sans feu
La Mort
La Mort…
Le Temps, c’est le tic-tac monstrueux de la montre
La Mort, c’est l’infini dans son éternité
Mais qu’advient-il de ceux qui vont à sa rencontre?
Comme on gagne sa vie, nous faut-il mériter
La Mort
La Mort…

La Mort?…

C’est parti…

Oui c’est parti…Cela couvait depuis plusieurs mois, peut-être plus. J’ai entamé cette première étape, que je trouve personnellement très jouissive, celle de l’écriture manuscrite, avec un bon vieux Bic cristal de ce qui sera mon quatrième roman. J’ai pris beaucoup de temps en amont pour travailler le plan, les personnages. Pendant quelques semaines je vais noircir le magnifique papier de ce gros carnet Moleskine, habité par cette histoire qui a déjà pris possession de mon intérieur… Je serai peut-être moins présent, comme c’était d’ailleurs le cas ces derniers temps pendant la gestation, encore que… J’aurai certainement besoin de respirations poétiques…

Ne regarde pas comme les autres…

Ne regarde pas comme les autres.

Les autres…N’écoute pas ce qu’ils te disent, sors de leur route toute tracée, choisis ton chemin. Et si on te répond que ce n’est pas possible d’entendre la mer lorsque tu es dans la forêt, ne dis rien, ferme les yeux et plains les, eux, qui n’entendent pas les arbres qui s’essaient au bruit des vagues. S’ils te disent que c’est ton imagination qui te joue des tours, réponds-leur que leur imagination est en panne, fatiguée, dis-leur que c’est quand on ne veut pas voir ce qui est vrai, quand on ne veut pas entendre le bruit des vagues qui secouent les crêtes des sapins qu’on est trompé par son obsession du réel convenu.

Cette imagination-là n’est pas la tienne, tu n’en veux pas de ces artifices pour enfant naïf qui fabriquent du magique pour empêcher d’aller ailleurs, de choisir d’autres chemins, tu n’en veux pas de cette mythologie préfabriquée qui fabrique des rêves à la chaîne, des rêves qui sont toujours les mêmes, depuis longtemps, et pour tout le monde. Tu dois leur dire que les arbres tu les vois comme des arbres et pas comme de vieilles femmes aux doigts crochus ou tout autres monstres qu’on veut entrer de force dans les têtes pour que les peurs soient identiques.

Tu ne dois pas être comme les autres. Les arbres tu dois les voir arbres et la mer que tu entends quand ils bougent dans le vent tu dois dire que c’est la mer. Tu ne dois pas dire : ils font comme la mer, c’est comme la mer, j’ai l’impression d’entendre la mer. Tu ne dois pas dire cela parce que c’est injuste de le dire, c’est injuste pour les arbres d’abord, et puis pour la mer surtout, c’est comme si tu disais que la mer n’existe pas, qu’elle est ailleurs, plus loin, toujours plus loin, qu’elle n’appartient qu’à ceux qui prétendent qu’ils l’ont vue, qu’ils l’ont entendue avec leurs mots à eux, avec les mots qui ont été fabriqués par d’autres pour dire que la mer existe, ici, et pas ailleurs…

Toi tu dois dire que la mer existe ici, dans ces forêts d’altitude, tu dois dire qu’elle est là, derrière ce vent, comme une mémoire……

Petite lueur…

Les mots d'Eric

Photographie de Alice Nédélec

J’ai dans la mémoire de mes mains un trou d’où jaillit une
petite lueur. Lumière des mots oubliés, étouffés par l’ombre grise du
dictionnaire de l’utile dont on habille les phrases pour sortir dans la pudeur
administrative. Je pose mon œil poétique au-dessus, juste au-dessus et soudain
les doigts retrouvent le chemin, on dirait qu’ils dansent sur le papier, ils
sont chargés de beau, ils sont emplis de
ces courbes que prennent les mots quand ils sont libérés de leurs prisons
académiques; et ils dansent et ils chantent de la fraîcheur retrouvé.

Qu’ils sont beaux les mots !

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Mes Everest : Colette

Le printemps craintif fuit devant nous. Il rajeunit d’heure en heure et se referme feuille à feuille, fleur à fleur, à mesure que nous regagnons le Nord. A l’ombre plus grêle des haies, les pâquerettes d’avril ont reparu, et les dernières violettes décolorées…L’azur plus pâle, l’heure plus courte, une humidité acide de l’air créent l’illusion de rajeunir et de remonter le temps…

Colette, La vagabonde 1910

Tous les murs sont achevés…

Les mots d'Eric

Il est déjà tellement tard
Plus rien n’est à commencer
Tous les murs sont achevés
Les regards se sont affadis
Les épaules sont entrées
Le visage est affalé

Pourtant

Pourtant il faudrait
Il faudrait ouvrir des fenêtres
Laisser entrer des éclats de rêves mauves et bleutés
Et soudain redresser le menton
Bomber le torse
Et contempler en riant
Le souvenir d’un arbre lointain

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Sur le front…

C’était il y a un an, rien n’a changé, enfin presque…

Les mots d'Eric

C’est une guerre me dites-vous ?

Oui vous avez raison !

De ma fenêtre ouverte,

Je distingue le champ de bataille…

Le combat a débuté,

Le printemps est bien là,

Il est sur le front.

En première ligne, il envoie des troupes d’élite…

Fleurs blanches légères,

Doux pétales envolés…

La victoire est proche…

11 avril

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Tempête est là..

Voici le texte que les éditions des embruns ont retenu pour leur ouvrage « Avis de tempête »

Homme d’en bas,

Regarde le visage de l’océan.

Sur son front salé,

C’est la tempête qu’on lit.

Les rides se sont creusées,

Le regard s’est assombri.

De belles longues vagues blanches,

Entrent dans les terres usées

Elles s’étirent en criant,

Et offrent leurs bouquets d’écume

Aux récifs abandonnés.

Regarde les qui entrent dans la danse.

Écoute les !

Elles chantent avec le vent

Ferme les yeux,

Laisse entrer l’ocean.

C’est la tempête à Ouessant

2 novembre 2019

Dans le soir de ses yeux…

Les mots d'Eric

Photo de Umberto Shaw sur Pexels.com

Dans le soir de ses yeux
Je lis la dernière phrase
D’une histoire fanée
Tant de fois racontée

Ses mots sont lourds et glacés
Je les pose sans rien dire
Dans le creux lisse
De mes mains de papier

Dans le noir de ses cheveux
Douce main glisse en frisant
Les dernières boucles de rires envolés
C’est la longue nuit des errants séparés

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Regarde…

Regarde
Oh oui regarde
Lève les yeux
Oublie
L’ombre épaisse des mauvais rêves
De tes nuits agitées
Glisse
Penche-toi en riant
A la fenêtre des absents
Regarde
Oh oui regarde
La lumière est si belle
Elle s’étire doucement
Entre les tendres bras
Du matin des amants
Ecoute
Oh oui écoute
Tu l’entends te dire
Je t’attends…

30 mars 2021

Mes Everest, René Char: « les vivres du retour… »

Au fond de la nuit la plus nue
Pas trace de village sur la houle
Je n’ai qu’à prendre ta main
Pour changer le cours de tes rêves
Embellie ton haleine malmenée par la rixe

Tous les sentiers qui te dévêtent
Ont dans le lierre de mon corps
Perdu leurs chiens leurs carillons
La tige émoussée de l’étoile
Fait palpiter ton sexe ému
A mille lieues vierges de nous
Nous restons sourds à l’agneau noir
A toute goutte d’eau d e pieuvre
Nous avons ouvert le lit
A la pierre creuse du jour en quête de sang
De résistance

Les mots s’envolent…

Les mots d'Eric

Il ouvre son livre intérieur

Et ajoute quelques pages.

L’encre ne sèche plus.

Elle coule

Douce et légère.

C’est le sang vif des mots.

Ils s’échappent, lumineux.

Le jour les éveille.

C’est si beau

Ces mots qui s’envolent.

Dans le vent qui attend, quelques
grains de lumière,

Les yeux les lisent, le regard se
plisse.

Le cœur s’affole,

On est bien.

Pas un son n’essaye le bruit,

Tout est mélodie.

Des notes s’enroulent

Autour des mots,

Flotte comme un doux parfum de nuit

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Blues…

Les mots d'Eric

Un vieil homme au regard gris

Ferme les yeux

Il ne fixe plus le haut du mât

De ses vies passées

Les draps noirs de sa mémoire fripée

Dans la brume de nos larmes se sont emmêlés

Pas un qui ne claque

Pas un qui n’appelle

Le vieil homme est endormi

Il ne reçoit plus le chant des cargos

Dans le blues de son regard qui s’éteint

Les vents de l’Ouest se sont abîmés

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Je te savais…

Les mots d'Eric

C’était l’heure des sans amis
Penché vers un presque rien
Je voulais prendre ce chemin
Et rêvais d’y rencontrer les hommes
Aux doux regard paisibles
Qui rêvent de lendemains
Aux bords ronds et malins
J’ai marché jusqu’au dernier bout
Lointain
Oh si lointain
Elle était là
Seule et perdue
Vêtue d’une longue trainée de brume
Elle attendait en souriant
Je te savais
Tu le sais
Entre tes larges marges inventées
Je t’avais inventé

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Il faut que cesse la peur…

Les mots d'Eric

Il faut que cesse la peur

Oui il le faut

Regarde

Le monde est si beau

Je l’entends

Il me le dit

Mais n’en peut plus

De ce long naufrage organisé

Où les hommes sont courbés

Regarde

Ils se sont perdus

Dans les bas-fonds

De leurs écrans maléfiques

Ils ont oublié la beauté des lueurs noires

Regarde

Le ciel est si seul

Et pleure ses couleurs effacées

Le monde n’en veut plus

Les hommes ont abandonné

Et creusent leurs sillons

Ils labourent en se taisant

Le lourd soc

Aiguisé a la pierre de la peur

Entre en criant dans le ventre de la terre

Il faut que cesse la peur

La mer se fait lointaine

Ils l’ont noyée

Sous l’horizon du désespoir

25 août

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Ecrire des mots aux ailes bleues…

Ecrire…

Les mots d'Eric

Je voudrais écrire,

Oh oui, je le veux…

Écrire pour deux,

Pour toi, pour eux.

Je voudrais écrire

Heureux,

Entre deux lourdes marges en feu.

Oh, je voudrai tant écrire,

Ce mot qui caresse,

Là, seul,

Il attend, rien ne presse.

Je voudrais tant écrire

Tendresse,

Sur une feuille d’automne

Aux rimes mauves

Sur le titre accrochées.

Je voudrais tant…

Tremper ma plume

Dans une flaque de rires jolis.

Je voudrais tant entendre

De longs mots aux ailes bleues.

Ils chantent, ils dansent,

C’est eux, ils sont arrivés.

10 février 2020

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Mes Everest : au printemps, Jacques Brel…

Les mots d'Eric

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant

Toutes les filles
Vous donneront leurs baisers
Puis tous leurs espoirs
Vois tous ces cœurs
Comme des artichauts
Qui s’effeuillent en battant
Pour s’offrir aux badauds
Vois tous ces cœurs
Comme de gentils mégots
Qui s’enflamment en riant
Pour les filles du métro

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant

Tout Paris
Se changera en baisers
Parfois même en grand soir
Vois tout Paris
Se change en pâturage
Pour troupeaux d’amoureux
Aux bergères…

Voir l’article original 133 mots de plus

Printemps…

Les mots d'Eric

A la table des quatre saisons,

Comme chaque année,

Je me suis installé…

Et pour monsieur, ce sera?

Oh pour monsieur ce sera simple!

Un peu de printemps, s’il vous plait.

Et je le veux nature,

Sans fioritures,

Ni fanfares, ni trompettes !

Je vous en prie,

Je suis pressé.

Oh oui,

Il y a tant d’hivers

Que je l’attends.

C’est un printemps

Que je veux déguster

Et emporter…

Oui je le prends,

Tel qu’il est…

Oui ainsi :

Fleuri,

Et pour le service,

Un sourire ou deux,

Et je serai comblé,

Pour tout l’été.

5 avril

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Ecoute…

C’était il y a un an, si près, si loin…

Les mots d'Eric

J’ai commencé depuis lundi le journal poétique de cette terrible période, parce que je sais par expérience que les mémoires sont molles et qu’il est nécessaire de garder une trace…

Ce soir devant chez moi…

Homme confiné,

Pousse la porte,

Ecoute…

Comment?

Tu n’entends rien!

Cherche, cherche,

Homme numérique.

Retrouve les petits cailloux

Que tes pères ont semés,

Sur le chemin

De ta mémoire encombrée.

Retrouve les traces, homme,

Ils sont là,

Je les entends,

Petits bruits oubliés,

De ce monde que tu ne laisses plus chanter.

19 mars

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