C’est parti…

Oui c’est parti…Cela couvait depuis plusieurs mois, peut-être plus. J’ai entamé cette première étape, que je trouve personnellement très jouissive, celle de l’écriture manuscrite, avec un bon vieux Bic cristal de ce qui sera mon quatrième roman. J’ai pris beaucoup de temps en amont pour travailler le plan, les personnages. Pendant quelques semaines je vais noircir le magnifique papier de ce gros carnet Moleskine, habité par cette histoire qui a déjà pris possession de mon intérieur… Je serai peut-être moins présent, comme c’était d’ailleurs le cas ces derniers temps pendant la gestation, encore que… J’aurai certainement besoin de respirations poétiques…

Ne regarde pas comme les autres…

Ne regarde pas comme les autres.

Les autres…N’écoute pas ce qu’ils te disent, sors de leur route toute tracée, choisis ton chemin. Et si on te répond que ce n’est pas possible d’entendre la mer lorsque tu es dans la forêt, ne dis rien, ferme les yeux et plains les, eux, qui n’entendent pas les arbres qui s’essaient au bruit des vagues. S’ils te disent que c’est ton imagination qui te joue des tours, réponds-leur que leur imagination est en panne, fatiguée, dis-leur que c’est quand on ne veut pas voir ce qui est vrai, quand on ne veut pas entendre le bruit des vagues qui secouent les crêtes des sapins qu’on est trompé par son obsession du réel convenu.

Cette imagination-là n’est pas la tienne, tu n’en veux pas de ces artifices pour enfant naïf qui fabriquent du magique pour empêcher d’aller ailleurs, de choisir d’autres chemins, tu n’en veux pas de cette mythologie préfabriquée qui fabrique des rêves à la chaîne, des rêves qui sont toujours les mêmes, depuis longtemps, et pour tout le monde. Tu dois leur dire que les arbres tu les vois comme des arbres et pas comme de vieilles femmes aux doigts crochus ou tout autres monstres qu’on veut entrer de force dans les têtes pour que les peurs soient identiques.

Tu ne dois pas être comme les autres. Les arbres tu dois les voir arbres et la mer que tu entends quand ils bougent dans le vent tu dois dire que c’est la mer. Tu ne dois pas dire : ils font comme la mer, c’est comme la mer, j’ai l’impression d’entendre la mer. Tu ne dois pas dire cela parce que c’est injuste de le dire, c’est injuste pour les arbres d’abord, et puis pour la mer surtout, c’est comme si tu disais que la mer n’existe pas, qu’elle est ailleurs, plus loin, toujours plus loin, qu’elle n’appartient qu’à ceux qui prétendent qu’ils l’ont vue, qu’ils l’ont entendue avec leurs mots à eux, avec les mots qui ont été fabriqués par d’autres pour dire que la mer existe, ici, et pas ailleurs…

Toi tu dois dire que la mer existe ici, dans ces forêts d’altitude, tu dois dire qu’elle est là, derrière ce vent, comme une mémoire……

Petite lueur…

Les mots d'Eric

Photographie de Alice Nédélec

J’ai dans la mémoire de mes mains un trou d’où jaillit une
petite lueur. Lumière des mots oubliés, étouffés par l’ombre grise du
dictionnaire de l’utile dont on habille les phrases pour sortir dans la pudeur
administrative. Je pose mon œil poétique au-dessus, juste au-dessus et soudain
les doigts retrouvent le chemin, on dirait qu’ils dansent sur le papier, ils
sont chargés de beau, ils sont emplis de
ces courbes que prennent les mots quand ils sont libérés de leurs prisons
académiques; et ils dansent et ils chantent de la fraîcheur retrouvé.

Qu’ils sont beaux les mots !

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Mes Everest : Colette

Le printemps craintif fuit devant nous. Il rajeunit d’heure en heure et se referme feuille à feuille, fleur à fleur, à mesure que nous regagnons le Nord. A l’ombre plus grêle des haies, les pâquerettes d’avril ont reparu, et les dernières violettes décolorées…L’azur plus pâle, l’heure plus courte, une humidité acide de l’air créent l’illusion de rajeunir et de remonter le temps…

Colette, La vagabonde 1910

Tous les murs sont achevés…

Les mots d'Eric

Il est déjà tellement tard
Plus rien n’est à commencer
Tous les murs sont achevés
Les regards se sont affadis
Les épaules sont entrées
Le visage est affalé

Pourtant

Pourtant il faudrait
Il faudrait ouvrir des fenêtres
Laisser entrer des éclats de rêves mauves et bleutés
Et soudain redresser le menton
Bomber le torse
Et contempler en riant
Le souvenir d’un arbre lointain

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Sur le front…

C’était il y a un an, rien n’a changé, enfin presque…

Les mots d'Eric

C’est une guerre me dites-vous ?

Oui vous avez raison !

De ma fenêtre ouverte,

Je distingue le champ de bataille…

Le combat a débuté,

Le printemps est bien là,

Il est sur le front.

En première ligne, il envoie des troupes d’élite…

Fleurs blanches légères,

Doux pétales envolés…

La victoire est proche…

11 avril

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Tempête est là..

Voici le texte que les éditions des embruns ont retenu pour leur ouvrage « Avis de tempête »

Homme d’en bas,

Regarde le visage de l’océan.

Sur son front salé,

C’est la tempête qu’on lit.

Les rides se sont creusées,

Le regard s’est assombri.

De belles longues vagues blanches,

Entrent dans les terres usées

Elles s’étirent en criant,

Et offrent leurs bouquets d’écume

Aux récifs abandonnés.

Regarde les qui entrent dans la danse.

Écoute les !

Elles chantent avec le vent

Ferme les yeux,

Laisse entrer l’ocean.

C’est la tempête à Ouessant

2 novembre 2019

Dans le soir de ses yeux…

Les mots d'Eric

Photo de Umberto Shaw sur Pexels.com

Dans le soir de ses yeux
Je lis la dernière phrase
D’une histoire fanée
Tant de fois racontée

Ses mots sont lourds et glacés
Je les pose sans rien dire
Dans le creux lisse
De mes mains de papier

Dans le noir de ses cheveux
Douce main glisse en frisant
Les dernières boucles de rires envolés
C’est la longue nuit des errants séparés

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Regarde…

Regarde
Oh oui regarde
Lève les yeux
Oublie
L’ombre épaisse des mauvais rêves
De tes nuits agitées
Glisse
Penche-toi en riant
A la fenêtre des absents
Regarde
Oh oui regarde
La lumière est si belle
Elle s’étire doucement
Entre les tendres bras
Du matin des amants
Ecoute
Oh oui écoute
Tu l’entends te dire
Je t’attends…

30 mars 2021

Mes Everest, René Char: « les vivres du retour… »

Au fond de la nuit la plus nue
Pas trace de village sur la houle
Je n’ai qu’à prendre ta main
Pour changer le cours de tes rêves
Embellie ton haleine malmenée par la rixe

Tous les sentiers qui te dévêtent
Ont dans le lierre de mon corps
Perdu leurs chiens leurs carillons
La tige émoussée de l’étoile
Fait palpiter ton sexe ému
A mille lieues vierges de nous
Nous restons sourds à l’agneau noir
A toute goutte d’eau d e pieuvre
Nous avons ouvert le lit
A la pierre creuse du jour en quête de sang
De résistance

Les mots s’envolent…

Les mots d'Eric

Il ouvre son livre intérieur

Et ajoute quelques pages.

L’encre ne sèche plus.

Elle coule

Douce et légère.

C’est le sang vif des mots.

Ils s’échappent, lumineux.

Le jour les éveille.

C’est si beau

Ces mots qui s’envolent.

Dans le vent qui attend, quelques
grains de lumière,

Les yeux les lisent, le regard se
plisse.

Le cœur s’affole,

On est bien.

Pas un son n’essaye le bruit,

Tout est mélodie.

Des notes s’enroulent

Autour des mots,

Flotte comme un doux parfum de nuit

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Blues…

Les mots d'Eric

Un vieil homme au regard gris

Ferme les yeux

Il ne fixe plus le haut du mât

De ses vies passées

Les draps noirs de sa mémoire fripée

Dans la brume de nos larmes se sont emmêlés

Pas un qui ne claque

Pas un qui n’appelle

Le vieil homme est endormi

Il ne reçoit plus le chant des cargos

Dans le blues de son regard qui s’éteint

Les vents de l’Ouest se sont abîmés

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Je te savais…

Les mots d'Eric

C’était l’heure des sans amis
Penché vers un presque rien
Je voulais prendre ce chemin
Et rêvais d’y rencontrer les hommes
Aux doux regard paisibles
Qui rêvent de lendemains
Aux bords ronds et malins
J’ai marché jusqu’au dernier bout
Lointain
Oh si lointain
Elle était là
Seule et perdue
Vêtue d’une longue trainée de brume
Elle attendait en souriant
Je te savais
Tu le sais
Entre tes larges marges inventées
Je t’avais inventé

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Il faut que cesse la peur…

Les mots d'Eric

Il faut que cesse la peur

Oui il le faut

Regarde

Le monde est si beau

Je l’entends

Il me le dit

Mais n’en peut plus

De ce long naufrage organisé

Où les hommes sont courbés

Regarde

Ils se sont perdus

Dans les bas-fonds

De leurs écrans maléfiques

Ils ont oublié la beauté des lueurs noires

Regarde

Le ciel est si seul

Et pleure ses couleurs effacées

Le monde n’en veut plus

Les hommes ont abandonné

Et creusent leurs sillons

Ils labourent en se taisant

Le lourd soc

Aiguisé a la pierre de la peur

Entre en criant dans le ventre de la terre

Il faut que cesse la peur

La mer se fait lointaine

Ils l’ont noyée

Sous l’horizon du désespoir

25 août

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Ecrire des mots aux ailes bleues…

Ecrire…

Les mots d'Eric

Je voudrais écrire,

Oh oui, je le veux…

Écrire pour deux,

Pour toi, pour eux.

Je voudrais écrire

Heureux,

Entre deux lourdes marges en feu.

Oh, je voudrai tant écrire,

Ce mot qui caresse,

Là, seul,

Il attend, rien ne presse.

Je voudrais tant écrire

Tendresse,

Sur une feuille d’automne

Aux rimes mauves

Sur le titre accrochées.

Je voudrais tant…

Tremper ma plume

Dans une flaque de rires jolis.

Je voudrais tant entendre

De longs mots aux ailes bleues.

Ils chantent, ils dansent,

C’est eux, ils sont arrivés.

10 février 2020

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Mes Everest : au printemps, Jacques Brel…

Les mots d'Eric

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant

Toutes les filles
Vous donneront leurs baisers
Puis tous leurs espoirs
Vois tous ces cœurs
Comme des artichauts
Qui s’effeuillent en battant
Pour s’offrir aux badauds
Vois tous ces cœurs
Comme de gentils mégots
Qui s’enflamment en riant
Pour les filles du métro

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant

Tout Paris
Se changera en baisers
Parfois même en grand soir
Vois tout Paris
Se change en pâturage
Pour troupeaux d’amoureux
Aux bergères…

Voir l’article original 133 mots de plus

Printemps…

Les mots d'Eric

A la table des quatre saisons,

Comme chaque année,

Je me suis installé…

Et pour monsieur, ce sera?

Oh pour monsieur ce sera simple!

Un peu de printemps, s’il vous plait.

Et je le veux nature,

Sans fioritures,

Ni fanfares, ni trompettes !

Je vous en prie,

Je suis pressé.

Oh oui,

Il y a tant d’hivers

Que je l’attends.

C’est un printemps

Que je veux déguster

Et emporter…

Oui je le prends,

Tel qu’il est…

Oui ainsi :

Fleuri,

Et pour le service,

Un sourire ou deux,

Et je serai comblé,

Pour tout l’été.

5 avril

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Ecoute…

C’était il y a un an, si près, si loin…

Les mots d'Eric

J’ai commencé depuis lundi le journal poétique de cette terrible période, parce que je sais par expérience que les mémoires sont molles et qu’il est nécessaire de garder une trace…

Ce soir devant chez moi…

Homme confiné,

Pousse la porte,

Ecoute…

Comment?

Tu n’entends rien!

Cherche, cherche,

Homme numérique.

Retrouve les petits cailloux

Que tes pères ont semés,

Sur le chemin

De ta mémoire encombrée.

Retrouve les traces, homme,

Ils sont là,

Je les entends,

Petits bruits oubliés,

De ce monde que tu ne laisses plus chanter.

19 mars

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Je n’en veux pas…

On le disait homme du passé
Plus rien n’est comme avant, homme dépassé
Plus rien me dites-vous
Permettez-moi de rire et d’en douter
Je ne veux pas de ce monde sans ce soleil taquin
Je ne veux pas de vos vies enfermées
Dans un rectangle aux angles numériques
Je n’en veux pas de vos matins incolores
Sans cette douce lumière qui caresse
Les restes mauves de la longue nuit
Je n’en veux pas de vos morales hygiéniques
Je n’en veux pas de vos peurs organisées
Moi je suis un homme du toujours
J’aime que mon souffle brise l’ombre du silence
J’aime tous les rires de rien
J’aime le chant de mes mots doux
Qui dansent sur le papier
J’aime le parfum de ces histoires d’hier
Qui caressent mes lendemains
Vous me disiez homme du passé
Je vous ai déjà oubliés

Oublie ta nuit…

Un an déjà…

Les mots d'Eric

Tu es sorti essoré du combat avec la nuit.

Nuit moite, nuit molle,

Nuit grise qui s’étire,

Gavée de trop longues minutes,

Grasses à écœurer,

Épaisses à étouffer…

Premières heures du matin,

Gluantes,

Empêtrées dans les fils tendus,

De l’horloge qui n’attend plus.

Et puis,

Et puis, tu es sorti,

La lumière est là,

Elle est belle,

Regarde elle te sourit.

Si loin est ta nuit.

20 mars 2020

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La mer est là, elle m’attend…

C’était il y a un an, juste un an… Rien n’a changé…

Les mots d'Eric

Il me faut prendre le chemin d’un supermarché. Oh non, je ne suis pas en manque de mots, mes réserves sont pleines, et tous les jours, mes rayons je vérifie. Aucuns mots ne manquent, ils sont tous là, sagement alignés. Ils me connaissent et savent que je ne gaspille pas. Oh bien sur j’ai mes rayons préférés, vous les connaissez, tous les jours je les choisis, je les prépare, je les assemble et je vous prépare un bon plat de mots. Non aujourd’hui il me manque un souffle de vent, une vague qui s’étire, le cri d’une mouette sur l’océan. J’ai cherché la case à cocher sur mon laisser-passer…Il n’y a rien, je suis déçu. Je vais rentrer sagement, je le sais, je le sens, la mer est là, elle m’attend…

18 mars

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Entends le chant du silence…

C’était il y a un an…

Les mots d'Eric

Ce monde est fou, me dites-vous?

Eh bien non,

Je ne vous suis pas!

Vous m’en voyez désolé…

Regardez autour de vous!

Ce monde-là, je ne le vois pas.

Ce monde-là, je ne le veux pas.

Une fenêtre est ouverte,

L’air est doux, parfumé.

Un chant d’oiseau s’est invité

Entends le silence,

Il respire.

Ce monde est doux,

Vous l’avez tant abîmé.

18 mars 2020

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Dialogue inspiré…

Les mots d'Eric

Je ne trouve pas l’inspiration…

Comment tu ne trouves pas ? Explique-moi, je t’en prie… Tu prétends que tu ne trouves pas ? Admettons, je veux bien, mais cela signifie, enfin je l’espère, que tu as cherché, et probablement cherches-tu encore !

Oui c’est cela, je cherche, je cherche… Et ne trouve rien…

Étonnant tout de même : je te connais…Il t’en faut si peu : un train qui passe, une flaque d’eau sur un quai, un rayon de lumière derrière une vitre grise, une vague qui grossit et d’un coup, d’un seul, tu as la main qui tremble et le regard qui luit…

Oui je le sais, tu as raison. Je crois comprendre ce qui m’arrive. Je ne dois plus chercher. Il faut que je sois saisi, surpris. Les trains sont loin, toutes les marées sont basses. La lumière elle-même est étonnée de toute cette lenteur, et le ciel, ce ciel tellement étonné…

Voir l’article original 58 mots de plus

Petite boule…

Dans le coin sombre d’une journée ordinaire
Une boule de triste silence s’est endormie
La foule des bruyants passait
Regard levé
Pas pressé
Pas un pour lui parler
Et doucement la rassurer
Pas un pour murmurer
Ne crains rien petite
Ne crains rien
Tu verras on va t’aider
Tu verras on va t’aimer
Et ton chemin vers un long demain
Tu trouveras
Petite boule a souri
Un chant, un cri, un souffle
Tous sont réunis
Oh petite boule notre amie

Je cherche mon chemin…

Au lever du jour, lorsque je marche, en silence, j’entends les mots qui se bousculent. Ils sont là, quelque part, dans un coin reculé de ce que j’aime appeler l’arrière-pays de ma tête. Ils veulent entrer, ils sont pressés, eux aussi, de prendre l’air et de se dégourdir pour certains les l et pour d’autres les rondes jambes de leur m. Je les laisse se disputer. Ils m’amusent, à vouloir être les premiers. Je sens bien que chacun rêve de donner le tempo, ou même le la.

Alors oui, chaque matin c’est la foire d’empoigne et c’est à celui qui trouvera le plus facilement le passage ; ce passage qui le conduira non pas jusqu’aux portes de mes lèvres parce que je ne dis rien, mais là juste à l’entrée de ce chemin que j’hésite encore à emprunter. J’hésite, oui parce que je sais déjà que lorsque je me serai engagé je ne pourrai plus reculer et qu’il me faudra avancer, poussé par le désir d’arriver non pas au bout, ce bout n’existe pas, mais à l’entrée du premier virage qui je le sais, je le sens, me réservera de belles surprises.

Et ce matin sur la ligne de départ il y avait Anton, Anton ce plus que prénom qui m’accompagne depuis longtemps. Il est arrivé le premier et je l’entendais me dire « Je m’appelle Anton parce que mon père aimait les russes, et plus encore que les russes il aimait les avions et parmi les avions celui qu’il préférait c’était l’Antonov 22 ».

Tiens, on dirait bien que je commence à m’aventurer sur ce chemin…

La faim d’écrire…

Je reste un peu discret en ce moment, pourtant la faim est là, la faim d’écrire…Je descends souvent dans ma réserve et cela m’inspire…

La faim d’écrire est forte, très forte, peut-être trop forte. Le garde-manger est plein, il déborde, il dégouline, de mots, de phrases déjà prêtes, qui attendent simplement la chaude caresse de la feuille que je leur ouvrirai.
Je n’ai pas besoin de les garder au frais. Ils se conservent très bien, mais sont peut-être trop nombreux. Je ne sais lequel choisir. J’ouvre la porte de la réserve. J’entends d’abord comme un murmure : « il est là, c’est lui, il va me choisir, c’est mon tour ». Ils attendent patiemment tous ces mots que j’aime. Certains sont couchés, bien à plat, à l’abri des regards mauvais, ce sont mes grands crus. Je reconnais libellule, il est seul, couvert de poussière, cela fait bien longtemps qu’il vieillit, peut-être trop ; il faudra que je me décide à en faire quelque chose. Au-dessus, mes préférés tout une rangée de flacons, de balbutiements, de mauves. Les casiers de brumes et de gris sont presque vides ; j’en ai peut-être trop consommé ces derniers temps. Dans le placard du fond j’ai stocké quelques phrases, toutes faites, toutes fraîches, mais je ne l’ouvre pas, je ne veux pas qu’elles s’échappent, il n’est pas encore temps, je dois chercher, encore, le menu, et tous les magnifiques plats qui le composeront. Je referme la porte de ma réserve, doucement pour ne pas éveiller les endormis, celles et ceux vers qui je ne vais jamais, parce que je les ai oubliés. Demain, peut-être je les retrouverai…
Peut-être.

Elle est si longue cette nuit…

Il a suffi que je reprenne le train ce matin, pour que je sente l’inspiration revenir…

Elle est si longue cette nuit
Des rêves enfermés
Entre les plis des draps trempés
De la lente sueur
Des silences coupants
Les corps sont pâles et blanchis
De ne plus se frotter
Au murs rêches
Des peurs imprévues
Tout est lisse
Plus rien n’arrête
La fuite des regards délavés
Le temps ne coule plus
Etalé comme la flaque
Qui tente un reflet de soleil
Derrière la trace
D’une eau si grasse
D’un pas lourd chacun se traîne
Au bord des dernières fenêtres
Ouvertes sur les reste de vide

Aux origines du tribunal académique…

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas l’origine du tribunal académique, je republie quelques une de ses séances…

Les mots d'Eric

Le tribunal académique ne se réunit que très rarement en semaine. Une vieille tradition qu’on explique difficilement, tant les avis sont divergents.

Certains racontent que la première affaire que ce tribunal ait eu à juger fut « l’affaire du week-end ». Les plaignants de l’époque (ils étaient sept) avaient déposé un recours visant à suspendre l’utilisation de l’expression week-end prétextant d’une part qu’il s’agissait d’un anglicisme, et d’autre part que ce terme était impropre dans la mesure où il n’aurait pas été possible de parler de fin de semaine ( le samedi matin par exemple ) , alors que celle-ci n’est officiellement et réellement achevée que le dimanche à minuit.

Cette affaire qui était, rappelons-le, la première qu’eut à juger ce nouveau tribunal fut mal préparée et si les plaignants furent déboutés sur la première requête, le jury qui avait été constitué à la va vite s’égara totalement sur le deuxième point…

Voir l’article original 489 mots de plus

Retrouvons le tribunal académique…

Le tribunal académique, vous l’avez certainement constaté, ne s’est pas beaucoup réuni ces derniers temps. Il faut dire que l’affaire qu’il avait à instruire a pris beaucoup de temps, tant il est vrai qu’il n’est pas courant pour lui d’avoir à juger une telle bande organisée.
Ou plus exactement si on se réfère à l’article 450-1 du Code pénal de juger en vue de les condamner une association de malfaiteurs.
Qui sont-ils ces malfaiteurs organisés ? Nous allons les citer dans l’ordre de leurs entrées dans le box des accusés : le premier arrivé, fier et droit dans ses bottes prétend s’appeler « distanciel », le second un peu plus petit, le regard torve, est heureux d’annoncer qu’il porte, s’il vous plait, un nom composé : « télé-travail ». Il est accompagné de deux malfaiteurs qui nous l’apprendrons plus tard se font appeler dans le milieu l’un « zoom » et l’autre « teams ». Ils ont l’air très nerveux et ne cessent, en douce, de mettre des coups de coude à « télétravail » qui lui essaie autant que possible de rester à distance. Le cinquième larron est arrivé en dernier dans le box des accusés, mine patibulaire, on dirait bien qu’il est le chef de la bande, et lorsque le juge lui demandera de décliner son identité, il prétendra s’appeler « protocole ».
Bref, après plusieurs mois d’instruction nous voici parvenu au moment attendu du jugement. Le juge a le regard sombre, il est entré en marmonnant dans la salle d’audience et on le devine franchement de mauvaise humeur.
Le jury qui a été constitué est, comme toujours, un peu hétéroclite : autour de la grande table en chêne, il y a un souffleur de rêves, une lanceuse de perles, un chauffeur litreur (contrairement au chauffeur livreur qui ne transporte que des livres, celui ci est spécialisé dans les bouteilles), une soupirante exténuée, un bourreau des cœurs et une prêtresse convertie.
Le juge visiblement exténué rappelle les faits. Les cinq malfaiteurs qui comparaissent aujourd’hui devant nous sont accusés de s’être concertés depuis plusieurs mois afin de porter gravement atteinte à l’intégrité mentale de toute une partie de la population et ce afin de leur subtiliser une partie de leurs possessions. Ils se sont ainsi emparés des biens suivants : accolades, embrassades, bourrades et autres rigolades, se sont aussi saisis de la spontanéité, de la beauté, de l’amitié et surtout de la vérité, et enfin ils ont aussi par le jeu de leur escroqueries numériques anéanti la chaleur, la fraicheur, la pâleur et la candeur.
En conséquence et à l’unanimité du jury les cinq prévenus sont condamnés à ne plus se rencontrer, et à rapidement se transformer en changeant tous les cinq de nom. Distanciel deviendra arc-en-ciel, télétravail désormais vous serez tarétravail, zoom vous deviendrez vroum, teams on vous appellera trime, quant à protocole vous répondrez désormais au nom de Petit Paul.
Et espérons le, tout devrait changer…
La séance est lavée, euh levée.

Je te savais…

C’était l’heure des sans amis
Penché vers un presque rien
Je voulais prendre ce chemin
Et rêvais d’y rencontrer les hommes
Aux doux regard paisibles
Qui rêvent de lendemains
Aux bords ronds et malins
J’ai marché jusqu’au dernier bout
Lointain
Oh si lointain
Elle était là
Seule et perdue
Vêtue d’une longue trainée de brume
Elle attendait en souriant
Je te savais
Tu le sais
Entre tes larges marges inventées
Je t’avais inventé

Finir

Je n’arrive pas à finir ce que j’ai commencé d’écrire. Tout ce que j’ai commencé, tous ces débuts, toutes ces presque fins qui dorment, qui sursautent parfois quand je les reprends, quand je les surprends dans leurs sommeils littéraires. Certains de ces textes ont pris des rides, ils se sont tassés discrètement presque oubliés. Il faudrait pourtant que je me décidé à terminer, à mettre un point final mais j’ai comme une espèce d’angoisse à le faire, de crainte, comme s’il y avait de la vie dans ces mots endormis, comme si l’achevé les figerait.

Chut…

Chut
Mes mots sont endormis
J’entends le chant creux
De leurs rires bleus
Silence
Froisse feuille blanche
Oublié au coin d’un rêve fané
J’attends
Au verso d’une longue histoire
Qui s’écrit
Tant de lettres oubliées
J’écoute
Elles claquent des dents
Dans le souffle étonné
D’un vieux papier glacé

24 février 2021

La ronde des bonnes nouvelles : 9

Les mots d'Eric

« Je ne me souviens de rien, rien de ce qui s’est passé ni hier, ni les jours précédents. »

L’homme chez qui nous sommes aujourd’hui est, à vrai dire, un cas un peu particulier. Chaque soir, lorsqu’il s’endort, comme beaucoup il pense à la journée qui vient de se terminer. Tout y passe : ce qu’il a fait, qu’il n’a pas fait alors qu’il aurait dû le faire, ce qu’il a dit, qu’il n’a pas dit, qu’il aurait dû ou pu dire, ce qu’il n’aurait pas dû dire. Sont aussi passés en revue les autres, celles et ceux qu’il a vus, avec qui il a parlé, celles et ceux qu’il n’a pas vus et qu’il aurait aimé voir.

Et généralement après cet inventaire il s’endort. Enfin c’est ce qu’il suppose car c’est au moment précis où il décide de s’attarder sur tout ce qui dans la journée lui a donné…

Voir l’article original 478 mots de plus

La ronde des bonnes nouvelles : 8

Les mots d'Eric

Erreur sytème…

Ma décision est prise: aujourd’hui je ne vais pas perdre de temps à chercher une bonne nouvelle. C’est à la fois ridicule, très fatigant mais surtout déprimant. En effet, convenons-en, ce qui est le plus extraordinaire quand on cherche, c’est lorsqu’on trouve.

Non, aujourd’hui je vais choisir une autre méthode, faire confiance au hasard, ou à la chance et je vais attendre patiemment que bonne nouvelle vienne à moi.

Au moment du petit déjeuner, je suis tendu, pensant un peu naïvement que c’est au petit matin que les bonnes nouvelles sont annoncées.

Mais rien… Si, une seule chose est à noter: je renverse ma tasse de café, encore très chaud sur la magnifique chemise blanche que j’ai mise pour l’occasion. On ne peut quand même pas accueillir une bonne nouvelle vêtu d’un vieux polo grenat qui pluche…

Le matin passe: rien. Ce n’est pourtant pas faute de tout…

Voir l’article original 251 mots de plus

La ronde des bonnes nouvelles : 7

Les mots d'Eric

Photo de Alex Kozlov sur Pexels.com

Ce matin, une fois encore, j’ai une furieuse envie de bonnes nouvelles. Je dirai même qu’une seule me suffirait. Par réflexe, ou dans un sursaut d’espoir j’ouvre ma boîte aux lettres. Elle est presque vide… Je dis presque, en effet, parce que perdu tout au fond, plié en quatre, un simple papier. Ce n’est même pas un prospectus, non une simple feuille arrachée à un cahier à spirales. Curieux, je la déplie.

En gros caractères manuscrits, voici ce que je lis:

Aujourd’hui sur la place du village entre 10 h 00 et 13 h 00 ouverture d’une boutique éphémère! Tristes, déprimés, pessimistes, venez à nous, nous vous rendrons le sourire!

Curieux vraiment. Une boutique éphémère, ici dans mon village…Je ne sais pas encore si c’est une bonne nouvelle, mais ça a au moins le mérite d’être un peu « excitant » … 

Evidemment à dix…

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La ronde des bonnes nouvelles : 6

Les mots d'Eric

Il n’y a plus rien !

Bon, autant le dire tout de suite, ce n’est pas la grande forme. Où sont les bonnes nouvelles, où se dissimulent-elles? J’ai beau éplucher toute l’actualité: je ne trouve rien à me mettre sous la dent. Ça commence à devenir déprimant. Je vais finir, comme beaucoup, à tout voir en noir, à avoir des idées noires et pourquoi pas à broyer du noir.Il faut que je m’aère pour me détendre un peu. Je complète mon attestation sur laquelle je coche que je sors pour des courses de première nécessité.

Je n’ai besoin de rien mais après tout on verra bien, je tomberai peut-être sur du nécessaire dont j’ignorai l’existence. C’est jour de marché : je trouverai bien quelque chose.

J’arrive sur la petite place du village. Tout au fond, à l’abri du seul arbre, un petit stand que je ne connaissais pas. Il n’y…

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La ronde des bonnes nouvelles : 5

Les mots d'Eric

Bon, Trump n’est pas encore complétement battu, donc on n’est pas tout à fait, tout à fait, dans la configuration idéale de ce qu’on peut appeler une bonne nouvelle, même si, on commencer à humer cette bonne odeur.

On fait une omelette en cassant les œufs

Pour une raison que j’ignore encore, je me lève ce matin avec une furieuse envie d’omelette. Et pour une raison que j’ignore encore plus, j’ai à peine posé le pied à terre, au pied de mon lit, que j’entends cette phrase qui tourne en boucle à l’intérieur de la tête: «on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs».

Etrange: j’ai dû rêver d’omelette, ou d’œufs, ou d’œufs cassés. Je ne me souviens plus mais ce que je sais c’est qu’il va me falloir, en casser des œufs justement. En casser deux ou peut-être trois…

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La ronde des bonnes nouvelles : 4

Les mots d'Eric

J’aurais aimé, au moins aujourd’hui deviser, enfin, sur une vraie bonne nouvelle : celle qui m’aurait annoncé la défaite de Donal Trump. Et bien non je suis encore obligé de me rabattre sur mes rêves, ou fantasmes, sait-on jamais…

Il y a un loup sur mon terrain…

Ah je m’en souviendrai du 4 novembre…Comme tous les matins, j’ouvre en grand la fenêtre de ma chambre. Il fait frais et j’aime cette sensation après une nuit toujours un peu agitée. La lumière me réveille et l’air vif me fouette. Au milieu de la pelouse, assis, le dos à la fenêtre : un loup. Un grand loup gris. Je sais que c’est un loup, ses oreilles pointues ne trompent pas. Il est assis et regarde droit devant lui, enfin me semble-t-il. Je me racle la gorge discrètement. Il se retourne, lève la tête et me regarde… Oui je le confirme, définitivement, c’est un loup…

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La ronde des bonnes nouvelles : 3

Les mots d'Eric

Une disparition attendue…

Ce matin le réveil est un peu difficile. Il faut dire que rares sont les nuits calmes et sereines sans tous ces mauvais rêves que pour se protéger on répugne à appeler cauchemars. Le réveil est un véritable supplice. Je me traîne jusqu’à la cuisine tout en marmonnant : « s’il faisait beau, au moins je pourrais prendre mon café dehors ». Mais bien sûr il pleut, nous sommes le trois novembre, comment peut-il en être autrement ? Et en plus pour couronner le tout, c’est mardi. Un mardi de novembre. Je marmonne : il faudrait que je me bouge…

J’allume la radio avec le petit espoir d’entendre quelque chose d’engageant, d’encourageant: une bonne nouvelle quoi?

J’appuie sur le bouton. Grésillement. Et puis une info: un flash info comme on le dit. Et c’est vrai qu’en guise de flash on ne peut faire mieux. Je dois le dire: j’ai sursauté…

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La ronde des bonnes nouvelles…

Les mots d'Eric

Instauration d’une journée nationale sans râler

En ouvrant mon journal ce matin dont, au passage, la qualité du papier se dégrade de plus en plus, ce qui a pour conséquence de noircir les doigts, j’ai malencontreusement renversé ma tasse de café.

La journée commence vraiment mal, ai-je failli dire…Non, en fait, oui je l’avoue je l’ai dit!

Et ce d’autant plus qu’il n’y avait plus de lait, que le pain était sec, que le chat miaulait sans raisons apparentes, que la chaudière ne voulait pas démarrer, qu’évidemment il pleuvait et que j’avais perdu mon parapluie et égaré les clés de ma voiture. Voiture qui ne démarrera certainement pas lorsque j’aurai retrouvé les clés si j’en crois le texto laissé par le voisin: «vous avez laissé vos phares allumés». Texto que je ne découvre que maintenant étant donné que je ne savais plus où était mon portable. Bref il me semble…

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La ronde des bonnes nouvelles…

Les odeurs de printemps me donnent envie de republier cette ronde des bonnes nouvelles qui datent de novembre dernier…

Les mots d'Eric

Les mauvaises nouvelles, il y en a trop, ou ce ne sont qu’elles qu’on entend, qu’on retient, qu’on partage. Je vais donc essayer , tous les jours, autant que possible de trouver une bonne nouvelle, de la raconter, et si je n’en trouve pas, je l’inventerai, je la rêverai et je la partagerai. Pour commencer voici la ronde des bonnes nouvelles …

Lorsqu’une bonne nouvelle tu entendras,

Toujours tu la dégusteras.

En bouche tu la garderas.

Les yeux tu fermeras.

Et alors seulement tu en parleras,

Aux autres tu diras:

Oh qu’elle était bonne cette nouvelle!

Elle pépillait,

Elle papillait,

Elle pétillait.

C’était une sacré bonne nouvelle!

Je vous la conseille.

Et surtout ne me demandez pas de commenter,

Je l’ai déjà avalée,

Et n’ai aucune envie de la recracher.

Par contre, oui,

Je peux vous le dire;

Il existe bien un lieu

Où vous pourrez trouver

Des douces, des…

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Mes Everest : « La mer au plus près » Albert Camus

Les mots d'Eric

Une merveille, je le publie en deux courtes parties, il faut prendre de le lire, le relire, s’en imprégner comme d’un baume apaisant.

«J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j’admire les paysages, j’applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n’est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m’offense, je m’étonne à peine. Puis j’oublie et souris à qui m’outrage, ou je salue trop courtoisement celui que j’aime. Que faire si je n’ai de mémoire que pour une seule image? On me somme enfin de dire qui je suis. “Rien encore…

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Printemps est arrivé…

Il y avait une odeur de printemps hier…

Les mots d'Eric

Printemps n’a pas attendu.

Outrés, les prophètes du temps qu’il faut, ont parlé:

Un peu de patience voulez-vous…

Un peu de décence, pourriez-vous…

Nous vous en prions,

Freinez vos ardeurs.

Retenez vos fleurs.

Vous le voyez bien,

Ici, là, partout,

Déborde le gris.

Rien n’est prêt.

Pour vous accueillir

Vous le comprendrez,

Il nous faudrait nettoyer.

Rien n’est grave,

Sourit le printemps.

Rien ne presse,

J’ai tout le temps,

J’irai jusqu’à l’été.

23 mars

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Un matin pluie…

Les mots d'Eric

C’est un
matin pluie

Qui
ruisselle de gris.

Avalées par
une trop longue nuit,

Les couleurs
sont assoupies

C’est un
matin pluie,

Sur un lac
d’Italie.

Aucune ride,
pas un souffle de trop

C’est le
vide qui se pose.

Ferme les
yeux, il est si tôt

Pas un bruit
mécanique,

C’est un
matin qui repose.

Regarde le
ciel, lisse et sans rose

Regarde, sur
le dos de l’eau comme il se pose.

Tout est si
calme, pas une lueur;

Tout est si
beau

Sans ces
cent couleurs.

On est si
bien, à attendre le temps sans heurts.

C’est un
matin pluie,

Écoute ces mots qu’il nous dit.

Ecoute c’est
si beau le matin qui s’enfuit.

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Je n’en peux plus de ces haines qui dégoulinent…

Les mots d'Eric

Une fois n’est pas coutume, je publie une tribune, que j’avais écrite en septembre 2018, et qui fut l’une des mes dernières « sorties » sur le plan politique… Je la publie, ici, sur ce site, d’abord parce que je la trouve bien écrite, et que ce blog est un blog qui aime les mots, et ensuite parce que je la trouve évidemment encore et malheureusement toujours d’actualité….

Je suis, volontairement, assez silencieux dans le brouhaha permanent du débat politique tant il est vrai qu’il n’y a pas, qu’il n’y a plus de débats politiques. Et cela m’attriste profondément. Aujourd’hui ce qui domine, ce qui anime les gazettes numériques, ce qui motive les excités du clavier c’est la dénonciation, l’indignation toujours sélective, l’accusation revancharde, la délation nauséabonde. Et la parole réfléchie a cédé la place au raisonnement binaire qui trouve peut-être ses racines dans ce langage informatique dont on sait qu’il ne…

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Il y a un navire dans mon jardin !

Les mots d'Eric

Il y a un navire dans mon jardin!

Un navire, mon ami, impossible, vous divaguez!

Oh non, vous dis-je, ce n’est pas un mirage…

Hier soir, c’est vrai,

Avec la nausée je me suis couché.

Toute une journée perdue à naviguer

Sur le bleu électrique de l’océan numérique.

Oh je le sais, c’est laid,

Pas une vague, pas un souffle salé.

Pour ce long naufrage à tous imposés.

Oh oui, bien sûr,

Parfois un peu de mousse

Sur la crête pâle des mots enfermés.

Alors oui, je le concède,

Quand le soir est tombé,

J’étais triste et abandonné.

Tant de bruits, tant de cris

Ce monde est fou.

Dans les bras de la nuit, je me suis blotti.

Doucement mes lourdes paupières j’ai baissées.

Tous mes rêves bleus se sont éveillés.

Un à un, ils se sont envolés

Au fond du ciel noir de ma mémoire meurtrie.  

Et ce…

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Petite goutte d’eau…

Petite goutte d’eau,
Garderas-tu dans ta mémoire gelée
Le souvenir du chant glacé
De ta source cachée ?

Petite goutte d’eau,
Glisseras-tu en riant
Entre les bras protecteurs
D’une longue vallée sans lueur ?

Calme-toi,
O petite goutte d’eau,
Oublie ta montagne éternelle,
Fonde-toi dans la masse d’eau bleue…

Et roule, roule,
Petite goutte d’eau,
Jusqu’à la mer d’en bas
Qui entre ses bras te prendra

Alors petite goutte d’eau,
Tout doucement tu murmureras
Cette belle histoire
Que tant de fois tu as racontée…

14 février 2021

Dis papa c’est encore loin la mer : fin

Les mots d'Eric

La Rochelle

La terre et la mer se sont unies.
Le bord a disparu, les côtes aussi.

Il s’est levé, s’est raclé un peu
la gorge, a enfilé sa veste de toile épaisse, et a fini par sortir. Il est le
seul à ne pas être étonné. Il vit sur les hauteurs. En bas la mer s’est
arrêtée.

L’air n’est plus le même, il n’a
plus cette rondeur en bouche quand on le respire, c’est un air qui coupe, un
air qui réveille,

Son sac est prêt, depuis
longtemps, depuis toujours, il savait qu’un jour viendrait, ou tout se
rejoindrait. Il l’a soulevé, masse inerte, même les couleurs ont changé, le
gris s’est essayé au bleu,

Tous les autres sont hagards,
tous les autres se terrent apeurés de cette mer qui est venue jusqu’à eux. Ils
ont peur et ne comprennent pas cette silhouette qui prend le chemin qui mène…

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« Dis papa c’est encore loin la mer ? » : 2

Les mots d'Eric

Et chaque matin, toujours une petite déception

« Une humidité a l’odeur si épaisse qu’on a comme de la crème dans la bouche.

Le froid incapable d’être cinglant qui essaie simplement de s’infiltrer,

Et de traîner en longueur.

Pas une trace de lumière.

Les objets sont gavés de l’ombre qui les étouffe.

Et les gens qui passent,

La météo au pied, comme un boulet. Pas un qui ne rit, plus un qui ne
vit, c’est un automne colonisateur.

Il est partout même dans les rires;

Feuilles jamais sèches qu’on piétine et qui restent collées, tristes,
au pied.

Tout se traine

Tout se désespère,

Même la mer est habillée de gris,

Pour ne pas froisser un ciel si bas qui pourrait la gober.

Demain ce sera mieux,

Demain on sera heureux.»

Bien sûr il pouvait l’imaginer et
ne s’en privait pas.

Il se souvenait de ce que disait son père quand il…

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« Dis papa, c’est encore loin la mer…

Dernière republication de la semaine, une petite nouvelle écrite il y a six ans

Les mots d'Eric

Je publie aujourd’hui la première partie d’une nouvelle que j’ai écrite il y a cinq ans…Toujours à l’occasion de l’anniversaire d’un de mes enfants…

C’est un voilier qui hésite
encore entre la voile d’hier, faite de bois et de cordes qui sentent la paille,
et la voile de demain faite de matériaux lisses, et de cordages qui sentent le
plastique. C’est un bateau qui hésite, entre deux, il a du gris dans les rares
couleurs que le soleil lui a laissées, un gris qui parle des marées, un gris
qui parle des pluies d’hiver qui déchire le bleu de la mer. A bord sur le pont,
encombré de tous ces objets qui parlent vrai tant ils sont usés, un homme se
déplace lentement. Chaque chose qu’il touche semble le remercier. Il n’est pas
comme les autres, il semble déjà un peu plus loin, son regard ne se disperse
pas, son…

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Le coucher de sommeil : suite et fin…

Les mots d'Eric

Elle les
écoute avec respect et attention et sans même s’étonner de ce qu’ils font là au
creux de sa main elle leur répond qu’elle est bien d’accord, que ça fait
longtemps que tout cela elle le dit, elle, elle le pense.

«Moi je
vous crois, moi je suis comme vous». Vous savez ce qu’il faut faire c’est
continuer à ne pas douter, à ne pas douter de vous, il faut continuer à poser
toutes les questions que vous avez dans la tête parce que si vous ne posez plus
de questions les autres ils croiront qu’ils ont gagné, ils croiront que vous
êtes devenus comme eux, fades, tristes, avec que des réponses toutes faites,
des réponses toutes simples, des réponses pour être comme les autres comme tous
les autres, mais vous comme moi on n’est pas comme les autres, nous on veut
encore et toujours s’émerveiller, on veut encore…

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Le coucher de sommeil : 3

Les mots d'Eric

De l’eau, il y en a au robinet
mais ce n’est pas celle-ci qui l’intéresse. Elle va descendre pour s’approcher
de la mer, de cette mer.

Elle entre dans l’appartement son
compagnon dort encore, elle s’habille pour aller au bord de l’eau. En même
temps elle se dit qu’il ne faut pas qu’elle oublie de téléphoner à ses frères
pour leur dire que dans une petite poignée de sable il y a presque 12000 grains
de sable. Ils vont lui demander comment elle peut le savoir et elle va leur
expliquer. Mais elle se dit qu’ils ne la
croiront pas, qu’ils lui diront qu’elle a fumé.

Qu’elle a fumé! N’importe
quoi, jamais elle ne s’amusera à cela mais alors: qui pour la croire? Là tout de suite
maintenant, elle va voir si ce truc-là ne marche que pour le sable, elle s’est
approchée de ce qui ressemble à la mer…

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Le coucher de sommeil, 2

Les mots d'Eric

12 763 !

Et puis
soudain alors que la liste ne cessait de s’allonger, elle a poussé un petit cri,
à peine de l’étonnement car rien ne l’étonne et un rien l’étonne c’est
d’ailleurs ce qui fait qu’elle est si étonnante et que tout le monde aime quand
elle est là.

Là, dehors à
la place de l’immense terrasse, il y avait la plage, et plus loin à la place du grand pré qui
bordait le bâtiment, de l’eau, de l’eau bien bleue. En fait ce qu’elle voyait
devant elle ce n’était rien d’autre que la mer, de la mer et de la plage. On ne
dit pas comme cela d’habitude? De la mer et de la plage? Incorrect,
cette formulation et bien tant pis se dit-elle moi ça me plait, ça a plus de
sens!

Tant d’autres
auraient hurlé de terreur, ou seraient partis se recoucher certains d’être
encore…

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Le coucher de sommeil : 1

Republication en quatre parties d’une autre de mes nouvelles…

Les mots d'Eric

Une nouvelle écrite il y a quelques années, je la publierai en 4 parties ….

Un matin elle
s’était levée plus rapidement que d’habitude avait tiré les rideaux d’un geste
précis, ouvert la fenêtre et en quelques secondes avait décidé que cette
journée ne serait pas comme les autres. Pas comme les autres parce que tout le
lui disait, partout, ce qu’elle voyait, ce qu’elle sentait, ce qu’elle
ressentait, ce qu’elle entendait lui confirmait sa certitude de la nuit,
aujourd’hui serait la journée des réponses, la journée ou tout s’éclairerait.
Cette nuit comme souvent, comme parfois des questions avaient tourné en boucle
dans sa tête des questions sur la vie, sur la mort, sur l’amour, sur les
autres, des questions sur l’absurde, sur la bêtise, sur l’indifférence, des
questions sur l’insuffisance, sur le mépris, sur les fausses idées, sur le
temps, pas sur le temps des nuages, pas sur le…

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Sourires au conseil des ministres version intégrale…

Et pour clore voici en un seul bloc la version intégrale

Les mots d'Eric

Ce mercredi matin, comme tous les mercredi matin, c’est le conseil des ministres. L’ordre du jour est fixé un peu avant, avec le premier ministre: jamais de grandes surprises, les communications des uns et des autres, des nominations. Bref la routine républicaine. Tous les mercredis matin tout le pouvoir exécutif se retrouve pendant une heure mais personne n’y prête attention, c’est ainsi depuis longtemps.

Ce jour-là, pourtant le premier ministre a bien remarqué que le président n’était pas comme d’habitude. C’est simple on aurait dit qu’il était heureux, détendu. Bref de bonne humeur, avec un sourire permanent non pas au bord des lèvres mais au milieu de tout le visage. Pour quelqu’un d’autre que le président de la république ce sourire serait plutôt un bon signe, mais brandir à quelques minutes du conseil des ministres une telle décontraction avait de quoi interroger le locataire de Matignon.

Rejoignant ses principaux conseillers…

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Sourires au conseil des ministres : suite et fin….

Les mots d'Eric

Enfin, oui enfin, j’ai mis un point final à cette nouvelle que j’avais commencée un peu par jeu, je vous l’avais proposée par épisode, 13 si je ne me trompe pas, et j’hésitais pour la chute, pour la fin. Exercice difficile, il m’a fallu du temps, mais je suis heureux du résultat. Je vous propose donc d’abord cette fin que peut-être certains attendaient… Et dans la foulée je publie en un seul bloc la totalité de la nouvelle… Pour en faciliter la lecture..

« Il faut vivre, c’est tout, c’est simple et surtout c’est suffisant ! »

«Ce que je vais vous raconter, vous décevra, j’en suis convaincu. Je le comprendrais tout à fait. Les événements que vous avez vécus, ces dernières heures, sont hors normes. Et vous vous attendez à de l’incroyable, de l’extraordinaire, du sordide peut-être. Oui je le répète: je vais vous décevoir, tous, surtout toi ma chère Frédérique.

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Sourires au conseil des ministres 13…

On approche de la fin…

Les mots d'Eric

Voici le treizième épisode, ce ne sera pas le dernier, mais c’est en tout cas, là où je m’étais arrêté, il y a trois ans, il faut que je termine….J’hésite entre plusieurs dénouements….

«Ça y est président ils ont
disjoncté. Quelques minutes après votre départ, on a commencé à redescendre et
évidemment est arrivé le moment, ou parvenus à cette espèce de patte d’oie que
personne n’avait remarqué à l’aller, il a fallu opérer un choix. Evidemment
personne n’était d’accord. Évidemment toujours les mêmes ont cherché à affirmer
leur supériorité. C’est quand même incroyable président, mais même dans cette
situation, il y en a qui ne trouve rien de plus intelligent à dire que«moi
je suis ministre d’état» donc forcément mon avis a plus de poids. Et puis,
comme je m’y attendais les regards se sont rapidement tournés vers Armand.
Armand ton protégé, Armand ton tireur d’élite, si prompt à…

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Retrouvons : « sourires au conseil des ministres » : épisode 12

Les mots d'Eric

Après une intense semaine de poésies océaniques, je reviens avec le sourire au conseil des ministres…. Voici la suite

Ça y est? C’est fait?
Tu les as perdus tes brebis.

Le président s’est assis en face
d’elle, un petit sourire lui adoucit le visage. Il a faim, il a envie de la
prendre contre lui de sentir son odeur, cette odeur végétale avec une pointe
fumée juste ce qu’il faut pour que sa peau si blanche soit épicée.

«Ils ne sont certainement
pas loin d’ici mais on est tranquille pour un bon moment je ne les pense pas
capable de se mettre d’accord sur un même chemin; A l’heure qu’il est ils
doivent être en train de tous se méfier les uns des autres. Ils ne forment pas
une équipe. Leur vie n’est qu’une succession de coups tordus et de trahisons
contre ceux qu’ils présentent comme leurs amis. Ils sont…

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Sourires au conseil des ministres : 11

Les mots d'Eric

Photo de wendel moretti sur Pexels.com

C’est tellement rare de
l’entendre parler. C’est vrai qu’il prend rarement la parole au conseil des
ministres, ou quand il le fait, généralement invité par le président personne
ne l’écoute. Ses sujets ne passionnent guère, et puis ce n’est pas un politique
lui… Il ne s’est jamais frotté au terrain / jamais candidat, jamais élu, jamais
battu…. Ses seules victoires il les a connues au tir à la carabine. D’ailleurs
beaucoup ne savent même pas d’où il vient exactement. Où le président est-il allé
le pêcher… Mystère…Chacun se souvient aujourd’hui de leur complicité, petits
clins d’œil, accolades un peu plus affectives que l’usage ne le permet. En fait,
pour dire vrai chacun a pris conscience qu’il n’y a jamais d’hypocrisie dans ces
gestes d’affection. Comme si leur lien était très fort.

Alors quand il a pris la parole,
personne n’a ni bougé, ni réagi…

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« Sourires au conseil des ministres »: 10

Les mots d'Eric

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Ce sont les dernières paroles du
président, du moins ses dernières paroles avant qu’il ne reprenne son chemin
accompagné par une nuée d’oiseau. Tous les ministres sont restés immobiles, la
plupart déjà trop fatigués pour emboîter le pas au président qui s’est
engouffré dans l’épaisseur de la forêt. Ils sont immobiles, un peu tétanisés,
abasourdis par ce qui vient de se produire, par cet incroyable enchaînement
d’événements. Marie France, l’une des plus jeunes, ministre de la culture, est
la première à rompre le silence.

«Bon, qu’est-ce qu’on fait
maintenant, on ne va pas rester planter là, on va retourner sur nos pas et on
tombera forcément sur clairière où est garé le bus.»

Retourner sur leurs pas? Evidemment,
tout le monde a ça en tête. Il faut le faire et si possible sans trop tarder. La
lumière se fait rare et s’orienter deviendra bientôt compliqué…

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« Sourires au conseil des ministres » : 9

Les mots d'Eric

Peu à peu, chacun ne se concentre
que sur la marche. On fait d’abord attention à soi. Il faut regarder où on met le pied. Le chemin
est devenu plus escarpé, avec des cailloux qui pointent. Il faut se protéger le
visage, et aussi veiller à ne pas mettre en danger les suivants. On prévient,
on met en garde, dans un murmure inhabituel : «attention au trou, à la
branche». Le président se retourne souvent pour vérifier que tout le
monde suit. Il est le premier surpris en
constatant que le groupe est bien là, derrière lui, à mettre chaque pas dans
celui qui précède. Pas une parole pour déranger le bourdonnement de la forêt. Souvent
des chemins se croisent, mais le président est sûr de lui, sûr de ses choix, de
ses décisions. Lorsqu’il prend le chemin du haut, le plus haut, celui qui
grimpe, aucune remarque, aucun commentaire:…

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« Sourires au conseil des ministres » : 8

Je poursuis la publication des épisodes suivants de « Sourires au conseil des ministres »….

Les mots d'Eric

L’autocar a ralenti, il vient de
s’engager sur une petite route qui hésite entre le chemin vicinal et le sentier
forestier. La forêt qu’ils aperçoivent
par les vitres est épaisse, très épaisse même, la lumière ne passe pas.

L’autocar roule à très petite
allure encore une bonne vingtaine de minutes avant de stopper au milieu d’une
clairière. Le président saisit le micro.

Nous sommes arrivés mes amis, je
vous présente la clairière du poète, vous allez descendre tranquillement, vous
récupérerez les sacs de pique-nique dans les soutes du car, nous déjeunerons
ici et dans une heure, tout au plus, vous nous suivrez et nous nous enfoncerons
au cœur de la forêt.

Les sandwichs sont vite avalés,
certains ne prennent même pas le temps de s’asseoir, comme s’ils étaient pressés
d’en finir.

Le président passe vers tous ses
ministres, il glisse quelques mots à chacun. Ce qui frappe le plus à…

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« Sourires au conseil des ministres » 7

Les mots d'Eric

« Alors je le maintiens nous irons dans cette forêt et je vous perdrai … »

Le président tapote à nouveau sur
le micro: il va parler. Il s’éclaircit la voix. Ce sont les premiers mots
depuis le coup de feu, ils brisent le silence…

«Bien, tout cela est
embêtant. Je ne voulais pas changer de premier ministre, pas encore, pas tout
de suite, mais là convenons en tous, je ne vais plus trop avoir le choix. Mais
ce n’est pas le plus important, c’est dommage bien sûr! Certains
trouveront même que c’est triste, que c’est grave, mais croyez-moi ce qui vient
de se passer n’est pas de nature à me faire changer d’avis. Et puis, après tout
soyez honnêtes, tout le monde détestait Pierre. Je vois bien dans vos regards que
personne ne le regrette. Vous le savez comme moi, en politique on apprend
tellement à lire dans le regard des…

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« Sourires au conseil des ministres » : 6.

Les mots d'Eric

Le premier Ministre a compris,
cette fois ci il n’y a plus aucun doute le président, son président est devenu
fou. Il faut qu’il fasse, qu’il tente quelque chose. Il est encore temps….

Il n’est pas très grand,
contrairement au président qui lui est un grand gaillard, mais il va le
ceinturer le forcer à s’asseoir calmement, reprendre le micro et mettre un
terme à cette mascarade. Il est encore possible d’arriver à temps pour la
séance des questions au gouvernement.

Les perdre dans la forêt, avec
leur petit sac de pique-nique et leurs baskets! Non mais franchement on
se croirait dans une série parodique et délirante dont le seul objectif est de
se moquer toujours un peu plus de nos gouvernants!

Il a presque envie de rire
tellement la situation lui semble surréaliste: le président est encore
debout à expliquer en long, en large, et en travers, s qu’il…

Voir l’article original 479 mots de plus

« Sourires au conseil des ministres » 5

Les mots d'Eric

Le président est devant à côté du
chauffeur, il a pris le micro, l’autocar démarre…

Le président, a le micro posé en bas
du menton, il est debout et tousse un peu. On ne saurait dire de quelle nature
est cette toux, et ce d’autant plus que le sourire de tout à l’heure a disparu.
Il jette un coup d’œil à sa petite troupe.

Ils sont tous là à attendre qu’il
veuille bien commencer. Tous, enfin, si on ne tient pas compte des cinq
ministres qui se sont encastrés au fond de l’autobus et qui sont complétement
entrés dans le jeu. En quelques minutes ils ont oublié le conseil des
ministres, la tension, ils sont au fond d’un autobus et ils chahutent. Ils
chahutent comme des adolescents, heureux de se retrouver dans l’intimité de ce
fond de car, ce fond objet de tous les fantasmes, objet de toutes les
convoitises…

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« Sourires au conseil des ministres » 4

Les mots d'Eric

Le président veut emmener ses ministres pour une promenade en forêt…

Des questions, des questions, il
en a de bonne notre président pense à ne pas en douter la moitié des ministres,
on en aurait une bonne dizaine à lui poser, et à commencer évidemment par
pourquoi? On veut bien se détendre, c’est une bonne idée, on veut bien
rester dans la dynamique du sourire, cela nous fera du bien à tous, mais de là
à monter sans nos conseillers dans un autocar, enfiler des baskets ridicules
pour manger chips et sandwichs au jambon il y a quand même un gouffre.

L’un d’entre eux, un des plus
jeunes, exceptionnellement invité aujourd’hui, parce qu’il n’est que secrétaire
d’état, pour évoquer un projet de loi qui doit être déposé à la rentrée, est le
seul à oser prendre la parole

  • Euh monsieur le président, c’est surprise
    surprise, elles sont où les caméras?

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« Sourires au conseil des ministres » : 3

Les mots d'Eric

Sur tous les visages ministériels
on lit de l’étonnement, mais toujours un peu d’inquiétude et quelques-uns
sourient, eux aussi. Le premier ministre ose timidement un: «mais
Monsieur le Président…». Ce à quoi ce dernier répond l’index tendu devant
la bouche: «chut écoutez… »

La grande fenêtre est ouverte, on
entend des chants d’oiseaux et le bruissement des feuilles qu’un petit vent
agite

14 juillet 2015: l’autocar est garé devant la
grille de l’Elysée

L’autocar n’a pu se garer devant
le perron de l’Elysée, l’entrée est trop étroite. Il est stationné devant
l’entrée principale rue du Faubourg Saint Honoré.

Le Président de la République
s’est levé le premier, et avec une joie non dissimulée dans la voix, comme un
enfant tout heureux du tour qu’il est en train de jouer à ses camarades, il
lance à toutes et à tous un tonitruant: «allez suivez-moi, on y
va!»

Ce n’est plus l’étonnement…

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« Sourires au conseil des ministres » : 2

Les mots d'Eric

Que se passe-t-il? Que
va-t-il se passer si on apprend dans les médias qu’alors que le chômage ne
cesse d’augmenter, que la situation internationale est gravissime que le
président de la république sourit? C’est grave! Il faut réagir!
Il faut, à défaut de comprendre, envisager tous les scénarios possibles et préparer
toutes les réponses politiques appropriées.

Le débat n’est pas animé – il ne
l’est jamais d’ailleurs- chacun surveillant l’autre, évitant de se dévoiler, de
proposer des analyses pertinentes; le risque étant de se les faire
«piquer» par plus ancien que soi, plus en cours que soi… Bref ça cogite,
mais avec pédale sur le frein ce qui arrange tout le monde parce que finalement
il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent;

Le conseil des ministres débute à
11 h 00. Tous les ministres sont tendus,
les mâchoires serrées, ils sont évidemment au courant que le…

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« Sourires au conseil des ministres » 1

Une nouvelle republication ce matin, en plusieurs épisodes bien sur

Les mots d'Eric

Je puise toujours dans mes nombreuses réserves. Il s’agit ici d’une nouvelle que j’ai pour l’instant intitulée, « sourires au conseil des ministres »… Je vais la publier par épisodes, je ne sais pas encore combien, car elle n’est peut-être pas finie….

13 juillet 2015: Sourires au conseil des
ministres….

Ce mercredi matin, comme tous les
mercredi matin, c’est le conseil des
ministres. L’ordre du jour est fixé un peu avant, avec le premier
ministre: jamais de grandes surprises, les communications des uns et des
autres, des nominations. Bref la routine républicaine. Tous les mercredis matins tout le pouvoir
exécutif se retrouve pendant une heure mais personne n’y prête attention, c’est
ainsi depuis longtemps.

Ce jour-là,  pourtant le premier ministre a bien remarqué que le président n’était pas comme d’habitude. C’est simple on aurait dit qu’il était heureux, détendu. Bref de bonne humeur, avec un sourire permanent non pas au bord des…

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La moitié et son double : suite et fin.

E t voici la fin de cette nouvelle

Les mots d'Eric

En musique, en poésie comme en tout, tout
ce qui cherche à s’approcher de la
perfection académique, ne les touche pas, et les prouesses électroniques de
ceux qui font de la musique avec des
logiciels les laissent indifférents. Le
père le rappelle souvent d’ailleurs en
citant Ferré « la musique est une clameur» et le fils, lui répond à
chaque fois « et les poètes qui ont recours à leur doigts pour savoir
s’ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes ce sont des
dactylographes».

La pluie, il leur faudra de la pluie,
pour que leurs gorges se serrent aux évocations des ouvriers de Pittsburgh, de Youngstown
ou d’ailleurs. Il leur faudra de la
pluie pour entendre la rivière: «the river», c’est curieux ce
mot lorsqu’il est chanté, avec dans le fond les frottements de balais d’essuie- glaces vous donne envie de
retrouver la source, toutes les…

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La moitié et son double : 3

Les mots d'Eric

Le père n’est pas musicien, ne comprend
pas grand-chose à l’anglais, mais ce qu’il aime avec ce chanteur c’est que tout
devient simple. La musique, elle lui entre dans la tête sans poser de
questions, sans chercher à se faire remarquer, sans chercher à ce qu’on prenne
l’air sérieux pour en comprendre les portées.

Cette musique, surtout les morceaux
acoustiques, on sent qu’elle est faite pour ceux qui n’obligent pas leurs
émotions à prendre d’autres chemins que ceux qu’elles sont habituées à
emprunter. Ce sont les mêmes chemins qu’à la lecture d’un passage de Steinbeck,
de Camus, de Kerouac, ou d’Hemingway. Les paroles il ne les comprend pas
toutes, contrairement à son fils qui est à l’aise avec l’anglais. Il ne les
comprend pas toutes mais il les ressent, il sait qu’elles parlent, pour
beaucoup d’entre elles, de ce qui est vrai.

Le fils lui connaît tout de ce chanteur,

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La moitié et son double, 2

Les mots d'Eric

Street Art sur le mur de Berlin

Il se souvient de cet homme. Il lui a
proposé d’entrer avec lui, à l’intérieur, de s’asseoir doucement, d’écouter la
portière qui claque, le craquement du mauvais cuir quand on s’assoit. Il lui a conseillé
de fermer les yeux et d’attendre, d’entendre. Il l’a pris pour un malade, pour un original, mais il est quand même entré. Il a fermé les
yeux, vite, parce qu’il était pressé, et c’est vrai il s’en souvient: il
était bien. Il pleuvait légèrement et les gouttes de pluie faisaient comme une mélodie,
une espèce de mélancolie qui rappelle tant le blues qui navigue toujours entre
le rire et les larmes.

Alors quand il les a vus arriver tous
les deux, il s’est souvenu de son musicien et quand ils les a vus sentir l’intérieur
des voitures il a su qu’il pourrait enfin vendre cette vieille Plymouth.

Il…

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La moitié et son double,1

Republication d’une nouvelle, que j’avais écrite il y a dix pour mon fils aîné… En quatre parties

Les mots d'Eric

Je poursuis la publication de mes nouvelles, j’ai déjà évoqué celle-ci qui participe à un concours sur le site short-édition. Je l’ai écrite il y a presque 10 ans. Comme la précédente je la publierai en quatre parties.

Sur le pare- brise, de la buée; on
ne sait pas au juste si c’est de la buée posée là par le souffle du père et de
son fils, ou s’il s’agit d’une simple humidité, conséquence d’une mauvaise
isolation.

La voiture qu’ils ont prise leur va
bien. Ils ne l’ont pas choisie pour le confort, encore moins pour le compte-tours
ou le carburateur mais pour l’odeur. Quand ils ont fait le tour du parc des
occasions, curieusement ils n’ont pas tapé dans les pneus avec les pieds.

Ils ne connaissent pas ces gestes
d’hommes, ils ne les connaissent pas et ne les comprennent pas. Ça ne les
intéresse pas. Lorsqu’un capot est…

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Le temps s’est achevé…

Dans le silence mou d’un matin bleu
On s’arrête

Dans le plein rêve
D’un monde heureux
On s’arrête

Juste au-dessus du vague soupir
Las
On n’entend plus la douce mélodie
On respire, on espère
On hésite, on appelle
Oh rien
Ou si peu
Juste le mot
Juste un seul
Léger
Goutte à goutte
Rivière l’épelle
On baisse les yeux
Plus un souffle d’air
Tout se fige
Une par une flaques d’eau
S’assèchent
Et sur la surface lisse d’un vague ruisseau
Le temps s’est achevé
Nous ne l’attraperons plus

Mes Everest, Albert Camus…

Le premier paragraphe de la première nouvelle de l’exil et le royaume, « la femme adultère ». Portrait sublime…

Une mouche maigre tournait, depuis un moment, dans l’autocar aux glaces pourtant relevées. Insolite, elle allait et venait sans bruit, d’un vol exténué. Janine la perdit de vue, puis la vit atterrir sur la main immobile de son mari. Il faisait froid. La mouche frissonnait à chaque rafale du vent sableux qui crissait contre les vitres. Dans la lumière rare du matin d’hiver, à grand bruit de tôles et d’essieux, le véhicule roulait, tanguait, avançait à peine. Janine regarda son mari. Des épis de cheveux grisonnants plantés bas sur un front serré, le nez large, la bouche irrégulière, Marcel avait l’air d’un faune boudeur. À chaque défoncement de la chaussée, elle le sentait sursauter contre elle. Puis il laissait retomber son torse pesant sur ses jambes écartées, le regard fixe, inerte de nouveau, et absent. Seules, ses grosses mains imberbes, rendues plus courtes encore par la flanelle grise qui dépassait les manches de chemise et couvrait les poignets, semblaient en action. Elles serraient si fortement une petite valise de toile, placée entre ses genoux, qu’elles ne paraissaient pas sentir la course hésitante de la mouche.

Belle et tiède, la nuit s’est invitée…

Les mots d'Eric

Île de Tioman : Malaisie mai 2019

Doucement le soir s’est posé.

Sans un bruit, sans un gris,

Sur le sable si chaud,

Épuisé,

Il s’est allongé.

Les souffles sont courts,

Dans le regard, une lueur.

Reste d’un soleil rageur.

On ferme les yeux,

Douce caresse,

D’une brise,

Qui cherche une rime,

Avec un vent qu’on rêve frais.

Belle et tiède,

La nuit s’est invitée.

D’une voix claire et reposée

A la mer apaisée,

Ses doux mots il a libérés

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Chuuuuint…

Une republication originale pour débuter la semaine

Les mots d'Eric

Anton se souvient quand ils ont pris la voiture avec Marcel
son père. Il était très tôt quand ils sont entrés sur l’A7. Ils ont roulé près
de deux heures sans rien dire avec simplement le bruit du moteur et les
chuintements des autres voitures, plus rapides, et qui vous doublent en
produisant ce souffle, chuuuinnt, si caractéristique quand la vitre est
légèrement ouverte. Ce bruit, Marcel dit que c’est un chuintement. C’est vrai
que c’est un mot qui va bien, parce que si on ouvre la vitre plus grand, c’est
pas pareil ça ne chuinte plus, c’est autre chose, un autre son qu’on ne retient
pas, qu’on n’arrive pas à capturer dans sa mémoire pour en faire un joli mot.

Il se souvient. Ils se sont arrêtés sur une aire, il faisait
chaud, il y avait le bruit des camions et on entendait les premières cigales. L’A7
c’est le…

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Dans le soir de ses yeux…

Photo de Umberto Shaw sur Pexels.com

Dans le soir de ses yeux
Je lis la dernière phrase
D’une histoire fanée
Tant de fois racontée

Ses mots sont lourds et glacés
Je les pose sans rien dire
Dans le creux lisse
De mes mains de papier

Dans le noir de ses cheveux
Douce main glisse en frisant
Les dernières boucles de rires envolés
C’est la longue nuit des errants séparés

Petit bonheur ferroviaire éphémère…

Ils me paraissent si loin ces petits bonheurs ferroviaires …

Les mots d'Eric

En arrivant ce matin sur le quai
de la gare, j’ai perçu un petit quelque chose de bizarre, d’anormal. D’abord
une sensation physique: je respire… Oui c’est cela: c’est dans
l’air! La respiration est un vrai
bonheur, subtil mélange de fraîcheurs et d’odeurs d’herbe coupée. Je me suis
ditque dans le fond de l’air il y avait certainement un petit peu de
bonheur, un tout petit peu. Alors j’ai
souri, parce que le bonheur c’est pour fabriquer du sourire, sinon ce n’est qu’une escroquerie de plus.

Je souris et – c’est bien cela
que j’ai ressenti comme inhabituel – la première personne que j’ai croisée, une
habituée comme moi, souriait aussi, d’abord seule, pour elle, comme moi, et
puis j’ai bien vu qu’elle me souriait. Elle qui tous les jours serrent les
dents pour ne pas risquer d’être obligé de répondre à mon regard, aujourd’hui
elle me sourit. Incroyable! Je…

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