Parlez moi de la mer…

La mer toujours la mer…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Je suis particuliĆØrement satisfait pour ne pas dire fier de mon texte du jour. Je n’ai pas l’habitude, mais lĆ  j’avais envie de le dire…

Je n’en peux plus du bruit de la peur,

Je n’en veux pas de la suie grasse de vos haines,

Je n’en veux plus des complaintes aux rimes dures.

Parlez moi de la mer, je vous en prie.

Où sont les vagues,

Où sont-elles?

Entendez le vent,

Il pleure, vous dis-je,

On l’oublie,

Il est seul, il appelle.

J’entends son chant qui ondule,

Mes yeux se ferment,

Petites larmes coulent.

Vagues amĆØres,

Douces et belles,

Sur les rives de mes lĆØvres muettes

Ont rƩpondu, Ɠ vent, Ơ ton appel.

Parlez moi de la mer je vous en prie…

Voir l’article original

Il a senti la mer…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Un vieux texte que j’ai envie de partager a nouveau ce soir…

Il a mis le pied sur le quai et
ce qu’il a tout de suite senti, trĆØs fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa
peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est
arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout.
L’air qu’on respire n’est pas le mĆŖme, il est parfumĆ©, avec juste cette
sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui,
elle est lĆ  la diffĆ©rence, c’est dans l’air! C’est un sourire qui
caresse, doux comme le premier chant d’oiseau Ć  la fin de l’hiver, on ouvre la
fenĆŖtre, on respire: la vie est partout et on sourit. Il n’est lĆ  que
depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, trĆØs fort, les autres…

Voir l’article original 149 mots de plus

Souvenir…

Envie de partager la mer aujourd’hui, la mer et ses cent vagues

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Je garde au fond de ma rƩserve Ơ souvenirs
Un reste de soir d’étĆ©
C’était hier, c’était il y a loin
L’ocĆ©an ne disait plus rien
LassĆ© d’une longue journĆ©e
A inventer des vacances
Pour les ceux qui rĆŖvaient de bleus
Le ciel l’avait rejoint
Et dans les bras envasƩs
De la terre endormie
Ils s’étaient aimĆ©s
Pour une seule et longue nuit

12 juillet

Voir l’article original

Mes Everest : Marguerite Duras : Ć©crire…

PoĆØmes de jeunesse : « peut-ĆŖtre… »

Le matin s’est levĆ©…

Et je voudrais conjuguer le verbe aimer…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Rappelle-toi, la premiĆØre fois que tu as utilisĆ© le Ā« il ou elle Ā» c’est en grammaire quand il faut chercher l’accord quand il faut chercher le sujet, et qu’on doute alors on nous apprend qu’il faut dire qui est ce qui fait l’action…. et on rĆ©pond Ā« il ou elle Ā».
On cherche le sujet, on cherche et on finit par trouver. J’aime que la grammaire franƧaise ne s’enferme pas que dans l’objet qu’il soit direct ou indirect. J’aime savoir qu’il ou elle sont d’abord deux pronoms et qu’ils deviennent prĆ©noms, parce qu’ils sont justement si personnels. Il ou elle et toutes les dĆ©clinaisons qu’offre la magnifique langue franƧaise, cette grammaire faite aussi de conjugaison, cette magnifique conjugaison qui rĆ©unit, qui assemble, qui complĆØte et qui donne Ć  des verbes creux et immobiles des rondeurs et des Ć©chos qu’on entend longtemps sonner au fond de nos cœurs, au profond…

Voir l’article original 116 mots de plus

Rimes en train…

Mes Everest, LĆ©o FerrĆ©…

Un extrait, maintes fois lu et relu de la prĆ©face Ć  « poĆØtes vos papiers ». Je ne m’en lasse pas

La poĆ©sie est une clameur, elle doit ĆŖtre entendue comme la musique. Toute poĆ©sie destinĆ©e Ć  n’ĆŖtre que lue et enfermĆ©e dans sa typographie n’est pas finie ; elle ne prend son sexe qu’avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche. Il faut que l’œil Ć©coute le chant de l’imprimerie, il faut qu’il en soit de la poĆ©sie lue comme de la lecture des sous-titres sur une bande filmĆ©e : le vers Ć©crit ne doit ĆŖtre que la version originale d’une photographie, d’un tableau, d’une sculpture.
DĆØs que le vers est libre, l’œil est Ć©garĆ©, il ne lit plus qu’Ć  plat ; le relief est absent comme est absente la musique. « Enfin Malherbe vint… » et Boileau avec lui… et toutes les Ć©coles, et toutes les communautĆ©s, et tous les phalanstĆØres de l’imbĆ©cillitĆ© ! L’embrigadement est un signe des temps, de notre temps. Les hommes qui pensent en rond ont les idĆ©es courbes. Les sociĆ©tĆ©s littĆ©raires sont encore la SociĆ©tĆ©. La pensĆ©e mise en commun est une pensĆ©e commune. Du jour où l’abstraction, voire l’arbitraire, a remplacĆ© la sensibilitĆ©, de ce jour-lĆ  date, non pas la dĆ©cadence qui est encore de l’amour, mais la faillite de l’Art. Les poĆØtes, exsangues, n’ont plus que du papier chiffon, les musiciens que des portĆ©es vides ou dodĆ©caphoniques – ce qui revient au mĆŖme, les peintres du fusain Ć  bille. L’art abstrait est une ordure magique où viennent picorer les amateurs de salons louches qui ne reconnaĆ®tront jamais Van Gogh dans la rue… Car enfin, le divin Mozart n’est divin qu’en ce bicentenaire !
Mozart est mort seul, accompagnĆ© Ć  la fosse commune par un chien et des fantĆ“mes. Qu’importe ! Aujourd’hui le catalogue Koechel est devenu le Bottin de tout musicologue qui a fait au moins une fois le voyage Ć  Salzbourg ! L’art est anonyme et n’aspire qu’Ć  se dĆ©pouiller de ses contacts charnels. L’art n’est pas un bureau d’anthropomĆ©trie. Les tables des matiĆØres ne s’embarrassent jamais de fiches signalĆ©tiques… On sait que Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes, que Beethoven Ć©tait sourd, que Ravel avait une tumeur qui lui suƧa d’un coup toute sa musique, qu’il fallut quĆŖter pour enterrer Bela Bartok, on sait que Rutebeuf avait faim, que Villon volait pour manger, que Baudelaire eut de lancinants soucis de blanchisseuse : cela ne reprĆ©sente rien qui ne soit qu’anecdotique. La lumiĆØre ne se fait que sur les tombes.

PoĆØmes de jeunesse : « la rĆ©volte »

Recette d’espoir…

Une belle et ronde marmite vous choisirez
Sur le bord d’une fenĆŖtre
TournĆ©e vers l’ouest
DƩlicatement vous la poserez
Vous l’oublierez
Vous rĆŖverez
Quand le silence aura mijotƩ
DƩbordƩ
Vous la retrouverez
La ramĆØnerez
Sur le feu doux et impatient

Quelques mots doux et sucrƩs
Vous aurez ƩpelƩs
Au fond de la casserole vous les jetterez
Votre bouquet de rimes ƩpicƩes
Vous ajouterez
Couvrez
Chantez
Salez
Sautez

Et pour finir
Servez

Oui j’allais oublier
D’un vin blond au souffle long et coquin
Vous l’arroserez

Onfkkk….

Une micronouvelle publiĆ©e au lancement de ce blog…

Tous les murs sont achevĆ©s…

Il est dƩjƠ tellement tard
Plus rien n’est Ć  commencer
Tous les murs sont achevƩs
Les regards se sont affadis
Les Ʃpaules sont entrƩes
Le visage est affalƩ

Pourtant

Pourtant il faudrait
Il faudrait ouvrir des fenĆŖtres
Laisser entrer des éclats de rêves mauves et bleutés
Et soudain redresser le menton
Bomber le torse
Et contempler en riant
Le souvenir d’un arbre lointain

PoĆØmes de jeunesse. « Peur d’Ć©crire »

Apprendre Ć  se taire…

Il faudrait pourtant apprendre Ć  se taire. Apprendre Ć  ne rien dire. Oui, ne rien dire de ce qui sera toujours de trop. Prendre le temps de sentir, de ressentir et puis Ć©couter, toucher, entendre, simplement. Il faudra apprendre Ć  se confronter au silence, en apprĆ©cier la douceur. Il faudra apprendre Ć  ne plus prendre le risque de d’abĆ®mer les envies de sourire, de se serrer, de se retrouver et tout cela pour exister. Exister, rĆ©sister, Ć©liminer du champ de batailles de nos envies retrouvĆ©es, toutes ces paroles inutiles qui emplissent dĆ©jĆ  de lourds silos de haines ordinaires. Il faudra Ć©liminer tout ce bruit qui nous enterre, ce bruit qui nous fait mal. Ne plus commenter, essayer de comprendre, essayer simplement ou alors ne rien dire…

Mes Everest, RenĆ© Char : « Le jugement d’octobre »

Joue contre joue deux gueuses en leur dƩtresse roidie ;
La gelƩe et le vent ne les ont point instruites, les ont nƩgligƩes;
Enfants d’arriĆØre-histoire

TombƩes des saisons dƩpassantes et serrƩes lƠ debout.
Nulles lĆØvres pour les transposer, l’heure tourne.
Il n’y aura ni rapt, ni rancune.
Et qui marche passe sans regard devant elles, devant nous.
Deux roses perforĆ©es d’un anneau profond
Mettent dans leur ƩtrangetƩ un peu de dƩfi.
Perd-on la vie autrement que par les Ʃpines?
Mais par la fleur, les longs jours l’ont su !
Et le soleil a cessĆ© d’ĆŖtre initial.
Une nuit, le jour bas, tout le risque, deux roses,
Comme la flamme sous l’abri, joue contre joue avec qui la tue.

Attente ferroviaire : 1

Je republie quelques portraits

Il attend…

Les heures sont passƩes
Lentes et molles
Il est lĆ 
Raide
Seul
Dans le fond creux de ses yeux
Les restes blancs
D’une longue nuit
Pas un mot
Pas un cri
Le peuple du silence
Doucement l’engloutit

Anton prend le TGV…

Je retrouve des bouts de textes, tous mes travaux pour le projet de mon quatriĆØme roman. En voici un que j’aime beaucoup

Anton prend rĆ©guliĆØrement le TGV, le lundi matin depuis qu’il a dĆ©cidĆ© de se prĆ©senter aux Ć©lections. Si au dĆ©but il trouvait cela plaisant, surtout dans les compartiments de premiĆØre classe, lĆ  franchement il n’en peut plus. Il ne supporte plus. Il en devient presque agressif, au moins dans le regard.
Ceux qui peuplent ces espaces de privilĆ©giĆ©s deviennent rapidement insupportables. Lorsqu’ils entrent dans le wagon on dirait de petits gĆ©nĆ©raux en campagne, entrant en conquĆ©rant sur un champ de bataille sans combattants. Leurs toutes premiĆØres obsessions, armĆ©s de leurs billets numĆ©riques c’est de vite prendre possession du petit pĆ©rimĆØtre de velours que la compagnie ferrĆ© leur a provisoirement attribuĆ©.
Et pendant deux heures ils occupent, ils colonisent. C’est leur espace, leur territoire, ils le marquent. Tout dans leur ĆŖtre est une insulte Ć  la beautĆ©, Ć  la vĆ©ritĆ©. Petits coqs frustrĆ©s, mais si fiers de ce pouvoir qu’ils pensent dĆ©tenir, ils se rĆ©pandent, ils se rĆ©pondent, de la voix, du corps. A plusieurs ils ne conversent pas, ils sont continuellement dans la parole utilitaire. Leurs mots ne sentent rien et Anton ne ressent rien. Ce sont des mots tous droits sortis de manuels de management, ils les envoient sans pitiĆ© pour les pauvres oreilles de Anton.
Anton lui est assis dans son fauteuil, et il a posĆ© sa tĆŖte contre la vitre. Leurs mots sont une souffrance, ce sont des mots chiffres, remplis de courbes et dans leurs regards on sent l’inquiĆ©tude : Ā« ai-je Ć©tĆ© entendu ? Il faut bien se persuader qu’on existe… Faussement dĆ©contractĆ©s ils travaillent une espĆØce d’affalement soignĆ©, juste pour que le costume soit lĆ©gĆØrement froissĆ© preuve qu’ils y Ć©taient eux dans le TGV du lundi matin.
Anton les regarde, et navigue entre la colère, la tristesse et le dégout.

La norme et la beautĆ© : le retour…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Il y a bien longtemps que norme et beautĆ© ne s’étaient rencontrĆ©es. Il est vrai que l’une comme l’autre avaient pris soin sur les injonctions de la police sanitaire de prendre et surtout de garder de la distance. Mais ce qui devait arriver arriva et les deux rivales ont fini par se retrouver. La norme dont on sait dĆ©jĆ  qu’elle aime tout contrĆ“ler a donc pris la dĆ©cision de convoquer la beautĆ©.

– Gardez vos distances beautĆ© ou alors restez masquĆ©. En aucun cas vous ne devez me contaminer.

– Ne vous inquiĆ©tez pas je resterai masquĆ©e et ainsi vous n’aurez pas Ć  supporter mon sourire bucolique…

– Bien, ceci Ć©tant dit chĆØre beautĆ©, encore une fois quel besoin aviez vous d’aller vous compromettre en ce lieu que je vous ai dĆ©jĆ  interdit. Un parking de supermarchĆ©, et pourquoi pas un immeuble dĆ©saffectĆ© quand on y est ?

-Voyez vous…

Voir l’article original 130 mots de plus

Ouvrez les fenĆŖtres…

Ne me parlez plus de votre monde de demain !

Je vous en prie,

Ne m’en parlez plus…

Regardez,

Ouvrez vos yeux endoloris…

Et surtout, surtout,

Prenez le temps de ne rien dire.

Une Ć  une ouvrez ces fenĆŖtres,

Que vous aviez condamnƩes.

L’ailleurs vous fait peur,

Le lointain vous effraie ?

Il est temps,

Il faut vous relever !

Retrouvons la norme et la beautĆ©

Retrouvons la norme et la beautĆ©…

La Norme et la BeautĆ©…

Je vais republier pour mes nouveaux abonnĆ©s cette sĆ©rie de petits dialogues entre la norme et la beautĆ©…

Mes Everest, Paul Verlaine : « l’heure du berger »

La lune est rouge au brumeux horizon ;
Dans un brouillard qui danse, la prairie
S’endort fumeuse, et la grenouille crie
Par les joncs verts où circule un frisson ;

Les fleurs des eaux referment leurs corolles ;
Des peupliers profilent aux lointains,
Droits et serrƩs, leur spectres incertains ;
Vers les buissons errent les lucioles ;

Les chats-huants s’Ć©veillent, et sans bruit
Rament l’air noir avec leurs ailes lourdes,
Et le zĆ©nith s’emplit de lueurs sourdes.
Blanche, VĆ©nus Ć©merge, et c’est la Nuit.

Avis de tempĆŖte…

La tempĆŖte ne souffle pas
Elle ne l’oserait plus
Dans son bouquet de vent d’ouest
Flottent des airs d’un silence fanĆ©
Nos yeux se sont usƩs
Sur des pages de rien
Qui dƩfilent sans trembler
Elles sont si loin
Ces larmes de papier
Que dans un revers de main
Doucement ils aimaient caresser
Tous ont oubliƩ
Le si beau regard bleu plissƩ
Du marin qui espĆØre la lumiĆØre
A la lisiĆØre de la marge
Du rivage espƩrƩ
EnfermƩs
EngluƩs
Dans des bulles de vide
Qui ont trahi nos rêves de rimes légères
Les hommes se noient sans une larme de sel

20 janvier

Deux touches de vague il a posĆ©es…

Une autre poĆ©sie de ma petite fille Lisa…

Nous sommes mercredi, c’est la journĆ©e des enfants, des petits enfants. J’avais dĆ©jĆ  publiĆ© un texte de ma petite fille Lisa, 7 ans. Elle aime beaucoup Ć©crire et surtout de la poĆ©sie, et vous comprendrez que son papou poĆØte est fier, trĆØs fier d’elle. Avec son aimable autorisation je publie donc son dernier texte…

Il y avait un bateau
TrĆØs beau
Qui explorait les profondeurs
Car l’heure
Passait trĆØs vite
Dans le vide
Les fruits qui s’y trouvaient
Etaient rares
Il se rƩgalait
Tellement
Que le soleil apparut
Lulu l’avait vu
Dans ce miroir
Elle avait soif

Lisa Moine

Message du tribunal acadĆ©mique…

Envie de republier cette sƩance du tribunal acadƩmique

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Attention il sourit…

Le tribunal acadƩmique, une fois de plus et nous en sommes vraiment dƩsolƩs, est restƩ silencieux pendant quelques semaines.
Il faut dire que le greffier du dit tribunal a ƩtƩ testƩ positif au Clownvid 001.
Il s’agirait selon les dĆ©sinformations que nous avons survolĆ©es d’un nouveau virus non encore rĆ©pertoriĆ© par les principaux logiciels de reconnaissance de mauvais caractĆØre.
Les symptÓmes les plus caractéristiques de cette nouvelle maladie sont très inquiétants.
Il est Ć©vident que tout sera mis en œuvre pour Ć©viter la contamination. Le premier symptĆ“me est celui de la parole. Les personnes atteintes, et ce fut le cas de ce malheureux greffier, se mettent soudain Ć  parler, Ć  voix haute et intelligible. Il convient pour ne pas commettre d’erreur de diagnostic de ne pas confondre avec le syndrome un peu plus connu dit du Ā« monologue Ā».
En effet les personnes infectĆ©es non seulement…

Voir l’article original 196 mots de plus

Ecoute petit homme…

Ne pars pas petit…

Ecoute petit
Ecoute le souffle bas
De ton monde qui soupire
Il n’en peut plus
Plus rien ne bouge

Regarde petit
Regarde la brume du lourd visage gris
D’un vieux monde qui s’est Ć©chouĆ©
Sur les pâles rives
De nos peurs enfouies

Approche petit
Approche de ce grand corps affalƩ
Il voudrait s’étirer
Respirer
S’extirper

Reviens petit
Ne pars pas aussi loin
Il attend tant de toi
Pour avaler son chagrin

Lundi frileux…

C’Ć©tait un lundi, c’Ć©tait il y a un an… Presque rien n’a changĆ©…

23 h 17, version intĆ©grale…

Et voici pour clĆ“turer la publication en cinq parties, la version intĆ©grale de cette nouvelle que j’ai beaucoup aimĆ© Ć©crire. N’hĆ©sitez pas Ć  me donner votre avis…

23 h 17…

« Une nouvelle de Eric Nédélec pour Alice : 12 décembre 2020 »

1

Ā« Eh papa, n’oublie pas, cette annĆ©e j’ai vingt-cinq ans ! C’est l’annĆ©e de ma nouvelle. Je te le rappelle parce que je te connais tu vas t’y mettre la veille…

C’est vrai que dans cette famille, c’est devenu une tradition. Le plus vieux des quatre enfants aujourd’hui Ć¢gĆ© de trente-cinq ans a eu le privilĆØge d’ouvrir ce bal littĆ©raire. C’était il y a dix ans et Ć  quelques annĆ©es d’intervalle, les deux autres ont aussi bĆ©nĆ©ficiĆ© du mĆŖme traitement.

  • Pour vos 25 ans je vous Ć©cris une nouvelle !

VoilĆ  c’est comme Ƨa : en quelque sorte c’est Ć©crit.

C’est Ć©crit.  Mais il faut l’écrire…

Le voici arrivĆ© Ć  la quatriĆØme : la derniĆØre, la petite derniĆØre… Disons-le tout net : il y pense ! Pas tout le temps : mais il y pense… Il cherche, il tĆ¢tonne. Plus la date approche, plus il est inquiet.

TrĆØs inquiet mĆŖme. On le voit parfois, dehors sur la terrasse, il regarde le ciel, la cime des arbres, les nuages qui roulent comme des vagues.

  • Qu’est-ce que tu fais encore papa ?
  • J’écoute, j’attends, j’entends…
  • N’oublie pas…

Pourtant chez lui, la peur d’écrire n’existe pas. Il est mĆŖme dans une pĆ©riode où il Ć©crit beaucoup, peut-ĆŖtre trop. Bref, Ƨa le Ā« travaille Ā». Il a peur. Ce n’est mĆŖme pas la peur d’être mauvais.  Non le pire pour lui serait d’être moyen, dans cet entre-deux un peu mou.  Son angoisse est de ne pas rĆ©ussir Ć  poser sur le papier tout ce qu’il entend dans ce qu’il appelle souvent l’arriĆØre-pays de sa tĆŖte. Ne pas Ć©crire quelque chose de banal, Ć  cĆ“tĆ© de la plaque. Il faut des idĆ©es, les rassembler et surtout, surtout, trouver un fil conducteur.

Un fil conducteur, ou une lumiĆØre. Une belle lumiĆØre.

Alors il Ʃcrit. Les feuilles sont lƠ, lisses et blanches. Il les caresse, les sent. Il respire.

Et l’inspiration jaillit. Au dĆ©but quelques larmes, et puis un long sanglot, une riviĆØre, un torrent. Les idĆ©es coulent sur le papier. Les mots, des phrases, des souvenirs, des images, des personnages, des caractĆØres, des inventions, des convictions.

Et la lumiĆØre encore, toujours…

Tout cela fait un joli fatras. Fatras, il est beau ce mot. Mais il y a encore mieux : il y a taffetas. Le taffetas que forment les tas de feuilles. Tas de feuilles posĆ©s ici ou lĆ , traces de ses inspirations.

C’était le premier mardi de novembre : le trois pour ĆŖtre prĆ©cis. FatiguĆ©e elle s’est levĆ©e pour aller se coucher, s’est arrĆŖtĆ©e au milieu de l’escalier de la mezzanine et brusquement s’est retournĆ©e avec un sourire mi ironique mi inquiet.

  • Eh papa n’oublie pas, mais vous connaissez la suite…

Et lĆ , il a eu comme un moment de panique. Une bouffĆ©e d’angoisse.

La nouvelle, sa nouvelle, les papiers, les feuilles. J’ai Ć©crit, c’est fini. Oui presque fini mais, les feuilles, oui les feuilles, où sont-elles ? Où sont-elles passĆ©es ? Où se sont-elles envolĆ©es ?

J’aurai dĆ» Ć©crire sur un carnet, pas sur des feuilles volantes. Curieuse cette expression : feuilles volantes… Il pense aux feuilles mortes ; elles s’accrochent, elles rĆ©sistent, et puis elles tombent ou s’envolent. On est en novembre, ce mois si gris où les feuilles tremblent, tremblent et meurent.

On est en novembre. C’est aussi le mois où les feuilles blanches se remplissent.

Où se sont-elles envolĆ©es ces feuilles volantes ?

ArrivĆ©e dans sa chambre, elle sourit. Un joli, un vrai sourire intĆ©rieur qui brille sur le visage comme une petite flamme. Elle aime taquiner : son papa, les autres. Elle le fait toujours avec lĆ©gĆØretĆ© et ce magnifique sourire intĆ©rieur qui se devine derriĆØre le miroir des yeux.

Avant de se coucher, elle s’astreint Ć  quelques rites immuables, indispensables. Des rites qu’on ne croirait rĆ©servĆ©s qu’à celles et ceux dont on trouve qu’ils sont un peu raides, un peu rigides mais certainement pas Ć  la saltimbanque de la famille.

Mais qu’on le veuille ou non les artistes, et c’est une artiste, une artiste de la lumiĆØre, sont des personnes organisĆ©es, ordonnĆ©es.

Chaque soir il y a de façon immuable une liste de choses à faire. Parmi celles-ci, ce soir, justement, elle a prévu de relire ce magnifique texte sur les artistes. Un texte de Léo Ferré. Léo Ferré un artiste. Peut-être le plus grand.

Les artistes,

Ils vous tendent leurs mains et vous donnent le bras

Vous les laissez passer, ils ne sont pas Ć  vous

Les artistes

Ils sont le clair matin dans vos nuits des tempĆŖtes

Ils sont le soleil noir de vos Ć©tĆ©s d’hiver

Ils chantent dans la nuit Ć  vos tempes muettes

Ils plantent la Folie au fond de vos galĆØres !

2

Elle s’endort vite.  Enfin c’est ce qu’elle supposera peut-ĆŖtre demain.

Elle dira.

  • Je me suis endormie tout de suite,

Mais comment le savoir, saisir le moment, prĆ©cis où on plonge de l’autre cĆ“tĆ© ? Alors oui elle dit qu’elle s’endort vite, trĆØs vite, toujours.  Elle rĆŖve beaucoup. Des rĆŖves touffus, comme un champ d’herbes sauvages. Ce sont de vĆ©ritables histoires, des Ć©popĆ©es mĆŖme. Elle s’endort en se disant, ou peut-ĆŖtre qu’elle entend quelqu’un lui murmurer.  

  • J’espĆØre que pour terminer sa nouvelle il ne va pas te faire le coup de la chute classique : Ā« et elle se rĆ©veilla car tout cela n’était qu’un rĆŖve ! Ā»

Un rĆŖve. Comme si tout cela ne pouvait ĆŖtre qu’un rĆŖve

Elle ne dort jamais les volets fermĆ©s. Peut-ĆŖtre ce besoin de lumiĆØre. Cette lumiĆØre qui mĆŖme la nuit est lĆ , tapie, dans l’ombre.  

Dehors un bruit de feuilles mortes. Bruit qui craque, qui froisse. Et une odeur : un mĆ©lange d’humide et de sec. Elle dort. ProfondĆ©ment.

Quand elle s’est levĆ©e, comme toujours, elle s’est Ć©tirĆ©e. Elle a souri en regardant la lumiĆØre douce du matin qui entre discrĆØtement.

C’est un joli matin de novembre.

Quelques grains de poussiĆØres flottent. Ils sont suspendus Ć  ce qui ressemble quand mĆŖme Ć  un magnifique rayon de soleil.

Elle a rĆŖvĆ© encore, beaucoup. Mais curieusement aujourd’hui elle ne se souvient de rien. De toute faƧon elle n’aura pas le temps de chercher Ć  se souvenir.  Elle a tellement Ć  faire aujourd’hui. Une liste, longue, hĆ©tĆ©rogĆØne, Ć©chevelĆ©e. Elle l’a inscrite sur un carnet. C’était hier soir. Cela fait partie des rites. Elle aime tant les carnets, elle en plusieurs, un pour chaque usage. Carnet pour les voyages, carnet pour les spectacles, carnet pour les rĆŖves, carnet pour les mots qu’elle aime, carnet pour dessiner la lumiĆØre, carnet pour son chat. Elle aime tellement son chat qu’elle lui consacre un carnet, rien que pour lui, et comme elle a le sens de l’humour, sur la couverture, elle a notĆ© Ā« Charnet Ā» …

Sur le carnet aux rêves, elle écrit presque tous les matins. Les carnets, ses carnets. Ils sont tous là rangés, alignés, au pied de son lit. Fidèles compagnons

Mais ce matin, c’est le vide.  Ils n’y sont plus. Il n’y a plus rien, ou presque. Il n’en reste qu’un seul.  Elle ne le connait pas. C’est un gros carnet.  Les autres ont dĆ» glisser sous le lit.

C’est curieux quand mĆŖme !  Glisser sous le lit…Elle sourit, ses yeux se plissent. Elle est certaine qu’hier soir, comme tous les jours elle a Ć©crit quelques lignes. Sur chacun d’entre eux.

Hier soir. Quelques lignes : sur son carnet, sur ses carnets. Elle ne souvient pas ou mal.

Un carnet.  Un seul.  Il est lĆ .

Il n’y a rien. Elle le sait, elle le sent. Elle ne l’ouvre pas. Il est peut-ĆŖtre trop tĆ“t.

Dehors un chien aboie. Un aboiement lourd qu’elle connaĆ®t bien, mĆŖme s’il y a bien longtemps que…

Bien longtemps qu’il est parti. Quelque part, ailleurs, dans la nuit des chiens. La nuit des chiens.  Elle se souvient ; cette phrase, ces mots. LĆ©o FerrĆ©.

Ce n’est pas de son Ć¢ge d’écouter LĆ©o FerrĆ©.  C’est ce que certains lui ont dit. LĆ©o FerrĆ© : sa chienne qui n’avait que trois pattes : Ā« elle est partie, MisĆØre, dans des cachots, quelque part dans la nuit des chiens… Ā»

Un chien aboie. Il aboie. Elle entend. Frissons.

Bruit de feuilles. Se pencher Ć  la fenĆŖtre et observer. Non : ne pas modifier l’ordre, l’ordre du monde, de son monde. Se lever, s’étirer, vĆ©rifier que tout est en place.

Les carnets, le carnet.

Le carnet. Elle ne le reconnait pas. Il faut qu’elle le lise, qu’elle se relise. Elle s’assied au bord du lit, le carnet est ouvert sur ses genoux. La lumiĆØre est si belle, caressante, une lumiĆØre qui invite les sourires.

Elle sourit. Elle est bien.

3

C’est bien son Ć©criture. Comme s’il pouvait en ĆŖtre autrement.  Comme s’il Ć©tait possible d’en douter. Mais elle doute. Tout est si Ć©trange ce matin : la lumiĆØre, l’aboiement de ce chien. Sa lĆ©gĆØretĆ©.  Elle n’a presque pas eu besoin de s’étirer. Pas mal au dos ce matin.

Elle commence Ć  promener ses yeux sur les derniĆØres pages. Elles ont Ć©tĆ© noircies hier soir. C’est Ć©crit :  il y a la date : Ā« mardi 3 novembre, 23 h 17 Ā». C’est Ć©trange, elle ne se souvient pas, elle avait tellement sommeil.

Elle commence sa lecture : Ā« une fois n’est pas coutume avant de m’endormir j’ai besoin de raconter mon rĆŖve. Mais pas celui de la veille, non celui de la veille c’est le matin que je le raconte. Non je veux raconter celui de maintenant enfin de tout Ć  l’heure de cette nuit. Je veux faire cette expĆ©rience ; je veux Ć©crire le rĆŖve que je n’ai pas eu, pas encore, et puis m’endormir. On ne sait jamais, je vais commencer et lorsque je m’endormirai, le carnet glissera par terre, comme une feuille volante et moi dans le sommeil.

Une feuille volante. Comme un signe.

Ā« Tout a commencĆ© par un aboiement : il me rĆ©veille et lorsque je me lĆØve, ma chambre n’est plus la mĆŖme, Ć  commencer par la tapisserie. Il est curieux ce papier peint, blanc, couvert de graffitis, de mots, des mots que j’aime. La fenĆŖtre est ouverte : j’entends toujours cet aboiement, et une rumeur, la rumeur de la ville. Ce doit ĆŖtre une ville Ć©trangĆØre parce que je ne saisis ni ne comprends aucun mot.  Je me lĆØve, je me sens lĆ©gĆØre, vaporeuse presque, m’approche de la fenĆŖtre ; enfin j’essaie, car elle est loin, de plus en plus loin, elle s’éloigne. Mais j’entends toujours le brouhaha de la ville. Je ne sais pas où je suis, j’ai dĆ» dormir trop profondĆ©ment. Un aboiement. Ce mur, avec tous les mots que j’aime… Ā»

Elle est toujours assise au bord du lit. Elle a tournĆ© la page. Le dernier mot qu’elle a Ć©crit avant de s’endormir est tremblant le e de aime s’affaisse en dessous de la ligne. Mais la page est blanche. Il faut qu’elle se souvienne. Que s’est -il passĆ© ensuite ? Elle ne se rappelle pas : son expĆ©rience n’a pas fonctionnĆ©.

Elle aimerait tellement pouvoir raconter la suite. Une autre fois peut-ĆŖtre. AprĆØs tout, se dit-elle, je suis peut-ĆŖtre encore en train de rĆŖver, je vais me rĆ©veiller…

Me rĆ©veiller. Et les carnets : où sont-ils ?  Elle doute maintenant.  Elle les a peut-ĆŖtre oubliĆ©s.  Ou alors elle ne les a pas tous sortis. Elle hĆ©site. Elle n’est jamais au mĆŖme endroit, un jour chez l’une, une nuit chez l’autre. C’est une nomade, une nomade organisĆ©e.

Elle va prendre l’air. Il faut qu’elle prenne l’air. Rien de tel pour se remettre les idĆ©es en place. Nous sommes en novembre. La fraĆ®cheur lui fera du bien. Elle s’approche de la fenĆŖtre, ferme les yeux, prend une longue inspiration.

Aboiements, bruits de rue, chants, cris. Elle n’est pas chez elle ; elle ne se retrouve pas. Peut-ĆŖtre a-t-elle trop dormi ? Cela lui arrive parfois : ne plus savoir où on se trouve. Cette rue, lĆ  juste sous sa fenĆŖtre, Ć©troite, trĆØs Ć©troite, en face juste en face des murs blancs. Quelques fenĆŖtres attrapent des rayons de soleil et les envoient.

Elle est belle cette lumiĆØre. Si belle…

Elle ferme la fenĆŖtre. Sortir de la chambre. Il faut que je sorte de cette chambre. La porte est fermĆ©e. Chaque pas qu’elle fait est lourd. Comme si elle Ć©tait engluĆ©e dans du sable mouvant. Elle ouvre la porte. Ici, il fait encore nuit. Pourtant il y a quelques instants elle sentait les rayons du soleil qui lui caressaient la peau…

Ici il fait encore nuit. Elle distingue le son d’une tĆ©lĆ©.  Un son familier. Je rĆŖvais dit-elle… Mais où, quand. Elle sourit : Ā« et si tout cela n’était qu’un rĆŖve Ā» et ce que lui disait son pĆØre Ā« et si nous n’étions tous que le rĆŖve d’un papillon Ā».

Elle sourit. Pourvu qu’ils ne se rĆ©veillent pas : son pĆØre, le papillon…

Elle ne sait pas, elle ne sait plus. Elle avance.  Jusqu’à la cuisine.

Tout est normal. Boire un verre d’eau. Il le faut.

Elle regarde la pendule : elle marque 23 h 17.

  • Tiens j’aurai pensĆ© avoir dormi plus.

Elle ne fait pas de bruit. Elle entend le son de la tĆ©lĆ©vision. Le plancher craque.  

  • Je vais aller me recoucher.

4

Elle est retournĆ©e dans sa chambre.  Son lit est en pleine lumiĆØre, la lumiĆØre d’un si beau jour. La fenĆŖtre est toujours ouverte, les chiens aboient, on entend des enfants qui jouent, ils crient, dans une autre langue. Elle aime tellement voyager.

Il faut reprendre le carnet, la lecture, Ć©crire peut-ĆŖtre. Se souvenir :  23 h 17…

Elle l’a Ć©crit. Elle ne sait pas, ne sait plus, lit ce qu’elle a Ć©crit, l’histoire de ce rĆŖve commencĆ©, pour qu’il se fabrique, pour qu’il entre Ć  l’intĆ©rieur

Le 23 h 17 du carnet. Le 23 h 17 de la cuisine. Curieuses ces heures, l’une est lourde, poisseuse, engluĆ©e de noir et l’autre est lĆ©gĆØre pleine de soleil. Elle la sent, lĆ , sur la peau, par la fenĆŖtre. Elle poursuit sa lecture.  

…La fenĆŖtre est ouverte, et j’entends toujours cet aboiement, et une rumeur, la rumeur de la ville, une ville Ć©trangĆØre parce que je ne saisis ni ne comprends aucun mot, je me lĆØve, je me sens lĆ©gĆØre, vaporeuse presque, et m’approche de la fenĆŖtre, enfin j’essaie, car elle est loin, de plus en plus loin, mais j’entends toujours le brouhaha de la ville. Je ne sais pas où je suis, j’ai dĆ» dormir trop profondĆ©ment. Un aboiement, et ce mur, avec tous les mots que j’aime….

Elle poursuit sa lecture, l’écriture est plus tremblante, certaines lettres Ć  la fin des mots coulent, elles s’effondrent mĆŖme, le sommeil devait ĆŖtre proche.

Ce rĆŖve est Ć©trange, je ne l’ai pas encore eu, mais je le sens tellement.  Il est lĆ  en moi ; ce n’est pas un rĆŖve, c’est un dĆ©sir. Un dĆ©sir de lumiĆØre ; ces lumiĆØres dont on dit qu’elles sont chaudes : lumiĆØres du sud, lumiĆØres qui sentent le pain qui sort du four.  J’ai sommeil, je sens que mes yeux papillonnent ; ils vont se fermer ; je n’ai pas fini. Il ne faut pas que je finisse, les mots restent suspendus lĆ , ils planent au-dessus de mon carnet, et ils se poseront tout Ć  l’heure sur mes paupiĆØres qui se fermeront et le rĆŖve se poursuivra et demain je me rĆ©veillerai et je le raconterai. Un aboiement, au loin, des cris d’enfants, des femmes emplies de couleurs….

Elle est parvenue au bas de la page. C’est ce qu’elle a Ć©crit hier soir, juste avant de s’endormir Ć  23 h 17 ou un peu plus tard. Le temps qu’il faut pour Ć©crire sur cette page de carnet.

Et maintenant elle est lĆ  assise, au bord du lit, il faut qu’elle tourne la page, la nuit est finie, elle a rĆŖvĆ©, il le faut. Raconter, Ć©crire, la suite, ce qui s’est passĆ© pendant cette nuit.

Elle tourne la page, elle est pleine, remplie, la suivante aussi et celle d’aprĆØs, et toujours plus, elle feuillette fĆ©brilement, le carnet est plein.

Toutes les pages sont noires. Une Ć©criture serrĆ©e, nerveuse. Elle ne se souvient pas. Quelques lignes encore. Il faut qu’elle lise quelques lignes

Un aboiement, au loin, des cris d’enfants, des femmes emplies de couleurs….

Ce sont les derniers mots qu’elle a Ć©crits.  C’est sĆ»r, certain, elle s’en souvient.

Elle poursuit sa lecture.

J’ai ouvert la fenĆŖtre. Dehors il fait grand jour, et je reconnais cette petite rue Ć©troite, c’est au Chili. A Santiago. Je me penche ; dans la rue en bas, je reconnais, mon pĆØre, il lĆØve la tĆŖte, l’aboiement que j’entends est celui de mon chien notre chien. C’est drĆ“le ce gros chien des montagnes, ici dans cette ville chaude. Mon pĆØre me parle, je ne comprends pas tout de suite mais il me dit de descendre, de venir le rejoindre. On ira se promener. Je lui dis d’accord. Je ferme la fenĆŖtre et je veux pousser la porte. C’est impossible elle est lourde, si lourde.

Elle ne comprend plus rien, elle a l’impression d’être dans une boucle qui n’en finit plus. Les pages du carnet sont remplis d’une Ć©criture fine, rĆ©guliĆØre, c’est son Ć©criture. Elle ne sait pas que faire, elle ne sait plus. Elle est partagĆ©e ; elle est comme dans un rĆŖve. Son rĆŖve qu’elle n’a pas fini, mais qu’elle a dĆ©jĆ  racontĆ©, c’est Ć©crit lĆ , elle le sait, il y a la suite.

…et je veux pousser la porte mais c’est impossible elle est lourde, si lourde.

La phrase d’aprĆØs. Il le faut. Une seule, pour savoir, pour comprendre.

Chaque pas que je fais est lourd, comme si j’étais engluĆ©e dans du sable mouvant ; j’ouvre la porte, il fait encore nuit. Ici il fait encore nuit, et pourtant il y a quelques instants je sentais les rayons du soleil qui me caressaient la peau ? Ici il fait nuit, encore, j’entends le son d’une tĆ©lĆ©, un son familier. Je me dis que je rĆŖve e… Mais où, quand. Je repense en souriant Ā« et si tout cela n’était qu’un rĆŖve Ā» ou ce que me dit mon pĆØre Ā« et si nous n’étions tous que le rĆŖve d’un papillon Ā». Je souris. Pourvu qu’il ne se rĆ©veille pas : mon pĆØre ou le papillon…

Elle ne lit plus, elle est certaine qu’elle sait dĆ©jĆ  ce qu’il y a d’écrit. Elle le sait.

Elle est dans le brouillard. Se rĆ©veiller, s’endormir.  Entre les deux. C’est si compliquĆ©. Inspirer, souffler.  Il faut qu’elle le fasse.

Et l’heure, quelle est-elle, ou est-elle ?

5

  • Alors Alice tu en penses quoi ?
  • Ouais, c’est cool, je n’ai pas tout compris mais c’est cool…
  • C’est peut-ĆŖtre un peu tordu non, tu ne trouves pas que je me suis un peu compliquĆ© la vie, dis-moi franchement

Ils sont quatre autour de la table. Des amis, des vrais, on comprend tout de suite aux regards qu’ils se portent, qu’ils se connaissent parfaitement, profondĆ©ment, et qu’ils s’aiment.  Oui surtout qu’ils s’aiment. Dans ce bar ils sont chez eux, Alice rit, souvent, fort, trĆØs fort. DerriĆØre le bar, le patron sourit. Alice il l’aime beaucoup lui aussi. Elle est de ces clientes qu’on aime voir entrer. Quand elle ouvre la porte tu te rappelles pourquoi tu vis.

Il les observe depuis un moment, il sait qu’ils ont un projet de piĆØce, ils en ont parlĆ©. Une piĆØce qui assemble leurs amitiĆ©s, une piĆØce qui leur ressemble. Ils sont souvent lĆ .  Il les entend, chacun avec leurs carnets ; la plus bavarde c’est Alice.  Dans son sac elle a toujours son carnet Ć  rĆŖves. Il entend. Et les trois autres l’écoutent, Gabriela est dramaturge, elle prend des notes. Il entend elle pose des questions, elle raconte, elle aussi, pas comme Alice, elle ne lit pas, ce ne sont pas ses rĆŖves qu’elle raconte, c’est sa vie, ses souvenirs enfin il le suppose. Il aime sa voix, son accent, elle est nĆ©e au Chili. Elle est en France depuis 12 ans, elle veut retenir au pays avec un projet.

Ils viennent depuis plusieurs semaines tous les soirs, au dĆ©but c’était Alice qui parlait le plus. Maintenant elle prend des notes. Elle fait des croquis.  Et puis il y a les deux autres, Fabrice et Tonio. Eux ce sont des comĆ©diens, ils Ć©coutent, ils attendent.

Le premier soir où ils sont venus tous les quatre je me souviens que Alice Ć©tait impatiente de lire son carnet Ć  rĆŖve. Mais Gabriella, comme souvent a parlĆ© la premiĆØre, elle venait de recevoir une carte postale de sa famille Ć  Santiago, la photo d’une rue Ć©troite, lumineuse, avec des enfants qui jouent, un chien, les faƧades sont ocres, toutes les fenĆŖtres sont fermĆ©es sauf une. On y distingue un visage.

Alors Alice tu en penses quoi, franchement elle n’est pas trop tordue mon histoire ?

Fabrice et Tonio se regardent.  Ils ont aimĆ© ce texte, ils ont dĆ©jĆ  quelques idĆ©es Ć  suggĆ©rer.

Alice les regarde aussi, elle n’aime pas forcĆ©ment parler en premier. Alors oui elle a dit que c’était cool, c’est le mot qu’elle aime utiliser, comme le signe de ponctuation de la tendresse qu’elle a pour beaucoup, mais lĆ  elle comprend qu’il faut en dire plus.

  • C’est un peu compliquĆ©, comme tu dis, mais de toute faƧon la vie c’est un peu compliquĆ© nonĀ ? Mais lĆ  oui franchement j’aime bien les contrastes, j’ai dĆ©jĆ  pas mal de trucs en tĆŖte,
  • Et vous vous en pensez quoi Fabrice, Tonio ?
  • Nous on vous suit. On signe, mais lĆ  on ne veut pas faire les vieux il faut qu’on rentre

Alice se tourne vers moi, je suis affalƩ, contre mon bar, je les Ʃcoute. Je suis bien.

  • C’est quelle heure MaxĀ ?

Je les aime tous les quatre, ils ne sont pas comme tout le monde, leurs smartphones ne sont jamais posĆ©s sur la table, ce sont des objets qu’ils n’utilisent que trĆØs peu m’ont-ils expliquĆ©. Alors l’heure ils aiment la demander et je suis tellement heureux de la leur offrir

  • C’est quelle heure MaxĀ ?
  • 23 h 17 les amis…

23 h 17, cinquiĆØme et derniĆØre partie…

5

  • Alors Alice tu en penses quoi ?
  • Ouais, c’est cool, je n’ai pas tout compris mais c’est cool…
  • C’est peut-ĆŖtre un peu tordu non, tu ne trouves pas que je me suis un peu compliquĆ© la vie, dis-moi franchement

Ils sont quatre autour de la table. Des amis, des vrais, on comprend tout de suite aux regards qu’ils se portent, qu’ils se connaissent parfaitement, profondĆ©ment, et qu’ils s’aiment.  Oui surtout qu’ils s’aiment. Dans ce bar ils sont chez eux, Alice rit, souvent, fort, trĆØs fort. DerriĆØre le bar, le patron sourit. Alice il l’aime beaucoup lui aussi. Elle est de ces clientes qu’on aime voir entrer. Quand elle ouvre la porte tu te rappelles pourquoi tu vis.

Il les observe depuis un moment, il sait qu’ils ont un projet de piĆØce, ils en ont parlĆ©. Une piĆØce qui assemble leurs amitiĆ©s, une piĆØce qui leur ressemble. Ils sont souvent lĆ .  Il les entend, chacun avec leurs carnets ; la plus bavarde c’est Alice.  Dans son sac elle a toujours son carnet Ć  rĆŖves. Il entend. Et les trois autres l’écoutent, Gabriela est dramaturge, elle prend des notes. Il entend elle pose des questions, elle raconte, elle aussi, pas comme Alice, elle ne lit pas, ce ne sont pas ses rĆŖves qu’elle raconte, c’est sa vie, ses souvenirs enfin il le suppose. Il aime sa voix, son accent, elle est nĆ©e au Chili. Elle est en France depuis 12 ans, elle veut retenir au pays avec un projet.

Ils viennent depuis plusieurs semaines tous les soirs, au dĆ©but c’était Alice qui parlait le plus. Maintenant elle prend des notes. Elle fait des croquis.  Et puis il y a les deux autres, Fabrice et Tonio. Eux ce sont des comĆ©diens, ils Ć©coutent, ils attendent.

Le premier soir où ils sont venus tous les quatre je me souviens que Alice Ć©tait impatiente de lire son carnet Ć  rĆŖve. Mais Gabriella, comme souvent a parlĆ© la premiĆØre, elle venait de recevoir une carte postale de sa famille Ć  Santiago, la photo d’une rue Ć©troite, lumineuse, avec des enfants qui jouent, un chien, les faƧades sont ocres, toutes les fenĆŖtres sont fermĆ©es sauf une. On y distingue un visage.

  • Alors Alice tu en penses quoi, franchement elle n’est pas trop tordue mon histoireĀ ?

Fabrice et Tonio se regardent.  Ils ont aimĆ© ce texte, ils ont dĆ©jĆ  quelques idĆ©es Ć  suggĆ©rer.

Alice les regarde aussi, elle n’aime pas forcĆ©ment parler en premier. Alors oui elle a dit que c’était cool, c’est le mot qu’elle aime utiliser, comme le signe de ponctuation de la tendresse qu’elle a pour beaucoup, mais lĆ  elle comprend qu’il faut en dire plus.

  • C’est un peu compliquĆ©, comme tu dis, mais de toute faƧon la vie c’est un peu compliquĆ© nonĀ ? Mais lĆ  oui franchement j’aime bien les contrastes, j’ai dĆ©jĆ  pas mal de trucs en tĆŖte,
  • Et vous vous en pensez quoi Fabrice, Tonio
  • Nous on vous suit. On signe, mais lĆ  on ne veut pas faire les vieux mais il faut qu’on rentre

Alice se tourne vers moi, je suis affalƩ, contre mon bar, je les Ʃcoute. Je suis bien.

  • C’est quelle heure MaxĀ ?

Je les aime tous les quatre, ils ne sont pas comme tout le monde, leurs smartphones ne sont jamais posĆ©s sur la table, ce sont des objets qu’ils n’utilisent que trĆØs peu m’ont-ils expliquĆ©. Alors l’heure ils aiment la demander et je suis tellement heureux de la leur offrir

C’est quelle heure Max ?

  • 23 h 17 les amis…

Ils attendent en souriant…

Matin d’hiver Ć  la rime facile
Ma main ne tremble plus
Ouvre le coffre des mots de saison
Ils sont lĆ  discrets et dormants
Pas un qui ne bouge
Ils attendent en souriant

23 h 17, quatriĆØme partie…

4

Elle est retournĆ©e dans sa chambre. Son lit est en pleine lumiĆØre, la lumiĆØre d’un si beau jour. La fenĆŖtre est toujours ouverte, les chiens aboient, on entend des enfants qui jouent, ils crient, dans une autre langue. Elle aime tellement voyager.
Il faut reprendre le carnet, la lecture, Ć©crire peut-ĆŖtre. Se souvenir : 23 h 17…
Elle l’a Ć©crit. Elle ne sait pas, ne sait plus, lit ce qu’elle a Ć©crit, l’histoire de ce rĆŖve commencĆ©, pour qu’il se fabrique, pour qu’il entre Ć  l’intĆ©rieur
Le 23 h 17 du carnet. Le 23 h 17 de la cuisine. Curieuses ces heures, l’une est lourde, poisseuse, engluĆ©e de noir et l’autre est lĆ©gĆØre pleine de soleil. Elle la sent, lĆ , sur la peau, par la fenĆŖtre. Elle poursuit sa lecture.
…La fenĆŖtre est ouverte, et j’entends toujours cet aboiement, et une rumeur, la rumeur de la ville, une ville Ć©trangĆØre parce que je ne saisis ni ne comprends aucun mot, je me lĆØve, je me sens lĆ©gĆØre, vaporeuse presque, et m’approche de la fenĆŖtre, enfin j’essaie, car elle est loin, de plus en plus loin, mais j’entends toujours le brouhaha de la ville. Je ne sais pas où je suis, j’ai dĆ» dormir trop profondĆ©ment. Un aboiement, et ce mur, avec tous les mots que j’aime….
Elle poursuit sa lecture, l’écriture est plus tremblante, certaines lettres Ć  la fin des mots coulent, elles s’effondrent mĆŖme, le sommeil devait ĆŖtre proche.
Ce rĆŖve est Ć©trange, je ne l’ai pas encore eu, mais je le sens tellement. Il est lĆ  en moi ; ce n’est pas un rĆŖve, c’est un dĆ©sir. Un dĆ©sir de lumiĆØre ; ces lumiĆØres dont on dit qu’elles sont chaudes : lumiĆØres du sud, lumiĆØres qui sentent le pain qui sort du four. J’ai sommeil, je sens que mes yeux papillonnent ; ils vont se fermer ; je n’ai pas fini. Il ne faut pas que je finisse, les mots restent suspendus lĆ , ils planent au-dessus de mon carnet, et ils se poseront tout Ć  l’heure sur mes paupiĆØres qui se fermeront et le rĆŖve se poursuivra et demain je me rĆ©veillerai et je le raconterai. Un aboiement, au loin, des cris d’enfants, des femmes emplies de couleurs….
Elle est parvenue au bas de la page. C’est ce qu’elle a Ć©crit hier soir, juste avant de s’endormir Ć  23 h 17 ou un peu plus tard. Le temps qu’il faut pour Ć©crire sur cette page de carnet.
Et maintenant elle est lĆ  assise, au bord du lit, il faut qu’elle tourne la page, la nuit est finie, elle a rĆŖvĆ©, il le faut. Raconter, Ć©crire, la suite, ce qui s’est passĆ© pendant cette nuit.
Elle tourne la page, elle est pleine, remplie, la suivante aussi et celle d’aprĆØs, et toujours plus, elle feuillette fĆ©brilement, le carnet est plein.
Toutes les pages sont noires. Une Ć©criture serrĆ©e, nerveuse. Elle ne se souvient pas. Quelques lignes encore. Il faut qu’elle lise quelques lignes
Un aboiement, au loin, des cris d’enfants, des femmes emplies de couleurs….
Ce sont les derniers mots qu’elle a Ć©crits. C’est sĆ»r, certain, elle s’en souvient.
Elle poursuit sa lecture.
J’ai ouvert la fenĆŖtre. Dehors il fait grand jour, et je reconnais cette petite rue Ć©troite, c’est au Chili. A Santiago. Je me penche ; dans la rue en bas, je reconnais, mon pĆØre, il lĆØve la tĆŖte, l’aboiement que j’entends est celui de mon chien notre chien. C’est drĆ“le ce gros chien des montagnes, ici dans cette ville chaude. Mon pĆØre me parle, je ne comprends pas tout de suite mais il me dit de descendre, de venir le rejoindre. On ira se promener. Je lui dis d’accord. Je ferme la fenĆŖtre et je veux pousser la porte. C’est impossible elle est lourde, si lourde.
Elle ne comprend plus rien, elle a l’impression d’être dans une boucle qui n’en finit plus. Les pages du carnet sont remplis d’une Ć©criture fine, rĆ©guliĆØre, c’est son Ć©criture. Elle ne sait pas que faire, elle ne sait plus. Elle est partagĆ©e ; elle est comme dans un rĆŖve. Son rĆŖve qu’elle n’a pas fini, mais qu’elle a dĆ©jĆ  racontĆ©, c’est Ć©crit lĆ , elle le sait, il y a la suite.
…et je veux pousser la porte mais c’est impossible elle est lourde, si lourde.
La phrase d’aprĆØs. Il le faut. Une seule, pour savoir, pour comprendre.
Chaque pas que je fais est lourd, comme si j’étais engluĆ©e dans du sable mouvant ; j’ouvre la porte, il fait encore nuit. Ici il fait encore nuit, et pourtant il y a quelques instants je sentais les rayons du soleil qui me caressaient la peau ? Ici il fait nuit, encore, j’entends le son d’une tĆ©lĆ©, un son familier. Je me dis que je rĆŖve e… Mais où, quand. Je repense en souriant Ā« et si tout cela n’était qu’un rĆŖve Ā» ou ce que me dit mon pĆØre Ā« et si nous n’étions tous que le rĆŖve d’un papillon Ā». Je souris. Pourvu qu’il ne se rĆ©veille pas : mon pĆØre ou le papillon…
Elle ne lit plus, elle est certaine qu’elle sait dĆ©jĆ  ce qu’il y a d’écrit. Elle le sait.
Elle est dans le brouillard. Se rĆ©veiller, s’endormir. Entre les deux. C’est si compliquĆ©. Inspirer, souffler. Il faut qu’elle le fasse.
Et l’heure, quelle est-elle, ou est-elle ?

Le monde boite bas

Et Ƨa continue…

23 h 17, troisiĆØme partie…

3

C’est bien son Ć©criture. Comme s’il pouvait en ĆŖtre autrement. Comme s’il Ć©tait possible d’en douter. Mais elle doute. Tout est si Ć©trange ce matin : la lumiĆØre, l’aboiement de ce chien. Sa lĆ©gĆØretĆ©. Elle n’a presque pas eu besoin de s’étirer. Pas mal au dos ce matin.
Elle commence Ć  promener ses yeux sur les derniĆØres pages. Elles ont Ć©tĆ© noircies hier soir. C’est Ć©crit : il y a la date : Ā« mardi 3 novembre, 23 h 17 Ā». C’est Ć©trange, elle ne se souvient pas, elle avait tellement sommeil.
Elle commence sa lecture : Ā« une fois n’est pas coutume avant de m’endormir j’ai besoin de raconter mon rĆŖve. Mais pas celui de la veille, non celui de la veille c’est le matin que je le raconte. Non je veux raconter celui de maintenant enfin de tout Ć  l’heure de cette nuit. Je veux faire cette expĆ©rience ; je veux Ć©crire le rĆŖve que je n’ai pas eu, pas encore, et puis m’endormir. On ne sait jamais, je vais commencer et lorsque je m’endormirai, le carnet glissera par terre, comme une feuille volante et moi dans le sommeil.
Une feuille volante. Comme un signe.
Ā« Tout a commencĆ© par un aboiement : il me rĆ©veille et lorsque je me lĆØve, ma chambre n’est plus la mĆŖme, Ć  commencer par la tapisserie. Il est curieux ce papier peint, blanc, couvert de graffitis, de mots, des mots que j’aime. La fenĆŖtre est ouverte : j’entends toujours cet aboiement, et une rumeur, la rumeur de la ville. Ce doit ĆŖtre une ville Ć©trangĆØre parce que je ne saisis ni ne comprends aucun mot. Je me lĆØve, je me sens lĆ©gĆØre, vaporeuse presque, m’approche de la fenĆŖtre ; enfin j’essaie, car elle est loin, de plus en plus loin, elle s’éloigne. Mais j’entends toujours le brouhaha de la ville. Je ne sais pas où je suis, j’ai dĆ» dormir trop profondĆ©ment. Un aboiement. Ce mur, avec tous les mots que j’aime… Ā»
Elle est toujours assise au bord du lit. Elle a tournĆ© la page. Le dernier mot qu’elle a Ć©crit avant de s’endormir est tremblant le e de aime s’affaisse en dessous de la ligne. Mais la page est blanche. Il faut qu’elle se souvienne. Que s’est -il passĆ© ensuite ? Elle ne se rappelle pas : son expĆ©rience n’a pas fonctionnĆ©.
Elle aimerait tellement pouvoir raconter la suite. Une autre fois peut-ĆŖtre. AprĆØs tout, se dit-elle, je suis peut-ĆŖtre encore en train de rĆŖver, je vais me rĆ©veiller…
Me rĆ©veiller. Et les carnets : où sont-ils ? Elle doute maintenant. Elle les a peut-ĆŖtre oubliĆ©s. Ou alors elle ne les a pas tous sortis. Elle hĆ©site. Elle n’est jamais au mĆŖme endroit, un jour chez l’une, une nuit chez l’autre. C’est une nomade, une nomade organisĆ©e.
Elle va prendre l’air. Il faut qu’elle prenne l’air. Rien de tel pour se remettre les idĆ©es en place. Nous sommes en novembre. La fraĆ®cheur lui fera du bien. Elle s’approche de la fenĆŖtre, ferme les yeux, prend une longue inspiration.
Aboiements, bruits de rue, chants, cris. Elle n’est pas chez elle ; elle ne se retrouve pas. Peut-ĆŖtre a-t-elle trop dormi ? Cela lui arrive parfois : ne plus savoir où on se trouve. Cette rue, lĆ  juste sous sa fenĆŖtre, Ć©troite, trĆØs Ć©troite, en face juste en face des murs blancs. Quelques fenĆŖtres attrapent des rayons de soleil et les envoient.
Elle est belle cette lumiĆØre. Si belle…
Elle ferme la fenĆŖtre. Sortir de la chambre. Il faut que je sorte de cette chambre. La porte est fermĆ©e. Chaque pas qu’elle fait est lourd. Comme si elle Ć©tait engluĆ©e dans du sable mouvant. Elle ouvre la porte. Ici, il fait encore nuit. Pourtant il y a quelques instants elle sentait les rayons du soleil qui lui caressaient la peau…
Ici il fait encore nuit. Elle distingue le son d’une tĆ©lĆ©. Un son familier. Je rĆŖvais dit-elle… Mais où, quand. Elle sourit : Ā« et si tout cela n’était qu’un rĆŖve Ā» et ce que lui disait son pĆØre Ā« et si nous n’étions tous que le rĆŖve d’un papillon Ā».
Elle sourit. Pourvu qu’ils ne se rĆ©veillent pas : son pĆØre, le papillon…
Elle ne sait pas, elle ne sait plus. Elle avance. Jusqu’à la cuisine.
Tout est normal. Boire un verre d’eau. Il le faut.
Elle regarde la pendule : elle marque 23 h 17.

  • Tiens j’aurai pensĆ© avoir dormi plus.

Elle ne fait pas de bruit. Elle entend le son de la tƩlƩvision. Le plancher craque.

  • Je vais aller me recoucher.

LĆ -bas…

LĆ -bas , c’Ć©tait il y a un an…

23 h 17… DeuxiĆØme partie…

2

Elle s’endort vite.  Enfin c’est ce qu’elle supposera peut-ĆŖtre demain.

Elle dira.

  • Je me suis endormie tout de suite,

Mais comment le savoir, saisir le moment, prĆ©cis où on plonge de l’autre cĆ“tĆ© ? Alors oui elle dit qu’elle s’endort vite, trĆØs vite, toujours.  Elle rĆŖve beaucoup. Des rĆŖves touffus, comme un champ d’herbes sauvages. Ce sont de vĆ©ritables histoires, des Ć©popĆ©es mĆŖme. Elle s’endort en se disant, ou peut-ĆŖtre qu’elle entend quelqu’un lui murmurer.  

  • J’espĆØre que pour terminer sa nouvelle il ne va pas te faire le coup de la chute classique : Ā« et elle se rĆ©veilla car tout cela n’était qu’un rĆŖve ! Ā»

Un rĆŖve. Comme si tout cela ne pouvait ĆŖtre qu’un rĆŖve

Elle ne dort jamais les volets fermĆ©s. Peut-ĆŖtre ce besoin de lumiĆØre. Cette lumiĆØre qui mĆŖme la nuit est lĆ , tapie, dans l’ombre.  

Dehors un bruit de feuilles mortes. Bruit qui craque, qui froisse. Et une odeur : un mĆ©lange d’humide et de sec. Elle dort. ProfondĆ©ment.

Quand elle s’est levĆ©e, comme toujours, elle s’est Ć©tirĆ©e. Elle a souri en regardant la lumiĆØre douce du matin qui entre discrĆØtement.

C’est un joli matin de novembre.

Quelques grains de poussiĆØres flottent. Ils sont suspendus Ć  ce qui ressemble quand mĆŖme Ć  un magnifique rayon de soleil.

Elle a rĆŖvĆ© encore, beaucoup. Mais curieusement aujourd’hui elle ne se souvient de rien. De toute faƧon elle n’aura pas le temps de chercher Ć  se souvenir.  Elle a tellement Ć  faire aujourd’hui. Une liste, longue, hĆ©tĆ©rogĆØne, Ć©chevelĆ©e. Elle l’a inscrite sur un carnet. C’était hier soir. Cela fait partie des rites. Elle aime tant les carnets, elle en plusieurs, un pour chaque usage. Carnet pour les voyages, carnet pour les spectacles, carnet pour les rĆŖves, carnet pour les mots qu’elle aime, carnet pour dessiner la lumiĆØre, carnet pour son chat. Elle aime tellement son chat qu’elle lui consacre un carnet, rien que pour lui, et comme elle a le sens de l’humour, sur la couverture, elle a notĆ© Ā« Charnet Ā» …

Sur le carnet aux rêves, elle écrit presque tous les matins. Les carnets, ses carnets. Ils sont tous là rangés, alignés, au pied de son lit. Fidèles compagnons

Mais ce matin, c’est le vide.  Ils n’y sont plus. Il n’y a plus rien, ou presque. Il n’en reste qu’un seul.  Elle ne le connait pas. C’est un gros carnet.  Les autres ont dĆ» glisser sous le lit.

C’est curieux quand mĆŖme !  Glisser sous le lit…Elle sourit, ses yeux se plissent. Elle est certaine qu’hier soir, comme tous les jours elle a Ć©crit quelques lignes. Sur chacun d’entre eux.

Hier soir. Quelques lignes : sur son carnet, sur ses carnets. Elle ne souvient pas ou mal.

Un carnet.  Un seul.  Il est lĆ .

Il n’y a rien. Elle le sait, elle le sent. Elle ne l’ouvre pas. Il est peut-ĆŖtre trop tĆ“t.

Dehors un chien aboie. Un aboiement lourd qu’elle connaĆ®t bien, mĆŖme s’il y a bien longtemps que…

Bien longtemps qu’il est parti. Quelque part, ailleurs, dans la nuit des chiens. La nuit des chiens.  Elle se souvient ; cette phrase, ces mots. LĆ©o FerrĆ©.

Ce n’est pas de son Ć¢ge d’écouter LĆ©o FerrĆ©.  C’est ce que certains lui ont dit. LĆ©o FerrĆ© : sa chienne qui n’avait que trois pattes : Ā« elle est partie, MisĆØre, dans des cachots, quelque part dans la nuit des chiens… Ā»

Un chien aboie. Il aboie. Elle entend. Frissons.

Bruit de feuilles. Se pencher Ć  la fenĆŖtre et observer. Non : ne pas modifier l’ordre, l’ordre du monde, de son monde. Se lever, s’étirer, vĆ©rifier que tout est en place.

Les carnets, le carnet.

Le carnet. Elle ne le reconnait pas. Il faut qu’elle le lise, qu’elle se relise. Elle s’assied au bord du lit, le carnet est ouvert sur ses genoux. La lumiĆØre est si belle, caressante, une lumiĆØre qui invite les sourires.

Elle sourit. Elle est bien.

Songes…

Dans la profondeur d’une nuit noire
J’ai croisĆ© le peuple des errants
CourbĆ©s dans l’angle mort
De nos rĆŖves Ć  finir
Ils entendent la promesse pour demain

Dans la rĆ©serve Ć  mots…

Quelques conseils que je donnais il y a un an…

23 h 17… premiĆØre partie

Comme je vous l’ai annoncĆ© hier, je vais publier une nouvelle que j’ai Ć©crite en fin d’annĆ©e derniĆØre. C’est un cadeau pour ma derniĆØre fille, Alice. J’avais fait la mĆŖme chose pour mes trois autres enfants. Et comme pour les autres je lui ai demandĆ© si elle acceptait que je la publie. J’ai beaucoup, beaucoup travaillĆ© ce texte. Et disons le j’en suis particuliĆØrement fier. Je le publierai jusqu’Ć  Dimanche en cinq parties puis lundi prochain en entier…

1

Ā« Eh papa, n’oublie pas, cette annĆ©e j’ai vingt-cinq ans ! C’est l’annĆ©e de ma nouvelle. Je te le rappelle parce que je te connais tu vas t’y mettre la veille…

C’est vrai que dans cette famille, c’est devenu une tradition. Le plus vieux des quatre enfants aujourd’hui Ć¢gĆ© de trente-cinq ans a eu le privilĆØge d’ouvrir ce bal littĆ©raire. C’était il y a dix ans et Ć  quelques annĆ©es d’intervalle, les deux autres ont aussi bĆ©nĆ©ficiĆ© du mĆŖme traitement.

  • Pour vos 25 ans je vous Ć©cris une nouvelleĀ !

VoilĆ  c’est comme Ƨa : en quelque sorte c’est Ć©crit.

C’est Ć©crit.  Mais il faut l’écrire…

Le voici arrivĆ© Ć  la quatriĆØme : la derniĆØre, la petite derniĆØre… Disons-le tout net : il y pense ! Pas tout le temps : mais il y pense… Il cherche, il tĆ¢tonne. Plus la date approche, plus il est inquiet.

TrĆØs inquiet mĆŖme. On le voit parfois, dehors sur la terrasse, il regarde le ciel, la cime des arbres, les nuages qui roulent comme des vagues.

  • Qu’est-ce que tu fais encore papaĀ ?
  • J’écoute, j’attends, j’entends…
  • N’oublie pas…

Pourtant chez lui, la peur d’écrire n’existe pas. Il est mĆŖme dans une pĆ©riode où il Ć©crit beaucoup, peut-ĆŖtre trop. Bref, Ƨa le Ā« travaille Ā». Il a peur. Ce n’est mĆŖme pas la peur d’être mauvais.  Non le pire pour lui serait d’être moyen, dans cet entre-deux un peu mou.  Son angoisse est de ne pas rĆ©ussir Ć  poser sur le papier tout ce qu’il entend dans ce qu’il appelle souvent l’arriĆØre-pays de sa tĆŖte. Ne pas Ć©crire quelque chose de banal, Ć  cĆ“tĆ© de la plaque. Il faut des idĆ©es, les rassembler et surtout, surtout, trouver un fil conducteur.

Un fil conducteur, ou une lumiĆØre. Une belle lumiĆØre.

Alors il Ʃcrit. Les feuilles sont lƠ, lisses et blanches. Il les caresse, les sent. Il respire.

Et l’inspiration jaillit. Au dĆ©but quelques larmes, et puis un long sanglot, une riviĆØre, un torrent. Les idĆ©es coulent sur le papier. Les mots, des phrases, des souvenirs, des images, des personnages, des caractĆØres, des inventions, des convictions.

Et la lumiĆØre encore, toujours…

Tout cela fait un joli fatras. Fatras, il est beau ce mot. Mais il y a encore mieux : il y a taffetas. Le taffetas que forment les tas de feuilles. Tas de feuilles posĆ©s ici ou lĆ , traces de ses inspirations.

C’était le premier mardi de novembre : le trois pour ĆŖtre prĆ©cis. FatiguĆ©e elle s’est levĆ©e pour aller se coucher, s’est arrĆŖtĆ©e au milieu de l’escalier de la mezzanine et brusquement s’est retournĆ©e avec un sourire mi ironique mi inquiet.

  • Eh papa n’oublie pas, mais vous connaissez la suite…

Et lĆ , il a eu comme un moment de panique. Une bouffĆ©e d’angoisse.

La nouvelle, sa nouvelle, les papiers, les feuilles. J’ai Ć©crit, c’est fini. Oui presque fini mais, les feuilles, oui les feuilles, où sont-elles ? Où sont-elles passĆ©es ? Où se sont-elles envolĆ©es ?

J’aurai dĆ» Ć©crire sur un carnet, pas sur des feuilles volantes. Curieuse cette expression : feuilles volantes… Il pense aux feuilles mortes ; elles s’accrochent, elles rĆ©sistent, et puis elles tombent ou s’envolent. On est en novembre, ce mois si gris où les feuilles tremblent, tremblent et meurent.

On est en novembre. C’est aussi le mois où les feuilles blanches se remplissent.

Où se sont-elles envolĆ©es ces feuilles volantes ?

ArrivĆ©e dans sa chambre, elle sourit. Un joli, un vrai sourire intĆ©rieur qui brille sur le visage comme une petite flamme. Elle aime taquiner : son papa, les autres. Elle le fait toujours avec lĆ©gĆØretĆ© et ce magnifique sourire intĆ©rieur qui se devine derriĆØre le miroir des yeux.

Avant de se coucher, elle s’astreint Ć  quelques rites immuables, indispensables. Des rites qu’on ne croirait rĆ©servĆ©s qu’à celles et ceux dont on trouve qu’ils sont un peu raides, un peu rigides mais certainement pas Ć  la saltimbanque de la famille.

Mais qu’on le veuille ou non les artistes, et c’est une artiste, une artiste de la lumiĆØre, sont des personnes organisĆ©es, ordonnĆ©es.

Chaque soir il y a de façon immuable une liste de choses à faire. Parmi celles-ci, ce soir, justement, elle a prévu de relire ce magnifique texte sur les artistes. Un texte de Léo Ferré. Léo Ferré un artiste. Peut-être le plus grand.

Les artistes,

Ils vous tendent leurs mains et vous donnent le bras

Vous les laissez passer, ils ne sont pas Ć  vous

Les artistes

Ils sont le clair matin dans vos nuits des tempĆŖtes

Ils sont le soleil noir de vos Ć©tĆ©s d’hiver

Ils chantent dans la nuit Ć  vos tempes muettes

Ils plantent la Folie au fond de vos galĆØres !

Au fond de l’armoire…

Il y a un an …

A partir de demain, je publie ma derniĆØre nouvelle…

A partir de demain je publierai , en plusieurs parties la derniĆØre nouvelle que j’ai Ć©crite, pour une occasion bien particuliĆØre : les 25 ans de ma fille, Alice ma petite derniĆØre. J’ai beaucoup, beaucoup travaillĆ© ce texte… En avant premiĆØre en voici le titre : 23 h 17

Mes Everest, Tahar Ben Jelloun : « quel oiseau ivre »

Quel oiseau ivre naƮtra de ton absence

toi la main du couchant mêlée à mon rire

et la larme devenue diamant

monte sur la paupiĆØre du jour

c’est ton front que je dessine

dans le vol de la lumiĆØre

et ton regard

s’en va

sur la vague retournƩe

un soir de sable

mon corps n’est plus ce miroir qui danse

alors je me souviens

tu te rappelles

toi l’enfant nĆ©e d’une gazelle

le rĆŖve balbutiait en nous

son chant éphémère

le vent et l’automne dans une petite solitude

je te disais

laisse tes pieds nus sur la terre mouillƩe

une rue blanche

et un arbre

seront ma mƩmoire

donne tes yeux Ć  l’horizon qui chante

ma main

suspend la chevelure de la mer

et frƓle ta nuque

mais tu trembles dans le miroir de mon corps

nuage

ma voix

te porte vers le jardin d’arbres argentĆ©s

c’Ć©tait un printemps ouvert sur le ciel

il m’a donnĆ© une enfant

une enfant qui pleure

une Ʃtoile scindƩe

et mon dƩsir se sƩpare du jour

je le ramasse dans une feuille de papier

et je m’en vais cacher la folie

dans un roc de solitude

Soudain, un besoin d’ocĆ©an…

Il y a un an

Homme de moins que rien…

En rĆ©action Ć  un « fait » d’actualitĆ©…

Homme de moins que rien

Visage mou

Regard moite

Poisseux d’ aigres sueurs

S’incruste entre les rires innocents

Homme de moins que rien

Expire le mauvais parfum

De la suffisance des quelques siens

Il Ʃtait de ces bavards inutiles

Qui encombre les salons

Homme de moins que rien

Creuse en soufflant

Un gras sillon de silences aigris

Ils Ʃtaient tant Ơ le suivre

Roses fanées à la boutonnière

Oublieux de ses arrogances

Dans ce monde aux sourires sucrƩs

Ignobles, infâmes

Ont repris en cœur

L’hymne gris de leurs violences cachĆ©es  

Mes Everest, Jules Supervielle : encore frissonnant …

Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mƩlange
De mes jours prƩcƩdents
Et le peu qui me reste
De mes jours Ć  venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenĆŖtre.
LumiĆØre de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Ɖpargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilĆ© en dedans
Et de prĆŖt Ć  mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Dis lui…

Il y a un an…

Blues…

Un vieil homme au regard gris

Ferme les yeux

Il ne fixe plus le haut du mât

De ses vies passƩes

Les draps noirs de sa mƩmoire fripƩe

Dans la brume de nos larmes se sont emmêlés

Pas un qui ne claque

Pas un qui n’appelle

Le vieil homme est endormi

Il ne reƧoit plus le chant des cargos

Dans le blues de son regard qui s’éteint

Les vents de l’Ouest se sont abĆ®mĆ©s

C’est le matin qui siffle…

Il y a un an…

J’ai trempĆ© ma plume dans la lumiĆØre de ses yeux…

Ce fut je crois un de mes plus beaux textes de l’annĆ©e 2020

Le chemin des Ć©coliers…

Dans l’angle sombre des souvenirs Ć©cartelĆ©s

Souffle court de l’arbre oubliĆ©

Dans le bleu glacƩ des yeux embuƩs

Goutte d’espoir glisse sur le nu

Plus une ride sur le front de l’hiver qui plisse

Pas lourd des remords de l’étĆ©

Crisse sur le chemin des Ʃcoliers

N’oublie pas…

Chaque annĆ©e je publie ce texte que j’avais Ć©crit pour que nous gardions toujours en mĆ©moire la tuerie de Charlie Hebdo

Dans l’hiver bleu

De ta mƩmoire encombrƩe

N’oublie pas

Les lourdes traces

Que la haine a laissƩes.

Dans les flammes ocres

De tes souvenirs douloureux

N’oublie pas

Les douces braises

Que l’humanitĆ© a attisĆ©es.

Sur la route mauve

De ta libertƩ ƩcartelƩe

N’oublie pas

Les regards effarƩs

Des plumes qui se sont envolĆ©es…

Ombres

S’il te reste un peu d’espoir

Plonge dans cette belle flaque d’ombre

Tu entendras le noir murmure

Du monde qui s’est endormi

Au fond de mes poches de brume…

Les mains au fond des poches, je trouve quelques miettes

Mes Everest : « l’hĆ“te », Albert Camus

L’instituteur regardait les deux hommes monter vers lui. L’un Ć©tait Ć  cheval, l’autre Ć  pied. Ils n’avaient pas encore entamĆ© le raidillon abrupt qui menait Ć  l’école, bĆ¢tie au flanc de la colline. Ils peinaient, progressant lentement dans la neige, entre les pierres, sur l’immense Ć©tendue du haut plateau dĆ©sert. De temps en temps, le cheval bronchait visiblement. On ne l’entendait pas encore, mais on voyait le jet de vapeur qui sortait alors de ses naseaux. L’un des hommes, au moins, connaissait le pays. Ils suivaient la piste qui avait pourtant disparu depuis plusieurs jours sous une couche blanche et sale. L’instituteur calcula qu’ils ne seraient pas sur la colline avant une demi-heure. Il faisait froid ; il rentra dans l’école pour chercher un chandail.
Il traversa la salle de classe vide et glacĆ©e. Sur le tableau noir les quatre fleuves de France, dessinĆ©s avec des craies de couleurs diffĆ©rentes, coulaient vers leur estuaire depuis trois jours. La neige Ć©tait tombĆ©e brutalement Ć  la mi-octobre, aprĆØs huit mois de sĆ©cheresse, sans que la pluie eĆ»t apportĆ© une transition et la vingtaine d’élĆØves qui habitaient dans les villages dissĆ©minĆ©s ne venaient plus. Il fallait attendre le beau temps. Daru ne chauffait plus que l’unique piĆØce qui constituait son logement, attenant Ć  la classe, et ouvrant aussi sur le plateau Ć  l’est. Une fenĆŖtre donnait encore, comme celles de la classe, sur le midi. De ce cĆ“tĆ©, l’école se trouvait Ć  quelques kilomĆØtres de l’endroit où le plateau commenƧait Ć  descendre vers le sud. Par temps clair, on pouvait apercevoir les masses violettes du contrefort montagneux où s’ouvrait la porte du dĆ©sert.
Un peu rĆ©chauffĆ©, Daru retourna Ć  la fenĆŖtre d’où il avait, pour la premiĆØre fois, aperƧu les deux hommes. On ne les voyait plus. Ils avaient donc attaquĆ© le raidillon. Le ciel Ć©tait moins foncĆ© : dans la nuit, la neige avait cessĆ© de tomber. Le matin s’était levĆ© sur une lumiĆØre sale qui s’était Ć  peine renforcĆ©e Ć  mesure que le plafond de nuage remontait. A deux heures de l’aprĆØs-midi, on eĆ»t dit que la journĆ©e commenƧait seulement.

Larmes de vitres…

C’Ć©tait l’annĆ©e derniĆØre, il pleuvait Ć  travers les vitres du train…

Mes voeux

Il faut bien sacrifier Ơ la tradition, alors je le fais Ơ ma faƧon

« Dans le rêve pour demain que nous avons ouvert en 2021, cherchons ! Cherchons ensemble ! Cherchez avec moi ! Oui, cherchons ces douces rimes qui nous relieront et que nous relirons. Rimes pour se rencontrer, rimes pour se rapprocher, rimes pour espérer. »

PremiĆØre inspiration…

C’est ma toute premiĆØre inspiration depuis un long silence, ma premiĆØre inspiration de l’annĆ©e

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Page blanche et dure

AllongƩe sur le sol gris et mou

D’une fin de nuit

Epaisse

Gluante

J’entends le cri plaintif des articulations

RouillĆ©es Ć  l’humide des derniĆØres pluies

Le muscle des voyelles est douloureux

Celui des consonnes est contractƩ

AllongƩ

Les yeux fermƩs

J’attends la marĆ©e des mots bleus

Mardi 5 janvier 2021

Dans le bout de nuit…

Un texte dĆ©jĆ  publiĆ©, enfin je crois, mais qui convient bien, enfin je trouve…

Dans le bout de nuit

Qu’il te reste Ć  inventer,

Tu te cognes aux angles secs

D’ombres Ć©paisses.

Elles avalent le son de feutre

De ton pas glissant.

Pas un chant, pas un souffle,

C’est le matin qui siffle.

Le silence est lourd

Des mots doux qu’il retient ;

Il traƮne avec lui

Des restes de rĆŖves,

Images brĆØves d’un monde enfoui

Au fond du ciel sombre

D’une mĆ©moire endormie.  

Tu avances, à tâtons,

Ta main se pose,

Longue caresse,

Sur la peau de papier.

Ton cahier est lĆ ,

Il est seul,

Sourires

Il attend. 

Monde bleu…

J’essaie, tout doucement, aprĆØs une longue lĆ©thargie, de revenir dans le monde des « Ć©crivant ». Un texte que j’ai dĆ©jĆ  publiĆ© mais que j’ai lĆ©gĆØrement, trĆØs lĆ©gĆØrement modifiĆ©, pour qu’il soit encore plus en harmonie avec la mĆ©lodie qui se joue en moi en ce moment…

Monde bleu s’est effacĆ©
Au soir tombant
Tremblant, il s’est retirĆ©
TĆŖte basse,
Dans un long bout de vide
Seul et triste
Il s’est retirĆ©
Entends la plainte de monde bleu,
Quelques larmes
Sur ses rides ont coulƩ
Entends-le qui appelle :
Oh mots, oh mes mots
Vous m’avez abandonné…
Oh mots, oh mes mots,
Que vous a-t-on fait,
Qui vous a sali,
Que vous a-t-on promis ?
Homme sans haine,
Tu es seul aussi,
RƩponds Ơ monde bleu,
Dis-lui que tu reviens,
Dis-lui que tu restes,
Dis-lui que tu rĆ©sistes…