J’ai pris du plaisir Ć relire ce texte, je prends du plaisir Ć vous le proposer Ć nouveau, et il faudrait que je prenne du plaisir Ć le continuerā¦
MoisĀ : novembre 2020
Mes Everest, Tahar Ben Jelloun : » quel oiseau ivre… »

Quel oiseau ivre naƮtra de ton absence
toi la main du couchant mêlée à mon rire
et la larme devenue diamant
monte sur la paupiĆØre du jour
c’est ton front que je dessine
dans le vol de la lumiĆØre
et ton regard
s’en va
sur la vague retournƩe
un soir de sable
mon corps n’est plus ce miroir qui danse
alors je me souviens
tu te rappelles
toi l’enfant nĆ©e d’une gazelle
le rĆŖve balbutiait en nous
son chant éphémère
le vent et l’automne dans une petite solitude
je te disais
laisse tes pieds nus sur la terre mouillƩe
une rue blanche
et un arbre
seront ma mƩmoire
donne tes yeux Ć l’horizon qui chante
ma main
suspend la chevelure de la mer
et frƓle ta nuque
mais tu trembles dans le miroir de mon corps
nuage
ma voix
te porte vers le jardin d’arbres argentĆ©s
c’Ć©tait un printemps ouvert sur le ciel
il m’a donnĆ© une enfant
une enfant qui pleure
une Ʃtoile scindƩe
et mon dƩsir se sƩpare du jour
je le ramasse dans une feuille de papier
et je m’en vais cacher la folie
dans un roc de solitude
Prose ou vers…

Prose ou vers
La question se pose
Pour ma part
A ce choix je māoppose
Tout est dans le mot
Tout est dans lāĆ©motion
Les mots, lāĆ©motion
Ressentir, lāĆ©crire
Et lire pour te dire
Peu importe la rime,
Quand les mots chantent, jāai un cÅur qui batĀ
PoĆØmes de jeunesse
BientĆ“t quarante ans que j’ai posĆ© ces quelques mots…
Brumes

Douce paupiĆØre
De brume
Se ferme
Sur l’oeil roux
D’un automne
Ivre de lumiĆØre
Mes Everest, Victor Hugo : « l’aurore s’allume », extrait.

L’aurore s’allume ;
L’ombre Ć©paisse fuit ;
Le rĆŖve et la brume
Vont où va la nuit ;
PaupiĆØres et roses
S’ouvrent demi closes ;
Du rƩveil des choses
On entend le bruit.
Tout chante et murmure,
Tout parle Ć la fois,
FumƩe et verdure,
Les nids et les toits ;
Le vent parle aux chĆŖnes,
L’eau parle aux fontaines ;
Toutes les haleines
Deviennent des voix !
Tout reprend son âme,
L’enfant son hochet,
Le foyer sa flamme,
Le luth son archet ;
Folie ou dƩmence,
Dans le monde immense,
Chacun recommence
Ce qu’il Ć©bauchait.
Qu’on pense ou qu’on aime,
Sans cesse agitƩ,
Vers un but suprĆŖme,
Tout vole emportƩ ;
L’esquif cherche un mĆ“le,
L’abeille un vieux saule,
La boussole un pƓle,
Moi la vƩritƩ !
Ce soir c’est vers…

Ce soir cāest vers. Finie la pause prose, ce soir je vous prends Ć revers, ce soir je me pose, je prends un verre et je me mets aux vers. Je vous entends dĆ©jĆ Ā : il nous dit quāil se remet aux vers mais il reste en prose. Tout Ƨa nāest peut-ĆŖtre que de la frime, de la frime pour trouver une rime. Alors attendons un peu…
La prose tout doucement sāessouffle.
Sans rien dire elle sāefface.
Prose sāenvole
Un verre, puis deux
Les vers sont lĆ
Dans le peuple des mots
Quelques-uns se sont levƩs
Ils tendent le point
Le point oubliƩ
Mais plus rien ne compte
Les vers sont lĆ
Suspendus
Aux lĆØvres mauves
De tes larmes bleuesā¦
Mes Everest, Albert Camus parle de son mĆ©tier…
A lire, relire, dire, rĆ©pĆ©ter, apprendre, comprendre. Et tellement, tellement d’actualitĆ©

Oui ce mĆ©tier est difficile. Je voudrais vous en parler librement, et ce me sera facile. A lāĆ©tape où je suis de mon expĆ©rience, je nāai rien Ć Ć©pargner, ni parti, ni Ć©glise, ni aucun des conformismes dont notre sociĆ©tĆ© meurt, rien que la vĆ©ritĆ©, dans la mesure où je la connais. Jāai lu ces temps-ci que jāĆ©tais un solitaire. Oui, si lāon veut dire que je ne dĆ©pends de personne. Non, puisque je le suis en mĆŖme temps que des millions dāhommes qui sont nos frĆØres et dont jāai pris le pas. Solitaire ou non, jāessaie en tout cas de faire mon mĆ©tier et je le trouve parfois dur, principalement dans lāaffreuse sociĆ©tĆ© intellectuelle qui est la nĆ“tre, où le rĆ©flexe a remplacĆ© la rĆ©flexion, où des sectes entiĆØres se font un point dāhonneur de la dĆ©loyautĆ©, et où la mĆ©chancetĆ© essaie trop souvent de se faire passer pour de lāintelligence.
Si lāĆ©crivain tient Ć lire et Ć Ć©couter ce qui se dit, il ne sait plus alors Ć quel saint se vouer. Une certaine droite lui reproche de signer trop de manifestes, la gauche (la nouvelle du moins et moi je suis de lāancienne) de nāen pas signer assez. La mĆŖme droite lui reprochera dāĆŖtre un humanitaire la gauche un aristocrate. La droite lāaccusera dāĆ©crire trop mal, la gauche trop bien. Restez un artiste, ou ayez honte de lāĆŖtre, parlez ou taisez-vous, et, de toute maniĆØre, vous serez condamnĆ©. Que faire dāautre alors, sinon se fier Ć son Ć©toile et continuer avec entĆŖtement la marche aveugle, hĆ©sitante, qui est celle de tout artiste, et qui le justifie quand mĆŖme Ć la seule condition quāil se fasse une idĆ©e juste Ć la fois de la grandeur de son mĆ©tier et de son infirmitĆ© intellectuelle
Ce soir c’est prose…

Ce soir cāest pause, je pose ma machine Ć rime, je repose ma fabrique Ć vers. Ce soir cāest prose. Au bout de mes phrases, des points de suspension, dāinterrogation, et ce tout nouveau signe que je rĆŖverai de voir accepter et qui sāappellerait le souffle dāĆ©motion. Je ne sais pas comment le dessiner. Je vous laisse imaginer, je vous laisse supposer, je vous laisse respirer. Ce soir cāest prose, jāoublie les clics, je prends mes cliques et mes claques, loin des pixels. Ce soir cāest prose, je vous Ć©coute Ć“ vous mes frĆØres humains, je vous Ć©coute dans ce murmure lointain. Murmure de mots tendres et doux, ruisseau qui coule et sāĆ©coule entre les deux bras de nos espoirs pour demain. Ā
Insomnie…
Insomnies, toujours d’actualitĆ©…
Mes Everest, Tristan CorbiĆØre : « la cigale et le poĆØte…
Et comme annoncĆ© hier, voici la cigale et le poĆØte qui ferme le recueil « les amours jaunes »

Le poète ayant chanté,
DƩchantƩ,
Vit sa Muse, presque bue,
Rouler en bas de sa nue
De carton, sur des lambeaux
De papiers et dāoripeaux.
Il alla coller sa mine
Aux carreaux de sa voisine,
Pour lui peindre ses regrets
Dāavoir fait ā Oh : pas exprĆØs ! ā
Son honteux monstre de livre !ā¦
ā Ā« Mais : vous Ć©tiez donc bien ivre ?
ā Ivre de vous !⦠Est-ce mal ?
ā Ćcrivain public banal !
Qui pouvait si bien le direā¦
Et, si bien ne pas lāĆ©crire !
ā Jāy pensais, en revenantā¦
On nāest pas parfait, Marcelleā¦
ā Oh ! cāest tout comme, dit-elle,
Si vous chantiez, maintenant !
Tristan CorbiĆØre, Les Amours jaunes, 1873
Vieil homme…

Le vieil homme est fatiguƩ
DerriĆØre la flamme vacillante
De ses yeux dāacier
On devine des traces de pas
De lointains souvenirs froissƩs
Petits cailloux posƩs
Sur le long chemin
Dāune mĆ©moire
Quāil ne peut plus partager
Mes Everest, Tristan CorbiĆØre : le poĆØte et la cigale…
Le poĆØte et la cigale ouvre le seul recueil de Tristan CorbiĆØres : « les amours jaunes » en 1873, je vous proposerai demain de dĆ©couvrir « la cigale et le poĆØte » qui ferme ce mĆŖme recueil

Le poète ayant rimé,
IMPRIMĆ,
Vit sa Muse dƩpourvue
De marraine et presque nue :
Pas le plus petit morceau
De vers ou de vermisseau.
Il alla crier famine
Chez une blonde voisine,
La priant de lui prĆŖter
Son petit nom pour rimer.
(C’Ć©tait une rime en elle.)
Oh ! je vous paierai, Marcelle,
Avant l’aoĆ»t, foi d’animal !
Intérêt et principal.
La voisine est trĆØs prĆŖteuse,
C’est son plus joli dĆ©faut :
Quoi : c’est tout ce qu’il vous faut ?
Votre Muse est bien heureuseā¦
Nuit et jour, Ć tout venant,
Rimez mon nom⦠Qu’il vous plaise !
Et moi, j’en serai fort aise.
Voyez : chantez maintenant.
PoĆØmes de jeunesse : souvenirs…
Texte Ć©crit en novembre 1979, republiĆ© en novembre 21019, et aujourd’hui…
J’ai rĆŖvĆ© d’une fenĆŖtre…

LassƩ de me cogner
Aux angles mauves
Du grand mur gris
De vos molles promesses
Jāai rĆŖvĆ© dāune fenĆŖtre
Ouverte sur le souffle bleu
De nos demains heureux
Emission sur la lutte contre l’illettrisme

https://rcf.fr/actualite/societe/agir-pour-lutter-contre-l-illettrisme
J’Ć©tais l’invitĆ© de l’Ć©mission « je pense donc j’agis » ce matin sur RCF. Si vous avez la patience de m’Ć©couter voici le podcast
BientĆ“t novembre partira…
Allez on y croit, il s’en ira bientĆ“t…
Mes Everest, Paul Eluard : l’amoureuse…

Elle est debout sur mes paupiĆØres
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.
Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rĆŖves en pleine lumiĆØre
Font s’Ć©vaporer les soleils
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien Ć dire.
A tire d’ailes…

Sur la peau blanche de mes espoirs
JāĆ©cris les mots pour demain
Dans un bouquet de rires enfouis
Je trempe ma plume ƩpuisƩe
Sur le papier au grain glacƩ
Une boucle aux bords bleutƩs
Je trace en pleurant
Ces mots que jāaime
Pour toi
Pour nous
Je les lie
Main dans la main
Loin du hier de nos ennuis
Ils sāenvolent
A tire dāailes
Entre les bras du couchant
Regarde-les
Ils sāenfuient
Regarde-les
Nous sommes en vie
24 novembre
Mains dans les poches…
Envie, besoin aujourd’hui de republier ce texte…
Mes Everest, Joachim du Bellay

Si notre vie est moins quāune journĆ©e
Si notre vie est moins quāune journĆ©e
En lāĆ©ternel, si lāan qui fait le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si pƩrissable est toute chose nƩe,
Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?
Pourquoi te plaĆ®t lāobscur de notre jour,
Si pour voler en un plus clair sƩjour,
Tu as au dos lāaile bien empanĆ©e ?
Là , est le bien que tout esprit désire,
Là , le repos où tout le monde aspire,
LĆ , est lāamour, lĆ , le plaisir encore.
Là , Ó mon âme au plus haut ciel guidée !
Tu y pourras reconnaĆ®tre lāIdĆ©e
De la beautĆ©, quāen ce monde jāadore.
La peur est seule

Dans le bout de cette vie qui rƩsiste
Il y a comme un voile gris
Flamme qui vacille
La peur est seule
Elle nāose plus entrer
Un rideau de larmes
Inutile elle recule
Son temps est passƩe
Seule et triste…
La solitude, la dĆ©tresse, des personnes seules un texte que j’ai envie de republier aujourd’hui
Mes Everest, Leonard Cohen : chaque caillou…

Chaque caillou rĆŖve de lui-mĆŖme
Chaque feuille a un projet
Le soleil a le dƩsir
de voyager sur un rayon
Vaincu je ne peux offrir
mon coeur Ć la paix sainte
parce que je rêve de chaînes
et je rêve de liberté
J’ai dit cela au prisonnier
qui a tuƩ celui que je hais
J’ai dit cela au mineur qui
a extrait mon assiette d’or
Ainsi je vis en enfer
car je rĆŖve que l’enfer est
la distance que j’ose mettre
entre ma main et la sienne
J’ai rĆŖvĆ© de mon corps cette nuit
J’ai rĆŖvĆ© de l’univers
J’ai rĆŖvĆ© j’ai rĆŖvĆ© un millier d’annĆ©es
afin de rƩpƩter
les sept jours des merveilles
quand, tirƩ de la brume
j’Ć©tais vĆŖtu de nuditĆ©
et souffrais d’exister
J’ai rĆŖvĆ© qu’on me donnait une chanson
comme seule preuve
que ma vraie demeure avec toi
n’a ni poutres ni chevrons
ni fenĆŖtres pour voir au-dehors
ni miroirs pour voir au-dedans
ni chansons pour en sortir
ni mort pour commencer
O mon enfant voici ton rĆŖve humain
voici ton sommeil humain
et ne dƩsire pas tant grimper
loin de ce qui est sain et profond
J’aime le rĆŖve que tu as commencĆ©
sous l’arbre toujours vert
J’aime le caillou et le soleil
et tout ce qui se trouve entre eux
Et pour cette conversation
dans la premiĆØre lumiĆØre de l’aube
J’offre ces jours mesquins
qui s’effilochent sous tes yeux
Et je ne sais combien de jours
passeront avant ma dƩlivrance
et ce qui restera de cette chanson
que tu as mise sur la langue de ta crƩature
MontrƩal, 1978
Tribunal acadĆ©mique : sĆ©ance extraordinaire…

Ce dimanche 22 novembre, le tribunal acadĆ©mique sāest rĆ©uni. Sur le bureau du prĆ©sident une impressionnante pile de dossiers. Des dĆ©cisions Ć prendre, des avis Ć donner, des jugements Ć prononcer. Pas de quoi ĆŖtre mis aux arrĆŖts, ce qui serait le comble pour un tribunal quāil soit acadĆ©mique, comique, bucolique, ou sarcastique. Tout en haut de cette pile, une chemise verte, que le prĆ©sident, depuis plusieurs semaines, saisit en soupirant. Il la saisit, lāouvre, feuillette les diffĆ©rents documents, et gĆ©nĆ©ralement la referme pour la glisser, lāair de rien, au milieu de ladite pile. Et sur cette chemise verte, on peut lire « Avis de disparitionĀ : espoirĀ Ā».
Et aujourdāhui dimanche 22 novembre, le prĆ©sident juge quāil nāest plus possible de reculer. Il faut prendre le taureau par les cornes. Il dĆ©cide donc, tĆ“t ce matin, de convoquer en urgence le tribunal acadĆ©mique.
Le prĆ©sident ouvre cette session extraordinaire qui se tient, comme le veut lāusage, Ć huis clos. Seuls sont prĆ©sents les jurĆ©s qui ont Ć©tĆ© appelĆ©s ce matin aux aurores et que nous retrouvons, encore un peu endormis, autour de cette longue table au bout de laquelle se tient le prĆ©sident.
Ā« Mesdames et Messieurs les jurĆ©s, jāai pris tĆ“t ce matin la dĆ©cision de vous rĆ©unir. Nous allons devoir nous prononcer sur cet avis de disparition qui traĆ®ne sur mon bureau depuis plusieurs mois. Cāest simple il y a maintenant prĆØs de 250 jours que lāon nous a signalĆ© la disparition de lāespoir. Des dĆ©cisions doivent ĆŖtre prises, car je ne vous cache pas que chaque jour mon inquiĆ©tude grandit un peu plus, et je dois dire, cāest dāailleurs la raison pour laquelle vous ĆŖtes ici avec moi, je crois que je commence Ć perdre espoir. Ā»
Les sept jurĆ©s, bien quāĆ©bouriffĆ©s et chiffonnĆ©s, se regardent avec une certaine apprĆ©hension. Ils comprennent toutes et tous Ć cet instant que le moment est grave.
Autour de la table, aujourdāhui nous avons une voyante dĆ©sespĆ©rĆ©e, un informaticien branchĆ©, une poseuse de tubes, un jardinier dāintĆ©rieur, une conductrice de chariots rĆ©vĆ©lateurs, un mineur Ć©mancipĆ© et une navigatrice en eau plate.
Le prĆ©sident expose briĆØvement les faits, que tout le monde connaĆ®t. Chacune et chacun donne son avis, formule des hypothĆØses sur cette disparition. Pourquoi est-il parti, Ć©tait-il seul, ou a-t-il pu se rĆ©fugier, qui le cache, etcĀ ? Le prĆ©sident Ć©coute attentivement, se racle la gorge, se lĆØve de son fauteuil et lit la dĆ©cision quāil vient de prendre aprĆØs cette consultation.
Ā« Mesdames et Messieurs les jurĆ©s, voici la dĆ©cision que jāai prise et qui si vous lāacceptez sera applicable immĆ©diatement. Lāespoir a disparu depuis 249 jours. Depuis la dĆ©claration de cette disparition que jāai prise au dĆ©but pour une simple fugue, lāespoir nāa plus Ć©tĆ© revu, il nāa laissĆ© aucune trace, et malgrĆ© tous les efforts dĆ©ployĆ©s aucun indice ne laisse supposer quāil reviendra. En consĆ©quence et parce quāil est impossible de vivre sans lāespoir jāai pris la dĆ©cision dāordonner lāarrestation immĆ©diate avec incarcĆ©ration du dĆ©sespoir, du pessimisme, du fatalisme, et surtout de tous les oiseaux de mauvais augure qui occupent tous les espaces qui appartenaient autrefois Ć lāespoir. Ā»
Ā« Et mes chers amis jāai bon espoir quāil revienne ! Ā»
Fraise entĆŖtĆ©e…

DerniĆØre fraise de lāĆ©tĆ©
Ne veut pas abdiquer
Entêtée
Novembre
Lāeffroi
Fraise retient fort
Son souffle
Fraise rougit
Et moi je souris
Conjugaison…
Une petite rĆ©flexion sur la conjugaison : toujours d’actualitĆ© !
Mes Everest, Albert Camus : l’exil et le royaume…
Les premiĆØres lignes de la premiĆØre nouvelle de l’exil et le royaume : « la femme adultĆØre » sont sublimes⦠Mais tout est sublime…

Une mouche maigre tournait, depuis un moment, dans l’autocar aux glaces pourtant relevĆ©es. Insolite, elle allait et venait sans bruit, d’un vol extĆ©nuĆ©. Janine la perdit de vue, puis la vit atterrir sur la main immobile de son mari. Il faisait froid. La mouche frissonnait Ć chaque rafale du vent sableux qui crissait contre les vitres. Dans la lumiĆØre rare du matin d’hiver, Ć grand bruit de tĆ“les et d’essieux, le vĆ©hicule roulait, tanguait, avanƧait Ć peine. Janine regarda son mari. Des Ć©pis de cheveux grisonnants plantĆ©s bas sur un front serrĆ©, le nez large, la bouche irrĆ©guliĆØre, Marcel avait l’air d’un faune boudeur. Ć chaque dĆ©foncement de la chaussĆ©e, elle le sentait sursauter contre elle. Puis il laissait retomber son torse pesant sur ses jambes Ć©cartĆ©es, le regard fixe, inerte de nouveau, et absent. Seules, ses grosses mains imberbes, rendues plus courtes encore par la flanelle grise qui dĆ©passait les manches de chemise et couvrait les poignets, semblaient en action. Elles serraient si fortement une petite valise de toile, placĆ©e entre ses genoux, quāelles ne paraissaient pas sentir la course hĆ©sitante de la mouche.
Soudain, on entendit distinctement le vent hurler et la brume minĆ©rale qui entourait lāautocar sāĆ©paissit encore. Sur les vitres, le sable sāabattait maintenant par poignĆ©es comme sāil Ć©tait lancĆ© par des mains invisibles. La mouche remua une aile frileuse, flĆ©chit sur ses pattes, et sāenvola. Lāautocar ralentit et sembla sur le point de stopper. Puis le vent parut se calmer, la brume sāĆ©claircit un peu et le vĆ©hicule reprit de la vitesse. Des trous de lumiĆØre sāouvraient dans le paysage noyĆ© de poussiĆØre. Deux ou trois palmiers grĆŖles et blanchis, qui semblaient dĆ©coupĆ©s dans du mĆ©tal, surgirent dans la vitre pour disparaĆ®tre lāinstant dāaprĆØs.
-Quel pays ! dit Marcel.
La ronde des bonnes nouvelles : 10…

« Epidémie de mauvais foi : un vaccin est annoncé !
Ce journal est un de mes prĆ©fĆ©rĆ©s, il ne paraĆ®t que trĆØs peuĀ : rarement plus dāune fois par semaine. Il faut dire que sa ligne Ć©ditoriale est originale. En effet, on peut lire en premiĆØre page, sous le titre, en petit caractĆØreĀ : « journal ironique et sarcastique Ć la parution sporadiqueĀ Ā». Et justement le titre de ce journal en dit long sur lāesprit de la rĆ©dactionĀ : Ā« On dit, jāĆ©cris, tu lisĀ Ā». Nous conviendrons que le titre nāest pas accrocheur mais ce nāest justement pas lāintention de la rĆ©daction que dāaccrocher. Bref un journal que jāaime et le titre de ce soir māintrigue.
LāAgence Nationale de Lutte Contre les Contradictions annonce la mise sur le marchĆ© dāici quelques jours dāun vaccin qui devrait sans nul doute ralentir considĆ©rablement lāĆ©pidĆ©mie de mauvais foi qui sĆ©vit depuis de nombreuses annĆ©es et qui ces derniĆØres semaines a pris des proportions alarmantes. Ā Ce sont chaque jour des centaines de milliers de cas qui sont dĆ©pistĆ©s. Rappelons briĆØvement les symptĆ“mesĀ : tout commence gĆ©nĆ©ralement par une manifestation dāindignation, qui amĆØne les malades Ć rĆ©pĆ©ter inlassablementĀ : « cāest scandaleux, il faudrait, il aurait falluĀ Ā». Les plus gravement atteints ajoutent parfoisĀ : « on aurait dû ». PassĆ© ce premier stade que les spĆ©cialistes prĆ©sentent comme celui de lāincubation, suit une longue pĆ©riode de lĆ©thargie, de bougonnerie, que certains appellent la phase du rĆ¢lage passif.
Le troisiĆØme stade apparaĆ®t quand une solution a Ć©tĆ© trouvĆ©e au problĆØme qui a provoquĆ© la maladie. Il est le plus critiqueĀ : cāest cette phase quāon appelle celle de la mauvaise foi. Les malades grognent encore mais cette fois cela se traduit par des : « cāest nāimporte quoi, on ne devrait pas, il ne fallait pas, je ne le ferai pasĀ Ā». Et quand le mĆ©decin explique au malade quāils sont atteints de mauvaise foi, ceux-ci rĆ©pondent Ć©videmment que ce nāest pas possible, quāils nāont jamais changĆ© dāavis, que de toute faƧon ils ont raison et que rien ne va mais quāil ne faut rien changer. Bref Ć ce stade tout le monde comprendra que la situation est dĆ©sespĆ©rĆ©e.
Mais aujourdāhui bonne nouvelle lāANLCC a mis au point un vaccin. Ce vaccin est trĆØs simple, il sāagit dĆØs les premiers troubles dāĆ©couter avant chaque journal tĆ©lĆ©visĆ© un enregistrement de vent marin, de chants dāoiseaux, et de battements de cÅurs amoureux⦠Et ce, pendant toute la durĆ©e de la crise de mauvaise foiā¦
Aimez les…

Les mots ne sautillent plus
Sans prƩavis ils se sont tus
Souvenez- vous
Vous qui nous abƮmez
Nous Ʃtions beaux
Vous Ʃtiez vrais
Fermez les yeux
Respirez
Je vous en prie
Aimez-les
Emmêlés
Ces deux l
A la plume légère
Aimez-les
Ils vont ont rendu
Si belle
Samedi…
C’Ć©tait un samedi de fĆ©vrier…
Mes Everest, Francis Cabrel : Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai…
Une chanson que je n’avais encore jamais partagĆ©e dans mes Everest, je suis capable de l’Ć©couter en boucle des dizaines fois de suite, lorsque j’Ć©cris notamment…
Mon enfant nue sur les galets
Le vent dans tes cheveux dƩfaits
Comme un printemps sur mon trajet
Un diamant tombĆ© d’un coffret
Seule la lumiĆØre pourrait
Défaire nos repères secrets
Où mes doigts pris sur tes poignets
Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai
Et quoique tu fasses
L’amour est partout où tu regardes
Dans les moindres recoins de l’espace
Dans les moindres rĆŖves où tu t’attardes
L’amour comme s’il en pleuvait
Nu sur les galets
Le ciel prĆ©tend qu’il te connaĆ®t
Il est si beau c’est sĆ»rement vrai
Lui qui ne s’approche jamais
Je l’ai vu pris dans tes filets
Le monde a tellement de regrets
Tellement de choses qu’on promet
Une seule pour laquelle je suis fait
Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai
Mais quoique tu fasses
L’amour est partout où tu regardes
Dans les moindres recoins de l’espace
Dans les moindres rĆŖves où tu t’attardes
L’amour comme s’il en pleuvait
Nu sur les galets
On s’envolera du mĆŖme quai
Les yeux dans les mĆŖmes reflets
Pour cette vie et celle d’aprĆØs
Tu seras mon unique projet
Je m’en irai poser tes portraits
Ć tous les plafonds de tous les palais
Sur tous les murs que je trouverai
Et juste en dessous, j’Ć©crirai
Que seule la lumiĆØre pourrait…
Et mes doigts pris sur tes poignets
Nouvelle hĆ“teliĆØre suite…
Pour retrouver le dĆ©but de cette nouvelle c’est ici
Nouvelle hĆ“teliĆØre…

Jules entend la voix de Marie : cāĆ©tait il y a dix ans, il y avait de lāorage, et aujourdāhui il est lĆ face Ć EugĆØne, ce pauvre EugĆØne Ć qui il a tout pris, en quelques secondes dans la file qui attendait devant cette boulangerieā¦
Jules baisse la tĆŖte. Depuis le temps, il pensait que tout Ć©tait fini, oubliĆ©, que tout le mal avait Ć©tĆ© rĆ©parĆ©. Bien sĆ»r il savait que EugĆØne lui en voudrait. EugĆØne nāy Ć©tait pour rien, il Ć©tait lāincarnation mĆŖme de lāinnocence. Mais il y a dix ans la police nāavait pas Ć©coutĆ© le pauvre EugĆØne. Elle nāavait rien compris Ć son histoire de coup de tonnerre qui lui aurait vidĆ© la tĆŖte.
– Il māa tout pris, tout ! En quelques secondes, il est devenu moiĀ ! Ā
Quand il Ć©tait arrivĆ© devant le restaurant, la tĆŖte rĆ©ellement vide, ou vidĆ© il ne se sāen souvient plus, il y avait cet homme. Il forƧait la porte et il hurlait. Il hurlait comme une bĆŖte blessĆ©e.
-Marie, mais laisse-moi rentrer, laisse-moi, jāapporte le pain. Je tāen prie, ne me rejette pasā¦
EugĆØne est toujours en plein doute. Il ne se trouve pas beau et considĆØre quāil est impossible que Marie puisse lāaimerĀ : elle est si belle, si douce. Les dimanches matin elle travaille en extra au restaurant de lāHĆ“tel du centre. Et tous les dimanches il est convenu avec le patron quāil apportera le pain, le pain pour le dĆ©jeuner, Ƨa fait un petit plus, et ses quatre enfants sont lĆ aussi. Tous les dimanches. Ils sāinstallent toujours autour de la mĆŖme table et cāest maman qui fait le service. Cāest une jolie maman mĆŖme si elle travaille. Ils sont tous heureux. Mais ce dimanche lĆ cela ne sāest pas passĆ© comme dāhabitude…
Une nouvelle rubrique sur mon blog : « mes expressions fĆ©tiches »
Jāuse (et parfois jāabuse) notamment lors de mes interventions professionnelles, dans des colloques, confĆ©rences, dāexpressions qui sont devenues pour certaines dāentre elles presque des « ticsĀ Ā» de langages. De temps Ć autre je vous en proposerai une.

Lorsque dans le cadre de certaines politiques publiques on parle de cibler, un public, des personnes etc⦠Voici ce que je dis
« Nāoublions jamais, lorsquāon parle de cibler des personnes, une population, un public quāune cible est un objet sur lequel on tire et que gĆ©nĆ©ralement on rateĀ Ā»
Vendredi…
C’Ć©tait un vendredi de fĆ©vrier⦠FĆ©vrier de cette annĆ©e lĆ ā¦
Mes Everest, Lamartine : les voiles…

Quand jāĆ©tais jeune et fier et que jāouvrais mes ailes,
Les ailes de mon âme à tous les vents des mers,
Les voiles emportaient ma pensƩe avec elles,
Et mes rĆŖves flottaient sur tous les flots amers.
Je voyais dans ce vague où lāhorizon se noie
Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin
Des continents de vie et des Ʈles de joie
Où la gloire et lāamourĀ māappelaient de la main.
Jāenviais chaque nef qui blanchissait lāĆ©cume,
Heureuse dāaspirer au rivage inconnu,
Et maintenant, assis au bord du cap qui fume,
Jāai traversĆ© ces flots et jāen suis revenu.
Et jāaime encor cesĀ mersĀ autrefois tant aimĆ©es,
Non plus comme le champ de mes rêves chéris,
Mais comme un champ de mort où mes ailes semées
De moi-même partout me montrent les débris.
Cet Ʃcueil me brisa, ce bord surgit funeste,
Ma fortune sombra dans ce calme trompeur ;
La foudre ici sur moi tomba de lāarc cĆ©leste
Et chacun de ces flots roule un peu de mon cÅur.
Ecrire

Ecrire sur le vert tendre de mes soupirs
Graver des lettres de feu dans la braise de mes mots
RĆŖver Ć cÅur ouvert dans des prairies de rires bleus
Siffler des mĆ©lodies dāenfants dans le coin frais
Du matin finissant
Respirer un reste de vent dans la brume de tes cheveux
Je n’en peux plus de ces haines qui dĆ©goulinent…
Un texte que j’avais Ć©crit en septembre 2018. En classant mes fichiers je retombe sur lui et j’ai envie de le publier Ć nouveau, sans en changer la moindre virgule

Je suis, volontairement, assez silencieux dans le brouhaha permanent du dĆ©bat politique tant il est vrai quāil nāy a pas, quāil nāy a plus de dĆ©bats politiques. Et cela māattriste profondĆ©ment. Aujourdāhui ce qui domine, ce qui anime les gazettes numĆ©riques, ce qui motive les excitĆ©s du clavier cāest la dĆ©nonciation, lāindignation toujours sĆ©lective, lāaccusation revancharde, la dĆ©lation nausĆ©abonde. Et la parole rĆ©flĆ©chie a cĆ©dĆ© la place au raisonnement binaire qui trouve peut-ĆŖtre ses racines dans ce langage informatique dont on sait quāil ne serait constituĆ© que de zĆ©ros et de un. Chacun dĆ©finitivement enfermĆ© Ć double tour dans sa chapelle idĆ©ologique ne prend plus le temps de lāanalyse, ne tente plus de comprendre. Et lāopposant devient lāennemi, celui qui pense autrement est un mĆ©crĆ©ant, un hĆ©rĆ©tique. Ce que jāaimais autrefois dans le dĆ©bat politique cāĆ©tait lāexigence et le respect. Lāexigence que lāon sāimposait,Ā pour ĆŖtre juste dans la production dāune pensĆ©e, dans la rĆ©flexion, dans le raisonnement avec la recherche permanente de lāĆ©quilibre entre ce qui relĆØve dāune conviction personnelle et ce qui sāapproche de la rĆ©alitĆ©. Il y avait aussi le respect, le respect de lāautre, quel quāil soit parce quāil est dāabord un Ć©lĆ©ment constitutif de cette humanitĆ© qui devrait nous rassembler et nous ressembler. Mais le respect nāexiste plus, il est au mieux considĆ©rĆ© comme la politesse des faible au pire comme de la traitrise. Je nāen peux plus de ces haines qui dĆ©goulinent dans tous ces messages qui croient afficher de lāintelligence alors quāils ne sont que la manifestation de la pire des paresses celle qui consiste Ć ne pas rechercher ni la justesse dans les propos, ni la justice dans les actes. Ā
Jeudi…
C’Ć©tait un jeudi de fĆ©vrier…
Mes Everest : « il nous faut regarder », Jacques Brel
Il y a bien longtemps que je n’avais partagĆ© l’un de mes plus grands maĆ®tres…
Derrière la saleté
S’Ć©talant devant nous
Derrière les yeux plissés
Et les visages mous
Au-delĆ de ces mains
Ouvertes ou fermƩes
Qui se tendent en vain
Ou qui sont poings levƩs
Plus loin que les frontiĆØres
Qui sont de barbelƩs
Plus loin que la misĆØre
Il nous faut regarderIl nous faut regarder
Ce qu’il y a de beau
Le ciel gris ou bleutƩ
Les filles au bord de l’eau
L’ami qu’on sait fidĆØle
Le soleil de demain
Le vol d’une hirondelle
Le bateau qui revient
L’ami qu’on sait fidĆØle
Le soleil de demain
Le vol d’une hirondelle
Le bateau qui revient
Par-delĆ le concert
Des sanglots et des pleurs
Et des cris de colĆØre
Des hommes qui ont peur
Par-delĆ le vacarme
Des rues et des chantiers
Des sirĆØnes d’alarme
Des jurons de charretier
Plus fort que les enfants
Qui racontent les guerres
Et plus fort que les grands
Qui nous les ont fait faire
Il nous faut Ʃcouter
L’oiseau au fond des bois
Le murmure de l’Ć©tĆ©
Le sang qui monte en soi
Les berceuses des mĆØres
Les priĆØres des enfants
Et le bruit de la terre
Qui s’endort doucement
Les berceuses des mĆØres
Les priĆØres des enfants
Et le bruit de la terre
Qui s’endort doucement
Une odeur de pain chaud…

Lāautomne pose son manteau de gris
Ouvre la boîte à couleurs
Cachée derrière
DerniĆØre fleur de ses envies
Soudain belle odeur de pain chaud
Le cÅur sāemballe
Cāest doux, cāest roux
Plus un souffle de peur
Un à un sourires tressés
Nos visages ont caressƩ
Mercredi…
C’Ć©tait un mercredi de fĆ©vrier…
Mes Everest, Marc Rombaut. « Il se leva… »
Marc Rombaut est un romancier belge, Ć©galement journaliste de radio, critique d’opĆ©ra, poĆØte, enseignant et essayiste.
Il a passĆ© son enfance Ć Bordeaux. AprĆØs des Ć©tudes universitaires Ć Bruxelles, il a fait de la recherche et a enseignĆ© en Afrique de l’Ouest.

Il se leva
Il se leva, raidi dans sa chair. Lentement, craquant de toute sa peur, le poids de la nuit dans sa gorge, il se porta vers le soleil. Son visage Ć©crasĆ© sāouvrit laissant entrevoir des yeux blottis dans leurs larmes. De ses mains il parcourut le ciel givrĆ© dans sa blancheur et se retira comme dĆ©possĆ©dĆ© dāun rĆŖve. Son visage se plia dĆ©licatement.
La ronde des bonnes nouvelles…

Le soir arrive, et pas la moindre bonne nouvelle Ć vous proposer.
Non, dĆ©solĆ© je me trompeĀ : il y en a une et elle est lourde de sens. Comme je nāavais pas le temps, tout occupĆ© que jāĆ©tais Ć faire (mon dieu que je nāaime pas ce verbe) plein de choses (faire et maintenant chose, comment dire, je suis un peu Ć court de munitions) dans le cadre de mon activitĆ© professionnelle (un peu mieux comme formulation nonĀ ?) de me distraire jāai⦠Bon je crois que je me perds, et cette phrase devient impossible.
Reprenons donc le fil : oui cāest cela, jāai une bonne nouvelle, une vraie bonne nouvelle. Comme je nāai pas eu le temps ni dāĆ©couter la radio, ni de lire des journaux, ni de consulter le web et bien je nāai rien lu, rien su, rien entendu de ce qui sāĆ©tait passĆ© aujourdāhui, ni de ce qui ne sāĆ©tait pas passĆ© et je vais vous faire un aveu : quāest ce que je me sens mieux⦠Et Ƨa cāest une bonne nouvelle !
Mardi…
C’Ć©tait un mardi, fĆ©vrier de cette annĆ©e lĆ …
Nuage..

Regarde,
Oh regarde le,
Ce ciel qui Ʃtire
Ses longs bras de bleu
On le devine heureux
On voudrait le graver
Sur le marbre glacƩ
De nos lourds rĆŖves en trop
Et puis s’en aller
Sur ce chemin cotonneux
Loin, si loin,
De la peur d’en bas
Mes Everest : Patrice Cauda. Longtemps…
Patrice Cauda est un poète français.
Ouvrier dans une usine Ć douze ans, garƧon de cafĆ©, prĆ©posĆ© au vestiaire, il a participĆ© Ć la revue Les Hommes sans Ć©paules dans les annĆ©es 1950.Les titres de ses Åuvres portent la trace indĆ©niable de son mal de vivre :

Longtemps lāheure va-t-elle tourner
Autour du cadran de la misĆØre
Les dents serrĆ©es dāattente
Et parvenir au mĆŖme arrĆŖt
Des corps rƩduits en souvenir
Donnés à cette bouche hautaine
Faut-il tellement de poussiĆØre
Pour faire le poids dāune libertĆ©
Si long ce paysage du refus
Sur cette terre sans maƮtre
Avant dāarriver Ć lāinstant vĆ©ritable
Où lāon puisse parler
Cette panique de grand repli
A fermƩ toutes les issues
Le cÅur nāest plus que machinal
Sous lāenveloppe sensible
Un rĆØgne se grave doucement
Sur un peu de cendre
Que lāhorizon māapporte
Dans ce domaine qui paraƮt beau
Comme des mains lavƩes par le crime
Jāhabitue ma chair peureuse
A la rencontre dāun ailleurs
Où lāon peut naĆ®tre
Pour une origine pleine de ressources
Le rire est parti…

Cāest Ć la derniĆØre escale que rire est descendu
Sans rien dire
Il est sorti par une porte dƩrobƩe
Oh il serait bien restƩ
Pour quelques Ʃclats de plus
Mais plus rien ni personne nāen voulait
Il a même tenté un sourire
Si lƩger
Si discret
Rien nāy fait
Dans le vide
De leurs vies numƩriques
Aux reflets bleutƩs
Les regards se sont affaissƩs
Sans un bruit
Rire sāest enfui
Pas un visage ne sāest redressĆ©
16 novembre
Quand vient le soir…
Il y a un an…
Mes Everest, Jacques Bertin : le rĆŖveur…
J’Ć©tais celui Ć l’Ć©paule d’une ombre
Qui s’appuyait, qu’on retrouvait dormant
Je connaissais les voix qui, dans les Dombes
Nidifient sous les mille Ʃtangs
Je fus plus tard l’adolescent qu’on moque
Au regard vain dans la ville ƩgarƩ
L’homme qui campe Ć l’Ć©cart de l’Ć©poque
Tisonnant ses doutes pour s’y chauffer
Je suis montƩ au lac des solitudes
Dans l’Ć©crin gris des charmes sans raison
Où des airs vieux palpitaient sous la lune
J’aurai laissĆ© des chairs aux ronces, des chansons
La note basse des monts, les absences
Les Ʃmeraudes du val interdit
Toutes les belles ruines du silence
Tout ce qui ne sera pas dit!
Si jamais tu t’accroches Ć ma lĆ©gende
Il faut que tu t’en remettes Ć mon mal
Ne trahis pas, vois la plaie où s’Ć©panche
Tout un monde animal
L’enfant muet s’est rĆ©fugiĆ© dans l’homme
Il Ʃcoute la pluie sur les toits bleus
Les cÅurs sont effondrĆ©s, le clocher sonne
Que faire sans toi quand il pleut?
Ma vie ne fut que cet échec du rêve
Je ne brƻle plus, non, ce sont mes liens
Les sabots des armĆ©es m’ont piĆ©tinĆ© sans trĆŖve
Ma vie ne fut que cet échec du rêve
Je ne brƻle plus, non, ce sont mes liens
Les sabots des armĆ©es m’ont piĆ©tinĆ© sans trĆŖve
J’Ć©cris dans le ciel vide et vous n’y lirez rien
Nouvelle hĆ“teliĆØre…
La bonne nouvelle du jour, c’est plutĆ“t une bonne rĆ©solution. Je vais poursuivre et peut-ĆŖtre mĆŖme terminer quelques nouvelles que j’avais commencĆ©e. Je vais commencer par celle-ci. Je republie ce soir ce dĆ©but qui s’Ć©ternise et promis, dans la semaine qui vient, je m’y remets. Si de votre cĆ“tĆ© vous avez des idĆ©es Ć me proposer, pourquoi pas….

- Cāest au deuxiĆØme : il y a lāescalier sur votre droite, mais vous pouvez prendre lāascenseur, au fond du couloir Ć gauche Ā».
Il a eu une lĆ©gĆØre hĆ©sitation, mais aprĆØs une longue journĆ©e de travail, avec en plus cette maudite valise Ć roulettes Ć traĆ®ner sāĆ©viter un petit effort supplĆ©mentaire est bienvenue. Au diable les discours moralisateurs de tous les nouveaux prĆŖcheurs du bien-ĆŖtre.
- Il fait chaud, je suis fatiguĆ©, ma valise est Ć roulettes, mais elle nāest pas Ć©quipĆ©e pour grimper les escaliers, allez hop en route pour lāascenseur⦠»
Il appuie sur le bouton dāappel : la cabine est dĆ©jĆ lĆ . Ce sont dāinsignifiants petits Ć©vĆ©nements mais qui donnent facilement le sourire.
Curieusement, quelquāun est dĆ©jĆ dans la cabine. Cabine au demeurant minuscule. Deux personnes, une valise et cāest dĆ©jĆ presque plein. Pourtant il est Ć©crit : 4 personnes ou 250 kgā¦. Le voyage sera court, pas le temps de se livrer Ć des calculs sur le poids moyen autorisĆ©ā¦
- Je monte au second, et vous ?
- Je vous suis.
Les quelques secondes, peut-ĆŖtre 15 ou 20, sont longues, trĆØs longues, trop longues. Il nāaime pas cette proximitĆ©, le contact est inĆ©vitable.
La cabine grince, ou plutĆ“t couine pour sāarrĆŖter. Il y a ensuite le moment toujours un peu gĆŖnant, ou sāenchaĆ®nent bĆŖtement les formules de politesse : Ā« bonne journĆ©e, je vous en prie, aprĆØs vous⦠»
Ils se retrouvent tous les deux dans un couloir étroit, ou plutÓt qui devient de plus en plus étroit. Au sol une moquette grise, râpée, usée.
- Je vous accompagne, il arrive parfois que les clƩs ne fonctionnent pas
Il ne répond pas. Son compagnon de voyage, si tant est que monter deux étages dans un vieil immeuble du boulevard Magenta puisse être considéré comme un voyage, marche deux pas devant lui.
Il est petit, lāarriĆØre de son crĆ¢ne est plat. Comme sāil avait passĆ© la moitiĆ© de sa vie couchĆ© sur le dos sur une plaque de bĆ©ton, ou de marbre. Cette difformitĆ©, car cāen est une, est surlignĆ©e par le gras des cheveux, plaquĆ©s comme sāil ne sāagissait que dāun bloc. Le couloir est sombre. TrĆØs sombre, trop sombreā¦
- La minuterie se dĆ©clenche avec le mouvement, mais vous constaterez quāelle est un peu capricieuse…
Certes sa valise est Ć roulettes, mais elle accroche, il faut dire que le sol est recouvert dāune moquette, qui a dĆ» ĆŖtre grise, et sur laquelle nāimporte quelle roulette, aussi bien huilĆ©e soit-elle, ne peut que se bloquer.
- Quelle numéro déjà votre chambre ?
- Attendez- je regarde sur ma clĆ© : cāest la 27ā¦
Curieux quand mĆŖme quāun hĆ“tel aussi modeste, pour ne pas dire crasseux, ait les moyens dāavoir un garƧon dāĆ©tageā¦
AprĆØs tout, pourquoi pas ? Cāest peut-ĆŖtre simplement de la gentillesse. Lāhomme au crĆ¢ne plat, sāest retournĆ©, a tendu la main, pour attendre la clĆ©. Il nāavait pas encore eu lāoccasion de le voir de face.
Tout en lui posant la clĆ© dans la paume de la main, il le regarde⦠Oh cela ne dure que peu de temps, car une fois de plus la minuterie sāest interrompue.
La chambre 27 est au bout du couloir. Il y a une seule porte au bout du couloir : celle de la chambre 27. Chambre 27, ce visage, ce visage au regard vitreux, le cheveux gras⦠Non il doit se tromper : ce nāest pas possible⦠Il a rĆ©servĆ© cet hĆ“tel sur une plateforme, un peu au hasard, comme dāhabitude. La lumiĆØre nāest toujours pas revenue, crĆ¢ne plat a ouvert la porte.
- Je te passe devant, espĆØce dāordure Ƨa changera, pour une foisā¦
Il referme la porte tout en pensant quāil a peut-ĆŖtre mal entendu, ou mal compris. Il est fatiguĆ©, il fait chaud, il sent la chemise qui lui colle au corps. Cāest une sensation tellement dĆ©sagrĆ©able, ce tissu plaquĆ© contre la peau sous cette veste quāil nāa pas encore pu quitter. Oui cāest cela il a mal entendu. Ce nāest pas possible. Lāautre a dĆ» dire quelque chose comme Ā« je passe devant, attention aux murs, le couloir est Ć©troit. Ā»
Incroyable tout ce qui peut passer par la tĆŖte en seulement quelques secondes. Et cāest vrai que pour ĆŖtre Ć©troit, il est Ć©troit ce couloir, et long, trĆØs long, trop long, aussi long que le couloir de cette autre chambre quāil essaie dāoublier, depuisā¦
Il sent la valise Ć roulettes qui racle. Il doit presque marcher en crabe. Lāodeur est insupportable, un mĆ©lange de moisi et de poussiĆØre acre : ce doit ĆŖtre lāhumiditĆ© de la tapisserie quāil imagine : Ć©paisse, vieille, jaunie ou peut-ĆŖtre est-ce lāautre, devant, ou un mĆ©lange des deuxā¦
Ća y est, il est au bout, crĆ¢ne plat a enfin appuyĆ© sur lāinterrupteur. Il se tient devant lāencadrement de la porte. Il a les bras croisĆ©s et le regarde. Il ne sāest Ć©coulĆ© que quelques secondes, cinq tout au plus, depuis quāil a cru comprendre – et maintenant il en est sĆ»r – quāil se faisait insulter par ce nabot au cheveux gras. Il est lĆ . Cāest bien lui, il ne peut pas lāavoir oubliĆ©. Il y a un mĆ©lange de haine et dāironie dans son regard tordu.
- Oui cāest bien moi, espĆØce dāordure. Oui tu as bien entendu, mais je le rĆ©pĆØte encore : espĆØce dāordure, espĆØce dāordure ! Ća va, cāest bon, tu māas bien remis. Dans lāascenseur tu ne māas pas reconnu, ou plutĆ“t je devrais dire que tu ne māas mĆŖme pas vu, pas regardĆ©ā¦Monsieur est un voyageur, monsieur est important maintenant. Je tāattendais, je savais que cāĆ©tait toi, que tu reviendrais. Et tu vois, jāai bien fait les choses je me suis dĆ©brouillĆ© pour que tu aies la chambre 27. Il est fort EugĆØne, hein dis le quāil est fort EugĆØneā¦
- Attends EugĆØne, je vais tāexpliquer, laisse-moi entrer, je pose mes affaires, je prends une douche et je te rejoins en bas. On ira boire un verreā¦
- Oh non mon grand, on ne va pas aller boire un verre, jamais de la vie, cela fait tellement longtemps que jāattends ce moment, je vais dĆ©guster, entre donc, ne reste pas lĆ Ć te balancer dans le couloir. Je tāen prie, mets-toi Ć lāaise.
Il est enfin sorti de devant la porte et lui fait signe dāentrer pour de bon dans la chambre 27. Autant le couloir Ć©tait petit, glauque, oppressant, autant la chambre est grande, immense, claire, magnifiquement dĆ©corĆ©e, avec une bonne odeur de frais. Il lui semble mĆŖme entendre comme un fonds musical, une douce mĆ©lodie. Le lit aussi est immense. Au fond, la porte de la salle de bains est entrouverte ; il entend des voix, plusieurs. Elles chuchotent, on ne saurait dire combien elles sont. Il doit y avoir des enfants, une ou plusieurs femmes aussi.
Sa chemise ne colle plus, la sueur est devenue glacĆ©e, instantanĆ©ment ; son cÅur bat fort, trĆØs fortā¦
Au milieu de la piĆØce, EugĆØne jubile. Jubile, oui cāest le mot, un lĆ©ger filet de bave sāest formĆ© Ć lāangle de sa bouche. Jules, car cāest bien de Jules dont il sāagit est pĆ©trifiĆ©. Maintenant il sait ce qui va se passer et ne peut plus reculer. Cāest trop tard, bien trop tard, il ne pourra pas fuir comme il y a dix ans. Dix ans ou peut-ĆŖtre plus. Tout devient flou, Ć moins que cela ne soit les gouttes de sueur qui lui brĆ»lent les yeux. EugĆØne est lĆ devant lui et derriĆØre la porte entrouverte, Jules sait que les autres sont lĆ : les autres, cette famille quāil a autrefois terrorisĆ©e ou plutĆ“t traumatisĆ©e.
Et Jules se souvient ; il y a dix ans, il Ć©tait si mal, il souffrait dāune maladie que personne ne connaissait, ou ne voulait expliquer. On se contentait de lui dire que cāĆ©tait bizarre, Ć©trange, que les symptĆ“mes Ć©taient inhabituels, et les explications quāil donnait tenaient du surnaturel. CāĆ©tait pourtant simple, quand il y avait de lāorage, que les coups de tonnerre claquaient, Jules devenait une Ć©ponge, une Ć©ponge qui absorbait les autres ou plus exactement ceux qui Ć©taient le plus proches de lui.
Cāest ce qui se passait par exemple dans la queue devant une boulangerie. CāĆ©tait il y a dix ans, un dimanche matin, il attendait son tour, devant lui dans la file, il y avait EugĆØne, cet EugĆØne qui aujourdāhui est plantĆ© lĆ devant lui. Comment savait -il quāil sāappelait EugĆØne ? Cāest un peu flou mais il semble se souvenir que quelquāun Ć©tait sorti de la boulangerie et sāĆ©tait arrĆŖtĆ© Ć leur hauteur. Salut EugĆØne comment vas-tu ? Cāest flou, un peu confus parce que cāest Ć ce moment lĆ que le coup de tonnerre avait claquĆ©. Violent, Ć©norme, la vitrine avait vibrĆ©. Jules se souvient trĆØs nettement, EugĆØne qui se retourne, et qui le regarde les yeux vides, comme si on lāavait aspirĆ© de lāintĆ©rieur. EugĆØne est pĆ¢le comme un linge. Jules se souvient encore aujourdāhui de ces quatre mots : Ā« mais qui ĆŖtes-vous ? Ā». EugĆØne est en lui, il est entrĆ© au moment mĆŖme où la foudre a frappĆ©. Jules est EugĆØne, il le sait, il le sent. Aujourdāhui encore il se souvient de cette sensation. Il la connait, ce nāest pas la premiĆØre fois. Et Jules est sorti de la file, il pleut, de grosses gouttes chaudes.
Dans la tĆŖte de Jules dāil y a dix ans, il y a des souvenirs, tout se mĆ©lange : une femme, elle est seule avec ses quatre enfants. Cette femme Jules ne la connait pas, pas encore, mais il sait quāil doit la retrouver, elle attend, elle lāattend. Il accĆ©lĆØre le pas, il sait quāelle nāaime pas quāil soit en retard, surtout le dimanche, il lāentend encore qui lui dit : Ā« Ć dimanche mon EugĆØne et ne soit pas en retard Ā». Il se presse. Il ne sent pas la pluie, il a rendez-vous, on lāattend pour manger, Marie lāattend pour manger. Lāorage gronde encore, la rue est un torrent. Il arrive Ć lāhĆ“tel du centre, comme tous les dimanche matin. Marie est Ć lāentrĆ©e, elle attend, il est en retard et cāest lui qui apporte le pain, pour le restaurant. Ā« DĆ©solĆ© Marie, cāest lāorage, jāai eu tellement peur quand Ƨa a claquĆ©, je suis parti, jāai tout oubliĆ© Ā». Marie le regarde, elle ne reconnait pas EugĆØne, il y a cet homme trempĆ© qui tremble devant elle. Il insiste : Ā« Marie, regarde-moi, je suis inondĆ©, jāai couru, je ne voulais pas ĆŖtre en retard Ā». Et Marie le regarde, elle commence par ĆŖtre agacĆ© : ce nāest pas le moment de perdre du temps avec un dĆ©rangĆ©. Il insiste : Ā« Marie, Marie, regarde-moi Ā». Comment peut-il connaĆ®tre son prĆ©nom ? Elle ne lāa jamais vu, ni au restaurant, ni ailleurs dans cette ville. A prĆ©sent Marie, est effrayĆ©, elle se demande où est EugĆØne, quāest-il encore arrivĆ© Ć son frĆØre. Elle sāinquiĆØte tellement pour lui.
Mais qui êtes-vous, comment connaissez-vous mon prénom ?
Jules entend la voix de Marie : cāĆ©tait il y a dix ans, il y avait de lāorage, et aujourdāhui il est lĆ face Ć EugĆØne, ce pauvre EugĆØne Ć qui il a tout pris, en quelques secondes dans la file qui attendait devant cette boulangerieā¦
C’Ć©tait un soir de trop…
Fond de vallĆ©e…

LāĆ©tĆ© racle ses fonds de tiroirs
Il en sort quelques miettes oubliƩes
Quāil disperse en riant
Entre les rides de brume
Dāun automne hĆ©sitant
Dans le loin qui sāĆ©tire au couchant
De lourdes vagues Ć lāĆ©cume bleutĆ©e
Traînent leurs âmes glacées
Dans le triste fond de la belle vallƩe
Que nous avons tant aimƩe
Mes Everest : Paul Eluard. PoĆ©sie ininterrompue, extrait…

L’aile gauche du cÅur
Se replie sur le cÅur
Je vois brĆ»ler l’eau pure et l’herbe du matin
Je vais de fleur en fleur sur un corps auroral
Midi qui dort je veux l’entourer de clameurs
L’honorer dans son jour de senteurs de lueurs
Je ne me mƩfie plus je suis un fils de femme
La vacance de l’homme et le temps bonifiĆ©
La rƩplique grandiloquente
Des Ʃtoiles minuscules
Et nous montons
Les derniers arguments du nƩant sont vaincus
Et le dernier bourdonnement
Des pas revenant sur eux-mĆŖmes
Peu à peu se décomposent
Les alphabets ânonnés
De l’histoire et des morales
Et la syntaxe soumise
Des souvenirs enseignĆ©s Et c’est trĆØs vite
La libertƩ conquise
La libertƩ feuille de mai
Chauffée à blanc
Et le feu aux nuages
Et le feu aux oiseaux
Et le feu dans les caves
Et les hommes dehors
Et les hommes partout
Tenant toute la place
Abattant les murailles
Se partageant le pain
Dévêtant le soleil
S’embrassant sur le front
Habillant les orages
Et s’embrassant les mains
Faisant fleurir charnel
Et le temps et l’espace
Faisant chanter les verrous
Et respirer les poitrines
Les prunelles s’Ć©carquillent
Les cachettes se dƩvoilent
La pauvretƩ rit aux larmes
De ses chagrins ridicules
Et minuit mƻrit ses fruits
Et midi mƻrit des lunes
Tout se vide et se remplit
Au rythme de l’infini
Et disons la vƩritƩ
La jeunesse est un trƩsor
La vieillesse est un trƩsor
L’ocĆ©an est un trĆ©sor
Et la terre est une mine
L’hiver est une fourrure
L’Ć©tĆ© une boisson fraĆ®che
Et l’automne un lait d’accueil
Quant au printemps c’est l’aube
Et la bouche c’est l’aube
Et les yeux immortels
Ont la forme de tout
Nous deux toi toute nue
Moi tel que j’ai vĆ©cu
Toi la source du sang
Et moi les mains ouvertes
Comme des yeux
Nous deux nous ne vivons que pour ĆŖtre fidĆØles
A la vie
P. Eluard
Le Chasseur de Bonnes Nouvelles…

Ā« Je ne me souviens de rien, rien de ce qui sāest passĆ© ni hier, ni les jours prĆ©cĆ©dents. Ā»
Lāhomme chez qui nous sommes aujourdāhui est, Ć vrai dire, un cas un peu particulier. Chaque soir, lorsquāil sāendort, comme beaucoup il pense Ć la journĆ©e qui vient de se terminer. Tout y passeĀ : ce quāil a fait, quāil nāa pas fait alors quāil aurait dĆ» le faire, ce quāil a dit, quāil nāa pas dit, quāil aurait dĆ» ou pu dire, ce quāil nāaurait pas dĆ» dire. Sont aussi passĆ©s en revue les autres, celles et ceux quāil a vus, avec qui il a parlĆ©, celles et ceux quāil nāa pas vus et quāil aurait aimĆ© voir.
Et gĆ©nĆ©ralement aprĆØs cet inventaire il sāendort. Enfin cāest ce quāil suppose car cāest au moment prĆ©cis où il dĆ©cide de sāattarder sur tout ce qui dans la journĆ©e lui a donnĆ© le sourire, lāa rendu sinon heureux au moins optimiste que ses yeux se ferment.
Quand on connaĆ®t la profession de cet homme, on se dit quāil a ou quāil aurait indĆ©niablement tout pour ĆŖtre heureuxĀ : cet homme est chasseur.
Oui je sais, dĆØs lāinstant où Ć la fin de la phrase prĆ©cĆ©dente vous avez lu ce mot Ā« chasseurĀ Ā», vous avez (ne mentez pas je le devine) froncĆ© le sourcil, serrĆ© les mĆ¢choires et vous vous ĆŖtes ditĀ : « chasseur, chasseur, non mais je rĆŖve comme si le fait dāĆŖtre chasseur pouvait donner le sourire, rendre heureuxĀ Ā». Il dĆ©raille complĆ©tement lāEricā¦
Mais vous voilĆ donc pris au piĆØge que je vous ai tenduĀ : oui bien sĆ»r cinq lignes plus haut que celle-ci jāai Ć©crit, je citeĀ : Ā« cet homme est chasseurĀ Ā». Mais voyez-vous, je nāai pas fini ma phrase, et alors que je vous devine tendu, circonspect, voire (et je le comprends tout Ć fait) un peu lassĆ© de ces longueurs, je vous invite Ć un peu de patience. Oui cet homme est chasseur. Mais il nāest pas un chasseur ordinaire, (je le concĆØde, encore un qualificatif auquel on sāattendait). Il est un chasseur unique en son genreĀ : Ā il est un chasseur de bonnes nouvelles. Ah Ć©videmment maintenant que je lāai Ć©crit, vous vous dites que vous en doutiez, que cāest trop facile que mes ficelles sont trop grosses. Grand bien vous fasse, je vous accorde complĆ©tement le droit dāarrĆŖter lĆ votre lecture, quant Ć moi il faut que je poursuive et que je revienne Ć mes dĆ©buts.
Alors oui revenons Ć notre homme, celui qui tous les matins se lĆØvent en disant : Ā«je ne me souviens de rien, rien de ce qui sāest passĆ© ni hier, ni les jours prĆ©cĆ©dents Ā». Cet homme est donc, nous lāavons compris un chasseur de bonnes nouvelles. Nous ne savons que peu de chose sur son employeur si ce nāest quāil sāagit dāun petit homme, au regard vif quāon peut parfois rencontrer sur les marchĆ©s.
Evidemment quand nous lāavons interrogĆ©, nous lui avons demandĆ© en quoi consistait ce travail, son travail. Tout en nous laissant sa carte, il nous rĆ©pond aprĆØs avoir marquĆ© un temps dāarrĆŖt que cāest simpleĀ : il passe ses journĆ©es, toutes ses journĆ©es, dehors, seul, et il chasse. Ā Il marche, il guette, il attend, il se poste Ć des endroits stratĆ©giques (quāil a du mal Ć dĆ©finir) afin de dĆ©busquer ce gibier tant recherché : la bonne nouvelle.
- Et vous trouvez ?
- Oh oui je trouve ! Tous les jours jāen prends une, deux et parfois plus.
- Mais cāest extraordinaire, vous pourriez nous en donner une ou deux, ou nous en montrer. Si cela ne vous dĆ©range pas bien sĆ»r ?
- Je le voudrais bien, mais je ne me souviens de rien, rien de ce qui sāest passĆ© ni hier, ni les jours prĆ©cĆ©dents.
C’est si loin dehors…
C’Ć©tait il y a un an…
Mes Everest, RenĆ© Char : » dessus le sol durci… »

Dessus le sol durci du champ Ć lāabandon
Où les ceps subsistaient dāune vigne dĆ©serte
Filaient une envie rose, une promesse rousse.
Sur le cadran de lāheure au lent dĆ©part,
Petit jour nāassouplit pas lāespoir
Sāil ne donne la grĆ¢ce aux yeux qui la dĆ©grĆØvent.
Ćcarlate, incarnat, pourpre, ponceau, vermeil,
Ce petit jour dans mon regard
DƩcouvrit au marcheur prƩcƩdƩ de son chien
Que la terre pouvait seule se repƩtrir,
Point craintive des mains distraites,
Si dƩlaissƩe des mains calleuses.
Chants de la Balandrane, 1975-1977
Newton cassa la mise en scĆØne
DerriĆØre les barreaux…

DerriĆØre les barreaux dāune mauvaise nuit enfermĆ©e
Douce lueur cherche un chemin.
Entre les lourds draps froissƩs
Les corps brisƩs attendent le matin.
Dans les bleus pâles de leurs insomnies
Ils trempent une plume au mauve soupir.
Sur la page noire des demains quāil supplient
Dans un souffle, mots se posentĀ : ils respirent.
14 novembre : 7 h 00
La ronde des bonnes nouvelles : 8

Erreur sytĆØme…
Ma dĆ©cision est prise : aujourdāhui je ne vais pas perdre de temps Ć chercher une bonne nouvelle. Cāest Ć la fois ridicule, trĆØs fatigant mais surtout dĆ©primant. En effet, convenons-en, ce qui est le plus extraordinaire quand on cherche, cāest lorsquāon trouve.
Non, aujourdāhui je vais choisir une autre mĆ©thode, faire confiance au hasard, ou Ć la chance et je vais attendre patiemment que bonne nouvelle vienne Ć moi.
Au moment du petit dĆ©jeuner, je suis tendu, pensant un peu naĆÆvement que cāest au petit matin que les bonnes nouvelles sont annoncĆ©es.
Mais rien⦠Si, une seule chose est Ć noter : je renverse ma tasse de cafĆ©, encore trĆØs chaud sur la magnifique chemise blanche que jāai mise pour lāoccasion. On ne peut quand mĆŖme pas accueillir une bonne nouvelle vĆŖtu dāun vieux polo grenat qui plucheā¦
Le matin passe : rien. Ce nāest pourtant pas faute de tout mettre en Åuvre pour que le hasard remplisse sa mission. Pour ĆŖtre clair je me comporte comme un hyper actif, je surfe littĆ©ralement, sur tout ce qui passe, sur tout ce que jāentends, que je vois, que je pressens, que je suppose, mais Ć©videmment, je ne provoque rien : il ne se passe rien !
LāaprĆØs-midi sāĆ©tire : rien, toujours rien ! Pas la moindre bonne nouvelle et encore pire, une succession de petites tracasseries me font dire que ce nāest pas mon jour, que je nāai pas de chance. Quand le soir arrive et quāil va ĆŖtre temps de clore, enfin, cette journĆ©e somme toute assez banale, un peu dĆ©pitĆ© et dƩƧu je finis par prendre la dĆ©cision, comme tous les jours, de chercher, de fouiller.
Je māinstalle devant mon ordinateur que jāai dāailleurs malmenĆ© toute la journĆ©e, je bouge lĆ©gĆØrement la souris. Jāentends alors un de ces horribles sons numĆ©riques. Sur lāĆ©cran est affichĆ© le message suivantĀ :
Erreur fatale : ouvrez votre panneau de configuration et procédez à une analyse de votre système
Jāouvre le fameux panneau et comme je suis obĆ©issant je procĆØde Ć lāanalyse de mon systĆØmeā¦
On me dit de sauvegarder le journal de cette opĆ©ration. Je māexĆ©cute. Je sauvegarde le journal de cette opĆ©ration. Je lāenregistre ; et une fois nāest pas coutume je lāimprime
La page sort de lāimprimante. Une seule phrase est Ć©crite, plus dāune centaine de fois
« Mauvais nouvelle : votre mémoire est saturée vous devez procéder à un nettoyage et éliminer les fichiers inutiles »
Mes Everest, Marguerite Duras. Un barrage contre le Pacifique, extrait.
Je n’avais encore jamais lu, un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras… Magnifique

Elle ne trouva pas Joseph, mais tout Ć coup une entrĆ©e de cinĆ©ma, un cinĆ©ma pour sāy cacher. La sĆ©ance nāĆ©tait pas commencĆ©e. Joseph nāĆ©tait pas au cinĆ©ma. Personne nāy Ć©tait, mĆŖme pas M. Jo1.
Le piano commenƧa Ć jouer. La lumiĆØre sāĆ©teignit. Suzanne se sentit dĆ©sormais invisible, invincible et se mit Ć pleurer de bonheur. CāĆ©tait lāoasis, la salle noire de lāaprĆØs-midi, la nuit des solitaires, la nuit artificielle et dĆ©mocratique, la grande nuit Ć©galitaire du cinĆ©ma, plus vraie que la vraie nuit, plus ravissante, plus consolante que toutes les vraies nuits, la nuit choisie, ouverte Ć tous, offerte Ć tous, plus gĆ©nĆ©reuse, plus dispensatrice de bienfaits que toutes les institutions de charitĆ© et que toutes les Ć©glises, la nuit où se consolent toutes les hontes, où vont se perdre tous les dĆ©sespoirs, et où se lave toute la jeunesse de lāaffreuse crasse dāadolescence.
Cāest une femme jeune et belle. Elle est en costume de cour. On ne saurait lui en imaginer un autre, on ne saurait rien lui imaginer dāautre que ce quāelle a dĆ©jĆ , que ce quāon voit. Les hommes se perdent pour elle, ils tombent sur son sillage comme des quilles et elle avance au milieu de ses victimes, lesquelles lui matĆ©rialisent son sillage, au premier plan, tandis quāelle est dĆ©jĆ loin, libre comme un navire, et de plus en plus indiffĆ©rente, et toujours plus accablĆ©e par lāappareil immaculĆ© de sa beautĆ©2. Et voilĆ quāun jour de lāamertume lui vient de nāaimer personne. Elle a naturellement beaucoup dāargent. Elle voyage. Cāest au carnaval de Venise que lāamour lāattend. Il est trĆØs beau lāautre. Il a des yeux sombres, des cheveux noirs, une perruque blonde, il est trĆØs noble. Avant mĆŖme quāils se soient fait quoi que ce soit on sait que Ƨa y est, cāest lui. Cāest Ƨa qui est formidable, on le sait avant elle, on a envie de la prĆ©venir. Il arrive tel lāorage et tout le ciel sāassombrit. AprĆØs bien des retards, entre deux colonnes de marbre, leurs ombres reflĆ©tĆ©es par le canal quāil faut, Ć la lueur dāune lanterne qui a, Ć©videmment, dāĆ©clairer ces choses-lĆ , une certaine habitude, ils sāenlacent. Il dit je vous aime. Elle dit je vous aime moi aussi. Le ciel sombre de lāattente sāĆ©claire dāun coup. Foudre dāun tel baiser. Gigantesque communion de la salle et de lāĆ©cran. On voudrait bien ĆŖtre Ć leur place. Ah ! comme on le voudrait.
PoĆØmes de jeunesse : « manifeste anti-poĆ©teux »
J’ai Ć©crit ce texte il y a quarante et un ans, et chaque automne je le relis, avec un certain sourire…
Mes rêves, éveillé : rêve 3
Envie de republier ce rĆŖve, non pardon, ce cauchemar Ć©veillĆ©…
Flash d’automne…

Dans lāeau trouble de lāautomne
Le reflet ocre dāune lumiĆØre fatiguĆ©e
Dāun si long Ć©tĆ© Ć Ć©tirer ses longues marĆ©es
Peu Ć peu lāhorizon sāefface sous la gomme
Dāune lourde brume sous le ciel abandonnĆ©
12 novembre 2020
PoĆØmes de jeunesse : « dans la nuit d’un samedi stĆ©phanois »
Un hommage Ć cette ville que j’aime, ville couverte de cicatrices, mais qui rĆ©siste encore…
Rappel sur les origines du tribunal acadĆ©mique…

Le tribunal acadĆ©mique ne se rĆ©unit que trĆØs rarement en semaine. Une vieille tradition quāon explique difficilement, tant les avis sont divergents.
Certains racontent que la premiĆØre affaire que ce tribunal ait eu Ć juger fut « lāaffaire du week-endĀ Ā». Les plaignants de lāĆ©poque (ils Ć©taient sept) avaient dĆ©posĆ© un recours visant Ć suspendre lāutilisation de lāexpression week-end prĆ©textant dāune part quāil sāagissait dāun anglicisme, et dāautre part que ce terme Ć©tait impropre dans la mesure où il nāaurait pas Ć©tĆ© possible de parler de fin de semaine ( le samedi matin par exemple ) , alors que celle-ci n’est officiellement et rĆ©ellement achevĆ©e que le dimanche Ć minuit.
Cette affaire qui Ć©tait, rappelons-le, la premiĆØre quāeut Ć juger ce nouveau tribunal fut mal prĆ©parĆ©e et si les plaignants furent dĆ©boutĆ©s sur la premiĆØre requĆŖte, le jury qui avait Ć©tĆ© constituĆ© Ć la va vite sāĆ©gara totalement sur le deuxiĆØme point. Faute dāĆŖtre en mesure de rendre un jugement clair et acceptable de tous, il prononƧa une dĆ©cision dont on peut dire aujourdāhui quāelle Ć©tait sans queue ni tĆŖte, ce qui permit Ć la dĆ©fense de requĆ©rir une rĆ©paration.
Celle-ci, tel que le stipule le rĆØglement intĆ©rieur du tribunal acadĆ©mique donne le droit au plaignant sāil nāest pas satisfait de demander rĆ©paration en formulant dans un dĆ©lai de sept jours un souhait ou plutĆ“t une exigence exĆ©cutable dans lāheure.
Personne ne peut certifier que cāest pour cette seule raison que le tribunal acadĆ©mique siĆØge le samedi ou le dimanche, mais nous avons pu lire le compte rendu de cette toute premiĆØre audience qui sāest tenue le mercredi 14 novembre 1973.
Nous passerons sur les dĆ©tails protocolaires de lāinstallation officielle de cette nouvelle instance judiciaire pour nous intĆ©resser Ć la composition du jury et au rendu de la dĆ©cisio
Ce premier jury Ć©tait constituĆ© de sept personnes, en comptant Ć©videmment le prĆ©sident. Il y avait autour de la table un trompettiste bĆØgue, un gĆ©omĆØtre myope, un pasteur itinĆ©rant, une dompteuse dāenfants rois, une coiffeuse Ć plumes et une cantatrice fauve.
Voici comment le prƩsident du tribunal concluait cette sƩance du 14 novembre 1973.
- ConsidĆ©rant que lāusage du terme week-end ne semble poser un problĆØme quāaux plaignants qui, ils lāont prĆ©cisĆ© eux-mĆŖmes dĆ©veloppent une forme dāallergie urticante pour tout ce qui de prĆØs ou de loin sāapparente Ć un anglicisme, le jury a dĆ©cidĆ© Ć lāunanimitĆ© de dĆ©bouter les plaignants. Le jury, indulgent et comprĆ©hensif, assortit cette dĆ©cision dāune obligation de soins cutanĆ©s Ć pratiquer dans une station thermale situĆ©e sur la cĆ“te Ouest des Iles Britanniques et avec laquelle lāacadĆ©mie franƧaise dont dĆ©pend ce tribunal a signĆ© une convention linguistique et dermatologique.
Le compte rendu prĆ©cise quāau rendu de cette dĆ©cision les plaignants se sont furieusement grattĆ©s tout en disant : Ā« oh my god Ā»
Poursuivons avec la deuxième partie de la décision ;
- Sur la deuxiĆØme requĆŖte des plaignants le jury nāest pas parvenu Ć un accord. Une partie dāentre nous considĆ©rant que la fin de la semaine commence au dĆ©but du week-end et lāautre partie estimant que le dĆ©but de la semaine suivante commence Ć la fin du week-end , ce qui dĆ©montre en dāautres termes que rien nāest clair, et que pour reprendre les termes de plusieurs jurĆ©sĀ : « de toute faƧon on sāen foutĀ Ā».
- En consĆ©quence et en application de lāarticle 34-9 du rĆØglement intĆ©rieur du tribunal acadĆ©mique, en lāabsence dāune rĆ©ponse claire et circonstanciĆ©e, les plaignants sont en droit dans un dĆ©lai de sept jours ouvrables, de formuler oralement une exigence Ć lāencontre de ce tribunal qui la rendra exĆ©cutable, au dĆ©but de la semaine suivante. Ā
- La sƩance est levƩe.
Lāexplication vaut ce quāelle vaut, mais il semblerait bien que les plaignants vexĆ©s et surtout couverts dāexĆ©ma, exigĆØrent dĆØs le mercredi suivant que dĆ©sormais le tribunal acadĆ©mique ne se rĆ©unisse quāentre le dĆ©but et la fin du week-end.
A l’ouest de vos mĆ©moires encombrĆ©es…
Pour terminer mon hommage Ć Ouessant, troisiĆØme republication de la journĆ©e…
Ouessant couleur ocĆ©an…
Une autre Ć©vocation de Ouessant…
Si loin d’Ouessant
Un peu plus d’un an aprĆØs j’ai envie de partager ces quelques souvenirs d’Ouessant. Je commence par ce texte un peu nostalgique
La ronde des bonnes nouvelles : 7

Ce matin, une fois encore, jāai une furieuse envie de bonnes nouvelles. Je dirai mĆŖme quāune seule me suffirait. Par rĆ©flexe, ou dans un sursaut dāespoir jāouvre ma boĆ®te aux lettres. Elle est presque vide⦠Je dis presque, en effet, parce que perdu tout au fond, pliĆ© en quatre, un simple papier. Ce nāest mĆŖme pas un prospectus, non une simple feuille arrachĆ©e Ć un cahier Ć spirales. Curieux, je la dĆ©plie.
En gros caractĆØres manuscrits, voici ce que je lis :
Aujourdāhui sur la place du village entre 10 h 00 et 13 h 00 ouverture dāune boutique Ć©phĆ©mĆØre ! Tristes, dĆ©primĆ©s, pessimistes, venez Ć nous, nous vous rendrons le sourire !
Curieux vraiment. Une boutique Ć©phĆ©mĆØre, ici dans mon villageā¦Je ne sais pas encore si cāest une bonne nouvelle, mais Ƨa a au moins le mĆ©rite dāĆŖtre un peu « excitant Ā» ā¦Ā
Evidemment Ć dix heures sonnantes et trĆ©buchantes je suis sur la place. En guise de boutique Ć©phĆ©mĆØre je reconnais le stand de lāautre jour, celui derriĆØre lequel toujours aussi pĆ©tillant trĆ“ne le petit homme sans Ć¢ge au regard bleu vif. Je suis seul et tranquille : jāentame la conversation.
- Vous nāavez toujours rien Ć vendreĀ ?
- Rien Ć vendre, Ƨa nāa pas changĆ©, mais cependant jāai beaucoup de choses Ć donner.
- Par exempleĀ ?
- Tout dépend de ce que vous voudriez ?
- Vous le savez, je ne veux quāune chose, cāest que vous me donniez une bonne nouvelle.
- Je dois avoir cela mais il faut dāabord que vous me fassiez une promesse.
- Ā ?
- Oui, si je vous donne une bonne nouvelle, je veux absolument que vous la gardiez pour vous, pour vous seul. Ne la partagez pasĀ ! Ā
- Mais si je ne la partage pas ce ne sera plus une bonne nouvelle, car je serai le seul à la connaître.
- Cāest justement cela que je veux, car si vous en parlez, elle sera commentĆ©e, discutĆ©e, amendĆ©e, mise en doute et de bonne nouvelle cela deviendra une source de conflits. Et Ƨa cāest toujours une mauvais nouvelle.
- Bien je prometsĀ !
- Approchez, je vais la dire dans le creux de votre oreille.
Je māapproche, tendant lāoreille au plus prĆØs du visage du petit homme.
- Fermez les yeux !
Je ferme les yeux. Il chuchote.
- La seule bonne nouvelle que je veux vous donner cāest que demain le monde ira mieux parce quāil reste encore des femmes et des hommes comme vous qui dĆ©plient des feuilles de papier et qui les lisent avec la main qui tremble et de la lumiĆØre dans les yeuxā¦
Une ligne sur l’horizon…

Sur la ligne mauve dāun horizon fatiguĆ©
Je pose une à une des rimes ensoleillées
Perles pour mots doux en riant ont glissƩ
Sur les bords bleus de ma mƩmoire effeuillƩe
InƩdit confinƩ novembre 2020
Dans ma mĆ©moire de papier…
Un texte dĆ©jĆ un peu ancien que je republie…
Mes Everest, Christian Bobin : un bruit de balanƧoire…
En ouverture « d’un bruit de balanƧoire » un magnifique texte manuscrit de Christian Bobin

Je rĆŖve dāune Ć©criture qui ne ferait pas plus de bruit quāun rayon de soleil heurtant un verre dāeau fraĆ®che. Ils ont Ƨa, au Japon. Un de leurs maĆ®tres du dix-neuviĆØme siĆØcle, Ryokan est venu me voir. Vous verrez : il nāa quāune prĆ©sence discrĆØte dans le manuscrit. Il se cache derriĆØre le feuillage de lāencre comme le coucou dans la forĆŖt. Cāest que je crois quāil est vital aujourdāhui de prendre le contrepied des tambours modernes : dĆ©senchantement, raillerie, nihilisme. Ce qui nous sauvera ā si quelque chose doit nous sauver ā cāest la simplicitĆ© inouĆÆe dāune parole. Ryokan, je ne le connaissais pas il y a deux ans. Et puis je le dĆ©couvre et je revois des pans de ma vie : moi aussi jāavais trente ans, aucune place dans le monde, comblĆ© de jouer pendant des heures avec des enfants. Moi aussi jāaimais ā et jāaime de plus en plus Ć prĆ©sent quāils sont menacĆ©s ā la course des nuages, les joues timides de lāautomne le bleu bravache des Ć©tĆ©s. Je nāai pas Ć©crit un livre sur Ryokan mais un livre avec lui. Cāest assez simple : je ne crois quāau concret, au singulier. Aux maladresses de lāhumain ā pas au prestige des machines. Les livres sont des Ć¢mes, les librairies des points dāeau dans le dĆ©sert du monde. Les lettres manuscrites sont comme les feuilles dāautomne : parfois un enfant ramasse lāune dāentre elles, y dĆ©chiffre lāampleur dāune vie en feu, Ć venir. Ce qui parle Ć notre cÅur ā enfant est ce quāil y a de plus profond. Jāessaie dāaller par lĆ . Jāessaie seulement.
Palette…

Sur ma palette dāAutomne
Douces feuilles aux larmes rousses
Roulent en plissant
Sur un tendre vert
Dāun champ oubliĆ©
Dans lāĆ©tĆ© finissant
Mes Everest , LĆ©o FerrĆ© : la solitude…

Je suis d“un autre pays que le vÓtre, d“une autre quartier, d“une autre solitude.
Je m“invente aujourd“hui des chemins de traverse. Je ne suis plus de chez vous. J“attends des mutants.
Biologiquement, je m“arrange avec l“idée que je me fais de la biologie : je pisse, j“éjacule, je pleure.
Il est de toute première instance que nous façonnions nos idées comme s“il s“agissait d“objets manufacturés.
Je suis prĆŖt Ć vous procurer les moules. Mais…
La solitude…
La solitude…
Les moules sont d“une texture nouvelle, je vous avertis. Ils ont été coulés demain matin.
Si vous nĀ“avez pas, dĆØs ce jour, le sentiment relatif de votre durĆ©e, il est inutile de vous transmettre, il est inutile de regarder devant vous car devant cĀ“est derriĆØre, la nuit cĀ“est le jour. Et…
La solitude…
La solitude…
La solitude…
Il est de toute première instance que les laveries automatiques, au coin des rues, soient aussi imperturbables que les feux d“arrêt ou de voie libre.
Les flics du dĆ©tersif vous indiqueront la case où il vous sera loisible de laver ce que vous croyez ĆŖtre votre conscience et qui nĀ“est quĀ“une dĆ©pendance de lĀ“ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau. Et pourtant…
La solitude…
La solitude!
Le dĆ©sespoir est une forme supĆ©rieure de la critique. Pour le moment, nous lĀ“appellerons « bonheur », les mots que vous employez n“étant plus « les mots » mais une sorte de conduit Ć travers lequel les analphabĆØtes se font bonne conscience. Mais…
La solitude…
La solitude…
La solitude, la solitude, la solitude…
La solitude!
Le Code Civil, nous en parlerons plus tard. Pour le moment, je voudrais codifier l“incodifiable. Je voudrais mesurer vos danaïdes démocraties. Je voudrais m“insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité.
La luciditƩ se tient dans mon froc!
Dans mon froc!
Il est des jours blancs…
Quand le manque d’inspiration m’inspire, c’Ć©tait en fĆ©vrier…
Tribunal acadĆ©mique : une sĆ©ance inĆ©dite…

Ces derniĆØres semaines le tribunal acadĆ©mique nāayant rien eu Ć dāextraordinaire Ć traiter nous nāavons pas jugĆ© utile dāen faire les comptes-rendus. Nous sommes suffisamment encombrĆ©s dāinformations qui nāen sont pas mais que pourtant tous commentent, surtout quand il nāy a rien Ć dire. Cāest alors le royaume du conditionnel, des conjectures en tous genres, des mines graves et entendues qui rivalisent en contorsions grimaciĆØres pour Ć©videmment conclure quāen lāabsence de certitudes, on ne se contente que de ce peu quāon tartine sur les Ć©crans Ć longueur de journĆ©es. Et lorsque le vide des existences ne se remplit que du vide des insuffisances on finit par ĆŖtre endormis par des indigestions de rien⦠Mais je māĆ©gareā¦
Cette semaine, cāest pourtant une affaire assez inĆ©dite que le tribunal acadĆ©mique a eu Ć rĆ©gler. Cāest en effet un collectif de 727 citoyens se prĆ©sentant comme le CCCC, le 4 CĀ : le Collectif de ContrĆ“le des Conjonctions de Coordination qui a dĆ©posĆ© un recours visant purement et simplement Ć exclure le mais des conjonctions de coordination. Leur requĆŖte est simpleĀ : « sortons le mais, et ne retenons plus que or ou et donc ni carĀ ! Ā»
Affaire un peu dĆ©licate, sāil en est une, pour le tribunal acadĆ©mique. Pour lāoccasion le prĆ©sident a constituĆ© un jury exceptionnel. Sont rĆ©unis autour de la table de dĆ©libĆ©ration : un mathĆ©maticien incertain, un perchiste timide, une aiguiseuse de couteaux, une bibliothĆ©caire dĆ©primĆ©e, un apprenti coffreur et une stagiaire sexagĆ©naire.
Le président du tribunal expose rapidement, comme à son habitude les faits et la requête.
-Lāexamen attentif du dossier que nous a transmis le CCCC, nous montre, quāen effet, lāusage du mais est depuis quelques temps devenu incontrĆ“lĆ©. Il nāest plus possible aujourdāhui dāadmettre que mais appartienne encore Ć la famille de ceux qui coordonnent, qui relient, qui rassemblent. Tous les exemples fournis pour ce collectif nous montrent bien que le mais Ć©loigne, sĆ©pare, exclut et en cherchant Ć attĆ©nuer ne se contente que de nier les Ć©vidences.
– Mais⦠se risque le mathĆ©maticien incertain.
– Pas de mais je vous en prie, soyez clair, prĆ©cis et surtout concis lui rĆ©pond le prĆ©sident.
Le mathématicien toujours plus incertain, baisse la tête et ne dit rien.
– En consĆ©quence et aprĆØs un vote, le jury Ć lāunanimitĆ© moins une voix a pris la dĆ©cision suivante. A compter dāaujourdāhui et pour une pĆ©riode dāun an, il nāy aura plus de mais qui tienne. Chacune et chacun lorsquāil ressentira une envie, un besoin irrĆ©sistible de mais, devra tourner sa dite langue treize fois dans sa bouche et une fois la gorge assĆ©chĆ©e finira pas se taire. Si malgrĆ© cette recommandation, un mais devait sāĆ©chapper, le contrevenant sera Ć©videmment arrĆŖtĆ© et passera en comparution immĆ©diate devant le tribunal des exceptions⦠Ce dit tribunal crƩƩ pour lāoccasion proposera un Ć©ventail de sanctions proportionnĆ©es Ć lāusage du mais. La peine la plus courante Ć©tant lāinterdiction de sāabonner aux chaĆ®nes dāinformation en continu
Mes Everest, Yougstown : Bruce Springsteen
Dans ma longue sĆ©rie « d’Everest » un oubli presque impardonnable : ce monument musical que je n’hĆ©site pas Ć Ć©coute en boucle. Je rĆ©pare aujourd’hui mon oubli, et je choisis volontairement de le faire au lendemain de la dĆ©faite de Trump.
Ici dans le Nord Est de l’Ohio,
C’Ć©tait en 1803 que,
James et Danny Heaton
Ont trouvƩ le minerai qui longeait Yellow Creek
Ils ont construit un haut fourneau,
A cet endroit, le long des berges
Et se sont mis Ć fabriquer les boulets de canon,
Qui ont aidĆ© l’Union Ć gagner la guerre
Ici Ć Youngstown
Ici Ć Youngstown
Ma petite Jenny*, je touche le fond
Ici, chérie, à Youngstown
Tu sais, mon père a travaillé aux fourneaux,
Ća le gardait plus chaud que l’enfer
Je suis rentrƩ du Vietnam et je me suis sacrifiƩ
Pour un travail qu’on croirait fait pour le diable
Taconite, charbon et calcaire
C’Ć©tait le prix Ć payer pour mon salaire et pour nourrir mes enfants
Tandis que les nappes de fumƩe montaient comme les bras de Dieu
Dans un magnifique ciel de suie et d’argile
Ici Ć Youngstown
Ici Ć Youngstown
Ma petite Jenny*, je touche le fond
Ici, chérie, à Youngstown
Mon pĆØre arriva dans les usines de l’Ohio
A son retour de la Seconde Guerre Mondiale
Alors que le chantier n’Ć©tait plus que fragments et ruines
Il a dit : « Ces types-lĆ ont fait ce qu’Hitler ne pouvait faire. «
Ces usines ont construit les tanks et les bombes
Qui ont gagnƩ les guerres de ce pays
Nous avons envoyƩ nos fils en CorƩe et au Vietnam
Maintenant on se demande pourquoi ils sont morts
Ici Ć Youngstown
Ici Ć Youngstown
Ma petite Jenny*, je touche le fond
Ici, chérie, à Youngstown
De la vallƩe de Monongahela
Jusqu’aux gisements de Mesabi
Et aux mines de charbon des Appalaches
L’histoire est toujours la mĆŖme
Sept cents tonnes de mƩtal par jour
Maintenant Monsieur vous me dites que le monde a changƩ
Mais c’est aprĆØs vous avoir rendu riche
Assez riche pour oublier mon nom
A Youngstown
A Youngstownā¦
Ma petite Jenny*, je touche le fond
Ici, chérie, à Youngstown
Quand je mourrai, je ne veux pas ma part de Paradis
Car je n’y remplirai pas ma tĆ¢che convenablement
Je prie pour que le Diable vienne et m’emporte
Dans les ardents fourneaux de l’Enfer
Petite précision Jenny est ici le nom donné par les ouvrier eux-mêmes à la machine
Les mots sont lĆ …
C’Ć©tait il y a un an, j’entendais venir les mots…
La ronde des bonnes nouvelles : 7

Enfin une prise, Ƨa y est, je la tiens ; cāest ma premiĆØre, ma vraie premiĆØre et elle est belle ! Une semaine que jāai jetĆ© ma ligne pour pĆŖcher cette fameuse bonne nouvelle. Et rien, ou pas grand-chose, ou trois fois rien, ou si peu. Bref je me prĆ©parais aujourdāhui encore Ć rentrer bredouille.
Oui cāest vrai depuis plusieurs jours je sentais bien un petit frĆ©tillement, il venait dāAmĆ©rique, mais je prĆ©fĆ©rais rester prudent et attendre une annonce officielle, pour ferrer ma proie, et ne plus la laisser sāĆ©chapper.
Oui bien sĆ»r vous me rĆ©pondrez que jāai quand mĆŖme rĆ©ussi Ć faire entrer dans ma ronde de bonnes nouvelles, un chat, un loup gris, trois Åufs, Ć Ć©liminer le mardi et Ć interdire de rĆ¢ler. Mais je vais faire un aveu : ce soir jāavais vraiment mais alors vraiment envie et besoin dāune vraie bonne nouvelle. Et jāespĆØre ne pas me trumperā¦
Oui je sais cāest un jeu de mot un peu facile, mais tant pis, ce nāest pas souvent, et je promets que je ne recommencerai, je ne voudrais pas prendre le risque de faire un bideā¦
Hum je crois que je vais aller prendre un apĆ©roā¦
Mes rĆŖves, Ć©veillĆ©…RĆŖve 2 : trois unes surprenantes…
C’Ć©tait il y a un an, le deuxiĆØme de mes rĆŖves Ć©veillĆ©s…
Mes Everest, Baudelaire : « l’homme et la mer »…

Homme libre, toujours tu chƩriras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le dƩroulement infini de sa lame,
Et ton esprit nāest pas un gouffre moins amer.
Tu te plais Ć plonger au sein de ton image ;
Tu lāembrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul nāa sondĆ© le fond de tes abĆ®mes ;
à mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous ĆŖtes jaloux de garder vos secrets !
Et cependant voilĆ des siĆØcles innombrables
Que vous vous combattez sans pitiƩ ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
à lutteurs éternels, Ó frères implacables !
La ronde des bonnes nouvelles : 6

Il n’y a plus rien !
Bon, autant le dire tout de suite, ce nāest pas la grande forme. Où sont les bonnes nouvelles, où se dissimulent-elles ? Jāai beau Ć©plucher toute lāactualitĆ© : je ne trouve rien Ć me mettre sous la dent. Ća commence Ć devenir dĆ©primant. Je vais finir, comme beaucoup, Ć tout voir en noir, Ć avoir des idĆ©es noires et pourquoi pas Ć broyer du noir. Il faut que je māaĆØre pour me dĆ©tendre un peu. Je complĆØte mon attestation sur laquelle je coche que je sors pour des courses de premiĆØre nĆ©cessitĆ©.
Je nāai besoin de rien mais aprĆØs tout on verra bien, je tomberai peut-ĆŖtre sur du nĆ©cessaire dont jāignorai lāexistence. Cāest jour de marchĆ© : je trouverai bien quelque chose.
Jāarrive sur la petite place du village. Tout au fond, Ć lāabri du seul arbre, un petit stand que je ne connaissais pas. Il nāy a aucun client. Je māapproche. Le banc est vide. Rien ! Il nāy a plus rien !
Je suis curieux : mais quel Ć©tait donc ce Ā« nĆ©cessaire Ā» que ce petit homme sans Ć¢ge au regard vif avait Ć proposer pour que dĆØs 9 h 30 tout ait Ć©tĆ© vendu. Je lāinterroge.
- Jāarrive trop tard, vous nāavez plus rien ?
- Plus rien, en effet mon petit monsieur⦠Mais de quoi aviez-vous besoin ?
- Et bien Ć©coutez je crois que je nāavais besoin de rien, enfin rien de vraiment nĆ©cessaire. Et pour ĆŖtre franc jāavais simplement besoin de me changer les idĆ©es. En ce moment je vois tout en noir.
- Et bien justement voyez vous ce que je propose ce sont des tous petits rien, faits de pas grand-chose et qui Ć©vitent de broyer du noirā¦
- Il ne vous en reste plus, pas mĆŖme un modĆØle dāexposition, un Ć©chantillonā¦
- Rien, plus rien, tout est parti !
- Tout est parti ?
- Oui et pourtant pas grand monde nāest venu !
- Mais alors pourquoi restez-vous lĆ ?
- Cāest simple monsieur, jāarrive avec rien, on vient me voir et finalement chacun est ravi de sāapercevoir quāil nāa besoin de rien puisque de toute faƧon je nāai rien Ć vendre.
- Jāaime beaucoup ce que vous dites monsieur, cāest tellement poĆ©tique. Vous serez lĆ la semaine prochaine ?
- Pourquoi, vous auriez besoin de quelque chose ?
- Non, je ne crois pas, ou trois fois rien…
- Et bien si je nāai rien de nĆ©cessaire Ć faire, je viendrai et nous parlerons un peu, de tout, de rienā¦
- Oh merci vraiment, Ƨa cāest une bonne nouvelle !
Cinq rêves, éveillé, : rêve 1
C’Ć©tait il y a un an, je publiai le premier de mes cinq rĆŖves Ć©veillĆ©s…
Parfum de nuit…
C’Ć©tait il y a un an….
La ronde des bonnes nouvelles : 5
Bon, Trump nāest pas encore complĆ©tement battu, donc on nāest pas tout Ć fait, tout Ć fait, dans la configuration idĆ©ale de ce quāon peut appeler une bonne nouvelle, mĆŖme si, on commencer Ć humer cette bonne odeur.

On fait une omelette en cassant les Åufs
Pour une raison que jāignore encore, je me lĆØve ce matin avec une furieuse envie dāomelette. Et pour une raison que jāignore encore plus, jāai Ć peine posĆ© le pied Ć terre, au pied de mon lit, que jāentends cette phrase qui tourne en boucle Ć lāintĆ©rieur de la tĆŖte : Ā« on ne fait pas dāomelette sans casser les Åufs, on ne fait pas dāomelette sans casser les Åufs Ā».
Etrange : jāai dĆ» rĆŖver dāomelette, ou dāÅufs, ou dāÅufs cassĆ©s. Je ne me souviens plus mais ce que je sais cāest quāil va me falloir, en casser des Åufs justement. En casser deux ou peut-ĆŖtre trois car jāai grand faim. Une faim de loup gris.
Mais en moi-mĆŖme, je ne peux māempĆŖcher de trouver ce dicton, cette morale plutĆ“t quand mĆŖme un peu sentencieuse. Comme si lāomelette que jāaime tant Ć©tait la consĆ©quence dāun vĆ©ritable acte criminel contre les Ć©lĆ©ments qui la composent. Jāentre dans la cuisine, ouvre la porte du frigo et saisissant trois magnifiques Åufs frais je dĆ©clame Ć la cantonade : Ā« pour me faire une omelette je vais casser trois Åufs Ā».
Je prends le premier des Åufs, je lāapproche du bord du bol pour le casser et soudain jāhĆ©site, et me disĀ : Ā « si jāessayais moi justement de faire une omelette sans casser les Åufs. AprĆØs tout je nāen peux plus de toutes ces morales dĆ©guisĆ©es derriĆØre des dictons populaires. »
Je me saisis des deux autres Åufs et les pose dĆ©licatement avec le troisiĆØme au fond de mon bol, je prends un fouet et je commence Ć battre consciencieusement mes trois Åufs. Ā« On ne fait pas dāomelette sans casser les Åufs, on ne fait pas dāomelette sans casser les Åufs ! Ā»
Ća tourne en boucle dans ma tĆŖte. Je remue, Ƨa remue et Ƨa me remue. Mais les Åufs rĆ©sistent, ils ont la coquille dure, ils roulent, ils sāentrechoquent. Rien ne se passe. Mon envie dāomelette est toujours lĆ . JāaccĆ©lĆØre le mouvement et dāun coup dāun seul les trois Åufs se brisent.
Me voici tout bĆŖte devant mon bol à ânonner : Ā« Ƨa cāest une bonne nouvelle : pour faire une omelette il faut casser les Åufs Ā»
PoĆØmes de jeunesse : » Ć toi.. » deuxiĆØme partie
Et voici la deuxième partie de ce vieux poème de jeunesse republié il y a un an
PoĆØmes de jeunesse : « Ć toi » premiĆØre partie
Un trĆØs vieux poĆØme de jeunesse dĆ©couvert dans mes archives il y a un an, je l’avais publiĆ© en deux parties, en voici la premiĆØre…
La ronde des bonnes nouvelles : 4
Jāaurais aimĆ©, au moins aujourdāhui deviser, enfin, sur une vraie bonne nouvelleĀ : celle qui māaurait annoncĆ© la dĆ©faite de Donal Trump. Et bien non je suis encore obligĆ© de me rabattre sur mes rĆŖves, ou fantasmes, sait-on jamaisā¦

Il y a un loup sur mon terrain…
Ah je māen souviendrai du 4 novembreā¦Comme tous les matins, jāouvre en grand la fenĆŖtre de ma chambre. Il fait frais et jāaime cette sensation aprĆØs une nuit toujours un peu agitĆ©e. La lumiĆØre me rĆ©veille et lāair vif me fouette. Au milieu de la pelouse, assis, le dos Ć la fenĆŖtreĀ : un loup. Un grand loup gris. Je sais que cāest un loup, ses oreilles pointues ne trompent pas. Il est assis et regarde droit devant lui, enfin me semble-t-il. Je me racle la gorge discrĆØtement. Il se retourne, lĆØve la tĆŖte et me regarde⦠Oui je le confirme, dĆ©finitivement, cāest un loup : un grand loup mĆŖme.
Il me regarde. Je le regarde. On se regarde.
Et comment dire, je ne me pose aucune question⦠Cāest simple, il y a un loup sur mon terrain et Ƨa ne me gĆŖne pas ; au contraireā¦Comment a-t-il pu entrer ? Je lāignore. Qui est -il, dāoù vient-il ? Cela ne māintĆ©resse pas. Ce que je vois, ce que je sais, ce que je sens mĆŖme, cāest quāon va bien sāentendre tous les deux. Il māattend, jāen suis sĆ»r. Quand il a tournĆ© la tĆŖte pour me regarder, il nāĆ©tait mĆŖme pas Ć©tonnĆ©, ni effrayĆ© et encore moins effrayant.Ā Je referme la fenĆŖtre, je māhabille, avec un sourire dāenfant qui ne me quitte pas. Je bois un cafĆ© en vitesse, parce que je suis quand mĆŖme un peu impatient et je sorsā¦
Et au moment où je ferme la porte, je crie un peu fort (il faut quand même que les endormis profitent de ma joie) : « je sors, je vais donner à manger au loup ! »
Vivent les livres…
Un an aprĆØs je publie Ć nouveau cet hommage aux livres…
Mes Everest, Charles Cros : Inscription

Mon âme est comme un ciel sans bornes ;
Elle a des immensitƩs mornes
Et d’innombrables soleils clairs ;
Aussi, malgrƩ le mal, ma vie
De tant de diamants ravie
Se mire au ruisseau de mes vers.
Je dirai donc en ces paroles
Mes visions qu’on croyait folles,
Ma rƩponse aux mondes lointains
Qui nous adressaient leurs messages,
Eclairs incompris de nos sages
Et qui,lassƩs,se sont Ʃteints.
Dans ma recherche coutumiĆØre
Tous les secrets de la lumiĆØre,
Tous les mystĆØres du cerveau,
J’ai tout fouillĆ©, j’ai su tout dire,
Faire pleurer et faire rire
Et montrer le monde nouveau.
J’ai voulu que les tons, la grĆ¢ce,
Tout ce que reflĆØte une glace,
L’ivresse d’un bal d’opĆ©ra,
Les soirs de rubis, l’ombre verte
Se fixent sur la plaque inerte.
Je l’ai voulu, cela sera.
Comme les traits dans les camƩes
J’ai voulu que les voix aimĆ©es
Soient un bien, qu’on garde Ć jamais,
Et puissent répéter le rêve
Musical de l’heure trop brĆØve ;
Le temps veut fuir, je le soumets.
Et les hommes, sans ironie,
Diront que j’avais du gĆ©nie
Et, dans les siècles apaisés,
Les femmes diront que mes lĆØvres,
Malgré les luttes et les fièvres,
Savaient les suprĆŖmes baisers.
La ronde des bonnes nouvelles : 3

Une disparition attendue…
Ce matin le rĆ©veil est un peu difficile. Il faut dire que rares sont les nuits calmes et sereines sans tous ces mauvais rĆŖves que pour se protĆ©ger on rĆ©pugne Ć appeler cauchemars. Le rĆ©veil est un vĆ©ritable supplice. Je me traĆ®ne jusquāĆ la cuisine tout en marmonnantĀ : « sāil faisait beau, au moins je pourrais prendre mon cafĆ© dehorsĀ Ā». Mais bien sĆ»r il pleut, nous sommes le trois novembre, comment peut-il en ĆŖtre autrement ? Et en plus pour couronner le tout, cāest mardi. Un mardi de novembre. Je marmonne : il faudrait que je me bougeā¦
Jāallume la radio avec le petit espoir dāentendre quelque chose dāengageant, dāencourageant : une bonne nouvelle quoi ?
Jāappuie sur le bouton. GrĆ©sillement. Et puis une info : un flash info comme on le dit. Et cāest vrai quāen guise de flash on ne peut faire mieux. Je dois le dire : jāai sursautĆ© et me suis cru sur la station qui passe en boucle toute la journĆ©e les mĆŖmes sketches. Je vĆ©rifie. Non pas dāerreur je suis bien sur France Imper.
« ⦠Sur recommandation du tribunal acadĆ©mique et aprĆØs consultation du conseil insurrectionnel, le gouvernement a dĆ©cidĆ© de prĆ©senter demain mercredi un projet de loi Ć lāassemblĆ©e, portant modification du calendrier, avec pour principale rĆ©forme, lāĆ©limination pure et simple du mardi⦠»
EliminĆ© le mardi : disparu, envolé⦠Je nāĆ©coute pas les commentaires qui suivent cette annonce avec notamment un premier dĆ©bat opposant les dĆ©fenseurs du mardis aux avocats de tous les autres jours et particuliĆØrement celui du dimanche dont on dit quāil a usĆ© de toutes ses relations pour prĆ©server ce jour sacrĆ© qui semblait lui aussi ĆŖtre condamnĆ©ā¦
Et voici que je me redresse, que je bombe presque le torse de satisfaction : quel bonheur de savoir quāon est en train de peut-ĆŖtre vivre son dernier mardi de novembreā¦
Ouessant s’Ć©loigne,
Il y a un an, je rentrais d’Ouessant
Mes Everest, Arthur Rimbaud…

Sensation
Par les soirs bleus dāĆ©tĆ©, jāirai dans les sentiers,
PicotĆ© par les blĆ©s, fouler lāherbe menueĀ :
RĆŖveur, jāen sentirai la fraĆ®cheur Ć mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tĆŖte nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais lāamour infini me montera dans lāĆ¢me,
Et jāirai loin, bien loin, comme un bohĆ©mien,
Par la Nature, ā heureux comme avec une femme.
La ronde des bonnes nouvelles…

Instauration d’une journĆ©e nationale sans rĆ¢ler
En ouvrant mon journal ce matin dont, au passage, la qualitĆ© du papier se dĆ©grade de plus en plus, ce qui a pour consĆ©quence de noircir les doigts, jāai malencontreusement renversĆ© ma tasse de cafĆ©.
La journĆ©e commence vraiment mal, ai-je failli direā¦Non, en fait, oui je lāavoue je lāai dit !
Et ce dāautant plus quāil nāy avait plus de lait, que le pain Ć©tait sec, que le chat miaulait sans raisons apparentes, que la chaudiĆØre ne voulait pas dĆ©marrer, quāĆ©videmment il pleuvait et que jāavais perdu mon parapluie et Ć©garĆ© les clĆ©s de ma voiture. Voiture qui ne dĆ©marrera certainement pas lorsque jāaurai retrouvĆ© les clĆ©s si jāen crois le texto laissĆ© par le voisin : Ā« vous avez laissĆ© vos phares allumĆ©s Ā». Texto que je ne dĆ©couvre que maintenant Ć©tant donnĆ© que je ne savais plus où Ć©tait mon portable. Bref il me semble que toutes les conditions sont quand mĆŖme rĆ©unies pour que je māautorise, un tout petit peu, Ć rĆ¢ler.
Et me voici donc Ć feuilleter mon journal imbibĆ© de cafĆ© froid (oui mon micro-onde est en panne et du fait de la panne de la chaudiĆØre je nāai pas dāeau chaude et comme hier en voulant rĆ©parer une vieille lampe de chevet jāai fait un mauvais branchement jāai provoquĆ© un court-circuit et grillĆ© la cafetiĆØre). Bref je feuillette et que lis-je en gros caractĆØres gras ?
Ā« Le 2 novembre devient la journĆ©e nationale sans rĆ¢ler Ā». La dĆ©cision a Ć©tĆ© prise Ć la suite dāune pĆ©tition adressĆ©e au prĆ©sident de la rĆ©publique par un florilĆØge de professions victimes rĆ©guliĆØres des rĆ¢leurs. Il sāagit notamment des professeurs, des garagistes, des plombiers, des facteurs, des mĆ©tĆ©orologues jāen passe et bien dāautresā¦
Et comment dire, jāai terminĆ© la lecture de mon journal en me disant : Ā« oh aprĆØs tout, il nāy a pas de quoi rĆ¢ler⦠»
Mes Everest : Albert Camus : la peste…

C’est pourquoi encore cette Ć©pidĆ©mie ne m’apprend rien, sinon qu’il faut la combattre Ć vos cĆ“tĆ©s. Je sais de science certaine (oui, Rieux, je sais tout de la vie, vous le voyez bien) que chacun la porte en soi, la peste, parce que personne, non, personne au monde n’en est indemne. Et qu’il faut se surveiller sans arrĆŖt pour ne pas ĆŖtre amenĆ©, dans une minute de distraction, Ć respirer dans la figure d’un autre et Ć lui coller l’infection. Ce qui est naturel, c’est le microbe. Le reste, la santĆ©, l’intĆ©gritĆ©, la puretĆ©, si vous voulez, c’est un effet de la volontĆ© et d’une volontĆ© qui ne doit jamais s’arrĆŖter. L’honnĆŖte homme, celui qui n’infecte presque personne, c’est celui qui a le moins de distractions possible. Et il en faut de la volontĆ© et de la tension pour ne jamais ĆŖtre distrait ! Oui, Rieux, c’est bien fatigant d’ĆŖtre un pestifĆ©rĆ©. Mais c’est encore plus fatigant de ne pas vouloir l’ĆŖtre. C’est pour cela que tout le monde se montre fatiguĆ©, puisque tout le monde, aujourd’hui, se trouve un peu pestifĆ©rĆ©. Mais c’est pour cela que quelques-uns, qui veulent cesser de l’ĆŖtre, connaissent une extrĆ©mitĆ© de fatigue dont rien ne les dĆ©livrera plus que la mort.
D’ici lĆ , je sais que je ne vaux plus rien pour ce monde lui-mĆŖme et qu’Ć partir du moment où j’ai renoncĆ© Ć tuer, je me suis condamnĆ© Ć un exil dĆ©finitif. Ce sont les autres qui feront l’histoire. Je sais aussi que je ne puis apparemment juger ces autres. Il y a une qualitĆ© qui me manque pour faire un meurtrier raisonnable. Ce n’est donc pas une supĆ©rioritĆ©. Mais maintenant, je consens Ć ĆŖtre ce que je suis, j’ai appris la modestie. Je dis seulement qu’il y a sur cette terre des flĆ©aux et des victimes et qu’il faut, autant qu’il est possible, refuser d’ĆŖtre avec le flĆ©au. Cela vous paraĆ®tra peut-ĆŖtre un peu simple, et je ne sais si cela est simple, mais je sais que cela est vrai. J’ai entendu tant de raisonnements qui ont failli me tourner la tĆŖte, et qui ont tournĆ© suffisamment d’autres tĆŖtes pour les faire consentir Ć l’assassinat, que j’ai compris que tout le malheur des hommes venait de ce qu’ils ne tenaient pas un langage clair. J’ai pris alors le parti de parler et d’agir clairement, pour me mettre sur le bon chemin. Par consĆ©quent, je dis qu’il y a les flĆ©aux et les victimes, et rien de plus. Si, disant cela, je deviens flĆ©au moi-mĆŖme, du moins, je n’y suis pas consentant. J’essaie d’ĆŖtre un meurtrier innocent. Vous voyez que ce n’est pas une grande ambition.
TempĆŖte est lĆ …
C’Ć©tait il y a un an, Ć Ouessant…
La ronde des bonnes nouvelles : « on a appelĆ© un chat, un chat »…
Ce matin à la une de mon journal rêvé des bonnes nouvelles :

Contre toute attente et alors que sur tous les plateaux de tĆ©lĆ©vision, ont Ć©tĆ© invitĆ©s les plus grand spĆ©cialistes, locaux, rĆ©gionaux et nationaux en matiĆØre de zoologie, de sociologie animale, de psychologie fĆ©line, tout le monde, sans exception, aprĆØs avoir observĆ© attentivement, la photographie prĆ©sentĆ©e Ć la une de cet article a affirmĆ© – certes aprĆØs quelques rĆ©flexions profondes (mais silencieuses) – : Ā« oui il sāagit bien dāun chat, nous vous le confirmons sans ambiguĆÆtĆ© ! Ā» Il faut bien lāappeler chat, car cāest un chat !
Bien sur quelques journalistes friands de polĆ©miques ont bien tentĆ© dāintroduire le doute.
Ā« Oui, admettons quāil sāagisse dāun chat, mais ne pensez-vous pas que votre rapiditĆ© inhabituelle Ć dĆ©signer comme chat, cet animal ne soit de nature Ć stigmatiser cet animal en lāenfermant dans une catĆ©gorie animaliĆØre qui disons-le, est aussi constituĆ© dāĆ©lĆ©ments perturbants et perturbateurs.
Ce Ć quoi les spĆ©cialistes, sans se concerter, rĆ©pondirent tous en chÅur quāil nāĆ©tait quand mĆŖme pas compliquĆ© dāappeler chat, un chatā¦
DerniĆØre rime de l’Ć©tĆ©…
C’Ć©tait il y a un an, j’Ć©tais Ć Ouessant…