Mes Everest, Aragon…

Art poétique

Pour mes amis morts en Mai

Et pour eux seuls désormais

Que mes rimes aient le charme

Qu’ont les larmes sur les armes

Et pour que tous les vivants

Qui changent avec le vent

S’y aiguise au nom des morts

L’arme blanche du remords

Mots mariés mots meurtris

Rimes où le crime crie

Elles font au fond du drame

Le double bruit d’eau des rames

Banales comme la pluie

Comme une vitre qui luit

Comme un miroir au passage

La fleur qui meurt au corsage

L’enfant qui joue au cerceau

La lune dans le ruisseau

Le vétiver dans l’armoire

Un parfum dans la mémoire

Rimes rimes où je sens

La rouge chaleur du sang

Rappelez-vous que nous sommes

Féroces comme des hommes

Et quand notre cœur faiblit

Réveillez-vous de l’oubli

Rallumez la lampe éteinte

Que les verres vides tintent

Je chante toujours parmi

Les morts en Mai mes amis

Tiré de  » En français dans le texte » 1942


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