
Je pars en vacances, quelques jours en Italie, pour faire le plein de sensations et de photos inspirantes. A bientôt…

Je pars en vacances, quelques jours en Italie, pour faire le plein de sensations et de photos inspirantes. A bientôt…

J’ai ouvert une fenêtre oubliée,
Sur la façade nord
De ma mémoire étonnée.
Dans un trou de lumière bleue,
J’ai plongé ma plume engourdie,
L’ai posée sur les douces rides,
Du soir tombant qui s’étire.
Quelques mots légers,
Pour la nuit j’ai réveillé…
Et tes pâles lèvres sucrées,
Doucement ont murmuré…
 

Entre les plis d’un presque rien
Je cherche le moins que peu
Et ne trouve qu’un reste de vide
Où flottent des miettes de faux espoirs

Ils avaient essayé de ne rien dire
Ne pas abîmer la caresse d’un doux silence
Derrière le lourd rideau d’une nuit rance
La belle troupe du rêve à finir

La dernière page est tournée
Au bout de la ligne essoufflée
J’entends le souffle
De nos larmes salées
C’était hier
Dans le fleuve gris
De ses jeunes années
Une tache d’encre s’est retirée

Cela fait bien longtemps que je ne m’étais pas imposé une soirée électorale télévisée. J’ai plutôt pour habitude ces soirs-là de dépouiller, et de célébrer collectivement des victoires ou parfois malheureusement de partager l’amertume d’une défaite qu’on trouve toujours injuste. Mais dans ma ville, comme dans beaucoup d’autres le premier tour a suffi. Bref j’ai donc tenté de regarder, de supporter les plateaux télé… Quels mots choisir pour qualifier ce spectacle ? Grotesque, consternant, amusant, affligeant, pathétique, surréaliste. Chacun évidemment explique qu’il a gagné et pourquoi il a gagné, personne ne s’écoute, ne répond aux questions posées, (il faut dire qu’elles sont la plupart du temps de mauvaises questions). On s’indigne, on s’autocongratule, on accuse les autres, on méprise, et me concernant on finit par abandonner, et choisir une petite comédie légère.

Petit matin au parfum sucré
Feuilles fleurs sont en beauté
Patience du fruit
Au vert frisonnant

Fenêtre ouverte
Sur le rond silence bleu
Du matin frileux
J’attends les mots blancs
Qui frappent sur les vitres endormies
J’entends la pointe dure du stylo
Elle crisse et glisse
Sur ma belle feuille fripée
De sa longue nuit agitée
6 mai
Parmi les pauses lecture que je m’accorde pendant mon chantier d’écriture, il y a eu ce magnifique roman de Grégoire Delacourt. L’extrait que je vous propose est comment dire d’une intensité poétique qui me provoque des vibrations.

/… Sa famille.
Des cultivateurs dans le Cambrésis. Vingt hectares de lecture fourragère. Quelques bêtes. Des nuits de peu d’heures, des mains usées, des ongles noirs, comme des griffes, la peau tannée, un vieux cuir craquelé. Jamais de vacances, jamais de premier mai parfumé au muguet ; la terre, toujours, la terre exigeante, capricieuse ; et la mer, une fois, une seule, pour mes sept ans, a-t-il précisé, mais pas vraiment la mer, une plage plutôt, celle des Argales, à Rieulay, du sable fin au bord d’un lac artificiel sur un ancien terril ; mes parents n’avaient pas voulu me décevoir : ils avaient dit qu’il n’y avait pas de vagues ce jour là , une histoire de lune, de planètes, je ne sais plus, et je les avais bien crus, bien que l’eau ne soit pas salée, ah ça ! disait mon père à propos du sel, ça dépend des courants, des marées et même de la lune, André, c’est très compliqué, tu sais, tout ce bazar, et plus tard j’ai compris qu’ils avaient voulu m’écrire une histoire unique, m’enseigner que l’imagination fait advenir tous les voyages, exhausse toutes les enfances. Ils ne se plaignaient jamais, ni du gel ni des pluies qui pourrissaient tout ; ils sillonnaient et façonnaient la terre comme des sculpteurs, comme des amants ; ils lui parlaient, ils la remerciaient les jours de grande récoltes , la consolaient lorsque le froid la fendillait et la gerçait ; ils aimaient que le temps marque les choses. Ils attendaient les printemps comme on attend un pardon. /…

Les mots se posent
Frèles pétales frissonnants
Au bord de la blanche feuille
Se penchent en chantant
Les mains aux lignes brisées
Effleurent la fine étoffe fripée
D’une longue rime aux ailes étirées
L’Å“il tremble
La gorge se serre
On entends le vague roulis d’une larme
Ronde bulle à l’encre émue
21 mars

Aux molles frontières du continent de l’ombre
De tristes gardiens contrôlent mon éclat de rire
Passez votre chemin gai voyageur
Il n’y a pas de place pour les réfugiés poétiques
Le monde d’après est déjà achevé
Plus rien n’est à rater
Tous les murs sont debout…

Dans l’angle mort d’une histoire en pointillé
J’ai trouvé un vieux reste de lumière figée
Le bavard au cœur creux
Sans rien dire l’a abandonné
Dans l’onde dodue
Des ronds de mes rires bleus
Je l’ai jeté pour un dernier souvenir ricochet

Quand les conséquences ne sont plus niées, le poème respire, dit qu’il a obtenu son aire. Iris rescapé de la crue des eaux.
Le souffle levé, descendre à reculons, puis obliquer et suivre le sentier qui ne mène qu’au cœur ensanglanté de soi, source et sépulcre du poème.
L’influx de milliards d’années de toutes parts et circulairement le chant jamais rendu d’Orphée.
Les dieux sont dans la métaphore. Happée par le brusque écart, la poésie s’augmente d’un au-delà sans tutelle.
Le poème nous couche dans une douleur ajournée sans séparer le froid de l’ardent.
Vint un soir où le cœur ne se reconnut plus dans les mots qu’il prononçait pour lui seul.
Le poète fait éclater les liens de ce qu’il touche. Il n’enseigne pas la fin des liens.

Le soir glisse tout doucement.
Il vient de l’ouest chargé de cette douceur qui le font espoir
Le soir avance. Le lac l’attend, repu de cette journée où chaque ride de l’eau est un sourire
Un sourire pour dire à la mer, si loin, que derrière les yeux qui se posent sur cette surface apaisée
Il y a comme un regard marin, quelques rides en moins.
Le soir descend des montagnes,
On respire dans l’air qui descend les fleurs des sommets
Pas un bruit de moteur, pas un cri mécanique, le silence est simple
Il est venu avec le soir, les yeux se ferment, le souffle est profond
Dans la tête et dans les corps le lac s’est invité
L’oiseau s’est posé, le temps s’est ralenti
Maintenant il faut rentrer, les yeux vont se fermer, tout est apaisé

Et je souffle sur la dernière page
D’une nuit de belles blanches
De folles flammes d’une piquante poussière
Froissent les derniers rires d’un rêve étonné
19 mars 2026

Au carrefour des impatiences
J’attends serein le signe de belle vie
Il est si bon l’espoir aux rires lointains
Dans ma réserve aux beaux futurs
Je n’ai plus assez de soleils matin

Il faudra un jour penser à prendre soin des mots abîmés
Il faudra les réparer les protéger
Les rassurer
Il faudra dire aux aboyeurs de plateaux
Aux tristes bonimenteurs
Aux éternels menteurs
Que la torture n’a que trop duré
Ne touchez pas je vous en supplie
Aux mauves mots de nos poèmes
Regardez
Vous les avez tant effrayés
Ils n’osent plus se tendre la main
S’étreindre à pleine syllabes
Douces flammes qu’on aime
Ils se cachent
Ils attendent
Ne dites plus rien
Comptez c’est suffisant
Demain ils posteront à nouveau
Une belle lettre
A l’angle mauve de votre long silence…

Un enfant passe
Une histoire l’attaque
le rabote l’assoiffe et l’affame
Le pousse
Au supplice du sentiment d’habitude
Devant les adultes majuscules
Qui ont mal conjugué
Leur verbe aimer
Et il est tombé
Dans un trou
Où les ombres s’ennuient
Par manque d’éternité
Texte écrit en 1979…

La plaine est sombre, elle se dilue dans la nuit.
Noirs, les arbres dressent à l’affût leurs silhouettes de bandits.
Un éclair lacère les ténèbres dans le lointain.
Il pleut à verse. Je suis seul au bord du chemin.
Noirs, les arbres guettent. On dirait des bandits
Décidés à te garder prisonnière de la nuit.

Dans les derniers éclats de nuit,
J’ai trouvé un grain de frêle folie
Trempé dans une bouillie de rires polis
Il gonfle et siffle aux rimes arrondies
Il est l’heure des apaise douleurs
Je tire les rideaux sur le sourire malin
Et m’emplis de ces vide chagrin

Traverser en douceur les épaisseurs de l’attente
Respirer les bras ballants ce bel air apaisé
Mes rêves pour demain sont en sursis
Un souffle d’enfance soudain a sautillé
Espoir en garde à vue qui s’étire

Ce matin j’ai l’œil neuf et apaisé
Sur la pierre grise de l’aube
J’aiguise la lame de mon impatience
Une larme de douce rosée
Glisse sur le fil blanc de ma nuit oubliée
Une fois n’est pas coutume mais, j’ai choisi pour ma rubrique « Mes Everest » un auteur contemporain que j’ai découvert ces derniers jours en lisant son roman » Né d’aucune femme ». Tout est magnifique, et notamment l’écriture. Parmi les nombreux passages que j’ai lu et relu, je vous livre celui-ci, c’est Rose l’héroïne qui parle des mots, des mots nouveaux qu’il faut apprivoiser… Sublime et émouvant…


… C’est toujours ce qui se passe avec les mots nouveaux, il faut les apprivoiser avant de s’en servir, faut les faire grandir, comme on sème une graine, et faut bien s’en occuper après, pas les abandonner au bord d’un chemin en se disant qu’ils se débrouilleront tout seuls, si on veut récolter ce qu’ils ont en germe.
Je sens bien que j’ai fini de vider mon sac de mots, qu’il m’en a manqué pour vraiment dire les choses comme je les ressentais au moment je les ressentais, que des fois ceux que j’utilise collent pas exactement, que j’aurais besoin d’en connaître d’autres, plus savants, des mots avec plus de choses dedans . Les mots , j’ai appris à les aimer tous, les simples et les compliqués que je lisais dans le journal du maître, ceux que je comprends pas toujours et que j’aime quand même, juste parce qu’ils sonnent bien. La musique qui en sort souvent est capable de m’emmener ailleurs, de me faire voyager en faisant taire ce qu’ils ont dans le ventre, pour faire place à quelque chose de supérieur qui est du rêve. Je les appelle les mots magiciens : utopie, radieux, jovial, maladrerie, miscellanées, mitre, méridien, pyracantha, mausolée, billevesée, iota, ire, parangon, godelureau, mauresque, jurisprudence, confiteor, sans connaître leur sens…

Pas une ride sur la plaine de mes mers du dedans
A la marée montante de mes inspirations
On entend le chant du dernier oiseau
Il siffle la fin du dernier couplet
Je le vois seul et sans rime
Dans le dernier souffle creux de mon vague à l’âme

Entre les cris d’un monde qu’on abîme
J’entends un vague trépignement de printemps
Le timide merle sautille
La vallée respire
Entre les maigres bras de l’enfant qu’on efface
Je devine la vilaine terreur d’une longue insomnie
Les larmes ne coulent plus
L’hiver des tristes bombes est installé…

Une nuit si longue quand les paupières résistent
Au matin les yeux piquent et la voix disparait sous le souffle
Comme un soupir qui s’étire
Douleurs dans le corps alourdi d’une nuit sans sommeil
Et dans le matin qui expulse l’insomnie
Petits bruits de vie, cliquetis, la vie à nouveau te sourit
Et dans tes yeux, la lumière revient, la voix s’adoucit
Ecoute le chant de la vie
Entends le sourire des amis
Les minutes se font légères
Cliquetis, gazouillis,
Petite brise te caresse de sa douce fraîcheur
C’est si bon, c’est si beau
C’est la vie

Je vis
J’écris
Tu me lis
Et les mots larmes roulent
Dans le creux de tes rides émues
Et les mots doux te tiennent la main
Ecoute ils chantent une folle rime
Etoffe taffetas folichon
Ils sont là barbouillés de beaux soupirs
Ils s‘affalent en riant dans le mou fatras
Tu vis
J’écris
On se lie
A la sueur de ma plume
Je tracerai les lignes frissonnantes
Que tu empliras de belles et rondes lettres
A la lueur de mon encre soleil
J’ouvrirai la première page
De nos belles histoires de demain
On se lit
On rit
J’écris…
Je retrouve cette tribune que j’avais écrite il y a deux ans, je ne me souviens plus exactement à quelle occasion, mais en la relisant je me dis qu’elle sonne encore parfaitement juste….

La liberté est un combat permanent, il a fallu se battre pour la conquérir, il faudra encore plus se battre pour la protéger, pour la préserver. La protéger de la barbarie, du fanatisme, qui ne frappe pas aveuglément mais avec justement la plus grande des précisions. Mais il faut aussi la protéger de toutes celles et tous ceux qui enfermés dans leurs camisoles idéologiques partisanes claniques affirment avec une arrogance indécente qu’ils sont évidemment les seuls gardiens de cette liberté dont nous sommes tous légitimement les constructeurs et les défenseurs. Quand je lis, quand j’entends certains affirmer qu’ils refusent d’être à côté d’autres citoyens j’ai honte et j’ai peur. J’ai honte parce que les plus virulents de ces aboyeurs se posent avec mépris condescendance et indécence comme les seuls porte-drapeaux d’un combat qui nous concernent tous au-delà de toutes les chapelles religieuses de toutes les écuries politiques. J’ai peur aussi car je me dis qu’alors qu’il faudrait tirer avec lucidité toutes les leçons de ce qui vient de se produire, certains déjà reprennent leurs vieilles habitudes de quincaillers de la politique. L’attitude qui consiste à rechercher à priori dans l’autre ce qui pourrait en faire un ennemi est triste suicidaire et indécent dans le moment…

A l’angle d’une aube pressée
J’entends les douloureux soupirs
D’une mer au bleu abimé
Un reste de rêve de jaune sable
Creuse un triste point final
Au bout de la ligne de mon Å“il étonné…
11.03.2026

Je me souviens de ce léger trait de plume
Il était là en bout de ligne
Planant comme un doute
Rime timide qu’on effleure
Du bout de ces fines lèvres
Il cherche le bon mot
Et soudain feuille frémit
Un souffle d’air s’est glissé
Les lettres dansent
C’est le chant de l’hommes perdu
Regarde il se noie dans un triste oubli
Entends il claque du pied
Il te crie son envie d’exister…
10.03.2026

Il est l’heure où la pate se lève
Réveillons le chant des frissons
Tendons l’oreille aux espoirs de trêve
Crions notre peur des mortes raisons
Demain nos mains seront tendues
Demain nos larmes auront séché
L’heure des doux amis sera venue
Le presque printemps nous aura aimés
10.03.2026

Dans la longue nuit des violentes haines
Je cherche la rose lueur du lendemain léger
Plus un souffle de fraîche tendresse
Si loin l’effleurement de frêles douceurs
Un bouquet de rires d’enfants s’affaisse
A l’angle d’une vilaine aube fanée
Les rimes de ce triste monde
Ont perdu leurs courbes mélodies
Les armes claquent
Les larmes coulent
Et les hommes des ailleurs dorés
S’endorment en comptant
Au prochain matin saignant
Vous les entendrez
Leurs mots seront souillés
Au prochain matin pressant
J’effacerai la noire fureur du lendemain abîmé…
9 mars

Réveil aux heures paisibles
J’entends les derniers craquements
D’une courte nuit aux angles coupants
Ecrire quand rien ne se dit
Quand les cris étouffent de blanc silence
Quand la triste feuille des nouvelles du monde
Est pliée dans le coin chaud d’un espoir qui sommeille
Ecrire quand les mots sont encore raides
Quand les lèvres sont sèches des murmures tus
Ecrire et n’entendre rien
Ecrire et t’attendre dans le gai matin
T’écrire… Â

Il y a des mois que j’écoute
Les nuits et les minuits tomber
Et les camions dérober
La grande vitesse à la route
Et grogner l’heureuse dormeuse
Et manger la prison les vers
Printemps étés automnes hivers
Pour moi n’ont aucune berceuse
Car je suis inutile et belle
En ce lit où l’on n’est plus qu’un
Lasse de ma peau sans parfum
Que pâlit cette ombre cruelle
La nuit crisse et froisse des choses
Par le carreau que j’ai cassé
Où s’engouffre l’air du passé
Tourbillonnant en mille poses
C’est le drap frais le dessin mièvre
Léchant aux murs le reposoir
C’est la voix maternelle un soir
Où l’on criait parmi la fièvre
Le grand jeu d’amant et maîtresse
Fut bien pire que celui-lÃ
C’est lui pourtant qui reste lÃ
Car je suis nue et sans caresse
Mais veux dormir ceci annule
Les précédents Ah m’évader
Dans les pavots ne plus compter
Les pas de cellule en cellule

Ici, un bout de ce monde habité,
Terre déchiquetée,
Vagues emmêlées,
Hommes de l’intérieur
Retournez vous !
A l’ouest de vos mémoires encombrées,
Il y a le vent.
Vent qui souffle sur vos nuques.
Vent qui s’engouffre
Derrière vos yeux étonnés.
Avancez encore un peu,
Tendez votre oreille
Entendez son chant,
Il vous murmure
Toutes ces histoires oubliées

Mémoire noire
D’une ville aux reins d’acier
Entends le chant gris
Des hommes du fond
Au soir perdant
Ils soufflent le pain gagné
6 mars

Il y a parfois un oiseau dans ma tête,
Un oiseau aux mille couleurs qui étouffent le gris de mes yeux,
Un oiseau qui plane au-dessus des plaines de ma mémoire.
Au matin levant, il frémit des ailes.
Les perles de rosée glissent sur la plume dorée,
Tout doucement la nuit s’est effacée.
L’oiseau dans ma tête a chanté.
Il est l’heure de réveiller les couleurs.
Au bout de mes yeux la lumière s’est étirée.
Au bord de mes yeux quelques larmes de beauté.
C’est un matin sans saison, le froid ne pique pas
Il est une caresse souriante qui imite la douce fraicheur.
Ce matin j’ai un oiseau dans la tête,
Tout doucement de la plume de mes mains
Des mots se sont envolés.

Vincent van Gogh, La chambre, détail (musée AIC Chicago)
Les Fenêtres
Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
Par delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà , pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?

Trois fois rien
Me dites-vous ?
Oui trois fois rien,
Et c’est tout !
Cela suffit pour mon peu de bonheur…
Non vous dis-je !
Ce n’est pas assez,
Vous le regretterez…
Oh non, rien de plus,
Je vous en prie !
Pas de rose,
Plus de mauves,
Laissez les bleus en paix.
Je n’ai besoin que de terres grises
Pour écrire mes rêves bariolés.

Homme de moins que rien
Visage mou
Regard moite
Poisseux d’aigres sueur
Qui s’incruste entre les rires innocents
Homme de moins que rien
Expire le mauvais parfum
De la suffisance des quelques siens
Il était de ces bavards inutiles
Qui encombre les salons
Homme de moins que rien
Creuse en soufflant
Un gras sillon de silences aigris
Ils étaient tant à le suivre
Roses fanées à la boutonnière
Oublieux de ses arrogances
Dans ce monde aux sourires sucrés
Ignobles, infâmes
Ont repris en cœur
L’hymne gris de leurs violences cachées

Récit du seul
Tu es saturé de toi,
De la horde des mots
Que nul cri ne déchire,
Tu dialogues avec les vitres
Et dedans tu vois le chemin noir,
Les soleils aveugles,
Le fracas qui germe en ta poitrine :
Tu divises
L’alliance et la lumière
Pour que les murs
Regardent celui qui passe :
Autrefois ce ciel coupé de blanc
Etait ta demeure
Où tu cherchais
L’ombre que tu es :
Aujourd’hui
Seuls tes doigts parlent
Vers le lierre et la mer.

…C’est un voilier qui hésite encore entre la voile d’hier, faite de bois et de cordes qui sentent la paille et la voile de demain faite de matériaux lisses, et de cordages qui sentent le plastic. C’est un bateau qui hésite, entre deux, il a du gris dans les rares couleurs que le soleil lui a laissé, un gris qui parle des marées, un gris qui parle des pluies d’hiver qui déchire le bleu de la mer. A bord sur le pont, encombré de tous ces objets qui parlent vrai tant ils sont usés, un homme se déplace lentement. Chaque chose qu’il touche semble le remercier. Il n’est pas comme les autres, il semble déjà un peu plus loin, son regard ne se disperse pas, son regard est à ce qu’il fait. Les autres, ceux qui virevoltent sur des bateaux de catalogue ont les yeux absents, on ne les devine même pas derrière des verres de marques ou se reflètent des couleurs qui n’existent que pour les touristes canonisés. Sur le pont, l’homme sans lunettes se prépare pour le départ. Arrivé hier soir, sans bruit, il a cherché un mouillage éloigné des autres pour ne rien dire, pour ne pas parler d’où il vient, pour ne pas utiliser de mots qui n’ont pas de sens pour lui. Les autres, lorsqu’ils sont au port aiment à raconter, se raconter, l’homme au navire sans âge n’est pas de ceux-là . Il ne se mêle pas à la vie du port. Il ne les méprise pas, il lui arrive même parfois de les écouter, de s’emplir de leurs rires pour s’en faire une couverture, douillette pour la nuit. Il ne les méprise pas, mais il n’aime pas qu’on pose de questions, il n’aime pas qu’on cherche à savoir. Son histoire ne doit intéresser personne, il ne le veut pas. Il se souvient, lorsqu’il est parti, il a mis le cap vers le nord, avec le vent de face. C’était un vent coupant et lui serrait les dents, pour ne pas faiblir, pour ne pas se poser de questions. Il était parti un matin tout simplement et quand il avait posé la main sur la barre en sortant du port de Concarneau, il savait qu’il ne parlerait plus, il avait tant à faire, tant à se dire à l’intérieur…
Une découverte, récente pour moi. Le texte est juste magnifique ainsi que son interprétation

Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi si j’étais un oiseau, j’irais danser sous l’orage
Je traverserais les nuages comme le fait la lumière
J’écouterais sous la pluie, la symphonie des éclairs
Dès sa plus tendre enfance
Elle ne savait pas parler autrement
Qu’en criant tout bas, pas faute d’essayer
De les retenir, ces cris et ces larmes
Qui les faisaient temps
Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi si j’étais un oiseau, j’irais danser sous l’orage
Je traverserais les nuages comme le fait la lumière
J’écouterais sous la pluie, la symphonie des éclairs
En grandissant, rien ne s’est calmé
Petite tempête s’est trouvée
Des raisons de pleuvoir autant
Qui pourrait l’aimer franchement ?
Personne n’aimerait se retrouver
Au cÅ“ur d’une tempête, avouez
Il y a des raisons de pleurer
Elle a ses raisons, mais
Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi si j’étais un oiseau, j’irais danser sous l’orage
Je traverserais les nuages comme le fait la lumière
J’écouterais sous la pluie, la symphonie des éclairs
Quand la tempête a su
Que des mélodies pouvaient s’échapper du vent
Et se retrouver dans le cœur des gens
Celle-ci s’est dit
Nulle raison d’envier le soleil
Je ferai danser les gens au rythme de mes pleurs
La tourmente de mes chants viendra réchauffer les cœurs
Réchauffer mon cœur
Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi je suis de ces oiseaux qui nous font danser sous l’orage
Je traverserai tous les nuages pour trouver la lumière
En chantant sous la pluie, la symphonie des éclairs

Fenêtre ouverte
Sur le rond silence bleu
Du matin frileux
J’attends les mots blancs
Qui frappent sur les vitres endormies
J’entends la pointe dure du stylo
Elle crisse et glisse
Sur ma belle feuille fripée
De sa longue nuit agitée
7

« De toutes nos machines réunies, de toutes nos routes kilométrées, de tous nos tonnages accumulés, de tous nos avions juxtaposés, de nos règlements, de nos conditionnements, on ne saurait réussir le moindre sentiment. Cela est d’un autre ordre, et réel, et infiniment plus élevé.
De toutes vos pensées fabriquées, de tous vos concepts triés, de toutes vos démarches concertées, ne saurait résulter le moindre frisson de civilisation vraie. Cela est d’un autre ordre, infiniment plus élevé et sur-rationnel.
Je n’ai pas fini d’admirer le grand silence antillais, notre insolente richesse, notre pauvreté cynique.
Vous avez encerclé le globe. Il vous reste à l’embrasser. Chaudement.
Les vraies civilisations sont des saisissements poétiques : saisissement des étoiles, du soleil, de la plante, de l’animal, saisissement du globe rond, de la pluie, de la lumière, des nombres, saisissement de la vie, saisissement de la mort.
Depuis le temple du soleil, depuis le masque, depuis l’Indien, depuis l’homme d’Afrique trop de distance a été calculée ici, consentie ici, entre les choses et nous.
La vraie manifestation de la civilisation est le mythe.
L’organisation sociale, la religion, les compagnies, les philosophes, les mÅ“urs, l’architecture, la sculpture sont figuration et expression de mythe.
La civilisation meurt dans le monde entier, parce que les mythes sont ou morts ou moribonds ou naissants.
Il faut attendre qu’éclate le gel poussiéreux des mythes périmés ou émaciés. Nous attendons la débâcle.
…Et nous nous accomplirons.
Dans l’état actuel des choses, le seul refuge avoué de l’esprit mythique est la poésie.
Et la poésie est insurrection contre la société parce que dévotion au mythe déserté ou éloigné ou oblitéré.
On ne bâtit pas une civilisation à coups d’écoles, à coups de cliniques, à coups de statistiques.
Seul l’esprit poétique corrode et bâtit, retranche et vivifie. »
Aimé Césaire, Appel au magicien – Mai 1944, Haiti

Regarde
Oh oui regarde
Lève les yeux
Oublie
L’ombre épaisse des mauvais rêves
De tes nuits agitées
Glisse
Penche-toi en riant
A la fenêtre des absents
Regarde
Oh oui regarde
La lumière est si belle
Elle s’étire doucement
Entre les tendres bras
Du matin des amants
Ecoute
Oh oui écoute
Tu l’entends te dire
Je t’attends…

C’était l’heure des sans amis
Penché vers un presque rien
Je voulais prendre ce chemin
Et rêvais d’y rencontrer les hommes
Aux doux regard paisibles
Qui rêvent de lendemains
Aux bords ronds et malins
J’ai marché jusqu’au dernier bout
Lointain
Oh si lointain
Elle était lÃ
Seule et perdue
Vêtue d’une longue trainée de brume
Elle attendait en souriant
Je te savais
Tu le sais
Entre tes larges marges inventées
Je t’avais inventé