En apnée, je reprends mon inspiration

Il faisait si chaud, si lourd

Les paupières collaient

Les yeux piquaient

Moites les mains tremblaient

Les mots s’étaient endormis

Affalés dans une marge de fraîcheur

Oubliés par l’été transpirant

L’inspiration est en apnée

Les yeux sont fermés

Et doucement le corps exténué remonte

Se prépare à cueillir ces belles fleurs des fossés

Je respire à nouveau

Demain le monde sera beau

31 juillet…

Matinales : il y a juste un an…

C’est la dernière ligne droite,
Le dernier jour,
Des tant de petits cailloux semés
Ici et là
Quelques marques blanches
Des traces anciennes de douleurs enfouies
C’est un doux petit matin apaisé
Il pose sur le long chemin de mes mémoires à construire
Tous les mots fleurs
Tous les mots rires
Que j’aime offrir
Compagnes de la belle amitié
La vraie
Celle qui dure, vous serre dans ses bras
Vous fait comme un frisson
Délicates vibrations
Venus de nos printemps intérieurs
Surpris dans l’encore
De se retrouver, se rencontrer, s’aimer
Je saute d’un pied léger
Dans cette douce flaque des belles humanités
Oh oui
Les gouttes des hier tant de fois contées
Eclaboussent
On rit, on pleure, on s’ébroue et s’embrasse
Je marche et trouve sur le long chemin
Les restes parfumés de nos belles histoires à finir…

13 juillet 2023, dernier jour avant la retraite…

Il faudrait…

Il faudra qu’au matin levé

Je pétrisse cette épaisse pâte

Dans le tiroir des sourires effacés

Je prendrai trois pincées

D’une fine farine des restes de nuits blanches

Petite pluie j’inventerai

Et tu sentiras cet bel odeur de pain frais…

Demain…

 

Il faudra que j’essaie une autre grammaire ferroviaire

Pour mes demains plus ronds plus verts

J’ai tant de trains aux rimes bloqués

Dans le quelque part d’un vieil hangar

Endormi dans le fond de mauves gares

Je n’attends plus

La pendule s’est pendue dans un entre deux

Ou s’aiment les âmes rendues

Il viendra je le sais

J’ai posé mon oreille nouvelle

Sur la longue lame d’un acier trempé

Je l’entends approcher

De ma poche à surprises

Je sors une vibrante plume

Et ma main te caresse

Ô feuille des lents demains

6 juillet 2023 

Matinales…

Au tableau noir du rêve attendu

Tu écris les mots songes

Restes d’une longue et blanche nuit

La craie crisse et glisse

Au bout de cette ligne tracée

A l’encre grise de ton insomnie

Lettres légères rimes rondes

Se noient dans la marge profonde

D’une mémoire abîmée

Flash…

Dans huit jours je mettrai un point final à 42 ans de vie professionnelle.

C’est aujourd’hui mon dernier déplacement professionnel…

Il y en aura d’autres bien sûr…

A d’autres titres pour d’autres engagements…

Et comme aujourd’hui je serai toujours ému

En posant le regard contre la vitre….

En bord de mémoire…

C’est au soir tombant que vous le verrez
L’homme au sourire pendu
A la corde raide de ses souvenirs engloutis

Il attend
Perdu en bord de mémoire

Le dernier retour de cette lointaine mer
Vidée
Epuisée
Par ses longues caresses salées
Abîmées dans le gouffre de ses yeux affaissés

Flash…

Un soir de presque rien

Au dernier soleil tombé

Seuls et affamés

Nous avons pris le temps de contempler

Ô je vous rassure

C’était si peu

Un simple clin d’œil

Au dernier rose souffle

D’un ciel qui se retire

Sur la pointe bleue de ses brumes fanées

Matinales…

Sur l’écran radar de mes nuits blanches

Je cherche la trace d’un cargo porte-rimes

Il navigue à vue sur les routes bleutées

Des mers oubliées aux brumes épaisses

Je l’ai croisé peut-être hier

Au creux d’une tempête de tristes mots

Grimaçant et grinçant sous les mauvais vents

Il a résisté

C’est un dur au regard froid du bel acier

Et sur le quai de mes nords matins j’attends…

3 juillet

Mémoires…

Souviens toi

Ô souviens toi

C’était l’été premier

Tu dormais à poings ouverts

Souviens toi

Ce vieux souvenir d’un hier fatigué

Tu me l’avais raconté

La marée était dans l’entre deux

Souviens toi

Le temps était aux pleurs

Tremblant de rire

Nous nous tenions serrés

Souviens toi

Tu glissais

Tu chantais

Tu aimais

Et nos mémoires se sont croisées

Souviens toi

Je te regardais et tu nous existais…