Rêves…

Tout d’abord personne ne s’est aperçu de rien, et quand on ne dit personne, on doit vite reconnaître que de toute façon on ne parle pas de beaucoup. Certes, il ne s’agit pas, une fois de plus, d’affirmer que le nombre de lecteurs diminue, mais de reconnaître que la lecture est de plus en plus instrumentale, et de moins en moins viscérale. Et quand j’utilise le terme de viscéral, il est celui qui est le plus approprié. Il s’agit de cette lecture qui part de l’œil, puis prend le frais dans l’arrière-pays de la tête avant de descendre dans les tripes, et tout remuer. Cette lecture a besoin de ces mots qui vibrent, de ces mots qui caressent, qui chantent, qui surprennent, de ces mots qui essoufflent, qui apaisent…
Pourtant ce matin, comme tous les jours Jules a commencé à feuilleter ces livres qu’il aime tant. Il a tourné quelques pages, rapidement, puis a pris son temps, et s’est arrêté gorge serrée. Partout sur la page, des trous, au début d’un vers, au milieu d’une strophe, dans un titre. Des mots se sont envolées, ils ont disparu. Il pense à une plaisanterie, un canular peut-être : qui aurait pu dans la nuit prendre le temps de lui voler des mots, des mots si beaux.
Il s’attarde sur un texte d’Eluard : dans ce magnifique texte, les étoiles se sont évanouies, les fleurs se sont fanées, les paupières se sont fermées. Il poursuit ses lectures et partout des trous ont pris la place des caresses, de la douceur, de la pluie. La mer et ses vagues ont disparu, plus de vent, pas un soupir, pas un frisson. Tous les mots qu’il aiment ont été enlevés. Jules est persuadé qu’il rêve encore, il se pince pour s’éveiller. Mais rien n’y fait, les mots, ses si beaux mots se sont échappés. Où se sont-ils cachés ?
Un peu déprimé, il ouvre la radio, peut-être une explication. Jules n’aime pas la radio, parce que ce sont des sons électriques, mais ce matin il se sent seul, si seul. Il écoute, il n’est pas un habitué, il écoute avec attention, avec curiosité et doucement, tout doucement il commence à sourire. Voici ce qu’il entend : « vous êtes bien sur votre radio habituelle, mais nous prions nos auditeurs de nous pardonner, ce matin pour une raison que nous ignorons encore, beaucoup de nos mots habituels ne passe plus à l’antenne, ils ne parviennent plus à sortir de la bouche de nos chroniqueurs et journalistes ».
Jules écoute, il sourit, il est bien, tous ses mots sont là, ils ont pris la place des mots en ique, des mots en tion, des mots en eur, il est si bien, c’est comme une douce mélodie… »

Mes Everest, Louis Aragon : il n’aurait fallu…

Les mots d'Eric

Il n’ aurait fallu
Qu’ un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne

Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
À l’ immense été
Des choses humaines

Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire de ma vie
Un grand collier d’air

Rien qu’ un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins Une rosée
Contre mon épaule

Un front qui s’ appuie
À moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m’ a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers

Un tendre jardin
Dans l’ herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l’ ombre douce

Voir l’article original

Rêves éveillés

C’est un mardi matin du mois de novembre 2020, je crois, que tout a commencé. Ou plutôt que tout a recommencé. C’est simple. Ce matin-là, au réveil, aucun écran n’est éclairé. Et quand je dis aucun, c’est vraiment aucun.
Ecrans petits et grands,
Écrans numériques,
Écrans électroniques,
Ecrans cathodiques,
C’est le noir,
Noir sidéral,
Pas une diode,
Pas un clic,
C’est la panique ;
C’est impossible, il doit y avoir un hic. Chacun accuse : c’est la prise, c’est le câble, c’est le réseau électrique…. Au saut du lit, le premier geste est pour l’écran, vite : réveiller la machine, vite regarder, on ne sait jamais : une information importante est peut-être arrivée dans la nuit. Mais là rien, l’écran est figé, glacé, il ne réagit pas. Le doigt s’agite, le cœur palpite…
Et c’est ainsi qu’au même moment dans tout le pays des millions de personnes allument, rallument leur téléphone et rien ne se passe. Ils triturent le câble, vérifient la prise, cherchent un coupable : l’époux, l’épouse, les enfants, le chat, l’état. En quelques minutes, la panique enfle, elle s’installe, partout.
En quelques minutes… Façon de parler. Le temps est difficile à estimer, l’heure aussi, n’existe que sur des écrans : l’heure est numérique, l’heure est électronique. Ce matin l’heure n’existe plus, elle s’est échappée, elle s’est enfuie.
Le jour est levé. Les pas sont lourds, les épaules sont basses. Il faut se résoudre à prendre le petit déjeuner. Tout le monde se retrouve autour de la table, les écrans vides et gris sont posés à côté du bol, petits objets inertes. Et il se produit alors quelque chose d’incroyable, les visages se redressent, les lèvres remuent, et des sons sortent, au début ce ne sont que des grognements. Puis des mots se forment, tiens on avait oublié comme c’est joli un mot, même petit. Partout, on parle, on se parle, pour commencer la météo, et encore plus incroyable on regarde par la fenêtre. Formidable cette application, on voit le temps qu’il fait. Et tout s’accélère, des mots, puis des phrases, des conversations, des sourires.
Il est huit heures,
Partout cela bourdonne,
Parfois cela ronchonne,
Il est huit heures,
Plus un clic
Numérique, électronique,
L’heure est si belle,
Vêtue de ses plus belles aiguilles….

Lundi frileux…

C’est un lundi frileux

Tu le sens, tu l’entends,

Ton souffle sonne creux.

Tu pousses la porte

Le froid est là, vif et bleu.

Il est prêt et attend.

C’est long une nuit de feu

A se prendre au sérieux.

Il est là, nu et noir brillant,

Il te tend deux bras noueux

Prends un peu de temps et regarde le…

Tu t’en foutais d’être né : fin…

On dirait que tu cours après ceux qui te fuient
Parce qu’ils ont vu l’image
Parce qu’ils ont tourné la page
Parce qu’ils s’en foutent
Et toi tu t’essouffles à espérer
Quelquefois
Suicide-toi
Meurs un peu
Fabrique-toi une fin
Les yeux fermés
Sans les autres parce tu aurais peur
De toute façon demain tu seras peut-être écrasé par un tramway
Tu t’es peut-être trompé
Tu veux peut-être te lever de ton lits de songes
Qu’est-ce que tu attends pour enfin distribuer ton portrait
Sans le faire payer au prix de tes mots d’avenir
Qu’est-ce que tu attends pour te raconter
A ton auteur
Sans te mettre à trembler
Tu touches la vie
Comme celle que tu aimes
Tu veux la faire aimer
Tu veux qu’elle te réponde
Mais elle se tait
Parce qu’elle s’en fout
Parce qu’il est trop tard
Et toi t’es pas d’accord
Alors tu continues
Parce qu’autrement tu te ferais écraser par un tramway.

Tu t’en foutais d’être né : 5…

Tu peux être peureux
De supposer
Que finalement t’es pas là pour rien
Tu sais que l’unique ne peut exister
Sinon chez les théoriciens
Masturbateurs de cerveaux
Sinon chez les jardiniers
Du sentiment des autres
Tu ne peux pas passer ta vie à imaginer l’homme
Sans savoir s’il existe réellement
Comme les autres
Tu ne peux pas passer ta vie
A t’imaginer
Dans ton rêve
Sans savoir s’il est tien
Sans savoir s’il est réalité
Sauf peut-être pour d’autres
Pour elles
Pour eux
Veux-tu encore construire de l’amour
Parce que c’est un jeu entre deux fous
Parce qu’on invente des règles
Parce qu’on recommence
Toujours les mêmes règles
Mêmes conneries
Jamais le même prudent
Jamais le même perdant
Et de toute façon demain tu seras écrasé par un tramway

Tu t’en foutais d’être né : 4

Tu veux revenir au début
Parce que tu hais les fins
Qui n’existent pas
Tu veux revenir au début
Pour que les autres sachent
Qu’il y a autre chose
Que tu l’as trouvé
Déjà tu vas plus vite
Que ton rêve
Je crois que tu vas laisser tomber
Pas les autres
Eux aussi ils cherchent
Ils te croisent
Vite
Toujours le rêve
Ils sont ailleurs
Tu les fais tien
Et tu les oublies
Ils sont autres
Tu devrais plus souvent être seul
T’es trop souvent avec lui
Il est tricheur
Parce qu’il perd souvent
Quand il veut
Il est frimeur
Parce qu’il a toujours peur
Parle lui
Dis-lui qu’on le vire
Dis-lui qu’il ne se correspond pas
Qu’il est autre
Comme ceux qu’il a créés
Comme ceux qu’il a jugés
Dis-lui qu’il est dépassé
Mais lui il s’en fout
Il le sait
Mais il faut s’aider
Parce qu’on n’est rien
Parce qu’on ne peut entendre sa raison
Parce qu’on ne peut attendre que ça passe
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway

Tu t’en foutais d’être né : 3…

Tu veux pas réussir
Comme les autres
T’es sûr qu’il y a mieux
T’es sûr de trouver
T’es sûr qu’aimer n’est pas original
T’es sûr qu’aimer n’est pas original
C’est peut-être le mot qui pue
Mais t’es sûr d’autre chose
Parce que tu le cherches
Tu en parles pourtant
Comme les autres
Mais tu t’en fous
Ou tu fais semblant
Comme les autres
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
On dirait que t’as peur
De ne plus pouvoir te taire quand t’es triste
Et pourtant tu ris derrière ton enterrement
Tu ris
Et les autres savent pas
Que tu trembles
Pour qui t’a tué
Pour qui t’a oublié
Tu trembles
Et les autres croient qu’il n’y a qu’une réalité
Celle de l’utile apparence
Et pourtant tu voudrais leur dire
Et pourtant tu voudrais craquer
Mais tu ne dis rien
Parce que t’as peur
Parce que tu attends
Parce que tu attends la fin de ton rêve
Heureux tu l’as trouvé
Et c’était pas mieux

Tu t’en foutais d’être né : 2

Et pourtant on sent que t’as peur
Pour elle
Du silence
De ses questions sans secrets
Et pourtant elle ne veut rien te dire
Et pourtant elle tue tes rêves
Et pourtant elle te tue
Parce que tu ne dis rien
Parce que tu parles avec celle qui est en toi
Parce qu’elle n’est pas celle là
Parce que c’est déjà une autre
Parce qu’elle est déjà dans le rêve d’un plus étrange que toi
Et toi tu parlais avec ton rêve
Et tu t’en foutais d’être né
Tu vois la réalité
Alors tu ne dis rien
Parce que t’as peur
Parce que tu sais qu’elle s’est échappée
Parce que tu t’es trompé
T’as encore peur
T’es un peu paumé
Je crois que tu finiras par comprendre
Que les autres t’oublieront
Parce que tu n’es que toi-même
Parce que tu n’es qu’un autre
Tu n’es que l’infime particule
D’un sentiment qui appartient
A ceux que tu n’as pas revus
A ceux qu tu n’as pas prévus

Poèmes de jeunesse : Tu t’en foutais d’être né : 1…

Un autre long texte que je republie en plusieurs fois, écrit en 1979

Tu t’en foutais d’être né
Dis tu t’en foutais
Tu rêvais pas
Ou tu t’en souviens pas
Et maintenant t’as peur
T’as peur
Et tu sais pourquoi
Le chaque jour de ta vie
Est un bagne de rêves
Et tu veux pas t’évader
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
Sors du foetus
Arrête de dire que t’es né
Pour ta liberté
Comprends qu’ils t’ont condamné
Comprends que le code t’a accouché
Pour que les lois puissent t’élever
T’en avais pris pour une vie
Et t’as cru t’échapper
T’as failli tout perdre parce que t’as cru être le plus fort
Arrête de dire que les autres ont tort
Parce qu’ils déracinent ton arbre de vérité
Arrête de conjuguer les autres à la troisième personne
Arrête de te déchirer sur leur indifférence
Criminelle
Un jour peut-être on parlera de toi au futur
Un jour peut-être

Poèmes de jeunesse : « avant que… » fin

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce-qu’on t’a dit
Que tu étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment
Tes mains ne sont plus des amies pour celles des autres
Ce sont déjà des armes pour ceux qu’ont les bottes
Tu sens déjà ta bouche pourrir
A s’attarder sur leurs mots de pierre
Que leur construisent des temples d’enfer…
Avant que ne meurent les victoires écorchées
Avant que ne s’entendent les discours du hasard
Tu regardes
Pour savoir
Pour l’espoir
Dans la foule pas un qui ne bouge
Pas un qui ne songe à remuer son poids de graisse
Alphabétique
Pas un qui n’oublie son anonymat
Pas un qui n’épèle son nom
Pas un pour croire qu’il y autre chose
Au dessus d’eux
Pas un qui n’ait un visage qui se reconnaît
Parce que tous attendent le lendemain
Qui suivra leur journée d’adoption
Qui passe en les tuant
Par paquets de minutes
Qu’ils ont volés à la pendule de ceux qui veulent pas
Mais qui sont morts
Pour l’instant ils ne marchent pas
Ils avancent
Mécaniques amnésiques
D’un mot qui revient
Sur toutes les lèvres pincées
Des ceux qu’on dit gagnants
Alors toi t’as plus que tes amis
Derrière d’autres fenêtres
Alors tu te dis que les leurs vont s’ouvrir
Et t’entends déjà le frémissement d’une autre foule
La foule aux visages ouverts
Alors tu joues une dernière fois à perdre l’espoir
Pour accroître ta haine
Pour que ton amour pousse
Au rythme des humains
Tu t’en fous que les fusils
Soient les croix des cimetières
Parce que toi tu veux te mettre à la fenêtre
Sans avoir la face éclaboussée
Par une flaque de calamité
Parce que toi tu veux revenir de ton voyage
Avec pour tout bagage
Le seul mot que tu auras rencontré
Parce que toi tu veux voir ce que tu as choisi
Voir deux amis se rencontrer
Voir deux années se raconter
Voir ou les hommes pleurent de joie
Voir où les enfants rient
D’avoir trop pleuré
Ailleurs
Voir les chefs mourir
Voir la beauté sans miroir
Voir des sourires sans bénéfices
Voir
Tout voir
Te voir
Novembre 1979

Poèmes de jeunesse : « avant que » 7

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu devrais réapprendre le regard
Qui fait avouer le vrai
Pour partir loin d’ici
Dans un rêve qui ne finit jamais
Partir sans visage
Amnésique
Voyager dans le creux de la vague
Que forment les désespoirs
De ceux qui restent
Parce qu’ils veulent pas
Voyager sur le trottoir d’en face
Où l’histoire s’est faite avec ces foutus
Que t’as failli rencontrer
Tu devrais voyager avec ceux que les autres oublient
Parce qu’ils sont habillés de refus
Tu devrais connaître le paysage de leur mort
Le labyrinthe de leur vie
Pour qu’eux aussi ils sachent
Que t’as peur
Que t’as peur quand t’es suivi
Par ceux qui fusillent
Les habitués de l’ombre de l’histoire
Mais il est trop tard
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce qu’on t’a dit
Que t’étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu te dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment

Poèmes de jeunesse : « avant que… »6

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu te dis que ça fait déjà longtemps
Que tu ne sais plus lui parler
T’as fini par croire que tu t’étais trompé
T’as fini par vouloir accepter
Que c’était un jeu perdu d’avance pour toi
Et puis t’as reculé
T’as refusé d’y croire
T’as recommencé
Et on dirait que t’as plus peur
Et déjà t’attends
T’attends la proclamation d’une mort générale
Pour ceux qui obéissent
Et qui disent qu’ils sont seuls
T’écoutes la plainte du nombre
De ceux qui pourrissent de honte
Parce qu’ils ont perdu la force d’aimer
Et de recommencer
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
T’aurais voulu te raconter
Parce que t’as entendu dire
Que quelqu’un finirait par parler
De ceux que tu détestais
T’aurais voulu leur parler
Pour leur dire qu’ils existent
Pour leur dire qu’ils subsistent
T’aurais voulu la mort
Qui tuera les blessures de ta croûte sénile
Parce qu’à force de vouloir t’éviter
Tu finiras par te condamner
Au repos ahurissant
Des travaux forcés
Du bagne de la ville qui étouffe
Les ceux qu’on dit poète

Poèmes de jeunesse, « avant que » 5

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard…
Tu pourrais écrire des tragédies larmoyantes
Symptômes de vie
Paresseux mensonges d’une fausse mélancolie
Tu te portes au secours d’une angoisse
Qui s’agglutine
Par plaques de paumés
Sur les regards de ceux qui naviguent
Sans tickets
Tu devrais partir sans clefs
Pour nulle part
Et pour que si tu te perds
Tu saches où aller
Tu devrais être l’instant présent
Et qui passe plus vite qu’on l’oublie
Tu devrais écrire un poème
Où la rime qui s’entend
Est un baiser qu’on espère
Tu devrais oublier les autres
Parce qu’ils ont leur ombre
Parce que tu as la tienne
On t’a dit que tu étais né
Comme les autres
Et toi tu joues au différent
Parce que tu sais que tu n’es rien
Parce que tu connais la mort
Tu l’as découverte
En l’église des paumés de l’angoisse
Où l’on ne prie pas
Mais où l’on crie qu’on a peur
Dans ce bal costumé qui n’en finit jamais
Il faut que tu assistes à la messe
Des ceux qui sont condamnés à attendre le verbe
Pour soupçonner le vrai
Ils te rajeuniront de ceux que tu ignores
Parce qu’ils savent eux aussi
Que tu les as trouvés

Poèmes de jeunesse, « avant que » 4

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Sois sûr que t’as aimé
Pour que le jour où tu animeras ton absence
Les suicidés de l’ennui
N’oublient pas que tu étais avec eux..
…Apprends à attendre
L’heure qui passe et qui suit l’autre
Sans lui ressembler
Parce qu’elle est encore plus leste
Je crois que t’as peur de finir comme les autres
Tu voudrais tant que deux plus deux
Puissent s’étonner
Tu voudrais que les indifférents brûlent
Chaque fois que tu prononces le mot
Aimer
Tu voudrais dire à ceux qui partent
Que de toute façon ils ne renoncent à rien
Parce qu’ils rencontreront des gens là-bas
Qui veulent partir ailleurs
Pour ne pas mourir d’une overdose de solitude
Tu voudrais prendre le train
Qui va vers une gare où la pendule
Est sans aiguilles
Parce que le chef de gare est souriant

Poèmes de jeunesse : « avant que » 3

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Sois sûr que t’as aimé
Pour que le jour où tu animeras ton absence
Les suicidés de l’ennui
N’oublient pas que tu étais avec eux..
…Apprends à attendre
L’heure qui passe et qui suit l’autre
Sans lui ressembler
Parce qu’elle est encore plus leste
Je crois que t’as peur de finir comme les autres
Tu voudrais tant que deux plus deux
Puissent s’étonner
Tu voudrais que les indifférents brûlent
Chaque fois que tu prononces le mot
Aimer
Tu voudrais dire à ceux qui partent
Que de toute façon ils ne renoncent à rien
Parce qu’ils rencontreront des gens là-bas
Qui veulent partir ailleurs
Pour ne pas mourir d’une overdose de solitude
Tu voudrais prendre le train
Qui va vers une gare où la pendule
Est sans aiguilles
Parce que le chef de gare est souriant

Poèmes de jeunesse…

Un souffle
De vie.
Pour longtemps.
Deux sourires,
Soudain.
En format souvenir.
Une joie,
Qui cogne
Aux fenêtres d’un civilisé du retard.
Rapide,
Un regard qui dure.
Deux regards qui tremblent
Et ils comptent
Sur leurs échiquiers intérieurs
Les fous qui leur jouent
Un hymne de mots
Pour un soir
Qui dure
Et ils trouvent ensemble
La route des autres
Et ils s’aiment
Vite

Mes Everest. Et basta, Léo Ferré

Les mots d'Eric

J’écris beaucoup en ce moment, mon quatrième roman,et je noircis des carnets…Pour m’accompagner dans mon inspiration j’écoute Ferré, notamment Et Basta, certains passages sont d’une puissance sans pareil…

La solitude est une configuration particulière du mec : une large tache d’ombre pour un soleil littéraire
La solitude c’est encore de l’imagination
C’est le bruit d’une machine à écrire
J’aimerais autant écrire sur des oiseaux chantant dans les matins d’hiver
J’ai rendez-vous avec les fantômes de la merde
Les jours de fête, je les maudis, cette façon de sucre d’orge donné à sucer aux pauvres gens, et qui sont d’accord avec ça et on retournera lundi pointer
Je vois des oranges dans ce ciel d’hiver à peine levé
Le soleil, quand ça se lève, ça ne fait même pas de bruit en descendant de son lit. Ça ne va pas à son bureau, ni traîner Faubourg Saint-Honoré et quand ça y…

Voir l’article original 106 mots de plus

Mes Everest : Albert Camus , l’exil et le royaume…

Les mots d'Eric

…Des guirlandes d’étoiles descendaient du ciel noir au-dessus des palmiers et des maisons. Elle courait le long de la courte avenue, maintenant déserte, qui menait au fort. Le froid, qui n’avait plus à lutter contre le soleil, avait envahi la nuit ; l’air glacé lui brûlait les poumons. Mais elle courait, à demi aveugle dans l’obscurité. Au sommet de l’avenue, pourtant, des lumières apparurent, puis descendirent vers elle en zigzaguant. Elle s’arrêta, perçut un bruit d’élytres et, derrière les lumières qui grossissaient, vit enfin d’énormes burnous sous lesquels étincelaient des roues fragiles de bicyclettes. Les burnous la frôlèrent ; trois feux rouges surgirent dans le noir derrière elle, pour disparaître aussitôt. Elle reprit sa course vers le fort. Au milieu de l’escalier, la brûlure de l’air dans ses poumons devint si coupante qu’elle voulut s’arrêter. Un dernier élan la jeta malgré elle sur la terrasse, contre le parapet qui lui…

Voir l’article original 58 mots de plus

Lourdes pierres noires…

Dans le fonds asséché de mon puits à rêves bleus
De lourdes pierres noires emplissent le vide de ma page blanche
Mots fleurs, mots ciels, mots vagues
Tous sont écrasés
Ils se tordent le cou pour inventer le chant
Des rimes en rires
Ils se tordent le cou pour s’échapper
De l’humide étreinte du nœud coulant qui les étouffe

Poèmes de jeunesse…

Parce que c’était triste sans mensonges
Il était né sur un papier qui attendra la poubelle
Il avait vécu sur une croûte de vie qu’avait produite
L’histoire du malheur de ses frères
Qu’il ne rencontrerait jamais
Parce qu’eux aussi, ils se sentaient si seuls
Qu’ils oublient parfois d’en regarder
Ailleurs…

Mes Everest : Bernard Lavilliers, le stéphanois…

Les mots d'Eric

On n’est pas d’un pays, mais on est d’une ville
Où la rue artérielle limite le décor
Les cheminées d’usine hululent à la mort
La lampe du gardien rigole de mon style
La misère écrasant son mégot sur mon coeur
A laissé dans mon sang sa trace indélébile
Qui a le même son et la même couleur
Que la suie des crassiers, du charbon inutile

Les forges de mes tempes ont pilonné les mots
J’ai limé de mes mains le creux des évidences
Les mots calaminés crachent des hauts fourneaux
Mes yeux d’acier trempés inventent le silence
Je me saoule à New York et me bats à Paris
Je balance à Rio et ris à Montréal
Mais c’est quand même ici que poussa tout petit
Cette fleur de grisou à tige de métal

On n’est pas d’un pays mais on est d’une ville
Où la rue artérielle limite le décor

Voir l’article original 15 mots de plus

Poèmes de jeunesse…

Je vais republier quelques uns de mes poème de jeunesse pour la plupart écrits entre 1977 et 1981

Aux adultes en sursis d’enfance
Un enfant passe
Une histoire l’attaque
Le rabote l’assoiffe et l’affame
Le pousse
Au supplice du sentiment d’habitude
Devant les adultes majuscules
Qui ont mal conjugué
Leur verbe aimer
Et il est tombé
Dans un trou
Où les ombres s’ennuient
Par manque d’éternité

Parlez moi de la mer…

Déjà publié, mais j’aime tellement ce texte…

Je n’en peux plus du bruit de la peur,

Je n’en veux pas de la suie grasse de vos haines,

Je n’en veux plus des complaintes aux rimes dures.

Parlez moi de la mer, je vous en prie.

Où sont les vagues,

Où sont-elles?

Entendez le vent,

Il pleure, vous dis-je,

On l’oublie,

Il est seul, il appelle.

J’entends son chant qui ondule,

Mes yeux se ferment,

Petites larmes coulent.

Vagues amères,

Douces et belles,

Sur les rives de mes lèvres muettes

Ont répondu, ô vent, à ton appel.

Parlez moi de la mer je vous en prie…

Le soir glisse doucement…

Le soir glisse tout doucement, il vient de l’Ouest chargé de cette douceur qui le font espoir
Le soir avance, le lac l’attend, repu de cette journée où chaque ride de l’eau est comme un sourire
Un sourire pour dire à la mer, si loin, que dans les regards qui se posent sur cette surface apaisée
Il y a comme un air marin
Le soir descend des montagnes,
On respire dans l’air qui descend les fleurs des sommets
Pas un bruit de moteur, pas un cri mécanique, le silence est simple
Il est venu avec le soir, les yeux se ferment, le souffle est profond
Dans la tête et dans les corps le lac s’est invité
L’oiseau s’est posé, le temps s’est ralenti
Maintenant il faut rentrer, les yeux vont se fermer, tout est apaisé

L’usine a fermé…

L’usine a fermé,
Pas un homme pour cisailler l’épaisseur du silence
Pas un homme pour entailler la longue surface de gris
La broussaille avance, les cheminées ne rêvent plus
D’atteindre de leurs soupirs métalliques un ciel au bleu oublié
Le monstre s’est affalé, les cris sont avalés
Ne reste plus qu’une odeur de terre
Une odeur de terre orpheline des fers qui l’ont abîmée
Muette de la rouille qui la faisait chanter
Ne reste plus qu’un chant d’oiseau, c’est beau
Ne reste plus qu’un soupir de trop

Tous les murs sont achevés…

Il est déjà tellement tard
Plus rien n’est à commencer
Tous les murs sont achevés
Les regards se sont affadis
Les épaules sont entrées
Le visage est affalé

Pourtant

Pourtant il faudrait
Il faudrait ouvrir des fenêtres
Laisser entrer des éclats de rêves mauves et bleutés
Et soudain redresser le menton
Bomber le torse
Et contempler en riant
Le souvenir d’un arbre lointain

Dans ma mémoire de papier…

Dans ma mémoire de papier, une feuille blanche
Qui pleure, larmes de mots gris
J’entends la tempête à l’intérieur,
Le vent coule dans mes veines.
Dans mon ordre intérieur,
Pas une ligne droite, pas un battement de cil
Dans le désordre de mon cœur
Des sourires aux courbes bleues
Des mains qui se posent,
Les doigts qui s’effleurent,
Dans la bouillie de mes rêves
Tout est joie qui se pose

Poème de jeunesse…

Un texte écrit il y a quarante trois ans

C’est le soir comme tous les jours

Un homme se meurt

Ou il périt noyé dans l’océan

De tortures

Un homme aime

Ou il pleure sur sa compagne

Finale

Point à la ligne

Un homme naît

Ou il crie parce qu’il ne connait

Personne

Pas même en rêve

Un homme tue

Ou triche contre ses règles

Très propre

Bien baptisé

Un homme hurle

Il a peur

Alors il écrit

Tout droit

Au cœur

Peut-être

Le vieil homme est endormi…

Un texte pour mon père , avec une photo d’un des lieux de son enfance. Je pense à lui ce soir très fort,

Un vieil homme au regard gris

Ferme les yeux

Il ne fixe plus le haut du mât

De ses vies passées

Les draps noirs de sa mémoire fripée

Dans la brume de nos larmes se sont emmêlés

Pas un qui ne claque

Pas un qui n’appelle

Le vieil homme est endormi

Il ne reçoit plus le chant des cargos

Dans le blues de son regard qui s’éteint

Les vents de l’Ouest se sont abîmés

N’oublie pas…

Janvier 2015, janvier 2022, sept ans après on n’oublie pas les victimes de Charlie Hebdo

Dans l’hiver bleu
De ta mémoire encombrée
N’oublie pas
Les lourdes traces
Que la haine a laissées.
Dans les flammes ocres
De tes souvenirs douloureux
N’oublie pas
Les douces braises
Que l’humanité a attisées.
Sur la route mauve
De ta liberté écartelée
N’oublie pas
Les regards effarés
Des plumes qui se sont envolées…

Le tribunal académique entre M et N

Le tribunal académique s’est réuni ce matin en sa forme plénière et consultative. Il vient, en effet, d’être saisi par un grand nombre de citoyens, et a rendu un avis important, difficile, mais ô combien urgent.
Pour cette occasion, exceptionnelle, un collège de jurés a été constitué. Sa composition est, convenons- en un peu particulière. Y siègent : un poète, une militaire, un adolescent, une militante, un amoureux éconduit, un clown au chômage, une dresseuse d’ours, un cruciverbiste, et une religieuse défroquée…
Revenons aux faits : depuis quelques temps deux mots, et non des moindres, posent un problème. Deux mots qui, si on n’y prête garde, pourraient se ressembler. Il suffit d’ailleurs de les entendre. Deux mots, aussi, qui lorsqu’on écrit sur une feuille de papier un peu verglacée peuvent déraper…

Le président du tribunal résume en quelques mots la décision qui vient d’être rendue.
« Mesdames et Messieurs les jurés, chères et chers collègues, nous nous sommes réunis ce matin pour examiner, vous le savez : Haine et Aime… Les débats ont été animés mais sans haine et c’est cela que j’aime. »
« Aime et Haine vous le savez, vous le constatez, sont proches à l’oreille, ils le sont aussi à l’écrit et nous ne devons plus courir le risque qu’ils soient confondus… »

« A l’oreille, donc, les deux mots sont si proches qu’on les croirait, tout droit, sortis de l’alphabet. M est devant N, c’est un fait. Mais pouvons-nous, acceptons-nous d’en dire autant de Aime et de Haine. Cette promiscuité est nauséabonde, préjudiciable et disons le « inacceptable ». En conséquence nous exigeons, que N soit isolé et relégué à la place qu’il mérite et qui lui revient, en dernière position après le Z. Décision exécutable immédiatement. »

« L’autre problème est le risque de dérapage à l’écrit. Certes nous conviendrons que ce n’est pas courant, mais le collège des jurés souhaite ne prendre aucun risque. Qu’un distrait oublie le H de haine et que la main tremble et ajoute une jambe au n et le mal est fait. Les deux mots doivent, c’est impératif être séparés, distingués. En conséquence, le tribunal décide que quiconque décide d’utiliser ou d’écrire le mot haine doit, au préalable, adresser une demande écrite au collège des jurés qui à compter de ce jour devient un jury permanent. Cette demande devra indiquer les raisons pour lesquels le demandant envisage d’utiliser ce mot. Les jurés ont précisé que cette demande devrait être adressé sur une feuille de papier fleuri, et que la police utilisée serait le colibri… Le demandant sera ensuite convoqué et devra sous contrôle et avec le sourire écrire 100 fois le mot AIME..

C’est le matin qui siffle…

Dans le bout de nuit

Qu’il te reste à inventer,

Tu te cognes aux angles secs

D’ombres épaisses.

Elles avalent le son de feutre

De ton pas glissant.

Pas un chant, pas un souffle,

C’est le matin qui siffle.

Le silence est lourd

Des mots doux qu’il retient ;

Il traîne avec lui

Des restes de rêves,

Images brèves d’un monde enfoui

Au fond du ciel sombre

D’une mémoire endormie.

Tu avances, à tâtons,

Ta main se pose,

Longue caresse,

Sur la peau de papier.

Ton cahier est là,

Il est seul,

Sourires

Il attend.

Carnets : 6 , le froid me transperce…

Le froid me transperce !

Oui c’est vrai, ce soir il fait froid, très froid même, un froid vif qui vous traverse de part en part. Si vous suivez mes chroniques vous savez certainement que je suis déjà affublé de nombreux petits trous de mémoire. Croiriez- vous pour autant que ce satané froid perçant choisisse de s’engouffrer dans ces nombreuses cavités dont d’ailleurs je ne me souviens jamais où elles se situent ? Non, ce serait trop simple et quand la bise du soir se lève elle préfère achever le travail et me voici transformé en passoire. Il faudrait surement que je me raisonne et que je serre les dents mais le souci est qu’elles claquent. Elles claquent et si je m’écoutais je n’aurai qu’une hâte c’est prendre mes  cliques et mes claques pour rejoindre un pays sans hiver. Que nenni me dit-on ! Dans ces pays la chaleur est si lourde qu’elle vous assommera et si vous n’y prêtez garde vous conduira au fond du trou. Tout cela est, vous en conviendrez, bien compliqué : entre le froid qui me troue, la mémoire qui se troue et l’envie de soleil qui m’attire j’hésite, je tâtonne. Et comme je suis quelqu’un qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot, je m’agite et je fais les cent pas : le plus important étant bien entendu de ne pas rester cloué sur les deux mains dans les poches.

Mais savez-vous, il fait si froid que j’aime profondément le trou noir et chaud de mes poches percées.

Le trou noir : tiens donc…

J’ai trempé ma plume dans l’encre de ses yeux…

Déjà republié, mais qu’importe j’aime beaucoup ce texte…

Homme marche en riant,

Deux trois miettes de nuit

Attendent au silence montant.

Sur le chemin, Homme est arrêté.

En plein vol, un mot a attrapé.

Sur les lignes de sa main,

Doucement l’a posé.

Toute la journée,

Homme a poli,

Homme a aimé

Mot rond aux lettres repliées.

Quand le soir est arrivé,

Souriant, Homme l’a libéré.

Mot doux s’est envolé.

Il chantait, il dansait, il planait.

Si gai, dans l’air léger,

Sur un fil d’encre bleue,

En sifflant il s’est posé.

Homme est reparti

Et dans le soir fredonnant,

J’ai trempé ma plume

Dans la lumière de ses yeux.

4 janvier 2020

Première inspiration…

Retour sur ma première inspiration 2021

Les mots d'Eric

C’est ma toute première inspiration depuis un long silence, ma première inspiration de l’année

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Page blanche et dure

Allongée sur le sol gris et mou

D’une fin de nuit

Epaisse

Gluante

J’entends le cri plaintif des articulations

Rouillées à l’humide des dernières pluies

Le muscle des voyelles est douloureux

Celui des consonnes est contracté

Allongé

Les yeux fermés

J’attends la marée des mots bleus

Mardi 5 janvier 2021

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Carnets : 3, j’ai un trou de mémoire…

J’ai un trou de mémoire…

J’ai un trou de mémoire… Curieuse non cette expression ? Pour ma part, j’ai plutôt l’impression quand je suis confronté à ce problème de trou qu’il s’agit plutôt d’un trou DANS la mémoire. Comme s’il s’agissait d’un panier percé. Et au bout du compte si on réfléchit un peu un trou ce n’est rien ou plutôt ce n’est que du rien, qu’un peu de vide autour de tout, d’un tout ou du plein pour ne pas dire du pain parce qu’un trou dans le pain ce n’est rien ou trois fois rien. Mais revenons à nos moutons : un trou de mémoire ne serait finalement rien ou presque rien. Et le presque est ici important : il rappelle que très souvent au bord du trou il y a un tas : le tas composé de ce qui a été extrait du trou avant qu’il ne devienne trou. Si je poursuis mon raisonnement je me dis que finalement tout est là, au bord, et qu’il suffit de chercher, de trier et alors on retrouvera bien quelque chose, pour combler le trou.

Je me relis et je me dis que tout cela n’est peut-être pas si clair, qu’il manque quelque chose, qu’il y a comme on le dit parfois un trou dans la raquette. Tout cela est bien complexe et plus j’avance plus je me dis que la solution est probablement au fond du trou.

Mais c’est une autre histoire

Carnets : 2, j’irai au bout de mes rêves…

J’irai au bout de mes rêves…

J’irai au bout de mes rêves. En voilà une bonne, une belle idée qu’on ne peut que partager. Mais…. Car il y a un mais : qu’y aura-t-il t’il au bout ? Je serai tenté de dire où de penser qu’au bout il y a le réveil et la dure loi de la réalité. De cette réalité propre au matin : une réalité raide, enkylosée ou ankylosante. Je ne sais quel ordre choisir. Et puis le bout, c’est la fin. Arriver au bout c’est terminer, achever, conclure, mettre un point final. Et s’agissant des rêves, ceux que je fais, qu’il me reste à faire, ceux que j’ai oubliés, ceux que je rêve de commencer, s’agissant d’eux je ne veux pas mais surtout pas aller au bout.

Non,décidément non, je ne veux pas aller au bout mes rêves. Je veux plutôt les poursuivre…

Poursuivre ses rêves : tiens donc qu’elle drôle d’idée ! Peut-être une nouvelle page de ce nouveau carnet.

La faim d’écrire

La faim d’écrire est forte, très forte, peut-être trop forte. Le garde-manger est plein, il déborde, il dégouline, de mots, de phrases déjà prêtes, qui attendent simplement la chaude caresse de la feuille que je leur ouvrirai.
Je n’ai pas besoin de les garder au frais. Ils se conservent très bien, mais sont peut-être trop nombreux. Je ne sais lequel choisir. J’ouvre la porte de la réserve. J’entends d’abord comme un murmure : « il est là, c’est lui, il va me choisir, c’est mon tour ». Ils attendent patiemment tous ces mots que j’aime. Certains sont couchés, bien à plat, à l’abri des regards mauvais, ce sont mes grands crus. Je reconnais libellule, il est seul, couvert de poussière, cela fait bien longtemps qu’il vieillit, peut-être trop ; il faudra que je me décide à en faire quelque chose. Au-dessus, mes préférés tout une rangée de flacons, de balbutiements, de mauves. Les casiers de brumes et de gris sont presque vides ; j’en ai peut-être trop consommé ces derniers temps. Dans le placard du fond j’ai stocké quelques phrases, toutes faites, toutes fraîches, mais je ne l’ouvre pas, je ne veux pas qu’elles s’échappent, il n’est pas encore temps, je dois chercher, encore, le menu, et tous les magnifiques plats qui le composeront. Je referme la porte de ma réserve, doucement pour ne pas éveiller les endormis, celles et ceux vers qui je ne vais jamais, parce que je les ai oubliés. Demain, peut-être je les retrouverai…
Peut-être.

Ecoute petit homme…

Ecoute petit homme,
Ecoute.
Il est si beau ce monde qui ne dit rien.
Il est si beau ce monde,
Il te parle, c’est le tien.

Regarde petit homme heureux,
Regarde ces furieux,
Fanatiques, frénétiques,
Ils ont le cœur électrique.

Ils préparent la prière,
Hymne cathodique
Aux rimes numériques,
C’est le matin du malin.

Nuques raides, regards vides,
Les impatients sont livides,
Epuisés, lessivés,
Un long sommeil les a lavés.

Ô Nuit blanche et câline,
Ne t’épuise plus à blanchir
Ces haines rances à mourir.
Semées sur l’écran creux
De leurs rêves sans bleu.

La nuit les a libérés.
Il est l’heure,
Affamés, ils attendent
La victime par eux condamnée.
Leurs mots sont prêts
Ils vibrent, affutés, aiguisés,
Ils vont frapper !

Pas un regard pour ton monde qui sourit.
Ils attendent leurs matins numériques.

Rien ne brille, rien ne bouge

Hystériques ils cliquent, ils cliquent
Ils cliquent,
Et ce matin, petit homme,
C’est une claque,
Une claque pour les creux.
Les écrans sont lisses et vides.

Les nouvelles du jour ?
Parties, envolées, manipulées, falsifiées ?
Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…

Le monde les voit
Il pleure de cette embolie
Il rit de cette folie

Mais cette nuit, petit homme,
Le monde a agi.
Le monde ne regrette rien
Il le fallait, il l’a fait.

C’est si simple,
Petit homme
La poubelle était pleine,
Le monde l’a vidée,
Et dehors l’a laissée.

Cours, vole…

Quand le monde est si bruyant,
Qu’il couvre même le vent,
Quand les regards sont de travers
Que les yeux se noient dans le triste amer


N’entre pas dans l’arène,
N’aiguise pas tes lames numériques
Fais comme tes pères
Et rêve d’Amérique


Il faut que tu marches jusqu’au bout
Là-bas, si loin
Ou l’île se blottit
Dans les bras de l’océan


Si tu ne peux pas partir,
Tête haute
Marche jusqu’aux souvenirs
Prends le chemin le plus malin


Cours, vole, rêve, espère,
Souris de cet air qui te fouette

Mais ne laisse pas gagner
La fanfare des maudits
Laisse-les s’agiter, vociférer,


Demain tu verras
Ils seront oubliés

Réveils…

Sur une page endormie

De mon cahier du matin

J’ai laissé traîner

De longues traces de ciel

Derrière les marges sombres

D’un lointain horizon

J’entends le réveil bougon

De brumes en bataillon

Il est enfin venu ce temps me dis-je

Enfin venu ce temps du nuage

Où au bord de la feuille sage

Douce et jolie rime se fige

Mes Everest, Peter Handke : le recommencement…

Les mots d'Eric

Voilà pour le vieil homme. – Mais moi, à la fin de ce récit, et dussé-je mourir aujourd’hui même, je me vois maintenant au milieu de ma vie, je contemple le soleil du printemps sur ma feuille blanche, je repense à l’automne et à l’hiver, et j’écris : Narration, mon Saint des Saints, rien n’est plus que toi de ce monde, rien n’est plus juste que toi. Narration, patronne du Guerrier Lointain, ma maîtresse. Narration, le plus spacieux de tous les véhicules, char céleste. Œil de la narration reflète-moi, car toi seul sais me reconnaître et me rendre justice. Bleu du ciel, descends jusqu’à l’abîme par la narration. Narration, musique de la sympathie, fais-nous grâce, donne-nous la grâce et sanctifie-nous. Narration, mélange fraîchement les caractères, parcours de ton souffle les successions de mots, assemble-toi en écriture et trace dans le tien notre dessin à tous. Narration, recommence, c’est-à-dire renouvelle …

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Neige

On ouvre ses volet et oh

Première neige est là

L’œil plissé d’un reste de sommeil  

S’ouvre en grand

Ce matin est si blanc

Oh il a neigé

Flocons légers

Se posent sans un bruit

Chut rien ne bouge

La nuit continue au dedans

Il fait si chaud

Dans le creux des rêves d’enfant

Ses mains se posent…

Ses mains se posent.
A plat, fines et légères
Ses mains reposent, ailes d’ange
Autour le silence
La douceur s’impose
Sur ses doigts mon regard se pose,
Longs pétales, d’un regard je les effeuille
C’est beau ces yeux d’ailleurs
Sur la peau, ils effleurent,
Quand la lumière faiblit,
Quand les derniers rayons sont suspendus
C’est beau cette main, entre ombre et lueur
Je ferme les yeux, sa main est fleur
Les doigts se touchent
Un frisson m’entoure
J’aime ses mains,
Elles lisent en moi

Il y a le bruit de la mer…

Je ferme les yeux, doucement, tout doucement,
Derrière les paupières, une lumière si douce
Légère et si fraiche, une caresse que mon regard comprend
Et soudain, derrière mes yeux, il y a ton regard brillant
Tes yeux, mes yeux nos regards mémoires,
Mes yeux, tes yeux nos yeux qui s’effleurent et s’entendent
Dans nos regards, il y a la mer et la brume.
Dans nos regards, il y a tant de souvenirs,
Regarde petite, regarde,
Regarde à l’intérieur de ton coffret à images
Il y a quelques bijoux qui brillent pour deux
Ecoute, petite écoute
Ecoute dans le creux de ta main
Il y a le bruit de la mer qu’ils ne sont deux qu’à entendre
Il est loin et la caresse de ses mots te sèche les larmes
Au coin de ton regard le sel a séché,
C’est beau, c’est si bon à caresser

Poèmes de jeunesse : « coupables : on voté…

Les mots d'Eric

La foule l’avait condamné à mourir

Parce qu’il avait tué

Une des brebis

De leur troupeau d’indifférence

Ils aimaient la vie…

Le dimanche en voiture

Dans un cortège funèbre

Qu’ils vénéraient

Parce qu’ils avaient pour jumeau

Ce pays FRANCE

Ils poussaient dans ce jardin

Où les mauvaises herbes

Meurent au napalm

A la balle perdue

Où à la torture cachée

Ils ignoraient que le lendemain

Peut être celui du je t’aime

Pour eux

Il était celui du rêve électrisé

Qu’ils croyaient avoir eu

Ils faisaient l’amour

Comme on achète le journal

Bonjour

Merci

Il fait beau

C’est tout

Ils disent aimer un enfant

Parce qu’à Noël

Ils le font légionnaire

Ou infirmière

Parce qu’il le brûle

Sur une plage quand vient l’été

Institutionnelle

Ils le grille

Côté face, côté pile

Côté cœur

Ils ont peur

Ils ont du fric

Ils ont peur

Ils ont le flic

Et toi t’es mort

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Mes Everest : « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »

Les mots d'Eric

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c’est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays.
Cœur léger cœur changeant cœur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes nuits
Que faut-il faire de mes jours
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m’endormais comme le bruit.
C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au…

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Dans un sac à papier

Pour ce long voyage au pays des bruyants

Il avait commencé une provision de silences

Dans un sac à papier froissé

Quelques trous de mémoire

Sagement attendaient

Il est si bon de ne rien dire

Quand tous sur l’écran tête baissée

Rêvent de participer

Son sac à mots était empli de douceurs

Bondé de rondeurs

Pas un jour ne passait

Sans qu’il n’y plonge la main

Pour déguster un autre demain

Mes Everest poétiques : le bateau ivre…

Les mots d'Eric

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmés lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour!

…Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants: je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir!

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Les couleurs ont disparu…

Les mots d'Eric

Parce qu’il ne faut pas vivre que sur ses réserves, même si elles sont « copieuses », je publie ce soir un inédit, tout chaud, terminé à l’instant…

Avalées en trois souffles de gris,

Qu’une pluie froide dilue

Les couleurs ont disparu.

Goutte à goutte,

Le ciel se pose,

Il s’étend, s’étire,

Prend ses aises.

Les yeux se plissent,

Ils cherchent le bout.

Les yeux se plissent,

Ils redressent les courbes.

La route devient molle,

Elle glisse,

Dans les bras de la brume.

La nuit n’est plus très loin,

Elle attend, là-bas,

Après le bout,

Après le tout.

Tu baisses les paupières,

Doucement,

Petites billes de lumières,

Étouffent l’hiver au tournant.

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Bienvenue Amélia…

Comme je l’ai annoncé ce matin en préambule de mes « republications », Amélia, ma cinquième petite fille, a pointé le nez hier, et voici donc le texte que j’ai écrit pour lui souhaiter la bienvenue…

Dans la molle brume
D’un grisâtre novembre
Petite fleur belle et douce
Parfum de promesses
Pousse si lourde porte
Du trop long jour de rien
Bienvenue Amélia
Oh oui petite Amélia
Bienvenue ne crains rien
Le monde déjà ouvre les bras
Tu verras
Il te sourira
Il t’existera
Bienvenue Amélia
J’entends déjà la rime jolie
De ton rire qui viendra
Bienvenue Amélia
Regarde
Ils sont trois
Ils sont joie
Ecoute Amélia
Ecoute le chant des impatients
Ecoute ils t’attendaient
Tu seras leur refrain
Tu seras leur doux demain
Tu seras le chaud levain
De ce beau verbe aimer
Qu’ensemble vous conjuguerez
Bienvenue Amélia

Léon mon petit-fils est né aujourd’hui…

Et voici le deuxième…

Les mots d'Eric

Depuis ce matin je suis grand-père pour la quatrième fois. J »ai écrit ce texte pour lui, pour nous…

Léon

Le matin s’annonçait lourd,

Poisseux, gluant,

Un mardi pesant,

Déterminé à rouler sa longue litanie

D’ombres confinées…

Et soudain,

Mon cœur se met à chanter,

Mélancolie doucement s’est retirée,

Oui là,

Au bord de la mémoire tiraillée,

Un bouquet de couleurs,

Sur mon bonheur s’est imprimé.

On oublie le gris,

On rit, on pleure, c’est lui.

Le voici, il est là…

Petit d’homme

Aux aurores s’est annoncé.

J’arrive nous dit-il…

J’entre dans votre monde,

Oh je sais,

Il est un peu abimé,

Mais ne vous inquiétez pas,

Je vous ai entendu,

Oh oui,

Vous m’avez déjà tant aimé

Vous m’avez attendu

Vous m’avez espéré

C’est fait, je suis là

Je vais vous rassurer

Je suis Léon,

Et ce monde que vous m’avez rêvé

Avec vous tous,

Nous allons le réparer…

14…

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Petit homme…

Depuis hier, je suis grand-père, chez moi on dit papou pour la cinquième fois. Pour les deux derniers arrivés, l’un en janvier 2020, l’autre en avril 2020 j’avais écrit un petit poème. Je les publie à nouveau, avant, ce soir j’espère de publier celui en l’honneur de Amélia.

Les mots d'Eric

Ce soir je suis grand-père pour la troisième fois…Je ne pouvais pas, ne pas lui offrir quelques mots

Bienvenue petit homme,

Bienvenue !

On est là,

On attend !

Le coffre à sourires est plein à craquer…

Elle est belle la vie,

Si belle, tu sais.

Tu verras elle brille déjà pour toi.

Ecoute petit homme

Écoute ces rires d’enfants,

Ils chantent ton arrivée.

Écoute…

Tes sœurs seront bientôt là

Roule, roule, bonheur

Petit homme est là…

10 janvier 2020

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L’homme est heureux…

L’homme est heureux,
Il le dit, il le rit.
Autour de lui,
Pas un œil qui ne luit.

L’homme est heureux
Son cœur bat pour deux
« Je vais marcher,
Il le faut, c’est si beau. »

« Je vais marcher,
Et lèverais les yeux. »
L’homme inspire,
L’air est si frais,

L’homme s’emplit de vrai…

Il faut attendre lui dit-on
L’heure n’est pas aux rêves creux ;
Il faut entendre le souffle fatigué
D’un bleu délavé, lessivé
Par la basse marée.

L’homme n’écoute pas,
L’homme est heureux.

Mes Everest, Demain, Léo Ferré

Les mots d'Eric

Au premier hibou de service, à Orly, je me tire, c’est sûr. Je n’ai pas le temps de vous expliquer pourquoi, mais c’est ainsi. Moi, les oiseaux de nuit, je les mets à mon heure, les fuseaux horaires, je m’en arrange. Sur mon hibou 747 je pars en vacances, et mes vacances c’est Demain. Demain, c’est la mort aux lèvres et le sourire de la Joconde rentrée dans le poing de Vinci.
Demain c’est la seule idée valide que je vous concède. Vos constitutions, vos morales, votre café au lait du matin, vos chemises échancrées qui plissent sur le pressing, le premier à gauche, dans votre quartier, tout ce qui vous muselle, tout ce que vous adorez, tout ce qui est votre mort quotidienne, tout cela, pour moi, c’est terminé.
Sur les lacs, des chevaux mangent des fleurs fanées, et leurs photos ses reflétant dans les eaux tristes leur reviennent…

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Sur le quai…

Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

Mes Everest, Albert Camus, extrait de la mort heureuse…

Les mots d'Eric

La maison s’accrochait au sommet d’une colline d’où on voyait la baie. Dans le quartier on l’appelait la maison des trois étudiantes. On y montait par un chemin très dur qui commençait dans les oliviers »
Tout entière ouverte sur le paysage, elle était comme une nacelle suspendue dans le ciel éclatant au-dessus de la danse colorée du monde. Depuis la baie à la courbe parfaite tout en bas, une sorte d’élan brassait les herbes et le soleil, et portant les pins et les cyprès, les oliviers poussiéreux et les eucalyptus jusqu’au pied de la maison. Au cœur de cette offrande fleurissaient suivant les saisons, des églantines blanches et des mimosas, ou ce chèvrefeuille qui des murs de la maison laissait monter ses parfums dans les soirs d’été. Linges blancs et toits rouges, sourires de la mer sous le ciel épinglé sans un pli d’un bout à l’autre de l’horizon…

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Apprendre à se taire…

J »ai déjà publié ce texte, il est toujours d’actualité, plus que jamais…

Il faudrait pourtant apprendre à se taire. Apprendre à ne rien dire. Oui, ne rien dire de ce qui sera toujours de trop. Prendre le temps de sentir, ressentir et puis écouter, toucher, entendre, simplement. Il faudra apprendre à se confronter au silence, en apprécier la douceur. Il faudra apprendre à ne plus prendre le risque d’abîmer les envies de sourire, de se serrer, de se souvenir, de se retrouver et tout cela pour exister. Exister, résister, éliminer du champ de batailles de nos envies retrouvées, toutes ces paroles inutiles qui emplissent déjà de lourds silos de haines ordinaires. Il faudra éliminer tout ce bruit qui nous enterre, ce bruit qui nous fait mal. Ne plus commenter, essayer de comprendre.

Oui simplement essayer, ou alors ne rien dire…

Rêve mauve…

Il est l’heure de la lumière,

Il me reste un bout de rêve mauve.

Infime miette dans un bol de rire noir,

Laissée là, douce et croquante

Par une nuit rassasiée.

Au creux du silence du matin qui gémit,  

J’avance tête baissée,  

Tirant sur le long fil de ce songe qui sourit.

Mes Everest, Lamartine : les voiles…

Les mots d'Eric

Quand j’étais jeune et fier et que j’ouvrais mes ailes,
Les ailes de mon âme à tous les vents des mers,
Les voiles emportaient ma pensée avec elles,
Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.

Je voyais dans ce vague où l’horizon se noie
Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin
Des continents de vie et des îles de joie
Où la gloire et l’amour m’appelaient de la main.

J’enviais chaque nef qui blanchissait l’écume,
Heureuse d’aspirer au rivage inconnu,
Et maintenant, assis au bord du cap qui fume,
J’ai traversé ces flots et j’en suis revenu.

Et j’aime encor ces mers autrefois tant aimées,
Non plus comme le champ de mes rêves chéris,
Mais comme un champ de mort où mes ailes semées
De moi-même partout me montrent les débris.

Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste,
Ma fortune sombra dans ce calme…

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Un mauvais rêve…

Dans le dernier virage d’une longue et pénible nuit

Il a perdu le contrôle

Le rêve s’est emballé

Sur un bord mauve et mou de l’ondulante route

Une troupe de souriants font des signes suppliants

Il est encore loin le doux matin des enfants qui s’étirent

Il est déjà trop tard

Son rire matin

Sur une mauvaise plaque de mémoire s’est fracassé

10 novembre 2021

Mes Everest, cet amour : Jacques Prévert

Les mots d'Eric

Pour la première fois j’intégrer dans l’article de mon blog du son, pour entendre Serge Regianni dire magnifiquement bien ce texte exceptionnel de Jacques Prévert ;

Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au milieu de la nuit
Cet amour qui faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C’est le tien
C’est le mien
Celui qui a été
Cette…

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Mes Everest, Tristan Corbière : « la cigale et le poète…

Les mots d'Eric

Et comme annoncé hier, voici la cigale et le poète qui ferme le recueil « les amours jaunes »

Le poète ayant chanté,
Déchanté,
Vit sa Muse, presque bue,
Rouler en bas de sa nue
De carton, sur des lambeaux
De papiers et d’oripeaux.
Il alla coller sa mine
Aux carreaux de sa voisine,
Pour lui peindre ses regrets
D’avoir fait — Oh: pas exprès! —
Son honteux monstre de livre!…
— « Mais: vous étiez donc bien ivre?
— Ivre de vous!… Est-ce mal?
— Écrivain public banal!
Qui pouvait si bien le dire…
Et, si bien ne pas l’écrire!
— J’y pensais, en revenant…
On n’est pas parfait, Marcelle…
— Oh! c’est tout comme, dit-elle,
Si vous chantiez, maintenant!

Tristan Corbière,Les Amours jaunes, 1873

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Mes Everest, Tristan Corbière : le poète et la cigale…

Les mots d'Eric

Le poète et la cigale ouvre le seul recueil de Tristan Corbières : « les amours jaunes » en 1873, je vous proposerai demain de découvrir « la cigale et le poète » qui ferme ce même recueil

Le poète ayant rimé,
IMPRIMÉ,
Vit sa Muse dépourvue
De marraine et presque nue :
Pas le plus petit morceau
De vers ou de vermisseau.
Il alla crier famine
Chez une blonde voisine,
La priant de lui prêter
Son petit nom pour rimer.
(C’était une rime en elle.)
Oh ! je vous paierai, Marcelle,
Avant l’août, foi d’animal !
Intérêt et principal.
La voisine est très prêteuse,
C’est son plus joli défaut :
Quoi : c’est tout ce qu’il vous faut ?
Votre Muse est bien heureuse…
Nuit et jour, à tout venant,
Rimez mon nom… Qu’il vous plaise !
Et moi, j’en serai fort aise.
Voyez : chantez maintenant.

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L’homme est heureux…

Les mots d'Eric

L’homme est heureux,

Il le dit, il le rit.

Autour de lui,

Pas un œil qui ne luit.

L’homme est heureux

Son cœur bat pour deux

«Je vais marcher,

Il le faut, c’est si beau.»

«Je vais marcher,

Et lèverais les yeux.»

L’homme inspire,

L’air est si frais,

L’homme s’emplit de vrai…

Il faut attendre lui dit-on

L’heure n’est pas aux rêves creux;

Il faut entendre le souffle fatigué

D’un bleu délavé, lessivé

Par la basse marée.

L’homme n’écoute pas,

L’homme est heureux.

27 décembre

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