
L’enthousiasme est général. Le RDV est fixé à dix heures. On montera à pied : le départ n’est pas très loin de la petite maison dont a hérité Edouard.
Armand fixe Edouard : haine, mépris, Edouard en est convaincu.
Ils sont au pied de la voie. Violette ouvre la marche, c’est la plus expérimentée. Elle est suivie de Françoise et Rémi puis Lucie. Armand et Edouard ferment la marche.
Tout le monde est étonné de voir qu’Edouard a pris un sac à dos. Lucie le lui dit.
- Mais pourquoi tu t’embarrasses avec un sac, déjà que tu as le vertige, ça ne va pas t’aider.
Le vertige. Rires. Moqueries. Edouard ne répond pas. Tout se passe comme prévu : les quatre premiers ont pris de l’avance. Armand n’est pas si à l’aise que cela.
Ils ne sont plus que tous les deux. Il se retourne. - Edouard tu sais je t’ai toujours détesté.
Edouard ne répond pas. Il s’est approché et n’est plus qu’à quelques centimètres. Il distingue la nuque d’Armand, une nuque moqueuse elle aussi. Il tient depuis un moment la seringue d’anesthésique dans la main. Il l’enfonce facilement dans la nuque un peu grasse. L’endormissement est immédiat. Ils sont à proximité d’une bifurcation qui propose une variante : une via ferrata souterraine. Armand est accroché comme un quartier de viande. La tête penche sur le côté.
Les autres sont arrivés.
Edouard décroche le corps et l’allonge dans une espèce de cavité. Il lui administre une dose de produit létal qu’il a dans son sac. La mort est immédiate. C’est un bien joli cadavre pense t’il. Il reviendra cette nuit pour bien le préparer, il en fera un chef d’œuvre.
Edouard rejoint les autres et explique que Armand a dû « décrocher » juste à l’embranchement et rebrousser chemin. - Il est rentré chez lui : une urgence transport à régler.
Ils sont redescendus à pied, sans parler. La fatigue peut-être ou plutôt plus grand-chose à se raconter. Edouard est avec Lucie. Elle le regarde et lui sourit. Elle est la seule avec Armand à n’avoir jamais quitté Cavaillon. - Lucie je peux te poser une question ?
- Oui bien sûr, pourquoi tu me demandes l’autorisation ?
- Je ne sais pas j’ai encore l’impression que tu te moques de moi, que vous vous moquez de moi, surtout avec Armand…
- Armand, oh tu sais, celui-là personne ne l’aime ici à Cavaillon ! C’est un arriviste, un m’as-tu vu, il continue de croire que parce qu’il a du fric tout lui es dû. Il est marié mais il est continuellement en chasse. Il est persuadé qu’il a du charme, que personne ne lui résistera. Moi la première. Quand je pense qu’il va à la messe tous les dimanches, j’espère qu’il se confesse mais j’en doute.
- Tu ne sais pas il se confesse peut-être en cachette
- Ça je voudrais le voir pour le croire. Personne ne l’a jamais vu à genoux, où même la tête baissée.
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