Le lac perdu, 4…

La traversée de la forêt n’est pas aussi agréable qu’ils l’auraient imaginé. L’air est humide, avec presque une vieille odeur de moisi. Le silence est surprenant. Pas de craquements, de bruissements, tous ces petits sons qui font le charme des forêts. Lucie lui tient la main, plus fermement que tout à l’heure. A ce contact Max sent qu’elle est un peu angoissée.

– Tu as peur ? Tu n’aimes peut-être pas marcher en forêt ?

– C’est vrai que ce n’est pas ce que je préfère… Et puis, je ne sais pas pourquoi, mais je ne me sens pas très bien. Je suis angoissé, mais ce qui est bizarre c’est que j’ai l’impression d’avoir déjà vécu cette scène. Pas toi Max ?

– Non, ce n’est pas exactement ça… Mais c’est vrai que je serai content quand on sera arrivé au lac. D’habitude, j’aime marcher au milieu des arbres, mais là…

– Et puis on dirait qu’on est les premiers à passer ici. C’est curieux que ce ne soit même pas fléché…

Max ne veut pas inquiéter Lucie mais, pour être franc, lui non plus n’est pas tranquille. Il ne comprend pas où est passé le canal. Peut-être qu’il est sous terre. Le lac n’est certainement plus très loin.

En effet, ils atteignent une clairière et brutalement, débouchent sur le lac. Le fameux lac perdu. Et pour être perdu, il est perdu. Ce qui est vraiment bizarre, c’est qu’on ne voit pas ce qu’il y autour du lac. On ne distingue pas les rives. Il faut dire que si c’était une fine brume qui flottait au-dessus du canal, là c’est une épaisse couche de brouillard qui pèse sur la surface de l’eau. Ils se sont arrêtés pour regarder. Lucie s’est encore rapprochée de lui. Il sent bien qu’elle n’est pas rassurée.

Max et Lucie ont les yeux qui piquent. Ils toussent. Ils avancent encore un peu.

– On va toucher l’eau… Elle doit être froide !

– Non ! Ne t’avance pas Max, je ne suis pas tranquille.

Et puis il y a une odeur qui peu à peu devient insoutenable. Une odeur de soufre. Max n’a pas écouté Lucie, il s’est approché, agenouillé et il a trempé la main dans l’eau. Il fait toujours cela, même s’il est évident qu’ils ne se baigneront pas. Pas aujourd’hui. Pas ici. Lucie s’impatiente.

– Bon, Max, tu as fini ? Moi je veux rentrer, je m’attendais vraiment à autre chose…Alors, cette eau, elle est comment ?

Max ne répond pas tout de suite. Il serre les dents. Non pas que l’eau ait été si froide, mais parce que la main lui pique, elle le brûle presque. Il l’a enfouie au fond de sa poche.

– Tu as raison on va prendre le train…


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