
La petite gare indiquée sur le plan est bien là. Ils s’approchent. C’est à peine une gare, plutôt une petite maison de garde barrière. Max a la nausée. La brume est tellement épaisse qu’on ne distingue qu’un halo de lumière au milieu d’une vague forme. Lucie presse le pas.
– C’est éclairé, il doit y avoir quelqu’un à l’intérieur…
Ils entrent. C’est vraiment une toute petite gare, avec simplement deux bancs pour attendre à l’intérieur. Pas de panneau d’affichage, simplement un distributeur automatique de boissons et autres friandises. Max se dit qu’ils iront boire un café, ça les réchauffera et leur éclaircira la gorge. Derrière un petit guichet, un assez vieil homme lit un journal. Il ne semble pas étonné de leurs présences. Comme s’il les attendait.
– Deux billets pour le centre-ville ?
– Oui s’il vous plait, le train part à quelle heure ?
– Dans un quart d’heure ! Vous aurez le temps de prendre quelque chose au distributeur.
Lucie ne dit rien. Elle serre encore plus fort la main de Max. Elle jurerait que le vieil homme a souri. Il est si pâle qu’elle met cela sur le compte du brouillard. Max a payé les deux billets ; cela ne coûte presque rien. Il demande d’où vient le train.
– Il n’est indiqué nulle part, il vient d’où monsieur ce train ?
– Je ne sais pas jeune homme, ce que je peux vous dire c’est qu’il est toujours à l’heure.
– Mais qu’est ce qu’il y a après le lac ?
– Après le lac, il y a l’usine. Vous ne sentez pas ? Elle n’est pas très loin.
Max est pris d’une quinte de toux. L’homme derrière le guichet lève les yeux et lui indique le distributeur.
– Vous toussez fort jeune homme, je vous conseille d’acheter une boîte de pastilles pour la gorge. Il y en a de très bonnes dans le distributeur. Vous verrez elles sont très efficaces.
L’usine, l’odeur de soufre, les yeux qui piquent, la gorge qui gratte. Et les fameuses pastilles. Lucie se rapproche de Max et lui souffle dans l’oreille.
– Tu as vu, c’est comme dans le film…
Ils sont sur le quai. Ils sont seuls. Le brouillard est tellement épais qu’on ne distingue pas la voie. Max et Lucie ne disent rien. Ils se tiennent par la main. Ils toussent. Soudain on entend un fracas métallique. C’est le train qui arrive au loin. Il entre en gare. Il s’arrête.
Ils montent dans un des deux wagons. Toutes les places sont occupées. Ce n’est pas grave, le trajet sera court. Max observe les voyageurs. Ce sont des ouvriers. Ils ne disent rien, ils semblent épuisés. On le devine à leurs regards vides et tristes.
Max se tient contre la paroi. On entend des toux. Lucie est tout contre lui. Elle est plus petite ; il sent la bonne odeur de ses cheveux. Cela le rassure. Il se penche, tout doucement, jusqu’à son oreille.
– Fini les films d’auteur à onze heures, Lucie, fini…
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