Déboussolé…

Photo de Monstera Production sur Pexels.com

C’est décidé, aujourd’hui Jules achètera une boussole. Il a besoin de vérifier quelque chose. Il faut dire que depuis quelques temps on lui reproche régulièrement d’être complétement déboussolé, d’avoir perdu le Nord. On lui a même dit la semaine dernière : « mon pauvre Jules tu est complétement perdu, tu ne sais plus où tu habites… ». Tout cela parce qu’il est totalement déconcerté par un monde qui ne tourne plus vraiment rond. Jules est de ceux qui reste résolument optimiste, il veut croire en un avenir meilleur, et il arrive fréquemment lors de débats en famille ou avec des amis qu’il dise : « tout va s’arranger, l’essentiel est de savoir où on va et ce que l’on veut… » Ses propos sont généralement mal compris, il arrive même qu’ils suscitent un profond étonnement. Cela va même jusqu’à la colère, lorsqu’il ajoute qu’il faudrait ne se contenter que de donner des bonnes nouvelles. C’est là qu’on lui explique qu’il a perdu sa boussole.
C’est la raison pour laquelle il a cherché un magasin spécialisé en boussoles et autres instruments de mesure. Il explique ce qu’il recherche, à savoir une boussole lui permettant de savoir où il se situe car on ne cesse de lui dire qu’il a perdu le nord. Le vendeur l’écoute attentivement et lui explique qu’il a ce qu’il lui faut. « C’est un nouvel appareil, qui lorsque vous la tiendrez dans la main se connectera immédiatement avec votre boussole interne et qui par l’intermédiaire de son écran numérique, vous dira quelle est votre position… ». Jules est surpris d’apprendre qu’un simple objet connecté va être capable de connaitre sa position alors que lui-même n’a généralement pas d’avis, non qu’il soit neutre, mais surtout parce qu’il ne souhaite pas s’enfermer. Bref, il veut bien acheter ce gadget « magique ».
Il ne l’essaie même pas dans le magasin. Il a confiance. Rentré chez lui, il s’installe confortablement dans le canapé de son salon, il sort la boussole et comme l’indique le mode d’emploi, il la pose bien à plat sur la paume de sa main. Il sent comme un étrange picotement, et en quelques secondes un message s’affiche sur l’écran.
« Votre position n’est pas claire. Il semble que vous ayez perdu le nord, mais le relevé de vos dernières positions connues indique que vous êtes complétement à l’ouest. Nous vous invitons à vous rendre sans tarder gare de l’Est, en y entrant par la porte Sud »

Rien…

J’écris beaucoup de nouvelles en ce moment, notamment des micro-nouvelles. Cela me donne l’envie de tenter l’expérience du trés très court, avec pourquoi pas une nouvelle rubrique….

Comme tous les matins, il ouvre la fenêtre. Ce besoin de savoir à quoi s’attendre…Stupeur : le paysage a disparu. Rien :  le vide. Ce n’est pas gris, ce n’est pas une nouvelle brume. Non ce n’est rien. Il sait très bien qu’il ne dort pas, on ne pourra pas lui faire le coup du « mais tu as rêvé… » Trop simple, trop classique. C’est simple il n’y a rien, plus rien. Autour de la table du petit déjeuner il n’en parle à personne. Il plaisante, il est de bonne humeur. Et soudain sa fille reste figée devant son écran.  

  • Papa, maman, je viens de recevoir une alerte !

Il pose tranquillement sa tartine.

  • Ah bon, et que dit-elle cette alerte ?
  • Et bien c’est ça qui est bizarre, elle ne dit rien !

Il ne répond pas mais se dit qu’il faudrait qu’il aille vérifier s’il a bien fermé la fenêtre…

28.01.2025

Rien…

J’écris beaucoup de nouvelles en ce moment, notamment des micro-nouvelles. Cela me donne l’envie de tenter l’expérience du trés très court, avec pourquoi pas une nouvelle rubrique….

Comme tous les matins, il ouvre la fenêtre. Ce besoin de savoir à quoi s’attendre…Stupeur : le paysage a disparu. Rien :  le vide. Ce n’est pas gris, ce n’est pas une nouvelle brume. Non ce n’est rien. Il sait très bien qu’il ne dort pas, on ne pourra pas lui faire le coup du « mais tu as rêvé… » Trop simple, trop classique. C’est simple il n’y a rien, plus rien. Autour de la table du petit déjeuner il n’en parle à personne. Il plaisante, il est de bonne humeur. Et soudain sa fille reste figée devant son écran.  

  • Papa, maman, je viens de recevoir une alerte !

Il pose tranquillement sa tartine.

  • Ah bon, et que dit-elle cette alerte ?
  • Et bien c’est ça qui est bizarre, elle ne dit rien !

Il ne répond pas mais se dit qu’il faudrait qu’il aille vérifier s’il a bien fermé la fenêtre…

28.01.2025

Lundi matin…

Jules avait pris l’habitude, tous les matins, d’aller chercher une baguette de pain frais chez le nouveau boulanger. Il ne lui fallait guère plus de dix minutes, en comptant évidemment l’ignoble côte derrière chez lui. C’était deux-cents mètres qu’on avait hâte de franchir et qu’on finissait généralement essoufflé. Le lundi matin, il lui avait semblé que cela montait plus que d’habitude, et surtout que c’était plus long. Il n’avait pas l’œil constamment rivé sur le cadran le sa montre, mais il lui semblait qu’il avait bien mis cinq minutes de plus. Le mardi, bien décidé à ne pas mettre plus de temps que la veille, il prit soin de déclencher son chronomètre. La côte était comme d’habitude mais, il fut bien obligé de constater, arrivé au sommet, qu’il était en sueur et surtout qu’il avait mis plus de temps pour ce simple franchissement. En poussant la porte de la boulangerie, il a regardé machinalement sa montre : cela faisait dix-neuf minutes qu’il était parti. Que s’est-il passé ? Pain croustillant sous le bras, il rentre gaiement ayant déjà oublié sa contre-performance. Le lendemain, le mercredi, le verdict est sans appel, puisque son chronomètre affiche vingt-cinq minutes. Nous sommes jeudi, Jules veut comprendre, il est plutôt en bonne forme physique en ce moment. C’est trente minutes après son départ qu’il arrive chez le boulanger.

  • Désolé, il faudra patienter un peu, la fournée n’est pas tout à fait cuite !  
  • C’est curieux j’aurai pourtant pensé que j’étais arrivé plus tard qu’hier…
  • Vous êtes venu hier ? Je ne me souviens pas vous avoir vu, c’est avant-hier plutôt ? D’ailleurs non je suis certain de ne pas vous avoir vu depuis lundi, j’ai même pensé que vous étiez peut-être malade.

Jules ne répond pas, il se presse de rentrer, il a certainement besoin d’un bon café. Sa femme est déjà assise, elle l’attend.

  • Et bien tu en as mis du temps…
  • Ah bon je ne me rends pas compte
  • Bon ce n’est pas grave, je vais pas râler, c’est quand même la première fois que tu vas chercher le pain, en plus un lundi matin !

Rien…

J’écris beaucoup de nouvelles en ce moment, notamment des micro-nouvelles. Cela me donne l’envie de tenter l’expérience du trés très court, avec pourquoi pas une nouvelle rubrique….

Comme tous les matins, il ouvre la fenêtre. Ce besoin de savoir à quoi s’attendre…Stupeur : le paysage a disparu. Rien :  le vide. Ce n’est pas gris, ce n’est pas une nouvelle brume. Non ce n’est rien. Il sait très bien qu’il ne dort pas, on ne pourra pas lui faire le coup du « mais tu as rêvé… » Trop simple, trop classique. C’est simple il n’y a rien, plus rien. Autour de la table du petit déjeuner il n’en parle à personne. Il plaisante, il est de bonne humeur. Et soudain sa fille reste figée devant son écran.  

  • Papa, maman, je viens de recevoir une alerte !

Il pose tranquillement sa tartine.

  • Ah bon, et que dit-elle cette alerte ?
  • Et bien c’est ça qui est bizarre, elle ne dit rien !

Il ne répond pas mais se dit qu’il faudrait qu’il aille vérifier s’il a bien fermé la fenêtre…

28.01.2025