Je suis trĆØs heureux de ce joli poĆØme que ma petite fille m’a Ć©crit. Elle sait bien ce qui me touche
MoisĀ : juin 2021
L’Ć©tĆ© se tisse

Sur une ronde palette de couleurs oubliƩes
Qu’un gris hiver sans joie ni fin a endormi
J’ai trouvĆ© une goutte bleue d’Ć©tĆ© au rire joli
Au bord de l’eau d’un vert voilĆ©
J’ai tissĆ© le lent demain du si bel Ć©tĆ©
Un bref extrait…
J’ai presque terminĆ© mon nouveau roman, alors je me suis dit, tiens pourquoi pas proposer un extrait, comme Ƨa, brut, un extrait pas retravaillĆ©, un extrait que j’aime… Il y en aura peut-ĆŖtre d’autres.

⦠Je suis arrivĆ©e Ć lāheure de la journĆ©e que je prĆ©fĆØre, ces heures de mai, qui sāĆ©tirent dans la douceur avec de la lumiĆØre plein les poches. Je suis arrivĆ©e dans ce bref moment où tout va se mĆ©langer, se confondre. On est dans lāentre deux. Les arbres, mes arbres, tremblent Ć peine. Je sais quāils me voient, je sais quāils me sentent. Je suis sorti, je les Ć©coute, jāentends ce quāils me disent. Et jāĆ©cris, je suis assise sur une pierre, elle est recouverte de mousse, jāai sorti le cahier, le gros, celui où je raconte, celui où je me raconte. Je le pose bien Ć plat sur les genoux que jāai serrĆ©s. Jāaime le bruit que font les pages quand un souffle les soulĆØve. Je pense aux arbres, au papier. Et jāĆ©cris quelques mots de plus. Je suis essoufflĆ©e, ce nāest pas le vĆ©lo, ce nāest pas la course pour venir jusquāici. Je suis essoufflĆ©e parce que je respire, je suis essoufflĆ©e parce que jāexisteā¦
Mes Everest, GrĆ©goire Delacourt…
Parmi les pauses lecture que je m’accorde pendant mon chantier d’Ć©criture, il y a eu ce magnifique roman de GrĆ©goire Delacourt. L’extrait que je vous propose est comment dire d’une intensitĆ© poĆ©tique qui me provoque des vibrations.

/… Sa famille.
Des cultivateurs dans le CambrĆ©sis. Vingt hectares de lecture fourragĆØre. Quelques bĆŖtes. Des nuits de peu d’heures, des mains usĆ©es, des ongles noirs, comme des griffes, la peau tannĆ©e, un vieux cuir craquelĆ©. Jamais de vacances, jamais de premier mai parfumĆ© au muguet ; la terre, toujours, la terre exigeante, capricieuse ; et la mer, une fois, une seule, pour mes sept ans, a-t-il prĆ©cisĆ©, mais pas vraiment la mer, une plage plutĆ“t, celle des Argales, Ć Rieulay, du sable fin au bord d’un lac artificiel sur un ancien terril ; mes parents n’avaient pas voulu me dĆ©cevoir : ils avaient dit qu’il n’y avait pas de vagues ce jour lĆ , une histoire de lune, de planĆØtes, je ne sais plus, et je les avais bien crus, bien que l’eau ne soit pas salĆ©e, ah Ƨa ! disait mon pĆØre Ć propos du sel, Ƨa dĆ©pend des courants, des marĆ©es et mĆŖme de la lune, AndrĆ©, c’est trĆØs compliquĆ©, tu sais, tout ce bazar, et plus tard j’ai compris qu’ils avaient voulu m’Ć©crire une histoire unique, m’enseigner que l’imagination fait advenir tous les voyages, exhausse toutes les enfances. Ils ne se plaignaient jamais, ni du gel ni des pluies qui pourrissaient tout ; ils sillonnaient et faƧonnaient la terre comme des sculpteurs, comme des amants ; ils lui parlaient, ils la remerciaient les jours de grande rĆ©coltes , la consolaient lorsque le froid la fendillait et la gerƧait ; ils aimaient que le temps marque les choses. Ils attendaient les printemps comme on attend un pardon. /…
