Pour Papou

Je suis trĆØs heureux de ce joli poĆØme que ma petite fille m’a Ć©crit. Elle sait bien ce qui me touche

L’Ć©tĆ© se tisse

Sur une ronde palette de couleurs oubliƩes

Qu’un gris hiver sans joie ni fin a endormi

J’ai trouvĆ© une goutte bleue d’Ć©tĆ© au rire joli

Au bord de l’eau d’un vert voilĆ©

J’ai tissĆ© le lent demain du si bel Ć©tĆ©

Un bref extrait…

J’ai presque terminĆ© mon nouveau roman, alors je me suis dit, tiens pourquoi pas proposer un extrait, comme Ƨa, brut, un extrait pas retravaillĆ©, un extrait que j’aime… Il y en aura peut-ĆŖtre d’autres.

… Je suis arrivĆ©e Ć  l’heure de la journĆ©e que je prĆ©fĆØre, ces heures de mai, qui s’étirent dans la douceur avec de la lumiĆØre plein les poches. Je suis arrivĆ©e dans ce bref moment où tout va se mĆ©langer, se confondre. On est dans l’entre deux. Les arbres, mes arbres, tremblent Ć  peine. Je sais qu’ils me voient, je sais qu’ils me sentent. Je suis sorti, je les Ć©coute, j’entends ce qu’ils me disent. Et j’écris, je suis assise sur une pierre, elle est recouverte de mousse, j’ai sorti le cahier, le gros, celui où je raconte, celui où je me raconte. Je le pose bien Ć  plat sur les genoux que j’ai serrĆ©s. J’aime le bruit que font les pages quand un souffle les soulĆØve. Je pense aux arbres, au papier. Et j’écris quelques mots de plus. Je suis essoufflĆ©e, ce n’est pas le vĆ©lo, ce n’est pas la course pour venir jusqu’ici. Je suis essoufflĆ©e parce que je respire, je suis essoufflĆ©e parce que j’existe…

Mes Everest, GrĆ©goire Delacourt…

Parmi les pauses lecture que je m’accorde pendant mon chantier d’Ć©criture, il y a eu ce magnifique roman de GrĆ©goire Delacourt. L’extrait que je vous propose est comment dire d’une intensitĆ© poĆ©tique qui me provoque des vibrations.

/… Sa famille.

Des cultivateurs dans le CambrĆ©sis. Vingt hectares de lecture fourragĆØre. Quelques bĆŖtes. Des nuits de peu d’heures, des mains usĆ©es, des ongles noirs, comme des griffes, la peau tannĆ©e, un vieux cuir craquelĆ©. Jamais de vacances, jamais de premier mai parfumĆ© au muguet ; la terre, toujours, la terre exigeante, capricieuse ; et la mer, une fois, une seule, pour mes sept ans, a-t-il prĆ©cisĆ©, mais pas vraiment la mer, une plage plutĆ“t, celle des Argales, Ć  Rieulay, du sable fin au bord d’un lac artificiel sur un ancien terril ; mes parents n’avaient pas voulu me dĆ©cevoir : ils avaient dit qu’il n’y avait pas de vagues ce jour lĆ , une histoire de lune, de planĆØtes, je ne sais plus, et je les avais bien crus, bien que l’eau ne soit pas salĆ©e, ah Ƨa ! disait mon pĆØre Ć  propos du sel, Ƨa dĆ©pend des courants, des marĆ©es et mĆŖme de la lune, AndrĆ©, c’est trĆØs compliquĆ©, tu sais, tout ce bazar, et plus tard j’ai compris qu’ils avaient voulu m’Ć©crire une histoire unique, m’enseigner que l’imagination fait advenir tous les voyages, exhausse toutes les enfances. Ils ne se plaignaient jamais, ni du gel ni des pluies qui pourrissaient tout ; ils sillonnaient et faƧonnaient la terre comme des sculpteurs, comme des amants ; ils lui parlaient, ils la remerciaient les jours de grande rĆ©coltes , la consolaient lorsque le froid la fendillait et la gerƧait ; ils aimaient que le temps marque les choses. Ils attendaient les printemps comme on attend un pardon. /…