Carnets 7 : j’ai dormi profondĆ©ment…

J’ai dormi profondĆ©ment…

Ce matin, lorsque je me suis levĆ©, j’ai eu l’agrĆ©able sensation d’avoir dormi profondĆ©ment. Attention l’ordre est important et je n’ai pas dit que j’avais eu la sensation d’avoir profondĆ©ment dormi, car me semble-t-il il ne s’agit pas de la mĆŖme dĆ©marche (si tant est parlant de dĆ©marche qu’aprĆØs avoir profondĆ©ment dormi ou dormi profondĆ©ment j’aie la capacitĆ© de marcher droit).
ProfondĆ©ment, encore une histoire de trou me direz-vous ? Mais il faut reconnaĆ®tre que hier soir, je suis, c’est vrai, littĆ©ralement tombĆ© de sommeil et heureusement que j’étais dĆ©jĆ  pelotonnĆ© dans le creux de mon lit sans quoi rude aurait Ć©tĆ© la chute. Et c’est vrai que lorsque je regarde le matelas où j’ai passĆ© la nuit il y a bien comme un creux, une cuvette, une cavitĆ© mais pas vraiment un trou. Je dois aussi ajouter que j’ai la particularitĆ© d’avoir le sommeil lourd et ce mĆŖme lorsque le soir je ne me suis contentĆ© que d’un repas lĆ©ger et qu’ainsi je prends le risque d’être rĆ©veillĆ© en plein cœur de nuit par un petit creux.
Mais je vous dois un aveu, tout cela est bien rare car j’ai le plus souvent l’estomac dans les talons et certains vont jusqu’à dire que je bois comme un trou.

Le tribunal acadĆ©mique entre M et N

Le tribunal acadĆ©mique s’est rĆ©uni ce matin en sa forme plĆ©niĆØre et consultative. Il vient, en effet, d’être saisi par un grand nombre de citoyens, et a rendu un avis important, difficile, mais Ć“ combien urgent.
Pour cette occasion, exceptionnelle, un collĆØge de jurĆ©s a Ć©tĆ© constituĆ©. Sa composition est, convenons- en un peu particuliĆØre. Y siĆØgent : un poĆØte, une militaire, un adolescent, une militante, un amoureux Ć©conduit, un clown au chĆ“mage, une dresseuse d’ours, un cruciverbiste, et une religieuse dĆ©froquĆ©e…
Revenons aux faits : depuis quelques temps deux mots, et non des moindres, posent un problĆØme. Deux mots qui, si on n’y prĆŖte garde, pourraient se ressembler. Il suffit d’ailleurs de les entendre. Deux mots, aussi, qui lorsqu’on Ć©crit sur une feuille de papier un peu verglacĆ©e peuvent dĆ©raper…

Le prĆ©sident du tribunal rĆ©sume en quelques mots la dĆ©cision qui vient d’être rendue.
Ā« Mesdames et Messieurs les jurĆ©s, chĆØres et chers collĆØgues, nous nous sommes rĆ©unis ce matin pour examiner, vous le savez : Haine et Aime… Les dĆ©bats ont Ć©tĆ© animĆ©s mais sans haine et c’est cela que j’aime. Ā»
Ā« Aime et Haine vous le savez, vous le constatez, sont proches Ć  l’oreille, ils le sont aussi Ć  l’écrit et nous ne devons plus courir le risque qu’ils soient confondus… Ā»

Ā« A l’oreille, donc, les deux mots sont si proches qu’on les croirait, tout droit, sortis de l’alphabet. M est devant N, c’est un fait. Mais pouvons-nous, acceptons-nous d’en dire autant de Aime et de Haine. Cette promiscuitĆ© est nausĆ©abonde, prĆ©judiciable et disons le Ā« inacceptable Ā». En consĆ©quence nous exigeons, que N soit isolĆ© et relĆ©guĆ© Ć  la place qu’il mĆ©rite et qui lui revient, en derniĆØre position aprĆØs le Z. DĆ©cision exĆ©cutable immĆ©diatement. Ā»

Ā« L’autre problĆØme est le risque de dĆ©rapage Ć  l’écrit. Certes nous conviendrons que ce n’est pas courant, mais le collĆØge des jurĆ©s souhaite ne prendre aucun risque. Qu’un distrait oublie le H de haine et que la main tremble et ajoute une jambe au n et le mal est fait. Les deux mots doivent, c’est impĆ©ratif ĆŖtre sĆ©parĆ©s, distinguĆ©s. En consĆ©quence, le tribunal dĆ©cide que quiconque dĆ©cide d’utiliser ou d’écrire le mot haine doit, au prĆ©alable, adresser une demande Ć©crite au collĆØge des jurĆ©s qui Ć  compter de ce jour devient un jury permanent. Cette demande devra indiquer les raisons pour lesquels le demandant envisage d’utiliser ce mot. Les jurĆ©s ont prĆ©cisĆ© que cette demande devrait ĆŖtre adressĆ© sur une feuille de papier fleuri, et que la police utilisĆ©e serait le colibri… Le demandant sera ensuite convoquĆ© et devra sous contrĆ“le et avec le sourire Ć©crire 100 fois le mot AIME..

C’est le matin qui siffle…

Dans le bout de nuit

Qu’il te reste Ć  inventer,

Tu te cognes aux angles secs

D’ombres Ć©paisses.

Elles avalent le son de feutre

De ton pas glissant.

Pas un chant, pas un souffle,

C’est le matin qui siffle.

Le silence est lourd

Des mots doux qu’il retient ;

Il traƮne avec lui

Des restes de rĆŖves,

Images brĆØves d’un monde enfoui

Au fond du ciel sombre

D’une mĆ©moire endormie.

Tu avances, à tâtons,

Ta main se pose,

Longue caresse,

Sur la peau de papier.

Ton cahier est lĆ ,

Il est seul,

Sourires

Il attend.

Mes Everest : Paul Eluard, Man Ray : nu…

Des textes de Paul Eluard illustrƩs par Man Ray, 1947

Prends garde on va te prendre ton manteau
Ton lit le tuteur de tes nuits
Tes prairies blondes et la lueur
Des lĆØvres que tu aimes
On va t’enlever cette assurance ces ressources
Qui te donnent des ailes
Immobiles

MĆŖme tes belles larmes

Au pays des figures humaines
On s’apprĆŖte Ć  briser ta statue ridicule

Carnets : 6 , le froid me transperce…

Le froid me transperce !

Oui c’est vrai, ce soir il fait froid, trĆØs froid mĆŖme, un froid vif qui vous traverse de part en part. Si vous suivez mes chroniques vous savez certainement que je suis dĆ©jĆ  affublĆ© de nombreux petits trous de mĆ©moire. Croiriez- vous pour autant que ce satanĆ© froid perƧant choisisse de s’engouffrer dans ces nombreuses cavitĆ©s dont d’ailleurs je ne me souviens jamais où elles se situent ? Non, ce serait trop simple et quand la bise du soir se lĆØve elle prĆ©fĆØre achever le travail et me voici transformĆ© en passoire. Il faudrait surement que je me raisonne et que je serre les dents mais le souci est qu’elles claquent. Elles claquent et si je m’Ć©coutais je n’aurai qu’une hĆ¢te c’est prendre mes  cliques et mes claques pour rejoindre un pays sans hiver. Que nenni me dit-on ! Dans ces pays la chaleur est si lourde qu’elle vous assommera et si vous n’y prĆŖtez garde vous conduira au fond du trou. Tout cela est, vous en conviendrez, bien compliquĆ© : entre le froid qui me troue, la mĆ©moire qui se troue et l’envie de soleil qui m’attire j’hĆ©site, je tĆ¢tonne. Et comme je suis quelqu’un qui n’a pas les deux pieds dans le mĆŖme sabot, je m’agite et je fais les cent pas : le plus important Ć©tant bien entendu de ne pas rester clouĆ© sur les deux mains dans les poches.

Mais savez-vous, il fait si froid que j’aime profondĆ©ment le trou noir et chaud de mes poches percĆ©es.

Le trou noir : tiens donc…

J’ai trempĆ© ma plume dans l’encre de ses yeux…

DĆ©jĆ  republiĆ©, mais qu’importe j’aime beaucoup ce texte…

Homme marche en riant,

Deux trois miettes de nuit

Attendent au silence montant.

Sur le chemin, Homme est arrêté.

En plein vol, un mot a attrapƩ.

Sur les lignes de sa main,

Doucement l’a posĆ©.

Toute la journƩe,

Homme a poli,

Homme a aimƩ

Mot rond aux lettres repliƩes.

Quand le soir est arrivƩ,

Souriant, Homme l’a libĆ©rĆ©.

Mot doux s’est envolĆ©.

Il chantait, il dansait, il planait.

Si gai, dans l’air lĆ©ger,

Sur un fil d’encre bleue,

En sifflant il s’est posĆ©.

Homme est reparti

Et dans le soir fredonnant,

J’ai trempĆ© ma plume

Dans la lumiĆØre de ses yeux.

4 janvier 2020

Mes Everest : Maurice Fombeure…

FantƓmes de la neige

Dans cette gare intermittente,

Une vieille locomotive

HalĆØte et beugle de sommeil.

Gare des soirs sans espƩrance

Et des dƩpart mal consolƩs.

Le vol lent des heures perdues

Sort des horloges ƩbrƩchƩes

CrevĆ©es d’un rire sĆ©pulcral.

DƩfilƩ des ombres puƩriles

GonflƩes des houles de fumƩe.

Les cartes aux visages pâles

Battus sans fin comme la vie

Dans les auberges du Ā« coq d’Or Ā»

Où mousse une bière anémique.

Petites vies aux rues Ʃtroites

Où le rêve appareille en vain.

En vain le printemps s’extĆ©nue

Et fleurit Ƨa et lƠ, soudain,

Le peuple agile des statues,

L’espoir immense des statues.

Ombres

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

S’il te reste un peu d’espoir

Plonge dans cette belle flaque d’ombre

Tu entendras le noir murmure

Du monde qui s’est endormi

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Saint-Etienne…

Au fond du trou de mƩmoire

Des hommes mƩcaniques

La ville est endormie

L’acier ne chante plus

La grand’rue Ć©tire son brillant

N’oublie pas nous dit-elle

C’Ć©tait hier

Nous nous aimions tant

Carnets : voir la vie en rose…

Voir la vie en rose !


Il faut, ou faudrait, nous dit-on voir la vie en rose. Enfin je commets peut-ĆŖtre une erreur, il est possible qu’il soit conseillĆ© de voir la vie en roses. Encore une fois tout est une affaire de nature, voire de genre, puisqu’on peut parler d’une rose, on peut aussi Ć©voquer le rose, et enfin on peut enrichir un autre mot en le gratifiant gĆ©nĆ©reusement du qualificatif rose. On pourra ainsi parler d’une rose dont le rose est si rose qu’on pourrait y voir Ć  travers comme s’il Ć©tait blanc, on dirait alors qu’il est rosĆ©, Ć  ne pas confondre avec le rosĆ© qu’il faut Ć©viter avant de cueillir quelques belles roses, Ć  offrir Ć  sa promise afin de la faire rougir. Certes la couleur rose, tout comme la fleur, incite Ć  l’optimisme voire Ć  la gaietĆ© mais reconnaissons quand mĆŖme que certaines roses aprĆØs avoir Ć©tĆ© piquantes (comme un mauvais rosĆ©) sont dĆ©sormais fanĆ©es. Et il y a des roses au rose si clair qu’elles en sont un peu transparentes. La vie de toute faƧon n’est ni une fleur, ni une couleur, et toutes ces injonctions ont le don de me faire monter le rouge au front…

Mes voeux

Et en 2022 rimons encore

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Il faut bien sacrifier Ơ la tradition, alors je le fais Ơ ma faƧon

« Dans le rêve pour demain que nous avons ouvert en 2021, cherchons ! Cherchons ensemble ! Cherchez avec moi ! Oui, cherchons ces douces rimes qui nous relieront et que nous relirons. Rimes pour se rencontrer, rimes pour se rapprocher, rimes pour espérer. »

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PremiĆØre inspiration…

Retour sur ma premiĆØre inspiration 2021

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

C’est ma toute premiĆØre inspiration depuis un long silence, ma premiĆØre inspiration de l’annĆ©e

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Page blanche et dure

AllongƩe sur le sol gris et mou

D’une fin de nuit

Epaisse

Gluante

J’entends le cri plaintif des articulations

RouillĆ©es Ć  l’humide des derniĆØres pluies

Le muscle des voyelles est douloureux

Celui des consonnes est contractƩ

AllongƩ

Les yeux fermƩs

J’attends la marĆ©e des mots bleus

Mardi 5 janvier 2021

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Mes Everest, Philippe Jaccottet : « Portovenere »

La mer est de nouveau obscure. Tu comprends,
c’est la derniĆØre nuit. Mais qui vais-je appelant ?
Hors l’écho, je ne parle Ć  personne, Ć  personne.
Où s’écroulent les rocs, la mer est noire, et tonne
dans sa cloche de pluie. Une chauve-souris
cogne aux barreaux de l’air d’un vol comme surpris,
tous ces jours sont perdus, dƩchirƩs par ses ailes
noires, la majesté de ces eaux trop fidèles
me laisse froid, puisque je ne parle toujours
ni Ć  toi, ni Ć  rien. Qu’ils sombrent, ces Ā« beaux jours Ā»!
Je pars, je continue Ć  vieillir, peu m’importe,
sur qui s’en va la mer saura claquer la porte.

Pirouette…

Je vous souhaite

Je nous souhaite

Je me souhaite

Je souhaite

Une annƩe ni bonne, ni belle

Non, ce que je souhaite

C’est une annĆ©e pleine de rimes en ouette

N’est ce pas que ce serait chouette ?