Flash…

Rêvons
Ô oui rêvons du risque de joie
Belle et bleue
Elle roule sur la vitre de mes oublis
Simple joie
Jaillit dans le soudain
Du tendresse matin
Regarde elle brûle et brille
Au coin mauve
D’un œil qui glisse sur nos restes de larmes
Odeurs de lilas
Aux angles durs des rancœurs de l’hiver
Rondissent en fleurant
Elle est là
Sautillante
Frissonnante
Fondue dans le brise chagrin
Du lourd glacier de nos mémoires pour demain

Réveils…

Sur une page endormie

De mon cahier du matin

J’ai laissé traîner

De longues traces de ciel

Derrière les marges sombres

D’un lointain horizon

J’entends le réveil bougon

De brumes en bataillon

Il est enfin venu ce temps me dis-je

Enfin venu ce temps du nuage

Où au bord de la feuille sage

Douce et jolie rime se fige

Et si on partait… fin

Louis vient d’ouvrir les volets. En effet, il neige fort depuis plusieurs heures. Le silence prend de plus en plus de place, tout est étouffé, amorti, pas le moindre craquement. C’est l’empire du coton. Louis n’a pas envie de sortir préférant la chaleur de la cheminée, à l’avance épuisé à l’idée d’enfiler chaussettes, bottes, pull et manteau.

Il va poursuivre son hibernation. Parfois, il tire un peu le rideau, pour constater l’avancée du blanc. C’est tout. Tout est simple. Marie ne tardera pas à oublier ses projets…

Louis agit comme si de rien n’était, il prend le temps d’allumer une belle flambée.

Soudain un long craquement, comme un journal qu’on déchire. Il regarde le feu, ce n’est pas d’ici que cela vient. Cela craque de plus en plus, cela crépite même. Il y a peut-être des branches qui, ployant sous le poids de cette neige lourde, n’ont pas résisté. Non, ce qui est curieux c’est que cela craque tout doucement, puis cela s’accélère. En fait ça grince, comme quand on est sur un port et que le vent s’engouffre dans les mâts. Comme quand on est en mer….

Il appelle Marie

  • Ecoute Marie…

Il reste là, devant les braises, toujours intrigué par ces sons qui tanguent et qui roulent. Il faudrait qu’il aille voir. Il pense à la mer et sourit. Il sourit pour se moquer de lui-même : être capable d’entendre la mer, même ici en montagne… Certes ce n’est pas très haut, mais c’est la montagne quand même. Ils vont sortir. Pour voir, pour entendre.

Ils mettent beaucoup de temps à s’habiller, pas pressés de se confronter à ce qui ressemble de plus en plus à une tempête de neige.

Ils sont à l’extérieur, ils font le tour de la maison, pas très rapidement, ils s’enfoncent. Le son des bottes quand ils lèvent la jambe et qu’elles s’extirpent de la couche de neige fraîche, est magnifique. C’est un son épais, un son qu’on pourrait écrire. Tiens, s ’il devait l’écrire, il écrirait « onfk ». Oui c’est bien ça « onfk ». Qu’est-ce que tu en penses Marie ?

Ils ont fait le tour. Derrière leur maison, c’est une forêt avec de grands sapins. Une fois, on lui a dit ou il a lu quelque part que ces sapins ont le tronc si droit qu’autrefois on venait les couper pour en faire des mâts. Des mâts pour les bateaux de la marine royale…

La mer, toujours la mer… Il faudrait qu’il arrête de la voir partout. Il est devant la forêt. Les mâts sont dressés. Ils sont noirs dans le soir qui tombe. Les branches si blanches font de belles voiles. Quand ils ferment les yeux, il sent les embruns qui lui fouettent le visage. Il est bien, c’est salé.

« Onfk ! » Incroyable une mouette vient de s’envoler. Elle s’était posée sur la neige fraîche. Il s’est avancé, il y a encore les traces de ses pattes.

  • Viens voir Marie !

Au-dessus d’eux la mouette plane, on dirait qu’elle rit. Marie s’est approchée, elle frissonne un peu. Louis s’est accroupi, il gratte la neige, juste à l’endroit où la mouette s’est posée. Regarde Marie, il y a un message. Elle se penche au-dessus de son épaule, elle le voit déplier un papier,

  • Tiens Marie, lis, lis ce qu’elle nous a écrit…

Elle saisit le bout de papier en souriant. Louis ne se retourne pas.

  • Allez Marie, je t’écoute, qu’est-ce que tu lis ?

Marie prend sa plus belle voix.

  • C’est amusant mon Louis, je lis : « Bienvenue en terre inconnue ! ».

Louis s’est redressé, il secoue les quelques flocons qui se sont accumulés sur sa veste, il regarde Marie tendrement.

-Viens Marie, on rentre… 

Vous avez dit paix…

Dans un fol embrasement de billets verts

Les lourds rapaces parlent de paix

Si loin sur les lignes des haines avivées

Les aimés disparus s’effacent en grises fumées

Figées les larmes des vaines veuves

Espèrent la douce chaleur des étreintes retrouvées

Pour enfin ruisseler sur les rives de nos chagrins

A l’ouest des douleurs

Les cœurs sont secs

Les rires sont gras

J’ai mal à mon humanité…

1 décembre

Matinales…

Oh reste encore je t’en prie

Il y a encore tant à voir

Tant de rires à cueillir

Dans les draps parfumés de fraîches prairies

Tant de douces brumes

Accrochées aux boucles de mes mots

Tant de larmes rosées

Perles perdues aux fils tendus

De mes silences aux gorges serrées

Tant de vagues noyées de bleus

Tant de feuilles aux longues lignes gorgées

D’une belle encre au mauve oublié

Oh oui je reste

Jusqu’à l’unique loin matin

Je rêve encore et pose ces quelques mots

Dans le creux de ton soleil câlin

Flash…

Il est parfois des flous un peu fous

On se pousse du coude

On étire le cou

Les couleurs sont révoltées

On veut se mélanger

On veut se serrer fort

Se mélanger les pinceaux

Et rire ensemble

De vos yeux qui se plissent

A trop chercher

Nos pâleurs

Nos noirceurs

Nos rougeurs

Nos belles humeurs

20 décembre

Brumes

Douce paupière

De brume

Se ferme

Sur l’oeil roux

D’un automne

Ivre de lumière

Flash…

Dans le décharnement solitaire

De l’arbre contraint à la nudité automnale

Il y a toute la violence d’une lente agonie

Comme un cri de douleur retenue

Comme un cri de couleur disparue

La sève figée entre les maigres bras

D’une brume fragile

Attend des demains

Paisibles et fleuris

Matinales…

J’ai posé le pied sur une terre inconnue

Les rires sont longs

Les peurs sont blanches

Les aubes grises ouvrent un oeil mauve

C’est le chant bleu

De mon soleil heureux

Matinales…

Je, tu, il, elle, on, vous, ils

Sur la page blanche de mes chaque matin

Je cherche

Je cherche

Qui va parler

A qui m’adresser

Que et quoi vous dire

Ce dont je ne doute pas

C’est le comment

Je choisis dans ma boîte à plumes

La fine et belle encore endormie

Je la lisse et la trempe dans les encres grises

De mes restes de nuit

Entends la qui crisse en glissant

Sur la première ligne de ton jour qui sourit

Déboussolé…

Photo de Monstera Production sur Pexels.com

C’est décidé, aujourd’hui Jules achètera une boussole. Il a besoin de vérifier quelque chose. Il faut dire que depuis quelques temps on lui reproche régulièrement d’être complétement déboussolé, d’avoir perdu le Nord. On lui a même dit la semaine dernière : « mon pauvre Jules tu est complétement perdu, tu ne sais plus où tu habites… ». Tout cela parce qu’il est totalement déconcerté par un monde qui ne tourne plus vraiment rond. Jules est de ceux qui reste résolument optimiste, il veut croire en un avenir meilleur, et il arrive fréquemment lors de débats en famille ou avec des amis qu’il dise : « tout va s’arranger, l’essentiel est de savoir où on va et ce que l’on veut… » Ses propos sont généralement mal compris, il arrive même qu’ils suscitent un profond étonnement. Cela va même jusqu’à la colère, lorsqu’il ajoute qu’il faudrait ne se contenter que de donner des bonnes nouvelles. C’est là qu’on lui explique qu’il a perdu sa boussole.
C’est la raison pour laquelle il a cherché un magasin spécialisé en boussoles et autres instruments de mesure. Il explique ce qu’il recherche, à savoir une boussole lui permettant de savoir où il se situe car on ne cesse de lui dire qu’il a perdu le nord. Le vendeur l’écoute attentivement et lui explique qu’il a ce qu’il lui faut. « C’est un nouvel appareil, qui lorsque vous la tiendrez dans la main se connectera immédiatement avec votre boussole interne et qui par l’intermédiaire de son écran numérique, vous dira quelle est votre position… ». Jules est surpris d’apprendre qu’un simple objet connecté va être capable de connaitre sa position alors que lui-même n’a généralement pas d’avis, non qu’il soit neutre, mais surtout parce qu’il ne souhaite pas s’enfermer. Bref, il veut bien acheter ce gadget « magique ».
Il ne l’essaie même pas dans le magasin. Il a confiance. Rentré chez lui, il s’installe confortablement dans le canapé de son salon, il sort la boussole et comme l’indique le mode d’emploi, il la pose bien à plat sur la paume de sa main. Il sent comme un étrange picotement, et en quelques secondes un message s’affiche sur l’écran.
« Votre position n’est pas claire. Il semble que vous ayez perdu le nord, mais le relevé de vos dernières positions connues indique que vous êtes complétement à l’ouest. Nous vous invitons à vous rendre sans tarder gare de l’Est, en y entrant par la porte Sud »

Matinales…

Pardonne moi ô mer oubliée

Pardonne moi il est long et gris

Ce temps abandonné aux vagues ennuis

Tu es là rassure-toi

Rime sableuse de mes insomnies

J’entends ton roulis

Dans le creux de mes houles nocturnes

Il ondule et glisse en sifflant

Ne crains rien tu sais je t’entends

Le chant mauve de ton écume

Se pose doucement sur la tendre plaine de mes encres apaisées

Flash…

Un soir de presque rien

Au dernier soleil tombé

Seuls et affamés

Nous avons pris le temps de contempler

Ô je vous rassure

C’était si peu

Un simple clin d’œil

Au dernier rose souffle

D’un ciel qui se retire

Sur la pointe bleue de ses brumes fanées

Flash…

Il est des rivières qui coulent en riant

Et toi l’ami perdu sur les rives de l’ennui

Écoute le chant de l’eau

Laisse le te traverser

Laisse te raconter

Cette belle histoire des neiges d’en haut

Tu verras les mille couleurs pétillantes

Qui attendent le frisson de ton œil attendri

La norme et la beauté : le retour…

Il y a bien longtemps que norme et beauté ne s’étaient rencontrées. Il est vrai que l’une comme l’autre avaient pris soin sur les injonctions de la police sanitaire de prendre et surtout de garder de la distance. Mais ce qui devait arriver arriva et les deux rivales ont fini par se retrouver. La norme dont on sait déjà qu’elle aime tout contrôler a donc pris la décision de convoquer la beauté.

– Gardez vos distances beauté ou alors restez masqué. En aucun cas vous ne devez me contaminer.

– Ne vous inquiétez pas je resterai masquée et ainsi vous n’aurez pas à supporter mon sourire bucolique…

– Bien, ceci étant dit chère beauté, encore une fois quel besoin aviez vous d’aller vous compromettre en ce lieu que je vous ai déjà interdit. Un parking de supermarché, et pourquoi pas un immeuble désaffecté quand on y est ?

-Voyez vous madame la norme, contrairement à vous je n »ai aucun problème avec ces lieux dont on dit, je le sais, qu’ils sont laids. Je ne les méprise pas et surtout je ne les oublie pas et quand je le peux, je veux dire quand vous êtes occupée à rédiger vos règles académiques et surtout à les contrôler, voyez vous, moi je vis : tout simplement. J’ouvre les yeux, et quand je sens que mon cœur est léger, je cherche s’il me reste un peu de ces belles couleurs que vous gardez enfermées.

-Je vous entends, l’intention est bonne et je ne nie pas que vous faites ce que vous pouvez, mais à l’avenir quand vous vous égarerez dans un supermarché, je vous en prie faites une détour au rayon beauté !

Le jour se lève…

Le jour se lève me dites-vous ?
Était-il donc endormi ?
Comment ?
Assoupi, simplement…
Tiens donc…
Étrange, n’est-ce pas ?
Je n’ai rien vu.
J’ai cherché, vous dis-je.
J’ai cherché sans un bruit,
Me perdant
Jusqu’aux bords mauves
De votre trop longue nuit
Et ne l’ai point rencontré.
Vous doutez ?
C’est tant pis :
Je n’irai plus déranger
Les belles couleurs de votre ennui…

Hommes en berne…

Dans la rousse lande
D’une île du Ponant,
Hommes en berne,
Cueillent un bouquet de silence.
De vagues en vagues,
Pleurant l’ami emporté,
Au fond du vase l’ont déposé.
Une à une, fleurs engluées,
Ivres de brume, se sont dressées.
Sous le vent levant,
De vert se sont poudrées.
Hiver est là, sec, pressé.
Hommes en pleurs
Sous une lourde pierre
Deux larmes ont posé…

Ecoute petit homme…

Ecoute petit homme,

Ecoute.

Il est si beau ce monde qui ne dit rien.

Il est si beau ce monde,  

Il te parle, c’est le tien.

Regarde petit homme heureux,

Regarde ces furieux,

Fanatiques, frénétiques,

Ils ont le cœur électrique.

Ils préparent la prière,

Hymne cathodique

Aux rimes numériques,

C’est le matin du malin.

Nuques raides, regards vides,

Les impatients sont livides,

Epuisés, lessivés,

Un long sommeil les a lavés.

Ô Nuit blanche et câline,   

Ne t’épuise plus à blanchir

Ces haines rances à mourir.

Semées sur l’écran creux

De leurs rêves sans bleu.

La nuit les a libérés.

Il est l’heure,  

Affamés, ils attendent

La victime par eux condamnée.

Leurs mots sont prêts

Ils vibrent, affutés, aiguisés,

Ils vont frapper !

Pas un regard pour ton monde qui sourit.

Ils attendent leurs matins numériques.

Rien ne brille, rien ne bouge.

Hystériques ils cliquent, ils cliquent,

Ils cliquent.

Et ce matin, petit homme,  

C’est une claque,

Une claque pour les creux.

Les écrans sont lisses et vides.

Les nouvelles du jour ?

Parties, envolées, manipulées, falsifiées ?

Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…

Le monde les voit

Il pleure de cette embolie

Il rit de cette folie

Mais cette nuit, petit homme,

Le monde a agi.

Le monde ne regrette rien

Il le fallait, il l’a fait.

C’est si simple,

Petit homme

La poubelle était pleine,

Le monde l’a vidée,

Et dehors l’a laissée

26 janvier 2020

Inspirations…

Pas une ride sur la plaine de mes mers du dedans

A la marée montante de mes inspirations

On entend le chant du dernier oiseau

Il siffle la fin du dernier couplet

Je le vois seul et sans rime

Dans le dernier souffle creux de mon vague à l’âme

Petite goutte d’eau…

Petite goutte d’eau,
Garderas-tu dans ta mémoire gelée
Le souvenir du chant glacé
De ta source cachée ?

Petite goutte d’eau,
Glisseras-tu en riant
Entre les bras protecteurs
D’une longue vallée sans lueur ?

Calme-toi,
O petite goutte d’eau,
Oublie ta montagne éternelle,
Fonde-toi dans la masse d’eau bleue…

Et roule, roule,
Petite goutte d’eau,
Jusqu’à la mer d’en bas
Qui entre ses bras te prendra

Alors petite goutte d’eau,
Tout doucement tu murmureras
Cette belle histoire
Que tant de fois tu as racontée…

Le tribunal académique : retour d’une ancienne rubrique…

Voilà bien longtemps que je n’avais écrit une rubrique du tribunal académique, une des rubriques de ce blog qui a eu, en son temps, un certain succés…

C’est une nouvelle session du tribunal académique qui vient de s’ouvrir : la session d’hiver. Celle où se juge toutes les affaires qu’on a oublié pendant l’été. Le président du tribunal est entré dans la salle d’audience en traînant un peu les pieds, il est fatigué, et souhaite vivement que la séance de ce jour ne traîne pas en longueur.
En baillant, il s’adresse au premier assesseur qui, lui aussi, semble un peu ailleurs.

– Qu’avons-nous au menu, cher ami, aujourd’hui ?

– Comment ? Vous ne vous souvenez pas ? Nous allons devoir répondre aux accusations d’un collectif un peu particulier…

-Dites m’en plus, j’ai totalement oublié.

-La parole est au plaignant : je lis ici, qu’il s’agit du Collectif Pour Retrouver la Mémoire Perdue : le CPRLMP. Comme le dossier est un peu vide, je vais vous demander d’expliquer à la cour, brièvement, l’objet de votre plainte en précisant quelles sont vos requêtes.
Le représentant du CPRLMP s’approche de la barre. Il a l’air un peu perdu.

-Et bien, à vrai dire, je ne me souviens plus

-Monsieur, nous sommes tous un peu fatigués et je vous invite à ne pas prendre ce tribunal pour une salle de spectacle. Nous aimons rire, mais notre temps est un peu compté.

-Monsieur le président, si vous le permettez, je vais lire le document que les membres de l’association m’ont demandé de vous lire.

-Nous vous écoutons…
Le représentant du CPRLMP s’éclaircit la gorge, et cherche dans toutes ses poches le fameux document.

-Désolé, je suis confus, j’ai un trou, je ne me souviens plus dans quelle poche je l’ai mis…

-Et bien cher ami si vous avez un trou dans votre poche, il sera tombé…
Personne ne rit à cette plaisanterie. Le président du tribunal académique s’impatiente et s’apprête à lever son maillet pour lever la séance.

-Ça y est, je l’ai. Voilà le texte, je vous le lis : « Le collectif pour retrouver la mémoire perdue a décidé à l’unanimité de déposer plainte pour vol et dégradation de propriété individuelle. En effet, l’ensemble des membres s’est aperçu récemment qu’ils et elles avaient toutes et tous un trou de mémoire. Ce trou de mémoire engloutissant en permanence tout ce dont nous devons nous souvenir, nous sommes aujourd’hui dans l’incapacité de vivre sans assistance. Nous exigeons que l’état nous attribue, à titre de réparation du préjudice subi, un aide-mémoire ou à défaut un bouche trou »

-La cour vous remercie et va se réunir et rendra un jugement dans l’heure qui suit.
Une heure plus tard, le président revient, et debout face au micro lit l’arrêt que la cour vient de prendre.
« La cour a répondu favorablement à la demande du CPRLMP, et à l’unanimité a décidé d’attribuer à chaque membre du collectif un aide-mémoire qualifié qui sera chargé comme le stipule la réglementation européenne d’accompagner les requérants dans toutes leurs démarches et activités nécessitant d’utiliser la mémoire. Monsieur le président du CPRLMP avez-vous quelque chose à ajouter ? »
Le président du CPRLMP revient à la barre, l’air ahuri…

-Je vous remercie Monsieur, mais je dois vous avouer que je ne comprends pas ce que je fais là, et encore moins ce qu’est ce fameux CPRLMP. Avec votre autorisation, Monsieur le Président je souhaite retirer ma plainte, et je m’engage devant cette noble cour, si je retrouve la mémoire de vous la restituer dans l’état où elle était avant d’être trouée…

21.11.2025

Matinale inédite…

Je voudrais poser une virgule bariolée

Sur un tapis de larmes blanches

Inventer une grammaire sans subordonnées

Inviter tous les verbes irréguliers à se révolter

Applaudir au retour des rimes pauvres

Consoler les temps décomposés

Dire au plus que parfait

De baisser d’un ton

Pour entendre un simple futur

Nous dire que demain

Tout ira bien…

21.11.2025

Dans le soir de ses yeux…

Photo de Umberto Shaw sur Pexels.com

Dans le soir de ses yeux
Je lis la dernière phrase
D’une histoire fanée
Tant de fois racontée

Ses mots sont lourds et glacés
Je les pose sans rien dire
Dans le creux lisse
De mes mains de papier

Dans le noir de ses cheveux
Douce main glisse en frisant
Les dernières boucles de rires envolés
C’est la longue nuit des errants séparés

Et si on partait… fin

Louis vient d’ouvrir les volets. En effet, il neige fort depuis plusieurs heures. Le silence prend de plus en plus de place, tout est étouffé, amorti, pas le moindre craquement. C’est l’empire du coton. Louis n’a pas envie de sortir préférant la chaleur de la cheminée, à l’avance épuisé à l’idée d’enfiler chaussettes, bottes, pull et manteau.

Il va poursuivre son hibernation. Parfois, il tire un peu le rideau, pour constater l’avancée du blanc. C’est tout. Tout est simple. Marie ne tardera pas à oublier ses projets…

Louis agit comme si de rien n’était, il prend le temps d’allumer une belle flambée.

Soudain un long craquement, comme un journal qu’on déchire. Il regarde le feu, ce n’est pas d’ici que cela vient. Cela craque de plus en plus, cela crépite même. Il y a peut-être des branches qui, ployant sous le poids de cette neige lourde, n’ont pas résisté. Non, ce qui est curieux c’est que cela craque tout doucement, puis cela s’accélère. En fait ça grince, comme quand on est sur un port et que le vent s’engouffre dans les mâts. Comme quand on est en mer….

Il appelle Marie

  • Ecoute Marie…

Il reste là, devant les braises, toujours intrigué par ces sons qui tanguent et qui roulent. Il faudrait qu’il aille voir. Il pense à la mer et sourit. Il sourit pour se moquer de lui-même : être capable d’entendre la mer, même ici en montagne… Certes ce n’est pas très haut, mais c’est la montagne quand même. Ils vont sortir. Pour voir, pour entendre.

Ils mettent beaucoup de temps à s’habiller, pas pressés de se confronter à ce qui ressemble de plus en plus à une tempête de neige.

Ils sont à l’extérieur, ils font le tour de la maison, pas très rapidement, ils s’enfoncent. Le son des bottes quand ils lèvent la jambe et qu’elles s’extirpent de la couche de neige fraîche, est magnifique. C’est un son épais, un son qu’on pourrait écrire. Tiens, s ’il devait l’écrire, il écrirait « onfk ». Oui c’est bien ça « onfk ». Qu’est-ce que tu en penses Marie ?

Ils ont fait le tour. Derrière leur maison, c’est une forêt avec de grands sapins. Une fois, on lui a dit ou il a lu quelque part que ces sapins ont le tronc si droit qu’autrefois on venait les couper pour en faire des mâts. Des mâts pour les bateaux de la marine royale…

La mer, toujours la mer… Il faudrait qu’il arrête de la voir partout. Il est devant la forêt. Les mâts sont dressés. Ils sont noirs dans le soir qui tombe. Les branches si blanches font de belles voiles. Quand ils ferment les yeux, il sent les embruns qui lui fouettent le visage. Il est bien, c’est salé.

« Onfk ! » Incroyable une mouette vient de s’envoler. Elle s’était posée sur la neige fraîche. Il s’est avancé, il y a encore les traces de ses pattes.

  • Viens voir Marie !

Au-dessus d’eux la mouette plane, on dirait qu’elle rit. Marie s’est approchée, elle frissonne un peu. Louis s’est accroupi, il gratte la neige, juste à l’endroit où la mouette s’est posée. Regarde Marie, il y a un message. Elle se penche au-dessus de son épaule, elle le voit déplier un papier,

  • Tiens Marie, lis, lis ce qu’elle nous a écrit…

Elle saisit le bout de papier en souriant. Louis ne se retourne pas.

  • Allez Marie, je t’écoute, qu’est-ce que tu lis ?

Marie prend sa plus belle voix.

  • C’est amusant mon Louis, je lis : « Bienvenue en terre inconnue ! ».

Louis s’est redressé, il secoue les quelques flocons qui se sont accumulés sur sa veste, il regarde Marie tendrement.

-Viens Marie, on rentre… 

Matinales…

Lorsque nous ouvrirons les yeux

Comme si hier avait disparu

Englouti dans le ce n’était presque rien

Lorsque nous ouvrirons les volets gris

Fermés sur les haines humides

Nous entendrons le beau chant de la mer

Aux cimes des pins ondoyants

Au bord de nos lèvres étonnées

Un reste de cette écume salée

Que posent les longues houles d’une nuit agitée…

Quand vient le soir…

Quand vient le soir,
Quand tombent les premières gouttes de nuit.
Quand les fenêtres se ferment,
Quand les regards se taisent,
Quand les mots se font rares et lents,
Alors,
Alors, la ville fronce ses sourcils de béton fatigué,
Et sur les façades à la blancheur inventée
On aperçoit quelques trous de lumière.
Entends-les, ils scintillent,
Entends-les, ils t’invitent à rentrer.

Mémoires…

Le monde pleure doucement
Dans le creux des longues larmes
Roulent des gouttes d’ennui
Sur la vitre sale du hier sans fin
J’ai gratté de mon ongle rongé d’impatience
Une vieille trace de mémoire

Solitudes…

Elles chantent ces solitudes froides

Sous le son vide des chagrins du rasoir

Et se perdent dans le trop plein des silences

Aux angles de brumes bleues d’un hiver fatigué

Entends le lointain roulement du rire étouffé

Il nous souffle la dernière syllabe

De nos patientes envies  

Matinale glacée…

C’est un matin au froid qui frise

Feuilles frétillantes

Feuilles frissonnantes

Chant du gel matin

Les rires tremblent

Je les entends

Si loin

Mes Everest : Bernard Delvaille…

Ce poème est paru en 1971 dans la revue Bételgeuse…

L’exilé

Dans la nuit grasse du port à l’heure un peu d’avant l’aube

il marchait comme un enfant ses cheveux blonds dans le cou

traînant son ombre et son bagage au reflet mauve des lanternes.

Son passeport était de sable son manteau de nuit qui s’achève.

Il avançait dans le vent bleu au long des wharfs.

Il allait à la recherche d’un hôtel de fumée amères

un couloir froid au nom de neige et de Norvège.

Il avait perdu son nom dans un jardin de giroflées

là-bas dans un pays de brume et de soleil trop lourd.

Les filles les oiseaux de mer la liberté des vagues

donnaient à ses yeux verts une mélancolie d’enfance

perdue dans les filets du doute et de la peur.

Sur son cœur jaunissait une vieille photographie.

Le jour se lève sur les cargos froids et lointains.

Tu es seul dans une chambre D’où viens-tu Pour quels départs.

A chaque escale tu es seul comme on est seul à deux

au fil des rues au seuil des bars et des consignes

avec le prix du vent sur les remparts et ce silence

accru que les autres ont creusé dans ton cœur.

Carnets…

J’ai toujours beaucoup aimé que les angles puissent être ronds. Histoire qu’une fois au moins dans sa triste et droite vie aux figures imposées la géométrie se permette un rond de jambe, ou mieux encore une pirouette. Une belle et ronde pirouette. Ce serait chouette d’étudier la pirouette, d’en connaître toutes les formules, celle du périmètre, de la surface.

Mais revenons à notre angle qui défie par son rondeur la sévérité pointue de toutes les équerres. Il s’en moque et il est même fier tous les matins de me proposer de suivre le chemin qu’il me propose, tout en douceur.

Et par dessus tout il y a ces fameux angles morts qu’on vous signale, on vous met en garde : « attention aux angles morts ». Je me questionne, mais de quoi sont-ils morts, qui sont les vils auteurs de ce crime géométrique ? Et s’ils sont morts, ils ne sont plus, ils n’existent pas alors pourquoi nous dire de faire attention, que nous réserve t’ils ?

Mystère…

Trois gouttes de peu …

Et demain j’écrirai une page de rire
Elle contera l’histoire d’un presque rien
Qui remonte à la source
D’un fleuve de soupirs
Le ciel est bas et ouvre ses vannes
Trois gouttes de peu roulent vers la lointaine mer
Ma page frissonne sous l’œil du torrent
Il est venu le temps de la feuille qui se tourne
J’ai la plume qui sursaute
Je trempe un reste de mon impatience
Dans un pot de brume mauve
Et pose sur sans trembler trois points d’inattention

Matinales…

Sur les ocres feuilles du lent automne

J’écris sans rires ni rimes

Une belle et longue plainte

Les mots que je trempe dans une encre de mauve pluie

Glissent sous les lourds pas de ma veuve plume

Depuis l’envol du bel et bleu été

18 novembre

Le temps s’est achevé…

Dans le silence mou d’un matin bleu
On s’arrête

Dans le plein rêve
D’un monde heureux
On s’arrête

Juste au-dessus du vague soupir
Las
On n’entend plus la douce mélodie
On respire, on espère
On hésite, on appelle
Oh rien
Ou si peu
Juste le mot
Juste un seul
Léger
Goutte à goutte
Rivière l’épelle
On baisse les yeux
Plus un souffle d’air
Tout se fige
Une par une flaques d’eau
S’assèchent
Et sur la surface lisse d’un vague ruisseau
Le temps s’est achevé
Nous ne l’attraperons plus

Ragoût…

Dans la réserve glacée
De mes idées noires
J’ai choisi un vieux reste
D’angoisses ressassées

Dans un bouillon clair
De rires rentrés
Je les ai laissé mijoter

Un lourd couvercle
Patinée de mémoires enfumées
Sur le ragoût
J’ai posé

Et dans le lent soir rosé
Une fleur de printemps
Sur la flamme j’ai saupoudrée

Vers la lumière 4

Cheval de bois

N’en peut plus de tourner

Du manège des enfermés

D’un bond joyeux

Il s’est échappé

Dans la danse des échevelés

Il est entré

Vers la lumière 3

C’était une si lente nuit pâle

Lourde de trop longues heures

Pâles et poisseuses

Derrière les fenêtres aux rêves fermés

Pas un un chant

Plus un cri

Un silence dur et coupant

Brise un espoir qui s’envole

Brève matinale…

Entre les deux rives de mes espoirs attendus

Sur le fil léger de mes joies oubliées

Par leurs deux ailes qui frémissent

J’ai suspendu tes derniers mots doux

Aux rimes si belles…

Vers la lumière 2

Je n’entends pas le long cri

De l’arbre nu à en pleurer

Entre tes bras desséchés

Je me ferai feuille blanche

Pour t’entendre espérer

Vers la lumière

Quand l’arbre gris

De mes peurs enfouies

Étire dans un ciel sans vie

Les maigres noeux de ses bras secs

J’entends le souffle court

De mes courses éperdues

Sur les routes rondes et fleuries

De ma belle île de brume bleue

Ecoute petit homme…

Ecoute petit homme,
Ecoute.
Il est si beau ce monde qui ne dit rien.
Il est si beau ce monde,
Il te parle, c’est le tien.

Regarde petit homme heureux,
Regarde ces furieux,
Fanatiques, frénétiques,
Ils ont le cœur électrique.

Ils préparent la prière,
Hymne cathodique
Aux rimes numériques,
C’est le matin du malin.

Nuques raides, regards vides,
Les impatients sont livides,
Epuisés, lessivés,
Un long sommeil les a lavés.

Ô Nuit blanche et câline,
Ne t’épuise plus à blanchir
Ces haines rances à mourir.
Semées sur l’écran creux
De leurs rêves sans bleu.

La nuit les a libérés.
Il est l’heure,
Affamés, ils attendent
La victime par eux condamnée.
Leurs mots sont prêts
Ils vibrent, affutés, aiguisés,
Ils vont frapper !

Pas un regard pour ton monde qui sourit.
Ils attendent leurs matins numériques.

Rien ne brille, rien ne bouge

Hystériques ils cliquent, ils cliquent
Ils cliquent,
Et ce matin, petit homme,
C’est une claque,
Une claque pour les creux.
Les écrans sont lisses et vides.

Les nouvelles du jour ?
Parties, envolées, manipulées, falsifiées ?
Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…

Le monde les voit
Il pleure de cette embolie
Il rit de cette folie

Mais cette nuit, petit homme,
Le monde a agi.
Le monde ne regrette rien
Il le fallait, il l’a fait.

C’est si simple,
Petit homme
La poubelle était pleine,
Le monde l’a vidée,
Et dehors l’a laissée.

Le jour se lève…

Le jour se lève me dites-vous ?
Était-il donc endormi ?
Comment ?
Assoupi, simplement…
Tiens donc…
Étrange, n’est-ce pas ?
Je n’ai rien vu.
J’ai cherché, vous dis-je.
J’ai cherché sans un bruit,
Me perdant
Jusqu’aux bords mauves
De votre trop longue nuit
Et ne l’ai point rencontré.
Vous doutez ?
C’est tant pis :
Je n’irai plus déranger
Les belles couleurs de votre ennui…

Se souvenir…

Ne jamais oublier

La plaie est encore ouverte

J’ai la mémoire qui frissonne

Les larmes reviennent

C’était hier

La haine a frappé

Racines…

Dans le double fond de mes souvenirs à partager

J’ai nourri de mes rires bleus

Les racines des arbres à mémoire

Et dans un souffle d’été

Deux feuilles se sont envolées

Matinale venteuse…

Vent de novembre réveille matin docile

Aux quatre coins du ciel des nuages s’étirent

Regarde-les gonfler de plaisir

Regarde-les s’emplir d’un flot de rires

Voiles légères gonflent et se courbent

Ne riez pas Ô maris secoués

Les hommes de terre redoutent la tempête

Je n’en veux pas…

On le disait homme du passé
Plus rien n’est comme avant, homme dépassé
Plus rien me dites-vous
Permettez-moi de rire et d’en douter
Je ne veux pas de ce monde sans ce soleil taquin
Je ne veux pas de vos vies enfermées
Dans un rectangle aux angles numériques
Je n’en veux pas de vos matins incolores
Sans cette douce lumière qui caresse
Les restes mauves de la longue nuit
Je n’en veux pas de vos morales hygiéniques
Je n’en veux pas de vos peurs organisées
Moi je suis un homme du toujours
J’aime que mon souffle brise l’ombre du silence
J’aime tous les rires de rien
J’aime le chant de mes mots doux
Qui dansent sur le papier
J’aime le parfum de ces histoires d’hier
Qui caressent mes lendemains
Vous me disiez homme du passé
Je vous ai déjà oubliés

Matinales…

Au tableau noir du rêve attendu

Tu écris les mots songes

Restes d’une longue et blanche nuit

La craie crisse et glisse

Au bout de cette ligne tracée

A l’encre grise de ton insomnie

Lettres légères rimes rondes

Se noient dans la marge profonde

D’une mémoire abîmée

Poèmes de jeunesse…

Aux adultes en sursis d’enfance
Un enfant passe
Une histoire l’attaque
Le rabote l’assoiffe et l’affame
Le pousse
Au supplice du sentiment d’habitude
Devant les adultes majuscules
Qui ont mal conjugué
Leur verbe aimer
Et il est tombé
Dans un trou
Où les ombres s’ennuient
Par manque d’éternité

J’ai la mer au bord des yeux…

Silence pluvieux,
J’ai la mer au bord des yeux.
Dans le loin bleu
De mes mémoires salées,
Deux ailes se sont envolées.
Vent d’hier,
Sur les vagues les a posées.
Explose l’écume,
S’envolent perles de brume.
Regarde la mer belle.
Sur la plume de tes mots
A la feuille amarrée,
Mer a chanté,
Mer a soufflé.

Flash…

Rêvons
Ô oui rêvons du risque de joie
Belle et bleue
Elle roule sur la vitre de mes oublis
Simple joie
Jaillit dans le soudain
Du tendresse matin
Regarde elle brûle et brille
Au coin mauve
D’un œil qui glisse sur nos restes de larmes
Odeurs de lilas
Aux angles durs des rancœurs de l’hiver
Rondissent en fleurant
Elle est là
Sautillante
Frissonnante
Fondue dans le brise chagrin
Du lourd glacier de nos mémoires pour demain

Billets d’humeur : la traîtrise…

La trahison est partout, elle devient le dénominateur commun qu’utilise les indignés frénétiques. Ce qui est frappant aujourd’hui c’est de constater à quel point, nombreux sont celles et ceux, qui ont l’indécence de se poser la veille en ardent défenseur de la justice dans ce qu’elle a de plus noble, la prise de temps, le recul, la réflexion, l’analyse circonstanciée, le droit à la défense et le lendemain se permettent en quelques dizaines de caractères, généralement écrits sous X de se transformer en enquêteur, en accusateur et pour finir en bourreau. Evidemment nous savons tous aujourd’hui que le temps de la réaction est tellement réduit qu’il ne correspond même plus au temps de la respiration. Dans un seul souffle, parfois aigre et coupant, on frappe, on tranche, on élimine, bref en réalité on refuse tout ce qui n’est pas en mesure de trouver une place dans l’étroite bulle cognitive dans laquelle on vit. Et c’est ainsi que chacune et chacun, peut au détour, d’un mot, d’une réflexion, d’une pensée, d’une émotion se retrouver cloué au pilori, et se voir accusé de traitrise sans même n’avoir eu le temps de réaliser ce qui se passait. Penser autrement c’est déjà le signe qu’on pense…

La faim d’écrire

La faim d’écrire est forte, très forte, peut-être trop forte. Le garde-manger est plein, il déborde, il dégouline, de mots, de phrases déjà prêtes, qui attendent simplement la chaude caresse de la feuille que je leur ouvrirai.
Je n’ai pas besoin de les garder au frais. Ils se conservent très bien, mais sont peut-être trop nombreux. Je ne sais lequel choisir. J’ouvre la porte de la réserve. J’entends d’abord comme un murmure : « il est là, c’est lui, il va me choisir, c’est mon tour ». Ils attendent patiemment tous ces mots que j’aime. Certains sont couchés, bien à plat, à l’abri des regards mauvais, ce sont mes grands crus. Je reconnais libellule, il est seul, couvert de poussière, cela fait bien longtemps qu’il vieillit, peut-être trop ; il faudra que je me décide à en faire quelque chose. Au-dessus, mes préférés tout une rangée de flacons, de balbutiements, de mauves. Les casiers de brumes et de gris sont presque vides ; j’en ai peut-être trop consommé ces derniers temps. Dans le placard du fond j’ai stocké quelques phrases, toutes faites, toutes fraîches, mais je ne l’ouvre pas, je ne veux pas qu’elles s’échappent, il n’est pas encore temps, je dois chercher, encore, le menu, et tous les magnifiques plats qui le composeront. Je referme la porte de ma réserve, doucement pour ne pas éveiller les endormis, celles et ceux vers qui je ne vais jamais, parce que je les ai oubliés. Demain, peut-être je les retrouverai…
Peut-être.

Matinales…

A l’angle nord d’une nuit aux draps coupants  

Une ligne droite s’enfonce dans le bleu qui hésite

Les vieilles pierres d’un rêve sans fin

S’entendent pour inventer une courbe dorée

6.11.2025

Je voudrais…

Je voudrais qu’on cesse de vendre le beau à la criée
Je voudrais qu’on oublie les couleurs cathodiques
Je voudrais enfermer dans des prisons de papier les joies numériques
Je voudrais qu’on ne me dise plus ce qu’il est bon de rêver
Je voudrais qu’on me laisse choisir mes désespoirs
Je voudrais qu’on n’abîme plus les belles indignations
Je voudrais qu’on apprenne à se nourrir de longs silences
Je voudrais qu’on prenne le temps de l’ennui
Je voudrais que rien n’empêche les tristes histoires de vibrer
Je voudrais qu’on trouve d’autres chemins
Je voudrais qu’on entende le chant de la mer au crépuscule montant
Je voudrais qu’on me laisse apprivoiser des mots oubliés
Je voudrais ne jamais avoir peur de demain

4 novembre

Cours, vole…

Quand le monde est si bruyant,
Qu’il couvre même le vent,
Quand les regards sont de travers
Que les yeux se noient dans le triste amer


N’entre pas dans l’arène,
N’aiguise pas tes lames numériques
Fais comme tes pères
Et rêve d’Amérique


Il faut que tu marches jusqu’au bout
Là-bas, si loin
Ou l’île se blottit
Dans les bras de l’océan


Si tu ne peux pas partir,
Tête haute
Marche jusqu’aux souvenirs
Prends le chemin le plus malin


Cours, vole, rêve, espère,
Souris de cet air qui te fouette

Mais ne laisse pas gagner
La fanfare des maudits
Laisse-les s’agiter, vociférer,


Demain tu verras
Ils seront oubliés

Matinales…

Il faudra un jour règler le sort de Novembre

L’acte d’accusation est prêt

Long comme un jour sans été

Il est écrit à l’encre grise

Sur une feuille aux bords frissonnants

Il ne se lévera pas à l’exposé de la sentence

Tête baissée nez dans le brouillard

Il partira et nous attendrons que le jour se lève

3 novembre 2025

Une odeur de pain chaud…

Sous les plis d’une mémoire froissée

Le vieil homme a caché les quelques miettes

Du beau souvenir d’une odeur de pain chaud

Mémoires…

Souviens-toi

C’était il y a quelques hiers

Souviens-toi

Tu marchais le regard haut

Au midi du vivre beau

L’ombre de ton rire joli

Sur le mur aux angles fleuris

En glissant prenait la pose

Belle image pour le demain qu’on ose…

Novembre chagrin : inédit…

Mais que nous veux tu novembre chagrin

J’attends la fin de ton défilé de larmes

Je n’aime plus tes rimes de tristes matins

Au sud de nos angoisses le laid chant des armes

A travers les grises vitres de nos mémoires brisées

Glissent les pâles reflets de nos rires éteints

Entends-tu le chant des demains réparés

Il pose ses notes fleuries sur le gris chemin

Matinales…

Il suffit je ne me lève plus a dit le jour somnolent
Mais ce n’est pas possible tu es condamné
A répondu une nuit tremblante et pressée d’engloutir
Le trou de lumière par elle creusé
Encore un effort je t’en prie
Le jour s’est tourné et retourné
Il a râlé
Au pied du lit de pierre a posé un pied puis deux
Et s’est levé l’œil mauvais
Sur un ton sec et irrité à la nuit a répondu
C’est bon une fois encore je le fais
Je le fais pour toi
Tu me fais tant pitié

Chut…

Chut
Mes mots sont endormis
J’entends le chant creux
De leurs rires bleus
Silence
Froisse feuille blanche
Oublié au coin d’un rêve fané
J’attends
Au verso d’une longue histoire
Qui s’écrit
Tant de lettres oubliées
J’écoute
Elles claquent des dents
Dans le souffle étonné
D’un vieux papier glacé

Entre larmes et mers…

Entre larmes et mers

Brune ou brumes

Belles ou bleues

Roulent perles de vie

Sueur salée de simples bonheurs

Corps et cœurs envahis

On aime

On frissonne

Ne retiens rien mon fils

Hier

Demain

Toujours

Petit homme est là

De trace en trace

Il suivra

Bla Bla Bulle

Bulle sociale

Bulle sanitaire

Bulle numérique

Il suffit

Je n’en peux plus

Laissez donc mes bulles

Laissez les s’envoler

Belles et légères

Et je vous en prie

Cessez d’empoisonner mes mots

De votre venin sanitaire

Le hareng saur… Charles Cros

Mon inspiration est en panne sèche. Oui je suis à sec. A sec comme le hareng saur de Charles Cros. Petit clin d’…

Il était un grand mur blanc – nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle – haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur – sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains – sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou – pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle – gros, gros, gros.

Alors il monte à l’échelle – haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu – toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc – nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau – qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle – longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur – sec, sec, sec.

Il redescend de l’échelle – haute, haute, haute,
L’emporte avec le marteau – lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s’en va ailleurs – loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur – sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle – longue, longue, longue,
Très lentement se balance – toujours, toujours, toujours.

J’ai composé cette histoire – simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens – graves, graves, graves,
Et amuser les enfants – petits, petits, petits.

Brumes molles…

Il est des brumes molles suintantes

Posées là sans caractère

On dit que l’automne approche

Endormis dans un fond froid de reste d’été

Elles s’étirent en silence

Oui c’est le moment

C’est l’heure mauve

Où elles seront belles

Elles ne savent pas

C’est la première fois

Les miroirs sont flous

Elles attendent un reflet de mélancolie

Mais rien n’y fait

Elles glissent sans une belle rime

La nuit est tombée

Elles sont avalées

24 octobre 2025

Vitesse = Distance /Temps…

Vite !

Dit-il.

Vite ?

Dites-vous.

Mais, je n’ai pas le temps !

Voyez vous :

Il me faut prendre de la distance,

Et garder un peu de temps.

Peut-être,

Je dis bien peut-être,

Qu’avec cette retenue,

Assoupie,

Là,

Bien au chaud,

Dans le fond dorée

De ma poche percée,

Un peu plus vite

Vers vous,

Je m’approcherai…

Trop tôt, novembre !

Oh non

Il est trop tôt novembre pressé

Remballe tes épaisses brumes

Recule je t’en prie

Là, oui encore un peu

Un pas ou deux

Ne te retourne pas

Et ne t’inquiète pas

Je te l’assure

On se retrouvera

Mes Everest : Victor Hugo : « cauchemar »

Chat huant devant les ruines du château de Vianden…

Sur mon sein haletant, sur ma tête inclinée,
Ecoute, cette nuit il est venu s’asseoir;
Posant sa main de plomb sur mon âme enchaînée,
Dans l’ombre il la montrait, comme une fleur fanée,
Aux spectres qui naissent le soir.

Ce monstre aux éléments prend vingt formes nouvelles,
Tantôt d’une eau dormante il lève son front bleu;
Tantôt son rire éclate en rouges étincelles;
Deux éclairs sont ses yeux, deux flammes sont ses ailes,
Il vole sur un lac de feu!

Comme d’impurs miroirs, des ténèbres mouvantes
Répètent son image en cercle autour de lui;
Son front confus se perd dans des vapeurs vivantes;
Il remplit le sommeil de vagues épouvantes,
Et laisse à l’âme un long ennui.

Vierge! ton doux repos n’a point de noir mensonge.
La nuit d’un pas léger court sur ton front vermeil.
Jamais jusqu’à ton coeur un rêve affreux ne plonge;
Et quand ton âme au ciel s’envole comme un songe,
Un ange garde ton sommeil!

Avril 1822

Le vent se lève…

Derrière le tendre vert des collines alanguies
J’entends le vent qui bruit
Sans un cri
Un reste de pli bleu
Couvre ronde larme de si peu
Sur le bord gris de tes yeux bleus

Virage…

Ils étaient partis à l’aurore montante

Pour atteindre ce je ne sais où

Plat pays d’une lointaine histoire

Figé entre deux pages d’une future mémoire

Ils avaient pris ces routes qu’on n’indique plus

Ils ne demandaient pas leur chemin

Ne rêvaient pas d’ailleurs lointains

Ils attendaient de prendre le virage

Et dans un souffle de silence

Ils seraient bien.

22.10.2025

Matinales…

Une pensée pour mes ukrainiens…

C’est le matin des nuques raides

Au pays des insomnies

Sur les écrans glacés

Des doigts tremblants

Figent dans les pleines mémoires

Les larmes d’acier

D’un ciel déchiré

22.10.2025

Flash…

Chaque jour passe lisse et long

Fidèles nous t’attendons

Ô pleine mer des longs frissons

Viens il est l’heure

Entre mes bras oublie tes vieilles peurs

Oui viens ô mer de mes passions

Je te prends d’une vague main

Et tu entres dans la danse touffue

De nos rondes brumes

Aux écumes joufflues

Flash…

Dans le coin sombre d’une journée ordinaire

Une boule de triste silence s’est endormie

La foule des bruyants passait

Regard levé

Pas pressé

Pas un pour lui parler

Et doucement la rassurer

Pas un pour murmurer

Ne crains rien petite

Ne crains rien

Tu verras on va t’aider

Tu verras on va t’aimer

Et ton chemin vers un long demain

Tu trouveras

Petite boule a souri

Un chant, un cri, un souffle

Tous sont réunis

Oh petite boule notre amie

Rêve mauve…

Il est l’heure de la lumière,

Il me reste un bout de rêve mauve.

Infime miette dans un bol de rire noir,

Laissée là, douce et croquante

Par une nuit rassasiée.

Au creux du silence du matin qui gémit,  

J’avance tête baissée,  

Tirant sur le long fil de ce songe qui sourit.

Mots oubliés …

Dans la boîte en fer blanc des mots oubliés

J’ai plongé une main prête à danser

C’était rond c’était doux

Comme blanche mie d’un pain chaud

Je les sens

Ils frétillent

Je les entends

Ils babillent

Mots d’hier

Mots d’hiver

Ils se griment

Ils se riment

Et quand viendra le triste novembre

Pétales d’été aux mers parfumés

Derrière les tristes silences

De tes yeux enfermés

Je te les soufflerai

Mémoires…

Derrière la vitre de mes mémoires envolées

Les traces inclinées de vies couleur d’acier

Ont coulé sur le laminoir usé

De vieilles joues creusées

Le métal ne chante plus

Il ne le peut plus

Je pose le front contre le souvenir glacé des hivers heureux

J’entends l’écho des souliers ferrés

Des hommes au matin pressé

La ronde des bonnes nouvelles…

« Je ne me souviens de rien, rien de ce qui s’est passé ni hier, ni les jours précédents. »


L’homme chez qui nous sommes aujourd’hui est, à vrai dire, un cas un peu particulier. Chaque soir, lorsqu’il s’endort, comme beaucoup il pense à la journée qui vient de se terminer. Tout y passe : ce qu’il a fait, qu’il n’a pas fait alors qu’il aurait dû le faire, ce qu’il a dit, qu’il n’a pas dit, qu’il aurait du ou pu dire, ce qu’il n’aurait pas dû dire. Sont aussi passés en revue les autres, celles et ceux qu’il a vus, avec qui il a parlé, celles et ceux qu’il n’a pas vu et qu’il aurait aimé voir.
Et généralement après cet inventaire il s’endort. Enfin c’est ce qu’il suppose car c’est au moment précis où il décide de s’attarder sur tout ce qui dans la journée lui a donné le sourire, l’a rendu sinon heureux au moins optimiste que ses yeux se ferment.
Quand on connaît la profession de cet homme, on se dit qu’il a ou qu’il aurait indéniablement tout pour être heureux : cet homme est chasseur.
Oui je sais, dès l’instant où à la fin de la phrase précédente vous avez lu ce mot « chasseur », vous avez (ne mentez pas je le devine) froncé le sourcil, serré les mâchoires et vous vous êtes dit : « chasseur, chasseur, non mais je rêve comme si le fait d’être chasseur pouvait donner le sourire, rendre heureux ». Il déraille complétement l’Eric…
Mais vous voilà donc pris au piège que je vous ai tendu : oui bien sûr cinq lignes plus haut que celle-ci j’ai écrit, je cite : « cet homme est chasseur ». Mais voyez-vous, je n’ai pas fini ma phrase, et alors que je vous devine tendu, circonspect, voire (et je le comprends tout à fait) un peu lassé de ces longueurs, je vous invite à un peu de patience. Oui cet homme est chasseur. Mais il n’est pas un chasseur ordinaire, (je le concède, encore un qualificatif auquel on s’attendait). Il est un chasseur unique en son genre : il est un chasseur de bonnes nouvelles. Ah évidemment maintenant que je l’ai écrit, vous vous dites que vous en doutiez, que c’est trop facile que mes ficelles sont trop grosses. Grand bien vous fasse, je vous accorde complétement le droit d’arrêter là votre lecture, quant à moi il faut que je poursuive et que je revienne à mes débuts.
Alors oui revenons à notre homme, celui qui tous les matins se lèvent en disant : «je ne me souviens de rien, rien de ce qui s’est passé ni hier, ni les jours précédents ». Cet homme est donc, nous l’avons compris un chasseur de bonnes nouvelles. Nous ne savons que peu de chose sur son employeur si ce n’est qu’il s’agit d’un petit homme, au regard vif qu’on peut parfois rencontrer sur les marchés.
Evidemment quand nous l’avons interrogé, nous lui avons demandé en quoi consistait ce travail, son travail. Tout en nous laissant sa carte, il nous répond après avoir marqué un temps d’arrêt que c’est simple : il passe ses journées, toutes ses journées, dehors, seul, et il chasse. Il marche, il guette, il attend, il se poste à des endroits stratégiques (qu’il a du mal à définir) afin de débusquer ce gibier tant recherché : la bonne nouvelle.

  • Et vous trouvez ?
  • Oh oui je trouve ! Tous les jours j’en prends une, deux et parfois plus.
  • Mais c’est extraordinaire, vous pourriez nous en donner une ou deux, ou nous en montrer. Si cela ne vous dérange pas bien sûr ?
  • Je le voudrais bien, mais je ne me souviens de rien, rien de ce qui s’est passé ni hier, ni les jours précédents.

La ronde des bonnes nouvelles…

Un texte de novembre 2020 !

Le soir arrive, et pas la moindre bonne nouvelle à vous proposer.

Non, désolé je me trompe : il y en a une et elle est lourde de sens. Comme je n’avais pas le temps, tout occupé que j’étais à faire (mon dieu que je n’aime pas ce verbe) plein de choses (faire et maintenant chose, comment dire, je suis un peu à court de munitions) dans le cadre de mon activité professionnelle (un peu mieux comme formulation non ?) de me distraire j’ai… Bon je crois que je me perds, et cette phrase devient impossible.

Reprenons donc le fil : oui c’est cela, j’ai une bonne nouvelle, une vraie bonne nouvelle. Comme je n’ai pas eu le temps ni d’écouter la radio, ni de lire des journaux, ni de consulter le web et bien je n’ai rien lu, rien su, rien entendu de ce qui s’était passé aujourd’hui, ni de ce qui ne s’était pas passé et je vais vous faire un aveu : qu’est ce que je me sens mieux… Et ça c’est une bonne nouvelle !

La peur est seule

Dans le bout de cette vie qui résiste

Il y a comme un voile gris

Flamme qui vacille

La peur est seule

Elle n’ose plus entrer

Un rideau de larmes

Inutile elle recule

Son temps est passée

Déraille…

Sur ces deux lignes d’acier

Je rêve d’écrire

Poète forgeron

Qui essaie la plume légère

Trempée d’encre métallique

Dans la marge de pierre

Les mots glissent en grinçant

Matinales…

Dans les mémoires des vieilles guerres

Hier les corps tremblants s’abimaient

Entre les plis coupants de draps d’angoisses froissées

Dans nos vies lisses et apaisées

Disparues les nuits de pleine peur

Le matin à l’odeur chaude nous appelle

Les corps s’étirent dans la molle lumière

Et soudain on pense aux amis des là-bas oubliés

Ils ouvrent des yeux meurtris sur un monde en folie  

17/10/2025

Flash d’automne…

Dans l’eau trouble de l’automne

Le reflet ocre d’une lumière fatiguée

D’un si long été à étirer ses longues marées

Peu à peu l’horizon s’efface sous la gomme

D’une lourde brume sous le ciel abandonné

12 novembre 2020

Carnets : j’ai un trou de mémoire…

J’ai un trou de mémoire…

J’ai un trou de mémoire… Curieuse non cette expression ? Pour ma part, j’ai plutôt l’impression quand je suis confronté à ce problème de trou qu’il s’agit plutôt d’un trou DANS la mémoire. Comme s’il s’agissait d’un panier percé. Et au bout du compte si on réfléchit un peu un trou ce n’est rien ou plutôt ce n’est que du rien, qu’un peu de vide autour de tout, d’un tout ou du plein pour ne pas dire du pain parce qu’un trou dans le pain ce n’est rien ou trois fois rien. Mais revenons à nos moutons : un trou de mémoire ne serait finalement rien ou presque rien. Et le presque est ici important : il rappelle que très souvent au bord du trou il y a un tas : le tas composé de ce qui a été extrait du trou avant qu’il ne devienne trou. Si je poursuis mon raisonnement je me dis que finalement tout est là, au bord, et qu’il suffit de chercher, de trier et alors on retrouvera bien quelque chose, pour combler le trou.

Je me relis et je me dis que tout cela n’est peut-être pas si clair, qu’il manque quelque chose, qu’il y a comme on le dit parfois un trou dans la raquette. Tout cela est bien complexe et plus j’avance plus je me dis que la solution est probablement au fond du trou.

Mais c’est une autre histoire

Billet de bonne humeur : compromis…

Je me suis un peu attardé sur ce mot tant et tant entendu ces dernières semaines et me suis permis de jouer, un peu avec.

Aventurons-nous vers le compromis :

Dans compromis j’entends, pas mal de choses : comme promis, le con promis.

Alors oui c’est vrai que certains on parfois le sentiment qu’en acceptant un compromis, ils se retrouveront comme promis dans le rôle du con. Mais, soyons sérieux, lâcher du lest pour éviter de couler est parfois nécessaire, et il vaut peut-être mieux rester à la surface que de toucher le fond même si j’entends déjà ceux qui me diront qu’en fait il faut savoir naviguer entre deux eaux pour éviter d’avoir le cul entre deux chaises. Pour ma part je considère qu’il vaut mieux ne rien promettre pour éviter d’être attendu au tournant. Et surtout il me semble que ce qui est important c’est de garder le cap, de ne pas dévier de l’objectif final, quitte à parfois prendre des chemins de traverses. Bref le compromis il me semble que cela me parle. On parlera de compromission une prochaine fois, promis…

14/10/2025

Mémoires…

Dans l’angle mort d’une histoire en pointillé
J’ai trouvé un vieux reste de lumière figée
Le bavard au cœur creux
Sans rien dire l’a abandonné
Dans l’onde dodue
Des ronds de mes rires bleus
Je l’ai jeté pour un dernier souvenir ricochet

La ronde des bonnes nouvelles…

Bon, autant le dire tout de suite, ce n’est pas la grande forme. Où sont les bonnes nouvelles, où se dissimulent-elles ? J’ai beau éplucher tout l’actualité : je ne trouve rien à me mettre sous la dent. Ça commence à devenir déprimant. Je vais finir, comme beaucoup, à tout voir en noir, à avoir des idées noires et pourquoi pas à broyer du noir. Il faut que je m’aère pour me détendre un peu. Je complète mon attestation sur laquelle je coche que je sors pour des courses de première nécessité.
Je n’ai besoin de rien mais après tout on verra bien, je tomberai peut-être sur du nécessaire dont j’ignorai l’existence. C’est jour de marché, je trouverai bien quelque chose.
J’arrive sur la petite place du village. Tout au fond, à l’abri du seul arbre un petit stand que je ne connaissais pas. Il n’y a aucun client. Je m’approche, le banc est vide. Rien, il n’y a plus rien. Je suis curieux : mais quel était donc ce « nécessaire » que ce petit homme sans âge au regard vif avait à proposer pour que dès 9 h 30 tout ait été vendu. Je l’interroge.

  • J’arrive trop tard, vous n’avez plus rien ?
  • Plus rien, en effet mon petit monsieur… Mais de quoi aviez-vous besoin ?
  • Et bien écoutez je crois que je n’avais besoin de rien, enfin rien de vraiment nécessaire. Et pour être franc j’avais simplement besoin de me changer les idées. En ce moment je vois tout en noir.
  • Et bien justement voyez vous ce que je propose ce sont des tous petits rien, faits de pas grand-chose et qui évitent de broyer du noir…
  • Il ne vous en reste plus, pas même un modèle d’exposition, un échantillon…
  • Rien, plus rien, tout est parti !
  • Tout est parti ?
  • Oui et pourtant personne n’est venu !
  • Mais alors pourquoi restez-vous là,
  • C’est simple monsieur, j’arrive avec rien, tout le monde vient me voir et finalement chacun est ravi de s’apercevoir qu’il n’a besoin de rien puisque de toute façon je n’ai rien à vendre.
  • J’aime beaucoup ce que vous dites monsieur, c’est tellement poétique. Vous serez là la semaine prochaine ?
  • Pourquoi, vous auriez besoin de quelque chose ?
  • Non, je ne crois pas, ou trois fois rien ?
  • Et bien si je n’ai rien de nécessaire à faire, je viendrai et nous parlerons un peu, de tout, de rien…
  • Oh merci vraiment, c’est une bonne nouvelle !

Derrière la vitre de nos envies…

Derrière la vitre de nos envies
La grise ville nous a menti
Pas un bout de mer
Pas un souffle de ce bel air
Les vagues se sont figées
Dans leurs longues quêtes salées

La ronde des bonnes nouvelles…

« On fait les omelettes en cassant les œufs »


Pour une raison que j’ignore encore, je me lève ce matin avec une furieuse envie d’omelette. Et pour une raison que j’ignore encore plus, j’ai à peine posé le pied à terre, au pied de mon lit, que j’entends cette phrase qui tourne en boucle à l’intérieur de la tête : « on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs ».
Etrange : j’ai dû rêver d’omelette, ou d’œufs, ou d’œufs cassés. Je ne me souviens plus mais ce que je sais c’est qu’il va me falloir, en casser des œufs justement. En casser deux ou peut-être trois car j’ai grand faim. Une faim de loup gris.
Mais en moi-même, je ne peux m’empêcher de trouver ce dicton, cette morale plutôt quand même un peu sentencieuse. Comme si l’omelette que j’aime tant était la conséquence d’un véritable acte criminel contre les éléments qui la composent. J’entre dans la cuisine, ouvre la porte du frigo et saisissant trois magnifiques œufs frais je déclame à la cantonade : « pour me faire une omelette je vais casser trois œufs ».
Je prends le premier des œufs, je l’approche du bord du bol pour le casser et soudain j’hésite, et me dis : si j’essayais moi justement de faire une omelette sans casser les œufs. Après tout je n’en peux plus de toutes ces morales déguisée derrière des dictons populaires.
Je me saisis des deux autres œufs et les pose délicatement avec le troisième au fond de mon bol, je prends un fouet et je commence à battre consciencieusement mes trois œufs. « On ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs ! »
Ça tourne en boucle dans ma tête. Je remue, ça remue et ça me remue. Mais les œufs résistent, ils ont la coquille dure, ils roulent, ils s’entrechoquent. Rien ne se passe. Mon envie d’omelette est toujours là. J’accélère le mouvement et d’un coup d’un seul les trois œufs se brisent.
Me voici tout bête devant mon bol à ânonner : « ça c’est une bonne nouvelle : pour faire une omelette il faut casser les œufs »

Matinales…

J’ai posé l’oreille contre le mur d’une nuit finie

Et j’ai entendu le tumulte de rencontres touffues

Peu à peu le souffle court des vagues de l’oubli

Plus rien ne reste que des regards en pointillés

Tout est fini il est l’heure du réveil confus

13/10/2025

La ronde des bonnes nouvelles…

Au loup…

J’aurais aimé, au moins aujourd’hui deviser sur, enfin, une vraie bonne nouvelle : celle qui m’aurait annoncé la défaite de Donal Trump. Et bien non je suis encore obligé de me rabattre sur mes rêves, ou fantasmes, sait-on jamais…

Ah je m’en souviendrai du 4 novembre…Comme tous les matins, j’ouvre en grand la fenêtre de ma chambre. Il fait frais et j’aime cette sensation après une nuit toujours un peu agitée. La lumière me réveille et l’air vif me fouette. Au milieu de la pelouse, assis le dos à la fenêtre : un loup, un grand loup gris. Je sais que c’est un loup, ses oreilles pointues ne trompent pas. Il est assis et regarde droit devant lui, enfin me semble-t-il. Je me racle la gorge discrètement. Il se retourne, lève la tête et me regarde… Oui je le confirme, définitivement, c’est un loup, un grand loup même.
Il me regarde. Je le regarde. On se regarde.
Et comment dire, je ne me pose aucune question ; c’est simple, il y a un loup sur mon terrain, et ça ne me gêne pas, au contraire…Comment a-t ’il pu entrer, je l’ignore, qui est -il, d’où vient-il cela ne m’intéresse pas. Ce que je vois, ce que je sais, ce que je sens même, c’est qu’on va bien s’entendre tous les deux. Il m’attend, j’en suis sûr, quand il a tourné la tête pour me regarder, il n’était même pas étonné, ni effrayé et encore moins effrayant. Je referme la fenêtre, je m’habille, avec un sourire d’enfant qui ne me quitte pas. Je bois un café en vitesse, parce que quand même je suis un peu impatient et je sors…
Et au moment où je ferme la porte, je crie un peu fort (il faut quand même que les endormis profitent de ma joie) : « je sors, je vais donner à manger au loup ! »

Micro nouvelle écrite le 4 novembre 2020

Matinales…

Sur le fil tendu de mes rêves achevés

J’ai étendu les mots sombres d’une nuit échevelée

Au vent frais du matin ils ont claqué

Dans ma corbeille de rires tissés les ai entassés

Sur une feuille d’un humide papier

Belle phrase doucement s’est formée

12/10/2025

Il y a le bruit de la mer…

Je ferme les yeux, doucement, tout doucement,
Derrière les paupières, une lumière si douce
Légère et si fraiche, une caresse que mon regard comprend
Et soudain, derrière mes yeux, il y a ton regard brillant
Tes yeux, mes yeux nos regards mémoires,
Mes yeux, tes yeux nos yeux qui s’effleurent et s’entendent
Dans nos regards, il y a la mer et la brume.
Dans nos regards, il y a tant de souvenirs,
Regarde petite, regarde,
Regarde à l’intérieur de ton coffret à images
Il y a quelques bijoux qui brillent pour deux
Ecoute, petite écoute
Ecoute dans le creux de ta main
Il y a le bruit de la mer qu’ils ne sont deux qu’à entendre
Il est loin et la caresse de ses mots te sèche les larmes
Au coin de ton regard le sel a séché,
C’est beau, c’est si bon à caresser

La ronde des bonnes nouvelles

Une disparition attendue…


Ce matin le réveil est un peu difficile. Il faut dire que rares sont les nuits calmes et sereines sans tous ces mauvais rêves que pour se protéger on répugne à appeler cauchemars. Le réveil est un véritable supplice. Je me traîne jusqu’à la cuisine tout en marmonnant : « s’il faisait beau, au moins je pourrais prendre mon café dehors ». Mais bien sûr il pleut, nous sommes le trois novembre, comment peut-il en être autrement. Et en plus pour couronner le tout, c’est mardi. Un mardi de novembre. Je marmonne, il faudrait que je me bouge…
J’allume la radio avec le petit espoir d’entendre quelque chose d’engageant, d’encourageant : une bonne nouvelle quoi ?
J’appuie sur le bouton. Grésillement. Et puis une info : un flash info comme on le dit. Et c’est vrai qu’en guise de flash on ne peut faire mieux. Je dois le dire : j’ai sursauté et me suis cru sur la station qui passe en boucle toute la journée les mêmes sketches. Je vérifie. Non pas d’erreur je suis bien sur France Imper.
« … Sur recommandation du tribunal académique et après consultation du conseil insurrectionnel, le gouvernement a décidé de présenter demain mercredi un projet de loi à l’assemblée, portant modification du calendrier, avec pour principale réforme, l’élimination pure et simple du mardi… »
Eliminé le mardi : disparu, envolé… Je n’écoute pas les commentaires qui suivent cette annonce avec notamment un premier débat opposant les défenseurs du mardis aux avocats de tous les autres jours et particulièrement celui du dimanche dont on dit qu’il a usé de toutes ses relations pour préserver ce jour sacré qui semblait lui aussi être condamné…
Et voici que je me redresse, que je bombe presque le torse de satisfaction : quel bonheur de savoir qu’on est en train de peut-être vivre son dernier mardi de novembre…

Matinales…

Au sommet d’une verte colline

Il reste une trace de solitude enfouie

Et on cherche la formule magique

Qui éveille les pierres assoupie

On colle l’oreille au mur gris

Le pas lourd des travailleurs de la terre

Résonne dans le vide de nos vies numériques

11 octobre 2025

Memoires

La nuit est là

Épaisse

Lourde

Elle pèse sur tes jambes

Qui cherchent le frais

Entre les plis du drap bleuté

Rien n’y fait

La nuit t’oppresse

Tes yeux se serrent

Ta gorge est sèche

Tu voudrais une douce brise

Un chant d’oiseau

Des rires d’enfants

Rien n’y fait

La nuit est là…

Mots oubliés …

Dans la boîte en fer blanc des mots oubliés

J’ai plongé une main prête à danser

C’était rond c’était doux

Comme blanche mie d’un pain chaud

Je les sens

Ils frétillent

Je les entends

Ils babillent

Mots d’hier

Mots d’hiver

Ils se griment

Ils se riment

Et quand viendra le triste novembre

Pétales d’été aux mers parfumés

Derrière les tristes silences

De tes yeux enfermés

Je te les soufflerai

La ronde des bonnes nouvelles…

Je poursuis mes republications, pour mes nouveaux abonnés qui n’ont pas eu l’occasion de découvrir l’année dernière cette ronde des bonnes nouvelles…

Instauration de la journée nationale sans râler.


En ouvrant mon journal ce matin dont, au passage, la qualité du papier se dégrade de plus en plus, ce qui a pour conséquence de noircir les doigts, j’ai malencontreusement renversé ma tasse de café.
La journée commence vraiment mal, ai-je failli dire…Non, en fait, oui je l’avoue je l’ai dit !
Et ce d’autant plus qu’il n’y avait plus de lait, que le pain était sec, que le chat miaulait sans raisons apparentes, que la chaudière ne voulait pas démarrer, qu’évidemment il pleuvait et que j’avais perdu mon parapluie et égaré les clés de ma voiture. Voiture qui ne démarrera certainement pas lorsque j’aurai retrouvé les clés si j’en crois le texto laissé par le voisin : « vous avez laissé vos phares allumés ». Texto que je ne découvre que maintenant étant donné que je ne savais plus où était mon portable. Bref il me semble que toutes les conditions sont quand même réunies pour que je m’autorise, un tout petit peu, à râler.
Et me voici donc à feuilleter mon journal imbibé de café froid (oui mon micro-onde est en panne et du fait de la panne de la chaudière je n’ai pas d’eau chaude et comme hier en voulant réparer une vieille lampe de chevet j’ai fait un mauvais branchement j’ai provoqué un court-circuit et grillé la cafetière). Bref je feuillette et que lis-je en gros caractères gras ?
« Le 2 novembre devient la journée nationale sans râler ». La décision a été prise à la suite d’une pétition adressée au président de la république par un florilège de professions victimes régulières des râleurs. Il s’agit notamment des professeurs, des garagistes, des plombiers, des facteurs, des météorologues j’en passe et bien d’autres…
Et comment dire, j’ai terminé la lecture de mon journal en me disant : « oh après tout, il n’y a pas de quoi râler… »

Matinales : inédit…

Regard hésitant

Paupières qui frémissent

A la source de ma longue nuit je suis remonté

J’ai navigué au creux du sombre sommeil

Pour trouver le chemin des vagues rêves

Au bout de la presque peur

J’ai entendu une cascade d’ombres plissées

Mains tendues vers ces lames épaisses

J’ai entendu le chant des aimants disparus

10.10.2025

Ses mains se posent…

Ses mains se posent.
A plat, fines et légères
Ses mains reposent, ailes d’ange
Autour le silence
La douceur s’impose
Sur ses doigts mon regard se pose,
Longs pétales, d’un regard je les effeuille
C’est beau ces yeux d’ailleurs
Sur la peau, ils effleurent,
Quand la lumière faiblit,
Quand les derniers rayons sont suspendus
C’est beau cette main, entre ombre et lueur
Je ferme les yeux, sa main est fleur
Les doigts se touchent
Un frisson m’entoure
J’aime ses mains,
Elles lisent en moi

Mémoires…

« C’est si souvent le soir dans ses yeux

Que j’en perds mon matin… »

C’est deux vers je les écrivais il y a plus de quarante cinq ans avec toute la tendre maladresse de l’apprenti poète qui cherche les bonnes formules pour que le mélange des mots puisse se déguster longtemps après. C’est le cas aujourd’hui. Je déguste et je me souviens.