Mes Everest, Léo Ferré : les souvenirs…

Les souvenirs de ceux qui n’ont plus de maison
Se traînent dans les bars ou sur les autoroutes
À cent soixante à l’heure, ils se tirent et s’en vont
À cent soixante à l’heure, tu choisis pas ta route
Tu choisis pas ta route

Cette machine à écrire qui tape un manuscrit
Ce manteau qui sourit et qui me tend les bras
Cette valise où mon âme est pliée sans un pli
Cette bougie qui meurt et qui n’en finit pas
Ce papier que noircit une lettre d’amour
Ce crayon malheureux et qui a mauvaise mine
Ce miroir qui me parle et la nuit et le jour
Jusqu’à l’ultime jour, jusqu’à l’ultime nuit

Les souvenirs de ceux qui n’ont plus de maison
Se traînent dans les bars ou dans le fond d’un lit
A cent soixante à l’heure, ils se traînent et s’en vont
S’en vont à cent soixante, à la mélancolie, à la mélancolie

Ce parfum qu’on oublie dans le bruit des odeurs
Cette larme qui coule et qui sèche à ton bras
Ce bijou qui s’ennuie au cou de ton malheur
Cette gorge qui s’ouvre et qui n’en finit pas
Ce matin qui s’ébat dans l’horreur de la vie
Cette ombre de la brume où se perd la mémoire
Cette conscience au bout de ce qui t’est permis
Ce désespoir enfin qui s’invente une histoire

Ils s’en vont, ils s’en vont, les souvenirs cassés
Ils s’en vont, ils s’en vont, les souvenirs… Allez
Comme des chiens perdus qu’on ne reconnaît plus
Si ce n’est à leur queue, un tremblement de larmes
Un tremblement de larmes

Ils pleurent tous ces chiens qui s’en vont l’arme basse
Dans le fond de la brume, on les voit divaguer
Quelquefois, ils s’en prennent à leur ombre et demain
Des soleils amoureux leur lècheront la face et la mélancolie
Ils pleurent tous ces chiens qui s’en vont l’arme basse
Dans le fond de la brume on les voit divaguer
Quelquefois, ils s’en prennent à leur ombre et demain
Des soleils amoureux leur lècheront la face et la mélancolie
La mélancolie, mélancolie.

Mes Everest : « la tristesse », Léo Ferré…

La Tristesse a jeté ses feux rue d’ Amsterdam
Dans les yeux d’une fille accrochée aux pavés
Les gens qui s’en allaient dans ce Paris de flamme
Ne la regardaient plus, elle s’était pavée
La Tristesse a changé d’hôtel et vit en face
Et la rue renversée dans ses yeux du malheur
Ne sait plus par quel bout se prendre et puis se casse
Au bout du boulevard comme un delta majeur

La Tristesse…

C’est un chat étendu comme un drap sur la route
C’est ce vieux qui s’en va doucement se casser
C’est la peur de t’ entendre aux frontières du doute
C’est la mélancolie qu’a pris quelques années
C’est le chant du silence emprunté à l’automne
C’est les feuilles chaussant leurs lunettes d’hiver
C’est un chagrin passé qui prend le téléphone
C’est une flaque d’eau qui se prend pour la mer

La Tristesse…

La Tristesse a passé la main et court encore
On la voit quelquefois traîner dans le quartier
Ou prendre ses quartiers de joie dans le drugstore
Où meurent des idées découpées en quartiers
La Tristesse a planqué tes yeux dans les étoiles
Et te mêle au silence étoilé des années
Dont le regard lumière est voilé de ces voiles
Dont tu t’en vas drapant ton destin constellé

La Tristesse…

C’est cet enfant perdu au bout de mes caresses
C’est le sang de la terre avorté cette nuit
C’est le bruit de mes pas quand marche ta détresse
Et c’est l’imaginaire au coin de la folie
C’est ta gorge en allée de ce foulard de soie
C’est un soleil bâtard bon pour les rayons  » X « 
C’est la pension pour Un dans un caveau pour trois
C’est un espoir perdu qui se cherche un préfixe

Le désespoir…

Mes Everest, Léo Ferré : la solitude…

Je suis d´un autre pays que le vôtre, d´une autre quartier, d´une autre solitude.
Je m´invente aujourd´hui des chemins de traverse. Je ne suis plus de chez vous. J´attends des mutants.
Biologiquement, je m´arrange avec l´idée que je me fais de la biologie : je pisse, j´éjacule, je pleure.
Il est de toute première instance que nous façonnions nos idées comme s´il s´agissait d´objets manufacturés.
Je suis prêt à vous procurer les moules. Mais…
La solitude…
La solitude…


Les moules sont d´une texture nouvelle, je vous avertis. Ils ont été coulés demain matin.
Si vous n´avez pas, dès ce jour, le sentiment relatif de votre durée, il est inutile de vous transmettre, il est inutile de regarder devant vous car devant c´est derrière, la nuit c´est le jour. Et…
La solitude…
La solitude…
La solitude…

Il est de toute première instance que les laveries automatiques, au coin des rues, soient aussi imperturbables que les feux d´arrêt ou de voie libre.
Les flics du détersif vous indiqueront la case où il vous sera loisible de laver ce que vous croyez être votre conscience et qui n´est qu´une dépendance de l´ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau. Et pourtant…


La solitude…
La solitude!

Le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour le moment, nous l´appellerons « bonheur », les mots que vous employez n´étant plus « les mots » mais une sorte de conduit à travers lequel les analphabètes se font bonne conscience. Mais…
La solitude…
La solitude…
La solitude, la solitude, la solitude…
La solitude!

Le Code Civil, nous en parlerons plus tard. Pour le moment, je voudrais codifier l´incodifiable. Je voudrais mesurer vos danaïdes démocraties. Je voudrais m´insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité.


La lucidité se tient dans mon froc!
Dans mon froc!

Mes Everest : Léo Ferré, le lit….

Cette antichambre du tombeau
Où froissent comme des drapeaux
Les draps glacés par la tempête
Ce tabernacle du plaisir
Avec la porte du désir
Battant sur l´ennui de la fête
Cette horizontale façon
De mettre le cœur à raison
Et le reste dans l´habitude
Et cette pâleur qu´on lui doit
Dès que l´on emmêle nos doigts
Pour la dernière solitude

Le lit
Fait de toile ou de plume
Le lit
Quand le rêve s´allume

Cette maison du rêve clos
Sur le grabat, dans le berceau
Au point du jour ou de Venise
Cette fraternité de nuit
Qui peut assembler dans un lit
L´intelligence et la bêtise
Qu´il soit de paille ou bien de soie
Pour le soldat ou pour le roi
Pour la putain ou la misère
Qu´il soit carré, qu´il soit défait
Qu´importe lorsque l´on y fait
Autre chose que la prière

Le lit
Enfer pavé de roses
Le lit
Quand la mort se repose

Qu´il soit de marbre ou de sapin
Quant au lit qui sera le mien
Dans le néant ou la lumière
Je veux qu´on ne le fasse point
Et qu´on y laisse un petit coin
Pour un ami que j´ai sur Terre
Cet ami que je laisserai
Quand il me faudra dételer
Pour l´aventure ou la poussière
Ce frère de mes longues nuits
Et que l´on appelle l´ennui
Au fond du lit des solitaires

Le lit
Quand s´endort le mystère
Sans bruit
Dans la vie passagère

Mes Everest : Léo Ferré : « à un jeune talent »…

Je ne vous connais pas encore.
La misère vous lace les souliers, elle est gentille.
Lorsque je l’insultais, je le faisais en italien :
« PORCA MISERIA ».
Je me sentais riche phonétiquement.
Le confort dans l’injure, c’est le commencement de la Sagesse et de l’indépendance.
Soyez orgueilleux.
L’orgueil, c’est la cravate des marginaux.
Soyez dans la marge mais, je vous en prie, ne perdez jamais de vue les TEXTES … Il vous regarde, le TEXTE, il attend le premier jour de la chasse et, tranquillisez-vous, vous serez bien en vue, la vedette…
Alors, de quoi vous plaignez-vous ?
Vous serez l’ennemi numéro 1… Il y en a tellement après…
Tellement qui prendraient bien votre place, avec le risque… Ils meurent de n’être pas le Risque…
Il vaut mieux mourir le premier.
C’est ça, la mathématique sidérale : FIRST.
Ne soyez pas lucide, cela vous encombrerait. Les comptables ne se pendent jamais au cou d’un cheval que l’on bat et que l’on tue.
Les comptables tuent.
Quand ils ne tuent pas, ils vivent dans les comptes.
Laissez donc la lucidité aux entrepreneurs de travaux artistiques.
Et n’oubliez jamais que vous êtes une denrée.
Mais ne prenez jamais de conseil de personne.
JAMAIS.

Mes Everest : " Je t'aime", Léo Ferré…

Quand y’a la mer et puis les chevaux
Qui font des tours comme au ciné
Mais que dans tes bras c’est bien plus beau
Quand y’a la mer et puis les chevaux

Quand la raison n’a plus raison
Et que nos yeux jouent à se renverser
Et qu’on ne sait plus qui est le patron
Quand la raison n’a plus raison

Quand on raterait la fin du monde
Et qu’on vendrait l’éternité
Pour cette éternelle seconde
Quand on raterait la fin du monde

Quand le diable nous voit pâlir
Quand y’a plus moyen de dessiner
La fleur d’amour qui va s’ouvrir
Quand le diable nous voit pâlir

Quand la machine a démarré
Quand on ne sait plus bien où l’on est
Et qu’on attend ce qui va se passer
Je t’aime

Je t’aime pour ta voix pour tes yeux sur la nuit
Pour ces cris que tu cries du fond des oreillers
Et pour ce mouvement de la mer pour ta vie
Qui ressemble à la mer qui monte me noyer

Je t’aime pour ton ventre où je vais te chercher
Quand tu cherches des yeux la nuit qui se balance
A mon creux qui te creuse et d’où ma vie blessée
Coule comme un torrent dans le lit du silence

Je t’aime pour ta vigne où vendangent des fées
Et pour cette clairière où j’éclaire ma route
Que balisent tes cris durs comme deux galets
Que le flot de la nuit roule sur ma déroute

Je t’aime pour le sel qui tache ta vertu
Et qui fait un champ d’ombre où ma bouche repose
Pour ce que je ne sais quoi dont ma lèvre têtue
S’entête à recouvrer le sens et puis la cause

Je t’aime pour ta gueule ouverte sur la nuit
Quand ta sève montant comme du fond des ères
Bouillonne dans son ventre et que je te maudis
D’être à la fois ma soeur mon ange et ma Lumière

Quand y’a la mer et puis les chevaux
Qui font des tours comme au ciné
Mais que dans tes bras c’est bien plus beau
Quand y’a la mer et puis les chevaux

Quand la raison n’a plus raison
Et que nos yeux jouent à se renverser
Et qu’on ne sait plus qui est le patron
Quand la raison n’a plus raison

Quand on raterait la fin du monde
Et qu’on vendrait l’éternité
Pour cette éternelle seconde
Quand on raterait la fin du monde

Quand le diable nous voit pâlir
Quand y’a plus moyen de dessiner
La fleur d’amour qui va s’ouvrir
Quand le diable nous voit pâlir

Quand la machine a démarré
Quand on ne sait plus bien où l’on est
Et qu’on attend ce qui va se passer
Je t’aime

Mes Everest : « la tristesse », Léo Ferré…

La Tristesse a jeté ses feux rue d’ Amsterdam
Dans les yeux d’une fille accrochée aux pavés
Les gens qui s’en allaient dans ce Paris de flamme
Ne la regardaient plus, elle s’était pavée
La Tristesse a changé d’hôtel et vit en face
Et la rue renversée dans ses yeux du malheur
Ne sait plus par quel bout se prendre et puis se casse
Au bout du boulevard comme un delta majeur

La Tristesse…

C’est un chat étendu comme un drap sur la route
C’est ce vieux qui s’en va doucement se casser
C’est la peur de t’ entendre aux frontières du doute
C’est la mélancolie qu’a pris quelques années
C’est le chant du silence emprunté à l’automne
C’est les feuilles chaussant leurs lunettes d’hiver
C’est un chagrin passé qui prend le téléphone
C’est une flaque d’eau qui se prend pour la mer

La Tristesse…

La Tristesse a passé la main et court encore
On la voit quelquefois traîner dans le quartier
Ou prendre ses quartiers de joie dans le drugstore
Où meurent des idées découpées en quartiers
La Tristesse a planqué tes yeux dans les étoiles
Et te mêle au silence étoilé des années
Dont le regard lumière est voilé de ces voiles
Dont tu t’en vas drapant ton destin constellé

La Tristesse…

C’est cet enfant perdu au bout de mes caresses
C’est le sang de la terre avorté cette nuit
C’est le bruit de mes pas quand marche ta détresse
Et c’est l’imaginaire au coin de la folie
C’est ta gorge en allée de ce foulard de soie
C’est un soleil bâtard bon pour les rayons  » X « 
C’est la pension pour Un dans un caveau pour trois
C’est un espoir perdu qui se cherche un préfixe

Le désespoir…

Mes Everest : Léo Ferré : « à un jeune talent »…

Je ne vous connais pas encore.
La misère vous lace les souliers, elle est gentille.
Lorsque je l’insultais, je le faisais en italien :
« PORCA MISERIA ».
Je me sentais riche phonétiquement.
Le confort dans l’injure, c’est le commencement de la Sagesse et de l’indépendance.
Soyez orgueilleux.
L’orgueil, c’est la cravate des marginaux.
Soyez dans la marge mais, je vous en prie, ne perdez jamais de vue les TEXTES … Il vous regarde, le TEXTE, il attend le premier jour de la chasse et, tranquillisez-vous, vous serez bien en vue, la vedette…
Alors, de quoi vous plaignez-vous ?
Vous serez l’ennemi numéro 1… Il y en a tellement après…
Tellement qui prendraient bien votre place, avec le risque… Ils meurent de n’être pas le Risque…
Il vaut mieux mourir le premier.
C’est ça, la mathématique sidérale : FIRST.
Ne soyez pas lucide, cela vous encombrerait. Les comptables ne se pendent jamais au cou d’un cheval que l’on bat et que l’on tue.
Les comptables tuent.
Quand ils ne tuent pas, ils vivent dans les comptes.
Laissez donc la lucidité aux entrepreneurs de travaux artistiques.
Et n’oubliez jamais que vous êtes une denrée.
Mais ne prenez jamais de conseil de personne.
JAMAIS.

Mes Everest, Léo Ferré : les souvenirs…

Les souvenirs de ceux qui n’ont plus de maison
Se traînent dans les bars ou sur les autoroutes
À cent soixante à l’heure, ils se tirent et s’en vont
À cent soixante à l’heure, tu choisis pas ta route
Tu choisis pas ta route

Cette machine à écrire qui tape un manuscrit
Ce manteau qui sourit et qui me tend les bras
Cette valise où mon âme est pliée sans un pli
Cette bougie qui meurt et qui n’en finit pas
Ce papier que noircit une lettre d’amour
Ce crayon malheureux et qui a mauvaise mine
Ce miroir qui me parle et la nuit et le jour
Jusqu’à l’ultime jour, jusqu’à l’ultime nuit

Les souvenirs de ceux qui n’ont plus de maison
Se traînent dans les bars ou dans le fond d’un lit
A cent soixante à l’heure, ils se traînent et s’en vont
S’en vont à cent soixante, à la mélancolie, à la mélancolie

Ce parfum qu’on oublie dans le bruit des odeurs
Cette larme qui coule et qui sèche à ton bras
Ce bijou qui s’ennuie au cou de ton malheur
Cette gorge qui s’ouvre et qui n’en finit pas
Ce matin qui s’ébat dans l’horreur de la vie
Cette ombre de la brume où se perd la mémoire
Cette conscience au bout de ce qui t’est permis
Ce désespoir enfin qui s’invente une histoire

Ils s’en vont, ils s’en vont, les souvenirs cassés
Ils s’en vont, ils s’en vont, les souvenirs… Allez
Comme des chiens perdus qu’on ne reconnaît plus
Si ce n’est à leur queue, un tremblement de larmes
Un tremblement de larmes

Ils pleurent tous ces chiens qui s’en vont l’arme basse
Dans le fond de la brume, on les voit divaguer
Quelquefois, ils s’en prennent à leur ombre et demain
Des soleils amoureux leur lècheront la face et la mélancolie
Ils pleurent tous ces chiens qui s’en vont l’arme basse
Dans le fond de la brume on les voit divaguer
Quelquefois, ils s’en prennent à leur ombre et demain
Des soleils amoureux leur lècheront la face et la mélancolie
La mélancolie, mélancolie.

Mes Everest : Léo Ferré, le lit….

Cette antichambre du tombeau
Où froissent comme des drapeaux
Les draps glacés par la tempête
Ce tabernacle du plaisir
Avec la porte du désir
Battant sur l´ennui de la fête
Cette horizontale façon
De mettre le cœur à raison
Et le reste dans l´habitude
Et cette pâleur qu´on lui doit
Dès que l´on emmêle nos doigts
Pour la dernière solitude

Le lit
Fait de toile ou de plume
Le lit
Quand le rêve s´allume

Cette maison du rêve clos
Sur le grabat, dans le berceau
Au point du jour ou de Venise
Cette fraternité de nuit
Qui peut assembler dans un lit
L´intelligence et la bêtise
Qu´il soit de paille ou bien de soie
Pour le soldat ou pour le roi
Pour la putain ou la misère
Qu´il soit carré, qu´il soit défait
Qu´importe lorsque l´on y fait
Autre chose que la prière

Le lit
Enfer pavé de roses
Le lit
Quand la mort se repose

Qu´il soit de marbre ou de sapin
Quant au lit qui sera le mien
Dans le néant ou la lumière
Je veux qu´on ne le fasse point
Et qu´on y laisse un petit coin
Pour un ami que j´ai sur Terre
Cet ami que je laisserai
Quand il me faudra dételer
Pour l´aventure ou la poussière
Ce frère de mes longues nuits
Et que l´on appelle l´ennui
Au fond du lit des solitaires

Le lit
Quand s´endort le mystère
Sans bruit
Dans la vie passagère

Mes Everest : la lettre, Léo Ferré…

Ton ombre est là, sur ma table 
Et je ne saurais te dire comment 
Le soleil factice des lampes s’en arrange 
Je sais que tu es là et que tu 
Ne m’as jamais quitté, jamais 
Je t’ai dans moi, au profond 
Dans le sang, et tu cours dans mes veines 
Tu passes dans mon cœur et tu 
Te purifies dans mes poumons 
Je t’ai, je te bois, je te vis 
Je t’envulve et c’est bien 
Je t’apporte ce soir mon enfant de longtemps 
Celui que je me suis fait, tout seul 
Qui me ressemble, qui te ressemble 
Qui sort de ton ventre 
De ton ventre qui est dans ma tête 

Mes Everest : « les poètes », Léo Ferré

Cela fait bien longtemps, trop à mon goût, que je n’avais mis Léo, le plus grand parmi les grands, à l’honneur…

Ce sont de drôl’s de typ’s qui vivent de leur plume
Ou qui ne vivent pas c’est selon la saison
Ce sont de drôl’s de typ’s qui traversent la brume
Avec des pas d’oiseaux sous l’aile des chansons

Leur âme est en carafe sous les ponts de la Seine
Leurs sous dans les bouquins qu’ils n’ont jamais vendus
Leur femm’ est quelque part au bout d’une rengaine
Qui nous parle d’amour et de fruit défendu

Ils mettent des couleurs sur le gris des pavés
Quand ils marchent dessus ils se croient sur la mer
Ils mettent des rubans autour de l’alphabet
Et sortent dans la rue leurs mots pour prendre l’air

Ils ont des chiens parfois compagnons de misère
Et qui lèchent leurs mains de plume et d’amitié
Avec dans le museau la fidèle lumière
Qui les conduit vers les pays d’absurdité

Ce sont de drôl’s de typ’s qui regardent les fleurs
Et qui voient dans leurs plis des sourires de femme
Ce sont de drôl’s de typ’s qui chantent le malheur
Sur les pianos du coeur et les violons de l’âme

Leurs bras tout déplumés se souviennent des ailes
Que la littérature accrochera plus tard
A leur spectre gelé au-dessus des poubelles
Où remourront leurs vers comme un effet de l’Art

lls marchent dans l’azur la tête dans les villes
Et savent s’arrêter pour bénir les chevaux
Ils marchent dans l’horreur la tête dans des îles
Où n’abordent jamais les âmes des bourreaux

Ils ont des paradis que l’on dit d’artifice
Et l’on met en prison leurs quatrains de dix sous
Comme si l’on mettait aux fers un édifice
Sous prétexte que les bourgeois sont dans l’égout…

Mes Everest, Léo Ferré…

 » Le bonheur ? C’est du chagrin qui se repose… »

Mes Everest : Léo Ferré : « à un jeune talent »…

Je ne vous connais pas encore.
La misère vous lace les souliers, elle est gentille.
Lorsque je l’insultais, je le faisais en italien :
« PORCA MISERIA ».
Je me sentais riche phonétiquement.
Le confort dans l’injure, c’est le commencement de la Sagesse et de l’indépendance.
Soyez orgueilleux.
L’orgueil, c’est la cravate des marginaux.
Soyez dans la marge mais, je vous en prie, ne perdez jamais de vue les TEXTES … Il vous regarde, le TEXTE, il attend le premier jour de la chasse et, tranquillisez-vous, vous serez bien en vue, la vedette…
Alors, de quoi vous plaignez-vous ?
Vous serez l’ennemi numéro 1… Il y en a tellement après…
Tellement qui prendraient bien votre place, avec le risque… Ils meurent de n’être pas le Risque…
Il vaut mieux mourir le premier.
C’est ça, la mathématique sidérale : FIRST.
Ne soyez pas lucide, cela vous encombrerait. Les comptables ne se pendent jamais au cou d’un cheval que l’on bat et que l’on tue.
Les comptables tuent.
Quand ils ne tuent pas, ils vivent dans les comptes.
Laissez donc la lucidité aux entrepreneurs de travaux artistiques.
Et n’oubliez jamais que vous êtes une denrée.
Mais ne prenez jamais de conseil de personne.
JAMAIS.

Mes Everest : Léo Ferré…

Je t’ai rencontré par hasard
Ici ailleurs ou autre part,
Il se peut que tu t’en souviennes
Sans se connaître on s’est aimé
Et même si ce n’est pas vrai
Il faut croire à l’histoire ancienne
Je t’ai donné ce que j’avais,
De quoi chanter, de quoi rêver,
Et tu croyais en ma bohème,
Mais si tu pensais à vingt ans,
Qu’on peut vivre de l’air du temps,
Ton point de vue n’est plus le même.

Cette fameuse fin du mois
Qui depuis qu’on est toi et moi
Nous reviens sept fois par semaine
Et nos soirées sans cinéma,
Et mon succès qui ne vient pas
Et notre pitance incertaine
Tu vois je n’ai rien oublié
Dans ce bilan triste à pleurer,
Qui constate notre faillite.
Il te reste encor’ de beau jours
Profites-en mon pauvre amour,
Les belles années passent vite.

Et maintenant tu vas partir,
Tous les deux nous allons vieillir,
Chacun pour soi comme c’est triste
Tu peux remporter le phono,
Moi je conserve le piano,
Je continue ma vie d’artiste.
Plus tard sans trop savoir pourquoi,
Un étranger un maladroit,
Lisant mon nom sur une affiche,
Te parlera de mes succès,
Mais un peu triste, toi qui sait,
Tu lui diras que je m’enfiche.

Mes Everest : la lettre, Léo Ferré…

Ton ombre est là, sur ma table 
Et je ne saurais te dire comment 
Le soleil factice des lampes s’en arrange 
Je sais que tu es là et que tu 
Ne m’as jamais quitté, jamais 
Je t’ai dans moi, au profond 
Dans le sang, et tu cours dans mes veines 
Tu passes dans mon cœur et tu 
Te purifies dans mes poumons 
Je t’ai, je te bois, je te vis 
Je t’envulve et c’est bien 
Je t’apporte ce soir mon enfant de longtemps 
Celui que je me suis fait, tout seul 
Qui me ressemble, qui te ressemble 
Qui sort de ton ventre 
De ton ventre qui est dans ma tête 

Mes Everest : Léo Ferré : « à un jeune talent »…

Je ne vous connais pas encore.
La misère vous lace les souliers, elle est gentille.
Lorsque je l’insultais, je le faisais en italien :
« PORCA MISERIA ».
Je me sentais riche phonétiquement.
Le confort dans l’injure, c’est le commencement de la Sagesse et de l’indépendance.
Soyez orgueilleux.
L’orgueil, c’est la cravate des marginaux.
Soyez dans la marge mais, je vous en prie, ne perdez jamais de vue les TEXTES … Il vous regarde, le TEXTE, il attend le premier jour de la chasse et, tranquillisez-vous, vous serez bien en vue, la vedette…
Alors, de quoi vous plaignez-vous ?
Vous serez l’ennemi numéro 1… Il y en a tellement après…
Tellement qui prendraient bien votre place, avec le risque… Ils meurent de n’être pas le Risque…
Il vaut mieux mourir le premier.
C’est ça, la mathématique sidérale : FIRST.
Ne soyez pas lucide, cela vous encombrerait. Les comptables ne se pendent jamais au cou d’un cheval que l’on bat et que l’on tue.
Les comptables tuent.
Quand ils ne tuent pas, ils vivent dans les comptes.
Laissez donc la lucidité aux entrepreneurs de travaux artistiques.
Et n’oubliez jamais que vous êtes une denrée.
Mais ne prenez jamais de conseil de personne.
JAMAIS.

Mes Everest, Léo Ferré, eh basta…

Un court extrait de cet extraordinaire texte  » Eh Basta », quand je le lis, quand je l’écoute, je frissonne…

La mémoire et la mer…

Ton corps est comme un vase clos
J’y pressens parfois une jarre
Comme engloutie au fond des eaux
Et qui attend des nageurs rares
Tes bijoux, ton blé, ton vouloir
Le plan de tes folles prairies
Mes chevaux qui viennent te voir
Au fond des mers quand tu les pries
Mon organe qui fait ta voix
Mon pardessus sur ta bronchite
Mon alphabet pour que tu croies
Que je suis là quand tu me quittes

La mémoire et la mer…

Cette mer cavaleuse, propre, cynique… Ce toit tranquille, comme disait l’autre… Ce drame mouvant comme un outrage de la nature, quand j’y plonge, de mémoire, je m’y perds, et moi, et mon courage, et ma passion, et ma musique

Le vent, y aidant, n’a qu’à bien se tenir. Il se prosterne, ce vent filou des bises, des frilures…

Mes Everest, Léo Ferré, eh basta…

Un court extrait de cet extraordinaire texte  » Eh Basta », quand je le lis, quand je l’écoute, je frissonne…

La mémoire et la mer…

Ton corps est comme un vase clos
J’y pressens parfois une jarre
Comme engloutie au fond des eaux
Et qui attend des nageurs rares
Tes bijoux, ton blé, ton vouloir
Le plan de tes folles prairies
Mes chevaux qui viennent te voir
Au fond des mers quand tu les pries
Mon organe qui fait ta voix
Mon pardessus sur ta bronchite
Mon alphabet pour que tu croies
Que je suis là quand tu me quittes

La mémoire et la mer…

Cette mer cavaleuse, propre, cynique… Ce toit tranquille, comme disait l’autre… Ce drame mouvant comme un outrage de la nature, quand j’y plonge, de mémoire, je m’y perds, et moi, et mon courage, et ma passion, et ma musique

Le vent, y aidant, n’a qu’à bien se tenir. Il se prosterne, ce vent filou des bises, des frilures…

Mes Everest : Léo Ferré : « à un jeune talent »…

Je ne vous connais pas encore.
La misère vous lace les souliers, elle est gentille.
Lorsque je l’insultais, je le faisais en italien :
« PORCA MISERIA ».
Je me sentais riche phonétiquement.
Le confort dans l’injure, c’est le commencement de la Sagesse et de l’indépendance.
Soyez orgueilleux.
L’orgueil, c’est la cravate des marginaux.
Soyez dans la marge mais, je vous en prie, ne perdez jamais de vue les TEXTES … Il vous regarde, le TEXTE, il attend le premier jour de la chasse et, tranquillisez-vous, vous serez bien en vue, la vedette…
Alors, de quoi vous plaignez-vous ?
Vous serez l’ennemi numéro 1… Il y en a tellement après…
Tellement qui prendraient bien votre place, avec le risque… Ils meurent de n’être pas le Risque…
Il vaut mieux mourir le premier.
C’est ça, la mathématique sidérale : FIRST.
Ne soyez pas lucide, cela vous encombrerait. Les comptables ne se pendent jamais au cou d’un cheval que l’on bat et que l’on tue.
Les comptables tuent.
Quand ils ne tuent pas, ils vivent dans les comptes.
Laissez donc la lucidité aux entrepreneurs de travaux artistiques.
Et n’oubliez jamais que vous êtes une denrée.
Mais ne prenez jamais de conseil de personne.
JAMAIS.

Mes Everest, Demain, Léo Ferré

Au premier hibou de service, à Orly, je me tire, c’est sûr. Je n’ai pas le temps de vous expliquer pourquoi, mais c’est ainsi. Moi, les oiseaux de nuit, je les mets à mon heure, les fuseaux horaires, je m’en arrange. Sur mon hibou 747 je pars en vacances, et mes vacances c’est Demain. Demain, c’est la mort aux lèvres et le sourire de la Joconde rentrée dans le poing de Vinci.
Demain c’est la seule idée valide que je vous concède. Vos constitutions, vos morales, votre café au lait du matin, vos chemises échancrées qui plissent sur le pressing, le premier à gauche, dans votre quartier, tout ce qui vous muselle, tout ce que vous adorez, tout ce qui est votre mort quotidienne, tout cela, pour moi, c’est terminé.
Sur les lacs, des chevaux mangent des fleurs fanées, et leurs photos ses reflétant dans les eaux tristes leur reviennent à leurs museaux tout embrumés. Demande-donc une douzaine de chevaux à ton fleuriste.
Demain ? Un mot, un fauteuil désossé, une chanson parlée d’une voix mesurée au métronome des grands vents du nord battant sur la chaussée d’une ville perdue, une fille extasiée dans un coin de porte et se signant à l’approche du voleur de filles, une lettre postée trop tôt et que le collecteur du courrier à Paris, à 17 h 30, ne voudra pas te rendre parce qu’il ne te connaît pas, le tube d’aspirine que tu manges en te grattant la tête et en cherchant de côté un regard fraternel, cette bouteille d’eau minérale qui ne vient même pas de la terre, cette auto qui dérape et qui engorge l’autoroute.
Demain ? Au premier hibou de service, à Orly, je me tire, je deviens moins un. Rien. Je suis Rien.
Le mec que tu regardes, ce soir, sur la scène, ce mec aux cheveux blancs, avec sa tête qui ressemble à un trapèze, n’est pas là.
Les chansons qu’il chante, tout ce qui t’arrive dans les yeux et les oreilles, tout cela a été fait, dit, et redit depuis longtemps.
Le mec que tu regardes, c’est de l’illusion.
Demain, c’est la mort figurée. On vous la vend, cette mort figurée on vous vend cet artiste pâli sous des projecteurs réglés, soumis. On vous vend par petits paquets, par petits fauteuils, à des prix acceptables, un artiste qui s’est vendu pour un prix accepté.
L’argent c’est le sourire du désespoir.
Demain ,c’est aussi le désespoir. Alors, Demain tu seras riche, mon camarade. Car ce que je te donne n’a pas de prix.
Accepte-moi comme je t’accepte.
Demain, je t’aime.

Mes Everest, Léo Ferré…

Un extrait, maintes fois lu et relu de la préface à « poètes vos papiers ». Je ne m’en lasse pas

La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n’être que lue et enfermée dans sa typographie n’est pas finie ; elle ne prend son sexe qu’avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche. Il faut que l’œil écoute le chant de l’imprimerie, il faut qu’il en soit de la poésie lue comme de la lecture des sous-titres sur une bande filmée : le vers écrit ne doit être que la version originale d’une photographie, d’un tableau, d’une sculpture.
Dès que le vers est libre, l’œil est égaré, il ne lit plus qu’à plat ; le relief est absent comme est absente la musique. « Enfin Malherbe vint… » et Boileau avec lui… et toutes les écoles, et toutes les communautés, et tous les phalanstères de l’imbécillité ! L’embrigadement est un signe des temps, de notre temps. Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes. Les sociétés littéraires sont encore la Société. La pensée mise en commun est une pensée commune. Du jour où l’abstraction, voire l’arbitraire, a remplacé la sensibilité, de ce jour-là date, non pas la décadence qui est encore de l’amour, mais la faillite de l’Art. Les poètes, exsangues, n’ont plus que du papier chiffon, les musiciens que des portées vides ou dodécaphoniques – ce qui revient au même, les peintres du fusain à bille. L’art abstrait est une ordure magique où viennent picorer les amateurs de salons louches qui ne reconnaîtront jamais Van Gogh dans la rue… Car enfin, le divin Mozart n’est divin qu’en ce bicentenaire !
Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes. Qu’importe ! Aujourd’hui le catalogue Koechel est devenu le Bottin de tout musicologue qui a fait au moins une fois le voyage à Salzbourg ! L’art est anonyme et n’aspire qu’à se dépouiller de ses contacts charnels. L’art n’est pas un bureau d’anthropométrie. Les tables des matières ne s’embarrassent jamais de fiches signalétiques… On sait que Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes, que Beethoven était sourd, que Ravel avait une tumeur qui lui suça d’un coup toute sa musique, qu’il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok, on sait que Rutebeuf avait faim, que Villon volait pour manger, que Baudelaire eut de lancinants soucis de blanchisseuse : cela ne représente rien qui ne soit qu’anecdotique. La lumière ne se fait que sur les tombes.

Mes Everest , Léo Ferré : la solitude…

Je suis d´un autre pays que le vôtre, d´une autre quartier, d´une autre solitude.
Je m´invente aujourd´hui des chemins de traverse. Je ne suis plus de chez vous. J´attends des mutants.
Biologiquement, je m´arrange avec l´idée que je me fais de la biologie : je pisse, j´éjacule, je pleure.
Il est de toute première instance que nous façonnions nos idées comme s´il s´agissait d´objets manufacturés.
Je suis prêt à vous procurer les moules. Mais…

La solitude…
La solitude…


Les moules sont d´une texture nouvelle, je vous avertis. Ils ont été coulés demain matin.
Si vous n´avez pas, dès ce jour, le sentiment relatif de votre durée, il est inutile de vous transmettre, il est inutile de regarder devant vous car devant c´est derrière, la nuit c´est le jour. Et…

La solitude…
La solitude…
La solitude…

Il est de toute première instance que les laveries automatiques, au coin des rues, soient aussi imperturbables que les feux d´arrêt ou de voie libre.
Les flics du détersif vous indiqueront la case où il vous sera loisible de laver ce que vous croyez être votre conscience et qui n´est qu´une dépendance de l´ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau. Et pourtant…

La solitude…
La solitude!

Le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour le moment, nous l´appellerons « bonheur », les mots que vous employez n´étant plus « les mots » mais une sorte de conduit à travers lequel les analphabètes se font bonne conscience. Mais…

La solitude…
La solitude…
La solitude, la solitude, la solitude…
La solitude!

Le Code Civil, nous en parlerons plus tard. Pour le moment, je voudrais codifier l´incodifiable. Je voudrais mesurer vos danaïdes démocraties. Je voudrais m´insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité.

La lucidité se tient dans mon froc!
Dans mon froc!

Mes Everest, Léo Ferré : la solitude…

Je suis d´un autre pays que le vôtre, d´une autre quartier, d´une autre solitude.
Je m´invente aujourd´hui des chemins de traverse. Je ne suis plus de chez vous. J´attends des mutants.
Biologiquement, je m´arrange avec l´idée que je me fais de la biologie : je pisse, j´éjacule, je pleure.
Il est de toute première instance que nous façonnions nos idées comme s´il s´agissait d´objets manufacturés.
Je suis prêt à vous procurer les moules. Mais…
La solitude…
La solitude…


Les moules sont d´une texture nouvelle, je vous avertis. Ils ont été coulés demain matin.
Si vous n´avez pas, dès ce jour, le sentiment relatif de votre durée, il est inutile de vous transmettre, il est inutile de regarder devant vous car devant c´est derrière, la nuit c´est le jour. Et…
La solitude…
La solitude…
La solitude…

Il est de toute première instance que les laveries automatiques, au coin des rues, soient aussi imperturbables que les feux d´arrêt ou de voie libre.
Les flics du détersif vous indiqueront la case où il vous sera loisible de laver ce que vous croyez être votre conscience et qui n´est qu´une dépendance de l´ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau. Et pourtant…


La solitude…
La solitude!

Le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour le moment, nous l´appellerons « bonheur », les mots que vous employez n´étant plus « les mots » mais une sorte de conduit à travers lequel les analphabètes se font bonne conscience. Mais…
La solitude…
La solitude…
La solitude, la solitude, la solitude…
La solitude!

Le Code Civil, nous en parlerons plus tard. Pour le moment, je voudrais codifier l´incodifiable. Je voudrais mesurer vos danaïdes démocraties. Je voudrais m´insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité.


La lucidité se tient dans mon froc!
Dans mon froc!

Mes Everest : Léo Ferré, la mort des loups…

Fin mil neuf cent soixante-treize, deux condamnés à mort ont été exécutés un matin à cinq heures à Paris. Les présidents, même Nixon, ne se sont pas dérangés pour assister à cette formalité.

Le deuxième président de la cinquième République Française est mort le deux avril mil neuf cent soixante-quatorze à Paris. Les présidents, même Nixon, se sont dérangés pour assister à cette cérémonie.


Laissez ouvert… J’arrive !
De fait il arriva

Les villes sont debout la nuit dans les maisons de l’amour fou
Des appareils marchent tout seuls branchés sur des soleils de volts
Des enfants jouent à l’amour mort dans des ascenseurs accrochés
À d’autres cieux, à d’autres vies là-bas sur les trottoirs glacés
Des assassins prennent le temps de mesurer leur vie comptée

Perchés comme des oiseaux de nuit sur leur arme qu’ils vont tirer
Comme on tire une carte alors qu’on sait qu’on est toujours perdant
Dans le matin les coups de feu s’agitent comme des menottes

On ne les voit jamais que lorsqu’on les a pris
Alors on voit leurs yeux comme des revolvers
Qui se seraient éteints dans le fond de leurs yeux
Alors on n’a plus peur de ces loups enchaînés
Et on les fait tourner dans des cages inventées
Pour faire tourner les loups devant la société
Des loups endimanchés des loups bien habillés
Des loups qui sont dehors pour enfermer les loups

Je les aime, ces loups qui nous tendent leur vie.

Je les aime !

Les routes sont des chiffres bleus dans la tentation du printemps
Du deux cent vingt à la Centrale à deux cent vingt vers l’hôpital
Des drogués sortent dans la cour faire cent pas avec le vent
Et la Marie dans les poumons, ils se vendent pour trois dollars
Des grues qui font le pied de nez aux maisons blêmes mal chaussées
Des magazines cousus de noir ressemblent aux linges de la mort
Les cathédrales de la nuit ont des cafés au fond des cours
On a flingué deux anges blonds dans un café de Clignancourt

C’est eux, toujours les loups qui dérangent la nuit
Qui la font se lever dans le froid du métal
C’est eux qu’on chasse alors qu’il ne tiendrait à rien
À peine un peu d’amour sans le Bien ni le Mal
Mais on les fait dormir au bout d’un téléphone
Qu’on ne décroche pas pour arrêter la mort
Qui vient les visiter, la cigarette aux lèvres
Et le rhum à la main tellement elle est bonne

Je les aime, ces loups qui nous tendent la patte.
Je les aime !

On oublie tout et les baisers tombent comme des feuilles mortes
Les amants passent comme l’or dans la mémoire des westerns

Les images s’effacent tôt dans le journal que l’on t’apporte
Et les nouvelles te font mal jusqu’à la page des spectacles
À la une de ce matin il y a deux loups sans queue ni tête
Ils sont partis dans un panier quelque part dans un pays doux
Où la musique du silence inquiète les hommes et les bêtes
Ce pays d’où l’on ne revient que dans la mémoire des loups

Lorsque j’étais enfant j’avais un loup jouet
Un petit loup peluche qui dormait dans mes bras
{x3}
Et qui me réveillait le matin vers cinq heures
Chaque matin à l’heure où l’on tuait des loups

Je les aime ces loups qui m’ont rendu mon loup
Je les aime !

On oublie tout et les baisers tombent comme des feuilles mortes
Les amants passent comme l’or dans la mémoire des westerns
Les images s’effacent tôt dans le journal que l’on t’apporte
Et les nouvelles te font mal jusqu’à la page des spectacles
À la une de ce matin il y a deux loups sans queue ni tête
Ils sont partis dans un panier quelque part dans un pays doux
Où la musique du silence inquiète les hommes et les bêtes

Ce pays d’où l’on ne revient, ce pays d’où l’on ne revient
Ce pays d’où l’on ne revient que dans la mémoire des loups
Des loups… des loups… des loups
Je les aime ces loups qui m’ont rendu mon loup

Mes Everest, Léo Ferré : la mémoire et la mer…

Pour moi le plus beau texte jamais écrit sur la mer, je suis capable de l’écouter indéfiniment ou plutôt infiniment. Une merveille absolue

La marée, je l’ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur
De mon enfant et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l’arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j’en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts du sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps-là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l’écume
Cette bave des chevaux ras
Au ras des rocs qui se consument
Ô l’ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d’une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu’un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j’allais, géométrisant
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans Les draps d’aube fine
Je voyais un vitrail de plus
Et toi fille verte, mon spleen

Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant
Qu’on dirait l’Espagne livide
Dieux des granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s’immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu’on pressent
Quand on pressent l’entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue
Dans cette mer jamais étale
D’où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l’arc copain où je m’aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l’anathème
Comme l’ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S’en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C’est fini, la mer, c’est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d’infini
Quand la mer bergère m’appelle