Texte extrait de « le huitième jour de la semaine »
Ma vie est semblable à l’enfant tumultueux de retour à la maison, gagné par l’ardeur d’un jeu au-dehors : elle me quitte très souvent, elle me revient de loin en loin, encombrée par une émotion que les premiers mots apaisent. Je n’écris que très peu, et ce peu est encore trop, en regard des quelques instants qui éclairent le chemin où je vais : il y a très peu d’événements dans une vie. Parfois, il n’y a que l’événement de son désastre, de son lent engloutissement dans le désastre quotidien. Ainsi perd-on toutes forces dans l’impur mélange des jours. Qu’est-ce donc que la vie ordinaire, celle où nous sommes sans y être ? C’est une langue sans désir, un temps sans merveille. C’est une chose douce comme un mensonge. Je connais bien cet état. J’en sais – par le cœur – la banalité et la violence. L’âme y est comme une ruche, vidée de ses abeilles. L’âme, c’est-à-dire le corps, c’est-à-dire l’aube, c’est-à-dire tous les noms du monde car tous les noms sont les pétales d’une unique fleur de songe, l’âme donc, s’abstrait, s’évade, s’ennuie. S’étiole.
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