Matinales…

J’ai gardĆ© un peu de ce silence gĆŖnĆ©

Dans le fond de mon tiroir Ć  paroles

J’en disperse en riant quelques pincĆ©es

Pour les tristes bavards Ć  la nuque raidie

Leurs mots sont abƮmƩs aplatis

Trop lourds du bruit qu’on leur impose

Les douces ailes de mes chants du matin

Rient en volant de ces rimes de presque rien…

Racines…

Dans le double fond de mes souvenirs Ć  partager

J’ai nourri de mes rires bleus

Les racines des arbres Ơ mƩmoire

Et dans un souffle d’Ć©tĆ©

Deux feuilles se sont envolƩes

Matinales…

Dans la longue et lente langueur

D’un moite matin d’Ć©tĆ©

Une trace des ombres tiĆØdes de la nuit

Il reste si peu pour se sourire

Sur le long quai des attentes enfermƩes

Et pourtant je voudrais

A toutes Ć  tous vous dire Ć  demain

Nous avons tant Ć  nous dire

L’Ć©tĆ© se tisse

Sur une ronde palette de couleurs oubliƩes

Qu’un gris hiver sans joie ni fin a endormi

J’ai trouvĆ© une goutte bleue d’Ć©tĆ© au rire joli

Au bord de l’eau d’un vert voilĆ©

J’ai tissĆ© le lent demain du si bel Ć©tĆ©

Matinales… inĆ©dit

J’étire une longue traĆ®ne de nuit

Sur un fil tendu entre deux pages blanches

Un souffle de bel espoir glisse sur la toile

Un a un les tendres mots s’éveillent en plissant

26.05.2026

Le jour se lĆØve…

Le jour se lĆØve me dites-vous ?
Ɖtait-il donc endormi ?
Comment ?
Assoupi, simplement…
Tiens donc…
Ɖtrange, n’est-ce pas ?
Je n’ai rien vu.
J’ai cherchĆ©, vous dis-je.
J’ai cherchĆ© sans un bruit,
Me perdant
Jusqu’aux bords mauves
De votre trop longue nuit
Et ne l’ai point rencontrĆ©.
Vous doutez ?
C’est tant pis :
Je n’irai plus dĆ©ranger
Les belles couleurs de votre ennui…

Matinales…

Lorsque nous ouvrirons les yeux

Comme si hier avait disparu

Englouti dans le ce n’Ć©tait presque rien

Lorsque nous ouvrirons les volets gris

FermƩs sur les haines humides

Nous entendrons le beau chant de la mer

Aux cimes des pins ondoyants

Au bord de nos lèvres étonnées

Un reste de cette Ʃcume salƩe

Que posent les longues houles d’une nuit agitĆ©e…

Ɣ toi qui ne dis rien…

Ɣ toi qui ne dis rien

Ou si peu

Toi et ton silence de papier

Je t’en prie

Il faut te redresser

Il faut rƩapprendre Ơ aimer

Si ta colĆØre est lourde

Au point de t’enfermer dans un triste dĆ©pit

Je peux aider à la rendre mauve et légère

Regarde

Ecoute

Touche

D’autres mots sont lĆ 

Mots fleurs qui attendent

Mots doux qui doutent

Mots d’amour qui se cachent

Convoque tes sens

Retrouve le chemin

Invite toi au banquet des rires nourris

Ɣ oui je t’en prie

Ne laisse pas envahir la terre de nos espoirs

A deux

A tous

Il nous reste tant Ć  inventer

Mes Everest, Christian Bobin

… Le ciel glisse sur des Ć©tendues de silence. Envie de neige, de bois de bouleaux et de sommeil dans une langue Ć©trangĆØre. La vie impensĆ©e, dans les limbes. Promenades des familles dans le parc de la verrerie, prĆØs du bureau. La lumiĆØre grise des grillages, les animaux Ć©tourdis de somnolence. Le grincement irrĆ©gulier des balanƧoires. Verte la pelouse, lointain le ciel. L’usine au delĆ . L’usine au delĆ . HĆ©lĆØne, un jour, surprise par le bruit du travail, sourd, indiffĆ©rent, qui plie l’espace, froisse les voilages de l’air.

Extrait de :  » alors elle se hĆ¢te , immobile » : L’enchantement simple et autres textes…

Il est midi sur le plateau…

Il est midi sur le plateau,

Sans un souffle, doucement chaleur s’est installĆ©e.

Il est midi sur le plateau,

Le bleu du ciel est en apnƩe, les couleurs sont fatiguƩes.

Il est encore tƓt,

Le champ de blƩ ondule,

Longues vagues ocres sur la terre ƩchouƩes.

Il est midi le soleil est si haut,

Et soudain, la mer est lĆ , accrochĆ©e Ć  l’horizon.

Dans l’arriĆØre-pays de ma tĆŖte,

Une mouette s’est perdue

Elle cherche un port où se poser.

J’ai les yeux qui se ferment,

C’est le rĆŖve qui prend le large.  

Il est midi sur le plateau,

Ferme les yeux,

C’est l’air de la mer,

Il descend, il est si tƓt.

Mes Everest, Pierre Dalle Nogare…

RƩcit du seul

Tu es saturƩ de toi,

De la horde des mots

Que nul cri ne dƩchire,

Tu dialogues avec les vitres

Et dedans tu vois le chemin noir,

Les soleils aveugles,

Le fracas qui germe en ta poitrine :

Tu divises

L’alliance et la lumiĆØre

Pour que les murs

Regardent celui qui passe :

Autrefois ce ciel coupƩ de blanc

Etait ta demeure

Où tu cherchais

L’ombre que tu es :

Aujourd’hui

Seuls tes doigts parlent

Vers le lierre et la mer.

Matinales…

En bas tout au fond des bavardes vallƩes
Des hommes commentent le rien
Se gavent de peurs pour s’inventer le pire
Au sommet du mont silence des matins apaisƩs
J’entends la douce mĆ©lodie des espoirs oubliĆ©s

Dialogue inspirĆ©…

Je ne trouve pas l’inspiration…

Comment tu ne trouves pas ? Explique-moi, je t’en prie… Tu prĆ©tends que tu ne trouves pas ? Admettons, je veux bien, mais cela signifie, enfin je l’espĆØre, que tu as cherchĆ©, et probablement cherches-tu encore !

Oui c’est cela, je cherche, je cherche… Et ne trouve rien…

Ɖtonnant tout de mĆŖme : je te connais…Il t’en faut si peu : un train qui passe, une flaque d’eau sur un quai, un rayon de lumiĆØre derriĆØre une vitre grise, une vague qui grossit et d’un coup, d’un seul, tu as la main qui tremble et le regard qui luit…

Oui je le sais, tu as raison. Je crois comprendre ce qui m’arrive. Je ne dois plus chercher. Il faut que je sois saisi, surpris. Les trains sont loin, toutes les marĆ©es sont basses. La lumiĆØre elle-mĆŖme est Ć©tonnĆ©e de toute cette lenteur, et le ciel, ce ciel tellement Ć©tonnĆ© qu’on se mette Ć  le regarder…

Et bien tu vois, tu as trouvĆ©, tu es inspiré…

Oui c’est vrai, mais où sont les rimes, où sont les vers, les images, les…

Mais comment tu ne les vois pas, tu ne les entends pas ?

Non je t’en prie dis-moi ?

Chut, ne dis rien, le silence est la rime d’aujourd’hui…

Il manquait un voyageur…

La nouvelle que je lis avait remportƩ le prix des lecteurs en 2020 sur le site Short Edition

Mes Everest poĆ©tiques : le bateau ivre…

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusĆ© d’astres, et lactescent,
DĆ©vorant les azurs verts ; où, flottaison blĆŖme
Et ravie, un noyĆ© pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmƩs lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amĆØres de l’amour !

…Je sais les cieux crevant en Ć©clairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltĆ©e ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

Tu t’en foutais d’ĆŖtre nĆ© : fin…

On dirait que tu cours aprĆØs ceux qui te fuient
Parce qu’ils ont vu l’image
Parce qu’ils ont tournĆ© la page
Parce qu’ils s’en foutent
Et toi tu t’essouffles Ć  espĆ©rer
Quelquefois
Suicide-toi
Meurs un peu
Fabrique-toi une fin
Les yeux fermƩs
Sans les autres parce tu aurais peur
De toute façon demain tu seras peut-être écrasé par un tramway
Tu t’es peut-ĆŖtre trompĆ©
Tu veux peut-ĆŖtre te lever de ton lits de songes
Qu’est-ce que tu attends pour enfin distribuer ton portrait
Sans le faire payer au prix de tes mots d’avenir
Qu’est-ce que tu attends pour te raconter
A ton auteur
Sans te mettre Ć  trembler
Tu touches la vie
Comme celle que tu aimes
Tu veux la faire aimer
Tu veux qu’elle te rĆ©ponde
Mais elle se tait
Parce qu’elle s’en fout
Parce qu’il est trop tard
Et toi t’es pas d’accord
Alors tu continues
Parce qu’autrement tu te ferais Ć©craser par un tramway.

Tu t’en foutais d’ĆŖtre nĆ© : 5…

Tu peux ĆŖtre peureux
De supposer
Que finalement t’es pas lĆ  pour rien
Tu sais que l’unique ne peut exister
Sinon chez les thƩoriciens
Masturbateurs de cerveaux
Sinon chez les jardiniers
Du sentiment des autres
Tu ne peux pas passer ta vie Ć  imaginer l’homme
Sans savoir s’il existe rĆ©ellement
Comme les autres
Tu ne peux pas passer ta vie
A t’imaginer
Dans ton rĆŖve
Sans savoir s’il est tien
Sans savoir s’il est rĆ©alitĆ©
Sauf peut-ĆŖtre pour d’autres
Pour elles
Pour eux
Veux-tu encore construire de l’amour
Parce que c’est un jeu entre deux fous
Parce qu’on invente des rĆØgles
Parce qu’on recommence
Toujours les mĆŖmes rĆØgles
MĆŖmes conneries
Jamais le mĆŖme prudent
Jamais le mĆŖme perdant
Et de toute faƧon demain tu seras ƩcrasƩ par un tramway

Tu t’en foutais d’ĆŖtre nĆ© : 4

Tu veux revenir au dƩbut
Parce que tu hais les fins
Qui n’existent pas
Tu veux revenir au dƩbut
Pour que les autres sachent
Qu’il y a autre chose
Que tu l’as trouvĆ©
DƩjƠ tu vas plus vite
Que ton rĆŖve
Je crois que tu vas laisser tomber
Pas les autres
Eux aussi ils cherchent
Ils te croisent
Vite
Toujours le rĆŖve
Ils sont ailleurs
Tu les fais tien
Et tu les oublies
Ils sont autres
Tu devrais plus souvent ĆŖtre seul
T’es trop souvent avec lui
Il est tricheur
Parce qu’il perd souvent
Quand il veut
Il est frimeur
Parce qu’il a toujours peur
Parle lui
Dis-lui qu’on le vire
Dis-lui qu’il ne se correspond pas
Qu’il est autre
Comme ceux qu’il a crƩƩs
Comme ceux qu’il a jugĆ©s
Dis-lui qu’il est dĆ©passĆ©
Mais lui il s’en fout
Il le sait
Mais il faut s’aider
Parce qu’on n’est rien
Parce qu’on ne peut entendre sa raison
Parce qu’on ne peut attendre que Ƨa passe
De toute faƧon demain tu seras ƩcrasƩ par un tramway

Tu t’en foutais d’ĆŖtre nĆ© : 3…

Tu veux pas rƩussir
Comme les autres
T’es sĆ»r qu’il y a mieux
T’es sĆ»r de trouver
T’es sĆ»r qu’aimer n’est pas original
T’es sĆ»r qu’aimer n’est pas original
C’est peut-ĆŖtre le mot qui pue
Mais t’es sĆ»r d’autre chose
Parce que tu le cherches
Tu en parles pourtant
Comme les autres
Mais tu t’en fous
Ou tu fais semblant
Comme les autres
De toute faƧon demain tu seras ƩcrasƩ par un tramway
On dirait que t’as peur
De ne plus pouvoir te taire quand t’es triste
Et pourtant tu ris derriĆØre ton enterrement
Tu ris
Et les autres savent pas
Que tu trembles
Pour qui t’a tuĆ©
Pour qui t’a oubliĆ©
Tu trembles
Et les autres croient qu’il n’y a qu’une rĆ©alitĆ©
Celle de l’utile apparence
Et pourtant tu voudrais leur dire
Et pourtant tu voudrais craquer
Mais tu ne dis rien
Parce que t’as peur
Parce que tu attends
Parce que tu attends la fin de ton rĆŖve
Heureux tu l’as trouvĆ©
Et c’était pas mieux

Tu t’en foutais d’ĆŖtre nĆ© : 2

Et pourtant on sent que t’as peur
Pour elle
Du silence
De ses questions sans secrets
Et pourtant elle ne veut rien te dire
Et pourtant elle tue tes rĆŖves
Et pourtant elle te tue
Parce que tu ne dis rien
Parce que tu parles avec celle qui est en toi
Parce qu’elle n’est pas celle lĆ 
Parce que c’est dĆ©jĆ  une autre
Parce qu’elle est dĆ©jĆ  dans le rĆŖve d’un plus Ć©trange que toi
Et toi tu parlais avec ton rĆŖve
Et tu t’en foutais d’être nĆ©
Tu vois la rƩalitƩ
Alors tu ne dis rien
Parce que t’as peur
Parce que tu sais qu’elle s’est Ć©chappĆ©e
Parce que tu t’es trompĆ©
T’as encore peur
T’es un peu paumĆ©
Je crois que tu finiras par comprendre
Que les autres t’oublieront
Parce que tu n’es que toi-mĆŖme
Parce que tu n’es qu’un autre
Tu n’es que l’infime particule
D’un sentiment qui appartient
A ceux que tu n’as pas revus
A ceux qu tu n’as pas prĆ©vus

Tu t’en foutais d’ĆŖtre nĆ© : 2

Et pourtant on sent que t’as peur
Pour elle
Du silence
De ses questions sans secrets
Et pourtant elle ne veut rien te dire
Et pourtant elle tue tes rĆŖves
Et pourtant elle te tue
Parce que tu ne dis rien
Parce que tu parles avec celle qui est en toi
Parce qu’elle n’est pas celle lĆ 
Parce que c’est dĆ©jĆ  une autre
Parce qu’elle est dĆ©jĆ  dans le rĆŖve d’un plus Ć©trange que toi
Et toi tu parlais avec ton rĆŖve
Et tu t’en foutais d’être nĆ©
Tu vois la rƩalitƩ
Alors tu ne dis rien
Parce que t’as peur
Parce que tu sais qu’elle s’est Ć©chappĆ©e
Parce que tu t’es trompĆ©
T’as encore peur
T’es un peu paumĆ©
Je crois que tu finiras par comprendre
Que les autres t’oublieront
Parce que tu n’es que toi-mĆŖme
Parce que tu n’es qu’un autre
Tu n’es que l’infime particule
D’un sentiment qui appartient
A ceux que tu n’as pas revus
A ceux qu tu n’as pas prĆ©vus

PoĆØmes de jeunesse : Tu t’en foutais d’ĆŖtre nĆ© : 1…

Un long texte que je republie en plusieurs fois, Ʃcrit en 1979

Tu t’en foutais d’être nĆ©
Dis tu t’en foutais
Tu rĆŖvais pas
Ou tu t’en souviens pas
Et maintenant t’as peur
T’as peur
Et tu sais pourquoi
Le chaque jour de ta vie
Est un bagne de rĆŖves
Et tu veux pas t’évader
De toute faƧon demain tu seras ƩcrasƩ par un tramway
Sors du foetus
ArrĆŖte de dire que t’es nĆ©
Pour ta libertƩ
Comprends qu’ils t’ont condamnĆ©
Comprends que le code t’a accouchĆ©
Pour que les lois puissent t’élever
T’en avais pris pour une vie
Et t’as cru t’échapper
T’as failli tout perdre parce que t’as cru ĆŖtre le plus fort
ArrĆŖte de dire que les autres ont tort
Parce qu’ils dĆ©racinent ton arbre de vĆ©ritĆ©
ArrĆŖte de conjuguer les autres Ć  la troisiĆØme personne
Arrête de te déchirer sur leur indifférence
Criminelle
Un jour peut-ĆŖtre on parlera de toi au futur
Un jour peut-ĆŖtre

Dernier rĆŖve…

Je ne rĆŖve plus dit l’homme apaisĆ©

Je n’en ai plus l’utilitĆ©

Je me passe des faux espoirs bleutƩs

Je n’ai pas le temps de m’abĆ®mer dans l’angoisse

Belle Ć  en pleurer

La tristesse est lĆ  elle attend

Je ne la crains pas

Nous partagerons nos larmes salƩes

Et demain sera plus vrai

Braises du midi…

Georgetown, Malaisie mai 2019

Dans le brasier d’aprĆØs-midi

La ville est assoupie,

La chaleur Ʃcrase tout.

Elle s’Ć©tire, lente et humide,

Plus rien ne bouge,

Mercure en folie.

Les corps lourds et moites,

Inventent des ombres

Il se parlent de fraƮcheur.

Dans la lumiĆØre si blanche,

Les couleurs Ʃclatent,

Les regards cherchent le mauve,

Douce couleur qui apaise,

Des rouges incandescents,

Les souffles sont courts,

Dans l’air, des bouquets d’Ć©pices,

Une odeur de terre mouillƩ,

C’est la Malaisie.

Carnets…

RĆ©flĆ©chir avant d’agir…

Oui bien sĆ»r, je suis d’accord, il faut rĆ©flĆ©chir avant d’agir mais ce que je voudrais savoir c’est Ć  partir de quand je puis considĆ©rer qu’il ne faut plus rĆ©flĆ©chir et qu’il faut agir. Que se passe t’il si je rĆ©flĆ©chis trop, ou Ć  l’inverse pas assez ? Qui me le dit et comment je le sais ? Et admettons d’une part que je rĆ©flĆ©chisse tout le temps avant d’agir et admettons que rĆ©flĆ©chir est une action, cela signifie-t’-il que je rĆ©flĆ©chis toujours avant de rĆ©flĆ©chir ? Mais alors Ć  quoi faut-il que je rĆ©flĆ©chisse avant de rĆ©flĆ©chir ? A rien me dites-vous ? Mais si je ne rĆ©flĆ©chis Ć  rien comment puis-je agir ?

Ouille j’ai mal Ć  la tĆŖte

Mes Everest, Philippe Djian, au commencement Ć©tait le style…

Je m’aperƧois que j’ai rarement mentionnĆ© mon attachement Ć  Philippe Djian, il est un de mes maĆ®tres vivants…Je relis souvent ce texte qui m’interroge, nous interroge sur notre amour de l’Ć©criture. Il est un peu long, mais cela vaut le coup d’aller jusqu’au bout…

Si ma mĆ©moire est bonne, on m’a dĆ©jĆ  interrogĆ© sur les processus crĆ©ateurs il y a environ vingt ans, Ć  l’occasion de la publication de mon premier livre. Pour ĆŖtre franc, je n’en savais pas beaucoup sur la question, Ć  l’Ć©poque. Je pensais qu’il s’agissait de s’asseoir derriĆØre une table et de fermer les yeux quelques minutes pour que la machine se mette en marche. Et Ƨa fonctionnait, avec un peu de chance.
Aujourd’hui, bien entendu, je n’en sais pas davantage. Je sais que la table demeure un Ć©lĆ©ment important mais j’ai remarquĆ© que je n’Ć©tais pas obligĆ© de fermer les yeux. Un trombone ou un Ć©lastique feront trĆØs bien l’affaire.

Je ne crois pas Ć  l’inspiration. De mĆŖme, je ne crois pas qu’il y ait de gĆ©nie en littĆ©rature. Je crois qu’il y a de bons pĆŖcheurs. Il y a des gens qui n’attrapent rien malgrĆ© un matĆ©riel sophistiquĆ© et de solides appuis Ć  terre. Et d’autres, qui n’ayant embarquĆ© que le strict minimum, peut-ĆŖtre une simple ligne et un hameƧon, reviennent les bras chargĆ©s et un simple sourire aux lĆØvres. Ceux-lĆ  ont le style.
J’ai toujours pensĆ© que le livre existait avant mĆŖme que je ne commence Ć  l’Ć©crire. J’imaginais qu’un bout de fil dĆ©passait du sol et que si je m’y prenais avec patience et adresse, j’allais pouvoir tirer toute la bobine sans rien casser. C’est encore un peu le cas aujourd’hui. Si je devais dresser la liste du matĆ©riel nĆ©cessaire, je dirais que l’exercice demande un peu de chance, pas mal de foi, une assez bonne vue et beaucoup d’humilitĆ©. J’ajouterais Ć  cela un ego Ć  gĆ©omĆ©trie variable et du style.

Il faut donc de la chance, pour commencer. Il faut trouver le bon bout de la bobine, plus communĆ©ment nommĆ© l’incipit. La premiĆØre phrase, si vous prĆ©fĆ©rez. J’y attache personnellement la plus extrĆŖme importance car je considĆØre qu’elle renferme, dans une certaine mesure, le roman tout entier. Elle est, Ć  tout le moins, la premiĆØre pierre. Celle sur laquelle toutes les autres vont venir s’appuyer au fur et Ć  mesure. Elle va dĆ©cider, par sa taille et sa forme, de la direction et de l’humeur du livre Ć  venir. Il est donc conseillĆ© de la tourner et la retourner dans tous les sens, d’en examiner les moindres dĆ©tails durant quelques jours avant de se prĆ©cipiter car ensuite, il sera trop tard. C’est la raison pour laquelle je pense que les neuf dixiĆØmes des cours de Ā« creative writingĀ» devraient ĆŖtre consacrĆ©s Ć  la recherche puis Ć  l’Ć©tude intensive de cette premiĆØre phrase. Sa rumination systĆ©matique et attentive fournit la plupart du temps une foule d’indications secondaires invisibles au premier coup d’œil, telles que la situation climatique, sinon gĆ©ographique, le milieu social dans lequel nous allons Ć©voluer, l’Ć©tat d’esprit du narrateur ainsi que ses prĆ©occupations et par-lĆ  sa vision du monde. Qui a dit ou pensĆ© ces premiers mots et pourquoi ? Comment le personnage les a-t-il choisis ? Quelle expĆ©rience connaĆ®t-il au moment où il les exprime ? Pour le savoir, il suffit de tirer doucement sur le fil de la bobine et le voile commencera Ć  se lever. Reste que tomber sur la bonne premiĆØre phrase est un coup de chance. Mais chacun sait qu’on peut aider la chance…
Ensuite intervient la foi. Je pense qu’un Ć©crivain peut faire l’Ć©conomie de l’inspiration, qui me semble relever de l’attirail folklorique et peut encore amuser les enfants, mais il ne peut se passer de la foi. C’est le seul carburant possible, le seul qui permettra de mener l’entreprise Ć  son terme. Ɖcrire un livre demande une volontĆ© Ć  toute Ć©preuve, sous peine d’encombrer les librairies d’ouvrages qui n’ont pas le moindre intĆ©rĆŖt et se ressemblent tous les uns les autres. Un Ć©crivain qui n’a pas la foi ne peut pas produire autre chose. L’Ć©crivain doit avoir en lui une confiance absolue car le voyage ne sera pas de tout repos. Ce sera long, pĆ©nible, la fatigue et les doutes se feront une joie de lui compliquer la tĆ¢che et personne ne viendra l’aider. D’où, une fois encore, l’importance de la premiĆØre phrase. Car c’est en elle que l’Ć©crivain puisera ses forces. C’est elle qui lui insufflera la foi nĆ©cessaire. Il ne s’agit plus dĆØs lors d’une quelconque et vulgaire confiance en soi mais de quelque chose qui la dĆ©passe et apparaĆ®t sous un jour Ć©mouvant.

Avoir une bonne vue est essentiel, mĆŖme si l’on a la foi. Il y aura de longues heures, des jours entiers ou plus encore, Ć  guetter. Il faudra se mĆ©fier des leurres, percer des brumes plus ou moins opaques et balayer l’espace d’un regard juste. Le regard de l’Ć©crivain est sa seule arme. L’aiguiser, son seul devoir. Il pourra ensuite considĆ©rer sous l’angle qui lui conviendra des territoires mille fois explorĆ©s et les soumettre Ć  un style. Avoir une bonne vue conduit Ć  trouver la bonne voix. Plus tard, ces deux Ć©lĆ©ments pourront s’inverser, ou mieux encore ne faire plus qu’un. Jean-Luc Godard a dĆ©clarĆ© qu’un travelling Ć©tait une affaire de morale. Le regard, et par consĆ©quent le style, sont Ć©galement une affaire de morale. LĆ  où il n’y a pas de regard, il n’y a pas de morale et donc rien qui ne puisse identifier un Ć©crivain comme une personne unique.

Une fois qu’il a dĆ©couvert son originalitĆ©, un Ć©crivain doit aussitĆ“t recourir Ć  l’humilitĆ©, sous peine de foncer dans le mur. L’aveuglement est un dĆ©faut rĆ©dhibitoire. L’Ć©crivain doit ĆŖtre capable de contrĆ“ler son ego, par tous les temps et dans toutes les occasions. Dans un sens comme dans l’autre. Il doit pouvoir le laisser enfler, mais aussi le dĆ©gonfler, selon les circonstances. Vous ne ferez rien de bon avec un ego de taille moyenne, mais pas davantage avec le grand modĆØle si vous ne parvenez pas Ć  le maĆ®triser. Le problĆØme est identique Ć  celui que l’on rencontrerait en chevauchant un animal sauvage : il nous emmĆØnerait trĆØs vite et trĆØs loin mais il n’y aurait plus personne pour relater l’expĆ©rience. Donc, prudence !

En dressant la liste du matĆ©riel nĆ©cessaire, selon moi, Ć  la crĆ©ation littĆ©raire, j’ai livrĆ© de nombreuses indications sur ma mĆ©thode.

On aura compris que je n’Ć©tablis aucun plan et pratique une sorte d’Ć©largissement, d’exploration de surfaces concentriques Ć  partir de la premiĆØre phrase. D’un point de vue cinĆ©matographique, cela Ć©quivaudrait au passage d’un plan serrĆ© Ć  un plan plus large, chaque degrĆ© Ć©tant Ć©lectrisĆ© par le hors-cadre.

Cela constitue la premiĆØre partie de mon travail, qui consiste en la rĆ©daction d’une vingtaine de feuillets. Ce n’est pas un brouillon mais le texte dĆ©finitif des premiĆØres pages du roman. Ainsi le socle s’est Ć©largi. PressĆ©e comme un citron, la premiĆØre phrase a rĆ©vĆ©lĆ© la plupart de ses secrets et l’on commence Ć  y voir plus clair. ƀ ce stade, il faut effectuer le mĆŖme travail qu’avec la premiĆØre phrase : lecture, rumination, exploration systĆ©matique de tous les dĆ©tails et appropriation.

C’est l’Ć©tape la plus importante, mais aussi la plus Ć©tonnante et la plus gratifiante. Le moment est venu où l’on va dĆ©couvrir et comprendre vers quoi le roman veut nous attirer. Quelle est la signification de certains signes demeurĆ©s jusque-lĆ  incomprĆ©hensibles. Quelle est la voix qui s’est emparĆ©e de vous et quel est le discours qu’elle cherche Ć  faire entendre. Il faut alors se rĆ©soudre Ć  une immersion complĆØte qui peut prendre plusieurs jours. Il faut Ć©couter et se souvenir de tout ce que l’on apprend avant de remonter Ć  l’air libre. Et alors seulement, vous pouvez y aller.

Il peut arriver les choses les plus Ć©tranges au cours de cette phase. Ainsi par exemple, Ć  propos du roman sur lequel je suis en train de travailler[2]. Un homme et une femme reƧoivent quelques amis chez eux. J’en ai Ć©crit une vingtaine de pages, puis je me suis aperƧu que les dialogues entre le mari et la femme avaient une sonoritĆ© bizarre et que la femme ne s’adressait pas directement aux autres. ƀ la relecture, je ne comprenais pas pourquoi et il m’a fallu un bon moment avant de trouver la clĆ© de l’Ć©nigme : cette femme Ć©tait morte et ne vivait plus que dans l’esprit de son mari. Ainsi tout s’Ć©clairait.

Il faut donc bien Ć©couter ce que trĆØs vite, le roman essaye de vous dire. C’est souvent bien plus intĆ©ressant que le thĆØme qu’un auteur voudrait aborder a priori et qui requiert la plupart du temps l’utilisation d’un chausse-pied ou entraĆ®ne tout le monde dans des contorsions abominables.

Cette phase a Ć©galement pour objet de reconstituer ses forces. Encore qu’il s’agisse plutĆ“t d’une espĆØce de transfusion sanguine qui va directement de l’embryon du roman dans les veines de l’auteur. Je pense que cette image est bien plus juste qu’il n’y paraĆ®t dans la mesure où elle suggĆØre la prĆ©sence de deux entitĆ©s, le roman et l’auteur, et l’obligation d’un Ć©change de l’un Ć  l’autre. En se laissant vampiriser par l’auteur, le roman se donne les moyens d’exister. Il en rĆ©sulte que, selon moi, l’Ć©criture d’un roman n’est pas un exercice tout Ć  fait solitaire. Et je pense qu’une grande partie de cette confiance en soi que j’ai Ć©voquĆ©e, n’a pas d’autre origine.

Il se peut Ć©galement que la vraie nature du roman se rĆ©vĆØle beaucoup plus tard. J’ai ainsi Ć©tĆ© obligĆ© de m’atteler Ć  une trilogie Ć  la fin d’un premier ouvrage[3]. Celui-ci Ć©tait dĆ©jĆ  dans les vitrines des librairies lorsque j’ai pris conscience qu’il en appelait un autre. J’y ai donc travaillĆ©, mais ce n’Ć©tait pas une suite, tous les personnages Ć©taient nouveaux et les deux narrateurs diffĆ©rents. J’ai donc terminĆ© ce second volume dans un Ć©tat de perplexitĆ© avancĆ©. Puis un matin, une troisiĆØme voix s’est fait entendre, m’apprenant qu’elle s’Ć©tait cachĆ©e dans les deux premiĆØres. Je n’avais plus qu’Ć  Ć©crire la troisiĆØme partie pour que tout rentre dans l’ordre. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait.

Je donne cet exemple pour insister sur un point qui me paraĆ®t essentiel : la crĆ©ation n’est pas le fruit d’un effort de volontĆ© mais plutĆ“t celui d’une certaine souplesse. Je pense qu’il faut s’y glisser plutĆ“t que d’y entrer en force. Savoir lire entre ses propres lignes et en tirer les consĆ©quences. Je n’ai jamais commencĆ© un roman avec une idĆ©e derriĆØre la tĆŖte. CĆ©line disait que les idĆ©es Ć©taient vulgaires et qu’il suffisait d’ouvrir un journal pour en trouver. J’ajouterais qu’elles finissent toujours par apparaĆ®tre Ć  un moment ou Ć  un autre et qu’il est donc inutile de s’en prĆ©occuper Ć  l’avance, sous peine de transformer le roman en une tribune et l’auteur en philosophe, en historien, en psychanalyste ou en thĆ©oricien. Or, il n’est pas lĆ  pour Ƨa.

Il faut donc aller tout droit vers ce dont on a vraiment envie, sans aucun dĆ©tour. Dans une interview, John Ford dĆ©clarait qu’il tournait parfois des scĆØnes qui n’avaient rien Ć  voir avec le scĆ©nario, simplement parce qu’elles s’imposaient Ć  lui et qu’elles Ć©taient sans doute la seule raison de faire le film. VoilĆ  une bonne piste.

ƀ la fin de l’un de mes livres, un mari donne quelques conseils Ć  sa femme qui est Ć©crivain[4]. J’aimerais vous les citer car ils me semblent contenir certaines rĆØgles qui vont dans le sens de ce que j’essaye pĆ©niblement d’exposer depuis un moment :
Ne t’occupe pas de ce que l’on Ć©crit sur toi, que ce soit bon ou mauvais. Ɖvite les endroits où l’on parle des livres. N’Ć©coute personne. Si quelqu’un se penche sur ton Ć©paule, bondis et frappe-le au visage. Ne tiens pas de discours sur ton travail, il n’y a rien Ć  en dire. Ne te demande pas pour quoi ni pour qui tu Ć©cris, mais pense que chacune de tes phrases pourrait ĆŖtre la derniĆØre.
Il y a bien sĆ»r d’autres rĆØgles Ć  respecter. Lorsque j’ai commencĆ© Ć  Ć©crire, mon plus grand dĆ©faut Ć©tait l’impatience. Mon travail n’avanƧait jamais assez vite et j’avais beaucoup de mal Ć  accepter le peu de rĆ©sultat concret d’une longue journĆ©e de labeur. J’imaginais sans doute que l’on pouvait Ć©crire un roman Ć  la faveur de quelques nuits d’illumination fiĆ©vreuse, confondant ainsi une course de cent mĆØtres avec un marathon. Mais j’ai fini par comprendre que cette impatience me rongeait et rendait les choses encore plus difficiles. Je me suis donc imposĆ© une discipline particuliĆØre : j’ai dĆ©cidĆ© que ma journĆ©e de travail ne se compterait plus en heures mais en mots. Je me suis imposĆ© d’en Ć©crire cinq cents parce que j’avais lu quelque part que c’Ć©tait la cadence d’Hemingway et je m’y suis tenu durant un bon moment. J’ai ainsi fait connaissance avec la rĆ©gularitĆ©, chose qui n’Ć©tait pas dans mon tempĆ©rament. J’ai dĆ» Ć©galement admettre qu’un effort continu Ć©tait indispensable. Ce qui signifie, de mon point de vue, que l’on ne peut pas rester simplement plantĆ© lĆ  en attendant que la chose vous tombe du ciel. Avoir la bonne attitude morale ne suffit pas. Il faut se lever et marcher Ć  la rencontre. C’est-Ć -dire lutter contre l’impatience, accepter la monotonie, bousculer sa nature, enfin ce genre de choses.

Pour finir, je dois avouer que je n’ai jamais Ć©prouvĆ© un impĆ©rieux besoin d’Ć©crire. Je peux d’ailleurs m’en passer pendant un long moment. Je me suis souvent interrogĆ© Ć  ce propos, me demandant ce qui n’allait pas chez moi. Les Ć©crivains que je rencontrais semblaient au contraire incapables de rĆ©sister Ć  cette Ć©tonnante manie et ne s’en plaignaient pas un instant. Au bout d’un moment, j’ai fini par en conclure que je n’Ć©tais pas un Ć©crivain vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an, mais seulement de temps en temps, par secousses si l’on peut dire. Pour ĆŖtre plus prĆ©cis, je dirais que je n’ai pas toujours l’œil. Le passage de l’image ou du sentiment au mot ne se fait pas, ou alors d’une maniĆØre si banale ou si pauvre qu’il vaut mieux laisser tomber. En fait, j’ai l’impression d’ĆŖtre une machine qui n’est pas toujours en marche. Elle a pour fonction d’opĆ©rer une transformation entre ce que je reƧois et ce que je dĆ©livre mais elle n’est pas branchĆ©e en continu et je ne sais pas comment y remĆ©dier. Je n’ai pas d’autre solution que d’ĆŖtre lĆ  au bon moment et je lorgne avec envie du cĆ“tĆ© de ceux qui bĆ©nĆ©ficient d’un matĆ©riel plus fiable.

La transformation dont il est question ici s’appelle le style. Quel que soit le domaine artistique considĆ©rĆ©, lĆ  où il n’y a pas le style, il n’y a rien. Vous pouvez vous tenir au-dessus d’un filon d’or pur mais si vous n’avez pas le bon outil pour creuser, vous repartirez les mains vides. CĆ©line, toujours lui, a Ć©galement dĆ©clarĆ© :Ā« Au commencement Ć©tait l’Ć©motion. Ā» Je pense qu’il aurait pu dire : Ā« Au commencement Ć©tait le style. Ā»

ƀ quoi bon chercher, si vous n’avez pas l’outil adĆ©quat ? Que deviendront vos intentions les plus nobles ou les plus originales si vous n’avez pas le moyen de les exprimer au plus prĆØs ? Il arrive parfois que le style lui-mĆŖme dĆ©clenche le processus crĆ©atif, que le ton prĆ©cĆØde la phrase, que la couleur induise le sujet ou que le rythme existe avant la mĆ©lodie.

La vĆ©ritable angoisse de la page blanche, selon moi, n’est pas celle du contenu mais de la forme. Ā« Le style ne constitue pas le contenu, mais il est la lentille qui concentre le contenu en un foyer ardentĀ» (Jacob Paludan). Comme les quelques rares Ć©lĆ©ments capables de dĆ©clencher une Ć©motion esthĆ©tique, le style est une notion trĆØs difficile Ć  dĆ©finir, ses contours sont assez vagues et sa substance volatile, donc rĆ©ticente Ć  l’analyse. Si bien que la plupart des auteurs, non seulement s’imaginent, mais peuvent tranquillement affirmer en possĆ©der un. Malheureusement, acquĆ©rir puis travailler un style est sans doute la chose la plus dure et la plus dĆ©licate qui soit. Beaucoup reculent devant l’Ć©preuve, mais le rĆ©sultat est lĆ .

D’une maniĆØre gĆ©nĆ©rale, je n’entretiens guĆØre de relations avec les Ć©crivains. En revanche, je frĆ©quente rĆ©guliĆØrement des musiciens, des peintres et des cinĆ©astes. Je les Ć©coute parler de leur travail ou je lis leurs interviews avec beaucoup d’intĆ©rĆŖt car ils sont pour moi d’un enseignement trĆØs riche et lumineusement transposable au domaine de la littĆ©rature. Les nouvelles tendances de l’art contemporain, les recherches de certains cinĆ©astes sur la bande-son ou le support, ou les derniĆØres compositions de Steve Reich ou Phil Glass, par exemple, Ć©voquent une multitude de pistes possibles. La maniĆØre dont ils ont rĆ©solu certains problĆØmes ou s’y sont cassĆ© les dents constitue une somme d’informations infiniment prĆ©cieuses. Si bien que la multiplication des passerelles entre les diffĆ©rentes formes d’expressions artistiques est non seulement souhaitable, mais indispensable aux progrĆØs que nous nous proposons d’accomplir. Et Dieu sait que nous en avons besoin.

Demain…

Sur la molle ligne d’un presque dĆ©part

Quelques ombres s’agitent

Devant le miroir grisant des singes savants

Les mots ruissellent

Taches de vieilles et rances graisses

Abiment tous nos beaux printemps

5.05.2026

Carnets : les jours rallongent…

Les jours rallongent…


Oui, c’est vrai, je le constate aujourd’hui encore, les jours rallongent. Pourquoi d’ailleurs ne pas se contenter de dire qu’ils sont plus longs où qu’ils s’allongent (mĆŖme si comme moi vous aurez constatĆ© que les jours, ou plutĆ“t les journĆ©es continuent Ć©ternellement d’avoir 24 heures…). Pourquoi ajouter une fois de plus ce prĆ©fixe rĆ©pĆ©titif qui racle la gorge. Vous remarquerez d’ailleurs que je n’ai pas parlĆ© de rajouter, parce que convenons-en, un ajout est bien suffisant et ne prenons pas le risque de sombrer dans le bĆ©gaiement. Rallonger, allonger, je m’interroge : aprĆØs tout une allonge ou une rallonge ce n’est pas exactement la mĆŖme chose. Quand on me parle d’allonge j’étire le bras et je pense aux boxeurs, et quand on me parle de rallonge je cherche une prise et je vois un cĆ¢ble Ć©lectrique. Ce cĆ¢ble qu’on ajoute quand le cordon est trop court et qu’on veut Ć©clairer avec une torche par exemple, un peu plus loin, lĆ  où il fait sombre. Et en effet dans ce cas on ne peut que constater que grĆ¢ce Ć  la rallonge on allonge le jour ou tout au moins on l’éloigne un peu, mais par contre on ne parvient pas Ć  le faire durer plus longtemps car il arrive toujours un moment ou tout devient trop long (comme ce texte d’ailleurs ), un peu comme un long jour sans fin.
Mais une fois de plus je m’égare et la nuit bien qu’elle soit moins longue est dĆ©jĆ  tombĆ©e.
Tiens tiens voilĆ  autre chose, la nuit est tombĆ©e…

Matinales…

Ce monde est fou, me dites-vous ?
Eh bien non,
Je ne vous suis pas !
Vous m’en voyez dĆ©solé…

Regardez autour de vous !
Ce monde-lĆ , je ne le vois pas.
Ce monde-lĆ , je ne le veux pas.

Une fenĆŖtre est ouverte,
L’air est doux, parfumĆ©.
Un chant d’oiseau s’est invitĆ©

Entends le silence,
Il respire.

Ce monde est doux,
Vous l’avez tant abimĆ©.

Flash…

Le chemin le plus court qui conduit Ơ la poƩsie ?

Je ne sais pas

Pour ma part c’est au choix

Je flotte entre les courbes de deux mots

Je bondis entre vers et rime

Je saute

Je sursaute

Je colle l’oreille au dos doux d’une feuille de papier

J’entends un vague clapotis

A moins que ce ne soit un cliquetis

Je caresse les longues jambes de mots longs qui s’affaissent

Un point endormi soudain se lĆØve

L’heure est venue mon bel ami

De conjuguer tes principes passƩs

A tous les temps dƩcomposƩs

Carnets :  » perdre du temps »…

Parfois, euh souvent, et vous le savez bien lectrices et lecteurs de ce blog j’aime regarder la vie qui dĆ©file Ć  travers une vitre ferroviaire.

A travers cette grise vitre, je vois ce prĆ©cieux temps qui s’enfuit vite, trĆØs vite. Et je reste immobile, figĆ© dans la contemplation. Immobile dans un monde qui avance…

Je retrouve un peu de cette sensation pleine de poĆ©sie de se trouver les pieds ballants au bord du monde et attendre indĆ©finiment d’ĆŖtre gagnĆ© par la sensation de la vitesse de rotation de la terre. Quarante mille kilomĆØtres en 24 heures, on finira bien par le ressentir…

Bref, je prends le temps de regarder le temps qui passe, qui pousse, qui file, qui glisse… Et j’accepte enfin de perdre du temps…

Oui depuis quelques temps j’aime cette idĆ©e, cette fausse idĆ©e de perdre du temps. Temps qui coule Ć  travers mes poches trouĆ©es, temps qui fuit qui s’enfuit…

 » ArrĆŖte de perdre du temps » aurais-je dit il y a peu… Et aujourd’hui je savoure cette idĆ©e de ce temps qu’on croit perdu, parce qu’on l’a rempli de quelques petits riens, petits cailloux Ć©phĆ©mĆØres.

Je ne perd plus mon temps, mieux encore je le trouve, le retrouve. Il est lĆ , par petits bouts. Je le ramasse, le garde tout contre moi, bien au chaud et me dis que je le trouverai demain ou plus tard et je passerai du bon temps…

Mes Everest, Aragon

L’extrait d’un poĆØme d’Aragon  » Pierre-dans-les-liens » adressĆ© Ć  son ami le poĆØte Pierre Unik

Quand sur l’horloge de la faim

La mƩmoire et la connaissance

Tournent leurs bras Ć  contresens

L’oubli est un sable trop fin

Prisons de l’espace et du temps

Prisons du rĆŖve sans rĆŖveil

Prisons de la nuit sans sommeil

Inhumainement l’homme attend

Ici le retour du soleil

Prisons de sel prisons de vent

Prisons de pierre et de froidure

Prisons de colĆØre et d’ordure

Chaque saison pire qu’avant

La guerre dure dure dure…

Demain…

Demain nous aimerons

Le roulis d’une larme Ć©chappĆ©e

Le murmure Ć©talĆ© de l’homme nu

Le doux velours du silence matin  

Le chant d’une tĆ“le froissĆ©e

L’audace d’une flaque permise

La langueur d’une brume Ć©tirĆ©e

La courbe cachĆ©e d’une voile flattĆ©e

La ride bleutĆ©e d’un ciel dĆ©laissĆ©

Les lents soupirs d’une nuit effacĆ©e

3.05.2026

MƩmoires

MƩmoires de vieilles pierres figƩes

Odeur d’un vieux lichen fripĆ©

Souvenirs d’un village endormi au creux du frĆŖle Ć©tĆ©

Pas Ơ pages il faut avancer dans les marges effacƩes

Juillet 2021

Matinales attendue, inĆ©dit…

Sur la vitre de nos sales peurs

Coulent des larmes au sel piquant

De la belle franche main

Des encore frĆØres humains

Tu envoies ces grise traces

D’humides angoisses

Aux marges du rire d’enfant

Il est temps d’ouvrir les regards

L’œil impatient nous envoie le signe

D’un espoir de belle paix

Matinales rĆŖvĆ©e…InĆ©dit

Ils iront s’aimer au pays des lumiĆØres belles

Ils ont marchƩ en riant

Ils ont chantƩ le temps des vivants

Ecoute leurs douces tendresses

Elles sautillent

Elles pƩtillent

Regarde et espĆØre

Ils Ʃcrivent Ơ douces mains

Le long livre de folles gaietƩs

1.05.2026