Je m’aperƧois que j’ai rarement mentionnĆ© mon attachement Ć Philippe Djian, il est un de mes maĆ®tres vivants…Je relis souvent ce texte qui m’interroge, nous interroge sur notre amour de l’Ć©criture. Il est un peu long, mais cela vaut le coup d’aller jusqu’au bout…
Si ma mĆ©moire est bonne, on m’a dĆ©jĆ interrogĆ© sur les processus crĆ©ateurs il y a environ vingt ans, Ć l’occasion de la publication de mon premier livre. Pour ĆŖtre franc, je n’en savais pas beaucoup sur la question, Ć l’Ć©poque. Je pensais qu’il s’agissait de s’asseoir derriĆØre une table et de fermer les yeux quelques minutes pour que la machine se mette en marche. Et Ƨa fonctionnait, avec un peu de chance. Aujourd’hui, bien entendu, je n’en sais pas davantage. Je sais que la table demeure un Ć©lĆ©ment important mais j’ai remarquĆ© que je n’Ć©tais pas obligĆ© de fermer les yeux. Un trombone ou un Ć©lastique feront trĆØs bien l’affaire.
Je ne crois pas Ć l’inspiration. De mĆŖme, je ne crois pas qu’il y ait de gĆ©nie en littĆ©rature. Je crois qu’il y a de bons pĆŖcheurs. Il y a des gens qui n’attrapent rien malgrĆ© un matĆ©riel sophistiquĆ© et de solides appuis Ć terre. Et d’autres, qui n’ayant embarquĆ© que le strict minimum, peut-ĆŖtre une simple ligne et un hameƧon, reviennent les bras chargĆ©s et un simple sourire aux lĆØvres. Ceux-lĆ ont le style. J’ai toujours pensĆ© que le livre existait avant mĆŖme que je ne commence Ć l’Ć©crire. J’imaginais qu’un bout de fil dĆ©passait du sol et que si je m’y prenais avec patience et adresse, j’allais pouvoir tirer toute la bobine sans rien casser. C’est encore un peu le cas aujourd’hui. Si je devais dresser la liste du matĆ©riel nĆ©cessaire, je dirais que l’exercice demande un peu de chance, pas mal de foi, une assez bonne vue et beaucoup d’humilitĆ©. J’ajouterais Ć cela un ego Ć gĆ©omĆ©trie variable et du style.
Il faut donc de la chance, pour commencer. Il faut trouver le bon bout de la bobine, plus communĆ©ment nommĆ© l’incipit. La premiĆØre phrase, si vous prĆ©fĆ©rez. J’y attache personnellement la plus extrĆŖme importance car je considĆØre qu’elle renferme, dans une certaine mesure, le roman tout entier. Elle est, Ć tout le moins, la premiĆØre pierre. Celle sur laquelle toutes les autres vont venir s’appuyer au fur et Ć mesure. Elle va dĆ©cider, par sa taille et sa forme, de la direction et de l’humeur du livre Ć venir. Il est donc conseillĆ© de la tourner et la retourner dans tous les sens, d’en examiner les moindres dĆ©tails durant quelques jours avant de se prĆ©cipiter car ensuite, il sera trop tard. C’est la raison pour laquelle je pense que les neuf dixiĆØmes des cours de Ā« creative writingĀ» devraient ĆŖtre consacrĆ©s Ć la recherche puis Ć l’Ć©tude intensive de cette premiĆØre phrase. Sa rumination systĆ©matique et attentive fournit la plupart du temps une foule d’indications secondaires invisibles au premier coup d’Åil, telles que la situation climatique, sinon gĆ©ographique, le milieu social dans lequel nous allons Ć©voluer, l’Ć©tat d’esprit du narrateur ainsi que ses prĆ©occupations et par-lĆ sa vision du monde. Qui a dit ou pensĆ© ces premiers mots et pourquoi ? Comment le personnage les a-t-il choisis ? Quelle expĆ©rience connaĆ®t-il au moment où il les exprime ? Pour le savoir, il suffit de tirer doucement sur le fil de la bobine et le voile commencera Ć se lever. Reste que tomber sur la bonne premiĆØre phrase est un coup de chance. Mais chacun sait qu’on peut aider la chance⦠Ensuite intervient la foi. Je pense qu’un Ć©crivain peut faire l’Ć©conomie de l’inspiration, qui me semble relever de l’attirail folklorique et peut encore amuser les enfants, mais il ne peut se passer de la foi. C’est le seul carburant possible, le seul qui permettra de mener l’entreprise Ć son terme. Ćcrire un livre demande une volontĆ© Ć toute Ć©preuve, sous peine d’encombrer les librairies d’ouvrages qui n’ont pas le moindre intĆ©rĆŖt et se ressemblent tous les uns les autres. Un Ć©crivain qui n’a pas la foi ne peut pas produire autre chose. L’Ć©crivain doit avoir en lui une confiance absolue car le voyage ne sera pas de tout repos. Ce sera long, pĆ©nible, la fatigue et les doutes se feront une joie de lui compliquer la tĆ¢che et personne ne viendra l’aider. D’où, une fois encore, l’importance de la premiĆØre phrase. Car c’est en elle que l’Ć©crivain puisera ses forces. C’est elle qui lui insufflera la foi nĆ©cessaire. Il ne s’agit plus dĆØs lors d’une quelconque et vulgaire confiance en soi mais de quelque chose qui la dĆ©passe et apparaĆ®t sous un jour Ć©mouvant.
Avoir une bonne vue est essentiel, mĆŖme si l’on a la foi. Il y aura de longues heures, des jours entiers ou plus encore, Ć guetter. Il faudra se mĆ©fier des leurres, percer des brumes plus ou moins opaques et balayer l’espace d’un regard juste. Le regard de l’Ć©crivain est sa seule arme. L’aiguiser, son seul devoir. Il pourra ensuite considĆ©rer sous l’angle qui lui conviendra des territoires mille fois explorĆ©s et les soumettre Ć un style. Avoir une bonne vue conduit Ć trouver la bonne voix. Plus tard, ces deux Ć©lĆ©ments pourront s’inverser, ou mieux encore ne faire plus qu’un. Jean-Luc Godard a dĆ©clarĆ© qu’un travelling Ć©tait une affaire de morale. Le regard, et par consĆ©quent le style, sont Ć©galement une affaire de morale. LĆ où il n’y a pas de regard, il n’y a pas de morale et donc rien qui ne puisse identifier un Ć©crivain comme une personne unique.
Une fois qu’il a dĆ©couvert son originalitĆ©, un Ć©crivain doit aussitĆ“t recourir Ć l’humilitĆ©, sous peine de foncer dans le mur. Lāaveuglement est un dĆ©faut rĆ©dhibitoire. L’Ć©crivain doit ĆŖtre capable de contrĆ“ler son ego, par tous les temps et dans toutes les occasions. Dans un sens comme dans l’autre. Il doit pouvoir le laisser enfler, mais aussi le dĆ©gonfler, selon les circonstances. Vous ne ferez rien de bon avec un ego de taille moyenne, mais pas davantage avec le grand modĆØle si vous ne parvenez pas Ć le maĆ®triser. Le problĆØme est identique Ć celui que l’on rencontrerait en chevauchant un animal sauvage : il nous emmĆØnerait trĆØs vite et trĆØs loin mais il n’y aurait plus personne pour relater l’expĆ©rience. Donc, prudence !
En dressant la liste du matĆ©riel nĆ©cessaire, selon moi, Ć la crĆ©ation littĆ©raire, j’ai livrĆ© de nombreuses indications sur ma mĆ©thode.
On aura compris que je n’Ć©tablis aucun plan et pratique une sorte d’Ć©largissement, d’exploration de surfaces concentriques Ć partir de la premiĆØre phrase. D’un point de vue cinĆ©matographique, cela Ć©quivaudrait au passage d’un plan serrĆ© Ć un plan plus large, chaque degrĆ© Ć©tant Ć©lectrisĆ© par le hors-cadre.
Cela constitue la premiĆØre partie de mon travail, qui consiste en la rĆ©daction d’une vingtaine de feuillets. Ce n’est pas un brouillon mais le texte dĆ©finitif des premiĆØres pages du roman. Ainsi le socle s’est Ć©largi. PressĆ©e comme un citron, la premiĆØre phrase a rĆ©vĆ©lĆ© la plupart de ses secrets et l’on commence Ć y voir plus clair. Ć ce stade, il faut effectuer le mĆŖme travail qu’avec la premiĆØre phrase : lecture, rumination, exploration systĆ©matique de tous les dĆ©tails et appropriation.
C’est l’Ć©tape la plus importante, mais aussi la plus Ć©tonnante et la plus gratifiante. Le moment est venu où l’on va dĆ©couvrir et comprendre vers quoi le roman veut nous attirer. Quelle est la signification de certains signes demeurĆ©s jusque-lĆ incomprĆ©hensibles. Quelle est la voix qui s’est emparĆ©e de vous et quel est le discours qu’elle cherche Ć faire entendre. Il faut alors se rĆ©soudre Ć une immersion complĆØte qui peut prendre plusieurs jours. Il faut Ć©couter et se souvenir de tout ce que l’on apprend avant de remonter Ć l’air libre. Et alors seulement, vous pouvez y aller.
Il peut arriver les choses les plus Ć©tranges au cours de cette phase. Ainsi par exemple, Ć propos du roman sur lequel je suis en train de travailler[2]. Un homme et une femme reƧoivent quelques amis chez eux. J’en ai Ć©crit une vingtaine de pages, puis je me suis aperƧu que les dialogues entre le mari et la femme avaient une sonoritĆ© bizarre et que la femme ne s’adressait pas directement aux autres. Ć la relecture, je ne comprenais pas pourquoi et il māa fallu un bon moment avant de trouver la clĆ© de l’Ć©nigme : cette femme Ć©tait morte et ne vivait plus que dans l’esprit de son mari. Ainsi tout s’Ć©clairait.
Il faut donc bien Ć©couter ce que trĆØs vite, le roman essaye de vous dire. C’est souvent bien plus intĆ©ressant que le thĆØme qu’un auteur voudrait aborder a priori et qui requiert la plupart du temps l’utilisation d’un chausse-pied ou entraĆ®ne tout le monde dans des contorsions abominables.
Cette phase a Ć©galement pour objet de reconstituer ses forces. Encore qu’il s’agisse plutĆ“t d’une espĆØce de transfusion sanguine qui va directement de l’embryon du roman dans les veines de l’auteur. Je pense que cette image est bien plus juste qu’il n’y paraĆ®t dans la mesure où elle suggĆØre la prĆ©sence de deux entitĆ©s, le roman et l’auteur, et l’obligation d’un Ć©change de l’un Ć l’autre. En se laissant vampiriser par l’auteur, le roman se donne les moyens d’exister. Il en rĆ©sulte que, selon moi, l’Ć©criture d’un roman n’est pas un exercice tout Ć fait solitaire. Et je pense qu’une grande partie de cette confiance en soi que j’ai Ć©voquĆ©e, n’a pas d’autre origine.
Il se peut Ć©galement que la vraie nature du roman se rĆ©vĆØle beaucoup plus tard. J’ai ainsi Ć©tĆ© obligĆ© de m’atteler Ć une trilogie Ć la fin dāun premier ouvrage[3]. Celui-ci Ć©tait dĆ©jĆ dans les vitrines des librairies lorsque j’ai pris conscience qu’il en appelait un autre. J’y ai donc travaillĆ©, mais ce n’Ć©tait pas une suite, tous les personnages Ć©taient nouveaux et les deux narrateurs diffĆ©rents. J’ai donc terminĆ© ce second volume dans un Ć©tat de perplexitĆ© avancĆ©. Puis un matin, une troisiĆØme voix s’est fait entendre, m’apprenant qu’elle s’Ć©tait cachĆ©e dans les deux premiĆØres. Je n’avais plus qu’Ć Ć©crire la troisiĆØme partie pour que tout rentre dans l’ordre. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait.
Je donne cet exemple pour insister sur un point qui me paraĆ®t essentiel : la crĆ©ation n’est pas le fruit d’un effort de volontĆ© mais plutĆ“t celui d’une certaine souplesse. Je pense qu’il faut s’y glisser plutĆ“t que d’y entrer en force. Savoir lire entre ses propres lignes et en tirer les consĆ©quences. Je n’ai jamais commencĆ© un roman avec une idĆ©e derriĆØre la tĆŖte. CĆ©line disait que les idĆ©es Ć©taient vulgaires et qu’il suffisait d’ouvrir un journal pour en trouver. J’ajouterais qu’elles finissent toujours par apparaĆ®tre Ć un moment ou Ć un autre et qu’il est donc inutile de s’en prĆ©occuper Ć l’avance, sous peine de transformer le roman en une tribune et l’auteur en philosophe, en historien, en psychanalyste ou en thĆ©oricien. Or, il n’est pas lĆ pour Ƨa.
Il faut donc aller tout droit vers ce dont on a vraiment envie, sans aucun dĆ©tour. Dans une interview, John Ford dĆ©clarait qu’il tournait parfois des scĆØnes qui n’avaient rien Ć voir avec le scĆ©nario, simplement parce qu’elles s’imposaient Ć lui et qu’elles Ć©taient sans doute la seule raison de faire le film. VoilĆ une bonne piste.
Ć la fin de l’un de mes livres, un mari donne quelques conseils Ć sa femme qui est Ć©crivain[4]. J’aimerais vous les citer car ils me semblent contenir certaines rĆØgles qui vont dans le sens de ce que j’essaye pĆ©niblement d’exposer depuis un moment : Ne t’occupe pas de ce que l’on Ć©crit sur toi, que ce soit bon ou mauvais. Ćvite les endroits où l’on parle des livres. N’Ć©coute personne. Si quelqu’un se penche sur ton Ć©paule, bondis et frappe-le au visage. Ne tiens pas de discours sur ton travail, il n’y a rien Ć en dire. Ne te demande pas pour quoi ni pour qui tu Ć©cris, mais pense que chacune de tes phrases pourrait ĆŖtre la derniĆØre. Il y a bien sĆ»r d’autres rĆØgles Ć respecter. Lorsque j’ai commencĆ© Ć Ć©crire, mon plus grand dĆ©faut Ć©tait l’impatience. Mon travail n’avanƧait jamais assez vite et j’avais beaucoup de mal Ć accepter le peu de rĆ©sultat concret d’une longue journĆ©e de labeur. J’imaginais sans doute que l’on pouvait Ć©crire un roman Ć la faveur de quelques nuits d’illumination fiĆ©vreuse, confondant ainsi une course de cent mĆØtres avec un marathon. Mais jāai fini par comprendre que cette impatience me rongeait et rendait les choses encore plus difficiles. Je me suis donc imposĆ© une discipline particuliĆØre : j’ai dĆ©cidĆ© que ma journĆ©e de travail ne se compterait plus en heures mais en mots. Je me suis imposĆ© dāen Ć©crire cinq cents parce que j’avais lu quelque part que c’Ć©tait la cadence d’Hemingway et je m’y suis tenu durant un bon moment. J’ai ainsi fait connaissance avec la rĆ©gularitĆ©, chose qui n’Ć©tait pas dans mon tempĆ©rament. J’ai dĆ» Ć©galement admettre qu’un effort continu Ć©tait indispensable. Ce qui signifie, de mon point de vue, que l’on ne peut pas rester simplement plantĆ© lĆ en attendant que la chose vous tombe du ciel. Avoir la bonne attitude morale ne suffit pas. Il faut se lever et marcher Ć la rencontre. C’est-Ć -dire lutter contre l’impatience, accepter la monotonie, bousculer sa nature, enfin ce genre de choses.
Pour finir, je dois avouer que je n’ai jamais Ć©prouvĆ© un impĆ©rieux besoin d’Ć©crire. Je peux d’ailleurs m’en passer pendant un long moment. Je me suis souvent interrogĆ© Ć ce propos, me demandant ce qui n’allait pas chez moi. Les Ć©crivains que je rencontrais semblaient au contraire incapables de rĆ©sister Ć cette Ć©tonnante manie et ne s’en plaignaient pas un instant. Au bout d’un moment, j’ai fini par en conclure que je n’Ć©tais pas un Ć©crivain vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an, mais seulement de temps en temps, par secousses si l’on peut dire. Pour ĆŖtre plus prĆ©cis, je dirais que je n’ai pas toujours l’Åil. Le passage de l’image ou du sentiment au mot ne se fait pas, ou alors d’une maniĆØre si banale ou si pauvre qu’il vaut mieux laisser tomber. En fait, j’ai l’impression d’ĆŖtre une machine qui n’est pas toujours en marche. Elle a pour fonction d’opĆ©rer une transformation entre ce que je reƧois et ce que je dĆ©livre mais elle n’est pas branchĆ©e en continu et je ne sais pas comment y remĆ©dier. Je n’ai pas d’autre solution que d’ĆŖtre lĆ au bon moment et je lorgne avec envie du cĆ“tĆ© de ceux qui bĆ©nĆ©ficient d’un matĆ©riel plus fiable.
La transformation dont il est question ici s’appelle le style. Quel que soit le domaine artistique considĆ©rĆ©, lĆ où il n’y a pas le style, il n’y a rien. Vous pouvez vous tenir au-dessus d’un filon d’or pur mais si vous n’avez pas le bon outil pour creuser, vous repartirez les mains vides. CĆ©line, toujours lui, a Ć©galement dĆ©clarĆ© :Ā« Au commencement Ć©tait l’Ć©motion. Ā» Je pense qu’il aurait pu dire : Ā« Au commencement Ć©tait le style. Ā»
Ć quoi bon chercher, si vous n’avez pas l’outil adĆ©quat ? Que deviendront vos intentions les plus nobles ou les plus originales si vous n’avez pas le moyen de les exprimer au plus prĆØs ? Il arrive parfois que le style lui-mĆŖme dĆ©clenche le processus crĆ©atif, que le ton prĆ©cĆØde la phrase, que la couleur induise le sujet ou que le rythme existe avant la mĆ©lodie.
La vĆ©ritable angoisse de la page blanche, selon moi, n’est pas celle du contenu mais de la forme. Ā« Le style ne constitue pas le contenu, mais il est la lentille qui concentre le contenu en un foyer ardentĀ» (Jacob Paludan). Comme les quelques rares Ć©lĆ©ments capables de dĆ©clencher une Ć©motion esthĆ©tique, le style est une notion trĆØs difficile Ć dĆ©finir, ses contours sont assez vagues et sa substance volatile, donc rĆ©ticente Ć l’analyse. Si bien que la plupart des auteurs, non seulement s’imaginent, mais peuvent tranquillement affirmer en possĆ©der un. Malheureusement, acquĆ©rir puis travailler un style est sans doute la chose la plus dure et la plus dĆ©licate qui soit. Beaucoup reculent devant l’Ć©preuve, mais le rĆ©sultat est lĆ .
D’une maniĆØre gĆ©nĆ©rale, je n’entretiens guĆØre de relations avec les Ć©crivains. En revanche, je frĆ©quente rĆ©guliĆØrement des musiciens, des peintres et des cinĆ©astes. Je les Ć©coute parler de leur travail ou je lis leurs interviews avec beaucoup d’intĆ©rĆŖt car ils sont pour moi d’un enseignement trĆØs riche et lumineusement transposable au domaine de la littĆ©rature. Les nouvelles tendances de l’art contemporain, les recherches de certains cinĆ©astes sur la bande-son ou le support, ou les derniĆØres compositions de Steve Reich ou Phil Glass, par exemple, Ć©voquent une multitude de pistes possibles. La maniĆØre dont ils ont rĆ©solu certains problĆØmes ou s’y sont cassĆ© les dents constitue une somme d’informations infiniment prĆ©cieuses. Si bien que la multiplication des passerelles entre les diffĆ©rentes formes d’expressions artistiques est non seulement souhaitable, mais indispensable aux progrĆØs que nous nous proposons d’accomplir. Et Dieu sait que nous en avons besoin.