
Pas une ride sur la plaine de mes mers du dedans
A la marée montante de mes inspirations
On entend le chant du dernier oiseau
Il siffle la fin du dernier couplet
Je le vois seul et sans rime
Dans le dernier souffle creux de mon vague à l’âme

Pas une ride sur la plaine de mes mers du dedans
A la marée montante de mes inspirations
On entend le chant du dernier oiseau
Il siffle la fin du dernier couplet
Je le vois seul et sans rime
Dans le dernier souffle creux de mon vague à l’âme

Je suis à la fenêtre
Du si simple rêve
Qui se pose au matin
Sur la palette de mes envies
Le temps est au sourire
Douce main du peintre endormi
Caresse du bout des doigts éblouis
Blanche toile d’un soleil assagi

Le soir glisse tout doucement.
Il vient de l’ouest chargé de cette douceur qui le font espoir
Le soir avance. Le lac l’attend, repu de cette journée où chaque ride de l’eau est un sourire
Un sourire pour dire à la mer, si loin, que derrière les yeux qui se posent sur cette surface apaisée
Il y a comme un regard marin, quelques rides en moins.
Le soir descend des montagnes,
On respire dans l’air qui descend les fleurs des sommets
Pas un bruit de moteur, pas un cri mécanique, le silence est simple
Il est venu avec le soir, les yeux se ferment, le souffle est profond
Dans la tête et dans les corps le lac s’est invité
L’oiseau s’est posé, le temps s’est ralenti
Maintenant il faut rentrer, les yeux vont se fermer, tout est apaisé

C’est un matin barbouillé
Repue d’un lourd gris huilé
La nuit mauvaise s’est retirée
La lumière à marée basse oubliée
Nous attend entre les plis du ciel froissé
Lumière est à marée basse
Je relis la peste de Albert Camus, ce passage est sublime…

Les fleurs sur les marchés n’arrivaient plus en boutons, elles éclataient déjà et, après la vente du matin, leurs pétales jonchaient les trottoirs poussiéreux. On voyait clairement que le printemps s’était exténué, qu’il s’était prodigué dans les milliers de fleurs éclatant partout à la ronde et qu’il allait maintenant s’assoupir, s’écraser lentement sous la double pesée de la peste et de la chaleur. Pour tous nos concitoyens, ce ciel d’été, ces rues qui pâlissaient sous les teintes de la poussière et de l’ennui, avaient le même sens menaçant que la centaine de morts dont la ville s’alourdissait chaque jour. Le soleil incessant, ces heures au goût de sommeil et de vacances, n’invitaient plus comme auparavant aux fêtes de l’eau et de la chair. Elles sonnaient creux au contraire dans la ville close et silencieuse. Elles avaient perdu l’éclat cuivré des saisons heureuses. Le soleil de la peste éteignait toutes les couleurs et faisait fuir toute joie.

Prendre un dernier pour le prochain monde
Attendre le dernier souffle d’une heure presque ronde
Dresser l’oreille à chaque trou de silence
Etreindre l’ombre fluide des passions disparues
Et se dire que demain nous serons aimés

Trois fois rien
Me dites-vous ?
Oui trois fois rien,
Et c’est tout !
Cela suffit pour mon peu de bonheur…
Non vous dis-je !
Ce n’est pas assez,
Vous le regretterez…
Oh non, rien de plus,
Je vous en prie !
Pas de rose,
Plus de mauves,
Laissez les bleus en paix.
Je n’ai besoin que de terres grises
Pour écrire mes rêves bariolés.
Voici le texte que les éditions des embruns avaient retenu pour leur ouvrage « Avis de tempête »

Homme d’en bas,
Regarde le visage de l’océan.
Sur son front salé,
C’est la tempête qu’on lit.
Les rides se sont creusées,
Le regard s’est assombri.
De belles longues vagues blanches,
Entrent dans les terres usées
Elles s’étirent en criant,
Et offrent leurs bouquets d’écume
Aux récifs abandonnés.
Regarde les qui entrent dans la danse.
Écoute les !
Elles chantent avec le vent
Ferme les yeux,
Laisse entrer l’ocean.
C’est la tempête à Ouessant
2 novembre 2019
Quand j’écris, j’ai une « playlist » qui m’accompagne, et sur cette playlist en bonne place il y a Yves Simon

Mots d’amour qui s’envolent
Tous les jours cajolent
Des visages fatigués, meurtris, démodés,
Ma jeunesse s’enfuit
Ma jeunesse s’enfuit
Et la vie aussi.
Tout au bout de la mer
L’autoroute s’est fermée,
Une vieille Strudebaker
La nuit s’est crashée,
Ma jeunesse s’enfuit
Ma jeunesse s’enfuit
Et la vie aussi.
Dans ces aérogares
Où nos amours s’égarent,
Les rêves n’ont pas de fin,
Pas de fin.
Romans inachevés,
Des mots glissés froissés
Sous la lune de l’hiver,
Des baisers volés,
Ma jeunesse s’enfuit
Ma jeunesse s’enfuit
Et la vie aussi.
Que deviennent les visages
Des passantes passées,
De la seule qu’a compté,
Jamais oubliée.
Un parking sous la neige,
Bagnoles prises au piège,
Dans la nuit passe un train,
Trop tard pour demain,
Ma jeunesse s’enfuit
Ma jeunesse s’enfuit
Et la vie aussi.

Au sommet d’un reste de mémoire enneigée
Sur le maigre mât des souvenirs tant de fois répétés
Flotte le chiffon fripé
De deux doux sourires enfouis
Je sens le souffle salé
Des embruns oubliés
Sur la façade lisse de cette longue histoire partagée

Sur le tableau noir de mes désirs d’écriture
J’ai tracé quelques lettres de brumes
Des mots bleus se sont envolés
A tire ligne jusqu’au bord d’une blanche feuille
Que j’avais attendue
Une phrase est là, en suspens
Une autre aussi qui l’attend
Je les regarde heureux
Elle se sont aimées
Avec mon consentement

Je voudrais écrire,
Oh oui, je le veux…
Écrire pour deux,
Pour toi, pour eux.
Je voudrais écrire
Heureux,
Entre deux lourdes marges en feu.
Oh, je voudrai tant écrire,
Ce mot qui caresse,
Là, seul,
Il attend, rien ne presse.
Je voudrais tant écrire
Tendresse,
Sur une feuille d’automne
Aux rimes mauves
Sur le titre accrochées.
Je voudrais tant…
Tremper ma plume
Dans une flaque de rires jolis.
Je voudrais tant entendre
De longs mots aux ailes bleues.
Ils chantent, ils dansent,
C’est eux, ils sont arrivés.
10 février 2020



Tu devrais plus souvent être seul
T’es trop souvent avec lui
Il est tricheur
Parce qu’il perd souvent
Quand il veut
Il est frimeur
Parce qu’il a toujours peur
Parle lui
Dis lui qu’on le vire
Dis lui qu’il ne se correspond pas
Qu’il est autre
Comme ceux qu’il a créés
Comme ceux qu’il a jugés
Dis lui qu’il est dépassé
Mais lui il s’en fout
Il le sait
Mais il faut s’aider
Parce qu’on est rien
Parce qu’on ne peut entendre sa raison
Parce qu’on ne peut attendre que ça passe
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
Tu peux être peureux
De supposer
Que finalement t’es pas là pour rien
Tu sais que l’unique ne peut exister
Sinon chez les théoriciens
Masturbateurs de cerveaux
Sinon chez les jardiniers
Du sentiment des autres
Tu ne peux pas passer ta vie à imaginer l’homme
Sans savoir s’il existe réellement
Comme les autres
Tu ne peux pas passer ta vie
A t’imaginer
Dans ton rêve
Sans savoir s’il est tien
Sans savoir s’il est réalité
Sauf peut-être pour d’autres
Pour elles
Pour eux
Veux tu encore construire de l’amour
Parce que c’est un jeu entre deux fous
Parce qu’on invente des règles
Parce qu’on recommence
Toujours les mêmes règles
Mêmes conneries
Jamais le même prudent
Jamais le même perdant
Et de toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
On dirait que tu cours après ceux qui te fuient
Parce qu’ils ont vu l’image
Parce qu’ils ont tourné la page
Parce qu’ils s’en foutent
Et toi tu t’essouffles à espérer
Quelquefois
Suicide toi
Meurs un peu
Fabrique toi une fin
Les yeux fermés
Sans les autres parce tu aurais peur
De toute façon demain tu seras peut-être écrasé par un tramway
Tu t’es peut-être trompé
Tu veux peut-être te lever de ton lits de songes
Qu’est ce que tu attends pour enfin distribuer ton portrait
Sans le faire payer au prix de tes mots d’avenir
Qu’est ce que tu attends pour te raconter
A ton auteur
Sans te mettre à trembler
Tu touches la vie
Comme celle que tu aimes
Tu veux la faire aimer
Tu veux qu’elle te réponde
Mais elle se tait
Parce qu’elle s’en fout
Parce qu’il est trop tard
Et toi t’es pas d’accord
Alors tu continue
Parce qu’autrement tu te ferais écrasé par un tramway.

…T’es sûr qu’aimer n’est pas original
C’est peut-être le mot qui pue
Mais t’es sûr d’autre chose
Parce que tu le cherches
Tu en parles pourtant
Comme les autres
Mais tu t’en fous
Ou tu fais semblant
Comme les autres
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
On dirait que t’as peur
De ne plus pouvoir te taire quand t’es triste
Et pourtant tu ris derrière ton enterrement
Tu ris
Et les autres savent pas
Que tu trembles
Pour qui t’a tué
Pour qui t’a oublié
Tu trembles
Et les autres croient qu’il n’y a qu’une réalité
Celle de l’utile apparence
Et pourtant tu voudrais leur dire
Et pourtant tu voudrais craquer
Mais tu ne dis rien
Parce que t’as peur
Parce que tu attends
Parce que tu attends la fin de ton rêve
Heureux tu l’as trouvé
Et c’était pas mieux
Tu veux revenir au début
Parce que tu hais les fins
Qui n’existent pas
Tu veux revenir au début
Pour que les autres sachent
Qu’il y a autre chose
Que tu l’as trouvé
Déjà tu vas plus vite
Que ton rêve
Je crois que tu vas laisser tomber
Pas les autres
Eux aussi ils cherchent
Ils te croisent
Vite
Toujours le rêve
Ils sont ailleurs
Tu les fais tien
Et tu les oublies
Ils sont autres

…Et pourtant on sent que t’as peur
Pour elle
Du silence
De ses questions sans secrets
Et pourtant elle ne veut rien te dire
Et pourtant elle tue tes rêves
Et pourtant elle te tue
Parce que tu ne dis rien
Parce que tu parles avec celle qui est en toi
Parce qu’elle n’est pas celle là
Parce que c’est déjà une autre
Parce qu’elle est déjà dans le rêve d’un plus étrange que toi
Et toi tu parlais avec ton rêve
Et tu t’en foutais d’être né
Tu vois la réalité
Alors tu ne dis rien
Parce que t’as peur
Parce que tu sais qu’elle s’est échappée
Parce que tu t’es trompé
T’as encore peur
T’es un peu paumé
Je crois que tu finiras par comprendre
Que les autres t’oublieront
Parce que tu n’es que toi-même
Parce que tu n’es qu’un autre
Tu n’es que l’infime particule
D’un sentiment qui appartient
A ceux que tu n’as pas revus
A ceux qu tu n’as pas prévus
Tu veux pas réussir
Comme les autres
T’es sûr qu’il y a mieux
T’es sûr de trouver
T’es sûr qu’aimer n’est pas original
Un texte, très long celui ci aussi, écrit entre 1978 et 1979, je le publierai en plusieurs fois : son titre « tu t’en foutais d’être né… »

Tu t’en foutais d’être né
Dis tu t’en foutais
Tu rêvais pas
Ou tu t’en souviens pas
Et maintenant t’as peur
T’as peur
Et tu sais pourquoi
Le chaque jour de ta vie
Est un bagne de rêves
Et tu veux pas t’évader
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
Sors du foetus
Arrête de dire que t’es né
Pour ta liberté
Comprends qu’ils t’ont condamné
Comprends que le code t’a accouché
Pour que les lois puissent t’élever
T’en avais pris pour une vie
Et t’as cru t’échapper
T’as failli tout perdre parce que t’as cru être le plus fort
Arrête de dire que les autres ont tort
Parce qu’ils déracinent ton arbre de vérité
Arrête de conjuguer les autres à la troisième personne
Arrête de te déchirer sur leur indifférence
Criminelle
Un jour peut-être on parlera de toi au futur
Un jour peut-être…
Un inédit…

Elle sera longue la route de l’espoir
Il faudra partir aux belles aurores
Quand les restes d’une longue nuit
Balbutient la dernière rime du mauvais rêve
Il faudra rouler vers ce fauve là-bas
Aux mauves flaques qui se rêvent ornières
Au carrefour des haines rances
On ne ralentira pas
Rien ne passera
Elle sera là la dernière route du bel espoir…

Rêvons
Ô oui rêvons du risque de joie
Belle et bleue
Elle roule sur la vitre de mes oublis
Simple joie
Jaillit dans le soudain
Du tendresse matin
Regarde elle brûle et brille
Au coin mauve
D’un œil qui glisse sur nos restes de larmes
Odeurs de lilas
Aux angles durs des rancœurs de l’hiver
Rondissent en fleurant
Elle est là
Sautillante
Frissonnante
Fondue dans le brise chagrin
Du lourd glacier de nos mémoires pour demain
Pour participer à un concours de micro nouvelles j’ai retravaillé un ancien texte que j’avais écrit pendant le confinement. Je vous en livre la nouvelle version…

Ce matin Jules s’est levé en sueur.
« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! ».
Ces paroles ne le quittent pas. Elles sont là, résonnent, chantent au fond de son crâne douloureux.
Jules se souvient rarement de ses rêves. Mais ce matin, il sait, il sent, il ressent. Il est certain que ce sont des paroles qu’il a entendues cette nuit, dans son sommeil. Il lui semble reconnaître cette voix : une voix douce et gaie.
Il faut dire que Jules vit seul, et débute sa journée comme il l’a finie : dans le silence. C’est pour cette raison qu’il aime tant cette compagnie sonore, comme une caresse qui réconforte.
Tous les matins, depuis dix jours, il prend le temps de faire le tour de son appartement avec ce nécessaire regard d’explorateur, comme s’il découvrait à chaque fois, un territoire inconnu. Oh ce n’est pas très grand, mais il a suffisamment d’imagination pour s’inventer à chacune de ses tournées des aventures nouvelles. Il s’attend toujours à être surpris, à découvrir, qui sait, un coin encore vierge, dans une des quatre pièces de son logement. Intérieurement il sourit de sa naïveté : comme si les lois de la géométrie pouvaient à la faveur de ce confinement être bouleversées. Ce serait incroyable que je sois le premier à découvrir que dans certains rectangles, on peut trouver un cinquième coin. Pauvre Jules, il est seul et ne sait plus quoi inventer pour s’aérer, pour s’obliger à ne pas rester enfermé entre ces quatre murs. Quatre murs ? Il faudra peut-être que je recompte se dit-il ?
« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! ».
Toujours ce refrain qu’il entend, petite voix familière. Il a l’impression qu’elle se rapproche.
Après avoir traversé le long couloir – sans faire de pause s’il vous plaît- Jules se trouve désormais devant sa bibliothèque.
Il commence par un long moment d’admiration, presque de la contemplation. Il est vrai qu’il a un côté maniaque qu’il assume totalement. Il ne se passe pas de journée, en période normale, sans qu’il ne caresse les dos alignés de ses très nombreux livres. Il les bouge parfois, légèrement, souffle sur le dessus, persuadé que la poussière s’est encore invitée et va coloniser les pages.
Jules aime les livres, nous l’aurons compris. Et depuis le début de cet enferment imposé, Jules accomplit son rite plusieurs fois dans la journée. Nous ne sommes pas loin, reconnaissons-le, de l’obsession.
Bref, Jules après la longue traversée du couloir sombre et aride est là, raide et rigide, plantée devant les rayons de sa belle bibliothèque bien garnie.
« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! ». La voix semble se rapprocher.
Jules aime les livres bien sûr, mais Jules aime aussi les oiseaux. Il est même passionné ET aime les observer, les écouter, et surtout, par-dessus tout ce que Jules aime c’est quand ils s’envolent…
Nous avons donc compris, que comme Jules aime les livres et aime aussi les oiseaux, Jules a beaucoup, mais alors beaucoup de livres sur les oiseaux. Il arrive d’ailleurs assez souvent à Jules de dire que dans une bibliothèque les livres, sont en cage, et qu’il faut de temps à autre les libérer, ouvrir portes et fenêtres et les laisser s’envoler. C’est une image bien entendu ajoute t’il car n’oublions pas qu’il est maniaque et qu’il redoute par-dessous tout que ses livres ne lui échappent.
« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! ».
Soudain Jules comprend. Les livres, les oiseaux, la fenêtre fermée. Jules saisit un de ses livres. Il aime tant le feuilleter. C’est un grand livre sur les oiseaux de mer, à la couverture bleutée. Il caresse délicatement la couverture et l’ouvre, lentement, très lentement…
Il aime le doux contact du papier. Il frissonne. Les oiseaux sont là, figés. Mouettes et goélands, sont posés. Il effleure les plumes de papier glacé.
Jules ferme les yeux et entend la mer. Il l’entend et la sent. Sa main glisse sur la page. Il sent un souffle, une vibration, il connait ce livre. Les pages suivantes abritent l’albatros. C’est le plus grand, le plus beau. Un oiseau des océans qui ne se pose jamais. Jules hésite, pose son livre à plat sur la table se lève, ouvre la fenêtre, orientée plein ouest et retourne s’asseoir.
La page se tourne, dans un souffle. Jules entend le vent du large.
« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! ».
Jules calmé s’est endormi.
La page est tournée, l’oiseau s’est envolé.

C’est un matin au gris surpris
Je ne l’attendais plus
Au creux d’une nuit de songes soleil
Je riais à n’en plus rêver
De ces rideaux levés sur des mots enfants
Mots pirouette
Mots cabrioles
Qui bondissent rougissent
Te tiennent d’une main épuisée du sucre interdit
Je ne l’entendais plus
Ce long cri de ce toujours dernier jour
Enfoui sous les draps d’une mémoire oubliée

La norme et la beauté, n’en finissent jamais de se chamailler. Leurs désaccords sont profonds. Je vous laisse juger…
Beauté : Ce soir je suis heureuse, tellement heureuse, ce n’était pas simple mais j’y suis arrivée.
Norme : De quoi me parles-tu ? De ce gribouillis fumeux que tu es allée me poser sur cette horrible plage que je me tue à dissimuler.
Beauté : Gribouillis fumeux, horrible plage…Chère norme, as-tu bien regardé ? Mais je m’égare…Comment la norme peut-elle simplement regarder ? Tu n’es là que pour mesurer…
Norme : Quelle impertinente ! Beauté, mais as-tu simplement regardé, ces traces que tu as laissées ? Que va-t-on dire ? Où sont tes limites ? Quatre cheminées ! Et pourquoi pas un pétrolier !
Beauté : Un pétrolier, quelle bonne idée, et j’y ajouterai aussi un amandier, un parolier, un cabanon, un réservoir, et surtout, surtout, norme engourdie, un peu d’espoir…
Norme : Il suffit beauté, je ne peux tolérer de tels écarts, tu le sais !
Beauté : Je te comprends norme, je le sais, tu n’y es pour rien. Je te demande une simple petite faveur…
Norme : Je t’écoute beauté.
Beauté : Ferme les yeux. Pendant quelques instants, oublie ce qu’on t’a raconté. Attends bien quelques minutes et doucement, tout doucement, soulève tes lourdes paupières et là, je te promets, tu verras. Et tu vivras…
Un vieux texte écrit juste après les confinements liés au COVID, c’était une de mes premières sorties…

Il y a bien longtemps que norme et beauté ne s’étaient rencontrées. Il est vrai que l’une comme l’autre avaient pris soin sur les injonctions de la police sanitaire de prendre et surtout de garder de la distance. Mais ce qui devait arriver arriva et les deux rivales ont fini par se retrouver. La norme dont on sait déjà qu’elle aime tout contrôler a donc pris la décision de convoquer la beauté.
– Gardez vos distances beauté ou alors restez masqué. En aucun cas vous ne devez me contaminer.
– Ne vous inquiétez pas je resterai masquée et ainsi vous n’aurez pas à supporter mon sourire bucolique…
– Bien, ceci étant dit chère beauté, encore une fois quel besoin aviez vous d’aller vous compromettre en ce lieu que je vous ai déjà interdit. Un parking de supermarché, et pourquoi pas un immeuble désaffecté quand on y est ?
-Voyez vous madame la norme, contrairement à vous je n »ai aucun problème avec ces lieux dont on dit, je le sais, qu’ils sont laids. Je ne les méprise pas et surtout je ne les oublie pas et quand je le peux, je veux dire quand vous êtes occupée à rédiger vos règles académiques et surtout à les contrôler, voyez vous, moi je vis : tout simplement. J’ouvre les yeux, et quand je sens que mon cœur est léger, je cherche s’il me reste un peu de ces belles couleurs que vous gardez enfermées.
-Je vous entends, l’intention est bonne et je ne nie pas que vous faites ce que vous pouvez, mais à l’avenir quand vous vous égarerez dans un supermarché, je vous en prie faites une détour au rayon beauté !

En arrivant ce matin sur le quai de la gare, j’ai perçu un petit quelque chose de bizarre, d’anormal. D’abord une sensation physique : je respire… Oui c’est cela : c’est dans l’air ! La respiration est un vrai bonheur, subtil mélange de fraîcheurs et d’odeurs d’herbe coupée. Je me suis dit que dans le fond de l’air il y avait certainement un petit peu de bonheur, un tout petit peu. Alors j’ai souri, parce que le bonheur c’est pour fabriquer du sourire, sinon ce n’est qu’une escroquerie de plus.
Je souris et – c’est bien cela que j’ai ressenti comme inhabituel – la première personne que j’ai croisée, une habituée comme moi, souriait aussi, d’abord seule, pour elle, comme moi, et puis j’ai bien vu qu’elle me souriait. Elle qui tous les jours serrent les dents pour ne pas risquer d’être obligé de répondre à mon regard, aujourd’hui elle me sourit. Incroyable ! Je me dis que c’est un hasard, un heureux hasard, que ce matin, enfin, elle est contente, peut-être même heureuse. Elle est contente de cette journée qui s’ouvre, contente de ce qu’elle est, de ce qu’elle
fait. Tout simplement contente de vivre. Mais, je reste sur l’hypothèse du hasard. Quand j’arrive sur le quai je me dis que le hasard a beau bien faire les choses, là c’est quand même beaucoup, j’ai même pensé à un tournage : peut-être un film publicitaire sur le bonheur de prendre le train ou la joie d’aller travailler. Mais non je me trompe, je connais toutes ces silhouettes, je les croise tous les jours, certaines depuis des années. Et là, tout le monde sourit, il y en même qui parle, et mieux encore qui se parlent. Je n’en peux plus, ma joie déborde. Je vais enfin pouvoir dire bonjour à toutes ces compagnies du matin sans qu’elles ne se sentent agressées. « Bonjour, bonjour, bonjour » ! Je suis comme un rossignol, je sautille sur le quai, je suis empli d’un incroyable bonheur ferroviaire. Sur le quai d’en face il semble que ce soit pareil. Je m’emballe, je me dis que je vais enfin pouvoir parler avec cette jeune fille qui tous les matins, depuis trois ans attend au même endroit, qui monte avec moi dans le même compartiment qui descend dans la même gare. Je vais lui parler, tout simplement, elle va me répondre : je le sens, je le sais, je le veux. Je m’approche d’elle, d’abord un bonjour, puis un sourire, puis deux, ma bouche s’ouvre pour lui proposer une de ces insignifiances qui ce matin seront de vraies perles à conserver pour ce petit bonheur matinal qui nous a surpris en plein réveil. « Je, je …. » Et soudain, la terrible voix féminine de la SNCF, terrible voix si belle, si chaude si sensuelle, cette voix qui fige tout le monde sur le quai : « que va-t-elle annoncer, ce matin : encore du retard, une annulation, peut-être ? » « Votre attention s’il vous plait : en raison de la réutilisation tardive d’un triste matériel, le bonheur que vous respirez depuis ce matin, aura une durée indéterminée, nous vous tiendrons informé de l’évolution de la situation : en cas de difficulté à poursuivre votre voyage vers la morosité ferroviaire, veuillez-vous adresser aux agents les plus tristes sur le quai » J’ai baissé la tête, avalé mon sourire et comme tous les matins j’ai regardé le cadran de ma montre.

La plaine est sombre, elle se dilue dans la nuit.
Noirs, les arbres dressent à l’affût leurs silhouettes de bandits.
Un éclair lacère les ténèbres dans le lointain.
Il pleut à verse. Je suis seul au bord du chemin.
Noirs, les arbres guettent. On dirait des bandits
Décidés à te garder prisonnière de la nuit.

Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond. Ce monde est malade on le sait. Mais celles et ceux qui se disent à son chevet le sont encore plus. On parle, on glose, on discourt, on désigne, on accuse, on exécute. Les experts du clic compulsif ont l’œil vitreux du colporteur de haines. On s’indigne du presque rien et on oublie l’essentiel.
– Des êtres humains me dites-vous ?
– Oui bien sûr, ils sont partout, ils attendent…
– Pouvez vous me les décrire ?
– Les décrire n’est pas possible l’ami ils existent c’est tout…
– Je n’en connais pas, je n’ai pas le temps et il faudrait que je lève la tête.
– Et bien l’ami je vous invite à le faire.
– ….
– Oui là, comme ça c’est très bien parfait. Redressez vous, regardez autour il y a des vivants.
– Oui je les vois mais voyez vous on dirait qu’ils tournent en rond.
– Non l’ami ils ne tournent pas en rond, ils dansent. C’est tout.

Entre les bras noueux d’une nuit bavarde
J’ai attendu la longue promesse du beau matin
Elle attendait là à l’angle de nos sourires
Pour me raconter la douce histoire qui finit
Une fois n’est pas coutume j’avais envie de vous proposer la lecture d’un extrait de mon recueil de poémes « Mémoires filantes »…

Le ciel ?
Bleu, dites-vous ?
Un instant, je vous prie :
Je lève les yeux…
Silence…
Je cherche les mots :
Des beaux, des doux,
Des qui font du bien.
Où sont-ils ?
Perdus ?
Abîmés, oubliés, échappés,
Sur ma marge rouge
Un ou deux,
Se sont posés.
Regarde :
Ville brille et brûle.
Entends son chant fauve,
Voix brisée aux éclats de nuit
Elle les a attrapés.
Revenez, gémit-elle.
Je vous en prie,
Prenez ma main…
Allons,
Doucement,
Nous serons si bien.
A deux,
Il est déjà demain…

Au fond de mes poches,
Quelques miettes de ciel.
Dans le creux de ma paume pressée,
J’ai pris quelques cailloux mauves.
En riant les ai semés.
Une à une, bulles légères
Sautillent, pétillent
Dans long couloir sans écume
Foule sans sillage,
N’entend pas le chant du large.

Le jour se lève me dites-vous ?
Était-il donc endormi ?
Comment ?
Assoupi, simplement…
Tiens donc…
Étrange, n’est-ce pas ?
Je n’ai rien vu.
J’ai cherché, vous dis-je.
J’ai cherché sans un bruit,
Me perdant
Jusqu’aux bords mauves
De votre trop longue nuit
Et ne l’ai point rencontré.
Vous doutez ?
C’est tant pis :
Je n’irai plus déranger
Les belles couleurs de votre ennui…

C’était l’heure des sans amis
Penché vers un presque rien
Je voulais prendre ce chemin
Et rêvais d’y rencontrer les hommes
Aux doux regard paisibles
Qui rêvent de lendemains
Aux bords ronds et malins
J’ai marché jusqu’au dernier bout
Lointain
Oh si lointain
Elle était là
Seule et perdue
Vêtue d’une longue trainée de brume
Elle attendait en souriant
Je te savais
Tu le sais
Entre tes larges marges inventées
Je t’avais inventé

« J’attends longtemps. Parfois, je trébuche, je perds la main, la réussite me fuit. Qu’importe, je suis seul alors. Je me réveille ainsi, dans la nuit, et, à demi endormi, je crois entendre un bruit de vagues, la respiration des eaux. Réveillé tout à fait, je reconnais le vent dans les feuillages et la rumeur malheureuse de la ville déserte. Ensuite, je n’ai pas trop de tout mon art pour cacher ma détresse ou l’habiller à la mode.
« D’autres fois, au contraire, je suis aidé. À New York, certains jours, perdu au fond de ces puits de pierre et d’acier où errent des millions d’hommes, je courais de l’un à l’autre, sans en voir la fin, épuisé, jusqu’à ce que je ne fusse plus soutenu que par la masse humaine qui cherchait son issue. J’étouffais alors, ma panique allait crier. Mais, chaque fois, un appel lointain de remorqueur venait me rappeler que cette ville, citerne sèche, était une île, et qu’à la pointe de la Battery l’eau de mon baptême m’attendait, noire et pourrie, couverte de lièges creux.
« Ainsi, moi qui ne possède rien, qui ai donné ma fortune, qui campe auprès de toutes mes maisons, je suis pourtant comblé quand je le veux, j’appareille à toute heure, le désespoir m’ignore. Point de patrie pour le désespéré et moi, je sais que la mer me précède et me suit, j’ai une folie toute prête. Ceux qui s’aiment et qui sont séparés peuvent vivre dans la douleur, mais ce n’est pas le désespoir : ils savent que l’amour existe. Voilà pourquoi je souffre, les yeux secs, de l’exil. J’attends encore. Un jour vient, enfin… »
Une merveille, je le publie en deux courtes parties, il faut prendre de le lire, le relire, s’en imprégner comme d’un baume apaisant.

« J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j’admire les paysages, j’applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n’est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m’offense, je m’étonne à peine. Puis j’oublie et souris à qui m’outrage, ou je salue trop courtoisement celui que j’aime. Que faire si je n’ai de mémoire que pour une seule image ? On me somme enfin de dire qui je suis. “Rien encore, rien encore… ”
« C’est aux enterrements que je me surpasse. J’excelle vraiment. Je marche d’un pas lent dans des banlieues fleuries de ferrailles, j’emprunte de larges allées, plantées d’arbres de ciment, et qui conduisent à des trous de terre froide. Là, sous le pansement à peine rougi du ciel, je regarde de hardis compagnons inhumer mes amis par trois mètres de fond. La fleur qu’une main glaiseuse me tend alors, si je la jette, elle ne manque jamais la fosse. J’ai la piété précise, l’émotion exacte, la nuque convenablement inclinée. On admire que mes paroles soient justes. Mais je n’ai pas de mérite : j’attends.

On a tous un rêve de flaques
Longue et large
Petite mer des belles amitiés
Comme l’enfant insouciant
Au rire parfum d’océan
Les deux pieds joints
Tu sautes avec la jolie joie
Oui celle qui éclabousse
On rit on pleure
Il pleut on s’ébroue
Gouttes de pluie perlent de lui
Larmes salées parlent d’une si belle
Et je sème une suite de cailloux
Pour nos lendemains un peu fous

Jours de lenteur, jours de pluie,
Jours de miroirs brisés et d’aiguilles perdues,
Jours de paupières closes à l’horizon des mers,
D’heures toutes semblables, jours de captivité,
Mon esprit qui brillait encore sur les feuilles
Et les fleurs, mon esprit est nu comme l’amour,
L’aurore qu’il oublie lui fait baisser la tête
Et contempler son corps obéissant et vain.
Pourtant j’ai vu les plus beaux yeux du monde,
Dieux d’argent qui tenaient des saphirs dans leurs mains,
De véritables dieux, des oiseaux dans la terre
Et dans l’eau, je les ai vus.
Leurs ailes sont les miennes, rien n’existe
Que leur vol qui secoue ma misère,
Leur vol d’étoile et de lumière (1)
Leur vol de terre, leur vol de pierre
Sur les flots de leurs ailes,
Ma pensée soutenue par la vie et la mort

Quand l’aigre monde des gris haineux me donne la nausée
Quand les mots que j’aime s’écrasent comme de folles mouches
Sur les écrans des tristes verbeux
Quand les amnésiques du sourire pour rien
S’invitent au bal des hurleurs de laides morales
Quand on abîme les belles douleurs
Avec de rauques bavardages
J’ouvre sur la feuille blanche qui tremble
Une nouvelle fenêtre
Mes yeux se plissent vers ce loin paisible
Ils emplissent mon en-dedans
D’un doux parfum de fleur boisée.
16 février 2026

J’ai posé ma tête encore barbouillée
Des dérives d’une nuit colorée
Sur l’épaule douce du matin sautillant
Il était l’heure des parfums chantant
Aux quatre coins des belles lumières
J’ai vu l’œil d’une journée qu’on espère

Les jours rallongent…
Oui, c’est vrai, je le constate aujourd’hui encore, les jours rallongent. Pourquoi d’ailleurs ne pas se contenter de dire qu’ils sont plus longs où qu’ils s’allongent (même si comme moi vous aurez constaté que les jours, ou plutôt les journées continuent éternellement d’avoir 24 heures…). Pourquoi ajouter une fois de plus ce préfixe répétitif qui racle la gorge. Vous remarquerez d’ailleurs que je n’ai pas parlé de rajouter, parce que convenons-en, un ajout est bien suffisant et ne prenons pas le risque de sombrer dans le bégaiement. Rallonger, allonger, je m’interroge : après tout une allonge ou une rallonge ce n’est pas exactement la même chose. Quand on me parle d’allonge j’étire le bras et je pense aux boxeurs, et quand on me parle de rallonge je cherche une prise et je vois un câble électrique. Ce câble qu’on ajoute quand le cordon est trop court et qu’on veut éclairer avec une torche par exemple, un peu plus loin, là où il fait sombre. Et en effet dans ce cas on ne peut que constater que grâce à la rallonge on allonge le jour ou tout au moins on l’éloigne un peu, mais par contre on ne parvient pas à le faire durer plus longtemps car il arrive toujours un moment ou tout devient trop long (comme ce texte d’ailleurs ), un peu comme un long jour sans fin.
Mais une fois de plus je m’égare et la nuit bien qu’elle soit moins longue est déjà tombée.
Tiens tiens voilà autre chose, la nuit est tombée…

J’ai plongé la main,
Dans le fond mauve de ma poche à sourires.
Il y restait quelques miettes d’air marin ;
Dans le doux creux de ma paume de cire
J’entends, elles chuchotent un chant câlin.
Ô si beaux ces mots loin du pire.
Lavés, salés, à ma bouche les ai portés, comme le bon pain.
Les yeux j’ai fermés : la mer est entrée, elle a tant à me dire…

Dans l’erreur de déclenchement
Parfois l’incompréhensible beauté
Clin d’œil du hasard
Habillé de rien
Sorti d’un nulle part
Où le gris invite les mauves oubliés
A valser au son d’une fanfare de cuivres fous
Je sais des matins aux rires retenus
Qui attendent qu’on ne leur dise rien

Lorsque j’écris, sur le papier, avec un stylo-bille des plus commun, je ressens très fort la sensation de l’écriture. C’est un acte physique, qui laisse des traces. Et je me souviens alors de cette toute première phrase que j’avais écrite il y a quarante six ans lorsque je décidai d’écrire un roman, mon premier roman, première pierre d’un chantier qui ne s’est jamais fermé, même dans les pires moments, ceux où l’inspiration est ballottée dans les intempéries de la vie.
Je me souviens, j’avais 19 ans et j’écrivais : « J’ai la tête qui bourdonne, les mains moites. Mes jointures gardent en mémoire les arêtes du stylo. »
En ce moment, presque tous les soirs mes doigts gardent en mémoire les arêtes de mon stylo.

Non ne lève pas les yeux
Ils te fabriquent du demain noir
Oiseaux lourds
Accrochés aux branches maigres et nues
D’un arbre qui attend un bel envol bleu

Écoutez peuple des riants
C’est la marée lasse du soir tombant
Partout le bruit des roulettes
Sur le chemin des partants
On se presse on s’attend on s’éprend
Ils sont loins nos beaux rires d’enfants

Il arrive que le temps soit à la contemplation
Simple inattendue fraîche
Elle débarque sans crier sur les rives des matins communs
Et les soupirs de l’impatience sont apaisés

Fin du jour
Lumière bleue métallique
Dans l’angle lourd
Pâle envie d’Amérique
Bouillon de silences
Traîne un sac à mots rances
Brouillon de rimes en fête
Entends les cris qu’on répète
Au bord du soir chante danse espère
Et grincent grands oiseaux de fer

Traverser en douceur les épaisseurs de l’attente
Respirer les bras ballants ce bel air apaisé
Mes rêves pour demain sont en sursis
Un souffle d’enfance soudain a sautillé
Espoir en garde à vue qui s’étire

Derrière le souffle court du matin qui danse
J’entends la mitraille des gouttes pressées
Elles houspillent le morne silence
Les pluies d’automne ont commencé
Il faudra rentrer les rires insouciants
Les bonnes nouvelles ont perdu leurs couleurs d’été
Il est l’heure des épaules rentrées et des regards fuyants
Il pleut partout dans ce monde fatigué
Il est toujours préférable de faire vivre les libraires indépendantes, c’est la raison pour laquelle je vous invite, si vous souhaitez commander mon recueil de poèmes, à privilègier le site « chez mon libraire »


Les souvenirs de ceux qui n’ont plus de maison
Se traînent dans les bars ou sur les autoroutes
À cent soixante à l’heure, ils se tirent et s’en vont
À cent soixante à l’heure, tu choisis pas ta route
Tu choisis pas ta route
Cette machine à écrire qui tape un manuscrit
Ce manteau qui sourit et qui me tend les bras
Cette valise où mon âme est pliée sans un pli
Cette bougie qui meurt et qui n’en finit pas
Ce papier que noircit une lettre d’amour
Ce crayon malheureux et qui a mauvaise mine
Ce miroir qui me parle et la nuit et le jour
Jusqu’à l’ultime jour, jusqu’à l’ultime nuit
Les souvenirs de ceux qui n’ont plus de maison
Se traînent dans les bars ou dans le fond d’un lit
A cent soixante à l’heure, ils se traînent et s’en vont
S’en vont à cent soixante, à la mélancolie, à la mélancolie
Ce parfum qu’on oublie dans le bruit des odeurs
Cette larme qui coule et qui sèche à ton bras
Ce bijou qui s’ennuie au cou de ton malheur
Cette gorge qui s’ouvre et qui n’en finit pas
Ce matin qui s’ébat dans l’horreur de la vie
Cette ombre de la brume où se perd la mémoire
Cette conscience au bout de ce qui t’est permis
Ce désespoir enfin qui s’invente une histoire
Ils s’en vont, ils s’en vont, les souvenirs cassés
Ils s’en vont, ils s’en vont, les souvenirs… Allez
Comme des chiens perdus qu’on ne reconnaît plus
Si ce n’est à leur queue, un tremblement de larmes
Un tremblement de larmes
Ils pleurent tous ces chiens qui s’en vont l’arme basse
Dans le fond de la brume, on les voit divaguer
Quelquefois, ils s’en prennent à leur ombre et demain
Des soleils amoureux leur lècheront la face et la mélancolie
Ils pleurent tous ces chiens qui s’en vont l’arme basse
Dans le fond de la brume on les voit divaguer
Quelquefois, ils s’en prennent à leur ombre et demain
Des soleils amoureux leur lècheront la face et la mélancolie
La mélancolie, mélancolie.

Aux fossoyeurs des beaux espoirs
Nous dirons que leur temps mauvais est passé
Nous les renverrons dans les brunes fosses
D’une obscure plaine aux lisières du chaos
Nous brûlerons à la vive flamme de nos étreintes
Leurs haines acides traces de leurs rances rancœurs
Enfin loin de nos rêves de matins jolis
Ils ne seront qu’ombres futiles d’un passé réparé
Et reviendront l’envie de chanter
L’envie de s’étreindre de s’aimer
Et reviendront les douces caresses de l’espoir retrouvé

Sur l’eau, quelques rides de lumières,
Le matin léger s’étire sur le fleuve.
Au loin la rumeur de la ville,
Comme un bruit qui s’éveille.
On s’étire, le silence se respire.
Il fait frais, on sourit.
Le jour se lève.
C’est beau,
La nuit s’est retirée,
Discrètement, le port l’a avalée.
Le soleil est là, on le sent.
On l’entend.
Chaque couleur s’est préparée,
Dans le matin léger,
Ses ailes lissées le fleuve a déployé.

Il est grand temps de mettre les haines en sourdine
On essaiera ensemble de rappeler le silence
Sous les drapeaux du parler beau
Il faudra essuyer les traces des grises peurs
Mettre le haut sourire au garde à vous
On écoutera les mots du vieux poète dégradé
Il nous dira de brûler les armes
Au pied mauve d’un mât aux rimes hautes
Les poches s’empliront des cailloux semés
Il y a longtemps sur le long chemin
On retrouvera l’odeur épaisse et mouillée
D’un papier froissé par le trop de larmes versées
Du bout des doigts glacés
On fleurera la fine paume retrouvée
D’un visage apaisé
Il sera temps enfin d’aimer…

Regarde
Oh oui regarde
Lève les yeux
Oublie
L’ombre épaisse des mauvais rêves
De tes nuits agitées
Glisse
Penche-toi en riant
A la fenêtre des absents
Regarde
Oh oui regarde
La lumière est si belle
Elle s’étire doucement
Entre les tendres bras
Du matin des amants
Ecoute
Oh oui écoute
Tu l’entends te dire
Je t’attends…
Je relis la peste de Albert Camus, ce passage est sublime…

Les fleurs sur les marchés n’arrivaient plus en boutons, elles éclataient déjà et, après la vente du matin, leurs pétales jonchaient les trottoirs poussiéreux. On voyait clairement que le printemps s’était exténué, qu’il s’était prodigué dans les milliers de fleurs éclatant partout à la ronde et qu’il allait maintenant s’assoupir, s’écraser lentement sous la double pesée de la peste et de la chaleur. Pour tous nos concitoyens, ce ciel d’été, ces rues qui pâlissaient sous les teintes de la poussière et de l’ennui, avaient le même sens menaçant que la centaine de morts dont la ville s’alourdissait chaque jour. Le soleil incessant, ces heures au goût de sommeil et de vacances, n’invitaient plus comme auparavant aux fêtes de l’eau et de la chair. Elles sonnaient creux au contraire dans la ville close et silencieuse. Elles avaient perdu l’éclat cuivré des saisons heureuses. Le soleil de la peste éteignait toutes les couleurs et faisait fuir toute joie.

J’ai posé le pied sur une flaque de pluie
Pas de flic
Pas de floc
Un son sec qui choque
J’ai glissé sur une flaque gelée
Fini l’éclabousse
Ça craque
Ça claque
L’hiver est à nos trousses

Entends le mot à mot
Du vieux mur de pierres
Écoute cette histoire d’hier
Écoute ces chants du lève tôt
Avance et ne dis rien
Ne sèche plus tes larmes
Ton rire vit le dernier drame
Tout est fini il ne sera plus demain

Rien ne sort
C’est le calme plat
Pas une rime pas une ride
A la surface d’une mer sans brume
Page blanche
Nuit grise
Demain peut-être