Carnets… inédit

Il faudrait lancer une ligue de protection des mots

Veiller à ce que certains d’entre eux ne disparaissent pas,

Car ils sont si beaux, si doux à prononcer.

Flacon, bulbe, balbuzard, bouille, sont de ceux là…

Il faudrait aussi que les mots puissent donner leur consentement

Avant d’être abîmés par les requins de la finance et du profit !

Orange, Total, amazone, où êtes-vous ?

Je ne vous reconnais plus.

Ils vous ont fait tant de mal…

30.10.2026

Matinales, inédit…

Il y a ce juste silence

Qui me souffle les jolis mots

Si souvent cachés

Enfouis sous la laine tissée

Ils attendaient

Ecoute les étirer leurs ailes fripées

C’est fini ils n’ont plus peur

Pour ce bel aujourd’hui…

Aggripe-toi ! inédit…

Bright green ivy growing along a weathered stone alley wall
Bright green ivy brings life to the weathered stone walls of a narrow historic alley.

Derrière les hauts murs des noirs demains annoncés

De petites fentes

Sourires grimpants

Cherchent la lumière des hommes enfin réveillés

Regarde ce lierre aux sauvages espoirs

Il t’attend

Agrippe-toi…

Matinales…

Au bout des longues nuits de béton

Pour que les  vagues promesses ne  s’essoufflent

Il faudra ouvrir les yeux

Vite

La lumière sera belle et brève

Et nous entrerons dans la pleine mer

Matinales

Face à l’océan sur la côte de Porto

Et nous tiendrons la barre

Face aux vents des mauvaises haines

Nos rêves ont le souffle mauve des belles utopies

Il nous reste tant à espérer

Il pleut…inédit…

Il pleut

Il pleure

Si rondes et belles les gouttes

Si blondes et seules les larmes

Et la rosée rit de ses clins d’œil

Caresse

Tendresse

Le regard gris nous brûle

Aux angles bleus de nos yeux noyés

Derrière un ciel à la rime réveillée

Les mots jaillissent

Et derrière un soleil peut-être

Enfin reposé

07.10.2026

Je poursuis la lecture de mon vieux texte et en profite pour vous rappeler que j’ai « sorti » mon premier recueil de poèmes il y a quelques mois aux éditions #Bod il est possible de se le procurer sur toutes les plateformes https://www.fnac.com/a22580863/Eric-Nedelec-Memoires-filantes #poesiefrançaise #poesie #poetesses #autoedition https://www.instagram.com/reel/DeJeV7JRyJp/?stkn=MTB6YzRnMnA3aWJzaA==

Laissez les vagues en paix…

Mes Everest, Fermando Pessoa

Parfois, en certains jours de lumière parfaite et exacte,
où les choses ont toute la réalité dont elles portent le pouvoir,
je me demande à moi-même tout doucement
pourquoi j’ai moi aussi la faiblesse d’attribuer
aux choses de la beauté.


De la beauté, une fleur par hasard en aurait-elle ?
Un fruit, aurait-il par hasard de la beauté ?
Non : ils ont couleur et forme
et existence tout simplement.
La beauté est le nom de quelque chose qui n’existe pas
et que je donne aux choses en fonction du plaisir qu’elles me donnent.
Cela ne signifie rien.
Pourquoi dis-je donc des choses : elles sont belles ?

Oui, même moi, qui ne vis que de vivre,
invisibles, viennent me rejoindre les mensonges des hommes
devant les choses,
devant les choses qui se contentent d’exister.

Qu’il est difficile d’être soi et de ne voir que le visible!

Porto…

Quelques jours à Porto L’inspiration revient avec les belles couleurs et la beauté de cette ville #porto #portugal #poesie #couleur #port https://www.instagram.com/reel/Dd51IL9RQ0s/?stkn=dGYxZGpyZ2RjbXBp

La tache sur le front, Fin

En fin de journée, un commandant de la police judiciaire est autorisé à l’interroger.

  • J’aimerais que vous parliez du soir de l’accident, si vous avez des souvenirs bien sûr…
  • Je ne me souviens pas de l’accident, ni de ce qui a suivi. La dernière image que j’ai en tête c’est Héléna, mon Héléna. Je suis descendu au sous-sol et n’ai vu que ses jambes magnifiques qui sortaient de dessous la voiture. Elle a sursauté quand je lui ai demandé ce qu’elle faisait. Elle m’a répondu qu’elle vérifiait l’état des plaquettes de frein. On devait partir le lendemain, elle a insisté pour que je retourne au garage pour les remplacer. Quand elle m’a embrassé, je l’ai trouvée très belle, avec cette tache de cambouis sur le front. Je l’aime tellement, je suis incapable de la contredire. Vous savez, elle est très douée en mécanique, j’ai confiance en elle, je suis parti. Après, c’est le trou noir…

Il est 18 heures. Jeanne accompagne Héléna au parloir. Toute la journée, elle a revécu ses derniers moments avec Antoine, avant l’accident. Elle se souvient avec douleur de l’arrivée de la police qui vient la prévenir, et ces questions sur ces maudites tâches de cambouis… Elle n’a pas compris ce qu’ils cherchaient. Elle était anéantie : Antoine était dans le coma, sa voiture a quitté la route, et s’est encastrée contre un pylône.

Son avocate est installée derrière le petit bureau, les traits tirés, l’air soucieuse.

  • Bonjour Héléna, je vous en prie, asseyez-vous.
  • Bonjour Maître, dites-moi vite ce qui se passe, je ne comprends pas, j’aurai dû sortir aujourd’hui, non ?
  • Héléna, vous vous souvenez, je vous ai dit hier matin qu’Antoine était sorti du coma…
  • Oh oui, je suis tellement heureuse, deux bonnes nouvelles le même jour. Sortir c’est déjà incroyable, mais le revoir, c’est magnifique, je vais pouvoir m’occuper de lui.
  • Héléna, tout ne s’est pas passé comme on l’aurait souhaité. Antoine a en partie perdu la mémoire, mais se souvient parfaitement des derniers instants que vous avez passés ensemble.
  • C’est normal, il m’aime tellement !
  • Attendez, ce n’est pas si simple…
  • Mais, on lui a dit que j’étais incarcéré ? On lui a expliqué ?
  • Les médecins auraient souhaité qu’il ne soit pas mis au courant tout de suite, mais son jeune frère n’a pas pu s’empêcher de tout lui raconter…
  • Et comment il a réagi ?
  • A votre frère, apparemment il n’a rien dit. Malheureusement, là où tout bascule pour nous, c’est quand la police judiciaire l’a interrogé…
  • La police judiciaire ?
  • Oui, Il a expliqué, visiblement avec des larmes dans les yeux, que vous étiez son dernier souvenir. Il est descendu au sous-sol où était sa voiture, pour retourner au garage. Vous lui aviez demandé d’aller faire changer les plaquettes. Il est entré et a vu vos jambes qui dépassaient de dessous la voiture. Vous avez sursauté, et quand vous êtes sortie vous lui auriez dit que vous vouliez vraiment vérifier que les plaquettes étaient usées.
  • Mais, il n’y a pas besoin d’aller sous la voiture pour vérifier les plaquettes ! Il n’y connait rien…
  • Justement Héléna, justement…

La tache sur le front, 2

Antoine est sorti du coma hier matin. Depuis six semaines, il est plongé dans ce profond sommeil. Surprenant comme réveil ! Ils sont plusieurs autour du lit, à l’observer, à poser des questions, comme s’il était un enfant, comme s’il était sourd. Il comprend vite qu’ils cherchent à vérifier s’il se souvient :  qui il est, que lui est-il arrivé ?  Bien sûr qu’il se souvient. Il a la bouche pâteuse mais les idées claires.

Il se souvient. Héléna son épouse, qu’il a tant aimée. Héléna qui ne se doute de rien, Héléna qui n’a aucun soupçon quand il lui explique qu’il faut qu’il retourne au garage, pour faire changer les plaquettes. Demain, ils doivent partir en vacances. « Il ne faut pas rigoler avec les freins » lui a dit son patron. Il travaille dans ce garage depuis deux ans. Il est comptable, la mécanique ce n’est pas son truc, il n’y comprend rien.

Il se souvient, Héléna avait insisté auprès d’Edouard, le propriétaire du garage pour qu’il soit embauché. Elle le connaissait bien, pendant plusieurs années elle a été sa copilote et sa préparatrice, quand ils étaient engagés dans le championnat de France des rallyes.  

L’année dernière, il est tombé follement amoureux de Julie la femme d’Edouard. Il n’aime plus Héléna. Il va la quitter, il faut qu’il lui dise. Parfois il se prend à fantasmer : si elle avait une maladie grave, un accident, tout serait résolu, il ne serait pas obligé d’avouer. Ou si elle était enfermée en prison…

Les médecins sont partis. Jules, son frère est seul avec lui. « Il faut le ménager, il est encore faible. » Mais Antoine veut savoir.

  • Dis-moi comment va Héléna ?

Jules hésite.  

  • Tu sais, Antoine, elle est en détention provisoire. On l’accuse d’avoir saboté ta voiture. L’expert prétend que l’écrou de la barre de direction a été dévissé. Ils n’ont aucune preuve, mais des présomptions, comme ils disent. Quand on est venu prévenir Héléna de l’accident, elle avait une tache de graisse sur le front. Elle a expliqué qu’elle venait simplement de changer les roues de son véhicule.
  • Oui, c’est vrai, elle en avait parlé…Comme c’est la fin de l’hiver, elle a monté les pneus été. Elle avait les mains sales et tu la connais elle se touche toujours le bout du nez… D’où la tache…
  • Oui, mais ils doutent…Ils font une fixette sur cette tache sur le front et l’expert est formel. Pour se tacher à cet endroit précis, il faut être passé sous la voiture. Il a même poussé le vice à faire la démonstration.

Antoine ne dit rien. Jules est inquiet.

  • Mais je te rassure elle sort demain, l’expert a finalement conclu que si l’écrou avait été dévissé chez toi, tu aurais dû avoir l’accident à l’aller et pas au retour du garage. Il reste à savoir qui a pu faire ça ?

Antoine réfléchit. Il a peu de temps devant lui, elle va sortir, demain elle sera à son chevet. L’idée lui est insupportable. C’est Julie qu’il veut revoir. C’est avec elle qu’il veut vivre.

  • Et au garage, comment ça se passe ?
  • Ça ne va pas fort, je crois que ton patron déprime, il serait endetté et le pauvre, sa femme l’a quitté. Le jour où tu as eu l’accident, elle venait de lui apprendre qu’elle avait rencontré quelqu’un…

Antoine sent qu’il a une chance, une fenêtre de tir très courte. S’il joue la comédie, on le croira. Il pourra se débarrasser de deux obstacles en même temps.  

La tache sur le front…

Voici une nouvelle que je vous propose en trois parties aujourd’hui, n’hésitez pas à me faire part de vos retours…

Hier encore, elle rêvait de ces retrouvailles. Six longues semaines… Elle avait eu le temps de se préparer et attendait patiemment. Elle n’a jamais compris pourquoi elle était incarcérée. Ils finiront par admettre que c’était une injustice.

Son avocate a pris le temps de lui expliquer : on ne pouvait pas « encore » parler d’injustice, tout simplement parce qu’elle était en préventive, et présumée innocente. Héléna n’a pas compris ces subtilités juridiques mais reste confiante car elle n’a rien à se reprocher. Ces derniers jours, l’enquête a progressé. Les conclusions de l’expert en mécanique ont convaincu la juge d’instruction qu’il est inutile de la garder en prison.

Ce matin, lorsqu’elle entend le bruit de la serrure de sa porte de cellule, son cœur s’emballe. Elle navigue entre joie et soulagement et ne doute pas. Plus rien ne pourra empêcher leurs retrouvailles. Elle sera enfin à ses côtés, pour sa convalescence.

Héléna est tellement concentrée sur cette future tranche de bonheur qu’elle dégustera dans quelques minutes, qu’elle ne se rend pas compte que Jeanne, sa gardienne préférée, est mal à l’aise. Elle reste figée devant la porte.  Héléna est habillée, maquillée, et tient dans les mains son carnet intime et le cadre photo, hier encore, posé sur la petite table. Jeanne est embarrassée, ne sait pas comment lui dire.

  • Bonjour Héléna, tu te souviens que tu as rendez-vous avec ton avocate, ce soir à 18 h 00 ?
  • Ah bon… J’ai rendez-vous ? Non je ne m’en souvenais pas…Où dois-je la rencontrer ? Elle ne m’a rien dit la dernière fois et je ne suis pas sûre qu’elle m’ait laissé une adresse…

Jeanne a un petit rire gêné. Elle réalise qu’Héléna ne sait rien. Elle n’est pas au courant du rebondissement de la veille. Elle ne dit rien, ne s’en sent pas le courage. Alors elle continue sur le ton de l’ironie.

  • Mais Héléna, tu dors encore ? Où veux-tu que ce soit ? Au parloir, comme d’habitude…

Au parloir ? Héléna ne comprend pas. Elle sait que les sorties sont souvent en fin de matinée, rarement en début d’après-midi, mais jamais après 18 h 00. Elle ne sait pas quoi penser. Jeanne est pressée de repartir.

  • Bon, et bien, à ce soir Héléna, je viendrai te chercher. Passe une bonne journée !
  • Merci Jeanne, à tout à l’heure…

« Passe une bonne journée », cette dernière phrase lui fait mal. Assise sur son lit, elle s’est pris la tête entre les mains. Elle n’est pas folle : hier, elle a dit au revoir à tout le monde. Jeanne était là. Elle l’aime beaucoup, Jeanne, elle sait qu’elle aussi trouve anormal qu’on la garde prisonnière, même si c’est en préventive, comme répète l’avocate. Elle était heureuse pour elle, et lui a souhaité plein de belles choses.

C’est impossible, ce doit être une erreur. Tout ne peut pas être remis en cause, comme cela, en une nuit. Ce rendez-vous avec l’avocate n’était pas prévu, elle en est certaine. Il s’est passé quelque chose, qu’on ne pouvait pas prévoir. Héléna est impassible, d’un calme surprenant, elle garde espoir, se dit que ce n’est rien. « Comment ils disent déjà ? Oui, c’est cela, je me souviens :  il doit s’agir d’un vice de procédure, il doit manquer un papier, une signature… » Elle doit rester sereine, elle s’affole certainement pour un rien. Elle en saura plus ce soir, ça fait six semaines qu’elle attend, elle peut encore patienter une journée.

Son rendez-vous est à 18 h 00 : encore huit heures à tuer… A tuer, quelle drôle d’expression, quelle curieuse façon de parler du temps qui passe… » Elle pense à Jeanne, elle était bizarre, comme si elle cachait quelque chose…

Lecture du soir…

Flash…

Ne me dites plus qu’il fait beau

Lorsque le soleil étouffe sous une blanche lumière

J’attends de lourds nuages

Emplis de gris espoirs de pluie

J’attends les yeux qui se plissent

A chercher les signes d’un meilleur demain

Flash marin, inédit…

Et si la mer un soir nous disait que cela suffit

J’entends son souffle rauque de bête blessée

Elle tempête

Elle écume de colère

Ecoutez ce qu’elle nous dit  

Cessez de m’abîmer

De me mentir

De m’utiliser pour vos caprices de voisins gâtés

Cessez de me salir

De me recouvrir de vos boîtes à rêves de plastique

Ce soir je n’en peux plus

J’ai mal jusqu’au cœur de mes vagues grises

J’ai soif de chants d’oiseaux marins

Eux aussi vous me les avez volés

C’en est trop vous m’avez réveillée…

18.09.206

Et demain ce sera comment ? Inédit…

Et demain ce sera comment ?

Demain il y aura des peut-être à l’angle des certitudes

Demain les doutes se rencontreront à la table des censeurs

Ils se prendront par la main en tremblant de stupeur

Ils diront que rien n’est écrit dans le béton armé de nos folies

Demain j’attendrai le chant des bonnes nouvelles

Demain je prendrai le temps de fabriquer de beaux espoirs

Demain j’écrirai sur une page blanchie à la poussière de mémoires

Demain je te raconterai…

Matinales, inédit

J’attends toujours ce lent lever de rideau

Sur une scène lavée de toutes mauvaises haines

Les mots dits seront lisses et ronds

On se lèvera de nos sièges tendus de tristes nuits

Et tout notre corps endormi vibrera

A la corne de brune brume de l’espoir revenu

14.09.2026

Matinales, inédit…

Qu’elles sont belles ces promesses de pluie

Qu’ils sont beaux ces nuages du presque haut

J’ai la feuille qui tremble et sourit

Regarde mes mots ils babillent le gris

Panne sèche…

Oui c’est la panne sèche, cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vécu cela. Ma page qu’elle soit de papier ou numérique reste désespérement blanche. Les mots ne viennent pas, où alors je sens qu’ils se forcent et cela ne me convient pas. Je crois que cette panne d’inspiration est quand même un peu liée à cette lumière inexorablement uniforme, non vraiment le soleil ne m’inspire plus. Heureusement que j’ai des réserves, donc je « re »publie beaucoup. Désolé

Vivement la brume, et quelques nuages qui me réveilleront peut-être…

05.09.2026

Une journée d’automne… inédit de 1980…

Vieux texte écrit il y a quarante ans…

C’était une journée d’automne qui se terminait par petites flaques, sur le pavé gluant. Plus rien n’avait l’odeur du neuf. Dans chaque grain de poussière, dans chaque molécule de vie, un parfum de moisissure tirait des larmes aux passants du soir. Dans les yeux de ceux qui se croisaient, il y avait cette lueur de désespoir, si vraie, si dure, si fatidique, si irréversible. Comme si…

Comme si la destinée de chacun était contenue dans ce bruit, sourd et continu, bruit qui m’arrache encore des larmes tant il est dur de se sentir glisser sur des pentes où l’amour n’existe plus que par pointillés jaunâtres. Le ronflement de l’alentour produisait comme un halo de brouillard, mais il m’étouffait plus que n’importe quel autre, il m’étouffait en dedans, il me bouffait mon printemps qui à cette heure-ci n’était pourtant encore qu’inscrit en marge, en attente de frénésie, en attente d’irréel…

Matinales, inédit…

Une larme froissée a glissé

Entre les vides d’une pâle nuit

Qui pleure le souffle frais

D’un si loin novembre

Demain l’air brûlera à nouveau

Sur la longue plaine des mortes peaux

Le pas sera lent la langue lourde

Les mots poisseux attendront la vraie rosée

Des doux matins frissonnants

25.08.2026

Matinales…inédit

Nuits trahies

Fraîcheurs en exil

Matins poisseux

Molle moiteur

Retour de flamme

De l’étoile adorée

Sur nos folles insouciances

De nos belles jeunesses

J’ai un rêve de bleu glacé

Dans un champ de rudes braises

J’attends la goutte promise

Pour te dire en riant

Regarde demain

Il pleurera beau…

19 août…

Matinales… inédit

J’étire une longue traîne de nuit

Sur un fil tendu entre deux pages blanches

Un souffle de bel espoir glisse sur la toile

Un a un les tendres mots s’éveillent en plissant

26.05.2026

Tribune matinale…

Un jour il sera trop tard

Le pire campera sous nos fenêtres closes

Gorges serrées par le regret

On évitera le regard des perdus

On dira qu’il aurait fallu

Qu’on aurait du

Qu’on aurait pu

Apprendre à écouter

A entendre

A comprendre

Ne rien dire d’inutile

Construire des libres pensées

Avec les mots justes

Les mots oubliés

Les mots réparés

Mots qui ne blessent plus

Prendre le temps du silence

Ne plus nourrir les haines rances

Ne plus se prendre pour l’unique

Celui qui sait

Celui qui juge

Celui qui condamne

Celui qui exécute

Au nom d’une triste morale

Celle qu’on brandit

Celle qui dégouline de nos aigres babines

Demain il sera encore temps

Pour que le pire baisse les bras

24.07.2026

Matinale, inédit…

Aprés une longue interruption, je reviens tout doucement…

Le matin du presque peut-être se prépare

J’attendrais que tu murmures qu’il est l’heure

L’heure d’enfin ne rien dire

L’heure de la pleine belle marée

L’heure du souffle bleu sur ta peau frissonnante

Le temps ne s’écrira plus en chasse seconde

Les cris au loin seront des appels en absence

Sur les façades grises des taches de tristes mauves

Je prendrai un sac léger

Une réserve de rires d’enfants

Quelques feuilles aux marges envolées

Et j’écrirai l’espoir qui revient…

23.07.2026

Petit matin d’été…

Lever de soleil sur le Pilat : juillet 2018

C’est un tout petit matin ordinaire,

Dans la douce lumière qui s’éveille,

De rimes en rimes le soleil me tire du sommeil.

C’est un tout petit matin d’ici ,

Les premiers rayons au jaune si  pâle

Sur la crête s’étalent.

Plus loin , la nuit qui s’étire  a résisté.

Dans l’ombre fraîche du matin,

La pénombre s’est noyée.

Pas un bruit, pas un souffle ,

La chaleur a tout figé.

C’est un petit matin d’été ,

Timidement aux portes de la beauté, il a frappé.

C’est un matin d’été,

Sans parler je l’ai regardé,

Dans un sourire je l’ai aimé.

Flash du Nord…

Sur la longue route du Nord

Je traquerai la naissance de l’ombre

Sur le rude chemin des pierres sombres

Entre les flaques de grises lumières

Je cueillerai une herbe folle

L’accrocherai au pli de ton œil étonné

Au sommet du presque soir tombant

Je soufflerai la flamme d’un soleil vacillante

7 juillet 2025

Matinale norvégienne…

Ne reste jamais en béatitude figée

Face aux images imposées des guides vitrines

Ose le pas de côté

Choisis de pousser la porte cachée

De l’arrière-salle oubliée

Ouvre ton œil de l’en-dedans

Et tu entendras la rime bleue

D’un presque entre-deux

D’un vent au rire d’enfant…

4 juillet

Matinale norvégienne…

Choisir quelques mots frissonnants

Les regarder s’arrondir sous le vent

Les écouter se parler de la mer

Sur la ligne aride du cercle polaire

Il est l’heure du souffle heureux

Et les mains trembleront à deux

28.06.2026

Matinale norvégienne…

Les couleurs pour touristes ont capitulé

Plus de souvenirs en rimes glacées

La bataille du gris est gagné

Mer et ciel sont embourbés

Dans leurs étreintes d’une presque brume

Et ma plume j’ai trempé

Dans le trop plein d’encres salées

26.06.2026

Matinale norvégienne…

C’est le long matin du gris

Sur la palette de la longue nuit

Les couleurs assoupies

Entendent le sourire du levant

Ecoute

Il chante la rime du doux vent…

25 juin

Matinale norvégienne…

Quelques images d’un magnifique voyage

A mon retour j’aurai de nouvelles  sources d’inspiration…Je vous en partage quelques unes

Clin d’œil de Norvège

#poesiefrançaise #poete #norvège #voyage https://www.instagram.com/reel/DZuMq8jNv7b/?igsh=aWk3a2Jxeno5MW0w

Un long voyage…

Je pars pour un mois pour un long voyage en Norvège. Je serai moins présent sur ce blog mais ferai le plein pour ma réserve a images et à mots…

A bientôt

Flash…

Remontés d’un gouffre d’injuste silence

Des mots vides s’échappent

Pâles fumées

D’un lourd ragoût de paroles rance

Oh il suffirait d’une pincée de belle larmes

Pour que sur tes lèvres pincées

Se posent trois gouttes de belles rimes…

6 juin 2026

Flash, inédit…

Ce sera un lendemain fragile

Nous regarderons ensemble l’agonie du pire

Les hommes prendront la main des oubliés

Ils sècheront les dernières larmes cachées

Les nouvelles ne se liront plus gorges serrées

Elles se poseront avec douceur

Au bord des lignes vides des espoirs à construire

On entendra dans le loin pays

Des baisers qui claquent

Des baisers pour le long presque rien

Ce sera un demain aux courbes agiles

J’entrerai dans le vide de mes angoisses amies

Au son des belles claquettes

Ce sera un demain pour se toucher

Un demain pour se serrer

Un demain pour espérer

02.06.2026

Matinales… inédit

J’étire une longue traîne de nuit

Sur un fil tendu entre deux pages blanches

Un souffle de bel espoir glisse sur la toile

Un a un les tendres mots s’éveillent en plissant

26.05.2026

Il manquait un voyageur…

La nouvelle que je lis avait remporté le prix des lecteurs en 2020 sur le site Short Edition

Mes Everest poétiques : le bateau ivre…

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmés lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

…Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

Braises du midi…

Georgetown, Malaisie mai 2019

Dans le brasier d’après-midi

La ville est assoupie,

La chaleur écrase tout.

Elle s’étire, lente et humide,

Plus rien ne bouge,

Mercure en folie.

Les corps lourds et moites,

Inventent des ombres

Il se parlent de fraîcheur.

Dans la lumière si blanche,

Les couleurs éclatent,

Les regards cherchent le mauve,

Douce couleur qui apaise,

Des rouges incandescents,

Les souffles sont courts,

Dans l’air, des bouquets d’épices,

Une odeur de terre mouillé,

C’est la Malaisie.

Demain…

Sur la molle ligne d’un presque départ

Quelques ombres s’agitent

Devant le miroir grisant des singes savants

Les mots ruissellent

Taches de vieilles et rances graisses

Abiment tous nos beaux printemps

5.05.2026

Matinales attendue, inédit…

Sur la vitre de nos sales peurs

Coulent des larmes au sel piquant

De la belle franche main

Des encore frères humains

Tu envoies ces grise traces

D’humides angoisses

Aux marges du rire d’enfant

Il est temps d’ouvrir les regards

L’œil impatient nous envoie le signe

D’un espoir de belle paix

Matinales rêvée…Inédit

Ils iront s’aimer au pays des lumières belles

Ils ont marché en riant

Ils ont chanté le temps des vivants

Ecoute leurs douces tendresses

Elles sautillent

Elles pétillent

Regarde et espère

Ils écrivent à douces mains

Le long livre de folles gaietés

1.05.2026

Matinales, inédit…

Le visage du monde a les traits tirés

Cette nuit encore on entend la fureur  

Derrière les hautes portes qui claquent

Il y a le rêve d’enfant qui s’enfuit

Je me demande parfois si l’espoir suffit

Il faudrait une pincée de belle folie

Pour que sur les pâles et plates joues de l’avenir

Reviennent les douces couleurs des envies de fraternité…

24.04.2026

Matinales…

Au bout du long chemin des effarés

Sous une pierre oubliée

On trouvera une vieille clé

Sans un bruit

Sans un cliquetis

On l’enfouira dans une poche amie

Tête droite et regard clair

On marchera jusqu’aux portes du désert

On le sait derrière c’est la mer

Main tremblante la belle entrée on choisira

La vieille serrure grincera

Et le vent du vrai nous sourira

16.04.2026

Mes Everest, Andrée Chedid…

Pas de clef à la poésie
Pas de ciel
Pas de fond
Pas de nid
Pas de nom

Ni lieu
Ni but
Ni raison

Aucune borne
Aucun fortin
Aucun axe
Aucun grain

Mais ce souffle
Qui s’infiltre
Dans l’étoffe des âmes
Pour délier leurs saisons :
Peuple d’hirondelles
Au regard pénétrant
A la vue déployée.

Et demain…inédit…

Et demain nous changerons de temps
Nous oserons enfin le beau futur
Il prendra l’air simple et détaché
De l’oublié qui ne se retourne plus
Et tomberont les hauts murs
Bâtis aux pierres des tristes passés
En grand s’ouvriront les hautes fenêtres
Et nous regarderons ce nouveau jour étonnant
La boue des hiers crasseux sera figée
Plus une grise ride aux vitres des espoirs déçus
A la une d’un journal aux encres parfumées
Une main d’enfant étire des titres étonnés
Sur le long fil des vivants retrouvés
Un oiseau ivre siffle les belles rimes en rire étoilé
Les mots sont là
Apaisés
Dans la nuit des braves ils ont signé le pacte
A jamais ils conjugueront le verbe aimer…

12 avril 2026

Matinales…

Au bout de d’une nuit tremblante

Une faible lueur d’espoir

Frappe les sombres enragés du chaos

Je rêve qu’ils s’essoufflent

Qu’ils s’étouffent

A vomir leurs trop plein de grasses haines

Qu’ils avalent en riant

Dans leurs ventrées de dollars

8.04.2026

Matinales…

Open book with text Aube Mauve and Poésie Onirique on a mossy stone wall.

Ecrire au matin tranquille

C’est jardiner les terres du silence

Entendre les mots fripés de sommeil

Etirer leurs longues ailes

Secouer dans le mauve levant

De fines gouttes d’encre rosée

6.04.2026

Pause italienne…

Je pars en vacances, quelques jours en Italie, pour faire le plein de sensations et de photos inspirantes. A bientôt…

Songe…

Entre les plis d’un presque rien

Je cherche le moins que peu

Et ne trouve qu’un reste de vide

Où flottent des miettes de faux espoirs

Matinales…

Ils avaient essayé de ne rien dire

Ne pas abîmer la caresse d’un doux silence

Derrière le lourd rideau d’une nuit rance

La belle troupe du rêve à finir

Flash…

Les mots se posent

Frèles pétales frissonnants

Au bord de la blanche feuille

Se penchent en chantant

Les mains aux lignes brisées

Effleurent la fine étoffe fripée

D’une longue rime aux ailes étirées

L’œil tremble

La gorge se serre

On entends le vague roulis d’une larme

Ronde bulle à l’encre émue

21 mars

Matinales…

A travers la vitre du TGV…

Aux molles frontières du continent de l’ombre

De tristes gardiens contrôlent mon éclat de rire

Passez votre chemin gai voyageur

Il n’y a pas de place pour les réfugiés poétiques

Le monde d’après est déjà achevé

Plus rien n’est à rater

Tous les murs sont debout…

Matinales, inédit

Et je souffle sur la dernière page

D’une nuit de belles blanches

De folles flammes d’une piquante poussière

Froissent les derniers rires d’un rêve étonné

19 mars 2026

Ne dites plus rien…

Il faudra un jour penser à prendre soin des mots abîmés

Il faudra les réparer les protéger

Les rassurer

Il faudra dire aux aboyeurs de plateaux

Aux tristes bonimenteurs

Aux éternels menteurs

Que la torture n’a que trop duré

Ne touchez pas je vous en supplie

Aux mauves mots de nos poèmes

Regardez

Vous les avez tant effrayés

Ils n’osent plus se tendre la main

S’étreindre à pleine syllabes

Douces flammes qu’on aime

Ils se cachent

Ils attendent

Ne dites plus rien

Comptez c’est suffisant

Demain ils posteront à nouveau

Une belle lettre

A l’angle mauve de votre long silence…

Mes poèmes de jeunesse…

Aux adultes en sursis d’enfance

Un enfant passe

Une histoire l’attaque

le rabote l’assoiffe et l’affame

Le pousse

Au supplice du sentiment d’habitude

Devant les adultes majuscules

Qui ont mal conjugué

Leur verbe aimer

Et il est tombé

Dans un trou

Où les ombres s’ennuient

Par manque d’éternité

Texte écrit en 1979…

Un si long hiver…

Entre les cris d’un monde qu’on abîme
J’entends un vague trépignement de printemps
Le timide merle sautille
La vallée respire

Entre les maigres bras de l’enfant qu’on efface
Je devine la vilaine terreur d’une longue insomnie
Les larmes ne coulent plus
L’hiver des tristes bombes est installé…

Je vis, j’écris, tu me lis…

Je vis

J’écris

Tu me lis

Et les mots larmes roulent

Dans le creux de tes rides émues

Et les mots doux te tiennent la main

Ecoute ils chantent une folle rime

Etoffe taffetas folichon

Ils sont là barbouillés de beaux soupirs

Ils s‘affalent en riant dans le mou fatras

Tu vis

J’écris

On se lie

A la sueur de ma plume

Je tracerai les lignes frissonnantes

Que tu empliras de belles et rondes lettres

A la lueur de mon encre soleil

J’ouvrirai la première page

De nos belles histoires de demain

On se lit

On rit

J’écris…

Liberté…

Je retrouve cette tribune que j’avais écrite il y a deux ans, je ne me souviens plus exactement à quelle occasion, mais en la relisant je me dis qu’elle sonne encore parfaitement juste….

La liberté est un combat permanent, il a fallu se battre pour la conquérir, il faudra encore plus se battre pour la protéger, pour la préserver. La protéger de la barbarie, du fanatisme, qui ne frappe pas aveuglément mais avec justement la plus grande des précisions. Mais il faut aussi la protéger de toutes celles et tous ceux qui enfermés dans leurs camisoles idéologiques partisanes claniques affirment avec une arrogance indécente qu’ils sont évidemment les seuls gardiens de cette liberté dont nous sommes tous légitimement les constructeurs et les défenseurs. Quand je lis, quand j’entends certains affirmer qu’ils refusent d’être à côté d’autres citoyens j’ai honte et j’ai peur. J’ai honte parce que les plus virulents de ces aboyeurs se posent avec mépris condescendance et indécence comme les seuls porte-drapeaux d’un combat qui nous concernent tous au-delà de toutes les chapelles religieuses de toutes les écuries politiques. J’ai peur aussi car je me dis qu’alors qu’il faudrait tirer avec lucidité toutes les leçons de ce qui vient de se produire, certains déjà reprennent leurs vieilles habitudes de quincaillers de la politique. L’attitude qui consiste à rechercher à priori dans l’autre ce qui pourrait en faire un ennemi est triste suicidaire et indécent dans le moment…

Un trait de plume…

Je me souviens de ce léger trait de plume
Il était là en bout de ligne
Planant comme un doute
Rime timide qu’on effleure
Du bout de ces fines lèvres
Il cherche le bon mot
Et soudain feuille frémit
Un souffle d’air s’est glissé
Les lettres dansent
C’est le chant de l’hommes perdu
Regarde il se noie dans un triste oubli
Entends il claque du pied
Il te crie son envie d’exister…

10.03.2026

Les armes claquent, les larmes coulent…

Dans la longue nuit des violentes haines

Je cherche la rose lueur du lendemain léger

Plus un souffle de fraîche tendresse

Si loin l’effleurement de frêles douceurs

Un bouquet de rires d’enfants s’affaisse

A l’angle d’une vilaine aube fanée

Les rimes de ce triste monde

Ont perdu leurs courbes mélodies

Les armes claquent

Les larmes coulent

Et les hommes des ailleurs dorés

S’endorment en comptant

Au prochain matin saignant

Vous les entendrez

Leurs mots seront souillés

Au prochain matin pressant

J’effacerai la noire fureur du lendemain abîmé…  

9 mars

Flash…

Puits Couriot Saint-Étienne

Mémoire noire

D’une ville aux reins d’acier

Entends le chant gris

Des hommes du fond

Au soir perdant

Ils soufflent le pain gagné

6 mars

Voilier d’hier…

…C’est un voilier qui hésite encore entre la voile d’hier, faite de bois et de cordes qui sentent la paille et la voile de demain faite de matériaux lisses, et de cordages qui sentent le plastic. C’est un bateau qui hésite, entre deux, il a du gris dans les rares couleurs que le soleil lui a laissé, un gris qui parle des marées, un gris qui parle des pluies d’hiver qui déchire le bleu de la mer. A bord sur le pont, encombré de tous ces objets qui parlent vrai tant ils sont usés, un homme se déplace lentement. Chaque chose qu’il touche semble le remercier. Il n’est pas comme les autres, il semble déjà un peu plus loin, son regard ne se disperse pas, son regard est à ce qu’il fait. Les autres, ceux qui  virevoltent sur des bateaux de catalogue ont les yeux absents, on ne les devine même pas derrière des verres de marques ou se reflètent des couleurs qui n’existent que pour les touristes canonisés.  Sur le pont, l’homme sans lunettes se prépare pour le départ. Arrivé hier soir, sans bruit, il a cherché un mouillage éloigné des autres pour ne rien dire,  pour ne pas parler d’où il vient,  pour ne pas utiliser de mots qui n’ont pas de sens pour lui. Les autres,  lorsqu’ils sont au port aiment à raconter, se raconter, l’homme au navire sans âge n’est pas de ceux-là. Il ne se mêle pas à la vie du port. Il ne les méprise pas, il lui arrive même parfois de les écouter, de s’emplir de leurs rires pour s’en faire une couverture, douillette pour la nuit. Il ne les méprise pas, mais il n’aime pas qu’on pose de questions, il n’aime pas qu’on cherche à savoir. Son histoire ne doit intéresser personne, il ne le veut pas. Il se souvient, lorsqu’il est parti, il a mis le cap vers le nord, avec le vent de face. C’était un vent coupant et lui serrait les dents, pour ne pas faiblir, pour ne pas se poser de questions. Il était parti un matin tout simplement et quand il avait posé la main sur la barre en sortant du port de Concarneau, il savait qu’il ne parlerait plus, il avait tant à faire, tant à se dire à l’intérieur…

Tu t’en foutais d’être né : -3-

…T’es sûr qu’aimer n’est pas original

C’est peut-être le mot qui pue

Mais t’es sûr d’autre chose

Parce que tu le cherches

Tu en parles pourtant

Comme les autres

Mais tu t’en fous

Ou tu fais semblant

Comme les autres

De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway

On dirait que t’as peur

De ne plus pouvoir te taire quand t’es triste

Et pourtant tu ris derrière ton enterrement

Tu ris

Et les autres savent pas

Que tu trembles

Pour qui t’a tué

Pour qui t’a oublié

Tu trembles

Et les autres croient qu’il n’y a qu’une réalité

Celle de l’utile apparence

Et pourtant tu voudrais leur dire

Et pourtant tu voudrais craquer

Mais tu ne dis rien

Parce que t’as peur

Parce que tu attends

Parce que tu attends la fin de ton rêve

Heureux tu l’as trouvé

Et c’était pas mieux

Tu veux revenir au début

Parce que tu hais les fins

Qui n’existent pas

Tu veux revenir au début

Pour que les autres sachent

Qu’il y a autre chose

Que tu l’as trouvé

Déjà tu vas plus vite

Que ton rêve

Je crois que tu vas laisser tomber

Pas les autres

Eux aussi ils cherchent

Ils te croisent

Vite

Toujours le rêve

Ils sont ailleurs

Tu les fais tien

Et tu les oublies

Ils sont autres

Petit bonheur ferroviaire éphémère…

En arrivant ce matin sur le quai de la gare, j’ai perçu un petit quelque chose de bizarre, d’anormal. D’abord une sensation physique : je respire… Oui c’est cela : c’est dans l’air !  La respiration est un vrai bonheur, subtil mélange de fraîcheurs et d’odeurs d’herbe coupée. Je me suis dit que dans le fond de l’air il y avait certainement un petit peu de bonheur, un tout petit peu. Alors j’ai souri, parce que le bonheur c’est pour fabriquer du sourire,  sinon ce n’est qu’une escroquerie de plus.

Je souris et – c’est bien cela que j’ai ressenti comme inhabituel – la première personne que j’ai croisée, une habituée comme moi, souriait aussi, d’abord seule, pour elle, comme moi, et puis j’ai bien vu qu’elle me souriait. Elle qui tous les jours serrent les dents pour ne pas risquer d’être obligé de répondre à mon regard, aujourd’hui elle me sourit. Incroyable ! Je me dis que c’est un hasard, un heureux hasard, que ce matin, enfin, elle est contente, peut-être même heureuse. Elle est contente de cette journée qui s’ouvre, contente de ce qu’elle est, de ce qu’elle
fait. Tout simplement contente de vivre. Mais, je reste sur l’hypothèse du hasard. Quand j’arrive sur le quai je me dis que le hasard a beau bien faire les choses, là c’est quand même beaucoup, j’ai même pensé à un tournage : peut-être un film publicitaire sur le bonheur de prendre le train ou la joie d’aller travailler. Mais non je me trompe, je connais toutes ces silhouettes, je les croise tous les jours, certaines depuis des années. Et là, tout le monde sourit, il y en même qui parle, et mieux encore qui se parlent. Je n’en peux plus, ma joie déborde. Je vais enfin pouvoir dire bonjour à toutes ces compagnies du matin sans qu’elles ne se sentent agressées. « Bonjour, bonjour, bonjour » ! Je suis comme un rossignol,  je sautille sur le quai, je suis empli d’un incroyable bonheur ferroviaire. Sur le quai d’en face il semble que ce soit pareil. Je m’emballe, je me dis que je vais enfin pouvoir parler avec cette jeune fille qui tous les matins, depuis trois ans attend  au même endroit, qui monte avec moi dans le même compartiment qui descend dans la même gare.  Je vais lui parler, tout simplement,  elle va me répondre : je le sens,  je le sais,  je le veux. Je m’approche d’elle, d’abord un bonjour, puis un sourire, puis deux, ma bouche s’ouvre pour lui proposer une de ces insignifiances qui ce matin seront de vraies perles à conserver pour ce petit bonheur matinal qui nous a surpris en plein réveil. « Je, je …. » Et soudain, la terrible voix féminine de la SNCF, terrible voix si belle, si chaude si sensuelle, cette voix qui fige tout le monde sur le quai : « que va-t-elle annoncer, ce matin : encore du retard, une annulation, peut-être ? » « Votre attention s’il vous plait : en raison de la réutilisation tardive d’un triste matériel, le bonheur que vous respirez depuis ce matin, aura une durée indéterminée, nous vous tiendrons informé de l’évolution de la situation : en cas de difficulté à poursuivre votre voyage vers la morosité ferroviaire, veuillez-vous adresser aux agents les plus tristes sur le quai » J’ai baissé la tête, avalé mon sourire et comme tous les matins j’ai regardé le cadran de ma montre. 

Lecture du soir…

Une fois n’est pas coutume j’avais envie de vous proposer la lecture d’un extrait de mon recueil de poémes « Mémoires filantes »…

Fenêtre…

Quand l’aigre monde des gris haineux me donne la nausée

Quand les mots que j’aime s’écrasent comme de folles mouches

Sur les écrans des tristes verbeux

Quand les amnésiques du sourire pour rien

S’invitent au bal des hurleurs de laides morales

Quand on abîme les belles douleurs

Avec de rauques bavardages

J’ouvre sur la feuille blanche qui tremble

Une nouvelle fenêtre

Mes yeux se plissent vers ce loin paisible

Ils emplissent mon en-dedans

D’un doux parfum de fleur boisée.  

16 février 2026

Librairies indépendantes…

Il est toujours préférable de faire vivre les libraires indépendantes, c’est la raison pour laquelle je vous invite, si vous souhaitez commander mon recueil de poèmes, à privilègier le site « chez mon libraire »

https://www.chez-mon-libraire.fr/livre/9782322577866-memoires-filantes-recueil-de-poemes-eric-nedelec/?fbclid=IwY2xjawPwJwNleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEen7PMNeU5Yr_E2F6HmFweEhkBnp2Fm1a3-DJmnrdIKC5O4OBeMaiBvJzsJsk_aem_QjBhtnyWh3PZAi9DQBOvWQ

    Sous les drapeaux du parler beau…

    Il est grand temps de mettre les haines en sourdine

    On essaiera ensemble de rappeler le silence

    Sous les drapeaux du parler beau

    Il faudra essuyer les traces des grises peurs

    Mettre le haut sourire au garde à vous

    On écoutera les mots du vieux poète dégradé

    Il nous dira de brûler les armes

    Au pied mauve d’un mât aux rimes hautes

    Les poches s’empliront des cailloux semés

    Il y a longtemps sur le long chemin

    On retrouvera l’odeur épaisse et mouillée

    D’un papier froissé par le trop de larmes versées

    Du bout des doigts glacés

    On fleurera la fine paume retrouvée

    D’un visage apaisé

    Il sera temps enfin d’aimer…

    L’invitation, version intégrale…

    « Ce qu’il faudrait c’est déplacer les villes à la campagne ! » La première fois que Jules a entendu cette ineptie, c’était il y a plus de quarante ans, en 1974. Il était en classe de terminale et leur jeune professeur d’économie avait décidé, une fois par mois, d’organiser des débats, sur les thèmes d’actualité qui revenaient à l’occasion de l’élection présidentielle. L’écologie, la défense de l’environnement (on parlait alors plutôt de la seule pollution) apparaissaient pour la première fois sur la scène médiatique, notamment grâce à un candidat que les Français découvraient, un agronome original : René Dumont.

    Dans sa classe, le débat n’était pas de haut niveau. C’était toujours les mêmes qui prenaient la parole. Il s’agissait de ceux qui étaient engagés dans des mouvements politiques à droite ou au parti communiste. Les plus virulents militaient à l’extrême gauche, déjà très éparpillée entre trotskistes, maoïstes, et autres mouvances dogmatiques dont on avait du mal à saisir les subtiles différences. Guillaume était de ceux-là. Maoïste, il se présentait volontiers comme le seul dépositaire de la pensée marxiste-léniniste. Fils d’un médecin radiologue et d’une avocate, il n’était pas avare de phrases toutes faites, avait un avis sur tout et avait tendance à considérer qu’il était celui qui savait… Il parlait de la classe ouvrière et de la paysannerie comme étant le terreau de la révolution à venir, mais passait ses soirées du samedi dans une boîte de nuit luxueuse où il dépensait en alcool et autres substances ce que Jules mettait péniblement de côté en une année…

    Jules, quant à lui, restait silencieux. Il n’était pas à l’aise, et craignait toujours de dire des bêtises. Il profitait de ces moments pour se reposer et en avait besoin, car dès le lever du jour, avant de prendre le bus pour se rendre au lycée, il aidait ses parents à la ferme, sur les hauteurs de Dole. Il s’occupait des veaux et de quelques brebis.

    Printemps 2014 : ce soir, Jules est seul devant la télévision et écoute distraitement le débat qui oppose des experts de plateaux, régulièrement invités pour donner leur avis sur tout, et surtout, sur n’importe quoi. Il s’agit aujourd’hui « d’interroger » cette nouvelle crise agricole. Crise est un mot faible quand, chaque soir, s’étalent sur les écrans les images des manifestations de la journée. Le journaliste pose, enfin, une bonne question.

    • N’y a-t-il pas dans cette explosion de colère la manifestation d’un malaise existentiel, une incompréhension de plus en plus importante, une véritable fracture entre le monde des urbains et celui des ruraux ?

    Le premier à répondre est le sociologue de service : Guillaume Toubard. Il enseigne à l’institut des hautes études sociales. Il est l’auteur d’un ouvrage : « comprendre le monde paysan ». Jules lève le nez de son assiette : ce nom, cette voix, ce ton surtout, lui rappelle quelqu’un…

    Le journaliste l’invite à préciser une pensée un peu fumeuse, à faire des propositions.

    • Voyez-vous, comme je l’ai toujours dit, ce qu’il faudrait c’est déplacer la ville à la campagne. Concrètement, je propose que dans les prochaines semaines des exploitants agricoles acceptent d’accueillir des urbains afin que chacune et chacun ouvre enfin les yeux…

    Jules est stupéfait : il n’a pas changé.

    Cette émission donne la parole aux auditeurs. Jules décide d’appeler.

    Il explique à son interlocutrice que la proposition qui vient d’être faite l’intéresse. Il est prêt à accueillir Mr Toubard sur son exploitation, dès le lendemain.

    Le journaliste fait un signe aux invités. De la main gauche, il appuie sur l’écouteur qu’il a dans l’oreille.

    • On me dit en régie que nous avons en ligne un agriculteur qui souhaite réagir à cette proposition.

    Les invités s’observent. En période de crise, ils n’aiment pas ces interventions en direct qui peuvent déraper…

    • Bonjour, Jules vous nous appelez du Jura, un petit village près de Dole. Jules, nous vous écoutons.
    • Oui, bonjour, je vous écoute depuis un moment et je viens d’entendre ce qu’a proposé un de vos invités : Guillaume Toubard je crois…
    • Oui Jules, que pensez-vous de cette idée d’organiser la venue des urbains à la campagne pour mieux vous connaître, vous comprendre ?
    • Oui, ce serait la ville qui se déplace à la campagne en quelque sorte !
    • C’est cela, vous avez bien compris.
    • Eh bien écoutez, si monsieur Toubard est disponible je lui propose de prendre dès demain le premier train pour Dole. J’irai le chercher et il passera quelques jours avec moi.

    Guillaume Toubard est un peu gêné et se dit qu’il est allé un peu vite. C’est son problème : il aime tellement s’entendre parler qu’il ne mesure pas toujours la portée de ses paroles. Mais il ne veut pas perdre la face, il va montrer que ce n’était pas de la démagogie.

    • Mr Toubard, vous pouvez difficilement refuser, n’est-ce pas ?
    • C’est d’accord, je vais m’organiser. Je connais Dole, j’y ai fait toutes mes études secondaires. Je serai ravi d’y retourner. J’accepte votre proposition.

    Jules se dit que Guillaume l’aura reconnu, qu’il se souvient de son prénom.

    • Parfait, je vous dis à demain, mais je préfère vous prévenir, nous n’aurons pas le temps de visiter Dole. Dès votre arrivée, nous rejoindrons mon exploitation à une vingtaine de kilomètres sur les hauteurs.

    Hors antenne, Jules et Guillaume se sont parlé. Jules sera sur le quai avec une pancarte sur laquelle sera écrit « Guillaume ».

    Jules attend sur le quai, pancarte à la main. Lorsque les voyageurs descendent, il reconnait immédiatement Guillaume. C’est toujours la même impression qu’il dégage : celle d’être au-dessus. Jules s’est approché et a brandi sa pancarte. Guillaume, lui, ne l’a évidemment pas reconnu. Il le salue sans chaleur, comme s’il avait hâte que tout se termine.

    Pendant le trajet, Guillaume parle. Il commente ce qu’il voit, ne pose aucune question à Jules, sur son exploitation, ce qu’il produit. Comme il y a quarante ans, Jules ne dit rien. Il écoute. Ils sont arrivés à la ferme, une belle bâtisse en pierre. Jules propose à Guillaume d’aller se changer dans la chambre qu’il lui a préparée.

    • On va tout de suite se mettre au travail.  Aujourd’hui j’ai prévu un épandage de lisier.  Il faut que vous voyiez cela Guillaume.

    Guillaume enfile de vieux vêtements. Par-dessus, il met une cotte que Jules lui a prêtée. C’est un peu l’uniforme des agriculteurs modernes. Il retrouve Jules devant le hangar à matériel, en train d’atteler une tonne à lisier.

    Guillaume n’y connait rien et pour faire sérieux, il a sorti un carnet pour prendre des notes. Il s’approche. Jules le regarde des pieds à la tête. Guillaume est mal à l’aise. Ils n’ont pas vraiment pris le temps de se connaitre.

    • C’est chouette Jules, d’avoir répondu à ma proposition. Je ne m’y attendais pas. Vous savez, parfois je dis les choses rapidement sans imaginer qu’elles seront vraiment faisables ensuite. Quelle coïncidence quand même ! Vous vous rendez compte, j’ai vécu jusqu’à 18 ans à Dole et n’étais jamais venu ici.
    • Oui drôle de coïncidence !  Vous savez, mais on peut peut-être se tutoyer, le trajet qu’on vient d’effectuer, je le connais bien je le faisais tous les jours en autocar pour aller au lycée.

    Guillaume se fige. Il se souvient bien que dans sa classe il y avait des fils d’ouvriers, mais des fils de paysans ça il n’en a aucun souvenir. Il change de sujet.  

    • Tu regardes souvent cette émission ? Je ne sais pas ce que tu en penses, mais je trouve qu’elle survole les sujets, elle ne va pas au fond des choses…
    • Oui tu as raison, c’est comme les débats qu’on avait au lycée. Je ne sais pas pour toi, mais dans mon établissement c’était la mode, et c’était toujours les mêmes qui parlaient… et entre nous, la plupart du temps ils étaient à côté de la plaque. Bon, assez bavardé on va y aller. Est-ce que je peux te demander de te mettre derrière ? Il faut que je recule et tu vas me guider…

    Guillaume est de plus en plus mal à l’aise mais il s’exécute.  Jules monte dans la cabine du tracteur, enclenche la marche arrière et simultanément appuie sur la manette qui déclenche l’éjection du lisier.

    Guillaume n’a rien vu venir.

    Jules descend et se confond en excuses. Guillaume est couvert de lisier, même les lunettes en sont crépies.

    • Je suis vraiment désolé, c’est la première fois que cela arrive. Attends-je vais nettoyer les verres.

    Guillaume est pétrifié. Il vient de comprendre. Jules n’a pas fait de fausse manœuvre. Il a pris un chiffon qu’il passe sur les verres.  Guillaume le distingue enfin. Jules le regarde : il est devant lui et le fixe avec un petit sourire.  

    • Alors Mr Toubard, maintenant que je vous ai enlevé la « merde » que vous aviez devant les yeux vous la voyez enfin la campagne…

    Janvier 2026

    « L’invitation » : 2

    Cette émission donne la parole aux auditeurs. Jules décide d’appeler.
    Il explique à son interlocutrice que la proposition qui vient d’être faite l’intéresse. Il est prêt à accueillir Mr Toubard sur son exploitation, dès le lendemain.
    Le journaliste fait un signe aux invités. De la main gauche, il appuie sur l’écouteur qu’il a dans l’oreille.

    – On me dit en régie que nous avons en ligne un agriculteur qui souhaite réagir à cette proposition.


    Les invités s’observent. En période de crise, ils n’aiment pas ces interventions en direct qui peuvent déraper…

    – Bonjour, Jules vous nous appelez du Jura, un petit village près de Dole. Jules, nous vous écoutons.

    – Oui, bonjour, je vous écoute depuis un moment et je viens d’entendre ce qu’a proposé un de vos invités : Guillaume Toubard je crois…

    – Oui Jules, que pensez-vous de cette idée d’organiser la venue des urbains à la campagne pour mieux vous connaître, vous comprendre ?

    – Oui, ce serait la ville qui se déplace à la campagne en quelque sorte !

    – C’est cela, vous avez bien compris.

    – Eh bien écoutez, si monsieur Toubard est disponible je lui propose de prendre dès demain le premier train pour Dole. J’irai le chercher et il passera quelques jours avec moi.


    Guillaume Toubard est un peu gêné et se dit qu’il est allé un peu vite. C’est son problème : il aime tellement s’entendre parler qu’il ne mesure pas toujours la portée de ses paroles. Mais il ne veut pas perdre la face, il va montrer que ce n’était pas de la démagogie.

    – Mr Toubard, vous pouvez difficilement refuser, n’est-ce pas ?

    – C’est d’accord, je vais m’organiser. Je connais Dole, j’y ai fait toutes mes études secondaires. Je serai ravi d’y retourner. J’accepte votre proposition.


    Jules se dit que Guillaume l’aura reconnu, qu’il se souvient de son prénom.

    – Parfait, je vous dis à demain, mais je préfère vous prévenir, nous n’aurons pas le temps de visiter Dole. Dès votre arrivée, nous rejoindrons mon exploitation à une vingtaine de kilomètres sur les hauteurs.


    Hors antenne, Jules et Guillaume se sont parlé. Jules sera sur le quai avec une pancarte sur laquelle sera écrit « Guillaume ».
    Jules attend sur le quai, pancarte à la main. Lorsque les voyageurs descendent, il reconnait immédiatement Guillaume. C’est toujours la même impression qu’il dégage : celle d’être au-dessus. Jules s’est approché et a brandi sa pancarte. Guillaume, lui, ne l’a évidemment pas reconnu. Il le salue sans chaleur, comme s’il avait hâte que tout se termine.
    Pendant le trajet, Guillaume parle. Il commente ce qu’il voit, ne pose aucune question à Jules, sur son exploitation, ce qu’il produit. Comme il y a quarante ans, Jules ne dit rien. Il écoute. Ils sont arrivés à la ferme, une belle bâtisse en pierre. Jules propose à Guillaume d’aller se changer dans la chambre qu’il lui a préparée.

    • On va tout de suite se mettre au travail. Aujourd’hui j’ai prévu un épandage de lisier. Il faut que vous voyiez cela Guillaume.

    « L’invitation », nouvelle inédite : 1

    Cela fait quelques temps que je n’ai pas publié une de mes nouvelles. En voici une que je publierai en trois parties, je l’avais proposée pour un concours sur le thème de la ruralité. Elle n’a pas été retenue, tant pis…

    « Ce qu’il faudrait c’est déplacer les villes à la campagne ! » La première fois que Jules a entendu cette ineptie, c’était il y a plus de quarante ans, en 1974. Il était en classe de terminale et leur jeune professeur d’économie avait décidé, une fois par mois, d’organiser des débats, sur les thèmes d’actualité qui revenaient à l’occasion de l’élection présidentielle. L’écologie, la défense de l’environnement (on parlait alors plutôt de la seule pollution) apparaissaient pour la première fois sur la scène médiatique, notamment grâce à un candidat que les Français découvraient, un agronome original : René Dumont.

    Dans sa classe, le débat n’était pas de haut niveau. C’était toujours les mêmes qui prenaient la parole. Il s’agissait de ceux qui étaient engagés dans des mouvements politiques à droite ou au parti communiste. Les plus virulents militaient à l’extrême gauche, déjà très éparpillée entre trotskistes, maoïstes, et autres mouvances dogmatiques dont on avait du mal à saisir les subtiles différences. Guillaume était de ceux-là. Maoïste, il se présentait volontiers comme le seul dépositaire de la pensée marxiste-léniniste. Fils d’un médecin radiologue et d’une avocate, il n’était pas avare de phrases toutes faites, avait un avis sur tout et avait tendance à considérer qu’il était celui qui savait… Il parlait de la classe ouvrière et de la paysannerie comme étant le terreau de la révolution à venir, mais passait ses soirées du samedi dans une boîte de nuit luxueuse où il dépensait en alcool et autres substances ce que Jules mettait péniblement de côté en une année…

    Jules, quant à lui, restait silencieux. Il n’était pas à l’aise, et craignait toujours de dire des bêtises. Il profitait de ces moments pour se reposer et en avait besoin, car dès le lever du jour, avant de prendre le bus pour se rendre au lycée, il aidait ses parents à la ferme, sur les hauteurs de Dole. Il s’occupait des veaux et de quelques brebis.

    Printemps 2014 : ce soir, Jules est seul devant la télévision et écoute distraitement le débat qui oppose des experts de plateaux, régulièrement invités pour donner leur avis sur tout, et surtout, sur n’importe quoi. Il s’agit aujourd’hui « d’interroger » cette nouvelle crise agricole. Crise est un mot faible quand, chaque soir, s’étalent sur les écrans les images des manifestations de la journée. Le journaliste pose, enfin, une bonne question.

    – N’y a-t-il pas dans cette explosion de colère la manifestation d’un malaise existentiel, une incompréhension de plus en plus importante, une véritable fracture entre le monde des urbains et celui des ruraux ?

    Le premier à répondre est le sociologue de service : Guillaume Toubard. Il enseigne à l’institut des hautes études sociales. Il est l’auteur d’un ouvrage : « comprendre le monde paysan ». Jules lève le nez de son assiette : ce nom, cette voix, ce ton surtout, lui rappelle quelqu’un…

    Le journaliste l’invite à préciser une pensée un peu fumeuse, à faire des propositions.

    – Voyez-vous, comme je l’ai toujours dit, ce qu’il faudrait c’est déplacer la ville à la campagne. Concrètement, je propose que dans les prochaines semaines des exploitants agricoles acceptent d’accueillir des urbains afin que chacune et chacun ouvre enfin les yeux…

    Jules est stupéfait : il n’a pas changé.

    Billet…

    Je ne supporte plus les indignations choisies, les comparaisons de l’horreur. Il y a ceux qui choisissent leurs  silences en fonction de leurs haines irrationnelles. Il y a ceux qui choisissent leurs colères en fonction des orientations de leurs lignes idéologiques.

    Quand les corps tombent, que les peuples saignent je ne supporte plus les oui mais, je ne supporte plus les leçons toutes faites, les relativismes de la lâcheté partisane. Qu’il s’agisse de victimes de bombardements aveugles, de répressions sanglantes, de terrorismes d’état, d’impérialisme abject, mon indignation est la même et je ne demande à personne de la salir.

    Mémoires filantes, suite…

    Pour celles et ceux qui souhaiteraient acheter mon recueil de poèmes : « Mémoires filantes… », il est depuis aujourd’hui accessible sur le site de la FNAC, ce qui diminue considérablement les frais d’expédition. Il est même possible de le retirer en magasin avec un délai de deux à trois semaines. Je me ferai un plaisir de vous le dédicacer à l’occasion…

    https://www.fnac.com/a22580863/Eric-Nedelec-Memoires-filantes

    Mémoires filantes, mon premier recueil…

    Je suis heureux de vous annoncer la publication de mon premier recueil de poésies. « Mémoires filantes » est une compilation de quelques-uns de mes textes, sur le thème de la mémoire, des traces que l’on retrouve, de celles qu’on veut laisser…

    Vous pouvez d’ores et déjà le commander sur le site Bod. Il sera aussi prochainement disponible en version ebook.

    https://librairie.bod.fr/memoires-filantes-eric-nedelec-9782322577866

    Mes poèmes de jeunesse…

    Aux adultes en sursis d’enfance

    Un enfant passe

    Une histoire l’attaque

    le rabote l’assoiffe et l’affame

    Le pousse

    Au supplice du sentiment d’habitude

    Devant les adultes majuscules

    Qui ont mal conjugué

    Leur verbe aimer

    Et il est tombé

    Dans un trou

    Où les ombres s’ennuient

    Par manque d’éternité

    Texte écrit en 1979…

    Billet d’humeur…

    La démocratie souffre, partout elle est touchée par le même virus, celui de l’enfermement, du rejet de l’autre, du refus du dialogue. Il n’y a plus d’ordre mondial, l’universalisme est une notion que les apôtres de la haine aigre rejettent avec dégoût. La planète brûle et pleure.

    Et pendant ce temps quelques misérables flocons de neige occupent en boucle le vide médiatique. Et oui la neige est froide, le sol est glissant, c’est l’hiver… Désolé mais j’hésite entre la honte et le dégoût.

    Flash…

    Dans ce train qui fend le gris

    J’attrape un bout de ces histoires

    Qui flottent dans les silences épais

    Elles nous parlent de ces presque rien

    Qui emplissent les mémoires en friche

    De ces faciles sourires

    Qu’on garde là bien au chaud

    A l’abri du souffle court

    Des vendeurs d’espoirs glacés

    Flash…

    Je regarde le monde derrière la vitre

    Tout va si vite

    On craint le virage à la sortie du flou

    Ralentir pour respirer

    Ralentir pour espérer

    Chevreuil affamé…

    Une fois n’est pas coutume, je partage une vidéo capturée par le piège photographique que j’ai installé dans la forêt à peine à 50 m de chez moi. Un peu d’émotion en constatant qu’elle a été tournée comme on peut le voir sur l’écran le 24 décembre à 22 h 16… A chacun son réveillon…

    L’ami chevreuil broute quelques feuilles…

    Voilier d’hier…

    …C’est un voilier qui hésite encore entre la voile d’hier, faite de bois et de cordes qui sentent la paille et la voile de demain faite de matériaux lisses, et de cordages qui sentent le plastic. C’est un bateau qui hésite, entre deux, il a du gris dans les rares couleurs que le soleil lui a laissé, un gris qui parle des marées, un gris qui parle des pluies d’hiver qui déchire le bleu de la mer. A bord sur le pont, encombré de tous ces objets qui parlent vrai tant ils sont usés, un homme se déplace lentement. Chaque chose qu’il touche semble le remercier. Il n’est pas comme les autres, il semble déjà un peu plus loin, son regard ne se disperse pas, son regard est à ce qu’il fait. Les autres, ceux qui  virevoltent sur des bateaux de catalogue ont les yeux absents, on ne les devine même pas derrière des verres de marques ou se reflètent des couleurs qui n’existent que pour les touristes canonisés.  Sur le pont, l’homme sans lunettes se prépare pour le départ. Arrivé hier soir, sans bruit, il a cherché un mouillage éloigné des autres pour ne rien dire,  pour ne pas parler d’où il vient,  pour ne pas utiliser de mots qui n’ont pas de sens pour lui. Les autres,  lorsqu’ils sont au port aiment à raconter, se raconter, l’homme au navire sans âge n’est pas de ceux-là. Il ne se mêle pas à la vie du port. Il ne les méprise pas, il lui arrive même parfois de les écouter, de s’emplir de leurs rires pour s’en faire une couverture, douillette pour la nuit. Il ne les méprise pas, mais il n’aime pas qu’on pose de questions, il n’aime pas qu’on cherche à savoir. Son histoire ne doit intéresser personne, il ne le veut pas. Il se souvient, lorsqu’il est parti, il a mis le cap vers le nord, avec le vent de face. C’était un vent coupant et lui serrait les dents, pour ne pas faiblir, pour ne pas se poser de questions. Il était parti un matin tout simplement et quand il avait posé la main sur la barre en sortant du port de Concarneau, il savait qu’il ne parlerait plus, il avait tant à faire, tant à se dire à l’intérieur…

    Mémoires…

    Je pioche de ci, de là dans ma mémoire, et je trouve parfois des traces, des bouts, des débuts livrés à eux mêmes, en voici un

    C’était un soir graisseux, comme tant d’autres. Il était imprégné de cette odeur métallurgique, si prenante, si noble. Non, vous vous trompez, pas une odeur de saleté, pas de ces odeurs aigrelettes qui est la marque de ceux qui respirent par réflexe animal. C’est l’odeur noble du métal qu’on fond, Derrière ses yeux fatigués on sent la force de celui qui vit la matière comme un prolongement de sa douleur. Rien n’est plus beau dans notre mémoire sidérurgique que ces pas lourds ouvriers qui frappent le trottoir aux premières lueurs du jour. Rien n’est plus fort que ces rencontres au détour d’une aube blafarde avec les ceux qui font notre fierté.

    Ces quelques mots écrits sur un cahier souvent ouvert à l’envers, je les retrouve ce soir, trente ans après et je souris. Je souris parce que les trottoirs sont propres, parce que les pas lourds ont disparu. J’ai l’impression d’avoir fermé définitivement Germinal…

    Petit matin d’été…

    Lever de soleil sur le Pilat : juillet 2018

    C’est un tout petit matin ordinaire,

    Dans la douce lumière qui s’éveille,

    De rimes en rimes le soleil me tire du sommeil.

    C’est un tout petit matin d’ici ,

    Les premiers rayons au jaune si  pâle

    Sur la crête s’étalent.

    Plus loin , la nuit qui s’étire  a résisté.

    Dans l’ombre fraîche du matin,

    La pénombre s’est noyée.

    Pas un bruit, pas un souffle ,

    La chaleur a tout figé.

    C’est un petit matin d’été ,

    Timidement aux portes de la beauté, il a frappé.

    C’est un matin d’été,

    Sans parler je l’ai regardé,

    Dans un sourire je l’ai aimé.

    Braises du midi…

    Georgetown, Malaisie mai 2019

    Dans le brasier d’après-midi

    La ville est assoupie,

    La chaleur écrase tout.

    Elle s’étire, lente et humide,

    Plus rien ne bouge,

    Mercure en folie.

    Les corps lourds et moites,

    Inventent des ombres

    Il se parlent de fraîcheur.

    Dans la lumière si blanche,

    Les couleurs éclatent,

    Les regards cherchent le mauve,

    Douce couleur qui apaise,

    Des rouges incandescents,

    Les souffles sont courts,

    Dans l’air, des bouquets d’épices,

    Une odeur de terre mouillé,

    C’est la Malaisie.

    Braises du midi…

    Georgetown, Malaisie mai 2019

    Dans le brasier d’après-midi

    La ville est assoupie,

    La chaleur écrase tout.

    Elle s’étire, lente et humide,

    Plus rien ne bouge,

    Mercure en folie.

    Les corps lourds et moites,

    Inventent des ombres

    Il se parlent de fraîcheur.

    Dans la lumière si blanche,

    Les couleurs éclatent,

    Les regards cherchent le mauve,

    Douce couleur qui apaise,

    Des rouges incandescents,

    Les souffles sont courts,

    Dans l’air, des bouquets d’épices,

    Une odeur de terre mouillé,

    C’est la Malaisie.

    « Sourires au conseil des ministres » : 6.

    Le premier Ministre a compris, cette fois ci il n’y a plus aucun doute le président, son président est devenu fou. Il faut qu’il fasse, qu’il tente quelque chose. Il est encore temps….

    Il n’est pas très grand, contrairement au président qui lui est un grand gaillard, mais il va le ceinturer le forcer à s’asseoir calmement, reprendre le micro et mettre un terme à cette mascarade. Il est encore possible d’arriver à temps pour la séance des questions au gouvernement.

    Les perdre dans la forêt, avec leur petit sac de pique-nique et leurs baskets ! Non mais franchement on se croirait dans une série parodique et délirante dont le seul objectif est de se moquer toujours un peu plus de nos gouvernants !

    Il a presque envie de rire tellement la situation lui semble surréaliste : le président est encore debout à expliquer en long, en large, et en travers, s qu’il va les perdre, comme s’il s’agissait de tous ses petits-enfants… Grotesque…

    Pierre, le premier ministre s’est levé presque calmement, on dirait même qu’il y a de la tendresse dans son geste, sa main tendue vers le président pour lui demander le micro. Il n’a pas le temps d’ouvrir la bouche que sa tête éclate comme une pastèque.

    Il vient de prendre une balle en pleine tête….

    La France n’a plus de premier ministre. Il a perdu la tête.

    Perdu n’est d’ailleurs pas le mot approprié pour qualifier ce qui vient de se produire. La tête du premier ministre, puisque c’est de cela dont il s’agit a littéralement éclaté. C’est le jeune secrétaire d’état, exceptionnellement invité aujourd’hui qui a tiré. Jean Marc Dourcet puisque c’est de lui dont il s’agit est à quelques mètres seulement son arme toujours pointée, dans le cas, fort peu probable d’ailleurs, où un courageux essaierait à son tour de maitriser le président.

    Ce dernier tient toujours fermement le micro la main, le coup de feu l’a interrompu et il semble contrarié.

    « C’est dommage pour Pierre, c’était quelqu’un de bien. Mais vous le savez je n’aime pas trop être interrompu quand je souhaite parler. Merci mon petit Jacques. Il faudrait peut-être que je vous nomme premier ministre. Enfin on n’en est pas encore là »

    Jean Marc, le secrétaire d’état au sport est très calme. Il faut dire qu’il fait partie de ces personnalités de la société civile que le président a souhaité intégrer dans son gouvernement. C’est un ancien champion olympique de tir au pistolet.  Le premier ministre n’était pas des plus enthousiastes mais le président a insisté, mettant en avant les qualités de concentration de cet homme.

    Dans le fond de l’Autobus, les potaches n’ont plus du tout mais alors plus du tout envie de plaisanter. Le plus difficile est de comprendre, de mettre en place au plus vite tous les mécanismes intellectuels pour analyser la situation. Tout est tellement inattendu. En silence, chacun cherche, ces derniers jours, ces dernières semaines ce qui a pu se passer, chacun essaie de se souvenir, un indice, quelque chose qui leur permettrait de comprendre ce qui est en train de se passer. Mais rien, c’est le néant pour chacun. Tous prennent conscience à cet instant précis qu’ils ne prêtent aucune attention aux autres. Quand ils se regardent c’est pour se surveiller, identifier un éventuel signe de faiblesse. Tous à cet instant comprennent que ce qu’ils n’ont pas vu c’est à quel point le président n’en pouvait plus, était épuisé. Par contre tous savent que le président ne supportait plus son premier ministre, son arrogance, sa froideur, son intelligence purement mécanique. Tous savent qu’il ne l’a pas choisi pour ses qualités humaines, pour sa capacité à le compléter, à le réguler, non il l’a choisi par calcul politique. Tous le savent mais personne ne le dit. Tout est calcul.

    Mes poèmes de jeunesse…

    Aux adultes en sursis d’enfance

    Un enfant passe

    Une histoire l’attaque

    le rabote l’assoiffe et l’affame

    Le pousse

    Au supplice du sentiment d’habitude

    Devant les adultes majuscules

    Qui ont mal conjugué

    Leur verbe aimer

    Et il est tombé

    Dans un trou

    Où les ombres s’ennuient

    Par manque d’éternité

    Texte écrit en 1979…

    Petit bonheur ferroviaire éphémère…

    En arrivant ce matin sur le quai de la gare, j’ai perçu un petit quelque chose de bizarre, d’anormal. D’abord une sensation physique : je respire… Oui c’est cela : c’est dans l’air !  La respiration est un vrai bonheur, subtil mélange de fraîcheurs et d’odeurs d’herbe coupée. Je me suis dit que dans le fond de l’air il y avait certainement un petit peu de bonheur, un tout petit peu. Alors j’ai  souri, parce que le bonheur c’est pour fabriquer du sourire,  sinon ce n’est qu’une escroquerie de plus.

    Je souris et – c’est bien cela que j’ai ressenti comme inhabituel – la première personne que j’ai croisée, une habituée comme moi, souriait aussi, d’abord seule, pour elle, comme moi, et puis j’ai bien vu qu’elle me souriait. Elle qui tous les jours serrent les dents pour ne pas risquer d’être obligé de répondre à mon regard, aujourd’hui elle me sourit. Incroyable ! Je me dis que c’est un hasard, un heureux hasard, que ce matin, enfin, elle est contente, peut-être même heureuse. Elle est contente de cette journée qui s’ouvre, contente de ce qu’elle est, de ce qu’elle fait. Tout simplement contente de vivre. Mais, je reste sur l’hypothèse du hasard.

    Quand j’arrive sur le quai je me dis que le hasard a beau bien faire les choses, là c’est quand même beaucoup, j’ai même pensé à un tournage : peut-être un film publicitaire sur le bonheur de prendre le train ou la joie d’aller travailler. Mais non je me trompe, je connais toutes ces silhouettes, je les croise tous les jours, certaines depuis des années. Et là, tout le monde sourit, il y en même qui parle, et mieux encore qui se parlent. Je n’en peux plus, ma joie déborde. Je vais enfin pouvoir dire bonjour à toutes ces compagnies du matin sans qu’elles ne se sentent agressées.

    « Bonjour, bonjour, bonjour » ! Je suis comme un rossignol,  je sautille sur le quai, je suis empli d’un incroyable bonheur ferroviaire. Sur le quai d’en face il semble que ce soit pareil. Je m’emballe, je me dis que je vais enfin pouvoir parler avec cette jeune fille qui tous les matins, depuis trois ans attend  au même endroit, qui monte avec moi dans le même compartiment qui descend dans la même gare.  Je vais lui parler, tout simplement,  elle va me répondre : je le sens,  je le sais,  je le veux.

    Je m’approche d’elle, d’abord un bonjour, puis un sourire, puis deux, ma bouche s’ouvre pour lui proposer une de ces insignifiances qui ce matin seront de vraies perles à conserver pour ce petit bonheur matinal qui nous a surpris en plein réveil. « Je, je …. »

    Et soudain, la terrible voix féminine de la SNCF, terrible voix si belle, si chaude si sensuelle, cette voix qui fige tout le monde sur le quai : « que va-t-elle annoncer, ce matin : encore du retard, une annulation, peut-être ? »  

    « Votre attention s’il vous plait : en raison de la réutilisation tardive d’un triste matériel, le bonheur que vous respirez depuis ce matin, aura une durée indéterminée, nous vous tiendrons informé de l’évolution de la situation : en cas de difficulté à poursuivre votre voyage vers la morosité ferroviaire, veuillez-vous adresser aux agents les plus tristes sur le quai »

    J’ai baissé la tête, avalé mon sourire et comme tous les matins j’ai regardé le cadran de ma montre. 

    Tu t’en foutais d’être né : -3-

    …T’es sûr qu’aimer n’est pas original

    C’est peut-être le mot qui pue

    Mais t’es sûr d’autre chose

    Parce que tu le cherches

    Tu en parles pourtant

    Comme les autres

    Mais tu t’en fous

    Ou tu fais semblant

    Comme les autres

    De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway

    On dirait que t’as peur

    De ne plus pouvoir te taire quand t’es triste

    Et pourtant tu ris derrière ton enterrement

    Tu ris

    Et les autres savent pas

    Que tu trembles

    Pour qui t’a tué

    Pour qui t’a oublié

    Tu trembles

    Et les autres croient qu’il n’y a qu’une réalité

    Celle de l’utile apparence

    Et pourtant tu voudrais leur dire

    Et pourtant tu voudrais craquer

    Mais tu ne dis rien

    Parce que t’as peur

    Parce que tu attends

    Parce que tu attends la fin de ton rêve

    Heureux tu l’as trouvé

    Et c’était pas mieux

    Tu veux revenir au début

    Parce que tu hais les fins

    Qui n’existent pas

    Tu veux revenir au début

    Pour que les autres sachent

    Qu’il y a autre chose

    Que tu l’as trouvé

    Déjà tu vas plus vite

    Que ton rêve

    Je crois que tu vas laisser tomber

    Pas les autres

    Eux aussi ils cherchent

    Ils te croisent

    Vite

    Toujours le rêve

    Ils sont ailleurs

    Tu les fais tien

    Et tu les oublies

    Ils sont autres

    Les couleurs ont disparu…

    Parce qu’il ne faut pas vivre que sur ses réserves, même si elles sont « copieuses », je publie ce soir un inédit, tout chaud, terminé à l’instant…

    Avalées en trois souffles de gris,

    Qu’une pluie froide dilue

    Les couleurs ont disparu.

    Goutte à goutte,

    Le ciel se pose,

    Il s’étend, s’étire,

    Prend ses aises.

    Les yeux se plissent,

    Ils cherchent le bout.

    Les yeux se plissent,

    Ils redressent les courbes.

    La route devient molle,

    Elle glisse,

    Dans les bras de la brume.

    La nuit n’est plus très loin,

    Elle attend, là-bas,

    Après le bout,

    Après le tout.  

    Tu baisses les paupières,

    Doucement,

    Petites billes de lumières,

    Étouffent l’hiver au tournant.

    Mes poèmes de jeunesse…

    Aux adultes en sursis d’enfance

    Un enfant passe

    Une histoire l’attaque

    le rabote l’assoiffe et l’affame

    Le pousse

    Au supplice du sentiment d’habitude

    Devant les adultes majuscules

    Qui ont mal conjugué

    Leur verbe aimer

    Et il est tombé

    Dans un trou

    Où les ombres s’ennuient

    Par manque d’éternité

    Texte écrit en 1979…

    Mes poèmes de jeunesse…

    Lorsque j’ai décidé d’ouvrir une nouvelle rubrique en publiant de très vieux textes, la plupart ont plus de quarante ans j’ai été tout autant frappé par les maladresses et les envolées lyriques que par la « permanence » du style…

    Ecoute,

    Ca craque petite

    Ecoute,

    Ca bouge.

    Arrête de rire petite

    Ecoute.

    Tout tremble,

    Tout se désespère.

    Vent de panique,

    Regarde petite,

    Regarde !

    Année 1977…

    Hiver frémit…

    Aux portes de l’hiver qui frémit,

    Novembre a frappé.

    Terre encore assoupie,

    Sans un mot s’est étirée.

    Rides blanches ont jailli

    Sur les sourires de l’été…

    Amies fidèles…

    Entre Brest et Le Conquet

    Entre ciel et mer

    La terre s’est avancée.

    Entre les bras des gris cotonneux,

    Raide et fière, elle s’est abandonnée.

    Amies fidèles,

    Contre vents et marées,

    Mer et terre,

    Jamais ne sont quittées.

    Amies fidèles,

    Elles se sont protégées…

    Barre d’Etel

    Barre d’Etel,  août 2016

    Fatiguée d’une si longue marée,

    Tout doucement la mer s’est assoupie.

    Entre les bras de la terre elle s’est endormie.

    Lente et longue,

    Etirée reposée,

    Dans la chair de la côte,

    Elle est entrée.

    Regarde  les gris qui se rencontrent

    Le ciel est bas, il s’approche

    Pour les entendre s’aimer.

    Entre ciel et mer,

    La terre s’est apaisée.

    Entre terre et mer,

    Le ciel a gonflé ses voiles de brume.

    Et dans la lumière qui sombre

    Engloutie par cette  fin d’après midi

    Sans un bruit, sur la rive ourlée

    D’un sable qui crisse

    Ecoute leurs pas qui glissent.

    Écoute-les, ils se sont aimés.

    Seule et triste…

    Elle est figée, blanche et fragile,

    Contre le mur de carreaux blancs et sales.

    En bas des escaliers poisseux d’une station de métro,

    Elle n’attend pas, elle est là.

    Triste et digne, son regard bleu est épuisé.

    Elle a faim, elle est seule, femme oubliée ;

    Raide de honte, elle ne dit rien,

    Immobile dans le concert des pressés.

    Je ne peux continuer, il faut que je lui offre

    Deux mots peut-être, un regard surtout

    Tout faire pour l’exister.

    Elle est une mère oubliée.

    Les talons claquent, tout s’accélère.  

    C’est le fracas d’une rame, odeur humide, grincements métalliques,

    Une grappe est sortie, une autre s’est engouffrée ;

    Et elle,  est restée

    Seule et apeurée.

    Tout doucement je me suis approchée,

    Lui ai pris les deux mains, les ai serrées

    Ses yeux se sont baissés,

    Elle ne peut me regarder

    Elle n’ose  plus exister.

    Tout doucement contre moi je l’ai serrée,  

    Tout doucement elle a pleuré.  

    Mes Everest : les mots, Jean Paul Sartre…

    Les souvenirs touffus et la douce déraison des enfances paysannes, en vain les chercherais-je en moi. Je n’ai jamais gratté la terre ni quêté des nids, je n’ai pas herborisé ni lancé des pierres aux oiseaux. Mais les livres ont été mes oiseaux et mes nids, mes bêtes domestiques, mon étable et ma campagne ; la bibliothèque, c’était le monde pris dans un miroir ; elle en avait l’épaisseur infinie, la variété, l’imprévisibilité. Je me lançai dans d’incroyables aventures : il fallait grimper sur les chaises, sur les tables, au risque de provoquer des avalanches qui m’eussent enseveli. Les ouvrages du rayon supérieur restèrent longtemps hors de ma portée ; d’autres, à peine je les avais découverts, me furent ôtés des mains ; d’autres, encore, se cachaient : je les avais pris, j’en avais commencé la lecture, je croyais les avoir remis en place, il fallait une semaine pour les retrouver. Je fis d’horribles rencontres : j’ouvrais un album, je tombais sur une planche en couleurs, des insectes hideux grouillaient sous ma vue. Couché sur le tapis, j’entrepris d’arides voyages à travers Fontenelle, Aristophane, Rabelais : les phrases me résistaient à la manière des choses ; il fallait les observer, en faire le tour, feindre de m’éloigner et revenir brusquement sur elles pour les surprendre hors de leur garde : la plupart du temps, elles gardaient leur secret. J’étais La Pérouse, Magellan, Vasco de Gama ; je découvrais des indigènes étranges : «Héautontimorouménos» dans une traduction de Térence en alexandrins, « idiosyncrasie » dans un ouvrage de littérature comparée. Apocope, chiasme, Parangon, cent autres Cafres impénétrables et distants surgissaient au détour d’une page et leur seule apparition disloquait tout le paragraphe. Ces mots durs et noirs, je n’en ai connu le sens que dix ou quinze ans plus tard et, même aujourd’hui, ils gardent leur opacité : c’est l’humus de ma mémoire.