La mer est basse…

Homme en plaine,

Ta mer est si loin,

Il te faut la rêver.

Elle est là, c’est elle.

Je l’entends.

Dans l’arrière-pays de ta tête,

Elle chante et danse,

De vagues couplets aux reflets bleus.

C’est si long,

Toute une nuit passée,

A pousser des cris de vent gris.

Au matin du levant,

Impatient,

Homme en peine,

Coeur à marée basse,

Ouvre les lames de ses yeux.

Il pleut des larmes salées,

Sur le sable fleuri.

Doucement, sans un bruit,

L’homme sans haine,

Lève son regard bleu,

Le pose au fond du ciel endormi.

Regarde-le,

Il pleure une vague échouée…

Une journée d’automne… inédit de 1980…

Je range, je fouille, j’ouvre de vieux cahiers et tombe parfois sur des bouts, sur des essais, parfois maladroits, un peu emphatiques, mais je suis indulgent avec celui qui écrivait il y a quarante ans. Je cherche les traces, dans les mémoires du papier…

C’était une journée d’automne qui se terminait par petites flaques, sur le pavé gluant. Plus rien n’avait l’odeur du neuf. Dans chaque grain de poussière, dans chaque molécule de vie, un parfum de moisissure tirait des larmes aux passants du soir. Dans les yeux de ceux qui se croisaient, il y avait cette lueur de désespoir, si vraie, si dure, si fatidique, si irréversible. Comme si…

Comme si la destinée de chacun était contenue dans ce bruit, sourd et continu, bruit qui m’arrache encore des larmes tant il est dur de se sentir glisser sur des pentes où l’amour n’existe plus que par pointillés jaunâtres. Le ronflement de l’alentour produisait comme un halo de brouillard, mais il m’étouffait plus que n’importe quel autre, il m’étouffait en dedans, il me bouffait mon printemps qui à cette heure-ci n’était pourtant encore qu’inscrit en marge, en attente de frénésie, en attente d’irréel…

Inspiration

J’ai posé mon oreille endormie

Sur la blanche feuille

Aux bords arrondis.

J’écoute le chant des mots retrouvés,

La douce mélodie glisse sur le papier

Du bout des doigts,

Mes si belles lettres j’ai caressées.

Affamées par une longue traversée,

Autour de ma table sans marges elles se sont installées…

21 décembre

Brumes…

J’ai supprimé le texte que j’avais écrit tout à l’heure, je le trouvais mauvais, très mauvais même…Ça arrive : tant pis, mais comme j’aimais beaucoup la photographie, prise ce matin même, je la laisse, seule, sans texte, et me dit que pour une fois elle se suffit à elle même, n’est ce pas ?

Ciel fait ce qu’il peut…

Ville nouvelle,

Pousse et grandit.

Jour après jour,

Ville pose ses lignes.

Pures et droites,

Arêtes sans ailes,

Pour faire les belles

Se croisent et s’emmêlent.

Longues, effilées,

Regarde les,

Au bord du bleu s’arrimer.

Ciel fait ce qu’il peut,

Sort une vieille palette de bois creux.

Gratte, frotte

Sort un pinceau de plume

Attrape quelques perles de brume

Les invite dans ses filets

Pâles pétales

D’un souffle étalé…

28 novembre

Je voudrais prendre le temps…

Je voudrais prendre le temps,

Le prendre doucement, simplement,

Tout contre moi,

Le serrer, le consoler,

Je voudrais lui conter

Deux, trois petites histoires,

Lui murmurer une, deux mélodies

A fredonner quand tout est pluie.

Et l’entendre respirer,

Puis dans un souffle me rassurer.

Ne t’inquiète pas homme pressé,

Quand tout va trop vite,

Je disparais, vous laisse passer…

Sans même vous regarder

Vous qui oubliez de rêver…

22 novembre 2019