
Guillaume enfile de vieux vêtements. Par-dessus, il met une cotte que Jules lui a prêtée. C’est un peu l’uniforme des agriculteurs modernes. Il retrouve Jules devant le hangar à matériel, en train d’atteler une tonne à lisier.
Guillaume n’y connait rien et pour faire sérieux, il a sorti un carnet pour prendre des notes. Il s’approche. Jules le regarde des pieds à la tête. Guillaume est mal à l’aise. Ils n’ont pas vraiment pris le temps de se connaitre.
– C’est chouette Jules, d’avoir répondu à ma proposition. Je ne m’y attendais pas. Vous savez, parfois je dis les choses rapidement sans imaginer qu’elles seront vraiment faisables ensuite. Quelle coïncidence quand même ! Vous vous rendez compte, j’ai vécu jusqu’à 18 ans à Dole et n’étais jamais venu ici.
– Oui drôle de coïncidence ! Vous savez, mais on peut peut-être se tutoyer, le trajet qu’on vient d’effectuer, je le connais bien je le faisais tous les jours en autocar pour aller au lycée.
Guillaume se fige. Il se souvient bien que dans sa classe il y avait des fils d’ouvriers, mais des fils de paysans ça il n’en a aucun souvenir. Il change de sujet.
– Tu regardes souvent cette émission ? Je ne sais pas ce que tu en penses, mais je trouve qu’elle survole les sujets, elle ne va pas au fond des choses…
– Oui tu as raison, c’est comme les débats qu’on avait au lycée. Je ne sais pas pour toi, mais dans mon établissement c’était la mode, et c’était toujours les mêmes qui parlaient… et entre nous, la plupart du temps ils étaient à côté de la plaque. Bon, assez bavardé on va y aller. Est-ce que je peux te demander de te mettre derrière ? Il faut que je recule et tu vas me guider…
Guillaume est de plus en plus mal à l’aise mais il s’exécute. Jules monte dans la cabine du tracteur, enclenche la marche arrière et simultanément appuie sur la manette qui déclenche l’éjection du lisier.
Guillaume n’a rien vu venir.
Jules descend et se confond en excuses. Guillaume est couvert de lisier, même les lunettes en sont crépies.
– Je suis vraiment désolé, c’est la première fois que cela arrive. Attends-je vais nettoyer les verres.
Guillaume est pétrifié. Il vient de comprendre. Jules n’a pas fait de fausse manœuvre. Il a pris un chiffon qu’il passe sur les verres. Guillaume le distingue enfin. Jules le regarde : il est devant lui et le fixe avec un petit sourire.
– Alors Mr Toubard, maintenant que je vous ai enlevé la « merde » que vous aviez devant les yeux vous la voyez enfin la campagne…
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