Ecoute petit homme, Ecoute. Il est si beau ce monde qui ne dit rien. Il est si beau ce monde, Il te parle, c’est le tien.
Regarde petit homme heureux, Regarde ces furieux, Fanatiques, frénétiques, Ils ont le cœur électrique.
Ils préparent la prière, Hymne cathodique Aux rimes numériques, C’est le matin du malin.
Nuques raides, regards vides, Les impatients sont livides, Epuisés, lessivés, Un long sommeil les a lavés.
Ô Nuit blanche et câline, Ne t’épuise plus à blanchir Ces haines rances à mourir. Semées sur l’écran creux De leurs rêves sans bleu.
La nuit les a libérés. Il est l’heure, Affamés, ils attendent La victime par eux condamnée. Leurs mots sont prêts Ils vibrent, affutés, aiguisés, Ils vont frapper !
Pas un regard pour ton monde qui sourit. Ils attendent leurs matins numériques.
Rien ne brille, rien ne bouge
Hystériques ils cliquent, ils cliquent Ils cliquent, Et ce matin, petit homme, C’est une claque, Une claque pour les creux. Les écrans sont lisses et vides.
Les nouvelles du jour ? Parties, envolées, manipulées, falsifiées ? Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…
Le monde les voit Il pleure de cette embolie Il rit de cette folie
Mais cette nuit, petit homme, Le monde a agi. Le monde ne regrette rien Il le fallait, il l’a fait.
C’est si simple, Petit homme La poubelle était pleine, Le monde l’a vidée, Et dehors l’a laissée.
Dans les marges du hasard Flotte un presque flou Il nous invite à oublier Le bout de cette ligne Que nous écrivons en tremblant Et laisser glisser notre main tendue Sur les rives bleues de cette rime d’espoir
Dans le brasier des haines ancestrales Ne souffle pas ô toi homme des terres apaisées Prends garde au vilain revers Des vents mauvais Ils attisent les flammes Ils attirent les armes Tu t’endors dans l’insouciance Les larmes sont loin Mais prends garde homme sans chagrin Qu’elles ne coulent sur l’encre de tes mots
Je n’ai pas l’habitude d’utiliser ce blog pour commenter l’actualité mais je suis saisi de dégoût lorsque je vois circuler certains tableaux comparant le nombre de victimes entre les deux belligérants du moment…
Les comptables de l’horreur me révoltent, la mort de celles et ceux qui sont victimes de la barbarie n’entre pas dans un tableau Excel en en comparant les colonnes comme s’il s’agissait de faire le constat froid et glaçant que pour certains la colonne du débit est déficitaire. La diffusion de ce type de tableaux me révolte et justifie ce qui pourrait s’apparenter à un droit de tuage, pire encore qu’un permis de tuer. Quand l’horreur de la guerre, du terrorisme nous frappe, il ne s’agit plus de chercher un ignoble équilibre sur la balance de la barbarie, il s’agit de tout mettre en œuvre pour que la paix soit la seule réponse possible aux comptables de la haine…
Un vieux texte que j’ai retrouvé ce matin, écrit lors d’un voyage en Lorraine…
Le plateau de Lorraine : un
désert d’ondulations jaunâtres, avec du vert pâle pour apaiser le regard. Terre
chargée des combats d’hier. Jules observe et distingue les silhouettes qui
avancent encore, empesées dans leurs redingotes humides. Les yeux sont emplis
de souvenirs boueux. La guerre des autres, la guerre de ceux qui partaient pour
la dernière, et les échos, ailleurs, d’autres canons, d’autres guerre qui n’en
finissent plus. Jules ne supporte pas ces touristes pédagogues qui battent des cils
quand le guide local évoque tous ces moments d’histoire qu’ils enseignent, qu’ils
didactisent. Sourires narquois de celui qui même en short et nu-pied empeste la
suffisance de celui qui sait, qui contrôle et s’apprête à relever l’erreur qu’il
attend avec sadisme. On le sent sceptique, méfiant de ce savoir terreux qui
vient d’un gars du pays dont on devine que les siens sont passés, par ici, dans
cette cave fortifiée qu’on disait imprenable. Jules sourit, Jules se souvient
de ces orages de feu qu’il a appris, qu’il a entendu quand on lui a raconté.
Jules voudrait tant que les autres s’effacent, que l’on écoute, que l’on
entende le cri de la terre qui se souvient.
C’est inquiétant voyez vous… Le monde se fait beau et il ne pense même pas à bien faire. Il sait qu’on ne le verra pas, il sait que ses couleurs ne seront pas comprises, il sait que l’humanité a la nuque courbée. Mais il essaie. Il appelle : j’existe dit-il, ouvrez les portes de votre fabrique à sourires !
Rien ! Le silence…Un silence mou sans le moindre espoir de rimes…
Je cherche dans le fond humide de ma réserve à mots, un verbe qui pourrait survivre sans complément, sans adverbe, sans tous ces parasites qui au mieux affadissent au pire empoisonnent l’essence première du mot, cette saveur originelle qui lorsqu’elle fut la première fois utilisée suffisait, exprimait à elle seule ce qui était ressenti, c’est-à-dire vu, entendu, touché, goûté. Ces mots verbes existent je le sais, je les cherche, je les traque. Mais il y a aussi ceux que la grammaire a décidé d’entrer dans la catégorie des noms communs. A-t-on pris le temps de s’interroger sur la signification de ce commun, qu’on ajouter pour désigner ce qui pourtant désigne à lui seul l’essentiel. Peut-être s’agit-il d’une juste opposition au qualificatif propre. Serait-ce la propreté ou la propriété qu’on veut opposer au commun, au collectif. Il y aurait donc le mot qui appartient à un seul et ce qui est à tous ; pourquoi pas ! Mais le commun peut aussi être vu comme le banal, comme le courant, qui n’a aucune aspérité, aucune singularité. Ne dit-on pas d’un vin qu’il est commun pour éviter de dire qu’il n’est pas bon… Le vin, le ciel, le vent, la brume, le mauve, l’amour, que de noms communs qui dans ma réserve occupent une place singulière…
Les autres…N’écoute pas ce qu’ils te disent, sors de leur route toute tracée, choisis ton chemin. Et si on te répond que ce n’est pas possible d’entendre la mer lorsque tu es dans la forêt, ne dis rien, ferme les yeux et plains les, eux, qui n’entendent pas les arbres qui s’essaient au bruit des vagues. S’ils te disent que c’est ton imagination qui te joue des tours, réponds-leur que leur imagination est en panne, fatiguée, dis-leur que c’est quand on ne veut pas voir ce qui est vrai, quand on ne veut pas entendre le bruit des vagues qui secouent les crêtes des sapins qu’on est trompé par son obsession du réel convenu.
Cette imagination-là n’est pas la tienne, tu n’en veux pas de ces artifices pour enfant naïf qui fabriquent du magique pour empêcher d’aller ailleurs, de choisir d’autres chemins, tu n’en veux pas de cette mythologie préfabriquée qui fabrique des rêves à la chaîne, des rêves qui sont toujours les mêmes, depuis longtemps, et pour tout le monde. Tu dois leur dire que les arbres tu les vois comme des arbres et pas comme de vieilles femmes aux doigts crochus ou tout autres monstres qu’on veut entrer de force dans les têtes pour que les peurs soient identiques.
Tu ne dois pas être comme les autres. Les arbres tu dois les voir arbres et la mer que tu entends quand ils bougent dans le vent tu dois dire que c’est la mer. Tu ne dois pas dire : ils font comme la mer, c’est comme la mer, j’ai l’impression d’entendre la mer. Tu ne dois pas dire cela parce que c’est injuste de le dire, c’est injuste pour les arbres d’abord, et puis pour la mer surtout, c’est comme si tu disais que la mer n’existe pas, qu’elle est ailleurs, plus loin, toujours plus loin, qu’elle n’appartient qu’à ceux qui prétendent qu’ils l’ont vue, qu’ils l’ont entendue avec leurs mots à eux, avec les mots qui ont été fabriqués par d’autres pour dire que la mer existe, ici, et pas ailleurs…
Toi tu dois dire que la mer existe ici, dans ces forêts d’altitude, tu dois dire qu’elle est là, derrière ce vent, comme une mémoire……
…C’est un voilier qui hésite encore entre la voile d’hier, faite de bois et de cordes qui sentent la paille et la voile de demain faite de matériaux lisses, et de cordages qui sentent le plastique. C’est un bateau qui hésite, entre deux, il a du gris dans les rares couleurs que le soleil lui a laissé, un gris qui parle des marées, un gris qui parle des pluies d’hiver qui déchire le bleu de la mer. A bord sur le pont, encombré de tous ces objets qui parlent vrai tant ils sont usés, un homme se déplace lentement. Chaque chose qu’il touche semble le remercier. Il n’est pas comme les autres, il semble déjà un peu plus loin, son regard ne se disperse pas, son regard est à ce qu’il fait. Les autres, ceux qui virevoltent sur des bateaux de catalogue ont les yeux absents, on ne les devine même pas derrière des verres de marques ou se reflètent des couleurs qui n’existent que pour les touristes canonisés. Sur le pont, l’homme sans lunettes se prépare pour le départ. Arrivé hier soir, sans bruit, il a cherché un mouillage éloigné des autres pour ne rien dire, pour ne pas parler d’où il vient, pour ne pas utiliser de mots qui n’ont pas de sens pour lui. Les autres, lorsqu’ils sont au port aiment à raconter, se raconter, l’homme au navire sans âge n’est pas de ceux-là. Il ne se mêle pas à la vie du port. Il ne les méprise pas, il lui arrive même parfois de les écouter, de s’emplir de leurs rires pour s’en faire une couverture, douillette pour la nuit. Il ne les méprise pas, mais il n’aime pas qu’on pose de questions, il n’aime pas qu’on cherche à savoir. Son histoire ne doit intéresser personne, il ne le veut pas. Il se souvient, lorsqu’il est parti, il a mis le cap vers le nord, avec le vent de face. C’était un vent coupant et lui serrait les dents, pour ne pas faiblir, pour ne pas se poser de questions. Il était parti un matin tout simplement et quand il avait posé la main sur la barre en sortant du port de Concarneau, il savait qu’il ne parlerait plus, il avait tant à faire, tant à se dire à l’intérieur…
Immobile, face au port qui lui fait les yeux doux, Maurice enregistre tout, il accumule des réserves, pour demain, quand il tirera les couvertures de son lit et qu’il fermera les yeux. Il a marché sur le quai, lentement, très lentement, vite ça fait touriste pressé qui oublie que les dalles usées ont été polies par l’impatience de toutes ces femmes qui attendaient que la mer ramène leurs hommes, leurs fils, leur frère. Maurice sent tout cela. Amarré, à quelques mètres un petit chalutier. Ils sont deux à hisser des caisses sur le bord. Maurice ne regarde pas le contenu des casiers, il ne veut pas s’ébahir à la vue des poissons luisants oubliant ceux qui sont allés les chercher. Il regarde leurs mains. Ce sont des mains qui semblent vivre seules, qui ne s’agitent pas inutilement. Les gestes sont précis, lents, définitifs. Elles plongent d’une caisse à l’autre saisissent des poissons avec respect, délicatesse. Maurice se souvient des mains du poissonnier. Ce ne sont pas les mêmes, ce sont des mains qui ont oubliés d’où vient la sole ou le bar, des mains pour découper, pour écailler, pour peser, pour rendre la monnaie. Ils les regardent, ils ne se parlent pas, c’est inutile : ils viennent de passer une journée en mer, à travailler, en plissant les yeux, à cause du soleil, du sel, de la peur, de la fatigue. Maurice comprend qu’on ne parle pas à la mer comme à n’importe qui, on ne parle pas de la mer comme s’il s’agissait simplement d’une étendue d’eau. Il est temps. Maurice doit rentrer, à l’intérieur, dans les terres. Il n’est pas triste, il reviendra. Il sait à cet instant qu’il n’est plus et ne sera plus jamais le même. Aujourd’hui tant de sensations ont accosté dans son port intérieur. Il lui faudra plusieurs jours pour décharger. Maurice reviendra, il reviendra et partira sur un bateau, sur son bateau…
Le jour se lève me dites-vous ? Était-il donc endormi ? Comment ? Assoupi, simplement… Tiens donc… Étrange, n’est-ce pas ? Je n’ai rien vu. J’ai cherché, vous dis-je. J’ai cherché sans un bruit, Me perdant Jusqu’aux bords mauves De votre trop longue nuit Et ne l’ai point rencontré. Vous doutez ? C’est tant pis : Je n’irai plus déranger Les belles couleurs de votre ennui…
Dans le matin pressé de la fureur ferroviaire Parfois une tentation de lenteur On pose alors un regard furtif par la vitre Qui se rêve fenêtre Regarde Une ride sur l’eau Il est encore là le temps du sourire
Les habitués de mon blog connaissent cette rubrique humoristique, après une longue hibernation et après avoir republié quelques uns des jugements de ce tribunal, elle va revenir, je l’espère régulièrement.
Le tribunal académique, après ce long et salutaire retrait, reprend ses séances. Quelques évolutions sont à souligner. C’est désormais une présidente qui dirige les débats et décide des sanctions. A ce qui se dit, elle est d’une intransigeance sans failles. Outre sa formation juridique, elle suivi une formation en « émotologie ». Il s’agit d’une nouvelle discipline qui étudie les émotions à travers les mots.
Désormais les plaignants, lorsqu’ils formulent un recours doivent produire un argumentaire, expliquant en quoi l’usage incongru, intempestif et inapproprié de tel ou tel mot, terme ou expression est de nature à perturber l’ordre public, poétique et politique. C’est ce qui est appelé la règle du « POPPP ». La Perturbation de l’Ordre Public, Poétique et Politique. Le tribunal académique est chargée de ce contrôle. Si la présidente du tribunal est la seule habilitée à prononcer le jugement elle s’appuie désormais sur un véritable conseil de l’ordre, le « COPPP », le conseil de l’ordre public, poétique et politique. Composé de 12 membres ce conseil siège désormais de façon permanente, ce qui va permettre enfin d’améliorer la réactivité de cette instance. Nous venons enfin de prendre connaissance de l’identité des 12 titulaires. La voici : afin de ne pas mettre en danger la vie de ces courageux conseillers, seules les initiales nous ont été transmises ainsi que la profession de ces éminentes personnes.
MB : astiqueur de cor de chasse et autres cuivres culinaires
BR : dresseuse de mèches rebelles
GF : soudoyeur de fonds de cuve
RL : danseuse sur pilotis
TT : accordeur d’escabeaux
HP : rééducatrice en ventriloquie
PP : coiffeur pour cascadeurs
OG : Regardeuse d’horizons
AV : Pilote d’essais infructueux
FD : Chanteuse pour crabes à raie
RT : Perceur de secrets
SL : Répétitrice de silences de plomb
Dans les prochaines semaines les premiers jugements vont être rendus. Ils devraient concerner, entre autres, les mots suivants : « dissolution, bienveillance, grave, sociétal, connecté, télétravail, retraite, dictature…
Larmes au bord des yeux Rouges braises d’une tristesse étoilée, La pluie est à l’intérieur, D’émotions le trop plein est empli. Et déverse des flaques de gris. De chaque couleur il est l’ennemi. Tu attends le soleil qui fige la surface. Voile de lueurs, Apaisent ombres de l’intérieur. Demain, Dans le peut-être du futur apaisé Petite flamme bleue Danse et luit, Douce lumière scintille, Et rit au fond de tes yeux.
Si belles gouttes de pluie Doucement ont retrouvé le chant du clapotis Les feuilles ont la goutte qui espère Odeurs de terre assoiffée reviennent Elles se souviennent C’était écrit sur cet humide et doux papier Pattes de mouches ivres de ce vert aimé
J’aime cette timide fraîcheur Elle entre en riant par la petite fenêtre Une grue grince au sommet du village J’entends le son creux des masses sur les coffrages Les maçons sont à la tâche Le chant du coucou comme une caresse d’horloge Je suis si bien dans ce presque silence
La terre a tremblé Dans ce pays que nous avons tant aimé Des larmes coulent sur les ocres failles La terre a tremblé et nous sommes secoués C’est dans le toujours loin Que même les rimes Sont en ruine C’est dans le toujours trop loin Que s’entendent les longs chagrins
On a toutes et tous sur le chemin de nos vies Une belle flaque de ces amitiés qui éclaboussent Comme l’enfant oiseau sautillant On y saute parfois les deux pieds joints en riant On ruisselle de ces pleines gouttes On rit on pleure on s’ébroue Nos sourires sont ébouriffés Viens suis moi et cherche avec moi Cette longue suite des frêles cailloux Qui chantent les meilleurs refrains Sur nos routes de demain
Il ne reste de toi qu’une trace amputée de ses hauteurs de vue On entend le chant rauque des nœuds fragiles de ta longue histoire Tu racontes la douceur lointaine de ces mains qui se sont croisées A l’ombre que tu offrais quand les cœurs se mettent à battre Tes racines sont loin et tu attends la douce étreinte d’une prochaine marée
Dans ma réserve à émotions, Dorment quelques ports, Aux couleurs métalliques. Pas une voile, pas un visage buriné. Dans ma réserve à poésie, Tant de terres oubliées, Tant de beautés condamnées. De mots en mots, J’accoste sur des rives étonnées, Je cueille les couleurs abandonnées. Une à une, je les inspire, Feuille à feuille, Elles peuplent ma mémoire de papier
Ami regardeur Ne cherche pas un sens A chaque bouquet de couleurs Si tu le peux Si tu as le temps Attrape quelques éclats des rires ocres et roses On te parle avec envie du doux peuple des fleurs Mais toi tu ne saisis rien aux ordres du beau Tu n’obéis plus Entre deux portes de tes vieilles peurs Tu fabriques ce beau présent Aux mille bonheurs
Il y a parfois un trou dans le vide que laissent les absents On y passe discrètement une tête On laisse son œil se poser sur cette trace profonde On attend doucement Sans rien dire sans attendre Là juste derrière le dernier souvenir On entend le long murmure D’un si beau fou rire…
Flash J’ai tiré le rideau noir de mes lointains souvenirs Sourires en fleurs Pleurs en pire Lumières mauves sur la scène Regarde et lève-toi Elles te saluent les traces Du bel hier
Ce que je voudrais mes amis C’est simple Un bout de ciel qui traîne Dans l’attente impatiente D’une mer qui revient de loin Un rien de silence Une pincée de tendresse Un serrement de gorge Un frisson imprévu Ce que je voudrais mes amis C’est simple C’est une petite miette de cette si belle vie
Derrière chaque fenêtre fermée Des histoires se vivent où se racontent Dans un tendre murmure Dans un fracas de cris blessants Tout cela je ne le saurais pas Derrière chaque fenêtre fermée Je ne fais que passer Et ouvre en grand La boîte bleue de mes rêves d’enfant
Incroyable, ils se parlent ! Que tu dis-tu ? J’ai bien entendu ? Ils se parlent ! Tu me dis qu’ils se parlent ? Tu divagues…Ils ne peuvent pas se parler, c’est impossible ! Se parler, se parler, mais je rêve. Pour se dire quoi ? Oui, c’est ça, que se disent t’ils ? Est-ce que tu les as entendus ? C’est grave, il faut qu’on prévienne. Il va se passer quelque chose, tu te rends compte. Parce que s’ils se parlent, cela veut dire qu’ils ont levé la tête, qu’ils se regardent, qu’ils se voient…
J’ai toujours beaucoup aimé que les angles puissent être ronds. Histoire qu’une fois au moins dans sa triste et droite vie aux figures imposées la géométrie se permette un rond de jambe, ou mieux encore une pirouette. Une belle et ronde pirouette. Ce serait chouette d’étudier la pirouette, d’en connaître toutes les formules, celle du périmètre, de la surface.
Mais revenons à notre angle qui défie par son rondeur la sévérité pointue de toutes les équerres. Il s’en moque et il est même fier tous les matins de me proposer de suivre le chemin qu’il me propose, tout en douceur.
Et par dessus tout il y a ces fameux angles morts qu’on vous signale, on vous met en garde : « attention aux angles morts ». Je me questionne, mais de quoi sont-ils morts, qui sont les vils auteurs de ce crime géométrique ? Et s’ils sont morts, ils ne sont plus, ils n’existent pas alors pourquoi nous dire de faire attention, que nous réserve t’ils ?
Je pioche de ci, de là dans ma mémoire, et je trouve parfois des traces, des bouts, des débuts livrés à eux mêmes, en voici un
C’était un soir graisseux, comme tant d’autres. Il était imprégné de cette odeur métallurgique, si prenante, si noble. Non, vous vous trompez, pas une odeur de saleté, pas de ces odeurs aigrelettes qui est la marque de ceux qui respirent par réflexe animal. C’est l’odeur noble du métal qu’on fond, Derrière ses yeux fatigués on sent la force de celui qui vit la matière comme un prolongement de sa douleur. Rien n’est plus beau dans notre mémoire sidérurgique que ces pas lourds ouvriers qui frappent le trottoir aux premières lueurs du jour. Rien n’est plus fort que ces rencontres au détour d’une aube blafarde avec les ceux qui font notre fierté.
Ces quelques mots écrits sur un cahier souvent ouvert à l’envers, je les retrouve ce soir, trente ans après et je souris. Je souris parce que les trottoirs sont propres, parce que les pas lourds ont disparu. J’ai l’impression d’avoir fermé définitivement Germinal…
En bas tout au fond des bavardes vallées Des hommes commentent le rien Se gavent de peurs pour s’inventer le pire Au sommet du mont silence des matins apaisés J’entends la douce mélodie des espoirs oubliés
J’ai désormais un peu de temps, tout au moins un peu plus de temps à consacrer à mes écrits. Je veux mettre de l’ordre, repenser les catégories, envisager la constitution de recueils. Je vais commencer à vous proposer sur mon blog de découvrir ou redécouvrit ( pour les fidèles…) la republication de textes. Plusieurs thèmes se détachent nettement, ceux de la mémoire, des traces avant tout, la mer bien sûr, le ciel, les ciels, les sensations matinales etc…
Je vais débuter aujourd’hui ce travail de longue haleine. Et si le cœur vous en dit n’hésitez pas à commenter, me faire des suggestions, pourquoi « classer ».
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard Toi t’entends déjà Les pas de la ville Qui résonnent aux fenêtres Des fils sans drapeaux Le pas fasciste de la ville Le pas creux de ceux qui t’étouffent En vainqueur Alors t’as peur T’as peur parce-qu’on t’a dit Que tu étais foutu T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir Ainsi Comme les autres Ceux qui sont en bas Et toi tu dis que ça ne recommencera pas Qu’on y reviendra Mais ils t’ont bouffé ton présent Alors n’y crois plus Parce que les autres ont réussi T’étais tant sûr de toi Quand tu leur disais qu’ils avaient tort Mais toi tu travaillais sans filet Et les autres ils sont en bas Ils attendent que tu te casses la gueule Déjà tu commences à te lamenter Dans le musée de ton angoisse Aïeul de ton soupir de haine Tes yeux ne sont plus des fenêtres Ils sont déjà des barreaux sanglants Sur des fentes qui se ferment Tes mains ne sont plus des amies pour celles des autres Ce sont déjà des armes pour ceux qu’ont les bottes Tu sens déjà ta bouche pourrir A s’attarder sur leurs mots de pierre Que leur construisent des temples d’enfer… Avant que ne meurent les victoires écorchées Avant que ne s’entendent les discours du hasard Tu regardes Pour savoir Pour l’espoir Dans la foule pas un qui ne bouge Pas un qui ne songe à remuer son poids de graisse Alphabétique Pas un qui n’oublie son anonymat Pas un qui n’épèle son nom Pas un pour croire qu’il y autre chose Au dessus d’eux Pas un qui n’ait un visage qui se reconnaît Parce que tous attendent le lendemain Qui suivra leur journée d’adoption Qui passe en les tuant Par paquets de minutes Qu’ils ont volés à la pendule de ceux qui veulent pas Mais qui sont morts Pour l’instant ils ne marchent pas Ils avancent Mécaniques amnésiques D’un mot qui revient Sur toutes les lèvres pincées Des ceux qu’on dit gagnants Alors toi t’as plus que tes amis Derrière d’autres fenêtres Alors tu te dis que les leurs vont s’ouvrir Et t’entends déjà le frémissement d’une autre foule La foule aux visages ouverts Alors tu joues une dernière fois à perdre l’espoir Pour accroître ta haine Pour que ton amour pousse Au rythme des humains Tu t’en fous que les fusils Soient les croix des cimetières Parce que toi tu veux te mettre à la fenêtre Sans avoir la face éclaboussée Par une flaque de calamité Parce que toi tu veux revenir de ton voyage Avec pour tout bagage Le seul mot que tu auras rencontré Parce que toi tu veux voir ce que tu as choisi Voir deux amis se rencontrer Voir deux années se raconter Voir ou les hommes pleurent de joie Voir où les enfants rient D’avoir trop pleuré Ailleurs Voir les chefs mourir Voir la beauté sans miroir Voir des sourires sans bénéfices Voir Tout voir Te voir Novembre 1979
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard Tu devrais réapprendre le regard Qui fait avouer le vrai Pour partir loin d’ici Dans un rêve qui ne finit jamais Partir sans visage Amnésique Voyager dans le creux de la vague Que forment les désespoirs De ceux qui restent Parce qu’ils veulent pas Voyager sur le trottoir d’en face Où l’histoire s’est faite avec ces foutus Que t’as failli rencontrer Tu devrais voyager avec ceux que les autres oublient Parce qu’ils sont habillés de refus Tu devrais connaître le paysage de leur mort Le labyrinthe de leur vie Pour qu’eux aussi ils sachent Que t’as peur Que t’as peur quand t’es suivi Par ceux qui fusillent Les habitués de l’ombre de l’histoire Mais il est trop tard Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard Toi t’entends déjà Les pas de la ville Qui résonnent aux fenêtres Des fils sans drapeaux Le pas fasciste de la ville Le pas creux de ceux qui t’étouffent En vainqueur Alors t’as peur T’as peur parce qu’on t’a dit Que t’étais foutu T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir Ainsi Comme les autres Ceux qui sont en bas Et toi tu te dis que ça ne recommencera pas Qu’on y reviendra Mais ils t’ont bouffé ton présent Alors n’y crois plus Parce que les autres ont réussi T’étais tant sûr de toi Quand tu leur disais qu’ils avaient tort Mais toi tu travaillais sans filet Et les autres ils sont en bas Ils attendent que tu te casses la gueule Déjà tu commences à te lamenter Dans le musée de ton angoisse Aïeul de ton soupir de haine Tes yeux ne sont plus des fenêtres Ils sont déjà des barreaux sanglants Sur des fentes qui se ferment
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard Tu te dis que ça fait déjà longtemps Que tu ne sais plus lui parler T’as fini par croire que tu t’étais trompé T’as fini par vouloir accepter Que c’était un jeu perdu d’avance pour toi Et puis t’as reculé T’as refusé d’y croire T’as recommencé Et on dirait que t’as plus peur Et déjà t’attends T’attends la proclamation d’une mort générale Pour ceux qui obéissent Et qui disent qu’ils sont seuls T’écoutes la plainte du nombre De ceux qui pourrissent de honte Parce qu’ils ont perdu la force d’aimer Et de recommencer Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard T’aurais voulu te raconter Parce que t’as entendu dire Que quelqu’un finirait par parler De ceux que tu détestais T’aurais voulu leur parler Pour leur dire qu’ils existent Pour leur dire qu’ils subsistent T’aurais voulu la mort Qui tuera les blessures de ta croûte sénile Parce qu’à force de vouloir t’éviter Tu finiras par te condamner Au repos ahurissant Des travaux forcés Du bagne de la ville qui étouffe Les ceux qu’on dit poète
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard… Tu pourrais écrire des tragédies larmoyantes Symptômes de vie Paresseux mensonges d’une fausse mélancolie Tu te portes au secours d’une angoisse Qui s’agglutine Par plaques de paumés Sur les regards de ceux qui naviguent Sans tickets Tu devrais partir sans clefs Pour nulle part Et pour que si tu te perds Tu saches où aller Tu devrais être l’instant présent Et qui passe plus vite qu’on l’oublie Tu devrais écrire un poème Où la rime qui s’entend Est un baiser qu’on espère Tu devrais oublier les autres Parce qu’ils ont leur ombre Parce que tu as la tienne On t’a dit que tu étais né Comme les autres Et toi tu joues au différent Parce que tu sais que tu n’es rien Parce que tu connais la mort Tu l’as découverte En l’église des paumés de l’angoisse Où l’on ne prie pas Mais où l’on crie qu’on a peur Dans ce bal costumé qui n’en finit jamais Il faut que tu assistes à la messe Des ceux qui sont condamnés à attendre le verbe Pour soupçonner le vrai Ils te rajeuniront de ceux que tu ignores Parce qu’ils savent eux aussi Que tu les as trouvés
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard Sois sûr que t’as aimé Pour que le jour où tu animeras ton absence Les suicidés de l’ennui N’oublient pas que tu étais avec eux.. …Apprends à attendre L’heure qui passe et qui suit l’autre Sans lui ressembler Parce qu’elle est encore plus leste Je crois que t’as peur de finir comme les autres Tu voudrais tant que deux plus deux Puissent s’étonner Tu voudrais que les indifférents brûlent Chaque fois que tu prononces le mot Aimer Tu voudrais dire à ceux qui partent Que de toute façon ils ne renoncent à rien Parce qu’ils rencontreront des gens là-bas Qui veulent partir ailleurs Pour ne pas mourir d’une overdose de solitude Tu voudrais prendre le train Qui va vers une gare où la pendule Est sans aiguilles Parce que le chef de gare est souriant
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard Sois sûr que t’as aimé Pour que le jour où tu animeras ton absence Les suicidés de l’ennui N’oublient pas que tu étais avec eux.. …Apprends à attendre L’heure qui passe et qui suit l’autre Sans lui ressembler Parce qu’elle est encore plus leste Je crois que t’as peur de finir comme les autres Tu voudrais tant que deux plus deux Puissent s’étonner Tu voudrais que les indifférents brûlent Chaque fois que tu prononces le mot Aimer Tu voudrais dire à ceux qui partent Que de toute façon ils ne renoncent à rien Parce qu’ils rencontreront des gens là-bas Qui veulent partir ailleurs Pour ne pas mourir d’une overdose de solitude Tu voudrais prendre le train Qui va vers une gare où la pendule Est sans aiguilles Parce que le chef de gare est souriant
Et maintenant Maintenant tu réévalues ta dose de présent A la bourse du verbe aimer Et tu te sens mieux T’avais peur que le désespoir Rattrape la réalité qui te minait Et en face d’elle T’as brisé le cercueil Tes deux bras te servaient d’alibi Pour te tenir sur le fil de honte Qui surplombait le désespoir Venu d’en bas Et maintenant Tes deux bras lui servent De parenthèses T’avais mal dedans le corps Tant le hasard t’avait fait crier Tant le hasard t’avait fait vaincu Et maintenant Tu passes Seul avec celle qui te regarde Et t’as dévalisé la consigne Et tu tires sur tes lèvres Comme l’intoxiqué tire sur sa clope T’avales le vrai et tu vomis ta peur T’avais un trou dans la tête Qui guettait la sortie de ta folie Pour lui passer des menottes de rêve Et maintenant le temps qui te pue Est un éternel motif d’impatience Pour celle dont tu rêves Angoissé dans les murs de ton bar D’artiste sans symétrie Et il te faut trouver Un dictionnaire De mots nouveaux Promesses de vocabulaire A grammairiser Pour les joies que tu lui inventeras Il te fallait tant de choses Pour être sûr Dans ton royaume de deux Que maintenant tu t’en fous Tu poétises Et tu sais que ça transpire Peut-être l’indifférence d’habitude Mais cela ne fait rien tu continues Et ce soir t’as encore envie d’écrire Parce que ça fait un jour de plus Et t’as une boule dans la tête Une boule odeur de lassitude Qui explose à chaque sourire Qu’elle enterre en toi Chaque fois qu’elle commence Le « il était une fois » De ma soif d’impatience Avec une corde au cou, au mois elle m’a remarqué Dans cette foule de pendus Qui rêvent d’évasion En se remarquant Identique Et t’as mal dans la tête Quand elle t’observe T’as mal dans sa peur Qui vibre d’incertitude T’as mal dans sa peau qui fait Pleurer un violoniste Et quand tu la serres contre toi Tu hais encore plus Les silhouettes bureaucratisées Qui sentent déjà le dossier Qui n’est pas fini Ou qu’on va jeter….
Ce soir t’as envie d’écrire Ce soir t’es encore plus près d’elle Parce que cela fait un jour de plus Parce que cela fait un jour de Mieux Alors tu souris A ces murs si nus Qui te racontent L’histoire de ce reflet Dont l’insuffisance suinte Ce regard que tu connais C’était une semaine qui comme Toutes les autres Sentait la potence Mais le nœud ne coulait plus Il s’était ouvert Et toi tu fermais les yeux C’était une semaine Qui comme toutes les autres Transpirait l’ennui Entre les rires d’enfants Trop rares Mais que tu supposais déjà Sur ses lèvres en fête C’était une semaine Dure Dans ton journal de désespoir Il ne te restait plus d’aventures Antidotes A tous leurs regards accrochés Au porte manteau de leur haine Et toi tu les voyais Tu voyais une tâche de pleurs Sur une bouche gardée Un œil mouillé de souvenirs Qui s’en iront Une voix qui a peur des mots Des mots qui cherchent l’horizon du mal Et ne le trouvent pas Un regard qui attend Plutôt qu’il ne voit Et toi qui observe L’espoir en bandouillère
Aux angles flous du soir tombant La trace d’un sourire sur les lointaines crêtes Il pose sa fraîche caresse Sur les regards brûlés par le gris monde plat Des écrans qui étouffent le rêve Un instant Un instant seulement Aime cette fleur éphémère