Flash de Marrakech : 6

Dans l’angle bleu de ma mĆ©moire lointaine

Repose une longue mƩlodie andalouse

Je l’entends qui appelle les absents

Dans la chaleur qui Ʃpuise

Ses derniĆØres cartouches de lueur

Elle est lƠ drapƩe de mauve nuit

Me tend la main

Larmes Ʃternelles

Au bord d’une jeunesse infinie

30 mars

Flash Ć  Marrakech : 5…

Sur la premiĆØre ligne j’Ć©cris un presque vers

Sa rime rousse Ʃpouse le dƩsert

Belle, je l’attrape au bond

Elle fleure bon le sel d’une vie d’hier

Pas de bruits inutiles

Il est beau ce silence qui m’existe

29 mars

Flash Ć  Marrakech : 4…

A toi l’ami du si loin

Je t’Ć©cris de cette vieille terre

Regarde ces longues traces de mƩmoires

Les couleurs s’y inventent des heureux

A L’encre de leurs yeux

Qui fleure bon le miel Ʃpais

Je trace cette lettre Ć  la plume de mon rire bleu

Si tu la reƧois

N’ouvre pas

Ne dis rien

Entends le doux chant de ce loin dĆ©sert…

28 mars

Flash Ć  Marrakech : 3…

Les couleurs cherchent leur nom

Entre ocre et rouille

Vert et olive

Le village accroche mon regard

LassƩ de bleus sans histoires

27 mars…

Flash Ć  Marrakech: 2…

La place vibre et crie

Au soleil envolƩ

Une lente fraĆ®cheur s’est invitĆ©e

Elle glisse et charme en riant

Les longues tresses des Ć©pices endormies…

27 mars

Flash Ć  Marrakech : 1

Cest un matin qui sent le sud

Au bord d’un rĆŖve d’ocre sable

Une fenĆŖtre ouvre son œil taquin

Entends le doux chant berbĆØre

De la ville au lointain dƩsert

26 mars 2023

Le monde est Ć  bas…

Le monde est Ć  terre.
PĆ¢le d’ennui,
Il chante Ć  mots bas.
Entends ce long murmure,
Dans le souffle de mes bras.
Il s’étire jusqu’à demain.
EnroulƩs dans un lourd drap de brume,
Nos enfants chagrins
Pleurent au large.
Leurs cris se glissent.
Entre les plis de ton visage…

Je reviens d’une longue absence…

Photo : Aline NƩdƩlec

Je reviens d’une longue absence

Et j’ai vu

Dans l’arriĆØre-pays de ma tĆŖte

Sur une corde tendue de silence

Pendre quelques loques grises

Elles claquent et se froissent

Sous le souffle mauvais

Des tempĆŖtes aux mots durs

Qu’on voudrait oublier

Je reviens d’une longue absence

Et j’ai entendu

Le rire sautillant d’un enfant

Il est lĆ 

Il attend

La brume s’est levĆ©e

Nos mains se sont tendues

L’espoir renaĆ®t

Il y a parfois un oiseau dans ma tĆŖte…

Il y a parfois un oiseau dans ma tĆŖte,
Un oiseau aux mille couleurs qui Ʃtouffent le gris de mes yeux,
Un oiseau qui plane au-dessus des plaines de ma mƩmoire.
Au matin levant, il frƩmit des ailes.
Les perles de rosƩe glissent sur la plume dorƩe,
Tout doucement la nuit s’est effacĆ©e.
L’oiseau dans ma tĆŖte a chantĆ©.
Il est l’heure de rĆ©veiller les couleurs.
Au bout de mes yeux la lumiĆØre s’est Ć©tirĆ©e.
Au bord de mes yeux quelques larmes de beautƩ.
C’est un matin sans saison, le froid ne pique pas
Il est une caresse souriante qui imite la douce fraicheur.
Ce matin j’ai un oiseau dans la tĆŖte,
Tout doucement de la plume de mes mains

La moitiĆ© et son double : suite et fin.

En musique, en poĆ©sie comme en tout, tout ce qui cherche Ć  s’approcher de  la perfection acadĆ©mique, ne les touche pas, et les prouesses Ć©lectroniques de ceux qui  font de la musique avec des logiciels  les laissent indiffĆ©rents. Le pĆØre le rappelle  souvent d’ailleurs en citant FerrĆ© Ā«  la musique est une clameur Ā» et le fils, lui rĆ©pond Ć  chaque fois Ā«  et les poĆØtes qui ont recours Ć  leur doigts pour savoir s’ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poĆØtes ce sont des dactylographes Ā».

La pluie, il leur faudra de la pluie, pour que leurs gorges se serrent aux Ć©vocations des ouvriers de Pittsburgh, de Youngstown ou d’ailleurs. Il  leur faudra de la pluie pour entendre la riviĆØre : Ā« the river Ā», c’est curieux ce mot lorsqu’il est chantĆ©, avec dans le fond les frottements de  balais d’essuie- glaces vous donne envie de retrouver la source, toutes les sources, celles qui pour Bruce comme pour d’autres habillent les mots, les enrobent, leur donnent de telles tonalitĆ©s qu’ils ne sont plus des mots, mais des cocktails qui mĆ©langent regards sourires et soupirs.

Ils ont achetĆ© l’auto, c’est le pĆØre qui a payĆ©, elle n’était pas chĆØre, forcĆ©ment une voiture qui sent le vieux cuir et la graisse refroidie. Ils partiront le week-end suivant, il faudra d’abord installer le lecteur de CD et penser Ć  l’itinĆ©raire qui les conduira pendant plus de trente sept heures dans une sĆ©rie de villes industrielles. Ils partiront  de Saint Etienne, Ć©videmment, c’est qu’ils sont nĆ©s, ils partiront de cette ville où leur idole a fait un de ses plus grands concerts, il y a longtemps dĆ©jĆ , avant mĆŖme que le fils ne naisse, Ć  une Ć©poque, où il y avait encore de la fumĆ©e grise qui sortait des cheminĆ©es des aciĆ©ries.

AprĆØs ils continueront vers le nord et l’est.

Ils sont montés sans un mot se sont étirés sur les sièges, et ils ont démarré.

Ils ne parlent que trĆØs peu, c’est inutile, il faut laisser agir les Ć©motions

Au  bout d’une quinzaine  d’heures, Ć  la presque moitiĆ© du parcours,  le pĆØre a  souri, il Ć©tait bien dans ses cinquante ans, il a regardĆ© son fils, habitĆ© par un de ses morceaux prĆ©fĆ©rĆ©s : Philadelphia…

–  La prochaine fois dans dix ans  ce sera Dylan !

– Mais papa Dylan c’est le double !

– Il faut garder l’espoir mon fils !

La moitiĆ© et son double : 3

Le pĆØre n’est pas musicien, ne comprend pas grand-chose Ć  l’anglais, mais ce qu’il aime avec ce chanteur c’est que tout devient simple. La musique, elle lui entre dans la tĆŖte sans poser de questions, sans chercher Ć  se faire remarquer, sans chercher Ć  ce qu’on prenne l’air sĆ©rieux pour en comprendre les portĆ©es.

Cette musique, surtout les morceaux acoustiques, on sent qu’elle est faite pour ceux qui n’obligent pas leurs Ć©motions Ć  prendre d’autres chemins que ceux qu’elles sont habituĆ©es Ć  emprunter. Ce sont les mĆŖmes chemins qu’à la lecture d’un passage de Steinbeck, de Camus, de Kerouac, ou d’Hemingway. Les paroles il ne les comprend pas toutes, contrairement Ć  son fils qui est Ć  l’aise avec l’anglais. Il ne les comprend pas toutes mais il les ressent, il sait qu’elles parlent, pour beaucoup d’entre elles, de ce qui est vrai.

Le fils lui connaĆ®t tout de ce chanteur, il est un passionnĆ©, pas un fan ; le mot ne convient pas pour dĆ©crire ce qui se passe chez lui quand il a les tripes secouĆ©es lors des nombreux concerts auxquels il a assistĆ©. On parle de fans pour les autres, ceux qui reƧoivent paroles et musiques avec passivitĆ©, comme des oies qu’on gave, lui il n’a pas la bouche ouverte, il laisse entrer les Ć©motions, il les laisse naviguer dans l’arriĆØre-pays de sa tĆŖte, alors elle rencontre ses autres passions, ses rĆ©voltes, ses indignations, ses doutes et ce qui se passe c’est plus que du plaisir, c’est autre chose. Les mots n’existent pas toujours pour dĆ©crire quand on sent un frisson qui parcourt l’échine, avec des picotements sur tout le corps et irrĆ©sistiblement des larmes qui montent, de ces larmes qu’on ne cherche pas Ć  ravaler parce qu’elles sont le sang de cette vie qu’on a en soi, une vie qu’on ne retient pas, une vie qu’on laisse dire, qu’on laisse faire.

Le pĆØre il comprend bien cela, il Ć©prouve aussi ces sensations quand il lit les premiĆØres pages de l’étranger, quand il lit et entend ce que dit LĆ©o FerrĆ©. Et lui non plus n’est fan de rien, parce que lui non plus n’aime pas cette rĆ©duction du fanatisme. Tous les deux ce qu’ils aiment par-dessus tout, c’est la vie, ses contrastes, ses simplicitĆ©s, ce qu’ils redoutent, ce qu’ils ne supportent pas, c’est les fausses certitudes de celles et ceux qui prĆ©tendent savoir.

La moitiĆ© et son double, 2

Street Art sur le mur de Berlin

Il se souvient de cet homme. Il lui a proposĆ© d’entrer avec lui, Ć  l’intĆ©rieur, de s’asseoir doucement, d’écouter la portiĆØre qui claque, le craquement du mauvais cuir quand on s’assoit. Il lui a conseillĆ© de fermer les yeux et d’attendre, d’entendre. Il  l’a pris pour un malade, pour  un original,  mais il est quand mĆŖme entrĆ©. Il a fermĆ© les yeux, vite, parce qu’il Ć©tait pressĆ©, et c’est vrai il s’en souvient : il Ć©tait bien. Il pleuvait lĆ©gĆØrement et les gouttes de pluie faisaient comme une mĆ©lodie, une espĆØce de mĆ©lancolie qui rappelle tant le blues qui navigue toujours entre le rire et les larmes.

Alors quand il les a vus arriver tous les deux, il s’est souvenu de son musicien et quand ils les a vus sentir l’intĆ©rieur des voitures il a su qu’il pourrait enfin vendre cette vieille Plymouth.

Il pourrait la vendre sans crainte, il respecterait sa promesse. Il est un peu superstitieux et chaque fois qu’il fait le tour de son parc, et qu’il s’approche de la carrosserie verdĆ¢tre il ne peut s’’empĆŖcher de revoir le visage ravinĆ© du musicien qui ne voulait plus rouler dans cette carcasse rĆ©calcitrante.

Il leur explique qu’ils ne pourront pas en attendre grand-chose ; il explique qu’elle est solide, mais pas nerveuse il ne vaut mieux pas l’utiliser sur de petites routes sinueuses parce qu’évidemment elle n’a pas de direction assistĆ©e.

Peu importe, ce qu’ils veulent tous les deux c’est prendre la route, et aller le plus droit possible.

Ils expliquent. Ce qu’ils veulent, c’est rouler en se relayant pendant plus de 37 heures, c’est le cadeau qu’ils ont dĆ©cidĆ© de se faire, un cadeau dont ils sont Ć  peu prĆØs les seuls Ć  comprendre le sens.

Pourquoi trente-sept heures ? Parce que c’est Ć  quelques minutes prĆØs la durĆ©e compilĆ©e de tous les disques de leur maĆ®tre, de leur idole commune, de leur compagnon de rĆŖveries de celui qui aurait pu conduire lui aussi cette voiture celui que les autres appellent le Boss.

Ils ont dĆ©cidĆ© simplement de s’offrir un voyage en voiture avec comme fonds musical tout ce que Bruce Springsteen a Ć©crit, chantĆ©, jouĆ©, simplement sur un lecteur de CD assez simple avec des vrais boutons qui tournent.

Au dĆ©but ils avaient simplement dĆ©cidĆ© qu’il faudrait qu’ils fassent quelque chose, ensemble, autour de cette passion commune. Ils peuvent, ils s’en sont  souvenus l’un comme l’autre recevoir des bouquets d’émotions Ć  l’écoute de  ces mĆ©lodies, avec pour envelopper la voix rauque, parfois plaintive de Bruce, le ronronnement d’un moteur et le glissement des essuie- glaces.

La moitiĆ© et son double,1

Sur le pare- brise, de la buĆ©e ; on ne sait pas au juste si c’est de la buĆ©e posĆ©e lĆ  par le souffle du pĆØre et de son fils, ou s’il s’agit d’une simple humiditĆ©, consĆ©quence d’une mauvaise isolation.

La voiture qu’ils ont prise leur va bien. Ils ne l’ont pas choisie pour le confort, encore moins pour le compte-tours ou le carburateur mais pour l’odeur. Quand ils ont fait le tour du parc des occasions, curieusement ils n’ont pas tapĆ© dans les pneus avec les pieds.

Ils ne connaissent pas ces gestes d’hommes, ils ne les connaissent pas et ne les comprennent pas. Ƈa ne les intĆ©resse pas. Lorsqu’un capot est ouvert, ils ne songent mĆŖme pas Ć  se pencher au-dessus des entrailles de la bĆŖte. Ce qu’ils distinguent n’a pas beaucoup de sens.

Non, tous les deux ils ont ouvert les portiĆØres, ont reniflĆ© l’intĆ©rieur. Ils se baissent, passent la tĆŖte en tendant le cou. Ils savent, sans se le dire, ce qu’ils cherchent. Ils savent, ils le savent, parce qu’ils ont lu et aimĆ© Kerouac ; ils sentent, ils respirent, les yeux lĆ©gĆØrement plissĆ©s pour que les odeurs appellent rapidement les souvenirs. Ils s’emplissent les narines des ces effluves si particuliers, et finissent, naturellement, sans le besoin d’en discuter, par se mettre d’accord sur une drĆ“le de machine, toute droite dĆ©barquĆ©e d’un vieux road movie.

Son odeur est un mĆ©lange de mauvais cuir vieilli, une odeur de mĆ©canique fatiguĆ©e, imprĆ©gnĆ©e de graisse froide, avec mĆŖme derriĆØre, qui produit comme un picotement dans les narines une sensation de chaleur, diffuse comme si la route, l’asphalte avaient traversĆ© l’habitacle.

Ā« C’est celle-ci qui nous faut ! Ā»

Le garagiste a le sourire. On ne sait pas s’il se moque ou s’il est heureux d’enfin se sĆ©parer de cette carcasse. Elle est un peu vivante, elle garde en elle un peu de toutes ces vies que les autres lui ont confiĆ©es dans l’intimitĆ© mĆ©tallique.

Il se souvient de celui qui l’a vendue, un musicien, mal rasĆ©, la voix recouverte d’une fine couche de tabac, une voix qu’on n’oublie pas mĆŖme quand on est garagiste et qu’on a des goĆ»ts musicaux assez sommaires. L’homme qui lui a vendu la machine n’en voulait pas grand-chose, juste de quoi payer un billet de train pour rentrer chez lui, Ć  l’est.

Il s’en souvient. L’homme lui a demandĆ© de veiller sur elle : Ā« c’est un peu comme ma moitiĆ©, ou mon double vous savez, on a vu toute l’Europe ensemble, elle m’a tant attendu, elle m’a tant entendu. Ā»

Il lui a fait promettre de ne pas la vendre Ć  n’importe qui, Ć  des gens qui ne la prendraient que pour une voiture, pour se dĆ©placer, pour faire des courses ou partir en vacances Ć  la plage: Ā«  voyez vous c’est autre chose, elle a tout gardĆ© dans sa mĆ©moire intĆ©rieure, les chants, les rires, les peurs, les cris, les colĆØres contre elle et contre les autres, surtout  contre les autres Ā».

Mes Everest : Paul Eluard. PoĆ©sie ininterrompue, extrait…

L’aile gauche du cœur
Se replie sur le cœur

Je vois brĆ»ler l’eau pure et l’herbe du matin
Je vais de fleur en fleur sur un corps auroral
Midi qui dort je veux l’entourer de clameurs
L’honorer dans son jour de senteurs de lueurs

Je ne me mƩfie plus je suis un fils de femme
La vacance de l’homme et le temps bonifiĆ©
La rƩplique grandiloquente
Des Ʃtoiles minuscules

Et nous montons

Les derniers arguments du nƩant sont vaincus
Et le dernier bourdonnement
Des pas revenant sur eux-mĆŖmes

Peu Ơ peu se dƩcomposent
Les alphabets ânonnés
De l’histoire et des morales
Et la syntaxe soumise
Des souvenirs enseignĆ©s Et c’est trĆØs vite
La libertƩ conquise
La libertƩ feuille de mai
ChauffƩe Ơ blanc
Et le feu aux nuages
Et le feu aux oiseaux
Et le feu dans les caves
Et les hommes dehors
Et les hommes partout

Tenant toute la place
Abattant les murailles
Se partageant le pain
Dévêtant le soleil
S’embrassant sur le front
Habillant les orages
Et s’embrassant les mains
Faisant fleurir charnel
Et le temps et l’espace
Faisant chanter les verrous
Et respirer les poitrines

Les prunelles s’Ć©carquillent
Les cachettes se dƩvoilent
La pauvretƩ rit aux larmes
De ses chagrins ridicules
Et minuit mƻrit ses fruits
Et midi mƻrit des lunes

Tout se vide et se remplit
Au rythme de l’infini
Et disons la vƩritƩ
La jeunesse est un trƩsor
La vieillesse est un trƩsor
L’ocĆ©an est un trĆ©sor
Et la terre est une mine
L’hiver est une fourrure
L’Ć©tĆ© une boisson fraĆ®che
Et l’automne un lait d’accueil

Quant au printemps c’est l’aube
Et la bouche c’est l’aube
Et les yeux immortels
Ont la forme de tout

Nous deux toi toute nue
Moi tel que j’ai vĆ©cu

Toi la source du sang
Et moi les mains ouvertes
Comme des yeux

Nous deux nous ne vivons que pour ĆŖtre fidĆØles
A la vie

P. Eluard

Dans ma mĆ©moire de papier…

Dans ma mƩmoire de papier,

Feuille blanche pleure,

Larmes de mots gris.

J’entends la tempĆŖte Ć  l’intĆ©rieur,

Le vent coule dans mes veines.

Dans mon ordre intƩrieur,

Pas une ligne droite, pas un battement de cil,

Dans le dĆ©sordre de mon cœur

Des sourires aux courbes bleues

Des mains qui se posent,

Les doigts qui s’effleurent,

Dans la bouillie de mes rĆŖves

Tout est joie qui se pose.

AnnƩe 2016

Ciels…

Souviens toi c’Ć©tait hier.

C’Ć©tait dans ce vieux pli du passĆ©,

Que tu as tant de fois ƩtirƩ.

C’Ć©tait hier,

Et toi tu disais :

« Il n’y a plus rien Ć  rater

Tous les murs sont debout »

C’Ć©tait hier,

Et le ciel se souvient,

Regarde,

Dans le coin de ton œil,

Il y a une ride de pierre

Qui rime en riant

Ce vieux reste de bleu

Ciels…

Sous les sourires froissƩs

D’un nuage ivre de mauvais gris

J’attends seul et titubant

Le vent de la page

Qui se lĆØve et me frissonne

Matinales

Il m’arrive parfois d’aller Ć  la recherche d’une belle d’une vraie trace de joie dans l’armoire Ć  souvenirs. En voilĆ  une : une joie animale, forte. Elle rĆ©chauffe le cœur et le corps. Elle ne rĆ©veille pas mon inspiration, mais elle stimule ma respiration…

Flash…

RĆŖvons
Ɣ oui rĆŖvons du risque de joie
Belle et bleue
Elle roule sur la vitre de mes oublis
Simple joie
Jaillit dans le soudain
Du tendresse matin
Regarde elle brƻle et brille
Au coin mauve
D’un œil qui glisse sur nos restes de larmes
Odeurs de lilas
Aux angles durs des rancœurs de l’hiver
Rondissent en fleurant
Elle est lĆ 
Sautillante
Frissonnante
Fondue dans le brise chagrin
Du lourd glacier de nos mƩmoires pour demain

13 mars 2023

Flash…

Prendre le temps

Ne rien dire

Regarder

Te regarder

Dans ce presque sommeil

Voyageuse inconnue

Quel est ce rĆŖve qui apaise ton visage

J’aime ce souffle de silence

On lit sur tes lĆØvres

Comme deux ailes légères

Dansant et frisonnant

Dans le soir ferroviaire

Dans le Ter 10 mars…

Carnets…

Je cherche dans le fond humide de ma rĆ©serve Ć  mots, un verbe qui pourrait survivre sans complĆ©ment, sans adverbe, sans tous ces parasites qui au mieux affadissent au pire empoisonnent l’essence premiĆØre du mot, cette saveur originelle qui lorsqu’elle fut la premiĆØre fois utilisĆ©e suffisait, exprimait Ć  elle seule ce qui Ć©tait ressenti, c’est-Ć -dire vu, entendu, touchĆ©, goĆ»tĆ©.
Ces mots verbes existent je le sais, je les cherche, je les traque. Mais il y a aussi ceux que la grammaire a dĆ©cidĆ© d’entrer dans la catĆ©gorie des noms communs. A-t-on pris le temps de s’interroger sur la signification de ce commun, qu’on ajouter pour dĆ©signer ce qui pourtant dĆ©signe Ć  lui seul l’essentiel. Peut-ĆŖtre s’agit-il d’une juste opposition au qualificatif propre. Serait-ce la propretĆ© ou la propriĆ©tĆ© qu’on veut opposer au commun, au collectif. Il y aurait donc le mot qui appartient Ć  un seul et ce qui est Ć  tous ; pourquoi pas ! Mais le commun peut aussi ĆŖtre vu comme le banal, comme le courant, qui n’a aucune aspĆ©ritĆ©, aucune singularitĆ©. Ne dit-on pas d’un vin qu’il est commun pour Ć©viter de dire qu’il n’est pas bon…
Le vin, le ciel, le vent, la brume, le mauve, l’amour, que de noms communs qui dans ma rĆ©serve occupent une place singuliĆØre…
10 mars 2023

Matinales…

Dans le vide de mes mƩmoires enfouies

Parfois le frisson d’une ride

Grossie au souffle des rires d’hier

Je pose le lourd bagage d’une nuit de grises vagues

Des angoisses gravĆ©es Ć  l’Ć©paisse lame

De la peur attendent dans la longue plaine

De l’homme seul Ć  la tĆŖte baissĆ©e

J’arrive au carrefour de ces souvenirs

Aux douces couleurs qui caressent

J’hĆ©site un instant

Mon regard cherche le chemin de l’apaisant

Je le vois il est lĆ 

Au pied de cet autre matin impatient

8 mars

J’ai plongĆ© la main…

J’ai plongĆ© la main,
Dans le fond mauve de ma poche Ć  sourires.
Il y restait quelques miettes d’air marin ;
Dans le doux creux de ma paume de cire
J’entends, elles chuchotent un chant cĆ¢lin.
Ɣ si beaux ces mots loin du pire.
LavƩs, salƩs, Ơ ma bouche les ai portƩs, comme le bon pain.
Les yeux j’ai fermĆ©s : la mer est entrĆ©e, elle a tant Ć  me dire…

Flash…

Ce qui me manque lorsque je n’Ć©cris pas ?
C’est simple
C’est le frisson,
Oui je sais
Ce ne sont qu’ombres noires ou bleues
DissipƩes sur la longue plaine blanche
De mes inspirations
C’est si peu
Et pourtant je frissonne
Oui je frissonne
LĆ  Ć  l’instant
Regarde ma main
Elle tremble comme une feuille
Mon cœur s’affole
J’ai le souffle court les lĆØvres sĆØches
Les yeux emplis des buĆ©es de l’intĆ©rieur
Oui je frissonne
De bonheur de douleur
Les mots passent se posent
Je les entends
Je les Ʃcris
Tu les lis
Et je vois
Tu frissonnes

Flash…

Mais où ĆŖtes vous donc l’ami

Voici plusieurs jours qu’on ne vous entend

Nous nous inquiƩtons vous le savez

Vos mots nous manquent

Dans le soir frissonnant

Il nous rƩchauffe en murmurant

Pas de souci je suis lĆ 

La pâte de mes mots repose

Je veille sur elle

Avant qu’elle ne lĆØve

Demain peut-ĆŖtre

J’Ć©tirerai je pĆ©trirai

Et sur le feu doux de mes Ʃmotions

Doucement je la poserai

Et elle chantera

Je le sais…

1 mars