Inspiré, respirez…

Après quelques jours d’une longue panne sèche, tout doucement par la fenêtre ouverte l’inspiration est revenue…

Besoin d’écrire,

Inspire, respire…

J’ai le souffle moins court,

Les mots sont là :

Ils reviennent de ce si loin,

Rimes des presque rien.

Je les entends,

Ils approchent,

Efflanqués, allégés

De leurs graisses académiques.

Inspirés, étonnés,

Sur le long fil de nos mémoires abîmées,

Ils étaient là,

Prostrés dans l’attente,

D’une plume de rosée.

Le presque soir aux reflets bleus

Est arrivé,   

Une fenêtre de papier

S’est ouverte à la page ridée

Marquée,

De tous ces hivers

Emplis de nuits.  

Aujourd’hui,

C’est le début du fini,  

L’oubli est enfoui.

J’inspire, je respire.  

21 avril

Léon mon petit-fils est né aujourd’hui…

Depuis ce matin je suis grand-père pour la quatrième fois. J »ai écrit ce texte pour lui, pour nous…

Léon

Le matin s’annonçait lourd,

Poisseux, gluant,

Un mardi pesant,

Déterminé à rouler sa longue litanie

D’ombres confinées…

Et soudain,

Mon cœur se met à chanter,

Mélancolie doucement s’est retirée,

Oui là,

Au bord de la mémoire tiraillée,

Un bouquet de couleurs,

Sur mon bonheur s’est imprimé.

On oublie le gris,

On rit, on pleure, c’est lui.

Le voici, il est là…

Petit d’homme

Aux aurores s’est annoncé.  

J’arrive nous dit-il…

J’entre dans votre monde,

Oh je sais,

Il est un peu abimé,

Mais ne vous inquiétez pas,

Je vous ai entendu,

Oh oui,

Vous m’avez déjà tant aimé

Vous m’avez attendu

Vous m’avez espéré

C’est fait, je suis là

Je vais vous rassurer

Je suis Léon,

Et ce monde que vous m’avez rêvé

Avec vous tous,

Nous allons le réparer…

14 avril…

Sur le front…

C’est une guerre me dites-vous ?

Oui vous avez raison !

De ma fenêtre ouverte,

Je distingue le champ de bataille…

Le combat a débuté,

Le printemps est bien là,

Il est sur le front.

En première ligne, il envoie des troupes d’élite…

Fleurs blanches légères,

Doux pétales envolés…

La victoire est proche…

11 avril

Mon troisième roman à lire sur Kobo…

Mon troisième roman, « un orage en février » , formidable histoire d’amour entre Jules et Lisa est téléchargeable en version numérique e-pub sur le site Kobo, il participera au prix  » les talents de demain 2020

https://www.kobo.com/fr/fr/ebook/un-orage-en-fevrier?fbclid=IwAR1jkbuqaKrbNRfVwSHVS8-yewbxg4j7kQSomATabLVas2BuYfylQasHw8Q

Vieil arbre creux…

Tout loin d’eux,

Il y a le bleu…

Tout là haut,

Il y a le beau…

Tout en bas,

Vieil arbre creux

Tend des bras noueux…

7 avril 2020

Printemps…

A la table des quatre saisons,

Comme chaque année,

Je me suis installé…

Et pour monsieur, ce sera ?

Oh pour monsieur ce sera simple !

Un peu de printemps, s’il vous plait.

Et je le veux nature,

Sans fioritures,

Ni fanfares, ni trompettes !

Je vous en prie,

Je suis pressé.

Oh oui,

Il y a tant d’hivers

Que je l’attends.

C’est un printemps

Que je veux déguster

Et emporter…

Oui je le prends,  

Tel qu’il est…

Oui ainsi :

Fleuri,

Et pour le service,

Un sourire ou deux,

Et je serai comblé,

Pour tout l’été.

5 avril

J’ai la mer au bord des yeux…

Envie de republier ce texte écrit, l’année dernière, cela semble si loin, si loin…

Une pincée de silence…

Au repas des bavards

Entre la poire et le Saint-Nectaire

J’ai sorti un reste de silence,

Que je gardais bien au chaud…

Et quand est arrivé

Le chariot des commentaires,

J’ai saupoudré deux pincées de rien,

Sur tous ces mots de trop…

2 avril

Un trou de lumière…

J’ai ouvert une fenêtre oubliée,

Sur la façade nord

De ma mémoire étonnée.

Dans un trou de lumière bleue,

J’ai plongée ma plume engourdie,

L’ai posée sur les douces rides,

Du soir tombant qui s’étire.

Quelques mots légers,

Pour la nuit j’ai réveillés…

Et tes pâles lèvres sucrées,

Doucement ont murmuré…

Discipline….

Prose ?

Pause…

Poésie ?

Pas envie…

Rimes ?

Ah ça non,

Pas de primes…

Pas de rimes…

Métaphores ?

Oh, hé, quoi encore !

Images, vers, sonnets, alexandrins ?

C’est fini, vous n’en avez plus ?

Et bien, je vous le dis,

Encore une fois j’ai vaincu…

22 mars

Lauréat du public dans le concours hiver 2020 de Short Edition

Bon, je sais que c’est dérisoire, peut-être même un peu futile, mais je reconnais quand même que je suis très heureux, très fier, d’avoir été choisi par le public pour ce grand prix hiver 2020 de Short Edition, en plus dans la catégorie des micro-nouvelles. J’avais envie de partager ce plaisir avec vous fidèles de mon blog….

Oublie ta nuit…

Tu es sorti essoré du combat avec la nuit.

Nuit moite, nuit molle,

Nuit grise qui s’étire,

Gavée de trop longues minutes,

Grasses à écœurer,

Épaisses à étouffer…

Premières heures du matin,

Gluantes,

Empêtrées dans les fils tendus,

De l’horloge qui n’attend plus.

Et puis,  

Et puis, tu es sorti,

La lumière est là,

Elle est belle,

Regarde elle te sourit.

Si loin est ta nuit.

20 mars 2020

Ecoute…

J’ai commencé depuis lundi le journal poétique de cette terrible période, parce que je sais par expérience que les mémoires sont molles et qu’il est nécessaire de garder une trace…
Ce soir devant chez moi…

Homme confiné,

Pousse la porte,

Ecoute…

Comment ?

Tu n’entends rien !

Cherche, cherche,

Homme numérique.

Retrouve les petits cailloux

Que tes pères ont semés,

Sur le chemin

De ta mémoire encombrée.

Retrouve les traces, homme,

Ils sont là,

Je les entends,

Petits bruits oubliés,

De ce monde que tu ne laisses plus chanter.

19 mars

La mer est là, elle m’attend…

Il me faut prendre le chemin d’un supermarché. Oh non, je ne suis pas en manque de mots, mes réserves sont pleines, et tous les jours, mes rayons je vérifie. Aucuns mots ne manquent, ils sont tous là, sagement alignés. Ils me connaissent et savent que je ne gaspille pas. Oh bien sur j’ai mes rayons préférés, vous les connaissez, tous les jours je les choisis, je les prépare, je les assemble et je vous prépare un bon plat de mots. Non aujourd’hui il me manque un souffle de vent, une vague qui s’étire, le cri d’une mouette sur l’océan. J’ai cherché la case à cocher sur mon laisser-passer…Il n’y a rien, je suis déçu. Je vais rentrer sagement, je le sais, je le sens, la mer est là, elle m’attend…

18 mars

Ma rime est partie…

Je vous en prie :  aidez-moi !

Je cherche ma rime…

Elle s’est enfuie ;

Partie, effacée, envolée…

Cherchez, courez,

Ma rime est partie,

Il faut la rattraper.

Pourquoi, me dites-vous ?

Je ne sais pas,

Je la tenais pourtant,

Elle était là,

Douce et paisible,

De mes mots je la berçais…

Et puis soudain,

Un sursaut,

Peut-être un mot de trop ?

Oui je l’avoue,

Elle m’a échappé.

Quel était ce mot me dites-vous ?

Je ne sais pas, je ne sais plus.

Ma rime est partie,

Je suis perdu.

Entends le chant du silence…

Ce monde est fou, me dites-vous ?

Eh bien non,

Je ne vous suis pas !  

Vous m’en voyez désolé…

Regardez autour de vous !

Ce monde-là, je ne le vois pas.

Ce monde-là, je ne le veux pas.

Une fenêtre est ouverte,

L’air est doux, parfumé.

Un chant d’oiseau s’est invité

Entends le silence,

Il respire.

Ce monde est doux,

Vous l’avez tant abîmé.

18 mars 2020

Nuit moite a tiré le rideau…

Homme en presque pleurs

Il est l’heure,

Il est tôt…

Ta bouche est sèche

Du silence d’une nuit agitée.  

Le feu de la peur

Dévore les mots.

« Ouvre les yeux,

Homme qui tremble. »

Derrière la vitre,

Nuit moite a tiré le rideau.

Dans les coulisses de ses rêves,  

Un pli de ciel brille.

Je le vois,

Il est pour moi.

Je le vois,

Il est à toi.

Mes mots sont là…

je réussis à écrire de la main gauche…C’est plus long mais elle est plus proche du cœur…

L’écriture est là,

Je la sens,

Je la vois,

Elle coule,

Lente et fragile.

Goutte à goutte,

Elle entre à pleine ligne,

Dans le blanc de la page.

Les mots sont là,

Un par un,

Ils se posent

Sur le fil qui tremble.

Etonnés d’un si long silence

Ils s’écoutent,

Ils s’assemblent.

Mes mots sont là,

Ils nous ressemblent.

Peut-être une petite pause…

Une très mauvaise chute dans le métro ce matin et me voilà le bras droit totalement immobilisé pendant trois semaines…Cela risque d’avoir des conséquences sur ma production créatrice….A moins que je ne dompte ma main gauche….

Luxation de l’épaule….

Tribunal académique, compilation, trois autres séances …

4

Le tribunal académique s’est réuni ce matin en sa forme plénière et consultative. Il vient, en effet, d’être saisi par un grand nombre de citoyens, et a rendu un avis important, difficile, mais ô combien urgent.
Pour cette occasion, exceptionnelle, un collège de jurés a été constitué. Sa composition est, convenons- en un peu particulière. Y siègent : un poète, une militaire, un adolescent, une militante, un amoureux éconduit, un clown au chômage, une dresseuse d’ours, un cruciverbiste, et une religieuse défroquée…
Revenons aux faits : depuis quelques temps deux mots, et non des moindres, posent un problème. Deux mots qui, si on n’y prête garde, pourraient se ressembler. Il suffit d’ailleurs de les entendre. Deux mots, aussi, qui lorsqu’on écrit sur une feuille de papier un peu verglacée peuvent déraper…


Le président du tribunal résume en quelques mots la décision qui vient d’être rendue.
« Mesdames et Messieurs les jurés, chères et chers collègues, nous nous sommes réunis ce matin pour examiner, vous le savez : Haine et Aime… Les débats ont été animés mais sans haine et c’est cela que j’aime. »
« Aime et Haine vous le savez, vous le constatez, sont proches à l’oreille, ils le sont aussi à l’écrit et nous ne devons plus courir le risque qu’ils soient confondus… »


« A l’oreille, donc, les deux mots sont si proches qu’on les croirait, tout droit, sortis de l’alphabet. est devant N, c’est un fait. Mais pouvons-nous, acceptons-nous d’en dire autant de Aime et de Haine. Cette promiscuité est nauséabonde, préjudiciable et disons le « inacceptable ». En conséquence nous exigeons, que N soit isolé et relégué à la place qu’il mérite et qui lui revient, en dernière position après le Z. Décision exécutable immédiatement. »


« L’autre problème est le risque de dérapage à l’écrit. Certes nous conviendrons que ce n’est pas courant, mais le collège des jurés souhaite ne prendre aucun risque. Qu’un distrait oublie le H de haine et que la main tremble et ajoute une jambe au n et le mal est fait. Les deux mots doivent, c’est impératif être séparés, distingués. En conséquence, le tribunal décide que quiconque décide d’utiliser ou d’écrire le mot haine doit, au préalable, adresser une demande écrite au collège des jurés qui à compter de ce jour devient un jury permanent. Cette demande devra indiquer les raisons pour lesquels le demandant envisage d’utiliser ce mot. Les jurés ont précisé que cette demande devrait être adressé sur une feuille de papier fleuri, et que la police utilisée serait le colibri… Le demandant sera ensuite convoqué et devra sous contrôle et avec le sourire écrire 100 fois le mot AIME..

5

Je n’ai pas eu d’autre solution pour le dimanche que de convoquer le tribunal académique ! Alors oui bien sûr la première réaction du président et de ses assesseurs a été claire : « non monsieur désolé mais nous ne jugeons pas le Dimanche ». J’insiste, en expliquant que refuser de juger le dimanche, c’est en quelque sorte déjà le condamner, comme s’il s’agissait d’un jour intouchable, sacré, bref, un jour auquel on ne pourrait rien reprocher.

Avec quelques effets de manche, j’ai réussi à les convaincre.

Le tribunal académique est réuni aujourd’hui 23 février en session extraordinaire dans le cadre d’une procédure d’urgence, que la loi autorise, à la seule condition que l’instruction ait déjà été réalisée. Le dossier qui nous a été transmis ce matin, à l’aube, est complet, suffisamment étayée et nous a permis, en conséquence, de délibérer et de prononcer un jugement.

Faites entrer le prévenu ! Dans la salle à moitié vide, tout le monde est impatient de voir arriver ce dimanche aujourd’hui accusé. Mais que diable lui reproche-t-on ?

« Dimanche, levez-vous, je vous prie ! ». Dans le box des accusés, pas un mouvement, rien ne bouge. Les deux gardiens de permanence (deux stagiaires d’ailleurs récemment condamnés par ce même tribunal), qui répondent l’un au nom de « brume » et l’autre de « automne », font grises mines. « Nous sommes désolé monsieur le président mais dimanche dort encore, il prétend que c’est le jour de la grasse matinée et ni rien ni personne ne pourra le faire lever… »

Le président du tribunal ne veut pas passer son dimanche ici et a décidé de vite en terminer.  

« Dimanche vous comparaissez aujourd’hui, libre et endormi devant ce tribunal car vous êtes accusé de : mollesse, paresse, ivresse, monotonie, boulimie, ennui et pour terminer j’ajouterai fumisterie ».

« Il est manifeste aussi que vous abusez de votre position dominante, celle de septième jour de la semaine, pour vous reposer sur vos six compagnons lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, et samedi que nous avons tous entendus comme témoin. C’est ainsi en parfaite illégalité que vous avez organisé une sous-traitance des travaux qui vous reviendraient en vertu de ce principe intangible du droit : « à chaque jour suffit sa peine ». Les faits qui vous sont reprochés entrent, selon le jury, dans la catégorie de l’escroquerie, et de l’exploitation de plus faible qu’autrui car vous prétendez, être, à vous seul le jour du seigneur et en conséquence, vous usez, abusez et profitez de cet attribut, par on ne sait qui attribué pour organiser toute une série de travaux illégaux par les autres réalisés »

En conséquence, le tribunal académique considérant que le seigneur dont vous prétendez être le jour, n’ayant pu être entendu, que le droit à la paresse est un droit universel a décidé à l’unanimité de vous acquitter afin de retourner se coucher…

6

Le tribunal académique est, une nouvelle fois, confronté à un cas épineux. Il doit, en effet, répondre à la plainte qui a été déposé par un mot, que les lois académiques, poétiques et bucoliques protègent envers et contre tous. Contre tous, oui mais, nous allons le voir pas contre tout, et surtout pas contre ces nouvelles lois numériques, aux contenus faméliques dont le code ne se résume qu’à un clic.

Et c’est bien là qu’est le hic…

C’est pour cette seule et unique raison que le tribunal académique est aujourd’hui réuni dans sa formation plénière. Ce qui signifie qu’autour du président, outre les assesseurs habituels ont été convoqués un troubadour, une poétesse, un clown au chômage, un tourneur fraiseur sur tour à commande poétique, une chanteuse boulangère et quelques autres trublions dont j’ai oublié le nom.

Le président du tribunal, se tourne vers la salle, emplie d’un côté d’amoureux heureux et de l’autre, de solitaires éconduits.

« Mesdames et messieurs, nous allons aujourd’hui étudier la plainte qu’a déposée, ce mot que sur toutes vos lèvres je lis, oui vous m’avez compris c’est de j’aime que je veux parler. »

« Aime, vous êtes venus accompagné de votre compagnon j’et c’est donc à vous deux que je m’adresse. Je ne vous demanderai pas, vu les circonstances, de vous lever, et je vous invite donc à écouter ce que le tribunal a décidé. »

« Considérant que j’aime est devenu aujourd’hui un signe que chacun utilise sans aucune réflexion, sans aucune émotion, aussi bien pour signifier son intérêt pour une pizza aux anchois, pour un article sur la crise boursière à Hong Kong, pour tout, pour n’importe quoi, le meilleur et surtout le pire, le tribunal a pris la décision suivante, exécutable immédiatement. »

« A l’unanimité, moins une voix, celle du banquier jongleur, nous instaurons à compter de ce jour une taxe exceptionnelle, dite « taxe qu’on aime ». Chaque clic sur un pouce levé, donnera lieu à une taxe à l’aimant imposé. Son montant sera de un euro par clic. Les sommes collectées grâce à cet impôt qu’on aime seront affectées à la construction d’un nouveau service public que nous avons décidé d’appeler : la MSP : « la Maison du Sourire Public »

Tribunal académique, compilation, les trois premières séances…

Quand je réunis le tribunal académique, je suis un peu « possédé »

1

Ce matin il y a procès au tribunal académique. Quelques mots sont là, coupables de coalition. Le président du tribunal, vient d’appeler automne à la barre.

Il lit l’acte d’accusation :

« Automne, nom commun, vous comparaissez devant cette cour pour le délit de haute trahison. A plusieurs reprises, vous avez été vu, entendu en compagnie des mots suivants : joyeux, bleu, heureux, doux, roux, bucolique et « cerise » sur le gâteau, mou.

Eu égard à la loi du 13 novembre 1912, stipulant qu’automne ne peut être vu qu’en compagnie de gris, morne, triste, venteux, mélancolique, et violon, vous êtes donc en infraction grammaticale, syntaxique et surtout lexicale.

En conséquence et en vertu des pouvoirs alphabétiques qui me sont donnés, je vous condamne à trois ans de travaux forcés. Messieurs les gardiens de la rime, je vous en prie, veuillez accompagner le prévenu… »

« Affaire suivante ! »  

2

Ce matin le tribunal académique est bondé. On y juge le gris. Enfin, quand je dis on juge le gris, il conviendrait peut-être plus de dire on juge gris…

Le juge de permanence est d’une humeur massacrante. La veille il a dû participer à une reconstitution un peu pénible, il s’agissait de la scène du crime commis par l’automne au printemps dernier.

Il doit lire l’acte d’accusation mais comme à l’accoutumée il lui faut d’abord rappeler à la cour l’identité du prévenu.

« Gris levez-vous ! »

« On dit de vous dans le compte rendu de l’instruction que vous affirmez être un adjectif mais qu’il vous arrive régulièrement de prétendre être un nom commun. C’est évidemment votre droit et je ne reviendrai pas là-dessus, mais qu’il me soit permis, eu égard à ce qui vous est reproché, de regretter cette autorisation que la loi grammaticale vous octroie… »

Gris, dans le box des accusés accuse le coup, mais ne dit rien, il semblerait même qu’il ait pâli.

Le juge poursuit.

« Gris, vous comparaissez devant ce tribunal car vous êtes accusé d’escroquerie et de tromperie. En effet, à plusieurs reprises vous avez été vu, plusieurs témoignages le confirment, en compagnie de rouge, de jaune, de vert et même de bleu et vous vous êtes étalé au point d’occuper toute la place. Je lis dans l’acte d’accusation qu’à plusieurs reprises ceux qui regardaient se seraient exclamés je cite : « oh que c’est beau !  ».

Gris baisse les yeux. Le juge continue sa lecture.

« Deuxième délit, et non des moindres, vous vous êtes introduit par effraction, et ce à plusieurs reprises, dans de nombreuses poésies et avez pris une place qui ne vous revenait pas, au point même d’obliger l’auteur à chercher des rimes en ris, et la cour doit le savoir mais lorsqu’on cherche à rimer avec le gris, on finit toujours par dire que c’est un mot qui sourit. »

« En conséquence et après en avoir délibéré, la cour vous condamne à rester définitivement entre le blanc et le noir et vous interdit à compter de ce jour de vous produire dans quelque tenue que ce soit lors des couchers de soleil »

« Garde veuillez accompagner le prévenu ! »  

3

En cette fin de semaine très chargée, le tribunal académique doit juger un cas très particulier.  Il s’agit d’une affaire dont on peut dire qu’elle est un peu trouble. C’est, en effet, sur la base de délations, par le biais de lettres anonymes, que la cour, après une rapide instruction, rend son jugement.

Nous sommes en fin de journée, la lumière a baissé. On distingue à peine le ou la prévenue dans le box des accusés.

Le président du tribunal est gêné : il sait que la salle peut réagir et faire de lui, pour quelques instants, le bouffon qu’il n’est pas. Tant pis, il n’a pas le choix. Il s’éclaircit la gorge et lance le tant attendu : « brume levez-vous ! »

Dans l’assistance, monte un léger murmure et quelques toussotements…

« Brume redressez-vous je vous prie, que les jurés puissent vous distinguer… »

Brume souffre. La lumière blafarde des néons est lourde. Brume a du mal à rester droite et debout et- convenons-en- se tient à la barre, un peu affalée.

« Brume cessez de vous répandre et restez concentrée sur ce que j’ai à vous dire ! »

« Brume, vous comparaissez aujourd’hui devant ce tribunal académique car vous êtes accusée du crime de haute trahison, et pire, d’intelligence avec l’ennemi. En effet, si je m’en tiens aux déclarations faites sous serment, vous avez été vue, ou plutôt aperçue, ces derniers mois, en présence de l’ennemi, et pire, en compagnie des forces de l’étrange.

Le président tient l’acte d’accusation entre ses mains tremblantes. La brume est toujours levée, le regard un peu dans le vide. Elle attend, les yeux dans le vague, d’apprendre ce qui lui est reproché.

« Le 8 mars, vous avez été surprise, au lever du jour, en compagnie de l’armée des mauves. Les témoins parlent, je les cite, d’une belle lumière apaisante… »

« Le 13 juin, vous avez déserté le fleuve auquel l’académie vous a attachée et ce pour vous rendre sans autorisation au sommet d’une verte colline. Les témoins parlent d’une, je cite : magnifique couronne cotonneuse… »

« Le 15 juillet, vous avez été aperçue, en fin de journée, à l’heure où tous les chats sont gris, à proximité d’une fête champêtre. Je cite les témoins : « avec la musique et les lumières, cette douce brume d’été nous a remplis de joie, et même d’allégresse »

« A plusieurs reprises, à l’automne finissant, vous avez choisi de vous adjoindre comme compagnons de phrases, sans leurs consentements il va sans dire, les mots légère, douce, bleutée et avez délibérément abandonné épaisse, grise et obscure. C’est grâce au courage civique d’un gardien de la langue que vous avez été confondue et stoppée dans votre entreprise de déstabilisation d’une longue série de mots qui sont en dehors de vos frontières.

En conséquence et après délibération avec le jury et en application de l’article R 233-12 du code de procédure matinale, vous êtes condamnée à une éternité de travaux foncés.   

Il manquait un voyageur….

Ma micro-nouvelle « il manquait un voyageur » est qualifiée pour la finale du grand prix des lecteurs sur le site Short édition, mais les compteurs sont remis à zéro, si vous avez aimé ce texte, je vous invite donc pourquoi pas à le relire et à lui apporter une voix en cliquant sur le lien : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/il-manquait-un-voyageur-1

Besoin d’un conseil…

Oui, j’ai besoin, d’un ou plusieurs conseils… En effet, j’aimerai proposer quelques uns de mes textes poétiques à un éditeur, une revue, autres . Autant dans le passé j’ai pas mal exploré le monde de l’édition de fiction pour proposer plusieurs manuscrits ( dont je publie d’ailleurs de larges extraits) mais alors que j’écris de la poésie depuis toujours et que je continue, je n’ai jamais exploré ce monde là… Je suis donc preneur, en commentaires ou à mon adresse courriel ( eric.nedelec42@gmail.com) de vos conseils, adresses, etc….

En vous remerciant….

photo de © Frédéric Berthet