Ouessant s’éloigne,

Il y a un an, je rentrais d’Ouessant

Tempête est là…

C’était il y a un an, à Ouessant…

Dernière rime de l’été…

C’était il y a un an, j’étais à Ouessant…

Nuit moite a tiré le rideau…

Je republie un texte que j’avais mis en ligne, en mars dernier . Mon état est un peu le même aujourd’hui…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Homme en presque pleurs

Il est l’heure,

Il est tôt…

Ta bouche est sèche

Du silence d’une nuit agitée.

Le feu de la peur

Dévore les mots.

«Ouvre les yeux,

Homme qui tremble.»

Derrière la vitre,

Nuit moite a tiré le rideau.

Dans les coulisses de ses rêves,

Un pli de ciel brille.

Je le vois,

Il est pour moi.

Je le vois,

Il est à toi.

Voir l’article original

Mes Everest : Victor Hugo : « cauchemar »

Oui c’est un cauchemar que nous vivons…

Chat huant devant les ruines du château de Vianden…

Sur mon sein haletant, sur ma tête inclinée,
Ecoute, cette nuit il est venu s’asseoir;
Posant sa main de plomb sur mon âme enchaînée,
Dans l’ombre il la montrait, comme une fleur fanée,
Aux spectres qui naissent le soir.

Ce monstre aux éléments prend vingt formes nouvelles,
Tantôt d’une eau dormante il lève son front bleu;
Tantôt son rire éclate en rouges étincelles;
Deux éclairs sont ses yeux, deux flammes sont ses ailes,
Il vole sur un lac de feu!

Comme d’impurs miroirs, des ténèbres mouvantes
Répètent son image en cercle autour de lui;
Son front confus se perd dans des vapeurs vivantes;
Il remplit le sommeil de vagues épouvantes,
Et laisse à l’âme un long ennui.

Vierge! ton doux repos n’a point de noir mensonge.
La nuit d’un pas léger court sur ton front vermeil.
Jamais jusqu’à ton coeur un rêve affreux ne plonge;
Et quand ton âme au ciel s’envole comme un songe,
Un ange garde ton sommeil!

Avril 1822

Le hareng saur… Charles Cros

Mon inspiration est en panne sèche. Oui je suis à sec. A sec comme le hareng saur de Charles Cros. Petit clin d’…

Il était un grand mur blanc – nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle – haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur – sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains – sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou – pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle – gros, gros, gros.

Alors il monte à l’échelle – haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu – toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc – nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau – qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle – longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur – sec, sec, sec.

Il redescend de l’échelle – haute, haute, haute,
L’emporte avec le marteau – lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s’en va ailleurs – loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur – sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle – longue, longue, longue,
Très lentement se balance – toujours, toujours, toujours.

J’ai composé cette histoire – simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens – graves, graves, graves,
Et amuser les enfants – petits, petits, petits.

Trop tôt, novembre !

Oh non

Il est trop tôt novembre pressé

Remballe tes épaisses brumes

Recule je t’en prie

Là, oui encore un peu

Un pas ou deux

Ne te retourne pas

Et ne t’inquiète pas

Je te l’assure

On se retrouvera

« Je vis comme je peux dans ce pays malheureux »

Un texte qui ne me quitte jamais, que je publie, republie, et en ce moment je pourrais le faire tous les jours…

Poèmes de jeunesse…

Ecrit en novembre 1980 et publié sur mon blog, il y a juste un an. Je ne sais pas pourquoi mais aujourd’hui je trouve ce texte très fort…

Poèmes de jeunesse :

L’inspiration ne vient, alors je relie de mes vieux textes et trouve que quelques -uns d’entre eux sont en phase avec l’humeur du moment, la mienne et celle du monde qui m’entoure

Larmes…

Il ne reste plus une larme dans l’encre de ma plume

Plus une larme pour adoucir ma colère

Hier soir un homme est mort

Hier soir un prof est mort

Il est tombé sur le champ d’horreurs

Sous la lame de cette guillotine du pauvre

Que tant de silences complices

Ont aiguisé jusqu’à son supplice

Hommage aux enseignants…

Je n’oublie pas que j’ai commencé mon parcours professionnel comme instituteur. Je n’oublie pas non plus qu’il fut un temps, malheureusement de plus en plus lointain où toute la gauche laïque était unie pour combattre les obscurantismes et notamment le pire d’entre eux l’obscurantisme religieux.

En hommage à ce combattant de la république je publie un extrait de la lettre adressée aux instituteurs par Jean Jaurès dans la Dépêche du 15 janvier 1888

Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse. Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort.
Eh quoi ! Tout cela à des enfants ! — Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler. Je sais quelles sont les difficultés de la tâche. Vous gardez vos écoliers peu d’années et ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l’été le peu qu’ils ont appris l’hiver. Ils font souvent, au sortir de l’école, des rechutes profondes d’ignorance et de paresse d’esprit, et je plaindrais ceux d’entre vous qui ont pour l’éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage.

La ville est à l’envers…

Un texte presque d’actualité publié il y a un an que je vous propose à nouveau

Quelques mardis en novembre, suite…

Nous ne sommes pas rentrés tout de suite, nous avons marché dans les rues. Même la grande rue, d’habitude si droite, si austère s’est sentie obligée de composer avec les courbes harmonieuses que décrivait notre amour retrouvé. Nous nous sentions fous, nous nous sentions vrais, comme si nous étions les explorateurs d’un premier pays. La ville nous entourait, comme un relief involontaire. Nous la forcions à s’habituer à nous. De toutes ces avenues rectilignes, nous faisions des chemins, des rivières. Les gens qui nous croisaient, nous les épinglions à notre tableau de chasse de la tendresse. La ville avait disparu, elle était entrée dans notre déclinaison de bonheur.

       Je ne pourrais pas raconter ces deux jours. Il n’y a pas encore de mots suffisamment affranchis de leurs lourdeurs grammaticales pour mériter de figurer en bonne place dans le compte rendu de ces émotions. Lorsqu’elle est repartie à la fin de ce week‑end, j’étais heureux, j’avais hâte de me retrouver seul pour jouir égoïstement de chacun de nos souvenirs. Tout s’était enchaîné si intensément, violemment presque, que j’en étais essoufflé. J’avais besoin de tout relire, de m’imprégner plusieurs fois des plus belles pages que nous avions écrites. Je ne lui ai pas parlé de mes angoisses. Elle ne m’a pas parlé de son soleil. Nous nous sommes contentés de nous-mêmes et nous sommes aperçus que c’était déjà beaucoup.

       Pendant quelques temps nos week‑end se sont succédé comme s’ils étaient plus nombreux. Les semaines n’étaient même pas de simples parenthèses, elles n’étaient plus que les inspirations obligées que nous prenions avant notre remontée à la surface. Héléna me paraissait de plus en plus proche de moi. Je voyais en elle tout ce dont je m’étais persuadé au cours de mes brèves accalmies optimistes. Je m’efforçais de l’apprendre par cœur chaque fin de dimanche pour me la réciter au cours de mes nuits solitaires. Mais je me plaisais à oublier un peu d’elle, pour la redécouvrir avec passion à chacun de ses retours. Je lui parlais de plus en plus, avec douceur, avec lenteur. Sa personne flottait toujours en moi, comme une présence discrète et de plus en plus indispensable. Tout était si nouveau, tout était si simple.        Nous sommes presque arrivés au bout de notre parcours. Héléna pourra bientôt revenir dans la région. Elle a fait ses preuves et n’aurait pas de mal à obtenir une nouvelle mutation. Il ne nous reste plus que deux ou trois week‑end et nous serons à nouveau ensemble, à plein poumon. Aujourd’hui, Héléna est bizarre, sa présence ne paraît pas être totale. Il y a dans le balancement de ses regards une espèce d’aller retour vers un ailleurs dont j’essaie de supprimer l’apparence géographique. Je ne suis pas inquiet, je me dis qu’elle est en train de réaliser que bientôt nous n’aurons plus besoin de ce quai de gare.

Rimes sans peurs

Photographie de Mars Yahl

Au bout de ces tristes jours gris

Peur sans fin

On nous sert comme refrain

Pour ma rime qui se perd

J’ai plongé dans la pleine lueur

D’un si doux rêve de fleurs

Rouge…

Aujourd’hui les villes où je travaille, Lyon, et celle où je vis Saint-Etienne sont rouges écarlates…

J’ai mal à mon rouge. En hommage à cette belle couleur que j’aime sans qualificatifs inutiles je republie ce texte écrit le 14 juin

Quand le temps est au bleu
Quand les champs sont au vert
On entend dans le loin les chants d’hommes heureux
Ils sifflent en riant la fin de l’hiver
On est bien
On attend
Une larme de soleil brûle en glissant
Rouge et légère
Elle frissonne en riant

14 juin

Vitesse = Distance /Temps…

Vite !

Dit-il.

Vite ?

Dites-vous.

Mais, je n’ai pas le temps !

Voyez vous :

Il me faut prendre de la distance,

Et garder un peu de temps.

Peut-être,

Je dis bien peut-être,

Qu’avec cette retenue,

Assoupie,

Là,

Bien au chaud,

Dans le fond dorée

De ma poche percée,

Un peu plus vite

Vers vous,

Je m’approcherai…

Laissez mes mots en paix…

Une republication nécessaire, surtout en ce moment où je souffre tant du mal que l’on fait à mes mots…

Bla Bla Bulle

Bulle sociale

Bulle sanitaire

Bulle numérique

Il suffit

Je n’en peux plus

Laissez donc mes bulles

Laissez les s’envoler

Belles et légères

Et je vous en prie

Cessez d’empoisonner mes mots

De votre venin sanitaire

Automne est arrivé…

Encore une republication de saison…

L’automne balbutie…

Une republication qui rime bien avec la météo du jour…

Sur la ligne de vos vies

Sur les pages blanches

D’une histoire qui gémit

Il y a une ligne de vie

Regarde

Elle attend

Les plus beaux de tes mots

Dont la rime est une aile

Douce et fleurie

Elle se pose sur la lame de vos peurs

Derrière la fenêtre…

Derrière la fenêtre, les visages sont gris

Sur les vitres humides, des gouttes de peur

La pluie battante peine à avaler les larmes

D’un monde qu’on oublie d’entendre rire.

Mémoires…

Un nuage de pluie

Caresse le dos gris

Des mémoires perdues

De mes rires détachés.

J’ai toujours, endormies,

Au fond d’un panier bercé

Trois gouttes dorées

De vieilles histoires d’antan

Qui se roulent en chantant

Dans une flaque de soleils oubliés

Il y a ceux qui…

Il y a ceux qui savent

Et ne disent rien

Mais n’en pensent pas moins

Il y a ceux qui ne savent pas

Mais en disent trop

Il y a ceux qui croient savoir

Ceux qui ne croient pas ceux qui savent

Ceux très rares

Qui croient ceux qui savent

Ceux qui disent qu’on ne sait rien

Ceux qui en savent plus

Que ceux qui savent

Ceux qui en savent autant

Que ceux qui ne savent rien

Mais qui n’en pensent pas moins

Et en disent beaucoup trop

Ceux qui pensent qu’il faudrait que

Ceux qui ne pensent pas qu’il faudrait

Ceux qui disent

Qu’il ne faudrait pas penser

Comme ceux qui pensent

Qu’il faut peut-être un peu penser

Ceux qui disent

Oui mais

Et sont si sûrs d’eux

Qu’ils répondent

« Mais oui »

Quand ceux qui doutent disent

« Oui mais »

Il y a ceux qui

Ceux qui

Ceux

Et puis il a les autres

Si peu

Qui ne disent rien

Et rêvent du monde qui se lève

Sans rien dire

Avec le sourire

J’aime les mots …

J’aime les mots

Les mots doux

Les mots du bout

Les mots du début

Le mot de la fin

Les mots courts

Le mot de secours

Les mots qui riment

Les mots qui glissent

Les mots gris

Les mots qu’on oublie

Les mots bleus

Les mots de tes yeux

Les mots d’hier

Les gros mots

Les mots tordus

Les mots secs

Et par par-dessus tout

J’aime les mots longs

Et les mots polissons

Dans la surface de séparation…

Un peu absent, ces derniers jours… Me voici confronté de très près- mon père- à la maladie, à l’angoisse de la disparition. L’inspiration est en apnée, mais elle est toujours là. Voici un petit texte, écrit à l’issue d’un week-end très particulier…

A la fin de ce week-end un peu particulier, je comprends soudain et avec une acuité dramatique que la vie est à la fois d’une fragilité extrême et d’une solidité surprenante. La mort plane parfois, elle s’entête, elle veut faire le plein de malheur mais ne réussit pas toujours dans son entreprise funeste. Tout au moins elle ne parvient pas toujours à réaliser ses objectifs, car les vivants se battent, d’abord ceux qu’elle vise, et ceux qui les entourent.
La vie est un tout, un système auquel chacune et chacun est relié. Quand ma mère a dit à mon père « bas toi » il s’est battu certainement pour elle plus que pour lui. Il faudra désormais apprendre et comprendre que chaque seconde, chaque minute, chaque heure, chaque jour est une victoire qu’il faudra qu’elle déguste, qu’ils dégustent car il arrivera de toute façon un jour où la mort réussira le dernier dribble dans la surface de séparation sans aucun défenseur pour l’arrêter dans son entreprise funeste. Et elle marquera le but… Et sur le terrain resteront les autres joueurs, un peu hébétés mais qui repartiront à l’attaque.

Pour égaliser.

Recette…

Ce soir c’est fête,

Ce soir, j’offre une recette

Simple et léger

Vrai, authentique

Seul, unique

Voici le flan au nuage d’été.

Sur un fond de ciel étonné

Vous disposerez sans les étirer

Deux ou trois fines couches

De ce beau nuage blanc

Que vous aurez saupoudrées

De mille larmes rondes et salées.

Dans le four l’enfermerez,

Au double tour de votre sac à malice,

Toute une nuit vous oublierez

Et au petit matin enlevé

A pleine bouchées vous le chanterez

Ou est-il ?

Fin de journée est là

Elle est préparée :

Gouttes de lumières

Sur flaques d’obscurité…

Dans le creux de l’oreille

Des quelques lecteurs impatients

Celle qu’on dit muse doucement a chuchoté

Je le trouve bien silencieux

L’homme des mots…

Que se passe t’il ?

Où est-il ?

Que fait-il ?

Ne t’inquiète pas,

A répondu feuille blanche qui frissonne.

Il n’est pas loin,

Je le sens, je le sais

Il reviendra demain

Vêtu de peut-être ou de déjà

Je l’ai croisé

Il retient son souffle

Entre deux presque silence

Il fabrique de nouvelles lettres

Que bientôt il vous enverra

Quelques mardis en novembre, suite…

Héléna, cette nuit notre rêve était si beau. Héléna, tu es venue un matin, c’était dans mon rêve mais je m’en souviens, je te sens encore tout près, t’es venue un matin, t’as ouvert ma porte et tu m’as dit : « je viens te chercher, on va partir, on va s’aimer tous les deux ». Tu avais une voiture, on est monté en souriant, et tu as démarré. Tu as dit que tu voulais voir la mer, celle d’en haut quand on est dans la montagne, quand on s’aime en fermant les yeux et qu’on l’entend bouger tout en bas.
On a roulé jusqu’au sommet, la voiture glissait. Au bord, des deux côtés de la route il avait des sapins. Des grands, des bien droits, de ceux qu’on prenait pour faire les mâts des bateaux. Les bateaux qui vont sur la mer. La mer dans mon rêve, on l’entend, elle passe par les vitres, et il y a le vent qui cherche à nous effrayer. On s’est arrêter une première fois. Pour écouter, pour regarder. On a fait quelques pas sur la route et on se tient par la main pour ne rien se dire, parce que nos doigts se parlent, parce qu’on est bien. On est au milieu d’une clairière, la clairière du poète et tout autour il y la forêt qui fait semblant d’avancer. L’herbe est fraîche, elle sent bon, comme tes cheveux, comme cette peau qui t’entoure, qui t’enveloppe. Elle sent bon comme le creux de ton épaule. On s’est assis et tu m’as embrassé.
Héléna notre rêve était si beau, cette nuit je t’aimais. Cette nuit je te caressais les cuisses, je les effleurais, comme l’herbe qui nous entoure. Tu as un peu froid et je sens ta peau qui se crispe. Je te serre contre moi, je sens tes mains qui m’irriguent la nuque. Ton corps est étendu, il fait un peu frais et je ne te déshabille pas. Il me suffit de te regarder. Je n’en peux plus de me remplir les yeux de ta beauté. Je m’en veux de ne pas pouvoir tout retenir. La nuit est si courte Héléna et notre rêve est si beau.

Ma contribution écrite à la journée nationale du refus de l’échec scolaire.

Une fois n’est pas coutume, je publie une contribution que j’ai écrite, comme je le fais chaque année au nom de l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme, à l’occasion de la journée nationale du refus de l’échec scolaire qui se déroulera cette année le 23 septembre

Quelques mardis en novembre, suite…

Au commencement, il aurait pu s’agir d’un incident mineur. Il aurait pu être considéré comme banal, mis sur le compte de la bêtise quasi naturelle chez certains habituées des amphithéâtres de droit. Ce jour là, nous avions travaux dirigés. Le groupe était réduit, et celui qui enseignait était un jeune maître assistant qu’on aurait plutôt pris pour un croupier de casino.

       Nous l’attendions, en silence. C’est alors qu’il est entré dans la salle et, fier de son humour d’aspirant artilleur, s’est écrié :       

Mais c’est noir de monde ici ! 

Ce qui en d’autres temps et autres lieux n’aurait été vécu que comme une stupide manifestation d’humour professoral s’est transformé en véritable incident diplomatique. Il est vrai que le hasard aide bien l’humour estampillé Almanach Vermot.  Ce jour-là, les étudiants africains représentaient plus de deux tiers de l’effectif présent. Dés lors, la fameuse plaisanterie prenait une tout autre connotation. Forts de leur supériorité numérique, ils se sont tous levés et sont sortis en ajoutant qu’ils allaient immédiatement en référer au doyen.

       Loin d’en rester là, au lieu de s’effacer humblement ou de reconnaître son erreur, le maître assistant, d’ailleurs notoirement connu pour ses positions racistes, insiste lourdement. Visiblement aujourd’hui il semble être en course pour remporter la médaille d’horreur de la médiocrité nationale et ajoute des propos franchouillards à ses plaisanteries de corps de garde.                                 

       – Ah, voilà qu’ils rentrent chez eux maintenant, oh non désolé, j’ai oublié, c’est le jour des bourses aujourd’hui. C’est peut-être pour ça qu’il n’en manque pas un à l’appel.    

       Un certain nombre d’entre nous semble se satisfaire de cet humour qui fleure bon l’Indochine et l’Algérie française. Nous approchions des examens finaux et la règle, tacite, est de ne jamais rien dire qui puisse risquer de nuire à nos chances de réussite. Mais nous étions un petit nombre à ne pas pouvoir accepter de tels propos. L’un d’entre nous se lève et demande au maître assistant de retirer immédiatement ses propos racistes et de s’excuser publiquement.      

       L’ambiance est irrespirable. En quelques secondes on a senti l’atmosphère se charger d’électricité. Quelques étudiants bien vêtus, démontrent par leur indifférence qu’ils ne sont pas loin de partager les opinions de notre professeur. Estomaqué par cette rébellion, inattendue pour lui, il entre alors dans une colère noire et ordonne au récalcitrant de s’asseoir et de se taire. Bien évidemment, ce dernier refuse et nous nous levons aussi,  pour montrer notre solidarité. L’enseignant croit nous tenir avec une menace concernant notre passage en seconde année. Il nous annonce fièrement qu’il nous gratifie d’un zéro en contrôle continu et qu’il est tout à fait prêt à rédiger un rapport pour chacun d’entre nous.

       Nous comprenons qu’il est inutile de discuter. Nous sortons de derrière nos pupitres tombeaux et nous quittons cette salle. En quittant les lieux je me retourne et aperçois Victor, tête baissée, qui fait mine de ne pas supposer mon regard posé sur sa nuque de notaire. Je le supprime définitivement de mon listing des compagnons du possible et le range avec sadisme au rayon des médiocres sans histoires. Je me dis qu’il n’a pas bougé pour ne pas risquer de compromettre, par une action imprévue, le bel ordonnancement de ses semaines juridiques entièrement dévouées au sacro‑saint rite du samedi soir.

       Nous nous retrouvons quelques instants plus tard dans les locaux syndicaux. C’est la première fois que j’y entre et je suis surpris par l’animation qui y règne. On s’installe dans une petite salle encombrée de ramettes de papier et de banderoles, roulées, en attente de défilé. Benoît, celui qui a osé se lever le premier est parti chercher un responsable et du café. Nous sommes tout excités en l’attendant et ne parvenons pas à nous écouter. C’est à celui qui en dira le plus sur les exploits du fameux professeur de droit public. Quand Benoît entre dans la salle, accompagné de deux anciens que je n’ai jamais encore rencontrés, nous en sommes déjà à dresser la liste de tout ceux qui dans cette faculté n’ont rien à envier au bout en train de la matinée.

       A présent nous sommes huit dans cette petite pièce chargée d’odeurs d’encre et d’alcool pour machines à tirer. Les derniers arrivés sont beaucoup plus calmes, ce sont de véritables militants syndicaux, maîtres d’eux même et de leurs émotions. Ils donnent l’impression d’avoir déjà pris une décision. Nous sommes calmés et nous attendons qu’ils parlent.

       A cet instant de flottement, je ressens une impression bizarre et me mets à penser à mon père. Lui aussi est un militant politique, un vrai, il a été de tous les combats, il en perdu beaucoup, mais c’est ce qui lui donne aujourd’hui cette apparence sereine bien que méfiante. Je ressens ces minutes qui passent très lentement comme s’il s’agissait d’un temps appartenant à l’histoire avec quelque part, écrites en petites lignes, les paroles de mon père face à l’injustice. Je suis fier de ne pas être à la place de Victor, je suis fier de ne pas faire partie du troupeau de ces pantins qu’on installe chaque jour dans les amphis pour justifier l’existence de ces trop nombreux serviteurs du droit des autres. Je pense à Rémi, à Héléna, j’ai hâte de leur raconter, j’ai hâte de les associer à ma révolte. Je me dis que s’il faut un volontaire pour aller prévenir les étudiants de deuxième année je serai celui là, parce qu’il y en aura au moins un qui me suivra.

       Benoît et son acolyte prennent la parole. Ils disent que c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il ne nous en faut pas plus pour reprendre notre énumération, et peu à peu le brouhaha s’installe. Ils savent mener une réunion et nous demandent de nous calmer un peu et de garder notre salive pour les heures à venir.

       Ils ont prévu d’ouvrir un cahier de doléances pour recenser tout ce que l’on n’a jamais osé dire. Il faut réagir vite et prévenir le plus de monde possible. Il ne faut pas laisser retomber le soufflet. Si nous ne disons rien aujourd’hui, nous ne pourrons plus que nous résoudre au silence, et pire à l’indifférence.          

       Nous ne sommes que huit, mais nous pouvons très vite démultiplier notre indignation. Le plus vieux, celui que Benoît est allé chercher tout à l’heure, ira dans l’amphi le plus dur : celui des premières années de médecine. Benoît interviendra en droit, en première année, pendant que je me chargerai des deuxièmes années. Les cinq autres se répartissent les amphis les plus faciles, ceux de lettres et de psycho. Puis nous nous mettons à la rédaction d’un tract. Nous y dénonçons le comportement raciste et extrémiste de certains professeurs et appelons à un rassemblement pour le lendemain matin devant la maison de l’université. Nous terminons notre réunion en buvant un café brûlant sous le portrait de Sartre juché sur un bidon devant Renault Billancourt. Je suis secoué d’un frisson incontrôlable. C’est la première fois que je suis impatient d’être au lendemain. Auparavant, il va me falloir réussir mon examen d’apprenti révolté. Il va me falloir réussir mon intervention dans l’amphi de Rémi. Il me reste une heure pour m’y préparer.

       Je ne suis jamais entré dans l’amphi des deuxièmes années, aussi lorsque je commence à gravir les quatre ou cinq marches qui le séparent de celui des premières années j’ai tout à fait le temps de laisser l’angoisse me saisir. Je reste derrière la porte à deux battants, à attendre que le prof ait terminé son exposé. J’entends battre mon cœur et n’arrive pas à me projeter dans les quelques minutes qui vont suivre. Le cours s’achève dans un murmure. Je sais, par expérience, qu’à dix heures les étudiants ne sortent pas. Le cours suivant est trop proche. Il va falloir faire vite. La porte s’ouvre et le jeune prof, étonné, s’efface pour me laisser passer.

Une page se tourne…

Une page se tourne

Blanche de peur

Sur le vide des mots

Je pose ma main

Au bout d’une ligne

Tout au bout…

Sur le haut plateau jauni,

Pas un pli, pas un cri…

Dans le calme gluant du midi brûlant,

Un homme,

Personne ne le connaît,

Demande son chemin.

Un vieil enfant étonné l’a questionné.

Mais où vas-tu homme pressé ?

Je vais au bout mon petit,

Je vais au bout voir la terre tourner.

Mais sais-tu homme pressé

Qu’au bout il n’y a rien,

Rien qu’un bout de ce chemin.

Retrouvons, la Norme et la Beauté, qui, une fois encore se déchirent…

Pour compléter ma publication d’hier soir et pour ceux qui ne sont abonnés à mon blog que depuis peu, je publie à nouveau quelques uns de mes textes sur la norme et la beauté. En voici le premier

La norme et la beauté : le retour…

Il y a bien longtemps que norme et beauté ne s’étaient rencontrées. Il est vrai que l’une comme l’autre avaient pris soin sur les injonctions de la police sanitaire de prendre et surtout de garder de la distance. Mais ce qui devait arriver arriva et les deux rivales ont fini par se retrouver. La norme dont on sait déjà qu’elle aime tout contrôler a donc pris la décision de convoquer la beauté.

– Gardez vos distances beauté ou alors restez masqué. En aucun cas vous ne devez me contaminer.

– Ne vous inquiétez pas je resterai masquée et ainsi vous n’aurez pas à supporter mon sourire bucolique…

– Bien, ceci étant dit chère beauté, encore une fois quel besoin aviez vous d’aller vous compromettre en ce lieu que je vous ai déjà interdit. Un parking de supermarché, et pourquoi pas un immeuble désaffecté quand on y est ?

-Voyez vous madame la norme, contrairement à vous je n »ai aucun problème avec ces lieux dont on dit, je le sais, qu’ils sont laids. Je ne les méprise pas et surtout je ne les oublie pas et quand je le peux, je veux dire quand vous êtes occupée à rédiger vos règles académiques et surtout à les contrôler, voyez vous, moi je vis : tout simplement. J’ouvre les yeux, et quand je sens que mon cœur est léger, je cherche s’il me reste un peu de ces belles couleurs que vous gardez enfermées.

-Je vous entends, l’intention est bonne et je ne nie pas que vous faites ce que vous pouvez, mais à l’avenir quand vous vous égarerez dans un supermarché, je vous en prie faites une détour au rayon beauté !

Où irons nous demain ?

Où irons nous demain ?

Demandent les deux fillettes.

On ne sait pas,

Il faut regarder le ciel

Il nous le dira.

Répond maman.

Le ciel ?

Mais qu’y verrons nous,

Que nous ne savons déjà ?

Oh c’est très simple mes très belles,

Surtout vous ne direz rien,

Les yeux vous fermerez :

Dans la boîte à rêves que vous cachez

Vos plus belles couleurs vous choisirez,

Vous lèverez la tête.

Et alors ?

Alors le ciel vous dira…

N’oublie pas…

Aujourd’hui s’ouvre le procès de l’attentat contre Charlie Hebdo. Je publie à nouveau à cette occasion le texte que j’avais écrit le 7 janvier nous invitant à ne jamais oublier

Bouillie de ciel

C’était une lumière d’un presque soir d’été

Dans la poche intérieure de ma veste aux couleurs insolentes

Je sentais les chaudes miettes

D’un doux festin aux rires lointains

Les yeux rivés sur la bouillie bleue du ciel heureux

Je marchais

Oh oui je marchais

Semant tout le long des chaumes chaudes

Mes vieilles pages d’enfance

Inspiration…

Parfois je relis mes anciennes publications et j’ai alors un étrange coup de cœur, comme s’il s’agissait d’une découverte au cours d’un voyage dans mon propre temps

Terre brûlée

Saint-Pierre les Martigues août 2020

Ô terre brûlée

Entends le chant de la braise

C’est le blues des oliviers

Il souffre en crissant

Dans le peuple des cendres

Hommes épargnés

Vos larmes sont grises

Sur la face sud de nos étés

Mots secs et noircis

S’envolent

Au pays des chagrins de suie

Je cherche..

Tous les jours je cherche

Je cherche le mot parfait

Je veux qu’il frissonne

Quand on le chante

Je veux qu’il fremisse

Quand dans l’oreille on le glisse

Je veux qu’il vole à tire d’aile

Quand on souffle sur ses ailes

Je veux qu’il s’efface dans un pas de danse

Quand page blanche noircit ses marges de silence

Je le cherche

Je l’attends

Champ d’été

C’est un champ d’été

Aux rimes blondes et parfumées

Il s’étire le malin

Dans le creux du matin coquin

Entends le

Il craque

Comme belle tranche de pain frais

Il faut que cesse la peur…

Il faut que cesse la peur

Oui il le faut

Regarde

Le monde est si beau

Je l’entends

Il me le dit

Mais n’en peut plus

De ce long naufrage organisé

Où les hommes sont courbés

Regarde

Ils se sont perdus

Dans les bas-fonds

De leurs écrans maléfiques

Ils ont oublié la beauté des lueurs noires

Regarde

Le ciel est si seul

Et pleure ses couleurs effacées

Le monde n’en veut plus

Les hommes ont abandonné

Et creusent leurs sillons

Ils labourent en se taisant

Le lourd soc

Aiguisé a la pierre de la peur

Entre en criant dans le ventre de la terre

Il faut que cesse la peur

La mer se fait lointaine

Ils l’ont noyée

Sous l’horizon du désespoir

25 août

Inspirations : 8

C’est la fin de journée

La mer a pris ses quartiers

Le ciel ébloui du si long été

Plisse une paupière fatigué

Inspirations : 7

Monte petit homme

Monte

Grimpe au sommet

De ce vieux monde ridée

Regarde petit homme

Regarde

Ces bras qui te tiennent

Ils te parlent de demain

Tu vivras, tu riras

Tu seras loin

De ce monde du bas

Qui s’est noyé

Dans son trop trop-plein de peurs

Inspirations : 6

Le sable crisse sous les pieds

La chaleur est lourde

La mer s’est assoupie

Dans l’arrière cour du midi

Elle n’en peut plus de s’étirer

Inspirations : 5

J’ai ouvert ma boîte à ciel

Pour y prendre les couleurs

Du vieux peintre heureux

Dans le fond d’un reste de bleu

J’ai plongé une plume de mauve creux

Et sur les lignes grises de ton rêve à deux

J’ai écrit ton nom à l’encre de feu

Inspirations : 4

Dans les rêve mauves

De tes sourires en papier glacé

En riant comme un enfant

Tu as invité toutes tes beautés

Et les tristes sires

De la norme académique

T’ont condamné

Au coucher de sommeil éternel

Inspirations : 4

Dans les rêve mauves

De tes sourires en papier glacé

En riant comme un enfant

Tu as invité toutes tes beautés

Et les tristes sires

De la norme académique

T’ont condamné

Au coucher de sommeil éternel

Inspirations : 3

Entends le chant mauve

De l’abeille noire

Au creux du midi aux bords dorés

Douce fleur sucrée

Jouant la belle

Pose pour l’ombre envolée

Inspirations : 2

Gronde l’orage

Sur les plaines arides des mots assoiffés

Se déchirent les nuages

Sur ma friche de papier

Inspirations

Derrière l’odeur du pain chaud

Entends le chant frais du matin d’été

Les cigales engourdies dans les draps tièdes de la nuit

Ont pétri en riant une farine de silence

Mémoires : 3

Derrière la vitre d’un jour d’ici

J’attrape les gouttes de temps

Temps qui glisse

Temps qui plisse

Le regard est blotti

Entre les bras de fer

Qui s’étirent vers la mer

Sa route est si longue

Son chemin est si loin

Il se souvient

Dans le train qui coule vers le sud

Un presque homme est assoupi

Il rêve seul

Ses compagnons de nuit avalés

Regarde

Il pose le front sur le froid de la vitre

Entends ce qu’il reste d’histoire

Enfoui

Dans les plis d’acier d’une infinie nuit ferroviaire

Tu y trouveras quelques miettes sans frimes

De cette belle mémoire

Qui te souffle ses rimes…

30 juillet

Mémoires…

Souviens toi me dis-tu

Souviens toi

C’était peut-être hier

Ou bien plus loin

Ailleurs

A l’adresse flou du temps fini

Tu étais seul

Je t’observai

Tout le long de ton chemin

Je t’ai vu

Tu as semé

Treize petits mots

Oh oui si petits

Une syllabe chacun

Parfois deux

Et sans te retourner

Tu es parti

Oh tu sais

Je t’ai suivi

Chaque mot j’ai cueilli

Dans mon sac à demain

Sans rien dire les ai glissés

Et vois-tu mon ami

Prends ce bouquet

Aux rimes fleuris

Il est toi

Je te le donne

Il était temps

Je te le rend

Memoires…

Dans l’arrière jour de mes nuits blanches

J’ai creusé le trou de ma mémoire oublié

Dans le fond endormi

Sur un bord de molle dune

Petits mots aux teintes passées

Dansent en giguant la ronde des guenilles

Ils vont ils roulent ils vrillent

Mots d’hier j’entends vos rires d’enfants

Crépies de mauve brune

Douces caresses se posent

Sur le long mur blanc

De ma moite insomnie

Tout est fini

Sur la feuille froissée d’un passé retrouvé

Sans un pli présent rassuré s’est endormi…

Sur le chemin de ma mémoire…

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La nuit était lourde, épaisse,
Des plaques d’air poisseux s’empilaient
Le lit s’enfonçait dans la vase molle de ma mémoire
Je cherchais le chemin pour me conduire au début
Sur les bas-côtés de mon rêve éveillé
De mauvaises ronces se sont réveillées
Mon pas est lent
J’ai le souffle court
Tous les cailloux que j’avais semés
Sont enfoncés dans le sable gris
Je me bats contre un vent mauvais
Il souffle de tous côtés
Et s’engouffre dans le couloir de l’oubli

Il est midi sur le plateau…

En manque d’inspiration, une republication : je sais c’est facile, mais tant pis…

Mes yeux se plissent…

Seul au milieu d’une verte prairie

J’ai remonté le fleuve de mes souvenirs

Jusqu’aux sources chaudes des étés oubliés

Sous une pierre plate j’ai glissé une main

L’eau est si fraîche

Mes yeux se plissent

Au bout de mes doigts

Gouttes d’hier qui perlent

Et murmurent en tombant

La douce mélodie

Des amants qui rêvent au couchant…

Orages je vous aime…

Orages je vous aime

Entre vos lourds bras gris

Je veux me blottir sans haine

Loin des peurs, loin des cris

Voyage contre la vitre, suite…

Le mercredi dix huit octobre Armand transmet le message le plus délicat. Il y explique la procédure de désignation des sacrifiés. Le grand jour de l’opération Eugène reste le vendredi vingt sept octobre. Pour des dizaines de milliers d’écoliers ce sera le grand jour, pour quelques milliers d’autres, ce sera l’enfer. Ils seront tenus à l’écart des dernières décisions et seront sacrifiés.
Il y a peu, on devinait de l’impatience, une certaine excitation. Aujourd’hui on perçoit plutôt l’angoisse. Dans sa classe, de plus en plus d’enfants craquent, pleurent sans raisons. Beaucoup sont incapables de se concentrer sur les habituelles tâches scolaires. Heureusement parents et enseignants imputeront ces dépressions passagères à la longueur excessive du premier trimestre…
L’organisation semble sans faille. Armand craint pourtant de s’y perdre, de commettre d’irréparables erreurs. Il appréhende. Il s’imagine que le jour J personne ne réagira. Il n’a pas entièrement confiance aux lois mathématiques. Elles sont trop parfaites et ne laissent aucune place au hasard. Humainement il est possible que tout fonctionne suivant l’irréfutable logique de ces séries de multiplications qu’il ne cesse de vérifier.
Mais il y aura des grains de sable. C’est l’évidence même. Il n’y a que dans les livres où tout se déroule comme prévu. Aux livres, on leur permet tous les écarts, toutes les absurdités, à partir du moment où l’on est prévenu qu’il s’agit d’une histoire. Dans un livre on peut se permettre d’inventer des enfants au cartable déformé par un Magnum trois cent cinquante sept. Dans un livre on réussit à marier la froide rigueur des mathématiques et l’insouciante poésie de la réalité.
Fanny a concédé qu’il y avait des risques à éliminer certains maillons de la chaîne. Il se peut que le vingt sept octobre l’opération dégénère. Mais c’est un danger à courir, il faut garder confiance. Fanny avoue qu’elle se moque de savoir si tout fonctionnera comme prévu. Elle ne trouve aucun intérêt à évaluer le nombre de classes susceptibles d’être touchées. Qu’il y en ait des milliers ou quelques dizaines l’indiffèrent. Le résultat sera de toute façon spectaculaire.
Contrairement à Armand, Fanny pense que la loi mathématique s’appliquera. Elle lui reproche de chercher la petite bête, de ne pas se satisfaire du futur simple et de ne s’intéresser qu’au conditionnel.
Armand n’est pas convaincu et n’a pas confiance dans ce plan qu’il trouve irrationnel. Il redoute une monstrueuse pagaille tournant au ridicule, ou pire si certains ne se contrôlent plus. Il passe des heures à gribouiller des schémas, mais ne parvient jamais au même résultat. Il réalise qu’ils ont commis des erreurs. Il s’en veut mais se dit qu’il s’agit de ces erreurs de jeunesse dont on leur rebat régulièrement les oreilles. Il aurait fallu recenser et contrôler tous les circuits de communication, il aurait fallu éviter l’éparpillement, il aurait fallu vérifier, compter, recompter, contrôler, trier, limiter… Il aurait fallu consacrer plus de temps à l’organisation, envisager différentes stratégies. Il aurait peut être fallu s’adjoindre les compétences des plus grands, des ados…
Armand a éteint le micro ordinateur et s’est couché. Lorsqu’il ferme les yeux il ne voit que cette chaîne, cette toile d’araignée tissée presque à son insu. Il a du mal à se représenter la rapidité à laquelle une transmission s’effectue. Il est pris de vertige quand il réalise la complexité des réseaux.
Vertige, pagaille. Armand comprend qu’il risque d’être emporté par cette vague. Il essaie de se rassurer, de se calmer, pour trouver le sommeil. Mais il a beau s’obliger à peindre l’avenir en rose, la proximité du dénouement, le rend de plus en plus fébrile. Que feront ils ? Comment les événements vont ils s’enchaîner ? Seront ils nombreux à introduire des armes ? Il espère qu’il ne s’agira que d’une minorité. On est pas à Los Angeles tout de même !
Il faut se résigner, il faut dormir. Il sait que Fanny n’est pas perturbée par ces inquiétudes. Il parie que si les consignes sont comprises, certains passeront entre les mailles du filet. Il faut supposer, c’est horrible, que dans toutes les classes, il y aura des enfants à qui personne ne parle, toujours seuls. Le problème qui subsiste est de taille. Il s’agit d’identifier, le jour J, ceux qui auront été exclus de la fête. La seule solution serait de demander, dans le dernier message, celui qu’il enverra mardi prochain, à chacun de porter un signe distinctif. Suffisamment distinctif pour que les sacrifiés soient repérés dés l’entrée en classe. Il faut que ce signe, cet indice soit suffisamment visible, mais aussi anodin, banal pour ne pas susciter une brusque panique. Il se peut que dans certaines classes, tous portent ce signe, il se peut aussi qu’ailleurs les sacrifiés soient majoritaires. Dans ces deux cas, extrêmes et fortement improbables, on improvisera. Il ne faudra surtout pas se lancer dans l’opération si elle est vouée à un échec certain. Armand réussit à s’endormir. Il s’intéressera au problème du signe dés demain. S’il le faut, s’il n’a pas d’idées en dormant, il sollicitera Fanny.

Une bouchée du bel été

Posée sur le cœur doré

D’une fleur au rose vibrant

Butine abeille appliquée

Demain sur le pain chaud et craquant

Des hivers enrhumés

Rouleront les vagues sucrées du miel d’été

Et dans la blanche et fraîche mie

Tu croqueras une belle bouchée du bel été

Tribunal académique : nouvelle séance…

Et voilà, j’ai bien PEUR, que cette séance soit la dernière en date… A bientôt !

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Le Tribunal académique a fort à faire en ce moment. Il faut dire que nous n’avions jamais connu un tel relâchement dans le « bon usage » qui doit être fait des mots. Et il en est beaucoup pour penser qu’il serait peut-être temps de réglementer, le port de mots, ou tout au moins de certains de ces mots qui blessent, qui coupent, qui brisent, qui tuent. Jamais, Ô grand jamais, nous n’avions pu vérifier à quel point, un mot était une arme.
L’accusée est déjà dans la salle d’audience, il est arrivé le premier, ou elle car on ne saurait dire de quelle genre est-ce mot, même si la loi académique a décidé que les articles qui devaient l’accompagner était là ou une quand elle était seule. Vous l’avez peut-être deviné, aujourd’hui c’est La PEUR qui attend d’être jugée. Et si justement la salle est encore vide, c’est que…

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Tribunal académique : il revient, et c’est « ensemble » qui est jugé…

Cette séance est assez récente…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Il était annoncé, il devait se réunir, mais des circonstances exceptionnelles ont contraint le tribunal académique à reporter plusieurs séances extraordinaires. Il a été décidé eu égard à l’urgence de la situation et à la nature du mot à juger que le 14 juillet serait au bout du compte une date idéale.
Après une longue enquête, les juges resté seuls pendant de longs mois ont décidé de poursuivre « ensemble » et une fois sa culpabilité attestée de le traduire devant le jury populaire du tribunal académique.
Pour prendre cette décision, ils eurent de nombreuses réunions à plusieurs mais à distance bien sûr, et ce pour éviter cette toute nouvelle maladie : « la maladie de l’homme seul ». Cette affection est très particulière, avec quelques symptômes peu courants : le plus significatif étant pour les personnes atteintes l’impossibilité de prononcer les mots suivants : tu, il, elle, nous…

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Nouvelle séance du tribunal académique…

Un jugement prononcé en plein confinement….

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Voilà bien longtemps que je n’avais réuni le tribunal académique…

Photo de Colin Lloyd sur Pexels.com

Avec le confinement, le tribunal académique ne se réunit que très peu. Trop peu diront certains, et j’en suis. Si la période est propice aux dérapages verbeux, il est des limites qu’il convient de ne pas dépasser.

Nous voici donc dans l’obligation de convoquer le tribunal académique, en sa formation restreinte. Le président est là, bien sûr, masqué et perruqué comme il se doit. Il est assisté de trois nouveaux assesseurs, tirés au sort par la main innocente d’un vieil huissier bègue et manchot, ravi de cet honneur qu’on lui fait.

Sa main tremblante a tranché. Les trois sages du jour sont: un danseur de tango, une cuisinière mangeuse d’hommes et un vieillard polyglotte.

Le président, comme à l’accoutumée, prend la parole devant une salle d’audience vide, mais, et c’est une première, la séance…

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Retrouvons le tribunal académique…

C’est le présent qui est jugé…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Le temps qui passe à travers la vitre

Le tribunal académique s’est réuni aujourd’hui dans son format le plus restreint. Car oui, il a bien fallu se résoudre à le convoquer. Une fois de plus, le cas qui lui est soumis aujourd’hui est un peu particulier.

Le plaignant est un personnage à part, chacun le connaît et pense l’avoir déjà rencontré. Mais rares sont celles et ceux qui peuvent le décrire, si ce n’est pour dire: «oui je l’ai vu, mais il est passé, si vite que je n’ai même pas eu le temps de lui parler.»

Vous l’aurez peut-être compris, le plaignant est le présent. Et évidemment, quand le président du tribunal procède à l’appel, il commence toujours par dire: «à l’énoncé de votre nom, je vous demanderai de bien vouloir répondre présent».

Et il débute son appel.

  • Présent?
  • Je répète: présent?

C’est l’avocat de la partie civile…

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Le tribunal académique s’est réuni…

J’aime beaucoup aussi celui-ci…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Le tribunal académique est, une nouvelle fois, confronté à un cas épineux. Il doit, en effet, répondre à la plainte qui a été déposé par un mot, que les lois académiques, poétiques et bucoliques protègent envers et contre tous. Contre tous, oui mais, nous allons le voir pas contre tout, et surtout pas contre ces nouvelles lois numériques, aux contenus faméliques dont le code ne se résume qu’à un clic.

Et c’est bien là qu’est le hic…

C’est pour cette seule et unique raison que le tribunal académique est aujourd’hui réuni dans sa formation plénière. Ce qui signifie qu’autour du président, outre les assesseurs habituels ont été convoqués un troubadour, une poétesse, un clown au chômage, un tourneur fraiseur sur tour à commande poétique, une chanteuse boulangère et quelques autres trublions dont j’ai oublié le nom.

Le président du tribunal, se tourne vers la salle, emplie d’un côté d’amoureux heureux…

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Dimanche…

Tiens c’est le dimanche qui est jugé…

Tribunal académique : M et N

On continue…

Tribunal académique…

Et de trois, peut-être ma préférée…

Tribunal académique…

Et voici la deuxième séance…

Tribunal académique…

Quelques uns de mes abonnés apprécient beaucoup cette rubrique, et je dois dire que je prends beaucoup de plaisir à l’écrire. Je republie à la suite toutes les séances de ce tribunal un peu particulier…

Textes de jeunesse, inédit…

Parfois au détour d’une séquence de tri et de rangement je découvre des bouts de truc, des amorces, des fulgurances restés souvent seuls au fond d’un vieux cahier. En voici un exemple…

L’idée avait germé un vendredi soir. Nous sommes quatre, assis autour d’une table de formica. Nous parlons peu, mais chacun sait que les traits tirés qui marquent les visages sont l’annonce d’une terrible fin de semaine. Et puis il y a ces murs, si gris qu’on les croirait repeints pour rimer avec notre angoisse. De temps en temps la chambre est balayée par un reflet blanchâtre. Il doit s’agir des faisceaux des phares d’un véhicule qui traverse le camp à vive allure. Le moteur n’est qu’un chuchotement tandis que la lueur est un regard qui nous cherche.
Nous sommes quatre à attendre. La décision est prise. Nous ne nous connaissons que depuis quelques mois et déjà les regards s’essaient à la similitude. Quatre dans cette chambre d’hommes. Nous avons été « incorporés » en même temps. Nous sommes des militaires du contingent et nous ne pouvons que rendre grâce à l’armée qu’on qualifie de grande muette de nous avoir mis face à face. Notre histoire d’hier est sans intérêt, nous nous sommes embarqués pour une aventure dont on ne peut prévoir jusqu’où elle ira. Nous sommes quatre et nous avons pris une décision…

Réveil…

Retour une année en arrière…

Derrière la rime mauve

Derrière la rime mauve

De mon vers

Tout le jour endormi

Fleur rare et seule

Un par un

Effeuille ses pétales

Sur la page du soir tombant

17 juillet

Le maître d’école

J’ai été instituteur il y a35 ans. Aujourd’hui je me souviens avec nostalgie

Dans la grange de mes souvenirs précieux

J’ai conservé de cette petite école une odeur belle et bleue

Tous les enfants étaient heureux

J’étais le jeune « maître » des lieux

Aujourd’hui dans un monde devenu vieux et peureux

Soudain je pense à eux…

Nuit claire…

Dans le trop-plein du jour affaissé

Comme un débordement de lumières

Que la nuit étonnée ne retient pas

La lune entrée sans frapper

Aux portes fermées de l’obscur

A été sommée de briller sans compter

Petit matin d’été…

Un autre de mes textes écrit l’année dernière que j’avais envie de publier à nouveau…

La chaleur a pris ses quartiers…

13 juillet, il fait chaud, envie de publier à nouveau ce texte…

« Flacon, flacon » s’envole, léger…

Une « re »publication d’un texte écrit il y a juste un an et que j’aime beaucoup

Je cherche

Ce soir j’ai le verbe sec

Je cherche le mot plume

Il passera sous le bras de la rime en rire

Chatouilleux le mot de la fin

S’envolera à tire voyelle

Bavarder avec l’ami hirondelle

10 juillet

Je cherche

Ce soir j’ai le verbe sec

Je cherche le mot plume

Il passera sous le bras de la rime en rire

Chatouilleux le mot de la fin

S’envolera à tire voyelle

Bavarder avec l’ami hirondelle

10 juillet

Distance…

Garder la distance me dites vous ?

Oui je le veux bien

La garder, la prendre

Là tout contre moi

Au creux chaud de mes bras

Maigres et pendus

Points d’interrogation

Ils attendent

Ils espèrent

Tristes orphelins

D’un monde noyé dans le muet

Et demain

Dans le peut-être coupant

D’une peur aiguisée

Me faudra t’il aussi garder le silence…

9 juillet

Oubliés…

Oubliés les enfants

Enfermés

Dans la chambre grise

Du vieux monde qui se ride

Oubliés les enfants

Aux rires légers

Accusés, condamnés

J’en sais qui tremblent

D’autres qui pleurent

Dans le coin secret

De ce pays masqué

Ou plus un rêve n’ose respirer

Oubliée la jeunesse

Aux ailes rognées

Ils rêvaient de croquer

La première bouchée de cette pomme de vie

Et la peur est là

Elle les montre du doigt

Revenez

O mes oubliés

Ouvrez grand les portes

Entrez, chantez, riez,

Respirez

Inspirez nous

Emplissez le vide de nos mémoires d’enfant

Qu’un vent mauvais a balayé

8 juillet

Je t’attends.

La mer est là

Elle s’est invitée

Dans la morne plaine

Des écrans bleutés

Elle veut me dire

Assez

Je n’en peux plus de vos rimes tristes

Je veux qu’on les oublie

Je n’en veux plus de votre Amérique

Qu’on enferme en un clic

Moi j’attends le chant du vent

Je le veux là

Tout contre moi

L’écume des mots s’envolent

Et se pose sur tes lèvres salées

7 juillet

Rêve à finir..

C’était une longue nuit,

De celle que fatigué

Vite, on oublie.

J’ai grimpé dans le dernier wagon

De ce rêve bleu

Affalée sur le quai.

Un enfant triste est assis contre la vitre humide.

Il me regarde :

Où étais-tu hier ?

Je t’attendais tu le sais…

Tu n’es pas venu,

J’ai tourné la page.

J’etais si seul,

Oh si seul tu sais…

Et j’ai tenté de pleurer,

Mais le rêve a poursuivi

Son chemin jusqu’à demain.

Aide moi je t’en prie,

Aide moi,

Je ne veux pas que tout soit fini…

6 juillet

Promesse non tenue…

Bon et bien je n’ai pas tenu l’engagement que j’avais pris vendredi de convoquer le tribunal académique. Mais c’était pour une bonne raison, mes enfants et petits enfants ( références au papou du tee-shirt sur la photo ) avec la complicité de mon épouse avaient organisé une surprise et tout le week-end fut donc familial et plein d’émotions que je garde bien au chaud… pour un jour ou l’autre les coucher sur une feuille blanche. Désolé pour le tribunal académique que j’ai finalement libéré…

Tribunal académique…

En cette fin de semaine qui s’annonce agitée et dangereuse pour l’intégrité de quelques mots j’ai pris la décision de convoquer une session extraordinaire du tribunal académique. J’ai déjà une petite liste d’innocents à protéger et de coupables à sermonner mais si le cœur vous en dit je suis tout à fait disposé à recueillir et à étudier vos plaintes.

Poétiquement vôtre

Prends garde homme pressé…

Homme pressé

Je le vois tu trepignes

Je l’entends tu t’indignes

Un instant écoute moi

Dans le monde que tu inventeras

Il ne faudra rien oublier

Ni le gris ni la pluie

Ni la peur ni la sueur

Ni l’acier ni la saleté

Prends garde homme pressé

Dans les sillons serrés de tes rêves de demain

N’oublie rien

Oh oui je t’en prie

Prends garde à semer

Quelques graines oubliées

De ce monde que nous avons tant aimé

2 juillet

Au bout de la nuit

Au bout d’une nuit agitée

Matin se dresse

Il est là mur épais

Il impose son long soupir

Son crépi est lézardé

Les rêves mauves n’ont pas tenu

Tout est prêt pour le laid

Et soudain

Main dans la main

Dans le creux d’un chant oublié

Je les vois

Ils sont deux

Et se sont aimés

Un train est entré

N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Pour ce presque rien
Qu’on cache sous le tapis
D’une mémoire aux rimes rondes
Rondes et fleuries
N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Ce quelque chose
Que le peuple des autres
Abandonne sur le quai
Pour un voyage sans détours
N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Celui qu’on oublie tout de suite
Pour ne pas avoir à l’apprivoiser
Sentez-vous l’odeur que la peur avait enterrée
Entendez -vous le cri du métal
Il est frappé de soleil.
C’est un beau soir qui sent le hier
Dans la salle d’attente de mes souvenirs ferroviaires
Un train vient d’entrer…

30 juin

Vent

Dans les plaines sèches

De mon pays de l’en dedans

Vent malin s’est engouffré

Longues et grises

Ailes d’acier

Dans le ciel déchiré

Sous le souffle ont tremblé

Vent câlin les caresse et dit

Tourne moulin

Tourne sans fin

Aime le chant de mes chagrins

29 juin

Voyage contre la vitre, suite…

Eugène Mollard n’est pas parti en vacances. Eugène Mollard ne part jamais en vacances. Il n’en a pas besoin. Des vacances pour se dépayser ? Chaque matin, il a la sensation de tout redécouvrir. La rencontre avec son quotidien prend des allures de safari exotique. Cet été, Eugène Mollard ne peut pas s’absenter. Il attend un courrier, un coup de téléphone de celui qui deviendra son éditeur. Il est persuadé. Il le sait. Il n’envisage pas un nouvel échec. Il lui faudra certainement effectuer de nombreuses retouches. Mais il est disposé à consentir un tel effort.
Habitué à vivre sans la dictature du calendrier, il ne trouve pas le temps long et n’est pas impatient. Il a éliminé l’impatience de la liste de ses affections. Non pas qu’il soit résigné, mais plus parce que cette incapacité à se contenir et à s’abandonner au temps qui passe ne le concerne pas, lui qui depuis toujours ne sait qu’endurer. Son seul repère, c’est la date à laquelle il a envoyé le manuscrit : jeudi neuf mars. C’était hier. Un autre hier qu’Eugène s’efforce d’inscrire dans son éphéméride. C’est la première fois qu’il se souvient aussi nettement d’un événement de sa propre vie. Il a trouvé cela bizarre, anormal. Aujourd’hui il a la conviction qu’il s’agit d’un signe. Il a la certitude qu’il a peut être trouvé le moyen d’exister autrement qu’en pointillé. Son médecin lui parlerait certainement de thérapie. Il avait besoin, pour avoir une réalité, pour vivre, pour être autre chose qu’un simple être qui passe, de se fabriquer une Histoire. Et depuis, il se sent beaucoup mieux. Certes, il utilise toujours les post it mais éprouve moins l’habituelle sensation de vide.
Le dernier week end de Juillet, il a eu un différend avec Justine à propos du manuscrit. Souhaitant une opinion sincère, il l’a suppliée de ne pas s’obliger aux compliments inutiles, de ne pas hésiter à lui livrer une authentique critique. Justine n’est pas une passionnée de littérature, mais possède une qualité indispensable pour satisfaire le désir de son frère : elle ne sait pas mentir, et préfère se taire plutôt que de se répandre en d’inutiles flatteries. Elle a assuré avoir pris beaucoup de plaisir à lire ce roman. Elle ne s’est jamais ennuyée.
Puis elle lui a reproché ses exagérations. Elle a jugé complètement irréaliste le portrait des enfants. Elle lui a démontré qu’il ne connaissait pas suffisamment ce monde là. Elle s’est même emportée, déclarant qu’on ne pouvait raconter n’importe quoi, surtout à propos de ce qu’il y a de plus sacré au monde : les enfants ! Justine l’a accusé de décrire les enfants, de parler d’eux, mais de n’avoir jamais pu ou voulu en avoir. Puis elle s’est déchaînée et lui a administré un véritable cours de psychologie enfantine. Eugène ne s’attendait pas à ce déferlement. Il ne s’était pas préparé à la férocité de ces analyses. Il avait l’impression que Justine en profitait pour régler des comptes. Elle n’admettait plus sa façon de vivre, son égoïsme. Et même si elle ne vivait pas en couple, après une rupture douloureuse, elle n’envisageait la vie qu’en famille. Les célibataires lui faisaient l’effet d’être des marginaux en dehors de tout. Eugène ne voulait pas s’épuiser dans un débat stérile. Mais il accusait le coup.
Peut être pour adoucir l’acidité de ses premières remarques Justine a ajouté qu’il aurait du la prévenir, la préparer à la lecture difficile d’un roman de science fiction. Elle aurait plus facilement adhéré à toutes ces divagations. Elle prétendait les enfants incapables d’une telle sauvagerie. Ils sont des êtres naturellement innocents et doux. La méchanceté de certains n’est que la conséquence de la brutalité exercée par le monde des adultes. Justement c’est contre la barbarie de ce monde majeur que les enfants se révoltent avait expliqué Eugène.
Elle lui a prouvé que jamais on ne verrait des enfants se rebeller aussi violemment contre ce qui les protège. Eugène a exprimé son scepticisme, convaincu de la toute puissance que détiendraient les enfants s’ils décidaient de s’emparer du pouvoir. Il a avoué à sa sœur le trouble qu’il éprouvait à certains des regards cruels, inhumains de ses propres neveux. C’était la parole de trop, celle que Justine, mère un peu possessive, ne pouvait ou ne voulait entendre. Elle n’acceptait pas que ses enfants, soient mêlés, même indirectement, aux fadaises d’un frère tourmenté. Elle, si douce, si patiente, se métamorphosait en lionne enragée dès qu’une menace étrangère, fût t’elle de sa propre famille, entrait dans le périmètre sacré du foyer…
Eugène se sent mal à l’aise. Il avait réclamé cette franchise, et commence à la regretter. Ces remarques l’ont irrité, mais, surtout elles le tracassent. Il savait que sa sœur ne supportait aucune entorse aux règles, aux traditions. Elle n’était pas très cultivée, se contentant la plupart du temps, de penser comme les autres. Cela l’agaçait, mais aujourd’hui il doute. Il ne peut évacuer ce que vient d’exprimer Justine. Ce qui l’a surpris, choqué, c’est lorsqu’elle s’est écriée que son roman était fou. Pas fou au sens d’immense, prodigieux ou d’extraordinaire, mais fou au sens de déplacé, d’anormal, d’irrationnel de dangereux.
Cela lui rappelle c’est une des rares choses gravée dans sa mémoire les nombreuses fois où il a été traité de fou par des collègues de travail, des amis éphémères, des amours perdus d’avance. Il se souvient de la dernière fois où il a reçu une de ces gratifications. C’était il y a quelques mois, ses neveux l’avaient traité de fou alors qu’il leur expliquait que l’univers allait sombrer dans un vaste trou noir…
Dangereux ! Son roman est il dangereux, est il un pousse au crime, un appel à la révolte ? Ce serait lui octroyer trop d’honneur que de lui adjoindre avant même sa publication de telles qualificatifs, réservés aux plus grands. Il n’est pas d’accord, Justine est pleine de bon sens, mais n’entend rien à l’art littéraire. Elle n’a jamais su rêver, n’a jamais désiré plus que ce que la vie s’est contentée de lui proposer. Eugène est plus ambitieux, il est sûr, aujourd’hui que l’amnésie dont il souffre n’est que la juste séquelle d’une existence insipide. Il lui a suffi de se singulariser pour retrouver certaines sensations accompagnatrices de la mémoire.
Non, il n’est pas d’accord avec Justine ! Il veut bien reconnaître avoir forcé le trait : c’est peut être juste que des enfants de douze ans sont incapables de raisonner logiquement et de choisir des stratégies adaptées. Mais il refuse d’être tenu pour fou. Il repousse même le qualificatif d’ original. Il a simplement voulu raconter une histoire. Une de ces histoires comme celles qui le hantent, parfois, lorsque le sommeil ne le saisit pas immédiatement. Il a simplement voulu exprimer son mépris des autres, des adultes, lui qui n’a jamais pu être qu’un soupçon, qu’une ombre. Eugène Mollard ne s’est jamais senti aussi seul depuis que biologiquement et légalement il est réputé adulte. C’est pour se venger qu’il a écrit cette histoire. Se venger de ceux qui le montrent du doigt, qui l’épinglent au milieu de leur tableau de chasse du farfelu. Se venger de tous ces bien pensants qui le rejettent parce qu’il ne correspond pas aux critères de la normalité fixés par les télévisions populaires. Se venger de tous ces pourfendeurs de misère qui se gargarisent le gosier de mots incolores et sans saveurs. Se venger de toutes ces femmes qui ne lui ont souri qu’une fois.
Quoi de mieux qu’un enfant qu’il ne se souvient pas d’avoir été, pour dénoncer le monde dans lequel il est prisonnier. Il a imaginé cette histoire pour dire aux sérieux qui l’entourent :  » vous n’êtes que des cibles, des cibles pour ceux que vous voulez protéger, mais qu’en fait vous étouffez ! « 

Du bout de mes doigts…

Derrière la vitre de mon regard heureux

J’ai suivi cette trace de triste pluie

Jusqu’au au pli de cette page

Emplie de gouttes d’oubli

Du bout de mes doigts chagrins

J’ai posé une belle fleur du matin

Le monde de demain : bla bla bla…

Plus rien ne sera jamais comme avant, tout doit changer, le monde de demain ne doit pas ressembler au monde d’hier, il faut tirer les leçons….

J’en passe. Dans ces incantations quotidiennes, il y a le meilleur, et surtout le pire…
Alors oui d’accord, je veux bien mais à la condition que le monde de demain ne soit pas livré pieds et poings liés aux monstres numériques. Je veux bien mais à la condition que l’on se souvienne que les êtres humains que nous sommes encore, sont constitués de chair, de sang, de sueurs, de peurs, de pleurs, de rires, de regards, de sourires et que tous ces éléments ne riment pas avec « les outils numériques » aussi magiques, conviviaux, intuitifs soient-ils. Mon monde de demain n’est pas un écran.
Je suis terrifié à l’idée que partout, on soit soudain convaincu qu’efficacité, sérénité, performance sécurité ne puissent n’aller qu’avec l’isolement et la distance. Ce monde aseptisé et hygiéniste de demain je ne le veux pas, et dans le temps qu’il me reste à lutter, je m’autorise à dire qu’il faut aussi se souvenir que dans le monde d’hier et peut-être même d’avant-hier tout n’est pas à jeter : les camarades et ce qui va avec les accolades, les embrassades et parfois les bourrades…

Mon arbre à fruits

Dans mon arbre à souvenirs

Il y aura tant de fruits à partager

Pas un ne sera connu

On les regardera avec mépris

Rebutés par leurs formes biscornues

Les enfants n’en voudront point pour goûter

Et mon arbre restera chargé

Jusqu’à ce jour de bel été

Ou un couple d’amoureux à son ombre s’abritera

Contre le tronc

S’enlaceront

S’embrasseront

Et mon arbre par leurs baisers amusé

A leurs pieds quelques fruits déposera

Assoiffés par leur torride passion

Se baisseront,

Les croqueront

Les presseront

Et sur leurs mentons qui brillent

Trois belles gouttes de mes mémoires englouties

En silence s’ecouleront

23 juin

Sur la route du bel été

J’ai pris la mauvaise sortie

Le mauve était annoncé

Mais le gris l’a avalé

Voyage contre la vitre, suite…

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Il préférait les mots qui à leur simple prononciation évoquent un goût, une odeur, une forme, une sensation, une situation. Il avait commencé, depuis quelques temps, une collection de mots. Il trouvait certains mots épais, d’autres bruyants ou goûteux, comme un vin vieux qui reste longtemps en bouche… Il ne cherchait rien de précis, se laissait guider par ses sens. Il lui arrivait parfois de répéter un de ces mots, à voix haute, de s’en délecter, de le mâchouiller, de l’écouter. Puis il l’inscrivait sur un cahier qu’il feuilletait quelquefois, un sourire satisfait aux lèvres. Comme un vinophile qui plonge régulièrement dans les profondeurs de sa cave pour ausculter quelques bouteilles. Dans sa collection, il y avait les mots flacon, poisseux, balbuzard, vrille, cramoisi, taffetas, tapioca…
C’était une collection inutile, qu’il ne montrait pas. Les autres n’entendaient pas les mêmes mélodies. Il en avait parlé à Armand, une fois, mais il n’avait pas été convaincu. C’était un peu tôt, il aurait fallu, pour qu’il puisse apprécier les saveurs de ces mots, attendre quelques années de plus.
Au bout du compte, Marc s’était laissé convaincre et avait conclu que ce serait la meilleur façon d’utiliser intelligemment le micro ordinateur familial. On avait donc choisi la colonie Internet avec des arrière pensées éducatives. C’est encore une fois « on » qui impose sa loi. On a choisi. On. Le fameux « on » pronom personnel impersonnel de la troisième personne du singulier. Il est singulier, ce pronom qui se permet de prendre la place d’un seul ou d’une multitude. Il est singulier ce pronom qui regroupe parfois sous son anonyme dictature des foules énormes.

  • On avait pensé, avec ton père. (Et le on singulier, devient pluriel grâce à l’entrée en scène d’un complice qui lui donne force de loi.) On avait pensé que tu pourrais choisir cette colo à dominante informatique. On avait pensé que tu aimerais certainement t’initier à Internet. Comme on vient d’acheter un micro, on s’est dit que ça pourrait toujours te servir.

Et tout le monde est content. Ou plutôt on est content. Tant pis, si le fils ou la fille préférée aurait souhaité une colonie dominante chasse aux escargots, ou apprentissages des chants d’oiseaux. Armand, lui, n’avait pas eu la sensation d’être manipulé. Bien au contraire. On avait envoyé le formulaire d’inscription le jour même.
Armand, n’a pas eu à regretter. D’une part, l’activité l’a passionné et d’autre part cela lui a permis d’élargir le groupe qu’il avait constitué avec Fanny et Virginie l’année précédente. Ils se sont rapidement retrouvés à six dans les mêmes activités. Hormis leur attirance pour Internet et la lecture de romans d’aventure, ils ont en commun de détester la plage. Surtout quand il faut se déplacer en groupe. Et plus encore, quand le groupe doit marcher en rangs serrés. Quant aux baignades, elles se déroulent à l’intérieur d’un parc que les spécialistes de l’animation aquatique appellent un périmètre. Il faut entrer dans l’eau quand l’animateur l’a décidé et en sortir quand le coup de sifflet du maître nageur a retenti. Armand et les siens sont allergiques à tous ces jeux stupides qu’on leur propose continuellement dans le but de les éduquer dans la joie et la bonne humeur. Ils sont exaspérés par les animateurs couvrant le bruit des vagues avec leurs cris stupides et par les animatrices qui n’ont d’yeux que pour les abdominaux du maître nageur, toujours entre deux sommeils. Depuis le temps, ils connaissent tous les rites des colonies. Aujourd’hui ils n’aspirent qu’à être tranquille.
Ce qu’ils préfèrent, c’est qu’on sollicite leur avis. Le premier jour, le directeur adjoint, chargé de la pédagogie et des équipes de grands, explique que cette année on a décidé – tiens, encore le on – de les éduquer à la citoyenneté. Comme la plupart ignorent le sens de ce terme, il a expliqué qu’être citoyen dans une colonie c’est pouvoir choisir…

Blablas de salon…

Hier, aujourd’hui, demain

Il aurait fallu

Il faut

Il faudra

Peu lui importe.

Le monde est fatigué

Il est las de vos oraisons

Vous le convoquez

Affalés dans vos salons

Vous perorez

Vous picorez

Vos mots sont mous

Vos lèvres pincées

Le monde n’est plus à vous

Il s’est échappé

18 juin

Regarde petit…

Regarde petit

Regarde mon monde

Il est là

Il est pour toi

Sur la feuille vide

D’ un rêve aux mille pages

De ma plume blanche

Je l’ai dessiné

Regarde petit

Il est rond

Je le sais

Je le vois

Ce monde oh oui

Je l’ai écrit

D’un mot ou deux

Je lui ai donné la vie

Regarde papa

Regarde

Je souris

Mais tu as menti

Ton monde est sans courbe

Il claque

Il crie

Écoute papa

Écoute

Ses larmes se noient dans les angles

Oui papa

Ton monde est malade

Sans rampe il claudique

Ne pleure pas papa

A toi je n’en veux pas

Ce monde là

Je le laisse en bas

Et rassure toi papa

C’est le tien que je garde

Il est là

Dans le creux

De cette belle histoire

Que tu as bercée

Sur les longues rives bleues

De mes nuits attendries

17 juin