Entre deux rives…

Entre la grise rive de l’absence

Et la mauve douceur du silence

Je m’accroche au bleu soleil

Des souvenirs qui fabriquent du demain…

Brûlures

Le bleu du ciel saigne blanc

Mon œil qui se plisse

Cherche l’autre chemin

En lisière de cette longue cicatrice

Que la marée des larmes basses

Découvre doucement

La mer est dans la ville…

Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville, est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

Mes Everest : Leo Ferré

 » Les souvenirs c’est du présent discutable »

Racines…

Dans le double fond de mes souvenirs à partager

J’ai nourri de mes rires bleus

Les racines des arbres à mémoire

Et dans un souffle d’été

Deux feuilles se sont envolées

Bouillie de ciel

C’était une lumière d’un presque soir d’été

Dans la poche intérieure de ma veste aux couleurs insolentes

Je sentais les chaudes miettes

D’un doux festin aux rires lointains

Les yeux rivés sur la bouillie bleue du ciel heureux

Je marchais

Oh oui je marchais

Semant tout le long des chaumes chaudes

Mes vieilles pages d’enfance

Carnets, un petit creux…

S’il m’arrive d’avoir un petit creux, je n’ai, en revanche, jamais l’estomac dans les talons. Il faut dire que question talon, je suis assez fragile, et pour éviter de me tordre le cou je préfère marcher sur des œufs. Donc, quand je suis mort de faim, je préfère me mettre à table et aller droit au but. Oh bien sûr, il peut m’arriver d’avoir les yeux plus gros que le ventre, et de laisser dans un coin de l’assiette quelques miettes. Bref, je préfère laisser mon estomac à la place qui est la sienne et marcher sur la pointe des pieds pour entrer discrètement dans la cuisine m’en payer une bonne tranche…

Matinale…

Il reste à inventer ce rire insouciant

Qui ne racle pas le fond des gorges serrées

Et demain sur les vertes pentes du levant

Chanteront les libres oiseaux

Des rimes sans tourments

28 juin

Solitudes, une micro-nouvelle inédite…

Eugène est seul chez lui. Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il soit seul, car Eugène vit seul. Il n’a plus de famille, il n’a pas d’amis. Eugène est seul, et il attend. Lorsqu’on a frappé, Eugène n’a même pas semblé surpris. Il s’est levé, a ouvert la porte et comme s’il était habitué à ce qu’on vienne chez lui à n’importe quelle heure, il a tout de suite engagé la discussion avec la personne, là, devant lui, sur le palier.

– Bonjour, je ne vous attendais pas… Que voulez-vous ?

– Je ne sais pas, vous seul pouvez me le dire… Pour être franc, lorsque j’ai frappé à votre porte mon intention était justement de vous poser cette question…

L’homme qui a répondu à Eugène est difficile à décrire. Si on devait se contenter d’un seul mot, il faudrait dire qu’il est commun. Oui c’est cela, commun : quelqu’un qu’on ne remarque pas, dont on ne se souviendra pas, qui n’a aucune ressemblance particulière et pourrait se confondre avec beaucoup.
Eugène n’est ni effrayé, ni surpris et se dit qu’après tout, cela lui fait une visite. Il aura quelque chose à raconter. Ou plutôt quelque chose dont il se souviendra, parce qu’il n’a personne à qui raconter. Il invite l’homme à entrer, et lui propose de prendre place sur le divan afin qu’il lui offre un verre.
Les voici désormais assis l’un en face de l’autre. Eugène le regarde, il attend, il se dit qu’il serait bien normal que son invité lui fournisse quelques explications.

– En fait je crois que j’avais simplement envie de vous revoir,

Eugène ne semble pas étonné, il est tellement habitué à la solitude et à la platitude de sa vie que cette présence ne le déstabilise pas. Il ne sait plus ce qu’est une surprise et il est à peine curieux

– Ah parce qu’on se connaît ?

– Ça dépend…

– Ça dépend de quoi ?

– Ça dépend de vous, mais de moi aussi…En fait ça dépend de nous…

Eugène lui a servi une bière. Il a toujours deux canettes au frais. Au cas où. Ils trinquent sans enthousiasme, mais ils trinquent… Et l’homme de lui expliquer qu’il a marché toute la journée, que ce matin quand il s’est levé, il a eu la certitude de s’être trompé.

– Trompé ? Mais sur quoi ?

– Sur moi, sur vous, j’étais certain que je vous trouverai ici, que vous seriez seul et que vous ne me reconnaitriez pas…

– Et bien jusque-là, vous ne vous êtes pas trompé

– Si, justement, je me suis trompé sur un point essentiel, c’est que désormais vous n’êtes plus seul. Je suis là avec vous et ce que je voulais justement vous demander c’est la raison pour laquelle vous étiez toujours seul.

– Et bien disons que je vous attendais…

26 juin 2025

Carnets : creuse toi un peu…

Il faut que je me creuse ! Mais creuse-toi un peu ! Curieux ces invitations récurrentes à combler un trou de mémoire en s’armant d’un outil magique qui permettrait donc d’agrandir ce fameux trou ou peut-être, sait-on jamais, d’aller au fond. Au fond des choses, ou au fond du trou ? Nous restons, dans l’un et l’autre cas, dans le monde mystérieux et obscur des cavités, mais l’objectif et surtout le résultat ne sont pas les mêmes. Dans le premier cas, on cherche à aller plus dans le détail, dans le second on plonge dans un abîme de morosité et il est fort probable qu’on aurait du mal à remonter la pente. J’avoue que toutes ces déclinaisons autour du trou, qu’il soit noir ou d’air m’intriguent et surtout m’ont ouvert l’appétit. Il me semble bien que j’aieun petit creux…

25 juin 2025

Songe…

Entre les rides

Des espoirs déçus

Un bouquet de couleur

Une larme bleue

Douce lueur

Sur ces quelques fleurs

Oublie les rires mauvais

Va, cours

Rêve

Creuse là

Oui

Ici

Tout au fond de la poche

Tu trouveras

Les dernières miettes

De l’arbre heureux…

Champ d’été

C’est un champ d’été

Aux rimes blondes et parfumées

Il s’étire le malin

Dans le creux du matin coquin

Entends le

Il craque

Comme belle tranche de pain frais

Entre deux rives…

Entre la grise rive de l’absence

Et la mauve douceur du silence

Je m’accroche au bleu soleil

Des souvenirs qui fabriquent du demain…

Brûlures

Le bleu du ciel saigne blanc

Mon œil qui se plisse

Cherche l’autre chemin

En lisière de cette longue cicatrice

Que la marée des larmes basses

Découvre doucement

J’écris…

Avec ma presque plume fatiguée

J’écris des bouts de mots

Sur les coins froissés

D’un début de papier

Une larme a roulé

Seule elle s’est asséchée

Au milieu de ses sœurs du fossé

L’été se tisse

Sur une ronde palette de couleurs oubliées

Qu’un gris hiver sans joie ni fin a endormi

J’ai trouvé une goutte bleue d’été au rire joli

Au bord de l’eau d’un vert voilé

J’ai tissé le lent demain du si bel été

Flash…

Au bout il y aura la mer

Cette lente espérance

Qui s’étire sans rien dire

Jusqu’à cet autre bout

Où tu attends le souffle frais de mon regard

O mer on te pardonne le bleu emprunté

Dans le presque soir qui apaise

Dans le lointain reflet de tes yeux

J’attrape une vague lueur

Qui chante déjà

Le doux refrain

De nos mains

Qui s’inventent un beau matin…

Matinales…

En bas tout au fond des bavardes vallées
Des hommes commentent le rien
Se gavent de peurs pour s’inventer le pire
Au sommet du mont silence des matins apaisés
J’entends la douce mélodie des espoirs oubliés

Mes Everest, Anna Akhmatova…

Les uns échangent des caresses

Les uns échangent des caresses de regards,
Les autres boivent jusqu’aux premières lueurs,
Mais moi, toute la nuit, je négocie
Avec ma conscience indomptable.

Je dis: « Je porte ton fardeau,
Et il est lourd, tu sais depuis combien d’années. »
Mais pour elle le temps n’existe pas,
Et pour elle il n’est pas d’espace dans le monde.

Voici revenu le sombre soir du carnaval,
Le parc maléfique, la course lente du cheval,
Le vent chargé de bonheur et de gaieté,
Qui s’abat sur moi des pentes de ciel.

Au-dessus de moi, un témoin tranquille
Montre sa double corne… Oh, m’en aller,
Par la vieille allée du Pavillon chinois,
Là, où l’on voit des cygnes et de l’eau morte.

Extrait de poèmes sans héros et autres poèmes

Il est temps…

Quand le sourire du monde se fracasse

Contre les angles aigus des grimaces guerrières

Quand des vagues de haine déferlent

Sur les longues plages d’attentifs silences

Il est temps de sécher les amères larmes

Il est temps d’entendre les cris des oubliés

Il est temps de se lever et de marcher

21 juin

Flash…

Et nous resterons debout

Dressés

Armés de nos seuls mots

Aux lames émoustillées

Les vents gris de vos haines sans courages

S’épuiseront sur nos brises qui riment

Oh oui je vous le dis

Maniaques du clic sous X

Demain vos mots s’échapperont

Et nous les attraperons

Pour les laver de vos laideurs

Mes Everest, René Char : Marthe…

Marthe que ces vieux murs ne peuvent pas s’approprier, fontaine où se mire ma monarchie solitaire, comment pourrais-je jamais vous oublier puisque je n’ai pas à me souvenir de vous : vous êtes le présent qui s’accumule. Nous nous unirons sans avoir à nous aborder, à nous prévoir comme deux pavots font en amour une anémone géante.
Je n’entrerai pas dans votre cœur pour limiter sa mémoire. je ne retiendrai pas votre bouche pour l’empêcher de s’ouvrir sur le bleu de l’air et la soif de partir. je veux être pour vous la liberté et le vent de la vie qui passe le seuil de toujours avant que la nuit ne devienne introuvable.

Le grand nettoyage….

J’étais hier à la médiathèque Marguerite Duras de Bessancourt dans le val d’Oise pour la remise des prix du concours de nouvelles 2024. Cette année le thème proposé était  » une première fois ». 146 nouvelles ont été proposées à un jury presidé par #véroniqueovalde. J’ai obtenu le 7eme prix pour ma nouvelle  » le grand nettoyage »… Merci aux organisateurs et à Véronique Ovaldé

Et ci-dessous découvrez la nouvelle en question…

Jules est un habitué de la bibliothèque municipale. Il y vient tous les jours, sans exception, pour consul-ter le journal local mais aussi pour feuilleter de grands et beaux livres sur la mer, sur l’océan. Mer ou océan ? Entre les deux, Jules ne sait jamais ce qu’il faut choisir.
Ce dernier mardi de septembre, quand il est entré dans le bâtiment, il n’était pas de bonne humeur. Il avait mal dormi. Léa, la jeune bibliothécaire, la seule de l’équipe à lui parler avec gentillesse, est de permanence tous les matins. C’est elle qui ouvre les portes.

– Bonjour Jules, ça n’a pas l’air d’aller ce matin. Mal dormi ?

– Pas trop mam’zelle, il y avait le vent…Quand il y a le vent, je dors pas, c’est comme ça.

Jules n’est bavard avec personne et encore moins avec les femmes. Il soupçonne toujours qu’elles se moquent, le trouvent sale et repoussant. Certaines auraient même dit qu’il faudrait interdire l’accès de la bibliothèque à des personnes « comme ça ». Avec Léa c’est différent. Elle n’est pas d’ici. Les autres le connaissent depuis qu’il est tout petit. Quand elle est arrivée, on s’est empressé de la mettre au cou-rant.

– Tu verras, tous les matins Jules vient à la bibliothèque. C’est un fidèle. On ne t’en dit pas plus, tu jugeras par toi-même, mais si tu veux un bon conseil, quand il repart, il faut vite ouvrir les fe-nêtres.
Et toujours des ricanements.
Ce matin, Jules, comme à son habitude, a ouvert le journal directement à la page de la météo et des ho-raires de marées. Il n’en aurait pas besoin pourtant. Depuis le temps qu’il vit ici et couche dehors, il est certainement le meilleur prévisionniste que l’on connaisse. Il n’a pas son pareil pour faire parler les nuages et les vents, sans parler de la couleur de la mer. On dirait qu’il la lit.
On annonce du vent. Oui, ça il le sait, ça va souvent avec les grandes marées d’équinoxe. Cette semaine les coefficients seront forts. Ça aussi, il le sait. Pas besoin de le lire. Il feuillette le journal, toujours dans le même ordre, et s’arrête sur les nouvelles locales. Il aime lire les comptes rendus des conseils municipaux. La plupart du temps, c’est rébarbatif et il ne comprend pas l’intérêt d’écrire cela dans le journal. Mais il n’en rate aucun. Jeudi dernier, ils se sont réunis à la mairie. Le premier étage est resté éclairé jusque tard dans la nuit. Ce soir-là, il était sur la promenade du bord de mer, ou d’océan (il ne sait vraiment pas, il faudrait qu’il demande à Léa), et comme tous les jours, quand il est seul, que tout devient tranquille, il parle, il lui parle…
Le titre de l’article le fait sursauter, comme si on lui avait hurlé dans les oreilles : « Le conseil munici-pal approuve à l’unanimité la décision de se débarrasser des épaves … »
Jules lit les quatre lignes consacrées à cette délibération, mais ne parvient pas se concentrer : le journal tremble entre ses mains. Il faut qu’il sorte, vite, il faut qu’il aille lui parler. Il sent que Léa le regarde. Il ne veut pas croiser son regard, ce n’est pas le moment : il est en colère et elle est si gentille.
En sortant de la bibliothèque, Jules titube.

– Oh Jules, si tôt le matin tu as déjà du vent dans les voiles !


C’est cet abruti de Loïc, il le croise tous les jours. Il sort du PMU. Chacun ses habitudes. Ils étaient en-semble au service militaire mais Jules a été réformé au bout de quelques jours. Tout le monde disait qu’il parlait seul, alors comme c’était vrai, il a continué et on n’a pas voulu le garder. Ça lui aurait plu pourtant de rester.
Jules est devenu une épave. Après son passage à la bibliothèque, toute la journée, il traîne sa carcasse abîmée sur le bord de mer. Parfois il se pose sur un des bancs qui surplombent le rivage. Et tout le monde sait que Jules parle à la mer.
Parfois c’est à voix basse. On le voit, il est au bord, presque les pieds dans l’eau. On le distingue bien ce geste du chuchoteur, la main qui cache en partie la bouche. Comme le font désormais les footballeurs qui ne veulent pas qu’on puisse lire sur leurs lèvres. Jules ne s’intéresse pas au football. S’il chuchote, c’est qu’il craint qu’on l’entende, et il veut dire à la mer de belles choses, et lui confier un secret.
Ici, hors saison, personne ne fait attention à lui, il fait partie du paysage. On l’ignore, la plupart ne sa-vent pas où il vit, s’il a un chez lui. Léa qui vient de la région parisienne est la seule qui s’intéresse à Jules. Quelques jours après son arrivée, elle a demandé où vivait cet homme, déjà devant la porte de la bibliothèque le matin à l’ouverture.

– Ah tu parles de Jules ? Tu sais Jules, c’est une épave ! On ne sait pas trop où il vit, il se déplace tout le temps le long de la côte…Il marche toute la journée en parlant…


Ce matin, Jules semble plus agité que d’habitude ; on devine qu’il est contrarié. Il agite les bras, et si le vent n’était pas si fort on pourrait entendre qu’il est en colère. Très en colère. En colère contre le monde entier, contre la mairie, contre l’Etat et le gouvernement, contre le vent, mais aussi contre celle à qui pourtant il a l’habitude de s’adresser avec douceur.
Il en veut à la mer, et le lui dit.

– Il ne faut plus que tu les rejettes, il faut que tu les reprennes avec toi. Ne te débarrasse pas d’elles.


Jules parle à l’océan, il lui reproche aujourd’hui de rejeter sur le rivage, sur la plage, sur les rochers, des épaves. Il vient de lire que la côte va être nettoyée, c’est une décision qui vient du plus haut niveau de l’Etat et le conseil municipal, à l’unanimité, a décidé de l’appliquer.
Dans le journal, il est écrit qu’il faut éliminer ces épaves qui abîment le paysage. Elles sont trop nom-breuses. Ils expliquent qu’on en compte plusieurs centaines, rien que dans le Morbihan. Jules ne com-prend pas comment ils comptent. Lui, les épaves ça le connait, c’est un peu sa famille. Certaines se ca-chent entre les rochers. Personne ne les voit…
L’après-midi, il est allé à la bibliothèque. C’est la première fois qu’il y retourne une deuxième fois dans la journée, mais il a besoin d’une information importante et c’est du dictionnaire dont il a besoin. Léa ne travaille pas l’après-midi. Peu importe, il n’en a pas pour longtemps.

– Je veux un dictionnaire…

– Mais lequel Jules ? Il y en a beaucoup de dictionnaires…

– Non, moi je veux le Larousse


Jules n’est pas allé très longtemps à l’école, mais pour lui le dictionnaire c’est le Larousse. Les autres, c’est du bavardage, juste bon pour les Parisiens. Il tient le Larousse sur les genoux et très rapidement il cherche à la lettre E : E comme Epave…

Epave :

– Tout objet mobilier perdu et dont le propriétaire reste inconnu.

– Objet abandonné à la mer et flottant au gré des flots ; débris sur le rivage.

– Carcasse de navire échoué sur une côte.

Personne qui a la suite de revers, est désemparée, réduite à un état de misère et de détresse ; loque

Jules ferme le dictionnaire et le laisse sur la table. Une douleur dans l’arrière de son crâne. Soudaine, violente. La douleur des mots qui blessent : « perdu, abandonné, débris, carcasse, échoué, désemparé, misère, détresse, loque… Il ne connait pas exactement le sens du mot loque… Mais il ne retournera pas à la bibliothèque.
Il en veut à Larousse.
Quand il aperçoit les équipes des services techniques qui font l’inventaire de ce qui est échoué sur la côte, sa colère monte. Il s’approche. Ils sont quatre : un prend des photos, un autre écrit dans un carnet, un troisième armé d’une bombe de peinture fluo marque l’épave. Le quatrième ne fait rien : il est au téléphone…
Jules s’approche et les questionne. On répond volontiers à Jules mais toujours avec un ton condescen-dant. Comme si, parce qu’il est un marginal qui aime parler avec l’océan, il fallait s’adresser à lui comme s’il était un enfant et, de surcroît, un enfant attardé. Il ne les connait pas tous, il y a des nou-veaux mais il était à l’école du village avec le plus ancien.
Il lui explique. C’est vrai, ils vont nettoyer, tout enlever. Aujourd’hui ils se contentent de faire du repé-rage. Ils attendront la fin des grandes marées. Et dans une semaine, des équipes spécialisées du dépar-tement viendront avec du matériel adapté : des treuils, des grues pour les grosses pièces, et tout sera enlevé, détruit, recyclé.

– Ce n’est pas compliqué on se débarrasse enfin de toutes les épaves. On appelle ça de la pollution visuelle. Ce n’est pas bon pour le tourisme…

Jules hausse les épaules et serre les mâchoires. Il n’est pas idiot et sait que c’est aussi de lui dont on parle. Il sait que plus personne ne supporte, ici comme ailleurs, ce qui fait tache, ce qui traîne, ce qui soi-disant éloigne les touristes.
Pollution visuelle ! Il se demande si tous ces grands penseurs ont déjà pris le temps d’observer une de ces carcasses rouillées, de la toucher, de l’entendre raconter son histoire. Son histoire de naufrage.
Il a lu dans les pages nationales du journal que dans certaines grandes villes on installe des bancs sur lesquels on ne peut plus se coucher. On veut faire comme pour les vieilles voitures, les envoyer dans des casses, des cimetières. Pourquoi pas les brûler, les broyer aussi, comme si la vie ne l’avait pas déjà fait.
Jules est passé de la colère à la tristesse. Il aime ces épaves : elles sont comme lui, ce sont ses sœurs. Il en connaît certaines depuis des années. Les plus grosses sont en acier. Elles sont là et vieillissent avec lui. Parfois, quand la pluie est violente il s’abrite à l’intérieur. Il aime entendre les grincements quand le vent est trop fort. Elles gémissent, les carcasses, crient leurs douleurs, et personne, à part lui, ne les en-tend.
C’est la mer qui les rejette, c’est la mer qui les expulse, qui les envoie s’échouer, là, sur le bord. Elle n’en veut pas. Elle n’en veut plus.
Jules va parler à la mer. Il sait qu’elle écoutera. Elle est la seule, avec Léa, à l’entendre, à lui confirmer que lui aussi est vivant, qu’il existe. Il ne va pas se mettre en colère. Il sait qu’elle risque de mal le prendre, de s’agiter et de rejeter cette nuit, quand le vent sera plus fort, encore d’autres épaves.
Il lui parle doucement. Il lui explique qu’elle a peu de temps, une semaine tout au plus, pour reprendre avec elle toutes ces carcasses rouillées, roulées, abîmées. Jules ne veut pas les voir partir dans des ca-mions. On lui a expliqué que tout ce qui est métallique sera trié et finira dans une fonderie. On en fera des canettes. C’est du recyclage.

– Tu entends ? On fera des canettes avec les bateaux, tu ne peux pas les laisser faire. Reprends-les avec toi, protège-les. Garde-les au fond de toi, bien au chaud.

Léa n’est pas habituée aux marées d’équinoxe. On lui a expliqué qu’aujourd’hui c’est le plus gros coef-ficient et que la mer se retire si loin qu’on ne la voit plus à marée basse. Elle a consulté les horaires des marées. Elle viendra à la bibliothèque en longeant la côte, elle le fait souvent, elle aime ces paysages le matin. Ils sont nus, reposés, apaisés. Elle aime aussi ces vieilles carcasses de bateau, ils sont un élément de ce « décor » qu’elle apprécie de plus en plus.
Tout est découvert, la côte est à nue, la plage est longue et déserte, Léa ne réalise pas tout de suite que quelque chose a changé, certainement dans la nuit. Ce n’était pas comme cela hier. C’est peut-être le vent : il a soufflé très fort cette nuit. Plus une seule épave : ni sur la côte, ni sur la plage. Pourtant elle en est certaine, hier quand elle est passée, il y en avait plusieurs, la masse de certaines d’entre elles était impressionnante.
Il faudra qu’elle en parle avec Jules. Il doit avoir une explication. Il connait si bien la mer.
Il est neuf heures la bibliothèque va ouvrir. Léa a un serrement de gorge.
C’est la première fois depuis qu’elle est arrivée. Jules n’est pas là.
Ce matin il n’est pas venu…

Mes mains se croisent…

Dans le creux de mémoire d’une main durcie
S’est posée une perle de solide sueur
Elle me raconte l’histoire de cet homme
Qui n’entend plus les rires moqueurs
Qui ne tremble plus au son des pas lourds des bourreaux
Dans le lit douillet d’une douce paume attendrie
Une plume vibre au chant de l’émotion
Les doigts se trouvent
Ils sont ensemble à rire dans une même tendresse

Voyage contre la vitre, suite…

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Il préférait les mots qui à leur simple prononciation évoquent un goût, une odeur, une forme, une sensation, une situation. Il avait commencé, depuis quelques temps, une collection de mots. Il trouvait certains mots épais, d’autres bruyants ou goûteux, comme un vin vieux qui reste longtemps en bouche… Il ne cherchait rien de précis, se laissait guider par ses sens. Il lui arrivait parfois de répéter un de ces mots, à voix haute, de s’en délecter, de le mâchouiller, de l’écouter. Puis il l’inscrivait sur un cahier qu’il feuilletait quelquefois, un sourire satisfait aux lèvres. Comme un vinophile qui plonge régulièrement dans les profondeurs de sa cave pour ausculter quelques bouteilles. Dans sa collection, il y avait les mots flacon, poisseux, balbuzard, vrille, cramoisi, taffetas, tapioca…
C’était une collection inutile, qu’il ne montrait pas. Les autres n’entendaient pas les mêmes mélodies. Il en avait parlé à Armand, une fois, mais il n’avait pas été convaincu. C’était un peu tôt, il aurait fallu, pour qu’il puisse apprécier les saveurs de ces mots, attendre quelques années de plus.
Au bout du compte, Marc s’était laissé convaincre et avait conclu que ce serait la meilleur façon d’utiliser intelligemment le micro ordinateur familial. On avait donc choisi la colonie Internet avec des arrière pensées éducatives. C’est encore une fois « on » qui impose sa loi. On a choisi. On. Le fameux « on » pronom personnel impersonnel de la troisième personne du singulier. Il est singulier, ce pronom qui se permet de prendre la place d’un seul ou d’une multitude. Il est singulier ce pronom qui regroupe parfois sous son anonyme dictature des foules énormes.

  • On avait pensé, avec ton père. (Et le on singulier, devient pluriel grâce à l’entrée en scène d’un complice qui lui donne force de loi.) On avait pensé que tu pourrais choisir cette colo à dominante informatique. On avait pensé que tu aimerais certainement t’initier à Internet. Comme on vient d’acheter un micro, on s’est dit que ça pourrait toujours te servir.

Et tout le monde est content. Ou plutôt on est content. Tant pis, si le fils ou la fille préférée aurait souhaité une colonie dominante chasse aux escargots, ou apprentissages des chants d’oiseaux. Armand, lui, n’avait pas eu la sensation d’être manipulé. Bien au contraire. On avait envoyé le formulaire d’inscription le jour même.
Armand, n’a pas eu à regretter. D’une part, l’activité l’a passionné et d’autre part cela lui a permis d’élargir le groupe qu’il avait constitué avec Fanny et Virginie l’année précédente. Ils se sont rapidement retrouvés à six dans les mêmes activités. Hormis leur attirance pour Internet et la lecture de romans d’aventure, ils ont en commun de détester la plage. Surtout quand il faut se déplacer en groupe. Et plus encore, quand le groupe doit marcher en rangs serrés. Quant aux baignades, elles se déroulent à l’intérieur d’un parc que les spécialistes de l’animation aquatique appellent un périmètre. Il faut entrer dans l’eau quand l’animateur l’a décidé et en sortir quand le coup de sifflet du maître nageur a retenti. Armand et les siens sont allergiques à tous ces jeux stupides qu’on leur propose continuellement dans le but de les éduquer dans la joie et la bonne humeur. Ils sont exaspérés par les animateurs couvrant le bruit des vagues avec leurs cris stupides et par les animatrices qui n’ont d’yeux que pour les abdominaux du maître nageur, toujours entre deux sommeils. Depuis le temps, ils connaissent tous les rites des colonies. Aujourd’hui ils n’aspirent qu’à être tranquille.
Ce qu’ils préfèrent, c’est qu’on sollicite leur avis. Le premier jour, le directeur adjoint, chargé de la pédagogie et des équipes de grands, explique que cette année on a décidé – tiens, encore le on – de les éduquer à la citoyenneté. Comme la plupart ignorent le sens de ce terme, il a expliqué qu’être citoyen dans une colonie c’est pouvoir choisir…

Demain…

Inédit…

Demain heureux se fait tout petit

Il est encore tôt pour les rimes d’amis

Il n’ose encore briller

De ses belles mille rosées

Les portes aux regards qui râlent

Sont lourdes et tristes pâles

Aux premières clameurs

De la ronde des mots fleurs

Elles tomberont dans un ivre fracas

Et le rideau se lèvera

Tu verras la route sera ronde

Entre tes bras tu tiendras le monde.

6 juin 2025

Les portes d’hier ne grincent plus…

Un inédit…

Oui c’est le moment

Inspiration à marée montante

Oui elle revient à plein flots

Par grappe d’orages

L’écriture est là

Comme une trace

Soupir de soulagement.

Soupir souffle

Je ne sais pas

Je sais je sens  

La porte des lointains hiers ne grince pas

Apaisement du regard qui écoute

Soulagement au moulin des silences épais

Elle roule au coin de l’œil

Alarme étouffée

Huile pressée à quatre mains

Du grain fin de nos mémoires

Mémoire singulière

Qui se tortille,

Qui sautille

Qui tourbillonne

Deux pieds dans la flaque grise des pages tournées

Papiers humides des larmes rentrées

C’était jour de grand air  

Le vent de mes mots hurlait à l’ouest de mon regard

C’était jour de grand air

Je respire

Parfum de l’herbe ivre de rosée

5 juin 2025

Vent

Dans les plaines sèches

De mon pays de l’en dedans

Vent malin s’est engouffré

Longues et grises

Ailes d’acier

Dans le ciel déchiré

Sous le souffle ont tremblé

Vent câlin les caresse et dit

Tourne moulin

Tourne sans fin

Aime le chant de mes chagrins

Matinales…

Ce que je te souhaite toi qui me lis

Ce que je te souhaite ô toi qui me vis

C’est une belle tranche de vie

Croquante ou craquante

Tu la verras riante

Au bord du matin brillant

Au bord de tes lèvres elle pétille et ruisselle

Dans ta chaude aube de miel

Écoute elle ondule pour se rendre belle

Matinales…

Lorsque nous ouvrirons les yeux

Comme si hier avait disparu

Englouti dans le ce n’était presque rien

Lorsque nous ouvrirons les volets gris

Fermés sur les haines humides

Nous entendrons le beau chant de la mer

Aux cimes des pins ondoyants

Au bord de nos lèvres étonnées

Un reste de cette écume salée

Que posent les longues houles d’une nuit agitée…

Mes Everest, Aimé Césaire

« De toutes nos machines réunies, de toutes nos routes kilométrées, de tous nos tonnages accumulés, de tous nos avions juxtaposés, de nos règlements, de nos conditionnements, on ne saurait réussir le moindre sentiment. Cela est d’un autre ordre, et réel, et infiniment plus élevé.

De toutes vos pensées fabriquées, de tous vos concepts triés, de toutes vos démarches concertées, ne saurait résulter le moindre frisson de civilisation vraie. Cela est d’un autre ordre, infiniment plus élevé et sur-rationnel.

Je n’ai pas fini d’admirer le grand silence antillais, notre insolente richesse, notre pauvreté cynique.

Vous avez encerclé le globe. Il vous reste à l’embrasser. Chaudement.

Les vraies civilisations sont des saisissements poétiques : saisissement des étoiles, du soleil, de la plante, de l’animal, saisissement du globe rond, de la pluie, de la lumière, des nombres, saisissement de la vie, saisissement de la mort.

Depuis le temple du soleil, depuis le masque, depuis l’Indien, depuis l’homme d’Afrique trop de distance a été calculée ici, consentie ici, entre les choses et nous.

La vraie manifestation de la civilisation est le mythe.

L’organisation sociale, la religion, les compagnies, les philosophes, les mœurs, l’architecture, la sculpture sont figuration et expression de mythe.

La civilisation meurt dans le monde entier, parce que les mythes sont ou morts ou moribonds ou naissants.

Il faut attendre qu’éclate le gel poussiéreux des mythes périmés ou émaciés. Nous attendons la débâcle.

…Et nous nous accomplirons.

Dans l’état actuel des choses, le seul refuge avoué de l’esprit mythique est la poésie.

Et la poésie est insurrection contre la société parce que dévotion au mythe déserté ou éloigné ou oblitéré.

On ne bâtit pas une civilisation à coups d’écoles, à coups de cliniques, à coups de statistiques.

Seul l’esprit poétique corrode et bâtit, retranche et vivifie. »

Aimé Césaire, Appel au magicien – Mai 1944, Haiti

Mémoires…

Dans l’angle mort d’une histoire en pointillé
J’ai trouvé un vieux reste de lumière figée
Le bavard au cœur creux
Sans rien dire l’a abandonné
Dans l’onde dodue
Des ronds de mes rires bleus
Je l’ai jeté pour un dernier souvenir ricochet

Matinales…

Dans la longue et lente langueur

D’un moite matin d’été

Une trace des ombres tièdes de la nuit

Il reste si peu pour se sourire

Sur le long quai des attentes enfermées

Et pourtant je voudrais

A toutes à tous vous dire à demain

Nous avons tant à nous dire

Mémoires…

Un jour tu verras je me souviendrais

Des rires qui somnolent

Caresses lointaines

Coulent dans le creux sec

D’une longue ride

A la source d’un regard oublié

Le temps est au sourire…

Je suis à la fenêtre

Du si simple rêve

Qui se pose au matin

Sur la palette de mes envies

Le temps est au sourire

Douce main du peintre endormi

Caresse du bout des doigts éblouis

Blanche toile d’un soleil assagi

Une odeur de pain chaud…

Sous les plis d’une mémoire froissée

Le vieil homme a caché les quelques miettes

Du beau souvenir d’une odeur de pain chaud

Ô toi qui ne dis rien…

Portici, place de l’université

Ô toi qui ne dis rien

Ou si peu

Toi et ton silence de papier

Je t’en prie

Il faut te redresser

Il faut réapprendre à aimer

Si ta colère est lourde

Au point de t’enfermer dans un triste dépit

Je peux aider à la rendre mauve et légère

Regarde

Ecoute

Touche

D’autres mots sont là

Mots fleurs qui attendent

Mots doux qui doutent

Mots d’amour qui se cachent

Convoque tes sens

Retrouve le chemin

Invite toi au banquet des rires nourris

Ô oui je t’en prie

Ne laisse pas envahir la terre de nos espoirs

A deux

A tous

Il nous reste tant à inventer

29 mai

Pause…

Je pars pour une semaine dans la région de Naples, ce sera donc une petite pause poèsie. Je vous retrouve début juin…

J’écris…

Avec ma presque plume fatiguée

J’écris des bouts de mots

Sur les coins froissés

D’un début de papier

Une larme a roulé

Seule elle s’est asséchée

Au milieu de ses sœurs du fossé

Matinales…

A la lueur d’un presque jour au pas hésitant
Dans les draps humides des sueurs de silence
J’entends battre le cœur froissé d’une nuit vivante
Il est l’heure de l’étirement qui craque en soufflant
Il est l’heure des vieux mots repêchés avant le pire
Dans la réserve grise d’un continent de pages blanches
La poésie est là fleur mauve à l’angle du désert
Oasis de larmes dorées sur les yeux entrouverts

19 mai 2025

Homme de moins que rien…

Homme de moins que rien
Visage mou
Regard moite
Poisseux d’aigres sueur
Qui s’incruste entre les rires innocents
Homme de moins que rien
Expire le mauvais parfum
De la suffisance des quelques siens
Il était de ces bavards inutiles
Qui encombre les salons
Homme de moins que rien
Creuse en soufflant
Un gras sillon de silences aigris
Ils étaient tant à le suivre
Roses fanées à la boutonnière
Oublieux de ses arrogances
Dans ce monde aux sourires sucrés
Ignobles, infâmes
Ont repris en cœur
L’hymne gris de leurs violences cachées

Rêve mauve…

Il est l’heure de la lumière,

Il me reste un bout de rêve mauve.

Infime miette dans un bol de rire noir,

Par une nuit rassasiée.

Au creux du silence du matin qui gémit,  

J’avance tête baissée,  

Laissée là, douce et croquante

Tirant sur le long fil de ce songe qui sourit.

Courbe…

Parle moi de ces courbes

Que tu apprivoises dans la jungle de tes peurs

Elles te content des histoires sans fin

Pour le peuple rond des semeurs de demain

Matin léger…

Sur l’eau, quelques rides de lumières,
Le matin léger s’étire sur le fleuve.
Au loin la rumeur de la ville,
Comme un bruit qui s’éveille.
On s’étire, le silence se respire.
Il fait frais, on sourit.
Le jour se lève.
C’est beau,
La nuit s’est retirée,
Discrètement, le port l’a avalée.
Le soleil est là, on le sent.
On l’entend.
Chaque couleur s’est préparée,
Dans le matin léger,
Ses ailes lissées le fleuve a déployé.

Flash…

Tout va si vide me dites vous ?

Vide vite tout se confond

Oui j’entends ce que vous me dites

Un trou dans une traversée de silence

Votre temps ne s’écoute pas

Le mieux est une goutte mauve

Regardez si vous le pouvez

Vous la verrez

Elle roule sur la lisse vitre

De mes rêves en délit de tristesse

25 avril

Matinales…

Dans la longue et lente langueur

D’un moite matin d’été

Une trace des ombres tièdes de la nuit

Il reste si peu pour se sourire

Sur le long quai des attentes enfermées

Et pourtant je voudrais

A toutes à tous vous dire à demain

Nous avons tant à nous dire

Absence…

Sur l’aride terre de mon inspiration retrouvée

Les yeux pleurant je remonte essoufflé

Le lit froissé d’une mémoire asséchée

Une à une mes larmes murmurent en glissant

Le chant salé d’un reste d’océan

Ecoute

Le doux refrain du regard bleu disparu

Sur les rives grises de son absence

Regarde

Les longues vagues à l’écume épuisée

Sur la plage des cœurs brisés

Ne rien dire…

A l’angle mort d’un silence coupable

J’ai vu l’oeil baissé des faux indignés

Ils contemplent le trouble reflet

De leurs victoires honteuses

Dans l’écho mou de leurs futiles paroles

Des rêveurs d’humanité sont embourbés

La glaise grise des mensonges appris

Colle aux ailes de nos belles vérités

Demain sera vrai je le veux tant

Regarde attend ils reviendront

Les libres mots de nos nuits d’enfant

Il manquait un voyageur

Je publie à nouveau cette micronouvelle qui a remporté le prix des lecteurs en 2020 sur le site short-édition

Ce sont trois informaticiens, ou techniciens, de ces hommes qui m’impressionnent parce qu’ils arrivent à réfléchir en trois dimensions. Tout le long du trajet, dans ce « carré » que je partage avec eux, ils parlent une autre langue, presque une langue de signes. Ils rient, ils sont bien dans leurs anecdotes technologiques. Ils mettent du sourire et du bonheur dans les codes, dans les chiffres. Il y a du soleil dans leurs langages obscurs. Je ne comprends, ce n’est pas grave, je les écoute avec délice. Ils ont de la passion, elle déborde dans ce compartiment monotone et j’aime ça. Ils ne jouent pas, ils ne forcent pas, ils disent, ils racontent, et ils vivent.
Le plus près de moi est massif, il a les mains lourdes, les doigts épais. Je ne l’imagine pas devant un clavier, mais plus devant un sac de ciment, un arbre à abattre. Il est fort, sa voix résonne, il est calme, il aime la vie.
Silencieux, mais attentif, depuis le début du trajet je me décide à parler. Peut-être parce que je me sens bien, que cela me semble naturel de parler à ceux qui sont proches. Comment peut-on presque se toucher et ne rien se dire ? Il n’est jamais simple d’entrer dans une conversation, il ne faut pas donner le sentiment d’être indiscret, d’avoir écouté. Les réactions peuvent parfois être surprenantes. Tout cela je le savais, tout cela je l’avais déjà expérimenté mais tant pis, je me suis lancé.
« Euh, excusez-moi, je vous écoute depuis un petit moment, et je ne comprends rien à ce que vous dites, vous êtes dans quoi au juste ? »
Le plus jeune des trois, celui qui est en face de moi, a semblé abasourdi par cette question. Il m’a regardé avec étonnement, presque avec effroi, comme si je venais d’entrer par surprise dans sa chambre à coucher, juste au moment où il allait se glisser sous les draps. Les deux autres l’ont regardé, m’ont regardé : le plus bavard des trois, celui qui il y a quelques minutes ponctuait toutes ses explications de grands éclats de rires, s’est figé instantanément dans un silence glaçant. J’étais gêné, presque pétrifié. Le doux balancement du compartiment dans une longue courbe prise à grande vitesse, me donnait presque la nausée. J’allais ouvrir la bouche pour m’excuser, leur dire que j’étais désolé de les avoir dérangés quand le plus grand des trois, celui que j’admirais il y a quelques instants, se tourne vers moi et me dit simplement.
« Tu veux savoir, dans quoi on est, et ben c’est simple là pour le moment et pour encore deux heures on est dans le train, dans ce compartiment, avec toi, mais sinon tu sais on n’est dans rien, on ne travaille pas, on ne travaille plus. On est ensemble parce qu’on va à l’enterrement d’un ami, notre ami, c’était le quatrième, celui qui était avec nous, d’habitude, là, à ta place. On était quatre, quatre techniciens, on aimait vraiment ce qu’on faisait, et puis la boîte a fermé, elle nous a virés. Lui, il n’a pas supporté, il s’est suicidé…Il s’appelait Jules. C’était la semaine dernière, alors on est tellement triste, qu’on fait comme avant, on parle, on rit, et tu vois tu nous as réveillé et là on pense à lui… »

Mes Everest, Albert Camus…

Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L’odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. A peine, au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village, et s’ébranle d’un rythme sûr et pesant pour aller s’accroupir dans la mer.
Nous arrivons par le village qui s’ouvre déjà sur la baie. Nous entrons dans un monde jaune et bleu où nous accueille le soupir odorant et âcre de la terre d’été en Algérie. Partout, des bougainvillées rosat dépassent les murs des villas; dans les jardins, des hibiscus au rouge encore pâle, une profusion de roses thé épaisses comme de la crème et de délicates bordures de longs iris bleus. Toutes les pierres sont chaudes. A l’heure où nous descendons de l’autobus couleur de bouton d’or, les bouchers dans leurs voitures rouges font leur tournée matinale et les sonneries de leurs trompettes appellent les habitants.
A gauche du port, un escalier de pierres sèches mène aux ruines, parmi les lentisques et les genêts. Le chemin passe devant un petit phare pour plonger ensuite en pleine campagne. Déjà, au pied de ce phare, de grosses plantes grasses aux fleurs violettes, jaunes et rouges, descendent vers les premiers rochers que la mer suce avec un bruit de baisers. Debout dans le vent léger, sous le soleil qui nous chauffe un seul côté du visage, nous regardons la lumière descendre du ciel, la mer sans une ride, et le sourire de ses dents éclatantes. Avant d’entrer dans le royaume des ruines, pour la dernière fois nous sommes spectateurs.

Exrait de Noces à Tipasa, écrit par Camus en 1937…

Flash, inédit…

Je cherche un sourire en ciel bleu

Il sera là je le sens

Tu le verras à l’heure où les peurs se serrent

Nos regards s’ouvrent sur des silences qui s’échappent  

Dans ma boîte à émotions…

Dans ma boîte à émotions
C’est un joyeux fouillis
Cauchemar des ordonnateurs du beau fabriqué
Du beau validé par les filtres académiques
Je ne cherche jamais le parfait imposé
Je n’obéis pas aux absurdes règles de la contemplation artificielle
J’aime les alliances improbables
Les mariages de gris bretonnants et bleus plastifiés
Dans ma boîte à émotions rien n’est impossible
Ni les rires pour un rien
Ni les larmes pour si peu
J’aime choisir mes conjugaisons
J’aime réinventer des liaisons
Et j’aime encore plus cet oubli permanent
De ce point qui se refuse à être final

Matinales…

J’ai posé le pied sur une terre inconnue

Les rires sont longs

Les peurs sont blanches

Les aubes grises ouvrent un oeil mauve

C’est le chant bleu

De mon soleil heureux

Ne regarde pas comme les autres…

Ne regarde pas comme les autres.

Les autres…N’écoute pas ce qu’ils te disent, sors de leur route toute tracée, choisis ton chemin. Et si on te répond que ce n’est pas possible d’entendre la mer lorsque tu es dans la forêt, ne dis rien, ferme les yeux et plains les, eux, qui n’entendent pas les arbres qui s’essaient au bruit des vagues. S’ils te disent que c’est ton imagination qui te joue des tours, réponds-leur que leur imagination est en panne, fatiguée, dis-leur que c’est quand on ne veut pas voir ce qui est vrai, quand on ne veut pas entendre le bruit des vagues qui secouent les crêtes des sapins qu’on est trompé par son obsession du réel convenu.

Cette imagination-là n’est pas la tienne, tu n’en veux pas de ces artifices pour enfant naïf qui fabriquent du magique pour empêcher d’aller ailleurs, de choisir d’autres chemins, tu n’en veux pas de cette mythologie préfabriquée qui fabrique des rêves à la chaîne, des rêves qui sont toujours les mêmes, depuis longtemps, et pour tout le monde. Tu dois leur dire que les arbres tu les vois comme des arbres et pas comme de vieilles femmes aux doigts crochus ou tout autres monstres qu’on veut entrer de force dans les têtes pour que les peurs soient identiques.

Tu ne dois pas être comme les autres. Les arbres tu dois les voir arbres et la mer que tu entends quand ils bougent dans le vent tu dois dire que c’est la mer. Tu ne dois pas dire : ils font comme la mer, c’est comme la mer, j’ai l’impression d’entendre la mer. Tu ne dois pas dire cela parce que c’est injuste de le dire, c’est injuste pour les arbres d’abord, et puis pour la mer surtout, c’est comme si tu disais que la mer n’existe pas, qu’elle est ailleurs, plus loin, toujours plus loin, qu’elle n’appartient qu’à ceux qui prétendent qu’ils l’ont vue, qu’ils l’ont entendue avec leurs mots à eux, avec les mots qui ont été fabriqués par d’autres pour dire que la mer existe, ici, et pas ailleurs…

Toi tu dois dire que la mer existe ici, dans ces forêts d’altitude, tu dois dire qu’elle est là, derrière ce vent, comme une mémoire……

Mes Everest : Maurice Fombeure

 » Terre – Terre  »

Sur cette floraison de routes innombrables
Où les pas font sonner les heures du désert,
Où s’efface le vent et ses cris et ses rides,
Emporté par soi-même et toujours recouvert,

Sur ces arbres scellés au ciel, à la lumière,
Sur ces fontaines de sommeil,
Sur ces oiseaux tombant au fond des puits d’azur
Roulant de l’aile sur le silence essentiel,

Je promène mes mains, mes lèvres, ma tendresse.
Je promène mes pas, ma tristesse et mon cœur.
Ô ma terre, c’est toi, toi seule qui m’oppresses,
Et je me sens jailli droit de tes profondeurs.

Je suis les quatre vents, je suis le champ des Cygnes
Et, des bords d’Orion aux feux de la Grande Ourse,
Je suis l’âme semée qui s’éprend d’elle-même,
Je suis le cœur gorgé de pur.

Terre je suis tes bras, tes ombres, tes blasphèmes,
Le ciel ouvert aux flots et la mer qui murmure.

Carnets : j’ai un trou de mémoire…

J’ai un trou de mémoire…

J’ai un trou de mémoire… Curieuse non cette expression ? Pour ma part, j’ai plutôt l’impression quand je suis confronté à ce problème de trou qu’il s’agit plutôt d’un trou DANS la mémoire. Comme s’il s’agissait d’un panier percé. Et au bout du compte si on réfléchit un peu un trou ce n’est rien ou plutôt ce n’est que du rien, qu’un peu de vide autour de tout, d’un tout ou du plein pour ne pas dire du pain parce qu’un trou dans le pain ce n’est rien ou trois fois rien. Mais revenons à nos moutons : un trou de mémoire ne serait finalement rien ou presque rien. Et le presque est ici important : il rappelle que très souvent au bord du trou il y a un tas : le tas composé de ce qui a été extrait du trou avant qu’il ne devienne trou. Si je poursuis mon raisonnement je me dis que finalement tout est là, au bord, et qu’il suffit de chercher, de trier et alors on retrouvera bien quelque chose, pour combler le trou.

Je me relis et je me dis que tout cela n’est peut-être pas si clair, qu’il manque quelque chose, qu’il y a comme on le dit parfois un trou dans la raquette. Tout cela est bien complexe et plus j’avance plus je me dis que la solution est probablement au fond du trou.

Mais c’est une autre histoire

Attente…

Traverser en douceur les épaisseurs de l’attente

Respirer les bras ballants ce bel air apaisé

Mes rêves pour demain sont en sursis

Un souffle d’enfance soudain a sautillé

Espoir en garde à vue qui s’étire

Le temps est au sourire…

Je suis à la fenêtre

Du si simple rêve

Qui se pose au matin

Sur la palette de mes envies

Le temps est au sourire

Douce main du peintre endormi

Caresse du bout des doigts éblouis

Blanche toile d’un soleil assagi

Vers la lumière 4

Cheval de bois

N’en peut plus de tourner

Du manège des enfermés

D’un bond joyeux

Il s’est échappé

Dans la danse des échevelés

Il est entré

Vers la lumière 3

C’était une si lente nuit pâle

Lourde de trop longues heures

Pâles et poisseuses

Derrière les fenêtres aux rêves fermés

Pas un un chant

Plus un cri

Un silence dur et coupant

Brise un espoir qui s’envole

Vers la lumière 2

Je n’entends pas le long cri

De l’arbre nu à en pleurer

Entre tes bras desséchés

Je me ferai feuille blanche

Pour t’entendre espérer

Vers la lumière

Quand l’arbre gris

De mes peurs enfouies

Étire dans un ciel sans vie

Les maigres noeux de ses bras secs

J’entends le souffle court

De mes courses éperdues

Sur les routes rondes et fleuries

De ma belle île de brume bleue

Ce soir c’est vers…

Ce soir c’est vers. Finie la pause prose, ce soir je vous prends à revers, ce soir je me pose, je prends un verre et je me mets aux vers. Je vous entends déjà : il nous dit qu’il se remet aux vers mais il reste en prose. Tout ça n’est peut-être que de la frime, de la frime pour trouver une rime. Alors attendons un peu…

La prose tout doucement s’essouffle.

Sans rien dire elle s’efface.

Prose s’envole

Un verre, puis deux

Les vers sont là

Dans le peuple des mots

Quelques-uns se sont levés

Ils tendent le point

Le point oublié

Mais plus rien ne compte

Les vers sont là

Suspendus

Aux lèvres mauves

De tes larmes bleues…

Tout avait commencé par une boule au fond la gorge…

Tout avait commencé par une boule au fond de la gorge. Avec cette désagréable impression de ne plus être capable de déglutir…
Le silence qui accompagne cette angoisse physique, est un voile de brume qui enveloppe l’être tout entier.
L’angoisse n’existe pas, elle est l’existence même, et le regard acquiert cette autre faculté qu’on évite de lui reconnaître. Celle de voir l’en dedans, l’envers du chaos, comme une preuve qui s’est tapie dans un repli de toutes les mémoires.
Enfant déjà, j’avais peur : peur comme tout le monde, du noir, du vide, des rats, du tonnerre. Et j’avais peur de moi quand je me voyais tremper ma vie dans une espèce de bain d’inconscience.
La peur, je me disais qu’il fallait la maîtriser : avec de la volonté, avec du rire, beaucoup de rires, comme des plaquettes anti-mouches qu’on appose au fond de l’esprit…
J’ai toujours trouvé curieux l’entêtement que mettent les gens à ne trouver le bonheur, le bien-être que quand la mer est là, calme, que le ciel est bleu.
J’ai pour ma part éprouvé les sensations les plus fortes dans de gros orages, ou à la vue de tempêtes. La sensation que je cherche à éprouver, me procure un long frisson qui est de l’ordre de la satisfaction physique. Et pourtant elles portent en elles le germe de toutes ces morts annoncées.
Tout avait donc commencé par cette boule au fond de la gorge. Parce qu’il me fallait partir : partir pour faire l’armée… Curieux cette expression : faire l’armée ! Comme s’il y avait dans l’obligation de servir le drapeau français, durant un an, un acte de bâtisseur. Il y a ceux qui ont fait l’armée, ceux qui ne l’ont pas fait, ceux qui n’ont pas pu la faire et ceux qui n’ont pas voulu la faire. Et il y a surtout ceux qui la font, sans rien dire, comme ça, en passant, avec un peu de kaki au fond des poches…
Faire, faire : j’entends aujourd’hui les recommandations de ma professeur de français : autant que possible il faut éviter le verbe faire, peut-être même faut-il éviter de faire.
Je n’avais pas prévu ce départ, ou tout au moins je ne l’avais pas intégré avec intelligence dans mon parcours de reconstruction. J’aurais pu choisir le refus de porter cet uniforme mais je n’avais pas bougé, peut-être par paresse, peut-être plus parce que je pensais qu’il y avait beaucoup à prendre dans cet univers dont on parle tant sans ne l’avoir jamais rencontré. Un peu comme ces paradis ou enfers lointains qu’on s’envoie volontiers à la face, lors de nos si nombreuses empoignades politiques. « Allez-y voir là-bas et vous verrez bien que votre paradis, c’est bien l’enfer pour les autres ! »
La plupart du temps ce pourfendeur de l’au-delà honteux a encore les seules limites de sa propre commune, de son quartier, de sa propriété inscrites sous la semelle de ses chaussures…
Pour l’armée, ou tout au moins le service militaire, c’est souvent la même chose. Enfant, je n’avais qu’une vision brumeuse de ce que pouvait être cet univers, peut-être parce que mes proches qui ne l’avaient que trop vécu en parlaient comme on devrait parler de toutes les réalités : avec pudeur et prudence.
Ce sont ceux qui n’avaient rien vu qui en savaient le plus long…
Je n’ai jamais été un militariste forcené, loin de là, mais à travers cette angoisse terrible, celle du départ vers une autre vie, j’éprouvais des sensations si neuves, si fortes, que je les savourais avec une juste douleur…
Il faut aller voir ce qui se passe, partout où des gens vivent. C’est peut-être ainsi que bout à bout, morceau par morceau, on finira par faire d’une série d’épisodes une fresque homogène. Et pourtant j’avais peur de ce soir chaud et humide d’août en montant dans ce train sentant l’acier trempé et l’urine sèche. Je pénétrais dans un premier compartiment et dès cet instant je sus que tout avait commencé. Les fesses collées contre le skaï SNCF, j’observais ces cinq visages disposés autour de moi avec dans le regard une rigueur de cortège.
Il faisait chaud et j’avais le souvenir de ce premier plongeon que je fis quelques années auparavant. La grande rue, les rails et Héléna. Héléna si présente dans cette douleur qui commence à me vriller l’estomac, Héléna qui m’observe dans l’en dedans de mon demi-sommeil.
J’ai les jambes qui s’alourdissent. Tandis que le train s’engouffre dans cette nuit étouffante je sens mon corps qui prend une pose qui ne surprend personne parce qu’elle est le dénominateur commun de ceux qui voyagent pour aller vivre un peu plus loin cette aventure qui si souvent noie leurs yeux de larmes…
Le bruit, comme une musique, comme une obsession. Ce bruit qui rassure parce qu’il est puissant, vrai, ce bruit qui bat à l’intérieur. Je n’arrive plus à réfléchir. J’ai cessé de fournir l’effort nécessaire pour convaincre l’ensemble de mes quatre membres à prendre une attitude convenable.
Je me répands, flaque de mélancolie dans ce compartiment gluant. Je suis dans le train, dans le ventre de cette bête qui transperce la campagne plus qu’elle ne la traverse. Les autres dorment ou tout au moins leurs yeux se ferment. Mais j’entends le bruit, le bruit des rails qui dansent dans leurs têtes. Ce qui les distingue, c’est qu’eux ils connaissent, ils ont déjà vu, là-bas.
Tout au moins je le suppose.

Vent

Dans les plaines sèches

De mon pays de l’en dedans

Vent malin s’est engouffré

Longues et grises

Ailes d’acier

Dans le ciel déchiré

Sous le souffle ont tremblé

Vent câlin les caresse et dit

Tourne moulin

Tourne sans fin

Aime le chant de mes chagrins

Sur la route du bel été

J’ai pris la mauvaise sortie

Le mauve était annoncé

Mais le gris l’a avalé

Gouttes…

Le monde pleure doucement

Dans le creux des longues larmes

Roulent des gouttes d’ennui

Sur la vitre sale du hier sans fin

J’ai gratté de mon ongle rongé d’impatience

Une vieille trace de mémoire

Sur le tableau noir de mes envies

Sur le tableau noir de mes désirs d’écriture
J’ai tracé quelques lettres de brumes
Des mots bleus se sont envolés
A tire ligne jusqu’au bord d’une blanche feuille
Que j’avais attendue
Une phrase est là, en suspens
Une autre aussi qui l’attend
Je les regarde heureux
Elle se sont aimées
Avec mon consentement

Et soudain tout devint étrange…

Et soudain tout devint étrange,

Longues et molles les heures

Ne trouvaient plus de passages vers l’après.      

Nos ombres avaient disparu.

Certains disent qu’elles ont coulé,

Lassés de suivre en silence

Ces visages courbés.

Plus un son ne sort des bouches étonnées

Partout des flaques de silence.

Oubliés les rires éclaboussant

Enfermés les enfants sautillant.

Soudain tout devint étrange,

Regarde,

Les corps se rapprochent,

Ils s’effleurent,

C’est touchant.

On dirait des amants…

Petite pluie est venue…

Vêtue de son manteau de drame gris

La pluie est là, elle n’était pas invitée…

C’est bien lui, lourd mardi maudit,

Dans longues rimes de novembre empêtrés

Qui a osé la convoquer dans le dernier souffle du midi.

« Je ne veux pas que joie sente des ailes lui pousser,

Petite ou drue, Ô pluie, reviens je t’en prie. »

Mais pluie têtue a résisté et son sourire lumineux

Sur chaque flaque a posé petites perles bleues..

Un bout de rêve mauve…

Il est l’heure de la lumière,

Il me reste un bout de rêve mauve.

Infime miette dans un bol de rire noir,

Laissée là, douce et croquante

Par une nuit rassasiée.

Au creux du silence du matin qui gémit,  

J’avance tête baissée,  

Tirant sur le long fil de ce songe qui sourit.

3 mai

Le chant du large…

Au fond de mes poches,
Quelques miettes de ciel.
Dans le creux de ma paume pressée,
J’ai pris quelques cailloux mauves.
En riant les ai semés.
Une à une, bulles légères
Sautillent, pétillent
Dans long couloir sans écume
Foule sans sillage,
N’entend pas le chant du large.

Matinales…

Petit matin au parfum sucré

Feuilles fleurs sont en beauté

Patience du fruit

Au vert frisonnant

Flash..

Englué entre les quatre murs de mon angoisse

Je voudrais sauter comme l’enfant

Tête à l’envers

Pieds joints dans la flaque d’un reste de bleu

Je voudrais aplanir la larme coupante

Du peut-être des demains aiguisés

A la pierre des tristes peurs

Ô pluie des rires arrondis

Je t’attends c’est promis…

30 mai 2023

Le temps est au sourire…

Je suis à la fenêtre

Du si simple rêve

Qui se pose au matin

Sur la palette de mes envies

Le temps est au sourire

Douce main du peintre endormi

Caresse du bout des doigts éblouis

Blanche toile d’un soleil assagi

Flash, inédit…

Chaque jour le monde se blesse
Seuls deux aimants se regardent pleurer
Pas une main pour rassurer les tremblants
Pas un rire d’enfant pour souffler
Pas une rime en aile pour espérer
Le monde est abattu
On ne l’entend plus rêver
Il saigne de tristes larmes sans sel
Aux quatre coins du ring des haineux

28 avril

Homme de moins que rien…

Homme de moins que rien
Visage mou
Regard moite
Poisseux d’aigres sueur
Qui s’incruste entre les rires innocents
Homme de moins que rien
Expire le mauvais parfum
De la suffisance des quelques siens
Il était de ces bavards inutiles
Qui encombre les salons
Homme de moins que rien
Creuse en soufflant
Un gras sillon de silences aigris
Ils étaient tant à le suivre
Roses fanées à la boutonnière
Oublieux de ses arrogances
Dans ce monde aux sourires sucrés
Ignobles, infâmes
Ont repris en cœur
L’hymne gris de leurs violences cachées

Le temps est au sourire…

Je suis à la fenêtre

Du si simple rêve

Qui se pose au matin

Sur la palette de mes envies

Le temps est au sourire

Douce main du peintre endormi

Caresse du bout des doigts éblouis

Blanche toile d’un soleil assagi

Mémoires…

Oh gentils bavards

Qui avaient posé

Petite pierre sèche sur le vieux mur

De ma mémoire fatiguée

Je n’oublie pas vous savez

Rien n’a disparu

Tout est endormi

Ces trous de silence ne vous disent rien

Regardez

Sans rien espérer

Il y a des brumes mauves

Qui se lèvent derrière le ciel de l’oubli

Douces caresses d’un soleil argenté

Ne dites rien

Je vous en prie

Je suis tellement fatigué

Matinale, inédit…

A l’angle du matin encore drapée de songes profonds

J’ai croisé un porteur d’espoir aux poches vides

Je n’ai rien dit pour ne le retarder

Lentement sans un mot

Courbé il est passé

Il est temps

Il faut rentrer

27.04.2025

Matinales…

Sous les cendres d’une nuit tremblante

Les impatientes braises de l’aube

Attendent notre premier sautillement

Vers la lumière 4

Cheval de bois

N’en peut plus de tourner

Du manège des enfermés

D’un bond joyeux

Il s’est échappé

Dans la danse des échevelés

Il est entré

Vers la lumière 3

C’était une si lente nuit pâle

Lourde de trop longues heures

Pâles et poisseuses

Derrière les fenêtres aux rêves fermés

Pas un un chant

Plus un cri

Un silence dur et coupant

Brise un espoir qui s’envole

Vers la lumière 2

Je n’entends pas le long cri

De l’arbre nu à en pleurer

Entre tes bras desséchés

Je me ferai feuille blanche

Pour t’entendre espérer

Vers la lumière

Quand l’arbre gris

De mes peurs enfouies

Étire dans un ciel sans vie

Les maigres noeux de ses bras secs

J’entends le souffle court

De mes courses éperdues

Sur les routes rondes et fleuries

De ma belle île de brume bleue

Regards…

Je voudrais écrire une histoire des regards

Regards croisés

Regards posés

Regard aimés

Regards secrets

Qui entrent dans la chair de nos silences

Nous murmurent des entre-mots oubliés

Aux ailes rondes et fripées

Et nous chantent la douce mélodie

Des amours attendues

2 avril

Matin froissé

C’est un matin barbouillé

Repue d’un lourd gris huilé

La nuit mauvaise s’est retirée

La lumière à marée basse oubliée

Nous attend entre les plis du ciel froissé

Lumière est à marée basse

Mémoires…

Le monde pleure doucement
Dans le creux des longues larmes
Roulent des gouttes d’ennui
Sur la vitre sale du hier sans fin
J’ai gratté de mon ongle rongé d’impatience
Une vieille trace de mémoire

Petite pluie est venue…

Vêtue de son manteau de drame gris

La pluie est là, elle n’était pas invitée…

C’est bien lui, lourd mardi maudit,

Dans longues rimes de novembre empêtrés

Qui a osé la convoquer dans le dernier souffle du midi.

« Je ne veux pas que joie sente des ailes lui pousser,

Petite ou drue, Ô pluie, reviens je t’en prie. »

Mais pluie têtue a résisté et son sourire lumineux

Sur chaque flaque a posé petites perles bleues..

13 MAI

Mémoires…

Un jour tu verras je me souviendrais

Des rires qui somnolent

Caresses lointaines

Coulent dans le creux sec

D’une longue ride

A la source d’un regard oublié

Des mots aux ailes bleues…

Je voudrais écrire,

Oh oui, je le veux…

Écrire pour deux,

Pour toi, pour eux.

Je voudrais écrire

Heureux,

Entre deux lourdes marges en feu.

Oh, je voudrai tant écrire,

Ce mot qui caresse,

Là, seul,

Il attend, rien ne presse.

Je voudrais tant écrire

Tendresse,

Sur une feuille d’automne

Aux rimes mauves

Sur le titre accrochées.

Je voudrais tant…

Tremper ma plume

Dans une flaque de rires jolis.

Je voudrais tant entendre

De longs mots aux ailes bleues.

Ils chantent, ils dansent,

C’est eux, ils sont arrivés.

10 février 2020

Cri…

Rêve à finir
C’est une guerre où les hommes périront
Systématisés
Calcinés
Par l’addition
D’une angoisse planétaire
Qui les fait
Terreurs

Mémoires…

Le monde pleure doucement
Dans le creux des longues larmes
Roulent des gouttes d’ennui
Sur la vitre sale du hier sans fin
J’ai gratté de mon ongle rongé d’impatience
Une vieille trace de mémoire

Il est des jours blancs…

Il est des jours blancs
Jours glacés
Pour papier froissés
Tout se tait,
Tout se paie,
Lourd monde qui bruit,
J’attends,
Je feuillette,
Ici, là, partout,
Mots endormis,
Il est des jours blancs

Attente…

Traverser en douceur les épaisseurs de l’attente

Respirer les bras ballants ce bel air apaisé

Mes rêves pour demain sont en sursis

Un souffle d’enfance soudain a sautillé

Espoir en garde à vue qui s’étire

Le lac perdu… 1

Pour un concours de nouvelles, j’ai écrit ce texte que je vous propose de découvrir aujourd’hui en plusieurs parties. Il faut préciser qu’une contrainte était imposé, à savoir commencer par la phrase suivante : « Ce matin un épais brouillard envahit la ville. On distingue à peine deux silhouettes sur le quai de la gare. On entend le train au loin. Il entre en gare. Il ne s’arrête pas. »

« Ce matin un épais brouillard envahit la ville. On distingue à peine deux silhouettes sur le quai de la gare. On entend le train au loin. Il entre en gare. Il ne s’arrête pas. »
C’est une voix d’outre-tombe qu’on vient d’entendre. Elle indique qu’on en a enfin terminé avec ce film. Sur le grand écran de l’entrée des artistes – c’est le nom du cinéma – s’affiche le mot fin. Il y a encore un interminable plan fixe sur cette gare, enfouie sous une épaisse couche de brouillard. Même si la brume est très épaisse, il n’est pas difficile de reconnaître les deux silhouettes. Il faut dire qu’on les a suivies dans toutes leurs aventures monotones depuis le début du film. Film qui dès la fin du premier quart d’heure a déjà paru interminable à Max.
On peut dire, sans se tromper, qu’il est soulagé, pour ne pas dire libéré, et il n’a pas attendu pour se lever et commencer à enfiler son blouson. Il se prépare à sortir, il a envie de respirer, de retrouver la lumière. Au début de la projection, il a d’abord pensé que le caméraman avait eu un problème de mise au point pendant le tournage. On ne peut pas dire que c’était totalement flou, c’était autre chose… Max s’est d’ailleurs retourné plusieurs fois, vers le petit carré lumineux de la cabine de projection. Peut-être est-ce simplement un problème technique ? Ces petits cinémas associatifs ont peu de moyens, et il imagine aisément que le projecteur est au moins aussi âgé que les vieux sièges en velours rouge qui grince dès qu’on bouge un peu.
Lucie, comme à son habitude est restée assise. Elle est toujours convaincue, à la fin de chaque film qu’elle voit, qu’il faut patienter jusqu’à ce que la salle soit totalement vide. Elle est persuadée qu’il peut encore se passer quelque chose, qu’une dernière image va apporter un éclairage supplémentaire. Un message subliminal en quelque sorte. Max s’impatiente, il n’en peut plus.

– Tu vois bien qu’il ne va rien se passer…

– Non, attends, parfois il y a un rebondissement !


Max sourit intérieurement. Il ne voit vraiment pas comment il pourrait y avoir un rebondissement dans un film aussi flou et aussi plat.
Il s’impatiente, mais résiste encore un peu. Il n’est plus à une minute près. Evidemment, rien de nouveau, pas le moindre rebondissement, pas de message. Il se dit que s’il était à la place du réalisateur, il aurait peut-être au moins remercié les spectateurs. « Merci d’être restés jusqu’au bout… » Ou alors : « vous n’avez rien compris à ce film, c’est normal, je n’ai, pour ma part, rien compris au scénario et l’objectif de ma caméra était rayé… » Il rit intérieurement de ses moqueries.

Matinales…

A l’heure molle des impatiences cadencées

J’entends parfois le cri de l’oiseau noir

Il pleure une curiosité engloutie

Au fond du gouffre numérique

Visages courbés

Nuques raides

Regards polis de vides

Ils ont effacé

D’un doigt qui glisse sur le verre appauvri

Les derniers chants qu’ils prennent pour des cris

Pas un signe pour lui

Oiseau noir ce matin est encore seul

Je lève les yeux

Je sais qu’il me voit qu’il m’attend

Oiseau noir du matin

Tu es mon réveil chagrin

12 avril

Concours d’écriture, ville de Senlis…

Je participe à beaucoup de concours d’écriture, dans les différentes catégories poésie et nouvelles. Finaliste du concours de poésie organisé par la médiathèque de la ville de Senlis, sur le thème du soleil, vous pouvez retrouver mon texte « un sourire s’est envolé »…

Voici le lien : https://mediatheque.ville-senlis.fr/sites/default/files/fichiers/actualites/recueil_2024_2025_soleil_compressed.pdf

Billets d’humeur…

Il m’arrive assez régulièrement de dire, de me dire, que ce monde est devenu fou, qu’il ne tourne pas rond. Et je regrette immédiatement mon propos et j’en viens même à m’excuser auprès de ce monde qui continue à tourner invariablement sur lui-même. Et je plonge alors dans une réflexion sur le sens qu’ont les mots et celui qu’on leur donne. De quoi parle t’on lorsqu’on parle du monde : de la terre, de cette planète qui nous abrite et qui convenons-en est ronde ou tout au moins sphérique? Oui elle est sphérique, c’est plutôt une boule. Mais on préfère quand même dire que la terre est ronde. Ce n’est pas grave, et oui n’en déplaise aux infâmes bigots et complotistes : la terre est ronde et elle tourne sur elle-même.

On appelle cela une révolution…Tiens donc, il faudra que je me penche sur ces révolutions qui durent depuis plusieurs milliards d’années…Mais revenons à ce monde qui ne tourne pas rond…Peut-être, finalement que lorsque je parle du monde il s’agit de celles et ceux qui vivent sur cette terre. Quand il n’y a personne on se contente de dire qu’il n’y a personne et plus ces personnes remplissent ce qu’on croit être le vide de cette terre plus on dit qu’il y a du monde…Et quand il y a beaucoup de monde, voire trop on ressent vite que tout cela ne tourne pas bien rond…Que font-ils, que disent-ils, où vont-ils ? Je n’en sais rien. Je ne dis rien. Moi aussi je fais, je dis, je vais et surtout je tourne en rond…

Matinales

A l’ouest de mes mémoires salées

L’écume de tes mots

Douce caresse

Rime tendresse

Ta trace est là

Trait de lumière

Perce l’ombre creuse

De ton absence

Je souris et t’entends

Tu es là à ne rien dire

Vague fleur séchée

Sur la crête de ton océan