En suivant la trace floue d’une histoire d’hier J’ai glissé sur la flaque du doux présent A tâtons je marche en riant vers le noir heureux Où brille l’ombre de tes cheveux Je souffre de l’oubli de ces presque rien J’attends serein J’entends chagrin Un long soupir sec Il étale en claquant Des larmes au bleu coupant Qui abîment en roulant Les bords mous du chemin des gisants
Il a voulu voir la mer, Au fond de ses poches, quelques miettes Pour des oiseaux qui ne viennent pas. Ses bras pendent : il y a de l’ombre autour de lui. Il a voulu voir la mer. Il ne la connaissait pas : les autres en parlaient. Les autres en parlaient comme d’une fête foraine. Il a pris son chapeau : pour sortir il lui faut un chapeau. Il est arrivé quand la nuit se retire, La mer est devant lui, les autres ont menti. Pas de cris, ni de lampions, la mer s’étire, Elle est pâle, la nuit a gobé ses lueurs. Son corps est drapé de gris, il a voulu voir la mer. Et il pense à elle, hier elle est partie. Ses yeux sont usés d’avoir tant pleuré Ses larmes sont englouties, dans les vagues elles se sont noyées Son costume est usé, les coudes sont râpés ll est sur la plage, immobile, pétrifié : C’est beau la mer
Dans le compartiment, il y a cette odeur, unique, qui s’accroche aux vêtements. Une odeur de voyages, trop courts, pour que la sueur soit absorbée par les souvenirs touristiques. Une odeur de vitre propre, de soupirs fatigués, une odeur de vie qui est à la peine, pour s’approcher de ce dont on rêve quand on est la tête contre la vitre. On ressent les vibrations, et puis il y a l’humidité de l’haleine qui fait comme un voile. Le voyage contre la vitre peut commencer, les yeux qui se ferment et le skaï devient cuir sauvage. Les néons ferroviaires sont des reflets de lune sur l’eau, pas un son, pas une voix qui ne troublent le rien d’un songe qui cherche son issue. Comme une musique, comme une mélodie. Et le couple d’en face, si vieux, si bons, qui posent leurs yeux sur la main de l’autre, pour signifier leur amour. Ils sont si beaux, si vrais, avec des souvenirs en réserve, pour chaque aiguillage, des regards croisés. Le front fait corps contre la vitre, les vibrations se font plus douces, le couple est comme un bouquet. Plus loin des jeunes filles rient, elles sont heureuses, heureuses de leurs sens, de ce qu’elles disent, de ce qu’elles montrent aux regards des peureux du bonheur. Elles batifolent, de mots en mots, d’histoires banales en tranches de vie. Et leurs rires nous réchauffent dans ce temps qui ne fait que passer.
J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j’admire les paysages, j’applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n’est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m’offense, je m’étonne à peine. Puis j’oublie et souris à qui m’outrage, ou je salue trop courtoisement celui que j’aime. Que faire si je n’ai de mémoire que pour une seule image ? On me somme enfin de dire qui je suis. « Rien encore, rien encore… » C’est aux enterrements que je me surpasse. J’excelle vraiment. Je marche d’un pas lent dans des banlieues fleuries de ferrailles, j’emprunte de larges allées, plantées d’arbres de ciment, et qui conduisent à des trous de terre froide. Là, sous le pansement à peine rougi du ciel, je regarde de hardis compagnons inhumer mes amis par trois mètres de fond. La fleur qu’une main glaiseuse me tend alors, si je la jette, elle ne manque jamais la fosse. J’ai la piété précise, l’émotion exacte, la nuque convenablement inclinée. On admire que mes paroles soient justes. Mais je n’ai pas de mérite : j’attends.
Albert Camus, L’Été, « La mer au plus près (Journal de bord) »
Ah combien de fois ne l’ai-je entendu ce fameux : « attention à ne pas brûler les étapes ! ». Oui je sais, je le reconnais, il m’arrive parfois d’aller un peu vite, pour ne pas dire d’être pied au plancher. Mais, jamais ô grand jamais, je ne me suis permis de mettre le feu aux étapes. Je dois reconnaître, en revanche, que mettre le feu aux poudres ne me rebute pas, je le fais bien volontiers, même si d’aucun me reproche d’avoir une certaine tendance à souffler sur les braises. J’ai beaucoup de respect pour ceux qu’on appelle encore les forçats du tour de France, et chaque étape franchie, oui je le reconnais je brûle d’impatience d’être sur la ligne de départ le lendemain. Lorsque le coup de feu du commissaire de course retentit, je suis sur des charbons ardents (je dois toutefois préciser que ces départs généralement toujours enflammés je les vis tranquillement installé au fond de mon canapé). Alors oui je vous le confirme, je vous le certifie, ces étapes je les savoure, je les déguste surtout lorsque la route monte. Ah les étapes de montagne : au pied du col, tout le monde est groupé, puis soudain c’est l’explosion, les petits gabarits, tels des escarbilles, s’envolent vers les sommets. Non, définitivement non je ne brûle pas les étapes, je prends le temps et le plus souvent du bon temps, non pas que le mauvais temps n’ait aucun intérêt, mais je préfère quand même ne pas prendre le risque de chuter sur des terrains devenus glissants. Une mauvaise chute, et je vous le garantis, il vous en cuit et pour le coup c’est bel et bien la fin de l’étape…
Il m’arrive assez régulièrement de dire, de me dire, que ce monde est devenu fou, qu’il ne tourne pas rond. Et je regrette immédiatement mon propos et j’en viens même à m’excuser auprès de ce monde qui continue à tourner invariablement sur lui-même. Et je plonge alors dans une réflexion sur le sens qu’ont les mots et celui qu’on leur donne. De quoi parle t’on lorsqu’on parle du monde : de la terre, de cette planète qui nous abrite et qui convenons-en est ronde ou tout au moins sphérique? Oui elle est sphérique, c’est plutôt une boule. Mais on préfère quand même dire que la terre est ronde. Ce n’est pas grave, et oui n’en déplaise aux infâmes bigots et complotistes : la terre est ronde et elle tourne sur elle-même. On appelle cela une révolution…Tiens donc, il faudra que je me penche sur ces révolutions qui durent depuis plusieurs milliards d’années…Mais revenons à ce monde qui ne tourne pas rond…Peut-être, finalement que lorsque je parle du monde il s’agit de celles et ceux qui vivent sur cette terre. Quand il n’y a personne on se contente de dire qu’il n’y a personne et plus ces personnes remplissent ce qu’on croit être le vide de cette terre plus on dit qu’il y a du monde…Et quand il y a beaucoup de monde, voire trop on ressent vite que tout cela ne tourne pas bien rond…Que font-ils, que disent-ils, où vont-ils ? Je n’en sais rien. Je ne dis rien. Moi aussi je fais, je dis, je vais et surtout je tourne en rond…
Jules et Lisa se sont trouvés. Tout à l’heure Jules ne savait pas que Lisa reviendrait. Il ne savait pas comment Lisa existait. Il ne savait pas qu’il y aurait cette nuit. Tout à l’heure c’était une autre histoire avec cette femme qu’il croyait sienne. Tout à l’heure c’était une erreur. Lisa est calme, elle n’est pas essoufflée, elle est bien, comme les rares fois où elle s’endort facilement. Il faudra bien qu’ils parlent, qu’ils se racontent ce qu’ils sont, mais pour l’instant ils sont bien, ils se tiennent bien serrés. Ils marchent dans les rues au milieu des autres, au milieu du monde qui ne les a pas voulus seuls. Maintenant ils sont deux et le monde les reconnaît. Ils se sont retrouvés.
Jules et Lisa s’aiment. Jules aime Lisa et Lisa aime Jules. Ils s’aiment. Il n’y a pas un centimètre de peau qu’ils n’aient explorée. Ils se sont imprégnés l’un de l’autre. Ils ne disent pas qu’ils font l’amour. Ils détestent le verbe faire. Lisa dit souvent qu’à la rigueur on peut faire la vaisselle, le ménage. Mais quand on parle d’amour et surtout quand deux corps se mélangent, quand deux corps deviennent un bouquet de sensations, on n’utilise pas le verbe faire, on le laisse de côté, on le laisse pour les tâches rébarbatives et on lui préfère un synonyme qui n’existe pas. Alors on ne cherche pas, on ferme les yeux, on se touche, on se parle, on se sent, on s’écoute, on se goûte, on crie et c’est l’amour. Celui qui ne peut trouver du sens sur le papier. Parce que les mots, ils sont traîtres, ils sont prêts à toutes les compromissions et se salissent au contact des autres. Lisa et Jules ne disent pas qu’ils vont faire l’amour, ils se regardent, ils s’embrassent, ils s’aiment et c’est tout. Depuis qu’ils se sont retrouvés, Lisa et Jules n’ont pas cherché à comprendre ce qui les a mis sur le chemin l’un de l’autre. Ils savent tous les deux qu’ils ne pouvaient que se rencontrer mais ne se posent pas de questions. Leur vie a été si difficile qu’ils trouvent naturel d’être né le même jour, à la même heure, au même endroit. Ils n’ont pas l’intention de gaspiller de l’énergie à se poser des questions inutiles.
Il y a en a tant qui glisseraient sur les miracles du hasard extraordinaire, des coïncidences de la vie. Ils refusent tout cela, il ne se sont pas rencontrés, encore moins retrouvés, ils ne se sont jamais quittés et n’existent que l’un à travers l’autre.
Jules et Lisa s’en moquent de comprendre ce que tant voudraient savoir. Si on les interroge, ils diront qu’ils savaient. Ils savaient l’un et l’autre.
Hier, Jules est sorti de la route, celle tracée depuis le premier jour et aujourd’hui il a pris la bonne direction. Le Jules d’hier n’existe plus, il a disparu. Il est ailleurs, dans les histoires des autres, il est dans leurs mémoires. Ils l’ont sélectionné, tous ceux qui l’ont croisé, tout ceux qui n’ont rien compris, ou pas voulu. Jules, celui dont on parle quand on est ensemble, celui qui aide à terminer les soirées d’ennui quand on a fini de parler du temps, de la hausse des prix, et de la crise de l’énergie. « Jules tu sais bien, l’allumé de la rue Michelet, qui ne sait pas où il habite ». Ce Jules-là n’existe plus. Lisa l’a gommé. Lisa est venue un soir d’été. Elle a agi comme le révélateur sur du papier photo. Tout doucement c’est apparu, au début un peu trouble, un peu flou et les traits se sont fixés, le regard est apparu. Lisa a révélé Jules. Et maintenant les autres le voient. Il est en plein jour. Il est vrai.
Ses troubles ont disparu, il se sent mieux. Il existe, les autres le voient et se sourient.
Je poursuis la publication de mon roman, avec aujourd’hui un très long chapitre…
Jules est fatigué. Il y a la vie qui lui fait mal, elle est pesante. Les autres le voient, il passe. Il est une ombre qui glisse. Les regards se taisent, n’osent pas. Jules est dans la souffrance, il en est un élément. Il y a cette boule qui navigue de l’abdomen à la gorge et cette envie de pleurer quand rien n’y prépare. Jules est une erreur, une erreur sur toute la ligne.
Jules n’aurait pas besoin de vivre, ça ne sert plus à rien. C’est trop compliqué. Le temps passe et il s’enfonce. Et parfois Jules crie, Jules hurle, il est mal dans son corps qui lui pèse. Jules a rêvé Lisa, un matin. C’était un matin pluie, et il l’a rêvée. Elle, une main qui le frôle. Elle, une odeur, une odeur de peau. Jules rêve Lisa, il sait qu’elle existe. Il l’entend, c’est comme un souffle, Jules rêve, Lisa est là, elle est en vie, il faut la trouver. Il cherche et les autres ne l’aident pas. Les autres, ils ne l’existent plus. Il est effacé, aspiré, il est dans le ventre d’un trou noir. Et ce matin, il rêve, alors il veut sortir. Il veut s’en sortir, c’est Lisa qui le dit. Elle appelle. Elle est là, quelque part derrière ses yeux. Elle est là, elle attend, elle l’attend depuis toujours, depuis l’orage.
Enfant, Jules s’était inventé un don. Il voulait offrir une montre à sa mère, une montre pour sa fête, il en rêvait. Il n’avait pas d’idées sur le modèle à choisir. Il préférait les montres avec des aiguilles plutôt que ces nouvelles machines à quartz. Les aiguilles, elles bougent, elles vivent, il passe souvent de longues minutes à observer la grande aiguille de la pendule de la cuisine. Il se sent puissant quand son regard est capable de capter l’infime mouvement, l’imperceptible frémissement. Il aime ces moments un peu creux, un peu sirupeux compris entre un presque et un déjà. Il aime ces moments où il est capable de percevoir des mouvements que d’autres ignorent.
Toutes les choses bougent, tous les objets vivent, il en est persuadé. Alors il observe et attend les yeux dans un vide qu’il est le seul à remplir, et quand les autres, ceux qui sont là pour dire ce qui est bien, le surprennent dans ces attitudes prostrées, ils le semoncent, lui conseillent de se réveiller, de devenir un autre, un comme tout le monde. Un qu’on ne remarque pas. Sa mère, si belle qu’il en a peur, le secoue et lui ne dit rien, il est ailleurs. Elle ne comprend pas le plaisir qu’il peut avoir à fixer un cadran. Il voudrait pouvoir lui expliquer qu’il cherche à voir les aiguilles des heures bouger. Il la fixe à s’en faire mal au regard.
Ce qu’il voudrait par dessus tout, ce dont il rêve Jules, c’est voir la terre tourner. Il aimerait aller jusqu’à un bord, un endroit rempli d’horizon où il pourrait s’asseoir et attendre. Pour voir, pour sentir. Parfois il calcule la vitesse, il se bourre la tête de ces nombres à vertiges qui le transportent dans des zones où comprendre rime avec souffrance. Et il ne comprend pas pourquoi il ne la voit pas tourner : quarante mille kilomètres de circonférence en vingt quatre heures, ça devrait se sentir. Alors il cherche, il attend que cela vienne. Et toujours rien. Il interroge les adultes, ceux qui doivent savoir, pour rassurer, et les réponses sont pleines de vides autant qu’il est empli d’angoisses. On lui sert toujours les mêmes rengaines, la lune, le soleil, les étoiles qu’il suffit d’observer et qui ne sont jamais à la même place. Mais lui ça ne lui suffit pas, il ne veut pas comprendre, il veut voir, il veut voir le déplacement, il veut être comme au bord du manège. Il veut voir sa mère en face de lui, à droite, à gauche et puis derrière. Quand il fait du manège, il y pense tout le temps.
Un jour il y est presque parvenu. Un jour d’amour comme il en a peu connu. Un jour où sa pompe à tendresse tournait à plein régime. C’était après les cours, il était étudiant en géographie, il avait choisi cette discipline parce qu’elle étudie du vrai. Ce jour là, quand il était sorti, il avait bien senti l’inhabituelle limpidité de l’air. Et le silence, inconvenant pour une ville de milieu d’après midi, un silence d’attente, un souffle qu’on retient avant la joie, qui bientôt explosera.
C’était un soir de novembre, il était seul comme souvent. Devant lui, quand il est sorti du tram, une femme d’âge mûr. Elle pourrait être une sœur aînée, presque une mère, mais il ne veut pas y penser, il est déjà dans une autre histoire, avec elle, il est bien à la suivre, à rester dans son sillage. Elle a fait tout le voyage sur un siège en face du sien. Par deux fois leurs pieds se sont touchés, facile avec les secousses, à chaque fois il a frémi comme s’il était tombé dans ses bras. Elle est devant, à quelques centimètres, il sent son corps qui laisse comme une trace, comme une histoire. Son corps est simple, il n’est pas enluminé de toutes ces formes académiques après lesquelles toutes courent. C’est un corps qui vit, on sent le sang qui circule. Jules ne la quitte pas des yeux, il devine qu’elle a plein d’histoires, qu’elle est une histoire à elle seule, il veut en être. Elle a des cernes sous les yeux. Elle n’a pas besoin de sourire, ni de parler. Il sait qu’elle est douce, qu’elle est sereine. Il l’a suivie sans discrétion, puis s’est approché d’elle au moment où elle entrait dans son immeuble rue de la Montat.
Elle n’est pas étonnée, ni effrayée. Il le savait, elle l’attendait, elle doit être si belle à regarder dormir. Elle pourra l’aider plus que toutes les autres, toutes celles qui jouent à ne pas le vivre. Elle s’est retournée avec un sourire.
Vous voulez quelque chose, jeune homme ?
Madame, vous savez depuis toujours je voudrais ressentir comment ça fait quand on sent la terre qui tourne, je voudrais voir savoir comment ça fait et je sais que pour y parvenir il faut être deux, enfin je crois, … Et je ne sais pas mais je sens que c’est avec vous que je vais y arriver.
Je ne comprends rien à ce que vous me dites !
Quand je vous ai vue, ça m’a fait comme un courant d’air frais et je… je sais…je sens… je suis certain que c’est avec vous que je vais y arriver.
Je ne comprends pas ce que vous racontez ! Suivez-moi vous m’expliquerez plus tranquillement chez moi.
Et Jules est monté dans l’ascenseur avec cette femme. Il lui a parlé le temps d’un trajet de cinq étages, de tout, de ses mémoires de l’orage, de la vie qui lui échappe, des autres qui ne comprennent pas qu’il s’ennuie au milieu d’eux. Elle est proche de lui, la cabine de l’ascenseur est pleine d’autres odeurs. Les odeurs d’une journée entière qui a défilé de bas en haut. Leurs corps se touchent. Quand la machine a stoppé son ascension, elle a tendu la main pour pousser la porte. Lui aussi. Et leurs doigts se sont effleurés, doucement. Le temps d’un éclair, des images. Sa main s’attarde. Leurs yeux se croisent. Il est ému. Elle est seule. Sa fille est à Paris, elle a eu le temps de lui expliquer dans la traversée du couloir qui mène à son entrée. Elle est seule, son souffle s’est accéléré. Il lui a pris la tête entre les mains, tout doucement, comme pour transporter un globe de cristal, délicatement. Et ses lèvres l’ont effleurée, presque pas de contact, une promesse et le reste qui suit, leurs corps sont impatients. Elle est petite, elle a la tête contre sa poitrine. Il l’a entendue pleurer, tout doucement.
Elle parle de sa fille. Elle est si seule sa fille, si seule elle le lui dit, elle le répète. Elle lui dit aussi que sa fille est jolie, elle le répète : « ma fille elle est jolie, elle est si jolie, si jolie ». Mais elle est partie sa fille, elle est partie, là bas, elle la désigne du regard, si loin, si loin. On sent que c’est loin ce loin, là-bas, si loin là-bas dans cette ville pour les autres.
Lisa. Lisa est à Paris. A Paris, elle le dit une nouvelle fois comme pour la rapprocher. Lisa, elle aurait voulu l’aimer. Elle dit ce prénom avec de l’amour. Jules ne l’écoute plus, il boit ses paroles. Lisa qu’il entend vivre dans les larmes de cette femme. Et ses yeux qui en disent plus. Lisa. Jules est contre elle. Timides, ils se regardent, elle veut le voir, elle a peur d’elle, du corps qu’elle ne veut plus accepter. Et lui qui l’aime, qui la caresse et ses yeux qui se ferment, les lèvres qui bougent, signe de respiration. Et la terre qui avance, qui tourne, c’est la vitesse. Il se serre contre elle. Elle est douce comme une sensation de paysage après l’orage. Et Lisa qu’on devine entre eux comme un voile.
Elle s’appelait Rose. Elle avait voulu le revoir. Jules ne comprenait pas ce qui l’attirait dans cette femme sans couleurs. Ses amis couraient après d’impossibles amours vrais.
Leur histoire aurait duré quelques mois…Ou un peu moins, ou pas du tout, peut-être le simple temps d’un trajet en bus, quelques secondes d’effleurements : il ne sait pas, elle non plus, c’était comme un temps circulaire ou les « demain je t’attends » sont des « je me souviens d’hier, la première fois ».
Jules se souvient. Il marche et il se souvient. Elle l’attendait chaque jour, ils allaient chez elle. Elle l’écoute. Il lui parle du noir, du trou qu’il a dans la tête et elle ne lui répond que si peu, juste ce qu’il faut pour qu’il y ait de la vie entre eux. Il la touche à peine. Ce qu’il aime par dessus tout c’est que leurs doigts se frôlent. On aurait pu croire, qu’ils se cherchaient, qu’ils auraient voulu plus, qu’il ait fallu plus. Ils hésitaient. Elle lui préparait à manger et le regardait se nourrir. Elle prétextait un régime pour ses rondeurs que Jules n’observait même pas. Jules il lui disait qu’elle était bien ainsi, qu’elle était vivante partout. Il lui expliquait qu’il ne comprenait rien aux galbes, aux jambes fuselées, aux seins rebondis. C’était comme en poésie, ce qui l’attirait, c’était le relâché, ce qui sortait de l’ordinaire des décomptes de vers et il lui répétait cette phrase de Ferré : « les poètes qui ont recours à leurs doigts pour savoir s’ils ont leurs comptes de pieds ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes ». « Même chose pour les femmes, celles qui ont recours à leur balance pour savoir si elles ont leur compte de tendresse ne sont pas des femmes à aimer, ce sont des bouchères… » Elle souriait de ces gentillesses d’adolescent qui s’essaie à Rimbaud et il convenait que sa comparaison était osée sinon exagérée. Mais sil avait du plaisir à lui montrer qu’il peut exister d’autres règles que celles des magazines glacés des salles d’attente. C’était rare qu’on lui parle ainsi. Il y avait bien sa fille dont elle parlait souvent comme d’une déchirure. Sa fille, à Paris, c’est si loin. Elle l’évoque avec une larme au fond des yeux, comme une absence qui fait mal.
Sa fille elle s’appelait Lisa. Elle était partie le jour de son anniversaire, à seize ans. Elle s’en souvient comme d’un hier qui n’en finit pas de s’infiltrer dans son réservoir à chagrins. C’était un anniversaire pas comme les autres. Elle explique à Jules qui n’en revient pas d’un tel hasard. Cette fille que sa mère pleure est comme lui une fille bissextile, un anniversaire tous les quatre ans. Rose lui parle de Lisa et Lisa vit dans les yeux de Rose et Jules aime Lisa parce que Rose lui explique qu’elle l’a mise au monde une nuit d’orage. Un orage en février. Et Jules qui ne lui dit plus rien quand elle lui parle de Lisa qui a peur dès que le tonnerre gronde. Rose baisse les yeux quand il dit qu’il aime l’orage et elle disparaît dans un songe quand il évoque sa mère qui ne l’écoute jamais quand il parle de son amour des éclairs.
Sa mère, la Paulette comme disent les autres. Jules parle de Paulette à Rose, elles ne se connaissent pas. Jules se souvient des paroles de Paulette. De Paulette qui lui parle de Lisa, cette petite du même âge que lui, née le même jour, tout le monde en parlait à la maternité, on dit même qu’ils avaient dormi ensemble, si petit vous vous rendez compte. Alors quand il est triste, quand il a plein de gris dans sa tête, elle se moque, elle le taquine « va donc retrouver ta Lisa ». Mais Jules ne sait pas, ne comprend pas.
Jules baisse les yeux, c’est le dernier soir avec Rose Ce soir, il a compris, il a trouvé le chemin vers Lisa. Jules aime Lisa.
Ah combien de fois ne l’ai-je entendu ce fameux : « attention à ne pas brûler les étapes ! ». Oui je sais, je le reconnais, il m’arrive parfois d’aller un peu vite, pour ne pas dire d’être pied au plancher. Mais, jamais ô grand jamais, je ne me suis permis de mettre le feu aux étapes. Je dois reconnaître, en revanche, que mettre le feu aux poudres ne me rebute pas, je le fais bien volontiers, même si d’aucun me reproche d’avoir une certaine tendance à souffler sur les braises. J’ai beaucoup de respect pour ceux qu’on appelle encore les forçats du tour de France, et chaque étape franchie, oui je le reconnais je brûle d’impatience d’être sur la ligne de départ le lendemain. Lorsque le coup de feu du commissaire de course retentit, je suis sur des charbons ardents (je dois toutefois préciser que ces départs généralement toujours enflammés je les vis tranquillement installé au fond de mon canapé). Alors oui je vous le confirme, je vous le certifie, ces étapes je les savoure, je les déguste surtout lorsque la route monte. Ah les étapes de montagne : au pied du col, tout le monde est groupé, puis soudain c’est l’explosion, les petits gabarits, tels des escarbilles, s’envolent vers les sommets. Non, définitivement non je ne brûle pas les étapes, je prends le temps et le plus souvent du bon temps, non pas que le mauvais temps n’ait aucun intérêt, mais je préfère quand même ne pas prendre le risque de chuter sur des terrains devenus glissants. Une mauvaise chute, et je vous le garantis, il vous en cuit et pour le coup c’est bel et bien la fin de l’étape…
Oui bien sûr, je suis d’accord, il faut réfléchir avant d’agir mais ce que je voudrais savoir c’est à partir de quand je puis considérer qu’il ne faut plus réfléchir et qu’il faut agir. Que se passe t’il si je réfléchis trop, ou à l’inverse pas assez ? Qui me le dit et comment je le sais ? Et admettons d’une part que je réfléchisse tout le temps avant d’agir et admettons que réfléchir est une action, cela signifie-t’-il que je réfléchis toujours avant de réfléchir ? Mais alors à quoi faut-il que je réfléchisse avant de réfléchir ? A rien me dites-vous ? Mais si je ne réfléchis à rien comment puis-je agir ?
Rêvons Ô oui rêvons du risque de joie Belle et bleue Elle roule sur la vitre de mes oublis Simple joie Jaillit dans le soudain Du tendresse matin Regarde elle brûle et brille Au coin mauve D’un œil qui glisse sur nos restes de larmes Odeurs de lilas Aux angles durs des rancœurs de l’hiver Rondissent en fleurant Elle est là Sautillante Frissonnante Fondue dans le brise chagrin Du lourd glacier de nos mémoires pour demain
Il m’arrive assez régulièrement de dire, de me dire, que ce monde est devenu fou, qu’il ne tourne pas rond. Et je regrette immédiatement mon propos et j’en viens même à m’excuser auprès de ce monde qui continue à tourner invariablement sur lui-même. Et je plonge alors dans une réflexion sur le sens qu’ont les mots et celui qu’on leur donne. De quoi parle t’on lorsqu’on parle du monde : de la terre, de cette planète qui nous abrite et qui convenons-en est ronde ou tout au moins sphérique? Oui elle est sphérique, c’est plutôt une boule. Mais on préfère quand même dire que la terre est ronde. Ce n’est pas grave, et oui n’en déplaise aux infâmes bigots et complotistes : la terre est ronde et elle tourne sur elle-même.
On appelle cela une révolution…Tiens donc, il faudra que je me penche sur ces révolutions qui durent depuis plusieurs milliards d’années…Mais revenons à ce monde qui ne tourne pas rond…Peut-être, finalement que lorsque je parle du monde il s’agit de celles et ceux qui vivent sur cette terre. Quand il n’y a personne on se contente de dire qu’il n’y a personne et plus ces personnes remplissent ce qu’on croit être le vide de cette terre plus on dit qu’il y a du monde…Et quand il y a beaucoup de monde, voire trop on ressent vite que tout cela ne tourne pas bien rond…Que font-ils, que disent-ils, où vont-ils ? Je n’en sais rien. Je ne dis rien. Moi aussi je fais, je dis, je vais et surtout je tourne en rond…
Sur le tableau noir de mes désirs d’écriture J’ai tracé quelques lettres de brumes Des mots bleus se sont envolés A tire ligne jusqu’au bord d’une blanche feuille Que j’avais attendue Une phrase est là, en suspens Une autre aussi qui l’attend Je les regarde heureux Elle se sont aimées Avec mon consentement
Le premier que j’entends me dire que tout est dans le « cloud », je l’obligerai, une fois au moins dans sa vie, à lever les yeux. Oui homme numérique, regarde bien, redresse toi : ce que tu vois, cet amas, gris, vaporeux, aux angles ronds c’est un nuage ! Oui mon ami un nuage ! Ce n’est qu’un nuage qui inspire, qui respire, qui soupire. Dans le nuage des gouttes d’eau, des perles de rêves, des espoirs. Ton nuage numérique je n’en veux pas: ne le traduis pas il pollue ma poésie et je t’en prie, je t’en supplie lorsque tu parles de mémoire fais un effort, cherche, creuse le sillon de cette vie que tu as laissée t’échapper…
Incroyable, ils se parlent ! Que tu dis-tu ? J’ai bien entendu ? Ils se parlent ! Tu me dis qu’ils se parlent ? Tu divagues…Ils ne peuvent pas se parler, c’est impossible ! Se parler, se parler, mais je rêve. Pour se dire quoi ? Oui, c’est ça, que se disent t’ils ? Est-ce que tu les as entendus ? C’est grave, il faut qu’on prévienne. Il va se passer quelque chose, tu te rends compte. Parce que s’ils se parlent, cela veut dire qu’ils ont levé la tête, qu’ils se regardent, qu’ils se voient…
J’ai un trou de mémoire… Curieuse non cette expression ? Pour ma part, j’ai plutôt l’impression quand je suis confronté à ce problème de trou qu’il s’agit plutôt d’un trou DANS la mémoire. Comme s’il s’agissait d’un panier percé. Et au bout du compte si on réfléchit un peu un trou ce n’est rien ou plutôt ce n’est que du rien, qu’un peu de vide autour de tout, d’un tout ou du plein pour ne pas dire du pain parce qu’un trou dans le pain ce n’est rien ou trois fois rien. Mais revenons à nos moutons : un trou de mémoire ne serait finalement rien ou presque rien. Et le presque est ici important : il rappelle que très souvent au bord du trou il y a un tas : le tas composé de ce qui a été extrait du trou avant qu’il ne devienne trou. Si je poursuis mon raisonnement je me dis que finalement tout est là, au bord, et qu’il suffit de chercher, de trier et alors on retrouvera bien quelque chose, pour combler le trou.
Je me relis et je me dis que tout cela n’est peut-être pas si clair, qu’il manque quelque chose, qu’il y a comme on le dit parfois un trou dans la raquette. Tout cela est bien complexe et plus j’avance plus je me dis que la solution est probablement au fond du trou.
Oui bien sûr, je suis d’accord, il faut réfléchir avant d’agir mais ce que je voudrais savoir c’est à partir de quand je puis considérer qu’il ne faut plus réfléchir et qu’il faut agir. Que se passe t’il si je réfléchis trop, ou à l’inverse pas assez ? Qui me le dit et comment je le sais ? Et admettons d’une part que je réfléchisse tout le temps avant d’agir et admettons que réfléchir est une action, cela signifie-t’-il que je réfléchis toujours avant de réfléchir ? Mais alors à quoi faut-il que je réfléchisse avant de réfléchir ? A rien me dites-vous ? Mais si je ne réfléchis à rien comment puis-je agir ?
A lire, relire, dire, répéter, apprendre, comprendre. Et tellement, tellement d’actualité
Oui ce métier est difficile. Je voudrais vous en parler librement, et ce me sera facile. A l’étape où je suis de mon expérience, je n’ai rien à épargner, ni parti, ni église, ni aucun des conformismes dont notre société meurt, rien que la vérité, dans la mesure où je la connais. J’ai lu ces temps-ci que j’étais un solitaire. Oui, si l’on veut dire que je ne dépends de personne. Non, puisque je le suis en même temps que des millions d’hommes qui sont nos frères et dont j’ai pris le pas. Solitaire ou non, j’essaie en tout cas de faire mon métier et je le trouve parfois dur, principalement dans l’affreuse société intellectuelle qui est la nôtre, où le réflexe a remplacé la réflexion, où des sectes entières se font un point d’honneur de la déloyauté, et où la méchanceté essaie trop souvent de se faire passer pour de l’intelligence.
Si l’écrivain tient à lire et à écouter ce qui se dit, il ne sait plus alors à quel saint se vouer. Une certaine droite lui reproche de signer trop de manifestes, la gauche (la nouvelle du moins et moi je suis de l’ancienne) de n’en pas signer assez. La même droite lui reprochera d’être un humanitaire la gauche un aristocrate. La droite l’accusera d’écrire trop mal, la gauche trop bien. Restez un artiste, ou ayez honte de l’être, parlez ou taisez-vous, et, de toute manière, vous serez condamné. Que faire d’autre alors, sinon se fier à son étoile et continuer avec entêtement la marche aveugle, hésitante, qui est celle de tout artiste, et qui le justifie quand même à la seule condition qu’il se fasse une idée juste à la fois de la grandeur de son métier et de son infirmité intellectuelle
Parce qu’il est préférable et plus agréable de lire ce texte inédit et surprenant, d’un seul jet, comme j’ai dû vraisemblablement l’écrire, je réunis les deux parties et pour l’illustrer j’ai même trouvé une photo que j’ai prise l’année dernière. Il s’agit de la caserne dans laquelle je me rendais quand j’ai écrit ce texte…
En 1982, il s’agissait de l »entrée du 4ème Rima
Tout avait commencé par une boule au fond de la gorge. Avec cette désagréable impression de ne plus être capable de déglutir…
Le silence qui accompagne cette angoisse physique, est un voile de brume qui enveloppe l’être tout entier.
L’angoisse n’existe pas, elle est l’existence même, et le regard acquiert cette autre faculté qu’on évite de lui reconnaître. Celle de voir l’en dedans, l’envers du chaos, comme une preuve qui s’est tapie dans un repli de toutes les mémoires.
Enfant déjà, j’avais peur : peur comme tout le monde, du noir, du vide, des rats, du tonnerre. Et j’avais peur de moi quand je me voyais tremper ma vie dans une espèce de bain d’inconscience.
La peur, je me disais qu’il fallait la maîtriser : avec de la volonté, avec du rire, beaucoup de rires, comme des plaquettes anti-mouches qu’on appose au fond de l’esprit…
J’ai toujours trouvé curieux l’entêtement que mettent les gens à ne trouver le bonheur, le bien-être que quand la mer est là, calme, que le ciel est bleu.
J’ai pour ma part éprouvé les sensations les plus fortes dans de gros orages, ou à la vue de tempêtes. La sensation que je cherche à éprouver, me procure un long frisson qui est de l’ordre de la satisfaction physique. Et pourtant elles portent en elles le germe de toutes ces morts annoncées.
Tout avait donc commencé par cette boule au fond de la gorge. Parce qu’il me fallait partir : partir pour faire l’armée… Curieux cette expression : faire l’armée ! Comme s’il y avait dans l’obligation de servir le drapeau français, durant un an, un acte de bâtisseur. Il y a ceux qui ont fait l’armée, ceux qui ne l’ont pas fait, ceux qui n’ont pas pu la faire et ceux qui n’ont pas voulu la faire. Et il y a surtout ceux qui la font, sans rien dire, comme ça, en passant, avec un peu de kaki au fond des poches…
Faire, faire : j’entends aujourd’hui les recommandations de ma professeur de français : autant que possible il faut éviter le verbe faire, peut-être même faut-il éviter de faire.
Je n’avais pas prévu ce départ, ou tout au moins je ne l’avais pas intégré avec intelligence dans mon parcours de reconstruction. J’aurais pu choisir le refus de porter cet uniforme mais je n’avais pas bougé, peut-être par paresse, peut-être plus parce que je pensais qu’il y avait beaucoup à prendre dans cet univers dont on parle tant sans ne l’avoir jamais rencontré. Un peu comme ces paradis ou enfers lointains qu’on s’envoie volontiers à la face, lors de nos si nombreuses empoignades politiques. « Allez-y voir là-bas et vous verrez bien que votre paradis, c’est bien l’enfer pour les autres ! »
La plupart du temps ce pourfendeur de l’au-delà honteux a encore les seules limites de sa propre commune, de son quartier, de sa propriété inscrites sous la semelle de ses chaussures…
Pour l’armée, ou tout au moins le service militaire, c’est souvent la même chose. Enfant, je n’avais qu’une vision brumeuse de ce que pouvait être cet univers, peut-être parce que mes proches qui ne l’avaient que trop vécu en parlaient comme on devrait parler de toutes les réalités : avec pudeur et prudence.
Ce sont ceux qui n’avaient rien vu qui en savaient le plus long…
Je n’ai jamais été un militariste forcené, loin de là, mais à travers cette angoisse terrible, celle du départ vers une autre vie, j’éprouvais des sensations si neuves, si fortes, que je les savourais avec une juste douleur…
Il faut aller voir ce qui se passe, partout où des gens vivent. C’est peut-être ainsi que bout à bout, morceau par morceau, on finira par faire d’une série d’épisodes une fresque homogène. Et pourtant j’avais peur de ce soir chaud et humide d’août en montant dans ce train sentant l’acier trempé et l’urine sèche. Je pénétrais dans un premier compartiment et dès cet instant je sus que tout avait commencé. Les fesses collées contre le skaï SNCF, j’observais ces cinq visages disposés autour de moi avec dans le regard une rigueur de cortège.
Il faisait chaud et j’avais le souvenir de ce premier plongeon que je fis quelques années auparavant. La grande rue, les rails et Héléna. Héléna si présente dans cette douleur qui commence à me vriller l’estomac, Héléna qui m’observe dans l’en dedans de mon demi-sommeil.
J’ai les jambes qui s’alourdissent. Tandis que le train s’engouffre dans cette nuit étouffante je sens mon corps qui prend une pose qui ne surprend personne parce qu’elle est le dénominateur commun de ceux qui voyagent pour aller vivre un peu plus loin cette aventure qui si souvent noie leurs yeux de larmes…
Le bruit, comme une musique, comme une obsession. Ce bruit qui rassure parce qu’il est puissant, vrai, ce bruit qui bat à l’intérieur. Je n’arrive plus à réfléchir. J’ai cessé de fournir l’effort nécessaire pour convaincre l’ensemble de mes quatre membres à prendre une attitude convenable.
Je me répands, flaque de mélancolie dans ce compartiment gluant. Je suis dans le train, dans le ventre de cette bête qui transperce la campagne plus qu’elle ne la traverse. Les autres dorment ou tout au moins leurs yeux se ferment. Mais j’entends le bruit, le bruit des rails qui dansent dans leurs têtes. Ce qui les distingue, c’est qu’eux ils connaissent, ils ont déjà vu, là-bas.
Il m’arrive parfois d’aller à la recherche d’une belle d’une vraie trace de joie dans l’armoire à souvenirs. En voilà une : une joie animale, forte. Elle réchauffe le cœur et le corps. Elle ne réveille pas mon inspiration, mais elle stimule ma respiration…
Et maintenant Maintenant tu réévalues ta dose de présent A la bourse du verbe aimer Et tu te sens mieux T’avais peur que le désespoir Rattrape la réalité qui te minait Et en face d’elle T’as brisé le cercueil Tes deux bras te servaient d’alibi Pour te tenir sur le fil de honte Qui surplombait le désespoir Venu d’en bas Et maintenant Tes deux bras lui servent De parenthèses T’avais mal dedans le corps Tant le hasard t’avait fait crier Tant le hasard t’avait fait vaincu Et maintenant Tu passes Seul avec celle qui te regarde Et t’as dévalisé la consigne Et tu tires sur tes lèvres Comme l’intoxiqué tire sur sa clope T’avales le vrai et tu vomis ta peur T’avais un trou dans la tête Qui guettait la sortie de ta folie Pour lui passer des menottes de rêve Et maintenant le temps qui te pue Est un éternel motif d’impatience Pour celle dont tu rêves Angoissé dans les murs de ton bar D’artiste sans symétrie Et il te faut trouver Un dictionnaire De mots nouveaux Promesses de vocabulaire A grammairiser Pour les joies que tu lui inventeras Il te fallait tant de choses Pour être sûr Dans ton royaume de deux Que maintenant tu t’en fous Tu poétises Et tu sais que ça transpire Peut-être l’indifférence d’habitude Mais cela ne fait rien tu continues Et ce soir t’as encore envie d’écrire Parce que ça fait un jour de plus Et t’as une boule dans la tête Une boule odeur de lassitude Qui explose à chaque sourire Qu’elle enterre en toi Chaque fois qu’elle commence Le « il était une fois » De ma soif d’impatience Avec une corde au cou, au mois elle m’a remarqué Dans cette foule de pendus Qui rêvent d’évasion En se remarquant Identique Et t’as mal dans la tête Quand elle t’observe T’as mal dans sa peur Qui vibre d’incertitude T’as mal dans sa peau qui fait Pleurer un violoniste Et quand tu la serres contre toi Tu hais encore plus Les silhouettes bureaucratisées Qui sentent déjà le dossier Qui n’est pas fini Ou qu’on va jeter….
Sur cette floraison de routes innombrables Où les pas font sonner les heures du désert, Où s’efface le vent et ses cris et ses rides, Emporté par soi-même et toujours recouvert,
Sur ces arbres scellés au ciel, à la lumière, Sur ces fontaines de sommeil, Sur ces oiseaux tombant au fond des puits d’azur Roulant de l’aile sur le silence essentiel,
Je promène mes mains, mes lèvres, ma tendresse. Je promène mes pas, ma tristesse et mon cœur. Ô ma terre, c’est toi, toi seule qui m’oppresses, Et je me sens jailli droit de tes profondeurs.
Je suis les quatre vents, je suis le champ des Cygnes Et, des bords d’Orion aux feux de la Grande Ourse, Je suis l’âme semée qui s’éprend d’elle-même, Je suis le cœur gorgé de pur.
Terre je suis tes bras, tes ombres, tes blasphèmes, Le ciel ouvert aux flots et la mer qui murmure.
Aux angles flous du soir tombant La trace d’un sourire sur les lointaines crêtes Il pose sa fraîche caresse Sur les regards brûlés par le gris monde plat Des écrans qui étouffent le rêve Un instant Un instant seulement Aime cette fleur éphémère
Il préférait les mots qui à leur simple prononciation évoquent un goût, une odeur, une forme, une sensation, une situation. Il avait commencé, depuis quelques temps, une collection de mots. Il trouvait certains mots épais, d’autres bruyants ou goûteux, comme un vin vieux qui reste longtemps en bouche… Il ne cherchait rien de précis, se laissait guider par ses sens. Il lui arrivait parfois de répéter un de ces mots, à voix haute, de s’en délecter, de le mâchouiller, de l’écouter. Puis il l’inscrivait sur un cahier qu’il feuilletait quelquefois, un sourire satisfait aux lèvres. Comme un vinophile qui plonge régulièrement dans les profondeurs de sa cave pour ausculter quelques bouteilles. Dans sa collection, il y avait les mots flacon, poisseux, balbuzard, vrille, cramoisi, taffetas, tapioca… C’était une collection inutile, qu’il ne montrait pas. Les autres n’entendaient pas les mêmes mélodies. Il en avait parlé à Armand, une fois, mais il n’avait pas été convaincu. C’était un peu tôt, il aurait fallu, pour qu’il puisse apprécier les saveurs de ces mots, attendre quelques années de plus. Au bout du compte, Marc s’était laissé convaincre et avait conclu que ce serait la meilleur façon d’utiliser intelligemment le micro ordinateur familial. On avait donc choisi la colonie Internet avec des arrière pensées éducatives. C’est encore une fois « on » qui impose sa loi. On a choisi. On. Le fameux « on » pronom personnel impersonnel de la troisième personne du singulier. Il est singulier, ce pronom qui se permet de prendre la place d’un seul ou d’une multitude. Il est singulier ce pronom qui regroupe parfois sous son anonyme dictature des foules énormes.
On avait pensé, avec ton père. (Et le on singulier, devient pluriel grâce à l’entrée en scène d’un complice qui lui donne force de loi.) On avait pensé que tu pourrais choisir cette colo à dominante informatique. On avait pensé que tu aimerais certainement t’initier à Internet. Comme on vient d’acheter un micro, on s’est dit que ça pourrait toujours te servir.
Et tout le monde est content. Ou plutôt on est content. Tant pis, si le fils ou la fille préférée aurait souhaité une colonie dominante chasse aux escargots, ou apprentissages des chants d’oiseaux. Armand, lui, n’avait pas eu la sensation d’être manipulé. Bien au contraire. On avait envoyé le formulaire d’inscription le jour même. Armand, n’a pas eu à regretter. D’une part, l’activité l’a passionné et d’autre part cela lui a permis d’élargir le groupe qu’il avait constitué avec Fanny et Virginie l’année précédente. Ils se sont rapidement retrouvés à six dans les mêmes activités. Hormis leur attirance pour Internet et la lecture de romans d’aventure, ils ont en commun de détester la plage. Surtout quand il faut se déplacer en groupe. Et plus encore, quand le groupe doit marcher en rangs serrés. Quant aux baignades, elles se déroulent à l’intérieur d’un parc que les spécialistes de l’animation aquatique appellent un périmètre. Il faut entrer dans l’eau quand l’animateur l’a décidé et en sortir quand le coup de sifflet du maître nageur a retenti. Armand et les siens sont allergiques à tous ces jeux stupides qu’on leur propose continuellement dans le but de les éduquer dans la joie et la bonne humeur. Ils sont exaspérés par les animateurs couvrant le bruit des vagues avec leurs cris stupides et par les animatrices qui n’ont d’yeux que pour les abdominaux du maître nageur, toujours entre deux sommeils. Depuis le temps, ils connaissent tous les rites des colonies. Aujourd’hui ils n’aspirent qu’à être tranquille. Ce qu’ils préfèrent, c’est qu’on sollicite leur avis. Le premier jour, le directeur adjoint, chargé de la pédagogie et des équipes de grands, explique que cette année on a décidé – tiens, encore le on – de les éduquer à la citoyenneté. Comme la plupart ignorent le sens de ce terme, il a expliqué qu’être citoyen dans une colonie c’est pouvoir choisir…
Un jour viendra ou rien n’aura été écrit On inventera une heure molle Noircie d’encre singulière Les sens auront perdu la tête Des boucles blondes de ciel Frémiront aux premiers bruits de lumière Une lourde odeur de mauve Brisera la douce brume du silence Et nous rêverons ensemble D’une longue mélodie de demains
Samedi ? Eh bien, c’est dit, je m’accorde une pause en prose. Oui bien sûr, vous me direz que peu de différences vous ne voyez, si ce n’est la modeste preuve de ma paresse, à pêcher de la rime au bout de ma ligne. C’est vrai, j’en conviens il est des jours, comme celui-ci, ou rien ne mord. Dans ma boîte à appâts j’avais ce matin, un bel échantillon : des illes, des ouches, des oules, des oins, et bien d’autres « queues de vers » toutes bien fraîches, prêtes pour la pêche du samedi. Je les ai préparées, et à mon hameçon les ai accrochées. Une première j’ai lancée. Au passage, j’avoue être assez fier du rond dans l’eau, bien plus réussi qu’un rondeau. J’ai ensuite choisi d’appâter avec une ille, car mon intention était de prendre du gros. Du gros mot évidemment ! Ciel, ça mord ! Vite, je mouline ! Déception, pas de bille, ni de quille, encore mois de grille. Autant vous dire que j’ai tenté avec une ouche, une oule, et même un petit oin et au bout de la ligne : rien ! Oh tant pis, me dis-je, c’est samedi, je fais une pause. Point à la ligne…
Pour le vendredi, Une recette osée je vous ai préparée. Une marmite à mots, Sur le feu j’ai posé, Quelques mots piquants, Dans son fond beurré, Doucement j’ai fait revenir, Une fois dorés Le feu j’ai baissé. Hum…. Ça grésille, Ça pétille, Ça frétille, Les mots sont à points, C’est le moment, Il faut pimenter… Pour commencer : Un souffle de vent, Trois pincées de brumes, Et bien sûr, j’allais l’oublier : Un chant d’oiseau… Fou l’oiseau, De préférence évidemment… Remuez délicatement… Ne brusquez pas les mots, Soyez prudent, je vous en prie… Fermez les yeux, Sentez, Ouvrez les yeux, Ressentez. Rien ne monte ? Tout est plat ? Allez, on y va ! C’est vendredi, Il faut oser. Arrosez le tout, De ce doux vin mauve Que vous gardez en réserve Depuis lundi. Et, Laissez mijoter… Jusqu’au samedi…
Non, non, pitié, Pas aujourd’hui, Je vous en supplie, Mon rire s’est enfui. Pas de jeu de mots, Pas de rimes en i. N’insistez pas, je vous le dis. Comment ? Dommage, me dites-vous ? Vous aviez de bons mots ? Eh bien tant pis, Je cède, allons-y ! Je n’en prendrai qu’un : Je le veux bref et poli. En avant mon ami, Je suis tout ouïe. Par quoi commencerez-vous ? Comment par i ? Paris ? Malheur, C’est bien ce que je dis, Comment, que me dites-vous ? Ce que je dis ? Ce que je dis, C’est jeudi… Vivement vendredi…
Ce fut une belle journée… Une belle journée, dites-vous ? Vous m’en voyez étonné, Point de soleil, Un ciel si mou… Je regrette, vous vous trompez ! C’est mon mercredi : Il sautille, Il frétille, Il grésille, Regardez, souriez, Prenez le temps, Enroulez vos droites lignes ! Les mots d’hier ne mordent plus. C’est mercredi, Vos rimes s’épuisent, Elles pleurent une pause. C’est un jour adouci, Pour les mots endormis. Ecoutez le vent des rires : Il souffle en roulant. Plumes s’envolent, Au coin d’un ciel d’enfant. Ce fut une belle journée Le grand père s’est amusé…
Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville, est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.
Tu m’attendais, Oh oui, je le sais ! Non, ne nie pas ! Je suis sorti, Je l’ai senti… Partout, je te le dis, Oui, partout, Tout fleurait si bon le mardi. Tu étais là, Droit comme un i, Fier de tes demi-gris. Ton œil clignait : Je l’entendais me dire : Regarde homme d’hier, Regarde, sans un bruit, J’ai le bord qui luit. Prends-le, écoute-le, Il brille pour toi. Oh oui, mon rond mardi, Je te le dis, Un instant, je me suis arrêté… Contre mon oreille J’ai glissé une boule de ta douce pluie, Et, fermant les yeux, Je les ai entendues, Ces larmes de nuit… Une à une, elles ont coulé Gouttes sans plis, Sur ton visage ont souri…
Ce matin, lorsque je me suis levé, j’ai eu l’agréable sensation d’avoir dormi profondément. Attention l’ordre est important et je n’ai pas dit que j’avais eu la sensation d’avoir profondément dormi, car me semble-t-il il ne s’agit pas de la même démarche (si tant est parlant de démarche qu’après avoir profondément dormi ou dormi profondément j’aie la capacité de marcher droit). Profondément, encore une histoire de trou me direz-vous ? Mais il faut reconnaître que hier soir, je suis, c’est vrai, littéralement tombé de sommeil et heureusement que j’étais déjà pelotonné dans le creux de mon lit sans quoi rude aurait été la chute. Et c’est vrai que lorsque je regarde le matelas où j’ai passé la nuit il y a bien comme un creux, une cuvette, une cavité mais pas vraiment un trou. Je dois aussi ajouter que j’ai la particularité d’avoir le sommeil lourd et ce même lorsque le soir je ne me suis contenté que d’un repas léger et qu’ainsi je prends le risque d’être réveillé en plein cœur de nuit par un petit creux. Mais je vous dois un aveu, tout cela est bien rare car j’ai le plus souvent l’estomac dans les talons et certains vont jusqu’à dire que je bois comme un trou.
Ecoute petit homme, Ecoute. Il est si beau ce monde qui ne dit rien. Il est si beau ce monde, Il te parle, c’est le tien.
Regarde petit homme heureux, Regarde ces furieux, Fanatiques, frénétiques, Ils ont le cœur électrique.
Ils préparent la prière, Hymne cathodique Aux rimes numériques, C’est le matin du malin.
Nuques raides, regards vides, Les impatients sont livides, Epuisés, lessivés, Un long sommeil les a lavés.
Ô Nuit blanche et câline, Ne t’épuise plus à blanchir Ces haines rances à mourir. Semées sur l’écran creux De leurs rêves sans bleu.
La nuit les a libérés. Il est l’heure, Affamés, ils attendent La victime par eux condamnée. Leurs mots sont prêts Ils vibrent, affutés, aiguisés, Ils vont frapper !
Pas un regard pour ton monde qui sourit. Ils attendent leurs matins numériques.
Rien ne brille, rien ne bouge
Hystériques ils cliquent, ils cliquent Ils cliquent, Et ce matin, petit homme, C’est une claque, Une claque pour les creux. Les écrans sont lisses et vides.
Les nouvelles du jour ? Parties, envolées, manipulées, falsifiées ? Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…
Le monde les voit Il pleure de cette embolie Il rit de cette folie
Mais cette nuit, petit homme, Le monde a agi. Le monde ne regrette rien Il le fallait, il l’a fait.
C’est si simple, Petit homme La poubelle était pleine, Le monde l’a vidée, Et dehors l’a laissée.
Et demain j’écrirai une page de rire Elle contera l’histoire d’un presque rien Qui remonte à la source D’un fleuve de soupirs Le ciel est bas et ouvre ses vannes Trois gouttes de peu roulent vers la lointaine mer Ma page frissonne sous l’œil du torrent Il est venu le temps de la feuille qui se tourne J’ai la plume qui sursaute Je trempe un reste de mon impatience Dans un pot de brume mauve Et pose sur sans trembler trois points d’inattention
J’irai au bout de mes rêves. En voilà une bonne, une belle idée qu’on ne peut que partager. Mais…. Car il y a un mais : qu’y aura-t-il au bout ? Je serai tenté de dire où de penser qu’au bout il y a le réveil et la dure loi de la réalité. De cette réalité propre au matin : une réalité raide, ankylosée ou ankylosante. Je ne sais quel ordre choisir. Et puis le bout, c’est la fin. Arriver au bout c’est terminer, achever, conclure, mettre un point final. Et s’agissant des rêves, ceux que je fais, qu’il me reste à faire, ceux que j’ai oubliés, ceux que je rêve de commencer, s’agissant d’eux je ne veux pas mais surtout pas aller au bout. Non, décidément non, je ne veux pas aller au bout mes rêves. Je veux plutôt les poursuivre… Poursuivre ses rêves : tiens donc qu’elle drôle d’idée ! Peut-être une nouvelle page de ce nouveau carnet.