Retrouvons Jules, qui retrouve Lisa…

Un soir Jules est entré chez lui avec de l’air frais dans la tête. Cette belle sensation qui ouvre la tête. De l’air frais dans la tête et de la lumière dans le regard.

Il est entré doucement, Lisa ne l’a pas entendu, comme souvent elle n’est pas loin de la fenêtre, à attendre, à espérer. Elle ne l’a pas entendu, il a de l’air frais dans la tête et le pas léger, comme un nuage, petit, qui coule lentement vers l’horizon. Jules est un nuage, Lisa est son soleil, il va la caresser. Elle ne l’a pas entendu tout absorbé à son travail d’attente à la fenêtre. Elle s’applique, depuis le temps qu’elle s’essaie. Jules le lui a demandé souvent : « mais qui tu attends, on ne connaît personne, on ne veut personne ? »

Mais ce soir Jules ne posera pas de question, il lui dira qu’il a trouvé, il a trouvé le passage, enfin.

Il est derrière elle, elle ne l’entend pas, elle concentre tous ses sens pour aider la fenêtre à être un sourire dans la pièce. Il entoure Lisa avec ses bras, doucement, comme une écharpe qui caresse. Lisa n’a pas peur, ne sursaute pas, elle ne connaît pas ce sentiment depuis que chaque soir elle attend Jules. Elle le sent toujours autour d’elle, il laisse des traces, des échos. Ses bras sont doux, ils sentent le dehors, ses mains sont légères, elle les sent qui l’effleurent, elle vibre, sa nuque est pleine de frissons quand il lui pose un baiser qu’elle ne connaît pas. Elle tourne la tête doucement pour ne pas froisser la beauté du moment, elle sent la fraîcheur qui déborde de son sourire.

Jules la serre plus fort, il baisse un peu la tête, et la pose sur son épaule. « J’ai trouvé Lisa, j’ai trouvé le passage. Dans ma tête c’est plein de frais, je me suis ouvert. »

Il ne serre plus Lisa, elle s’est retournée, a abandonné la fenêtre, sa fenêtre et elle regarde Jules. Il a le visage qui s’est déplissé, on dirait une clairière après une tempête. Et Jules parle, il parle à Lisa de ce passage qu’il cherche depuis tant de nuits, ce passage qui le conduit au début, à son début. Elle l’écoute, ne comprend pas tout mais qu’importe elle voit qu’il est heureux.

Et Jules explique : c’est un peu confus, il lui parle de ce qu’il fait ces derniers jours, il lui raconte ses marches, il raconte la terre qu’il a senti tourner, aujourd’hui, il a senti qu’elle tournait, ça lui a fait quelque chose de bizarre dans tout le corps, comme une décharge électrique mais en plus frais et avec un goût de vanille. Il lui raconte comme ça s’est passé, il était assis dans l’herbe, une herbe fraîche un peu grasse. Un peu plus bas un ruisseau lui occupait le regard depuis plusieurs heures, et puis soudain il a senti le mouvement, léger, comme un glissement. Il se souvient que pendant quelques secondes tout autre mouvement a cessé comme deux trains qui se croisent. Et dans sa tête il a senti que ça circulait d’un coup, comme si des bouchons sautaient les uns après les autres.

Retrouvons Jules, Jules qui se souvient de Lisa….

Jules se souvient de tous ces lendemains qu’il attendait, avec l’espoir qu’ils signifient autre chose qu’un jour qui commence. Il se souvient de toutes ces femmes qui l’ont quitté sans l’avoir accepté, sans avoir compris ce qui pourrait les retenir. Toutes ces femmes qui ne comprennent pas l’orage, qui se ferment aux premiers grondements et lui qui s’ouvre, qui attend que le premier éclair frappe.

Aujourd’hui il n’a pas de mémoire, il a bien plus, il a Lisa. Elle est là quelque part, il ne se souvient pas mais sait qu’elle existe. Elle est derrière un de ces murs auxquels il se heurte toutes les nuits quand il cherche le passage.

Lisa, elle n’existe pas, elle est une ombre qui attend que son soleil la rappelle. Lisa comme une ombre de midi, quand il fait si chaud qu’on économise le moindre geste, pour faire des réserves quand le soleil nous laisse enfin en paix.

C’est avec elle que tout a commencé. C’est avec elle qu’il a connu son premier orage. Il a un fragment d’elle au fond de lui. Il le lui a pris il y a longtemps. Il se souvient, quand il s’endort, quand le temps est lourd, quand les corps sont moites, elle est là, il l’entend, elle s’approche. Ça fait comme une pluie légère, une pluie timide qui hésite à fabriquer de la flaque. Il ferme les yeux et le noir de derrière est adouci par les couleurs qui entrent, des couleurs qui le caressent, qui lui disent de s’endormir. Quand il s’assoupit, quand il a enfin trouvé le passage, qu’il sait être arrivé au pied du dernier mur, il entend le bruit de cette mécanique, une machine qui rugit, une voix d’homme qui s’éloigne.

Et puis quand il s’enfonce encore plus profond, dans le sommeil, c’est une voix frêle, douce comme une litanie qui lui caresse les tempes. C’est une voix qui tremble, qui pleure, qui appelle.

Jules en a marre de ces épuisants voyages nocturnes. Ils se terminent toujours au même endroit, c’est un lieu gris, il le sait, il le sent, mais le matin c’est fini, il n’y a plus rien, il est seul. Il faudrait qu’il en parle, il faudrait qu’il raconte, qu’on lui tienne la main un soir d’orage. Il faudrait que tout cela cesse, il faudrait qu’il puisse vivre comme les autres.

Retrouvons Jules…et ce qu’il appelle le désordre poétique

Jules aime la beauté du désordre

Jules aime ce qui dérange l’ordre des autres. Jules aime ce qui n’a ni début, ni fin. 

Jules aime ce qu’il appelle la beauté du désordre poétique. Les objets sont heureux des espaces qu’on leur laisse. Jules aime les objets quand ils vivent, quand ils sont libérés des contraintes du rangement où la seule règle admise est la perpendicularité.

Jules a mal à la mémoire. Depuis le plus jeune âge, il essaie de trouver le fil, remonter au début, là où tout a commencé. Il cherche l’endroit mystérieux, magique où la première histoire s’est enregistrée : son histoire, le commencement de son histoire. Il essaie de se frayer un passage. Parfois il trouve des voies, rencontre des obstacles, parfois des chemins dégagés et c’est comme un courant d’air frais qui lui entre dans la tête. C’est comme quand on vit, on sent qu’on y est, là dans le vrai, dans le souffle d’un cœur qui bat, si fort, si beau.

Le plus fréquemment c’est aux murs qu’il se heurte, les hauts murs dont il ne distingue pas la cime. Alors dans son demi-sommeil, il recule, il revient, perd le fil et s’endort avec l’espoir d’une issue, d’une réponse, dans un rêve. Et chaque matin c’est la même chose, c’est une pagaille effrayante, pas de logique, pas de bout, pas de commencement : il n’y comprend rien : comme s’ils étaient plusieurs à rêver aux carrefours de plusieurs vies.

Jules n’a pas de mémoire, il en a plusieurs. Elles s’ajoutent et se mélangent. Elles ne lui appartiennent pas, il les a empruntées à d’autres. Toujours au même moment, toujours à cause de l’orage. Il essaie de le croire, il y a tant de choses dans sa boîte à images, tant de traces laissées par d’autres vies. Certains appellent cela les rêves, ces histoires qui s’invitent la nuit. Jules ne croit plus à cet imaginaire-là, il est sûr que ce qui arrive dans sa tête c’est de l’existence, c’est de la vie qui s’est imprimée. Elle est entrée là chez lui au contact des autres. 

Jules et Lisa se retrouvent…

…Aujourd’hui Jules s’est réveillé avec la réserve à gaieté pleine à craquer. Il a des sourires d’avance, et sait ainsi qu’il pourra puiser dans son garde tendresse quand Lisa lui reviendra.

Jules déborde de bonheur aujourd’hui car il sait que ce soir Lisa reviendra. Il a reçu une carte postale, hier, toute simple en provenance d’Italie, d’un village des Pouilles. Un village entre ciel et mer. Lisa lui dit : « je serai à Saint-Etienne demain, viens me chercher au TGV de 21 h 53.

21 h 53, cette heure est jolie, pas tout à fait ronde comme Jules les aime habituellement. Cela vient peut-être du chiffre impair, il trouve les pairs plus ronds, plus tendres. Mais aujourd’hui il oublie ses principes, 21 h 53, jamais il n’aurait pensé qu’une pareille heure puisse exister. A compter d’aujourd’hui, il ajoutera au lexique du temps qui passe l’heure Lisa, et chaque jour, il se le promet, il ne dira pas : « il est 21 h 53, mais il est       Lisa qui revient ». Il est Lisa et alors il sentira les heures qui enrobent cette heure magique faire comme une caresse.

Toute la journée, il s’est préparé, toute la journée il a imaginé ce que serait son retour. En fin de matinée il est même allé sur le quai de la gare pour vérifier l’existence, l’existence de ces lieux qui en verront deux s’aimer ce soir, l’existence de ce temps, de cette heure. Il la voit, elle est là, elle existe, elle est écrite : 21 h 53, TGV en provenance de Paris gare de Lyon. C’est bien vrai, mais il a envie de plus, dire aux contrôleurs, il faut ajouter : « train spécial, spécial Lisa, spécial Lisa qui revient ».

Et l’après-midi il la passe à s’adoucir le visage dans le miroir, à se questionner, sur ce qu’il lui donnera à voir, à espérer. Chaque minute qui passe le conduit à plus d’impatience. Ce sont des minutes pétillantes. Il tourne comme un lion en cage, sur le balcon il observe les gens qui passent dans la rue, il les observe et ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas gais eux aussi. Ils ne savent pas, ils ne savent pas que Lisa revient. Elle revient.  Ce soir, elle sera là. Le vide sera enseveli sous leurs baisers.

Jules est arrivé à la gare avec vingt minutes d’avance. Il veut s’imprégner du décor, il veut que lorsque Lisa descendra du train, qu’elle posera le pied sur le quai, elle le voit, elle le sente partout. Il veut inonder la gare de sa présence. Alors il fait les cent pas, il se tord le cou à vérifier le tableau lumineux, accroché si haut. 21 h 53, toujours affiché, voie C. Dans quelques minutes elle sera là. Il la regardera d’abord de loin, et puis il baissera les yeux jusqu’à ce qu’elle approche, pour pas qu’elle voit les larmes, ou plutôt qu’elle les devine. Et quand elle sera arrivée à sa hauteur, quand il sentira l’odeur de ses cheveux brillants, il tendra les bras et leurs mains se toucheront, parce qu’elle fera pareil et doucement et tout doucement, ils relèveront la tête jusqu’à ce que leurs yeux se jettent dans la bataille du regard. Et il y aura des milliers de mots et encore plus dans cet instant suspendu. Ils s’approcheront l’un de l’autre, et leurs lèvres se toucheront, à peine, juste pour établir le contact, comme deux vaisseaux qui s’arriment dans l’espace. Puis le courant passera, le sang circulera, entre les deux et ça vibrera de partout. Jules aura mal au ventre, à la mâchoire, Lisa aura les paupières endolories, de ne pas avoir dormi toutes ces dernières nuits et ils se serreront fort, si fort, qu’ils ne seront plus qu’un sur le quai.

Le train est à l’heure, Jules n’a plus aucune goutte de salive dans la bouche. Il s’épuise à fabriquer l’arrivée de Lisa. Le TGV en provenance de Paris gare de Lyon est annoncé voie C. Jules ne sait de quel wagon elle sortira. Il s’est posé au centre de la rame.

Il l’a vue le premier, elle est petite, son visage comme un scintillement dans la grisaille de ce quai un peu désert…

Il est temps de découvrir Lisa,

Maintenant que nous connaissons, un peu, Jules, faisons la connaissance de Lisa. Jules en parle si souvent…

Ce sont de courts extraits d’un roman, que je suis en train de retravailler…

Lisa est en retard. Trente ans que cela dure. Prévue pour la fin janvier elle est arrivée à la mi-février. Tous s’en souviennent, à cause de l’orage exceptionnel à cette période de l’année. Sa mère le lui a tellement raconté. Quand elle ferme les yeux elle croit voir les éclairs à travers les vitres de la maternité. Rose se lève, elle a peur, elle appelle parce que son bébé n’est pas là. On le lui a pris tout à l’heure il est dans la nurserie avec tous les autres.

Aujourd’hui comme tous les jours Lisa court pour attraper le bus. Le PC comme on dit dans le quartier et dans le tout Paris du transport, la petite ceinture. Elle le prend porte de Brancion. Il est bondé.  Elle ne regarde même plus sa montre, elle attend. Elle attend que le retard augmente. Elle sait que porte de Saint-Cloud son compte sera à découvert de quelques minutes supplémentaires. Ces minutes qui s’empilent chaque jour, elle ne les compte plus. Elles s’accumulent par petits paquets. Au début elle n’y prêtait pas garde. Ce n’était rien, rien que du temps qui passe un peu vite.

Désormais quand elle rentre le soir, qu’elle éclaire le petit couloir sombre, son premier geste est de s’approcher du miroir. Elle observe, elle se scrute. Il y a quelques années, quand les paquets de minutes accumulés dans les bus de banlieues étaient encore de taille raisonnable elle n’hésitait pas à s’avancer vers son reflet, jusqu’à l’effleurer. Aujourd’hui elle s’éloigne, elle ne veut pas voir les marques de ce temps qui bousculent le visage.

Elle est si fatiguée de cette course qu’elle n’en finit plus de perdre. Chaque matin elle se dit qu’aujourd’hui sera meilleur et puis tout recommence, comme avant, comme au début.

Elle a tout essayé, elle s’est soignée, est même allée voir un psychanalyste. Il n’a pas compris ce qu’elle racontait. Elle lui disait sa peur du noir de la nuit, de l’orage et lui parlait d’une mère, d’une autre mère qu’elle aurait voulu avoir. Elle lui avait parlé de sa naissance qu’on lui avait tant racontée. Il ne l’écoutait plus, il comptait. Elle avait perdu quinze jours. Il fallait qu’elle les rattrape, pour que sa mère lui pardonne cette souffrance supplémentaire. Elle se souvient, sa mère qui la presse, qui lui demande de se dépêcher, tous les jours, comme une obsession : « tu vas encore être en retard ! » Comme toujours.

Mais elle, elle veut prendre le temps, elle veut prendre le temps de déguster, de saliver. Le temps, elle aime quand il bat en elle comme un autre cœur, elle aime quand il est bien au chaud au fond de son corps. Elle veut rester là les yeux fermés à se dire que c’est ça la vie, que chaque jour est un merci. On explose d’un bonheur tout simple, on est vivant on est là au milieu des autres. Les autres qui ont un cœur qui bat. Lisa aime la bataille qu’elle livre contre le temps. Elle sait qu’elle va perdre. Il l’aura par surprise, lui laissera croire jusqu’au dernier moment que la victoire est proche pour mieux l’achever au dernier moment. Et quand elle sera prête, presque en avance, il deviendra ce cruel ennemi qui vous fabrique de l’imprévu parfois, du stress le plus souvent.

Continuons d’aller à la rencontre de Jules…

Jules est fatigué. Il y a la vie qui lui fait mal, elle est pesante. Les autres le voient, il passe. Il est une ombre qui glisse. Les regards se taisent, n’osent pas. Jules est dans la souffrance, il en est un élément. Il y a cette boule qui navigue de l’abdomen à la gorge et cette envie de pleurer quand rien n’y prépare. Jules est une erreur, une erreur sur toute la ligne.

Jules n’aurait pas besoin de vivre, ça ne sert plus à rien. C’est trop compliqué. Le temps passe et il s’enfonce. Et parfois Jules crie, Jules hurle, il est mal dans son corps qui lui pèse. Jules a rêvé Lisa, un matin. C’était un matin pluie, et il l’a rêvée. Elle, une main qui le frôle. Elle, une odeur, une odeur de peau. Jules rêve Lisa, il sait qu’elle existe. Il l’entend, c’est comme un souffle, Jules rêve, Lisa est là, elle est en vie, il faut la trouver. Il cherche et les autres ne l’aident pas. Les autres, ils ne l’existent plus. Il est effacé, aspiré, il est dans le ventre d’un trou noir. Et ce matin, il rêve, alors il veut sortir. Il veut s’en sortir, c’est Lisa qui le dit. Elle appelle. Elle est là, quelque part derrière ses yeux. Elle est là, elle attend, elle l’attend depuis toujours, depuis l’orage.

Enfant, Jules s’était inventé un don. Il voulait offrir une montre à sa mère, une montre pour sa fête, il en rêvait. Il n’avait pas d’idées sur le modèle à choisir. Il préférait les montres avec des aiguilles plutôt que ces nouvelles machines à quartz. Les aiguilles, elles bougent, elles vivent, il passe souvent de longues minutes à observer la grande aiguille de la pendule de la cuisine. Il se sent puissant quand son regard est capable de capter l’infime mouvement, l’imperceptible frémissement. Il aime ces moments un peu creux, un peu sirupeux compris entre un presque et un déjà. Il aime ces moments où il est capable de percevoir des mouvements que d’autres ignorent.

Toutes les choses bougent, tous les objets vivent, il en est persuadé. Alors il observe et attend les yeux dans un vide qu’il est le seul à remplir, et quand les autres, ceux qui sont là pour dire ce qui est bien, le surprennent dans ces attitudes prostrées, ils le semoncent, lui conseillent de se réveiller, de devenir un autre, un comme tout le monde. Un qu’on ne remarque pas. Sa mère, si belle qu’il en a peur, le secoue et lui ne dit rien, il est ailleurs. Elle ne comprend pas le plaisir qu’il peut avoir à fixer un cadran. Il voudrait pouvoir lui expliquer qu’il cherche à voir les aiguilles des heures bouger. Il la fixe à s’en faire mal au regard.

Et si nous retrouvions Jules…

Jules aime que Lisa l’écoute lui raconter ses émotions, il aime que ses doigts bougent quand il hausse le ton pour lui parler de sa palette de couleur qu’il garde au fond de lui depuis petit.

Il lui a parlé de ses promenades d’adolescent, rue des aciéries, le long du laminoir, pendant que les autres, ceux de son âge, s’abîment la tendresse dans de brèves étreintes de fond de garage. Il lui raconte ses moments de solitude à la recherche de cocktails de sensations. Il est le long des murs, gris, et les machines grincent dans une odeur de copeaux d’acier légèrement huilés, comme il les aime. Il aime s’emplir les narines des effluves graisseuses que les autres rejettent avec dégoût. Lisa est amusée mais ne le montre pas. C’est une tendre moquerie bien différente du sarcasme des autres, de ceux qui traversent la vie comme on va au supermarché en déambulant au milieu des rayons de lessive qui exterminent le gris.

Il lui a raconté la sirène, celle qui hurle quand il est au fond de son lit. C’est le matin et il y a le pas lourd des ouvriers, de ceux que le cri de la ville qui souffre a sorti de la chaleur, le pas lourd qui résonne en dessous de la fenêtre de sa chambre et lui qui s’enfonce sous les couvertures parce qu’il est bien, parce qu’il sait que dehors il y a la vie qui commence. Et l’odeur du café qui suit, qui lui excite les narines. Jules, il est comme ça avec Lisa, il n’en finit plus de lui offrir des morceaux de ces histoires qu’il a accumulées. Elle l’écoute, elle est bien, ne pose pas de questions. Elle l’aime. Elle aime.