Où l’on comprend que Jules aimait l’orage…

Aprés Anton, Marc, Marcel, découvrons Jules, personnage clé de mon troisième manuscrit sur lequel je travaille encore… Son titre ? Un orage en février…. Je vous en propose quelques extraits.

Jules aimait l’orage. Quand les premiers éclairs embrasaient le ciel, il sortait et attendait. Les premières gouttes étaient les meilleures. Chaudes, garnies d’odeurs, quand elles le touchaient, il frémissait.

Aux premiers grondements de tonnerre, il frissonnait. Il ne savait plus où donner des sens. Il aurait voulu s’inventer une partie du corps qui puisse voir, sentir, entendre et toucher. Tout en même temps. Il aurait voulu être le prolongement de cette terre qui le soutenait. Et rester nu, sous la pluie battante, sentir l’eau du ciel contre sa peau, en voyage vers le sol.

Mais il ne fallait pas, il y avait les autres. Il y avait la peur. Il y avait ceux de derrière les carreaux. Ils ne supportaient l’eau que lorsqu’elle circule dans des tuyaux, qu’elle se mélange aux savons aux odeurs inventées. Ils l’auraient cru fou, définitivement.

Ce soir Jules se souvient de tous ces soirs d’été. Il se souvient de l’herbe. Il s’y roulait, juste avant la pluie, quand elle attend, quand elle s’apprête à recevoir des armées de gouttes. C’était une herbe coupante, recroquevillée, comme un tapis avant le combat. Il se couchait et fermait les yeux.

L’orage est passé…

L’orage est passé, l’étau se desserre,

On regarde le noir qui s’enfuie et s’efface.  

Les couleurs respirent, les verts sont en fête.

Le gris s’est étouffé à vouloir les avaler.

La lumière explose.

Sourire d’enfant au milieu d’un bouquet de rides,  

Demain sera sans le vent mauvais

Qui soulève des poussières de laines.

Légères elles se sont envolées, pas une qui ne s’est accrochée

Au fil qu’on dit barbelé.  

Demain soufflera un vent meilleur,  

Empli de cette douce lumière

Qu’on respire à plein regards.

L’orage est passé, les corps se sont approchés. 

Du puits si sombre, jaillit la lueur.

Deux mains se sont liées,  

Demain ce sera l’été.

Orages de juillet…

…La lumière est plus basse, les premiers nuages naissent, ils se forment. On sent des trous de fraîcheurs qui s’installent au-dessus des têtes. Des oiseaux effrayés s’éparpillent sans réfléchir. Puis  les nuages n’enflent plus, ne s’élèvent plus. Ils ont éliminés l’horizon. Ils  s’étirent,  s’étalent. Plus rien ne les empêche de se rassembler aux quatre coins, là où le regard peut se poser.

Au sol, il y a  ce noir qui tombe par plaques lourdes de ce sombre qui repousse les derniers éclats d’un soleil qui en a trop fait aujourd’hui.

En quelques heures, la chaleur est oubliée. L’angoisse monte. Une angoisse emplie des respirations qui se retiennent. C’est la crainte de ceux qui ont peur, de ceux qui ont appris l’orage comme une colère, comme une punition. Ils attendent. Ils regrettent les brûlures du soleil qu’ils maudissaient après déjeuner. Ils auraient pu patienter, supporter.

Vu d’en haut, c’est comme une étendue de silence, on dirait une mer d’huile qui se prépare aux déchaînements. Il y a des yeux qui cherchent le premier éclair, le signe du départ, du début. Les portes se ferment, les rideaux se tirent, les lèvres se pincent, les mâchoires se crispent. C’est la peur qui déroule, qui enfle…