Un orage en février, suite…

Et puis il y a eu l’envie de partir. Jules est allé attendre Lisa. Elle ne le sait pas. Il l’a attendue longtemps, si longtemps qu’il aurait pu abandonner. Il ne connaît pas ses heures de sortie. Quand il a envie d’elle, de la voir, il y va et il attend. Jules ne dit même pas qu’il attend, il dit je l’aime, je prépare l’espace, le temps, tous ces vides d’elle à remplir pour l’accueillir. Jules veut que lorsqu’elle arrive, elle puisse sentir l’amour partout, sur sa peau, dans l’air qu’elle respire.

Je veux qu’elle sache que chaque fois que je l’attends, je lui fabrique un monde pour le lui offrir. Aujourd’hui Jules aime Lisa depuis le début du jour. Il l’aime et Lisa ne vient pas. Alors Jules attend, il est capable de ne pas bouger, d’être concentré sur ce qui se produira lorsqu’elle apparaîtra. C’est si simple.

Quand elle est sortie, il a eu ce serrement de gorge, comme à chaque fois, cette hésitation entre le sourire et les larmes. Aujourd’hui il ne s’entête pas et c’est les deux à la fois. Lisa n’est pas seule, il y a la pluie qui s’est invitée. Elle est chaude, sensuelle, et derrière il y a les nuages qui noircissent. Lisa est en sourire, elle a les yeux qui appellent.

Pas un mot entre eux, il est là depuis le matin. Et puis un effleurement, à peine, comme une décharge. La peur du plus loin.

Jules a envie de rouler, vers l’orage. Lisa ne dit rien. Il y a Jules qui l’aime sans rien dire avec sa folie. Elle est si prête de lui. Jules conduit, il ne sait pas où il va, il ne lui a rien dit et elle ne s’étonne de rien. Elle sait qu’il est inutile d’attendre qu’il lâche quelques mots.

Jules ne sait pas. Il ne sait pas ce qu’il faudrait qu’il dise, ou qu’il fasse pour que ça circule mieux dans sa tête, pour que chaque mot, retrouve sa place. Jules a toujours le sourire coincé entre deux sanglots, il ne sait pas, il cherche le vrai, il cherche ce qui fait que les autres le reconnaissent. Là, à cet instant, il sait sur quoi il peut compter pour se prouver qu’il y a de l’existence dans ce moment, dans ce mouvement, il le sait, il le sent.

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