Un orage en février,…

Jules et Lisa se tiennent par la main. Doucement, légèrement, c’est un effleurement, une hésitation de bouts de doigts. Ils aiment sentir le peut-être, le presque, et ils sont bien. Ils ne sont pas restés à Paris, si peu, rien à y faire, tout est si fini dans cette ville. Ils cherchent un quelque part où ils puissent se fabriquer une provision de débuts, une réserve de commencements. Ils ont tant à attendre de ce qu’ils ne savent pas encore, il leur faut de l’air, de l’espace et du temps au milieu de tout. Jules a dit : « je n’aime pas Paris, je n’aime pas la ville, je n’aime pas la ville quand elle ne me dit plus rien, je veux la mer, je veux qu’on se tienne la main sur une plage, qu’on se fatigue le regard à regarder le bout, le bout de là bas, de l’autre côté ; et Lisa a répondu qu’elle voulait bien voir la mer avec Jules.
Elle le lui a dit « je veux bien voir la mer avec toi ». Alors elle est montée dans la voiture et a dit à Jules : « pour voir la mer, il faut que tu démarres ». Et Jules s’est senti bien de savoir où il allait. Pour voir la mer il faudra rouler trois heures, pas plus.
Et maintenant ils y sont. Ils sont entièrement occupés à regarder et Jules demande à Lisa si elle a déjà vu la terre tourner. Lisa sourit à Jules, à Jules qui veut voir la terre tourner. Elle sait qu’il en rêve, elle sait qu’il en a besoin, comme la preuve qu’il y a quelque chose de vrai, qu’on peut vérifier.
Alors ils se sont assis, les genoux groupés sous le menton les yeux attentifs, le souffle retenu. Jules a dit à Lisa que si tout était calme en eux, alors ils sentiront le mouvement, la vitesse. Lisa a fermé les yeux, doucement, sans faire d’effort, deux ailes de papillon sur le bord du regard. Elle a fermé les yeux et elle s’est sentie bien. Jules est là, tout contre elle, il attend de sentir que la terre tourne, il le sait, c’est possible, plusieurs fois il a éprouvé ce magnifique bonheur de la vitesse et du temps qui passe, qui lui traverse le corps. Lui aussi a les yeux clos, il est bien, tout est si doux, la mer donne le tempo, alors il sent comme de la fraîcheur qui lui coule dans les veines, une fraîcheur parfumée, de matin d’été, il la sent, et puis il tremble un peu, il n’a pas froid c’est l’émotion de ce qui va se produire. Ses yeux n’existent plus, ils ne sont plus qu’une trace de ses anciens regards, et les images défilent, il le sait, il l’attend, ce n’est pas la première fois. Mais aujourd’hui c’est différent, il n’est pas seul, il partage le moment, c’est doux.
Lisa est à côté, elle est partout, autour, dans son espace, dans son histoire, elle est partout. Il fallait la retrouver, il la savait depuis toujours, il savait qu’elle était là dans ses petits espaces de rien qu’il était le seul à connaître. Lisa qui a accepté d’attendre avec lui, qui lui a donné un sourire quand il a voulu sentir la terre tourner.

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