
Le temps est à l’aboiement : intempestif, agressif. On ne s’exprime plus, on réagit, on commente. Sans nuances.
On passe les paroles de l’autre au tamis de la haine ordinaire. Quant à ses propres mots, on ne va pas les chercher dans une cave tempérée, on ne prend pas le temps de les choisir, de les accorder avec le propos en cours : non on préfère tirer une vieille vinasse poisseuse, aigre, aimée par les spécialistes de l’aigre ressentiment.
Les mots on ne les affûte plus sur la pierre poétique : oh non, on les choisit épais, grossiers. Il faut qu’ils déchirent, il faut qu’ils abîment, qu’ils blessent.
Fini le temps des idées, des points de vue, des opinions, des convictions, qu’on exprimait avec la belle tempérance que permettent le doute, le respect, les saines émotions, les belles passions. Non, aujourd’hui, on sait, on classe, on enferme, on affirme et on condamne, sans attendre, sans entendre, sans comprendre.
Bref dans ce monde sourd où personne ne s’écoute, le tumulte des aboiements me désole, pire, m’attriste.
Alors je prends le temps de choisir quelques mots, de les assembler avec leurs consentements et de vous les offrir comme un bouquet de respiration…
27.08.2026
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