Ah combien de fois ne l’ai-je entendu ce fameux : « attention à ne pas brûler les étapes ! ». Oui je sais, je le reconnais, il m’arrive parfois d’aller un peu vite, pour ne pas dire d’être pied au plancher. Mais, jamais ô grand jamais, je ne me suis permis de mettre le feu aux étapes. Je dois reconnaître, en revanche, que mettre le feu aux poudres ne me rebute pas, je le fais bien volontiers, même si d’aucun me reproche d’avoir une certaine tendance à souffler sur les braises. J’ai beaucoup de respect pour ceux qu’on appelle encore les forçats du tour de France, et chaque étape franchie, oui je le reconnais je brûle d’impatience d’être sur la ligne de départ le lendemain. Lorsque le coup de feu du commissaire de course retentit, je suis sur des charbons ardents (je dois toutefois préciser que ces départs généralement toujours enflammés je les vis tranquillement installé au fond de mon canapé). Alors oui je vous le confirme, je vous le certifie, ces étapes je les savoure, je les déguste surtout lorsque la route monte. Ah les étapes de montagne : au pied du col, tout le monde est groupé, puis soudain c’est l’explosion, les petits gabarits, tels des escarbilles, s’envolent vers les sommets. Non, définitivement non je ne brûle pas les étapes, je prends le temps et le plus souvent du bon temps, non pas que le mauvais temps n’ait aucun intérêt, mais je préfère quand même ne pas prendre le risque de chuter sur des terrains devenus glissants. Une mauvaise chute, et je vous le garantis, il vous en cuit et pour le coup c’est bel et bien la fin de l’étape…
Je sais bien que les chemins marchent Plus vite que les écoliers Attelés à leur cartable Roulant dans la glue des fumées. Où l’automne perd le souffle Jamais douce à vos sujets, Est-ce vous que j’ai vu sourire ? Ma fille, ma fille, Je tremble.
N’aviez vous donc pas méfiance de ce Vagabond étranger Quand il enleva sa casquette pour vous demander son chemin vous n’avez pas parue surprise Vous vous êtes abordés comme coquelicot et blé. Ma fille, ma fille Je tremble
La fleur qu’il tient entre les dents Il pourrait la laisser tomber S’il consent à donner son nom A rendre l’épave à ses vagues Ensuite quelqu’ aveux maudits Qui hanteraient votre sommeil, Parmi les ajoncs de son sang Ma fille, ma fille Je tremble
Quand ce jeune homme s’éloigna Le soir mura votre visage Quand ce jeune homme s’éloigna Dos vouté front bas et mains vides Sous les osiers vous êtiez grave Vous ne l’aviez jamais été Vous rendra-t-il votre beauté? Ma fille, ma fille Je tremble
La fleur qu’il gardait à la bouche Savez vous ce qu’elle cachait père Un mal pur bordé de mouches Je l’ai voilé de ma pitié Mais ses yeux tenaient la promesse Que je me suis faite à moi même Je suis folle Je suis nouvelle C’est vous mon père qui changez.
Dans le coin sombre d’une journée ordinaire Une boule de triste silence s’est endormie La foule des bruyants passait Regard levé Pas pressé Pas un pour lui parler Et doucement la rassurer Pas un pour murmurer Ne crains rien petite Ne crains rien Tu verras on va t’aider Tu verras on va t’aimer Et ton chemin vers un long demain Tu trouveras Petite boule a souri Un chant, un cri, un souffle Tous sont réunis Oh petite boule notre amie
…La lumière est plus
basse, les premiers nuages naissent, ils se forment. On sent des trous de
fraîcheurs qui s’installent au-dessus des têtes. Des oiseaux effrayés
s’éparpillent sans réfléchir. Puis les
nuages n’enflent plus, ne s’élèvent plus. Ils ont éliminés l’horizon. Ils s’étirent,
s’étalent. Plus rien ne les empêche de se rassembler aux quatre coins,
là où le regard peut se poser.
Au sol, il y a ce noir qui tombe par plaques lourdes de ce
sombre qui repousse les derniers éclats d’un soleil qui en a trop fait
aujourd’hui.
En quelques heures, la
chaleur est oubliée. L’angoisse monte. Une angoisse emplie des respirations qui
se retiennent. C’est la crainte de ceux qui ont peur, de ceux qui ont appris
l’orage comme une colère, comme une punition. Ils attendent. Ils regrettent les
brûlures du soleil qu’ils maudissaient après déjeuner. Ils auraient pu
patienter, supporter.
Vu d’en haut, c’est
comme une étendue de silence, on dirait une mer d’huile qui se prépare aux
déchaînements. Il y a des yeux qui cherchent le premier éclair, le signe du
départ, du début. Les portes se ferment, les rideaux se tirent, les lèvres se
pincent, les mâchoires se crispent. C’est la peur qui déroule, qui enfle…