Gouttes…

Je n’y vois goutte, drôle d’expression. A travers la vitre crépie d’une humidité matinale ce que je distingue c’est une flaque de timide lumière. Elle essaie de me parler, de me dire que les larmes de la nuit vont sécher, qu’un peut-être soleil lisse me réveillera d’un bref et chaud clin d’œil. Je suis à une goutte de l’espoir…

Trous de mémoire…

Il y a un vide dans le casier à bouteilles de mes souvenirs

Trou de mémoire

Trou noir

Je cherche et bien sûr ne trouve pas

Tout est si bien rangé

Peut-être un trou d’air

Et le souffle d’un vieil air

Emplit le vide des mauvais hiers

Ceux qui sentent le mauvais vin

L’aigre poussière oubliée

Je cherche sans peur

A tâtons mes mains effleurent de vieilles toiles

Les araignées de mes angoisses ont tissé des fils

Je trouve une entrée vers ce presque rien

J’y risque un œil puis deux

Je n’ai plus peur

De la main qui tremble je saisis dans mon casier

Un chiffon doux

Il nettoie en riant les poussières oubliées

18 décembre

« Les demoiselles de Ponteau » : une de mes nouvelles remporte un prix…

Les demoiselles de Ponteau ce sont ces quatre grandes cheminées à Martigues. Elles ont été la source de mon inspiration pour l’écriture d’une nouvelle que j’ai proposée à un concours organisée par la médiathèque Louis Aragon.

C’est une nouvelle policière, une nouveauté pour moi, et je viens d’apprendre que j’avais remporté l’un des prix, celui de la « restitution d’un pan d’une histoire peu connue de Martigues »….

Dans les prochains jours je publierai cette nouvelle..

Onfkkk…

Envie de republier cette micro nouvelle… Peut-être parce que c’est la saison…

Il neigeait fort depuis plusieurs heures. Le silence prenait de plus en plus de place, tout était étouffé, amorti, pas le moindre craquement. C’était l’empire du coton. Il n’était pas sorti, préférant la chaleur de la cheminée, à l’avance épuisé à l’idée d’enfiler chaussettes, bottes, pulls et manteau. Bref il hibernait. Parfois il tirait un peu le rideau, pour constater l’avancée du blanc. C’est tout. Tout était simple.
Soudain un long craquement, comme un journal qu’on déchire. Il regarde le feu, ce n’est pas d’ici que cela vient. Cela craque de plus en plus, cela crépite même. Il y a peut-être des branches qui ployant sous le poids de cette neige lourde n’ont pas résisté. Non ce qui est curieux c’est que cela craque tout doucement, puis cela s’accélère. En fait ça grince, comme quand on est sur un port et que le vent s’engouffre dans les mâts. Comme quand on est en mer….
Il reste là, devant les braises, toujours intrigué par les ces sons qui tanguent et qui roulent. Il faudrait qu’il aille voir. Il pense à la mer et sourit. Il sourit pour se moquer de lui-même : être capable d’entendre la mer, même ici montagne… Certes ce n’est pas très haut, mais c’est la montagne quand même. Il va sortir. Pour voir, pour entendre.
Il met beaucoup de temps à s’habiller, il n’est pas pressé de se confronter à ce qui ressemble de plus en plus à une tempête de neige. Il n’a pas peur. Pourquoi aurait-il peur ?
Il est à l’extérieur, il fait le tour de la maison, pas très rapidement, il s’enfonce, le son des bottes quand il lève la jambe et qu’elles s’extirpent de la couche de neige fraîche est magnifique, c’est un son épais, un son qu’on pourrait écrire. Tiens s’il devait l’écrire il écrirait « onfk ». Oui c’est bien ça « Onfkkkkk ».
Il a fait le tour. Derrière chez lui, c’est une forêt avec de grands sapins. Une fois on lui a dit ou il a lu quelque part que ces sapins ont le tronc si droit qu’autrefois on venait les couper pour en faire des mâts. Des mâts pour les bateaux de la marine royale…
La mer, toujours la mer… Il faudrait qu’il arrête de la voir partout. Il est devant la forêt. Les mâts sont dressés. Ils sont noirs dans le soir qui tombe. Les branches si blanches font de belles voiles. Quand ils ferment les yeux, il sent les embruns qui lui fouettent le visage. Il est bien, c’est salé.
« Onfkkkk », une mouette s’est envolée quand il s’est avancé. Elle a ri de tout ce blanc, il l’a regardé planer. Il est bien, il est rentré.

Mémoires…

Revenir sur les traces encore chaudes

De

Mémoires…

Revenir sur les traces encore chaudes de mes longues attentes aux odeurs ferroviaires.

Sentir à nouveau les étranges odeurs du métal crissant

Revoir les grises silhouettes dans l’engouffrement de l’impatience

Entendre les lentes plaintes d’un temps souterrain

S’écouler dans le fleuve charriant les débordements de nos précipitations inutiles

Et rester assis sur le dur et froid plastique du quai oublié par les brumes et le vent

Se dire c’était hier et sentir le vent des souvenirs fouetter les premières rides d’un visage reposé

14 décembre

Matinales…

Au carrefour des impatiences

J’attends serein le signe de belle vie

Il est si bon l’espoir aux rires lointains

Dans ma réserve aux beaux futurs

Je n’ai plus assez de soleils matin

Flash…

Chaque jour passe lisse et long

Fidèles nous t’attendons

Ô pleine mer des longs frissons

Viens il est l’heure

Entre mes bras oublie tes vieilles peurs

Oui viens ô mer de mes passions

Je te prends d’une vague main

Et tu entres dans la danse touffue

De nos rondes brumes

Aux écumes joufflues

Mes Everest, René Char

Ne laisse pas le soin de gouverner ton cœur à ces tendresses parentes de l’automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L’œil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau: tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n’a plus de vitres. Tu es impatient de t’unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D’autres chanteront l’incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t’identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l’impossible.

Pourtant.

Tu n’as fait qu’augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d’une entente qui s’affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. A quand la récolte de l’abîme? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires…

Qu’est-ce qui t’a hissé, une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre?

Il n’y a pas de siège pur.

Matinales…

Sur le cadran mou de mes heures englouties

Je fixe d’un œil qui plisse

Les traces floues de flèches qui filent

La jeunesse rêche des années enfouies

Derrière la lourde porte de mes vagues écrits

J’entends l’amer papier nuit

Qui se froisse dans le vent des soudains

Poèmes de jeunesse…

Ecoute,
Ça craque petite
Ecoute,
Ça bouge.
Arrête de rire petite
Ecoute.
Tout tremble,
Tout se désespère.
Vent de panique,
Regarde petite,
Regarde !

Matinales…

Au bout de la longue nuit de décembre qui joue les prolongations

De jeunes nuages roulent des épaules

Regarde les ils se poussent et se tordent le cou

Pour prendre place à la table mauve de la belle aurore

Elle brille dans sa blonde attente

Et souffle en riant des bulles bleues

Douces perles semées sur le champ du lève matin

Illettrisme, où en sommes nous ?

A l’occasion du festival international du film d’éducation à Évreux organisé pat les CEMEA j’ai été interviewé avec mon ancienne collègue Géraldine Chambon par deux élèves du lycée François 1er du Havre. Bravo à eux pour leur fraîcheur et la pertinence de leurs questions…

Tempête

C’est un jour de grand vent

Derrière l’humide vitre de mes grises inspirations

Branches cassées feuilles froissées

Oh froide douleur de mes mots aspirés

Oiseaux légers sur la fine ligne

De mes lèvres asséchées

Je tremble et vous entends

Vous hurlez en chœur

Un long cri d’innocent abandonné

Il est loin le souffle du bel été

Ils sont loin mes mots vagues

Aux longues rimes salées

Il

Regards…

Je voudrais écrire une histoire des regards

Regards croisés

Regards posés

Regard aimés

Regards secrets

Qui entrent dans la chair de nos silences

Nous murmurent des entre-mots oubliés

Aux ailes rondes et fripées

Et nous chantent la douce mélodie

Des amours attendues

2 avril

Mes Everest, Delphine Horvilleur

En ce jour anniversaire du vote de la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’état, un extrait de ce magnifique livre de Delphine Horvilleur, « vivre avec nos morts », dans lequel elle propose une magnifique définition de la laïcité.

« La laïcité française n’oppose pas la foi à l’incroyance. Elle ne sépare pas ceux qui croient que Dieu veille, et ceux qui croient aussi ferme qu’il est mort ou inventé. Elle n’a rien à voir avec cela. Elle n’est ni fondée sur la conviction que le ciel est vide ni sur celle qu’il est habité, mais sur la défense d’une terre jamais pleine, la conscience qu’il y reste toujours une place qui n’est pas la nôtre. La laïcité dit que l’espace de nos vies n’est jamais saturé de convictions, et elle garantit toujours une place laissée vide de certitudes. Elle empêche une foi ou une espérance de saturer tout l’espace. En cela, à sa manière, la laïcité est une transcendance. Elle affirme qu’il existe toujours en elle un territoire plus grand que ma croyance, qui peut accueillir celle d’un autre venu y respirer. »

Carnets :  » perdre du temps »…

Parfois, euh souvent, et vous le savez bien lectrices et lecteurs de ce blog j’aime regarder la vie qui défile à travers une vitre ferroviaire.

A travers cette grise vitre, je vois ce précieux temps qui s’enfuit vite, très vite. Et je reste immobile, figé dans la contemplation. Immobile dans un monde qui avance…

Je retrouve un peu de cette sensation pleine de poésie de se trouver les pieds ballants au bord du monde et attendre indéfiniment d’être gagné par la sensation de la vitesse de rotation de la terre. Quarante mille kilomètres en 24 heures, on finira bien par le ressentir…

Bref, je prends le temps de regarder le temps qui passe, qui pousse, qui file, qui glisse… Et j’accepte enfin de perdre du temps…

Oui depuis quelques temps j’aime cette idée, cette fausse idée de perdre du temps. Temps qui coule à travers mes poches trouées, temps qui fuit qui s’enfuit…

 » Arrête de perdre du temps » aurais-je dit il y a peu… Et aujourd’hui je savoure cette idée de ce temps qu’on croit perdu, parce qu’on l’a rempli de quelques petits riens, petits cailloux éphémères.

Je ne perd plus mon temps, mieux encore je le trouve, le retrouve. Il est là, par petits bouts. Je le ramasse, le garde tout contre moi, bien au chaud et me dis que je le trouverai demain ou plus tard et je passerai du bon temps…

Matinales…

Au carrefour des impatiences

J’attends serein le signe de belle vie

Il est si bon l’espoir aux rires lointains

Dans ma réserve aux beaux futurs

Je n’ai plus assez de soleils matin

Flash…

Chaque jour passe lisse et long

Fidèles nous t’attendons

Ô pleine mer des longs frissons

Viens il est l’heure

Entre mes bras oublie tes vieilles peurs

Oui viens ô mer de mes passions

Je te prends d’une vague main

Et tu entres dans la danse touffue

De nos rondes brumes

Aux écumes joufflues

Dans ma boîte à couleurs…

Dans ma boîte à couleurs

Je cherche ce mot qui tinte,

Je le voudrais doux et gai.

Un mot pour apaiser

Un mot pour aimer.

Et sur ma feuille pâle d’ennui,

Ivre de couleurs

Le poserai sans un bruit…

Matinales inédit…

Au pays des lève matin

Nuit glacée oublie toujours

Deux ou trois rides de sommeil

Entre les plis d’un angle assoupi

J’étire en tremblant les bras ensablés

Du long fleuve de mes mémoires boueuses

Et remonte à la source limpide des premières larmes

Neiges éternelles peuples de brume

Accrochés sur les cimes de mes restes d’enfant

7 décembre

Flash…

Dans le décharnement solitaire

De l’arbre contraint à la nudité automnale

Il y a toute la violence d’une lente agonie

Comme un cri de douleur retenue

Comme un cri de couleur disparue

La sève figée entre les maigres bras

D’une brume fragile

Attend des demains

Paisibles et fleuris

5 décembre

Rêve mauve…

Il est l’heure de la lumière,

Il me reste un bout de rêve mauve.

Infime miette dans un bol de rire noir,

Laissée là, douce et croquante

Par une nuit rassasiée.

Au creux du silence du matin qui gémit,  

J’avance tête baissée,  

Tirant sur le long fil de ce songe qui sourit.

Flaques…

On a tous un rêve de flaques

Longue et large

Petite mer des belles amitiés

Comme l’enfant insouciant

Au rire parfum d’océan

Les deux pieds joints

Tu sautes avec la jolie joie

Oui celle qui éclabousse

On rit on pleure

Il pleut on s’ébroue

Gouttes de pluie perlent de lui

Larmes salées parlent d’une si belle

Et je sème une suite de cailloux

Pour nos lendemains un peu fous

Matinales…

Inédit…

Matin au ciel barbouillé de gris

Qui hésite entre souffles et frissons

Le front du sud lancent des promesses bleues

J’attends ce signe de rire solaire

Qui se pose au bas de ma page de brumes

4 décembre

J’attends… Inédit…

Je suis d’une grammaire oubliée
Je conjugue le verbe attendre
A tous les temps de l’impatience
J’écoute aux portes des sourires croisées
J’y entends le chant secret des absents
Je cherche des traces d’amitiés
Les arrime aux belles et rondes rimes
Sur la rive mauve de mes basses marées
Ô vous qui ne me voyez
J’attends
Oui j’attends vous le savez
Un signe de la main
A ceux qui se baissent pour pleurer

Hiver a explosé

L’air est si vif et coupant

Il crisse en glissant

Sur peaux raides et sêches,

S’accroche au sol gisant,

S’infiltre en soufflant,

Chasse sur les terres

Depuis hier abandonnées

Du bel été envolé.

Rides de la terre écartelées

Bardées de blanc

Se sont figées.

De vagues en vagues,

Le champ a ondulé

Longues franges gelées

Herbes folles ont avalé.

Armé d’une douce poudre blanche

Hiver a explosé

Samedi….

Samedi ? Eh bien, c’est dit, je m’accorde une pause en prose. Oui bien sûr, vous me direz que peu de différences vous ne voyez, si ce n’est la modeste preuve de ma paresse, à pêcher de la rime au bout de ma ligne. C’est vrai, j’en conviens il est des jours, comme celui-ci, ou rien ne mord. Dans ma boîte à appâts j’avais ce matin, un bel échantillon : des illes, des ouches, des oules, des oins, et bien d’autres « queues de vers » toutes bien fraîches, prêtes pour la pêche du samedi. Je les ai préparées, et à mon hameçon les ai accrochées. Une première j’ai lancée. Au passage, j’avoue être assez fier du rond dans l’eau, bien plus réussi qu’un rondeau.
J’ai ensuite choisi d’appâter avec une ille, car mon intention était de prendre du gros. Du gros mot évidemment ! Ciel, ça mord ! Vite, je mouline ! Déception, pas de bille, ni de quille, encore mois de grille. Autant vous dire que j’ai tenté avec une ouche, une oule, et même un petit oin et au bout de la ligne : rien ! Oh tant pis, me dis-je, c’est samedi, je fais une pause. Point à la ligne…

Flash…

Dans la mémoire d’une ville grise

La lampe des mineurs brûle et brille

Ils se souviennent

Entre pleurs et sueurs

Un trou de vieilles lumières

6 décembre

Matinales…

Il reste des miettes de nuit
A la table des croqueurs du levant
Le regard se plisse
Les ombres froissées glissent
Il est l’heure du regard brillant

1 décembre

Novembre chagrin : inédit…

Mais que nous veux tu novembre chagrin

J’attends la fin de ton défilé de larmes

Je n’aime plus tes rimes de tristes matins

Au sud de nos angoisses le laid chant des armes

A travers les grises vitres de nos mémoires brisées

Glissent les pâles reflets de nos rires éteints

Entends-tu le chant des demains réparés

Il pose ses notes fleuries sur le gris chemin

30 novembre

Pluies…

Un nuage de pluie

Caresse le dos gris

Des mémoires perdues

De mes rires détachés.

J’ai toujours, endormies,

Au fond d’un panier bercé

Trois gouttes dorées

De vieilles histoires d’antan

Qui se roulent en chantant

Dans une flaque de soleils oubliés

Flash…

Ecoute moi
Oui toi
Il faut que tu bouges
Ouvre les yeux
Sors de ton cirque à clique
Sens la douce caresse de tes cils
Souviens toi tu es vivant
Non tu ne rêves pas
Tu ne le sais plus
Tu ne le peux plus
C’est pour toi que je parle
Homme enfoui
Homme englouti
Homme avalé
Homme digéré
Referme ta bible numérique
Essaie
Essaie tu verras
Pense
Regarde
Le monde est là
Il t’observe
Il attend et t’espère
Il a pris ses belles couleurs
C’est pour toi elles brillent
Ecoute moi
Oui écoute moi
Il faut que tu résistes

29 novembre

Chut…

Chut
Mes mots sont endormis
J’entends le chant creux
De leurs rires bleus
Silence
Froisse feuille blanche
Oublié au coin d’un rêve fané
J’attends
Au verso d’une longue histoire
Qui s’écrit
Tant de lettres oubliées
J’écoute
Elles claquent des dents
Dans le souffle étonné
D’un vieux papier glacé

Entre larmes et mers…

Entre larmes et mers

Brune ou brumes

Belles ou bleues

Roulent perles de vie

Sueur salée de simples bonheurs

Corps et cœurs envahis

On aime

On frissonne

Ne retiens rien mon fils

Hier

Demain

Toujours

Petit homme est là

De trace en trace

Il suivra

Flash…

Sur le quai de mes attentes ferroviaires

L’éphémère de nos vies pressées

Trace en sifflant

Le signe flou des sombres impatiences

J’entends dans le froid brillant

De longs soupirs d’absents

Il est trop tard

Pour attraper le dernier train des vivants…

Matinales…

Je ne prends plus le train, tout au moins plus aussi souvent, mais j’aime à relire mes sensations ferroviaires passées…

Gare de Saint-Chamond le 28 novembre 2022

L’attente est en marge

Des pages aux lignes humides

Dans l’ombre claire des visages courbés

Des traces molles du dimanche insomniaque

28 novembre

Flash…

Chaque jour passe lisse et long

Fidèles nous t’attendons

Ô pleine mer des longs frissons

Viens il est l’heure

Entre mes bras oublie tes vieilles peurs

Oui viens ô mer de mes passions

Je te prends d’une vague main

Et tu entres dans la danse touffue

De nos rondes brumes

Aux écumes joufflues

Ecrire

Écrire sur la lande brûlée

Tremper la plume de ses peurs

Dans l’encre mauve d’une mémoire oubliée

Écrire l’histoire des quelques mots

Figés sur les dernières lignes de demain…

Lumières…

Pas un pli, pas un cri,

Fleuve est en cage.

Rien ne glisse, tout est lisse

Ville est enfermée.

Vite,

Efface ces traces d’ennui,

Sur les pages usées

De ton regard habitué.

Et,

Dans le fond bleu

De ta boîte à envie,

Prends une couleur.

Oui, celle-ci,

Elle est si belle,

Dans le pli de tes yeux…

13 février

Matinales…

Au carrefour des impatiences

J’attends serein le signe de belle vie

Il est si bon l’espoir aux rires lointains

Dans ma réserve aux beaux futurs

Je n’ai plus assez de soleils matin

Quand vient le soir…

Quand vient le soir,
Quand tombent les premières gouttes de nuit.
Quand les fenêtres se ferment,
Quand les regards se taisent,
Quand les mots se font rares et lents,
Alors,
Alors, la ville fronce ses sourcils de béton fatigué,
Et sur les façades à la blancheur inventée
On aperçoit quelques trous de lumière.
Entends-les, ils scintillent,
Entends-les, ils t’invitent à rentrer…

Reflets… Inédit

Nez en l’air à rêver

Tu as posé le pied

Dans une flaque de nuit

La ville au gris éclaboussé

Te sourit de ses mille larmes

Aux flammes du soir brillant

Ville brûle et brille…

Le ciel ?
Bleu, dites-vous ?
Un instant, je vous prie :
Je lève les yeux…
Silence…
Je cherche les mots :
Des beaux, des doux,
Des qui font du bien.
Où sont-ils ?
Perdus ?
Abîmés, oubliés, échappés,
Sur ma marge rouge
Un ou deux,
Se sont posés.
Regarde :
Ville brille et brûle.
Entends son chant fauve,
Voix brisée aux éclats de nuit
Elle les a attrapés.
Revenez, gémit-elle.
Je vous en prie,
Prenez ma main…
Allons,
Doucement,
Nous serons si bien.
A deux,
Il est déjà demain…

Terre brûlée

Je viens d’apprendre que mon texte avait été sélectionné pour un recueil sur le thème du feu…

Saint-Pierre les Martigues août 2020

Ô terre brûlée

Entends le chant de la braise

C’est le blues des oliviers

Il souffre en crissant

Dans le peuple des cendres

Hommes épargnés

Vos larmes sont grises

Sur la face sud de nos étés

Mots secs et noircis

S’envolent

Au pays des chagrins de suie

Brumes

Douce paupière

De brume

Se ferme

Sur l’oeil roux

D’un automne

Ivre de lumière

Matinales…

Sur les ocres feuilles du lent automne

J’écris sans rires ni rimes

Une belle et longue plainte

Les mots que je trempe dans une encre de mauve pluie

Glissent sous les lourds pas de ma veuve plume

Depuis l’envol du bel et bleu été

18 novembre

Flash…

Où courent-ils hommes du soir

Vite…

Immobile tu ne dis rien

Vide…

Tu penses et passes

Rêve…

Pas un regard à offrir

Raide…

Un sourire à éclairer

Oubli…

Une larme à partager

Demain…

Peut-être

28 novembre

Chut…

Chut
Mes mots sont endormis
J’entends le chant creux
De leurs rires bleus
Silence
Froisse feuille blanche
Oublié au coin d’un rêve fané
J’attends
Au verso d’une longue histoire
Qui s’écrit
Tant de lettres oubliées
J’écoute
Elles claquent des dents
Dans le souffle étonné
D’un vieux papier glacé

Matinales…

Ce matin je retrouve avec le sourire la mélodie ferroviaire aux rimes d’acier trempée. Rien n’a changé. Des yeux se ferment. Des yeux se posent sur le fil tendu par le manque de nuit. L’envie de sommeil flotte dans un silence électrique. Perdus dans cette foule assise, têtes chancelantes, courbées quelques îles rassurantes, bouées de lumière qui attirent le regard des éveillés. Assise en face de moi une femme lit, son doigt est posé sur le bas de la page, elle sourit, elle vit. Je suis bien, j’écris. Tout n’est pas perdu.b

Flash…

Chaque jour passe lisse et long

Fidèles nous t’attendons

Ô pleine mer des longs frissons

Viens il est l’heure

Entre mes bras oublie tes vieilles peurs

Oui viens ô mer de mes passions

Je te prends d’une vague main

Et tu entres dans la danse touffue

De nos rondes brumes

Aux écumes joufflues

Mes Everest, René Char : Marthe…

Marthe que ces vieux murs ne peuvent pas s’approprier, fontaine où se mire ma monarchie solitaire, comment pourrais-je jamais vous oublier puisque je n’ai pas à me souvenir de vous : vous êtes le présent qui s’accumule. Nous nous unirons sans avoir à nous aborder, à nous prévoir comme deux pavots font en amour une anémone géante.
Je n’entrerai pas dans votre cœur pour limiter sa mémoire. je ne retiendrai pas votre bouche pour l’empêcher de s’ouvrir sur le bleu de l’air et la soif de partir. je veux être pour vous la liberté et le vent de la vie qui passe le seuil de toujours avant que la nuit ne devienne introuvable.

Mémoires

Homme pressé sur un banc s’est assis

Il regarde en souriant

Le temps qui file en grinçant

Homme pressé pour un instant s’est libéré

Brève matinale…

Entre les deux rives de mes espoirs attendus

Sur le fil léger de mes joies oubliées

Par leurs deux ailes qui frémissent

J’ai suspendu tes derniers mots doux

Aux rimes si belles…

Novembre 2015…

Une fois n’est pas coutume, mais j’ai envie de publier à l’occasion de ce triste anniversaire des attentats du 13 novembre 2015, les paroles que j’avais prononcées le 19 novembre, 5 jours plus tard en conclusion d’un colloque sur les jeunes et la lecture, colloque organisée par Lecture Jeunesse…

Ces personnes sont effrayées, et mêmes si les choses s’améliorent, ont pendant longtemps souffert et souffrent encore en silence du regard et des jugements que l’on peut porter sur elles.
Et elles ont souffert, parfois, souvent, de se sentir stigmatisées, accusées de tous les maux notamment celui de ne pas avoir saisi leur chance. Elles ont souffert d’entendre parfois dire que la violence était leur ultime recours pour exister, pour s’exprimer, pour résister à un monde qui bien souvent ne les comprend pas et leur est inaccessible.
Nous connaissons ces personnes, nous les avons rencontrées, nous les rencontrons, et elles témoignent.
La seule violence dont il est question les concernant c’est celle qu’elles subissent parce ce à quoi elles ont droit leur est souvent inaccessible. La seule violence qui les concerne c’est celle de ne pas pouvoir avec les autres, comme les autres communiquer avec les outils du moment
Et quand ces personnes se sentent en confiance, considérées, reconnues, entendues qu’elles soient jeunes ou plus âgées elles éprouvent elles aussi le plaisir intense qu’il y a à lire sur différents supports, pour l’expression de leurs besoins « utilitaires » bien sûr mais aussi pour l’expression de leurs émotions.
N’oublions pas enfin et c’est en conclusion la référence à ce contexte qui nous habite depuis vendredi sur lequel je reviens. N’oublions pas que l’obscurantisme utilise pour s’introduire dans les esprits de nombreux outils, de nombreux leviers et que parmi ceux-ci il peut y avoir des textes, des écrits.
La violence n’est pas le privilège des personnes en situation d’illettrisme.
N’oublions pas qu’entre l’œil qui lit et la main qui agit il y a tant d’autres facteurs qui interviennent.
Et c’est bien le rôle qui est le vôtre professionnel de la lecture, médiateurs de la culture de l’éducation de nous montrer exemples à l’appui que la lecture est évidemment un magnifique outil pour l’émancipation, une piste qu’on propose pour s’envoler avec de la raison et du plaisir, à condition que ceux qui en accompagnent la maitrise et l’usage en fassent aussi, comme vous savez si bien le faire un outil au service de la liberté et du vivre ensemble.

Matin froissé

C’est un matin barbouillé

Repue d’un lourd gris huilé

La nuit mauvaise s’est retirée

La lumière à marée basse oubliée

Nous attend entre les plis du ciel froissé

Lumière est à marée basse

Mes Everest, Louis Aragon…

Dans une neige de neige

un enfant une fois

jeta l’âme de loi

et il ne savait pas

il ferme les paupières des yeux

Un couple

il veut dire un homme et une femme

une fois une fois

tout le long du chemin

un couple d’eux deux

Le froid et le chaud une fois

Or il fut sur le point

Or il se mit

il chantait

il mange une gaufre au soleil gaufre

L’image d’elle dans l’eau
Une fois dans l’eau une fois c’était un fleuve d’eau
L’eau mouille clair blanc
Fleur humide

Au carrefour des haines ordinaires…

Au carrefour des haines ordinaires
J’ai pressé le pas
Refusant toutes les priorités
Que s’accordent les accusateurs
Les rabougris au ventre replet
Bouffis de cette mauvaise graisse
Qu’on accumule à la table des biens nourris
Au banquet des satisfaits
De leurs vociférations ils sont fiers
Persuadés qu’ils tiennent le bon mot
Mais ce ne sont de mauvaises soupes mijotées
Sur les braises de leur mépris
O bien sur j’ai fermé les yeux
Pour ne pas m’abîmer le regard
Sur la face vide de ce monde qu’on nous montre
Et j’ai poursuivi ma route en marchant
Loin des lames qui s’aiguisent à la pierre molle des clics paresseux
Je sais que le bout n’est jamais loin quand on cherche
Ces beautés qu’on oublie
Et qui nous murmure de si douces caresses de vie…

12 novembre

Mes Everest, Barbara Auzou

Un vrai coup de coeur, pour ne pas dire un coup au coeur à la lecture ce matin du magnifique texte de Barbara Auzou, qui nous habitue à ouvrir nos journées avec de petites merveilles…

Ciels…

Sous les sourires froissés

D’un nuage ivre de mauvais gris

J’attends seul et titubant

Le vent de la page

Qui se lève et me frissonne

Matinales…

Au carrefour des impatiences

J’attends serein le signe de belle vie

Il est si bon l’espoir aux rires lointains

Dans ma réserve aux beaux futurs

Je n’ai plus assez de soleils matin

Quand vient le soir…

Quand vient le soir,
Quand tombent les premières gouttes de nuit.
Quand les fenêtres se ferment,
Quand les regards se taisent,
Quand les mots se font rares et lents,
Alors,
Alors, la ville fronce ses sourcils de béton fatigué,
Et sur les façades à la blancheur inventée
On aperçoit quelques trous de lumière.
Entends-les, ils scintillent,
Entends-les, ils t’invitent à rentrer…

Flash…

Et pourtant la vie ne tient qu’à un fil

Fil qui nous lie

Nous relie

Fil qu’on tient par un autre bout

Fil qui nous tisse

Qui nous lisse

Qui glisse

Entre nos mains si pressées

Et fil devient ligne

Ligne qui pend

Ligne qui surprend

Ligne qu’on suit

Jusqu’au point du bout

Et tout recommence

Point à la ligne

Flash…

Ecoute moi
Oui toi
Il faut que tu bouges
Ouvre les yeux
Sors de ton cirque à clique
Sens la douce caresse de tes cils
Souviens toi tu es vivant
Non tu ne rêves pas
Tu ne le sais plus
Tu ne le peux plus
C’est pour toi que je parle
Homme enfoui
Homme englouti
Homme avalé
Homme digéré
Referme ta bible numérique
Essaie
Essaie tu verras
Pense
Regarde
Le monde est là
Il t’observe
Il attend et t’espère
Il a pris ses belles couleurs
C’est pour toi elles brillent
Ecoute moi
Oui écoute moi
Il faut que tu résistes

29 novembre

Flash…

Flash
J’ai tiré le rideau noir de mes lointains souvenirs
Sourires en fleurs
Pleurs en pire
Lumières mauves sur la scène
Regarde et lève-toi
Elles te saluent les traces
Du bel hier

Matinales…

Ils ont réglé leur réveil chagrin

A l’heure du regard matin

Jour de plus

Jour de rien

Dans les sombres arrières salles

D’un monde si vieux

Qu’il pleure toutes les larmes mauves

De son corps affaibli

J’entends la bruine de mille pluies

Ils ont réglé leur réveil matin

A l’heure des regards chagrins

Cri…

Sur les fragiles rives de notre humanité en souffrance
Déferlent des torrents de haines
Le vent mauvais qui les pousse est une insulte à la mer et ses vagues
Sur le chemin défoncé de nos restes d’espérance
J’avance en pleurant les grands absents
La force d’aimer a quitté les amputés du sourire
Les mots crépitent sur les écrans tâchés de sang
Chacun se fige dans une morale glacée
Les soirs où j’ai honte de cette agonisante humanité
Je rêve que l’oiseau des océans qui sommeille
Dans l’arrière-pays de ma lourde tête
S’envole en riant

3 novembre 2023

Parlez moi de la mer…

J’aime republier certains de mes textes, tout simplement parce que lorsque je les relis j’éprouve toujours la même émotion.

Je n’en peux plus du bruit de la peur,
Je n’en veux pas de la suie grasse de vos haines,
Je n’en veux plus des complaintes aux rimes dures.
Parlez-moi de la mer, je vous en prie.
Où sont les vagues,
Où sont-elles ?
Entendez le vent,
Il pleure, vous dis-je,
On l’oublie,

Il est seul, il appelle.
J’entends son chant qui ondule,
Mes yeux se ferment,
Petites larmes coulent.
Vagues amères,
Douces et belles,
Sur les rives de mes lèvres muettes
Ont répondu, ô vent, à ton appel.
Parlez-moi de la mer je vous en prie…

Entre larmes et mers…

Entre larmes et mers

Brune ou brumes

Belles ou bleues

Roulent perles de vie

Sueur salée de simples bonheurs

Corps et cœurs envahis

On aime

On frissonne

Ne retiens rien mon fils

Hier

Demain

Toujours

Petit homme est là

De trace en trace

Il suivra

Contre la vitre…

Toujours la mer, l’océan…

Derrière la vitre humide

Une lueur d’un doux vert salé.

Mémoire bleue soupir,

Longue chevelure

Dans le vent gris de mon navire

Petites gouttes glissent doucement,

Perles d’eau de pluie

Cherchent une rime,

Il est trop tard océan les engloutit.

Flash…

Flash
J’ai tiré le rideau noir de mes lointains souvenirs
Sourires en fleurs
Pleurs en pire
Lumières mauves sur la scène
Regarde et lève-toi
Elles te saluent les traces
Du bel hier

J’ai la mer au bord des yeux…

Silence pluvieux,
J’ai la mer au bord des yeux.
Dans le loin bleu
De mes mémoires salées,
Deux ailes se sont envolées.
Vent d’hier,
Sur les vagues les a posées.
Explose l’écume,
S’envolent perles de brume.
Regarde la mer belle.
Sur la plume de tes mots
A la feuille amarrée,
Mer a chanté,
Mer a soufflé.

Abeille bourbon

En ce jour annoncé de forte tempête je pense très fort aux héros de la mer…

Abeille large et fière,

Tu veilles.

Prête à bondir,

Au sommet de montagnes salées.

Prête à surgir,

Derrière les vagues échevelées.

Tu rugis, tu vrombis.

Sur l’océan déchaîné,

Tu es l’abeille aimée

Pour petites fleurs esseulées, essorées

1er novembre

Tempête est là…

Pointe de Pern, île d’Ouessant ce matin

Homme d’en bas,

Regarde le visage de l’océan.

Sur son front salé,

C’est la tempête qu’on lit.

Les rides se sont creusées,

Le regard s’est assombri.

De belles longues vagues blanches,

Entrent dans les terres usées

Elles s’étirent en criant,

Et offrent leurs bouquets d’écume

Aux récifs abandonnés.

Regarde les qui entrent dans la danse.

Écoute les !

Elles chantent avec le vent

Ferme les yeux,

Laisse entrer l’ocean.

C’est la tempête à Ouessant

Matinales…

Matin brouillard

La nuit est en sursis

Dans le droit devant

D’un virage futur

Ecoute

Long et lent

Le souffle glissant

Des souvenirs abîmés

Mes Everest : Zaho de Sagazan…

Une découverte, récente pour moi. Le texte est juste magnifique ainsi que son interprétation

Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi si j’étais un oiseau, j’irais danser sous l’orage
Je traverserais les nuages comme le fait la lumière
J’écouterais sous la pluie, la symphonie des éclairs

Dès sa plus tendre enfance
Elle ne savait pas parler autrement
Qu’en criant tout bas, pas faute d’essayer
De les retenir, ces cris et ces larmes
Qui les faisaient temps

Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi si j’étais un oiseau, j’irais danser sous l’orage
Je traverserais les nuages comme le fait la lumière
J’écouterais sous la pluie, la symphonie des éclairs

En grandissant, rien ne s’est calmé
Petite tempête s’est trouvée
Des raisons de pleuvoir autant
Qui pourrait l’aimer franchement ?
Personne n’aimerait se retrouver
Au cœur d’une tempête, avouez
Il y a des raisons de pleurer
Elle a ses raisons, mais

Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi si j’étais un oiseau, j’irais danser sous l’orage
Je traverserais les nuages comme le fait la lumière
J’écouterais sous la pluie, la symphonie des éclairs

Quand la tempête a su
Que des mélodies pouvaient s’échapper du vent
Et se retrouver dans le cœur des gens
Celle-ci s’est dit
Nulle raison d’envier le soleil
Je ferai danser les gens au rythme de mes pleurs
La tourmente de mes chants viendra réchauffer les cœurs
Réchauffer mon cœur

Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi je suis de ces oiseaux qui nous font danser sous l’orage
Je traverserai tous les nuages pour trouver la lumière
En chantant sous la pluie, la symphonie des éclairs

Mes Everest : Baudelaire, la musique

La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

Flash…

Dans le décharnement solitaire

De l’arbre contraint à la nudité automnale

Il y a toute la violence d’une lente agonie

Comme un cri de douleur retenue

Comme un cri de couleur disparue

La sève figée entre les maigres bras

D’une brume fragile

Attend des demains

Paisibles et fleuris

7 décembre

Ecoute…

Ecoute petit homme,

Ecoute.

Il est si beau ce monde qui ne dit rien.

Il est si beau ce monde,

Il te parle, c’est le tien.

Regarde petit homme heureux,

Regarde ces furieux,

Fanatiques, frénétiques,

Ils ont le cœur électrique.

Ils préparent la prière,

Hymne cathodique

Aux rimes numériques,

C’est le matin du malin.

Nuques raides, regards vides,

Les impatients sont livides,

Epuisés, lessivés,

Un long sommeil les a lavés.

Ô Nuit blanche et câline,

Ne t’épuise plus à blanchir

Ces haines rances à mourir.

Semées sur l’écran creux

De leurs rêves sans bleu.

La nuit les a libérés.

Il est l’heure,

Affamés, ils attendent

La victime par eux condamnée.

Leurs mots sont prêts

Ils vibrent, affutés, aiguisés,

Ils vont frapper !

Pas un regard pour ton monde qui sourit.

Ils attendent leurs matins numériques.

Rien ne brille, rien ne bouge.

Hystériques ils cliquent, ils cliquent,

Ils cliquent.

Et ce matin, petit homme,

C’est une claque,

Une claque pour les creux.

Les écrans sont lisses et vides.

Les nouvelles du jour ?

Parties, envolées, manipulées, falsifiées ?

Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…

Le monde les voit

Il pleure de cette embolie

Il rit de cette folie

Mais cette nuit, petit homme,

Le monde a agi.

Le monde ne regrette rien

Il le fallait, il l’a fait.

C’est si simple,

Petit homme

La poubelle était pleine,

Le monde l’a vidée,

Et dehors l’a laissée

26 janvier 2020

Flash d’automne…

Dans l’eau trouble de l’automne

Le reflet ocre d’une lumière fatiguée

D’un si long été à étirer ses longues marées

Peu à peu l’horizon s’efface sous la gomme

D’une lourde brume sous le ciel abandonné

12 novembre 2020

Dans ma boîte à émotions…

Dans ma boîte à émotions
C’est un joyeux fouillis
Cauchemar des ordonnateurs du beau fabriqué
Du beau validé par les filtres académiques
Je ne cherche jamais le parfait imposé
Je n’obéis pas aux absurdes règles de la contemplation artificielle
J’aime les alliances improbables
Les mariages de gris bretonnants et bleus plastifiés
Dans ma boîte à émotions rien n’est impossible
Ni les rires pour un rien
Ni les larmes pour si peu
J’aime choisir mes conjugaisons
J’aime réinventer des liaisons
Et j’aime encore plus cet oubli permanent
De ce point qui se refuse à être final

26 octobre 2023

Regarde…

Regarde
Oh oui regarde
Lève les yeux
Oublie
L’ombre épaisse des mauvais rêves
De tes nuits agitées
Glisse
Penche-toi en riant
A la fenêtre des absents
Regarde
Oh oui regarde
La lumière est si belle
Elle s’étire doucement
Entre les tendres bras
Du matin des amants
Ecoute
Oh oui écoute
Tu l’entends te dire
Je t’attends…

Fleuve oublie

Au matin qui s’ennuie,

Fleuve ne frissonne plus,

Sans un flot, lisse et nu

Fleuve entre dans la ville.

Si loin le chant de la source,

Si loin la caresse blanche

De l’eau claire qui jaillit.

Tout est oublié,

Fleuve se laisse aller,

Entre deux rives rêches

Sa mémoire de brume mauve,

Il a abandonné.

Trop tôt, novembre !

Oh non

Il est trop tôt novembre pressé

Remballe tes épaisses brumes

Recule je t’en prie

Là, oui encore un peu

Un pas ou deux

Ne te retourne pas

Et ne t’inquiète pas

Je te l’assure

On se retrouvera

Flash…

Il faut rester liés

Peu importe la couleur, la matière, l’âge, ce qui nous lie est plus fort ce qui nous sépare. La haine, les haines qui déferlent aujourd’hui sans aucune limites, sans aucun garde fous me donnent la nausée. Les mots sont abîmés. La pensée n’existe plus. Seul le réflexe compulsif domine. Je n’entends plus que des vociférations. Il nous manque tant celles et ceux qui loin de leurs narcissiques écrans éclairaient les chemins noirs, ( Camus je pense à toi… ).

De ci de là des paroles posées, qui sortent de cette permanente mélasse où tout est confondu : la politique et ses bassesses, l’histoire et ses blessures, et la haine sans limites pour des peuples errants qui souffrent en silence d’être les otages des apprentis sorciers qui occupent et salissent nos espaces de vie…

A l’ouest de vos mémoires encombrées…

Pointe de Pern

Ici, un bout de ce monde habité,

Terre déchiquetée,

Vagues emmêlées,

Hommes de l’intérieur

Retournez vous !

A l’ouest de vos mémoires encombrées,

Il y a le vent.

Vent qui souffle sur vos nuques.

Vent qui s’engouffre

Derrière vos yeux étonnés.

Avancez encore un peu,

Tendez votre oreille

Entendez son chant,

Il vous murmure

Toutes ces histoires oubliées

Là-bas…

Là-bas, au bout de l’Ile d’Ouessant…

Quand le monde est si bruyant,

Qu’il couvre même le vent,

Quand les regards sont de travers,

Que les yeux se noient dans le triste amer,

N’entre pas dans l’arène !

N’aiguise pas tes lames numériques !

Fais comme tes pères,  

Rêve d’Amérique !

Il faut que tu marches jusqu’au bout.

Là-bas, si loin,

Tu verras :

L’île se blottit

Entre les bras bleus de l’océan.

Là-bas, en bord de pluie

Tu verras :

Le doux demain clair

Il t’attend et sourit.  

Si tu ne peux pas partir,

Reste tête haute,

Marche jusqu’aux souvenirs.

Prends le chemin le plus malin.

Cours, vole, rêve, espère,

Souris de cet air qui te fouette !

Mais ne laisse pas gagner

La fanfare des maudits.

Laisse-les agiter, vociférer.  

Demain tu verras,

Ils seront oubliés.

Ouessant couleur océan…

Ile d’Ouessant

Ici tout respire l’océan.

Terre, pierres,

Fougères, bruyères,

Chacune offre une rime à la mer.

Pas un bruit de trop,

Point de sons inutiles.

Les couleurs sont légères.

Elles se posent en douceur,

Plumes lisses trempées dans la brume,

Écrivent quelques pages

Et tu les imprimes dans ta mémoire brune.

Tempête approche..

Enroulés dans le dernier rêve de la nuit qui s’éteint,

Protégés par leurs souvenirs d’océan,

Regarde bien les enfants d’Ouessant.

Dans leurs regards prudents,

Il y a comme un bouquet de vent.

Matinales…

Entre mer et terre une longue histoire de bouts

Bout du monde

Bout du voyage

Un petit bout de rien qui nous lie

Un bout de toi qui nous unit

Et les cordes s’emmêlent en se serrant

Et les corps se serrent en s’aimant

Entre mer et terre on oublie le gris déferlant

Et les hommes se tiennent par la main

Au bord d’un monde où roulent en riant

Les vagues des beaux vivants

C’est l’automne à l’Ouessant…

Pointe de Pern : Ouessant…

C’est l’automne sur le Ponant.

Fougères asséchées,

Bruyères délavées,

Les vents de l’été oublié,

Sans mollir ont soufflé.

C’est l’automne à Ouessant,

La lande est rouillée.

Petite route grise,

T’invite jusqu’au bout.

Regarde autour de toi,

C’est si beau le ciel d’en bas.

Ferme les yeux,

Sens le sel sur tes lèvres se poser.

Ouvre toi.

C’est l’ouest, il te tend les bras.

30 octobre 2019

Matinales…

Brest…

J’aime le décalage. Montrer ce qui est oublié, enfoui. Brest fait partie de ces villes où la mémoire est partout. Ville du bout du monde, porte de l’océan. Le gris est partout il est une trace, une cicatrice, un rappel. J’ai un lien fort, affectif, émotionnel avec cette ville, ce lien qui m’accroche aux silences, aux zones grises, elles aussi, de mon grand père qui prit la mer en 1914 sur un navire de la marine nationale, de mon père qui portait en lui des traces de ces mémoires enfouies…

Vers la lumière…

Cheval de bois

N’en peut plus de tourner

Du manège des enfermés

D’un bond joyeux

Il s’est échappé

Dans la danse des échevelés

Il est entré

Vers la lumière…

Je n’entends pas le long cri

De l’arbre nu à en pleurer

Entre tes bras desséchés

Je me ferai feuille blanche

Pour t’entendre espérer

Vers la lumière

Quand l’arbre gris

De mes peurs enfouies

Étire dans un ciel sans vie

Les maigres noeux de ses bras secs

J’entends le souffle court

De mes courses éperdues

Sur les routes rondes et fleuries

De ma belle île de brume bleue

Quelques miettes d’air marin…

J’ai plongé la main,

Dans le fond mauve de ma poche à sourires.

Il y restait quelques miettes d’air marin ;

Dans le doux creux de ma paume de cire

J’entends, elles chuchotent un chant câlin.

Ô si beaux ces mots loin du pire.

Lavés, salés, à ma bouche les ai portés, comme le bon pain.

Les yeux j’ai fermés : la mer est entrée, elle a tant à me dire…    

J’ai un arbre dans la tête…

J’ai un arbre dans la tête,

Et,

Quand vient la nuit

Sur ses branches nouées

Reposent mes rêves du bel été

Regarde,

Ecoute,

Ils sont légers, ils sont beaux,

Ces songes qu’on dit vers

Balancent en riant

Au bout de leurs branches.

Dans la lumière du soir tombant,

Fleurissent des mots d’amour

Longues rimes enivrantes,

Qu’on effeuille en dormant.

Matinales…

Les brasiers de la haine ont répandu leurs flammes
Sous les cendres grises de cette guerre des autres
De petites lueurs à la chaleur vacillante
Attendent doucement le silence éternel des fourbes fanatiques

Je n’ai plus de mots, plus de larmes…

Il ne reste plus de mots
Nous n’avons plus de larmes. C’est Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo qui s’exprime ainsi aujourd’hui sur France Inter. Oui, comme souvent il dit juste, il dit vrai. Il ne reste plus de mots pour nous apaiser des brûlures de la barbarie ; ces mots je les cherche ce soir, mais ils sont épuisés, abîmés, froissés, pliés entre ces piles de haines blanches. Il nous faudra pourtant trouver, nommer, dire ce qui est enfoui, libérer ces mots enfermés de toutes leurs camisoles idéologiques. La poésie est un des douces armes que nous utiliserons pour retrouver le goût des larmes utiles…

Matinales…

J’ai dû rattraper un reste du bel été

Palette lisse et sèche sous le bras

Il s’enfuyait pour le long sommeil

De la triste saison

Ne t’en vas-pas dresseur de sauvages soleils

Ne nous laisse-pas à nos seuls frissons

Il nous reste tant de rires en rayon