Ecoute moi Oui toi Il faut que tu bouges Ouvre les yeux Sors de ton cirque à clique Sens la douce caresse de tes cils Souviens toi tu es vivant Non tu ne rêves pas Tu ne le sais plus Tu ne le peux plus C’est pour toi que je parle Homme enfoui Homme englouti Homme avalé Homme digéré Referme ta bible numérique Essaie Essaie tu verras Pense Regarde Le monde est là Il t’observe Il attend et t’espère Il a pris ses belles couleurs C’est pour toi elles brillent Ecoute moi Oui écoute moi Il faut que tu résistes
Chut Mes mots sont endormis J’entends le chant creux De leurs rires bleus Silence Froisse feuille blanche Oublié au coin d’un rêve fané J’attends Au verso d’une longue histoire Qui s’écrit Tant de lettres oubliées J’écoute Elles claquent des dents Dans le souffle étonné D’un vieux papier glacé
Quand vient le soir, Quand tombent les premières gouttes de nuit. Quand les fenêtres se ferment, Quand les regards se taisent, Quand les mots se font rares et lents, Alors, Alors, la ville fronce ses sourcils de béton fatigué, Et sur les façades à la blancheur inventée On aperçoit quelques trous de lumière. Entends-les, ils scintillent, Entends-les, ils t’invitent à rentrer…
Le ciel ? Bleu, dites-vous ? Un instant, je vous prie : Je lève les yeux… Silence… Je cherche les mots : Des beaux, des doux, Des qui font du bien. Où sont-ils ? Perdus ? Abîmés, oubliés, échappés, Sur ma marge rouge Un ou deux, Se sont posés. Regarde : Ville brille et brûle. Entends son chant fauve, Voix brisée aux éclats de nuit Elle les a attrapés. Revenez, gémit-elle. Je vous en prie, Prenez ma main… Allons, Doucement, Nous serons si bien. A deux, Il est déjà demain…
Chut Mes mots sont endormis J’entends le chant creux De leurs rires bleus Silence Froisse feuille blanche Oublié au coin d’un rêve fané J’attends Au verso d’une longue histoire Qui s’écrit Tant de lettres oubliées J’écoute Elles claquent des dents Dans le souffle étonné D’un vieux papier glacé
Ce matin je retrouve avec le sourire la mélodie ferroviaire aux rimes d’acier trempée. Rien n’a changé. Des yeux se ferment. Des yeux se posent sur le fil tendu par le manque de nuit. L’envie de sommeil flotte dans un silence électrique. Perdus dans cette foule assise, têtes chancelantes, courbées quelques îles rassurantes, bouées de lumière qui attirent le regard des éveillés. Assise en face de moi une femme lit, son doigt est posé sur le bas de la page, elle sourit, elle vit. Je suis bien, j’écris. Tout n’est pas perdu.b
Marthe que ces vieux murs ne peuvent pas s’approprier, fontaine où se mire ma monarchie solitaire, comment pourrais-je jamais vous oublier puisque je n’ai pas à me souvenir de vous : vous êtes le présent qui s’accumule. Nous nous unirons sans avoir à nous aborder, à nous prévoir comme deux pavots font en amour une anémone géante. Je n’entrerai pas dans votre cœur pour limiter sa mémoire. je ne retiendrai pas votre bouche pour l’empêcher de s’ouvrir sur le bleu de l’air et la soif de partir. je veux être pour vous la liberté et le vent de la vie qui passe le seuil de toujours avant que la nuit ne devienne introuvable.
Une fois n’est pas coutume, mais j’ai envie de publier à l’occasion de ce triste anniversaire des attentats du 13 novembre 2015, les paroles que j’avais prononcées le 19 novembre, 5 jours plus tard en conclusion d’un colloque sur les jeunes et la lecture, colloque organisée par Lecture Jeunesse…
Ces personnes sont effrayées, et mêmes si les choses s’améliorent, ont pendant longtemps souffert et souffrent encore en silence du regard et des jugements que l’on peut porter sur elles. Et elles ont souffert, parfois, souvent, de se sentir stigmatisées, accusées de tous les maux notamment celui de ne pas avoir saisi leur chance. Elles ont souffert d’entendre parfois dire que la violence était leur ultime recours pour exister, pour s’exprimer, pour résister à un monde qui bien souvent ne les comprend pas et leur est inaccessible. Nous connaissons ces personnes, nous les avons rencontrées, nous les rencontrons, et elles témoignent. La seule violence dont il est question les concernant c’est celle qu’elles subissent parce ce à quoi elles ont droit leur est souvent inaccessible. La seule violence qui les concerne c’est celle de ne pas pouvoir avec les autres, comme les autres communiquer avec les outils du moment Et quand ces personnes se sentent en confiance, considérées, reconnues, entendues qu’elles soient jeunes ou plus âgées elles éprouvent elles aussi le plaisir intense qu’il y a à lire sur différents supports, pour l’expression de leurs besoins « utilitaires » bien sûr mais aussi pour l’expression de leurs émotions. N’oublions pas enfin et c’est en conclusion la référence à ce contexte qui nous habite depuis vendredi sur lequel je reviens. N’oublions pas que l’obscurantisme utilise pour s’introduire dans les esprits de nombreux outils, de nombreux leviers et que parmi ceux-ci il peut y avoir des textes, des écrits. La violence n’est pas le privilège des personnes en situation d’illettrisme. N’oublions pas qu’entre l’œil qui lit et la main qui agit il y a tant d’autres facteurs qui interviennent. Et c’est bien le rôle qui est le vôtre professionnel de la lecture, médiateurs de la culture de l’éducation de nous montrer exemples à l’appui que la lecture est évidemment un magnifique outil pour l’émancipation, une piste qu’on propose pour s’envoler avec de la raison et du plaisir, à condition que ceux qui en accompagnent la maitrise et l’usage en fassent aussi, comme vous savez si bien le faire un outil au service de la liberté et du vivre ensemble.
Au carrefour des haines ordinaires J’ai pressé le pas Refusant toutes les priorités Que s’accordent les accusateurs Les rabougris au ventre replet Bouffis de cette mauvaise graisse Qu’on accumule à la table des biens nourris Au banquet des satisfaits De leurs vociférations ils sont fiers Persuadés qu’ils tiennent le bon mot Mais ce ne sont de mauvaises soupes mijotées Sur les braises de leur mépris O bien sur j’ai fermé les yeux Pour ne pas m’abîmer le regard Sur la face vide de ce monde qu’on nous montre Et j’ai poursuivi ma route en marchant Loin des lames qui s’aiguisent à la pierre molle des clics paresseux Je sais que le bout n’est jamais loin quand on cherche Ces beautés qu’on oublie Et qui nous murmure de si douces caresses de vie…
Un vrai coup de coeur, pour ne pas dire un coup au coeur à la lecture ce matin du magnifique texte de Barbara Auzou, qui nous habitue à ouvrir nos journées avec de petites merveilles…
Quand vient le soir, Quand tombent les premières gouttes de nuit. Quand les fenêtres se ferment, Quand les regards se taisent, Quand les mots se font rares et lents, Alors, Alors, la ville fronce ses sourcils de béton fatigué, Et sur les façades à la blancheur inventée On aperçoit quelques trous de lumière. Entends-les, ils scintillent, Entends-les, ils t’invitent à rentrer…
Ecoute moi Oui toi Il faut que tu bouges Ouvre les yeux Sors de ton cirque à clique Sens la douce caresse de tes cils Souviens toi tu es vivant Non tu ne rêves pas Tu ne le sais plus Tu ne le peux plus C’est pour toi que je parle Homme enfoui Homme englouti Homme avalé Homme digéré Referme ta bible numérique Essaie Essaie tu verras Pense Regarde Le monde est là Il t’observe Il attend et t’espère Il a pris ses belles couleurs C’est pour toi elles brillent Ecoute moi Oui écoute moi Il faut que tu résistes
Flash J’ai tiré le rideau noir de mes lointains souvenirs Sourires en fleurs Pleurs en pire Lumières mauves sur la scène Regarde et lève-toi Elles te saluent les traces Du bel hier
Sur les fragiles rives de notre humanité en souffrance Déferlent des torrents de haines Le vent mauvais qui les pousse est une insulte à la mer et ses vagues Sur le chemin défoncé de nos restes d’espérance J’avance en pleurant les grands absents La force d’aimer a quitté les amputés du sourire Les mots crépitent sur les écrans tâchés de sang Chacun se fige dans une morale glacée Les soirs où j’ai honte de cette agonisante humanité Je rêve que l’oiseau des océans qui sommeille Dans l’arrière-pays de ma lourde tête S’envole en riant
J’aime republier certains de mes textes, tout simplement parce que lorsque je les relis j’éprouve toujours la même émotion.
Je n’en peux plus du bruit de la peur, Je n’en veux pas de la suie grasse de vos haines, Je n’en veux plus des complaintes aux rimes dures. Parlez-moi de la mer, je vous en prie. Où sont les vagues, Où sont-elles ? Entendez le vent, Il pleure, vous dis-je, On l’oublie,
Il est seul, il appelle. J’entends son chant qui ondule, Mes yeux se ferment, Petites larmes coulent. Vagues amères, Douces et belles, Sur les rives de mes lèvres muettes Ont répondu, ô vent, à ton appel. Parlez-moi de la mer je vous en prie…
Flash J’ai tiré le rideau noir de mes lointains souvenirs Sourires en fleurs Pleurs en pire Lumières mauves sur la scène Regarde et lève-toi Elles te saluent les traces Du bel hier
Silence pluvieux, J’ai la mer au bord des yeux. Dans le loin bleu De mes mémoires salées, Deux ailes se sont envolées. Vent d’hier, Sur les vagues les a posées. Explose l’écume, S’envolent perles de brume. Regarde la mer belle. Sur la plume de tes mots A la feuille amarrée, Mer a chanté, Mer a soufflé.
Une découverte, récente pour moi. Le texte est juste magnifique ainsi que son interprétation
Il fait toujours beau au-dessus des nuages Mais moi si j’étais un oiseau, j’irais danser sous l’orage Je traverserais les nuages comme le fait la lumière J’écouterais sous la pluie, la symphonie des éclairs
Dès sa plus tendre enfance Elle ne savait pas parler autrement Qu’en criant tout bas, pas faute d’essayer De les retenir, ces cris et ces larmes Qui les faisaient temps
Il fait toujours beau au-dessus des nuages Mais moi si j’étais un oiseau, j’irais danser sous l’orage Je traverserais les nuages comme le fait la lumière J’écouterais sous la pluie, la symphonie des éclairs
En grandissant, rien ne s’est calmé Petite tempête s’est trouvée Des raisons de pleuvoir autant Qui pourrait l’aimer franchement ? Personne n’aimerait se retrouver Au cœur d’une tempête, avouez Il y a des raisons de pleurer Elle a ses raisons, mais
Il fait toujours beau au-dessus des nuages Mais moi si j’étais un oiseau, j’irais danser sous l’orage Je traverserais les nuages comme le fait la lumière J’écouterais sous la pluie, la symphonie des éclairs
Quand la tempête a su Que des mélodies pouvaient s’échapper du vent Et se retrouver dans le cœur des gens Celle-ci s’est dit Nulle raison d’envier le soleil Je ferai danser les gens au rythme de mes pleurs La tourmente de mes chants viendra réchauffer les cœurs Réchauffer mon cœur
Il fait toujours beau au-dessus des nuages Mais moi je suis de ces oiseaux qui nous font danser sous l’orage Je traverserai tous les nuages pour trouver la lumière En chantant sous la pluie, la symphonie des éclairs
Dans ma boîte à émotions C’est un joyeux fouillis Cauchemar des ordonnateurs du beau fabriqué Du beau validé par les filtres académiques Je ne cherche jamais le parfait imposé Je n’obéis pas aux absurdes règles de la contemplation artificielle J’aime les alliances improbables Les mariages de gris bretonnants et bleus plastifiés Dans ma boîte à émotions rien n’est impossible Ni les rires pour un rien Ni les larmes pour si peu J’aime choisir mes conjugaisons J’aime réinventer des liaisons Et j’aime encore plus cet oubli permanent De ce point qui se refuse à être final
Regarde Oh oui regarde Lève les yeux Oublie L’ombre épaisse des mauvais rêves De tes nuits agitées Glisse Penche-toi en riant A la fenêtre des absents Regarde Oh oui regarde La lumière est si belle Elle s’étire doucement Entre les tendres bras Du matin des amants Ecoute Oh oui écoute Tu l’entends te dire Je t’attends…
Peu importe la couleur, la matière, l’âge, ce qui nous lie est plus fort ce qui nous sépare. La haine, les haines qui déferlent aujourd’hui sans aucune limites, sans aucun garde fous me donnent la nausée. Les mots sont abîmés. La pensée n’existe plus. Seul le réflexe compulsif domine. Je n’entends plus que des vociférations. Il nous manque tant celles et ceux qui loin de leurs narcissiques écrans éclairaient les chemins noirs, ( Camus je pense à toi… ).
De ci de là des paroles posées, qui sortent de cette permanente mélasse où tout est confondu : la politique et ses bassesses, l’histoire et ses blessures, et la haine sans limites pour des peuples errants qui souffrent en silence d’être les otages des apprentis sorciers qui occupent et salissent nos espaces de vie…
J’aime le décalage. Montrer ce qui est oublié, enfoui. Brest fait partie de ces villes où la mémoire est partout. Ville du bout du monde, porte de l’océan. Le gris est partout il est une trace, une cicatrice, un rappel. J’ai un lien fort, affectif, émotionnel avec cette ville, ce lien qui m’accroche aux silences, aux zones grises, elles aussi, de mon grand père qui prit la mer en 1914 sur un navire de la marine nationale, de mon père qui portait en lui des traces de ces mémoires enfouies…
Les brasiers de la haine ont répandu leurs flammes Sous les cendres grises de cette guerre des autres De petites lueurs à la chaleur vacillante Attendent doucement le silence éternel des fourbes fanatiques
Il ne reste plus de mots Nous n’avons plus de larmes. C’est Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo qui s’exprime ainsi aujourd’hui sur France Inter. Oui, comme souvent il dit juste, il dit vrai. Il ne reste plus de mots pour nous apaiser des brûlures de la barbarie ; ces mots je les cherche ce soir, mais ils sont épuisés, abîmés, froissés, pliés entre ces piles de haines blanches. Il nous faudra pourtant trouver, nommer, dire ce qui est enfoui, libérer ces mots enfermés de toutes leurs camisoles idéologiques. La poésie est un des douces armes que nous utiliserons pour retrouver le goût des larmes utiles…
Ecoute petit homme, Ecoute. Il est si beau ce monde qui ne dit rien. Il est si beau ce monde, Il te parle, c’est le tien.
Regarde petit homme heureux, Regarde ces furieux, Fanatiques, frénétiques, Ils ont le cœur électrique.
Ils préparent la prière, Hymne cathodique Aux rimes numériques, C’est le matin du malin.
Nuques raides, regards vides, Les impatients sont livides, Epuisés, lessivés, Un long sommeil les a lavés.
Ô Nuit blanche et câline, Ne t’épuise plus à blanchir Ces haines rances à mourir. Semées sur l’écran creux De leurs rêves sans bleu.
La nuit les a libérés. Il est l’heure, Affamés, ils attendent La victime par eux condamnée. Leurs mots sont prêts Ils vibrent, affutés, aiguisés, Ils vont frapper !
Pas un regard pour ton monde qui sourit. Ils attendent leurs matins numériques.
Rien ne brille, rien ne bouge
Hystériques ils cliquent, ils cliquent Ils cliquent, Et ce matin, petit homme, C’est une claque, Une claque pour les creux. Les écrans sont lisses et vides.
Les nouvelles du jour ? Parties, envolées, manipulées, falsifiées ? Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…
Le monde les voit Il pleure de cette embolie Il rit de cette folie
Mais cette nuit, petit homme, Le monde a agi. Le monde ne regrette rien Il le fallait, il l’a fait.
C’est si simple, Petit homme La poubelle était pleine, Le monde l’a vidée, Et dehors l’a laissée.
Dans les marges du hasard Flotte un presque flou Il nous invite à oublier Le bout de cette ligne Que nous écrivons en tremblant Et laisser glisser notre main tendue Sur les rives bleues de cette rime d’espoir
Dans le brasier des haines ancestrales Ne souffle pas ô toi homme des terres apaisées Prends garde au vilain revers Des vents mauvais Ils attisent les flammes Ils attirent les armes Tu t’endors dans l’insouciance Les larmes sont loin Mais prends garde homme sans chagrin Qu’elles ne coulent sur l’encre de tes mots
Je n’ai pas l’habitude d’utiliser ce blog pour commenter l’actualité mais je suis saisi de dégoût lorsque je vois circuler certains tableaux comparant le nombre de victimes entre les deux belligérants du moment…
Les comptables de l’horreur me révoltent, la mort de celles et ceux qui sont victimes de la barbarie n’entre pas dans un tableau Excel en en comparant les colonnes comme s’il s’agissait de faire le constat froid et glaçant que pour certains la colonne du débit est déficitaire. La diffusion de ce type de tableaux me révolte et justifie ce qui pourrait s’apparenter à un droit de tuage, pire encore qu’un permis de tuer. Quand l’horreur de la guerre, du terrorisme nous frappe, il ne s’agit plus de chercher un ignoble équilibre sur la balance de la barbarie, il s’agit de tout mettre en œuvre pour que la paix soit la seule réponse possible aux comptables de la haine…
Un vieux texte que j’ai retrouvé ce matin, écrit lors d’un voyage en Lorraine…
Le plateau de Lorraine : un
désert d’ondulations jaunâtres, avec du vert pâle pour apaiser le regard. Terre
chargée des combats d’hier. Jules observe et distingue les silhouettes qui
avancent encore, empesées dans leurs redingotes humides. Les yeux sont emplis
de souvenirs boueux. La guerre des autres, la guerre de ceux qui partaient pour
la dernière, et les échos, ailleurs, d’autres canons, d’autres guerre qui n’en
finissent plus. Jules ne supporte pas ces touristes pédagogues qui battent des cils
quand le guide local évoque tous ces moments d’histoire qu’ils enseignent, qu’ils
didactisent. Sourires narquois de celui qui même en short et nu-pied empeste la
suffisance de celui qui sait, qui contrôle et s’apprête à relever l’erreur qu’il
attend avec sadisme. On le sent sceptique, méfiant de ce savoir terreux qui
vient d’un gars du pays dont on devine que les siens sont passés, par ici, dans
cette cave fortifiée qu’on disait imprenable. Jules sourit, Jules se souvient
de ces orages de feu qu’il a appris, qu’il a entendu quand on lui a raconté.
Jules voudrait tant que les autres s’effacent, que l’on écoute, que l’on
entende le cri de la terre qui se souvient.
C’est inquiétant voyez vous… Le monde se fait beau et il ne pense même pas à bien faire. Il sait qu’on ne le verra pas, il sait que ses couleurs ne seront pas comprises, il sait que l’humanité a la nuque courbée. Mais il essaie. Il appelle : j’existe dit-il, ouvrez les portes de votre fabrique à sourires !
Rien ! Le silence…Un silence mou sans le moindre espoir de rimes…
Je cherche dans le fond humide de ma réserve à mots, un verbe qui pourrait survivre sans complément, sans adverbe, sans tous ces parasites qui au mieux affadissent au pire empoisonnent l’essence première du mot, cette saveur originelle qui lorsqu’elle fut la première fois utilisée suffisait, exprimait à elle seule ce qui était ressenti, c’est-à-dire vu, entendu, touché, goûté. Ces mots verbes existent je le sais, je les cherche, je les traque. Mais il y a aussi ceux que la grammaire a décidé d’entrer dans la catégorie des noms communs. A-t-on pris le temps de s’interroger sur la signification de ce commun, qu’on ajouter pour désigner ce qui pourtant désigne à lui seul l’essentiel. Peut-être s’agit-il d’une juste opposition au qualificatif propre. Serait-ce la propreté ou la propriété qu’on veut opposer au commun, au collectif. Il y aurait donc le mot qui appartient à un seul et ce qui est à tous ; pourquoi pas ! Mais le commun peut aussi être vu comme le banal, comme le courant, qui n’a aucune aspérité, aucune singularité. Ne dit-on pas d’un vin qu’il est commun pour éviter de dire qu’il n’est pas bon… Le vin, le ciel, le vent, la brume, le mauve, l’amour, que de noms communs qui dans ma réserve occupent une place singulière…
Les autres…N’écoute pas ce qu’ils te disent, sors de leur route toute tracée, choisis ton chemin. Et si on te répond que ce n’est pas possible d’entendre la mer lorsque tu es dans la forêt, ne dis rien, ferme les yeux et plains les, eux, qui n’entendent pas les arbres qui s’essaient au bruit des vagues. S’ils te disent que c’est ton imagination qui te joue des tours, réponds-leur que leur imagination est en panne, fatiguée, dis-leur que c’est quand on ne veut pas voir ce qui est vrai, quand on ne veut pas entendre le bruit des vagues qui secouent les crêtes des sapins qu’on est trompé par son obsession du réel convenu.
Cette imagination-là n’est pas la tienne, tu n’en veux pas de ces artifices pour enfant naïf qui fabriquent du magique pour empêcher d’aller ailleurs, de choisir d’autres chemins, tu n’en veux pas de cette mythologie préfabriquée qui fabrique des rêves à la chaîne, des rêves qui sont toujours les mêmes, depuis longtemps, et pour tout le monde. Tu dois leur dire que les arbres tu les vois comme des arbres et pas comme de vieilles femmes aux doigts crochus ou tout autres monstres qu’on veut entrer de force dans les têtes pour que les peurs soient identiques.
Tu ne dois pas être comme les autres. Les arbres tu dois les voir arbres et la mer que tu entends quand ils bougent dans le vent tu dois dire que c’est la mer. Tu ne dois pas dire : ils font comme la mer, c’est comme la mer, j’ai l’impression d’entendre la mer. Tu ne dois pas dire cela parce que c’est injuste de le dire, c’est injuste pour les arbres d’abord, et puis pour la mer surtout, c’est comme si tu disais que la mer n’existe pas, qu’elle est ailleurs, plus loin, toujours plus loin, qu’elle n’appartient qu’à ceux qui prétendent qu’ils l’ont vue, qu’ils l’ont entendue avec leurs mots à eux, avec les mots qui ont été fabriqués par d’autres pour dire que la mer existe, ici, et pas ailleurs…
Toi tu dois dire que la mer existe ici, dans ces forêts d’altitude, tu dois dire qu’elle est là, derrière ce vent, comme une mémoire……
…C’est un voilier qui hésite encore entre la voile d’hier, faite de bois et de cordes qui sentent la paille et la voile de demain faite de matériaux lisses, et de cordages qui sentent le plastique. C’est un bateau qui hésite, entre deux, il a du gris dans les rares couleurs que le soleil lui a laissé, un gris qui parle des marées, un gris qui parle des pluies d’hiver qui déchire le bleu de la mer. A bord sur le pont, encombré de tous ces objets qui parlent vrai tant ils sont usés, un homme se déplace lentement. Chaque chose qu’il touche semble le remercier. Il n’est pas comme les autres, il semble déjà un peu plus loin, son regard ne se disperse pas, son regard est à ce qu’il fait. Les autres, ceux qui virevoltent sur des bateaux de catalogue ont les yeux absents, on ne les devine même pas derrière des verres de marques ou se reflètent des couleurs qui n’existent que pour les touristes canonisés. Sur le pont, l’homme sans lunettes se prépare pour le départ. Arrivé hier soir, sans bruit, il a cherché un mouillage éloigné des autres pour ne rien dire, pour ne pas parler d’où il vient, pour ne pas utiliser de mots qui n’ont pas de sens pour lui. Les autres, lorsqu’ils sont au port aiment à raconter, se raconter, l’homme au navire sans âge n’est pas de ceux-là. Il ne se mêle pas à la vie du port. Il ne les méprise pas, il lui arrive même parfois de les écouter, de s’emplir de leurs rires pour s’en faire une couverture, douillette pour la nuit. Il ne les méprise pas, mais il n’aime pas qu’on pose de questions, il n’aime pas qu’on cherche à savoir. Son histoire ne doit intéresser personne, il ne le veut pas. Il se souvient, lorsqu’il est parti, il a mis le cap vers le nord, avec le vent de face. C’était un vent coupant et lui serrait les dents, pour ne pas faiblir, pour ne pas se poser de questions. Il était parti un matin tout simplement et quand il avait posé la main sur la barre en sortant du port de Concarneau, il savait qu’il ne parlerait plus, il avait tant à faire, tant à se dire à l’intérieur…
Immobile, face au port qui lui fait les yeux doux, Maurice enregistre tout, il accumule des réserves, pour demain, quand il tirera les couvertures de son lit et qu’il fermera les yeux. Il a marché sur le quai, lentement, très lentement, vite ça fait touriste pressé qui oublie que les dalles usées ont été polies par l’impatience de toutes ces femmes qui attendaient que la mer ramène leurs hommes, leurs fils, leur frère. Maurice sent tout cela. Amarré, à quelques mètres un petit chalutier. Ils sont deux à hisser des caisses sur le bord. Maurice ne regarde pas le contenu des casiers, il ne veut pas s’ébahir à la vue des poissons luisants oubliant ceux qui sont allés les chercher. Il regarde leurs mains. Ce sont des mains qui semblent vivre seules, qui ne s’agitent pas inutilement. Les gestes sont précis, lents, définitifs. Elles plongent d’une caisse à l’autre saisissent des poissons avec respect, délicatesse. Maurice se souvient des mains du poissonnier. Ce ne sont pas les mêmes, ce sont des mains qui ont oubliés d’où vient la sole ou le bar, des mains pour découper, pour écailler, pour peser, pour rendre la monnaie. Ils les regardent, ils ne se parlent pas, c’est inutile : ils viennent de passer une journée en mer, à travailler, en plissant les yeux, à cause du soleil, du sel, de la peur, de la fatigue. Maurice comprend qu’on ne parle pas à la mer comme à n’importe qui, on ne parle pas de la mer comme s’il s’agissait simplement d’une étendue d’eau. Il est temps. Maurice doit rentrer, à l’intérieur, dans les terres. Il n’est pas triste, il reviendra. Il sait à cet instant qu’il n’est plus et ne sera plus jamais le même. Aujourd’hui tant de sensations ont accosté dans son port intérieur. Il lui faudra plusieurs jours pour décharger. Maurice reviendra, il reviendra et partira sur un bateau, sur son bateau…
Le jour se lève me dites-vous ? Était-il donc endormi ? Comment ? Assoupi, simplement… Tiens donc… Étrange, n’est-ce pas ? Je n’ai rien vu. J’ai cherché, vous dis-je. J’ai cherché sans un bruit, Me perdant Jusqu’aux bords mauves De votre trop longue nuit Et ne l’ai point rencontré. Vous doutez ? C’est tant pis : Je n’irai plus déranger Les belles couleurs de votre ennui…
Dans le matin pressé de la fureur ferroviaire Parfois une tentation de lenteur On pose alors un regard furtif par la vitre Qui se rêve fenêtre Regarde Une ride sur l’eau Il est encore là le temps du sourire