Hum…

Sous les pavés

La plage effondrée.

Tend son oreille libérée,

Pas un chant d’amour,

Plus un souffle d’espoir.

Les coeurs sont asséchés,

Au coin de son regard effarée

Une larme de sel a séché.

Partout on crie,

Partout on hurle,

Haines aigres retirez vous !

Mes vagues vont déferler…

Il y a un navire dans mon jardin !

Il y a un navire dans mon jardin !

Un navire, mon ami, impossible, vous divaguez !

Oh non, vous dis-je, ce n’est pas un mirage…

Hier soir, c’est vrai,

Avec la nausée je me suis couché.

Toute une journée perdue à naviguer

Sur le bleu électrique de l’océan numérique.  

Oh je le sais, c’est laid,

Pas une vague, pas un souffle salé.

Pour ce long naufrage à tous imposés.

Oh oui, bien sûr,

Parfois un peu de mousse

Sur la crête pâle des mots enfermés.

Alors oui, je le concède,

Quand le soir est tombé,

J’étais triste et abandonné.

Tant de bruits, tant de cris

Ce monde est fou.

Dans les bras de la nuit, je me suis blotti.

Doucement mes lourdes paupières j’ai baissées.

Tous mes rêves bleus se sont éveillés.

Un à un, ils se sont envolés

Au fond du ciel noir de ma mémoire meurtrie.  

Et ce matin, oui c’est vrai ,

Il y a un navire dans mon jardin…

3 février 2020

Larmes de vitres…

Vitre grise est en sanglot,

Petites gouttes s’enfuient.

Tout va si vite.

C’est le train qui traverse.

C’est le train qui transperce.

C’est le train qui oublie.

Pas un visage contre la vitre,

Pas un regard pour la terre meurtrie,

La pluie est seule,

Elle s’ennuie.

Homme pressé

Ecoute-là, je t’en prie,

Quelques larmes

Sur la vitre elle essuie…

30 janvier 2020

Deux touches de vague il a posées…

C’est un soir ordinaire

Vide de beau.

Et toi, homme d’en haut

Tu rêves, tu espères,

Une belle ombre à ton tableau

Sur le quai, tu as posée.

Un peintre de nuit est passé.

Quelques instants il a contemplé.

Un sourire il a taillé,

Pointes de plume il a trempées.

Deux touches de vague

Il a posées.

Sur une lourde tâche de gris,

Deux gouttes qui brillent,

En chantant, il a mélangées.

 » Ouvre les yeux, l’ami,

Tout est fini, tu seras heureux ! »

28 janvier

C’est mon soleil, il est levé…

Déjà publié sur les mots d’Eric, le 10 juin, j’avais envie, ou besoin de vous proposer à nouveau ce texte ce matin….

Les mots d'Eric

Allongée sur le dos, feuille blanche repose sur le bureau.

Pas un bruit, pas un pli, il est si tôt.

Quelques miettes de nuit au bord du papier se sont glissées.

Dos brisé, regard embué, des griffes de ses draps il s’est échappé.

Emportant avec lui, petits paquets de mots froissés qu’il a tant aimé rêver.

Sur feuille blanche son regard a posé.

Tremblant et crispé, de ses doigts glacés la surface du papier il a caressé.

Blanche et fragile, feuille lisse, dans sa mémoire de papier a puisé.

Quelques mots elle a retrouvé, une à une, les lettres se sont formées.

Sur feuille blanche un souffle est passé.

Page blanche en est étonnée, et de plaisir a vibré.

Derrière la vitre, la lumière s’est invitée.

Douce et légère, la pièce a inondé.

Elle et lui, feuille blanche, matin gris.

Seuls dans la nuit qui disparaît, lentement l’angoisse est effacée.

Voir l’article original 72 mots de plus

Ecoute petit homme…

Ecoute petit homme,

Ecoute.

Il est si beau ce monde qui ne dit rien.

Il est si beau ce monde,  

Il te parle, c’est le tien.

Regarde petit homme heureux,

Regarde ces furieux,

Fanatiques, frénétiques,

Ils ont le cœur électrique.

Ils préparent la prière,

Hymne cathodique

Aux rimes numériques,

C’est le matin du malin.

Nuques raides, regards vides,

Les impatients sont livides,

Epuisés, lessivés,

Un long sommeil les a lavés.

Ô Nuit blanche et câline,   

Ne t’épuise plus à blanchir

Ces haines rances à mourir.

Semées sur l’écran creux

De leurs rêves sans bleu.

La nuit les a libérés.

Il est l’heure,  

Affamés, ils attendent

La victime par eux condamnée.

Leurs mots sont prêts

Ils vibrent, affutés, aiguisés,

Ils vont frapper !

Pas un regard pour ton monde qui sourit.

Ils attendent leurs matins numériques.

Rien ne brille, rien ne bouge.

Hystériques ils cliquent, ils cliquent,

Ils cliquent.

Et ce matin, petit homme,  

C’est une claque,

Une claque pour les creux.

Les écrans sont lisses et vides.

Les nouvelles du jour ?

Parties, envolées, manipulées, falsifiées ?

Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…

Le monde les voit

Il pleure de cette embolie

Il rit de cette folie

Mais cette nuit, petit homme,

Le monde a agi.

Le monde ne regrette rien

Il le fallait, il l’a fait.

C’est si simple,

Petit homme

La poubelle était pleine,

Le monde l’a vidée,

Et dehors l’a laissée

26 janvier 2020

Le monde boite bas

Souviens-toi passager,

Souviens-toi,

C’est un mardi,

Un petit mardi

Aux bords affaissés.

Tout va si vite,

Tant de terres traversées

Tant de terres séparées…

Souviens-toi,  

Derrière la vitre,

C’est un homme qui pleure,

Personne ne le voit.

Chacun est à son clic,

Les larmes ne s’affichent pas.  

L’homme regarde le monde,

Les autres ne le voient pas,

Rides sur le front,

Ils habitent le monde numérique.

L’homme pleure le monde perdu,  

Son monde frissonne et boite bas.

21 janvier

Lundi frileux…

Ce matin 7 h 10

C’est un lundi frileux

Tu le sens, tu l’entends,

Ton souffle sonne creux.

Tu pousses la porte

Le froid est là, vif et bleu.

Il est prêt et attend.

C’est long une nuit de feu

A se prendre au sérieux.

Il est là, nu et noir brillant,

Il te tend deux bras noueux

Prends un peu de temps et regarde le…

Là-bas…

Là-bas, au bout de l’Ile d’Ouessant…

Quand le monde est si bruyant,

Qu’il couvre même le vent,

Quand les regards sont de travers,

Que les yeux se noient dans le triste amer,

N’entre pas dans l’arène !

N’aiguise pas tes lames numériques !

Fais comme tes pères,  

Rêve d’Amérique !

Il faut que tu marches jusqu’au bout.

Là-bas, si loin,

Tu verras :

L’île se blottit

Entre les bras bleus de l’océan.

Là-bas, en bord de pluie

Tu verras :

Le doux demain clair

Il t’attend et sourit.  

Si tu ne peux pas partir,

Reste tête haute,

Marche jusqu’aux souvenirs.

Prends le chemin le plus malin.

Cours, vole, rêve, espère,

Souris de cet air qui te fouette !

Mais ne laisse pas gagner

La fanfare des maudits.

Laisse-les agiter, vociférer.  

Demain tu verras,

Ils seront oubliés.

Gare à l’attente…

J’attends le Ter : il ne vient pas…

Figé sur le quai,

Raide,bougon,

Je conjugue l’attente

A tous mes temps d’impatience.

Pressé, fripon,

Le présent me tente,

Dodu, rond

Il est presque parfait,

Las, long,

Mon temps est passé.

Sans câlins, ni chansons

J’ai vendu le futur

A un trousseur de wagons

16 janvier 19 h 49

Au fond de l’armoire…

Dans mon placard à rêves heureux,

Sous une pile de linge bleu,

J’ai trouvé deux vieilles feuilles blanches.

Tendres et belles,

A l’automne, endormies,

Sur leurs peaux pas un pli.

Doucement je les ai libérées.

Dans l’armoire au parfum ciré,

Elles se sont étirées.

Chantent les mots ronds,

Dansent les points pour les i,

Sur feuilles qui pétillent,

C’est une symphonie.

Petit nuage de poussière,

Deux moineaux étonnés

Sur une branche se sont posées

16 janvier

Rouge…

Petit homme a pris ses crayons,

Dans sa boîte à couleurs

Il choisit du blanc, le bleu, du gris…

Feuille blanche pâlit d’ennui.

Froissée, elle en gémit,

Il manque un ami.

Feuille le dit :

Le rouge est là !

Petit homme n’oublie pas…

Petit homme entend,

Les belles plumes a taillées,

Au creux du vent les a trempées.

Ses voiles de papier il a hissées.

La fenêtre il a ouvert…

Oh petit homme,

Le peintre est passé…

15 janvier

Dans la réserve à mots…

C’est dit, c’est décidé, il le faut, vous le voulez, vous devez parler !  Oui c’est cela, pas de doute, il faut que vous vous exprimiez, vous le ressentez. C’est très fort, presque un réflexe. Il faut que cela sorte !  C’est bien, c’est normal… Mais attention au mauvais réflexe ! Il peut conduire à une fausse route…

Voici donc quelques conseils.

Avant tout, il faut que vous respiriez, que vous ressentiez, que vous réfléchissiez. Ceci fait, vous descendrez tranquillement dans votre réserve à mots. Vous seul connaissez le chemin qui y conduit. Et là, attention, vous entrez sans frapper !  Pas de cris, pas de brusque lumière. Un mot qu’on surprend est un mot qui bondit, qui rugit. Un réveil brutal et il vous saute à la gorge.

Finies les courbes qui ondulent, oubliées les rondes voyelles. Le mot mal choisi est aigre, et coupant.

 Entrez, éveillez chacun avec le ton qui lui convient. Et surtout, surtout, pensez à ce que vous vouliez dire, à ce que vous souhaiteriez partager. Attention, il ne faut pas vous précipiter.  Comparez, et si vous le pouvez : goûtez ! Il faut que l’accord soit parfait.

Votre casier à mots ainsi garni de bons et beaux mots, refermez (toujours sans claquer la porte ), remontez, et bien sûr dégustez.

Soudain, un besoin d’océan…

Au bord du soir grisant,

J’ai l’amer qui me remonte.

Vite,

Il est encore temps.

Ne pas finir pendu au clou

D’un jour lourd aux angles coupants.

Soudain, un besoin d’océan

Envie de souffles,

Soif de vents,

Je ferme les yeux…

Derrière la vitre de mes mémoires salées

J’entends la longue plainte de l’océan…

14 janvier

Fleuve oublie

Au matin qui s’ennuie,

Fleuve ne frissonne plus,

Sans un flot, lisse et nu

Fleuve entre dans la ville.

Si loin le chant de la source,

Si loin la caresse blanche

De l’eau claire qui jaillit.

Tout est oublié,

Fleuve se laisse aller,

Entre deux rives rêches

Sa mémoire de brume mauve,

Il a abandonné.

Scintille la nuit…

C’est un soir ordinaire,

Longue pluie du jour

A laissé quelques flaques qui luisent

Pâle et timide

Une nuit d’ailleurs

Ecarte large ses maigres bras

Elle vient de si loin.  

Intimidée

Elle hésite à entrer.

On l’oublie, elle le sait

Et ne veut pas déranger,

De son pas noir et léger

Nuit avance sur la pointe des pieds.

Il est tard,

Ville qui brille

Avale ma nuit .

13 janvier 22 h 16

Dis lui…

Un peu en panne sèche, je reviens avec ce court texte, inspiré par la douleur que je ressens quand je commets l’erreur de passer un peu trop de temps sur les réseaux sociaux, fossoyeurs des mots, de mes mots….

Monde bleu s’est effacé

Au soir tombant

Tremblant, il a reculé.

Tête basse,

Dans un long bout de vide

Seul et triste

Il s’est retiré

Entends la plainte de monde bleu,

Quelques larmes

Sur ses rides ont coulé

Entends-le qui appelle :

Oh mots, oh mes mots

Vous m’avez abandonné…

Oh mots, oh mes mots,

Que vous a-t-on fait,

Qui vous a sali,

Que vous a-t-on promis ?

Homme sans haine,

Tu es seul aussi,

Réponds à monde bleu,

Dis-lui que tu viens,

Dis-lui que tu résistes,

Dis lui…

13 janvier

Mes Everest : « tu ne dis jamais rien » Léo Ferré…

En hommage à un autre Léo, qui vient d’entrer dans le monde, ce magnifique texte d’un autre Léo…

Je vois le monde un peu comme on voit l’incroyable
L’incroyable c’est ça c’est ce qu’on ne voit pas
Des fleurs dans des crayons Debussy sur le sable
A Saint-Aubin-sur-Mer que je ne connais pas

Les filles dans du fer au fond de l’habitude
Et des mineurs creusant dans leur ventre tout chaud
Des soutiens-gorge aux chats des patrons dans le Sud
A marner pour les ouvriers de chez Renault

Moi je vis donc ailleurs dans la dimension quatre
Avec la Bande dessinée chez mc 2
Je suis Demain je suis le chêne et je suis l’âtre

Viens chez moi mon amour viens chez moi y a du feu

Je vole pour la peau sur l’aire des misères
Je suis un vieux Bœing de l’an quatre-vingt-neuf
Je pars la fleur aux dents pour la dernière guerre
Ma machine à écrire a un complet tout neuf

Je vois la stéréo dans l’œil d’une petite
Des pianos sur des ventres de fille à Paris
Un chimpanzé glacé qui chante ma musique
Avec moi doucement et toi tu n’as rien dit

Tu ne dis jamais rien tu ne dis jamais rien
Tu pleures quelquefois comme pleurent les bêtes
Sans savoir le pourquoi et qui ne disent rien
Comme toi, l’œil ailleurs, à me faire la fête

Dans ton ventre désert je vois des multitudes
Je suis Demain C’est Toi mon demain de ma vie
Je vois des fiancés perdus qui se dénudent
Au velours de ta voix qui passe sur la nuit

Je vois des odeurs tièdes sur des pavés de songe
A Paris quand je suis allongé dans son lit
A voir passer sur moi des filles et des éponges
Qui sanglotent du suc de l’âge de folie

Moi je vis donc ailleurs dans la dimension ixe
Avec la bande dessinée chez un ami
Je suis Jamais je suis Toujours et je suis l’Ixe
De la formule de l’amour et de l’ennui

Je vois des tramways bleus sur des rails d’enfants tristes

Des paravents chinois devant le vent du nord
Des objets sans objet des fenêtres d’artistes
D’où sortent le soleil le génie et la mort

Attends, je vois tout près une étoile orpheline
Qui vient dans ta maison pour te parler de moi
Je la connais depuis longtemps c’est ma voisine
Mais sa lumière est illusoire comme moi

Et tu ne me dis rien tu ne dis jamais rien
Mais tu luis dans mon cœur comme luit cette étoile
Avec ses feux perdus dans des lointains chemins
Tu ne dis jamais rien comme font les étoiles

Petit homme…

Ce soir je suis grand-père pour la troisième fois…Je ne pouvais pas, ne pas lui offrir quelques mots

Bienvenue petit homme,

Bienvenue !

On est là,

On attend !

Le coffre à sourires est plein à craquer…

Elle est belle la vie,

Si belle, tu sais.

Tu verras elle brille déjà pour toi.

Ecoute petit homme

Écoute ces rires d’enfants,

Ils chantent ton arrivée.

Écoute…

Tes sœurs seront bientôt là

Roule, roule, bonheur

Petit homme est là…

10 janvier 2020

C’est le matin qui siffle…

Dans le bout de nuit

Qu’il te reste à inventer,

Tu te cognes aux angles secs

D’ombres épaisses.

Elles avalent le son de feutre

De ton pas glissant.

Pas un chant, pas un souffle,

C’est le matin qui siffle.

Le silence est lourd

Des mots doux qu’il retient ;

Il traîne avec lui

Des restes de rêves,

Images brèves d’un monde enfoui

Au fond du ciel sombre

D’une mémoire endormie.  

Tu avances, à tâtons,

Ta main se pose,

Longue caresse,

Sur la peau de papier.

Ton cahier est là,

Il est seul,

Sourires

Il attend.  

10 janvier

N’oublie pas…

5 janvier 2015, 5 janvier 2020 : en hommage aux victimes de la barbarie

Dans l’hiver bleu

De ta mémoire encombrée

N’oublie pas

Les lourdes traces

Que la haine a laissées.

Dans les flammes ocres

De tes souvenirs douloureux

N’oublie pas

Les douces braises

Que l’humanité a attisées.

Sur la route mauve

De ta liberté écartelée

N’oublie pas

Les regards effarés

Des plumes qui se sont envolées…

7 janvier 2020

J’ai trempé ma plume dans la lumière de ses yeux…

Homme marche en riant,

Deux trois miettes de nuit

Attendent au silence montant.

Sur le chemin, Homme est arrêté.

En plein vol, un mot a attrapé.

Sur les lignes de sa main,

Doucement l’a posé.

Toute la journée,

Homme a poli,

Homme a aimé

Mot rond aux lettres repliées.

Quand le soir est arrivé,

Souriant, Homme l’a libéré.

Mot doux s’est envolé.

Il chantait, il dansait, il planait.

Si gai, dans l’air léger,  

Sur un fil d’encre bleue,

En sifflant il s’est posé.

Homme est reparti

Et dans le soir fredonnant,

J’ai trempé ma plume

Dans la lumière de ses yeux.

4 janvier 2020

Il manquait un voyageur : 317 voix

Comme vous le savez, certains de mes écrits participent aux différents concours organisés par le site Short Edition, parmi eux, la micro nouvelle « il manquait un voyageur » rencontre un succès auquel je ne m’attendais pas… Je suis désormais classé à la 12 ème place et je peux encore monter dans le classement. Si le cœur vous en dit et si vous avez envie de soutenir ce texte je vous invite à vous rendre sur le site et à voter : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/il-manquait-un-voyageur-1

Au fond de mes poches de brume…

Le 30 décembre

J’ai cherché un souffle d’inspiration

Au fond de mes poches de brume

Trois mots ronds y dormaient.

Entre mes doigts plumes,

Je les ais éveillés.

Dans la lumière bleue d’un souvenir d’été

Ils se sont envolés.

Doucement sur le chemin

Ont posé une, puis deux,

Belles lettres

Timbrées de belle rosée.  

Ecoute la poésie du matin,

Petite musique qui revient.

2 janvier 2020

L’homme est heureux…

L’homme est heureux,

Il le dit, il le rit.

Autour de lui,

Pas un œil qui ne luit.

L’homme est heureux

Son cœur bat pour deux

« Je vais marcher,

Il le faut, c’est si beau. »

« Je vais marcher,  

Et lèverais les yeux. »

L’homme inspire,

L’air est si frais,

L’homme s’emplit de vrai…

Il faut attendre lui dit-on

L’heure n’est pas aux rêves creux ;

Il faut entendre le souffle fatigué

D’un bleu délavé, lessivé

Par la basse marée.

L’homme n’écoute pas,

L’homme est heureux.

27 décembre

C’était un soir de trop…

C’était un soir de trop,

Vidé de son plein de beau.

Triste soir si laid,

Laisse un long goût de craie.

Seul, il veut poursuivre le chemin

Partir, finir,

Entrevoir le bout du presque rien.

Seul, s’en aller,

Se poser, regard blessé.

Et,

Juste au bord,

Au bord gris du vide de demain,

Laisser pendre les jambes,

Tout doucement souffler,

Laisser les yeux se fermer,

Prendre un dernier souffle d’été,

Laisser un peu de temps passer,

Et dans l’ombre

Te voir arriver.

Il manquait un voyageur….

Vous avez aimé cette micro-nouvelle ? Je vous invite à voter pour le concours hiver 2020 du site Short Edition : voici le lien
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/il-manquait-un-voyageur-1?all-comments=1&update_notif=1577114443#fos_comment_3949695

Les mots d'Eric

J’ai regroupé dans un seul article les deux anciennes parties de ce portrait ferroviaire que j’ai achevé hier. C’est devenu une micro-nouvelles que je publie d’un bloc pour en faciliter la lecture. Et je lui ai donné un titre

Ce
sont trois informaticiens, ou techniciens, de ces hommes qui m’impressionnent
parce qu’ils arrivent à réfléchir en trois dimensions. Tout le long du trajet,
dans ce «carré» que je partage avec eux, ils parlent une autre
langue, presque une langue de signes. Ils rient, ils sont bien dans leurs
anecdotes technologiques. Ils mettent du sourire et du bonheur dans les codes,
dans les chiffres. Il y a du soleil dans leurs langages obscurs. Je ne
comprends, ce n’est pas grave, je les écoute avec délice. Ils ont de la
passion, elle déborde dans ce compartiment monotone et j’aime ça. Ils ne jouent
pas, ils ne forcent pas, ils disent, ils racontent…

Voir l’article original 434 mots de plus

Poèmes de jeunesse. « Ici » 2

Ici,

Ici tu viens pour apprendre

Que tu n’es rien

Pour comprendre

Que les hommes dehors

Sont passés par là

Alors, alors

Le sens du message

Te gicle à la face

Équation française :

Moyen, moyenne

Nation

Mais ici ils n’ont que ta silhouette déguisée

Jamais ils ne pénétreront dans ce qui est fait de toi

Jamais ils n’auront la part du rêve qui t’appartient

Parce qu’il est fait des autres, que tu aimes

Et qui les fait rien

Jamais ils ne découperont tes souvenirs en pointillé

Parce qu’eux sont nés avec la préhistoire

Ils ont oublié d’avancer

Alors ils se sont améliorés

Organisés

Et ils affranchissent tous leurs mots

De cinq lettres

A-R-M-E-E

Mais alors toi il faut que tu te battes

Bats toi !

Pas contre eux

Ils seraient trop heureux d’exister

Bats toi, contre toi

Fais que ta silhouette ne soit qu’ombre

Fais que ta parole ne soit là bas , que branche morte

Pour que vivent les racines

Les seules

Celles de ta vie

Celles qu’ils n’auront jamais

Alors ils pourriront

Peut-être

Quand vient le soir…

Quand vient le soir,

Quand tombent les premières gouttes de nuit.

Quand les fenêtres se ferment,

Quand les regards se taisent,

Quand les mots se font rares et lents,

Alors,

Alors, la ville fronce ses sourcils de béton fatigué,

Et sur les façades à la blancheur inventée

On aperçoit quelques trous de lumière.

Entends les, ils scintillent,

Entends les, ils t’invitent à rentrer..

16 décembre

Signes

C’est un tout petit matin de rien,

Matin qui ne tente rien.

Ah, pour ça, on le lui dit !

Matin reste dans ton coin,

Et surtout ne fais pas le malin…

Ne viens pas déranger notre beauté.

Tu est si simple,

Et tellement laid.

On s’occupe de tout,

Du bleu, du mauve, du rougeoyant,

Et bien sûr,

Du flamboyant

Petit matin est résigné.

Petit matin est blasé.

Mais aujourd’hui,

Petit matin est rebelle.

Il a pris dans grande poche bleue

Une belle craie blanche.

Et d’un trait, d’un seul,

Il a envoyé un signe blanc et poudreux.

Merci petit matin bleu,

Tu as mis des étoiles dans mes yeux.

15 décembre

Le monde est à terre…

Le monde est à terre.

Pâle d’ennui,

Il chante à mots bas.

Entends ce long murmure,

Dans le souffle de mes bras.

Il s’étire jusqu’à demain.

Enroulés dans un lourd drap de brume,

Nos enfants chagrins

Pleurent au large.

Leurs cris se glissent.

Entre les plis de ton visage…

13 décembre

Le jour se lève…

Le jour se lève me dites-vous ?

Etait-il donc endormi ?

Comment ?

Assoupi, simplement…

Tiens donc…

Étrange, n’est-ce pas ?

Je n’ai rien vu.

J’ai cherché, vous dis-je.

J’ai cherché sans un bruit,

Me perdant

Jusqu’aux bords mauves

De votre trop longue nuit

Et ne l’ai point rencontré.

Vous doutez ?

C’est tant pis :

Je n’irai plus déranger

Les belles couleurs de votre ennui…

13 décembre

Dans ma boîte à coeurs…

Dans ma boîte à mots

Je prends une lettre

Belle, ronde, légère.

La pose sur une feuille

Que le vent a oublié.

Soupir,

Une boucle se forme

La lettre est fermée.

Seule, elle s’ennuie.

Lettre te réclame un ami.

Regarde !

Lui dis-tu,

Prends ce mot

Il est à toi, il t’attend,

Il sourit.

Heureuse,

Lettre E s’est approchée

Contre lui s’est adossé

Des mots doux lui a murmuré,

Dans un cours E s’est invité

Dans ma boîte à cœurs,

Une lettre j’ai postée…

11 décembre

Mots en boîtes

Ville brille et brûle…

Lyon Part-Dieu 10 décembre

Le ciel ?

Bleu, dites-vous ?

Un instant, je vous prie :

Je lève les yeux…

Silence…

Je cherche les mots :

Des beaux, des doux,

Des qui font du bien.

Où sont-ils ?

Perdus ?

Abîmés, oubliés, échappés,

Sur ma marge rouge

Un ou deux,

Se sont posés.

Regarde :

Ville brille et brûle.

Entends son chant fauve,

Voix brisée aux éclats de nuit

Elle les a attrapés.

Revenez, gémit-elle.

Je vous en prie,

Prenez ma main…

Allons,

Doucement,

Nous serons si bien.

A deux,

Il est déjà demain…

10 décembre 2019

J’ai la mer au bord des yeux…

J’ai changé la photo d’accueil de mon blog. C’est Ouessant et ses cent vagues… Inspiration

Silence pluvieux,

J’ai la mer au bord des yeux.

Dans le loin bleu

De mes mémoires salées,

Deux ailes se sont envolées.

Vent d’hier,

Sur les vagues les a posées.

Explose l’écume,

S’envolent perles de brume.

Regarde la mer belle.

Sur la plume de tes mots

A la feuille amarrée,

Mer a chanté,

Mer a soufflé.

8 décembre

Bientôt novembre partira…

Novembre bientôt s’en ira.

C’est dit : le travail est fini !

Oh non, il n’a pas chômé…

Contemple les dégâts !

Plus une feuille pour s’envoler

Pas un chant pour t’éveiller

Si peu de fleurs pour espérer

Novembre a tout avalé,

Novembre a tout effacé, gommé.

Novembre mon ami,

Novembre mélancolie,

Je t’en prie

Ne te retourne pas

Novembre je ne t’en veux pas…

29 novembre

Insomnie…

Insomnie te traîne

Au bout d’une presque nuit.

Abandonne les draps froissés,

Force la porte

De la boîte à souvenirs.

Si loin le chemin des écoliers,

Lumière pâle de jaune salie.

L’odeur remonte.

Elle parle d’une ville d’acier.

Entends,

Les mains frissonnent.

Regarde,

Lumières aux rimes belles

29 novembre

Derrière les arbres…

Parc de Saint-Ouen l’Aumône le 27 novembre

Regarde,

Homme pressé.

Allège ton pas,

Invite les senteurs,

Lourdes, humides.

Aimes les, c’est leur heure.

Regarde,

Homme blasé.

Derrière les arbres, il y a la cité.

Entends la forêt,

Elle frissonne.

Une à une, feuilles d’or

Elle abandonne.

Ouvre les yeux,

Il pleut de l’automne.

Regarde,

Homme oublié

Là !

Derrière !

Barre blanche arrimée,

Il faut que tu t’étonnes :

C’est beau les arbres dans la cité…

27 novembre

La ville est à l’envers…

Ce matin, un petit café dans le quartier de Rosa-Park…

La ville fière et droite,

Point de vert,

Point de ciel.

Ville s’étire.

Lumières engluées dans ses lignes

Ville attire.

Café noir sur le zinc,

Il regarde et sourit.

Flacon, flacon, flocon,

Mots doux qu’il aime tant.

Il ferme les yeux.

La ville est à l’envers…

27 novembre : Paris

Oiseau blessé…

J’utilise encore Twitter pour relayer mes textes, pour combien de temps encore tant les mots y sont abîmés…

On me dit qu’il gazouille…

Je le vois qui bafouille.

J’ai mal à mon oiseau liberté.

Où sont tes chants qui caressent ?

Un par un,

Sur le clavier ils ont cloué

Tes mots plumes si légers.

Perles de haines ont enfilés,

Petit oiseau ils t’ont enfermé.

Aux cris qu’ils posent sur l’écran,

Tu réponds par des souffles de silence.

N’abîmez plus les mots.

Les vôtres se sont tus.

Dans cette longue nuit numérique…

Petit oiseau s’est échappé…

26 novembre

Tout va si vite…

Tout va si vite.

Deux ou trois minutes endormies

Ont été oubliées.

Délaissées, abandonnées,

Main dans la main, elles se sont approchées.

Trop tard !

L’heure affolée a filé

Leur passant sous le nez.

Petites minutes se sont regardées.

Pas une seconde à perdre,

C’est notre heure,

Elle est arrivée !

25 novembre 2019

Soleil matin…

Ce matin 7 h 10…

Le soleil se lève ici aussi…

Regarde le…

Il ne veut pas que tu oublies.

Il aime tes mots.

Baume mauve couleur nuit

Sur doux visage gris

Lentement il luit.

Cest beau petit matin

Qui s’enfuit,

Poussé par le souffle frais

Du passant qui sourit.

25 novembre 2019

Demain pluvieux

Une humidité à l’odeur épaisse.

Un froid incapable de cingler

Essaie simplement de s’infiltrer,

Il traîne en longueur.

Pas une trace de lumière.

Les objets sont gavés de l’ombre qui les étouffe.

Les gens passent,

Météo au pied, comme un boulet.

Pas un ne rit, plus un ne vit.

Automne colonisateur.

Il est partout, même dans les rires.

Feuilles jamais sèches

Piétinées

Collées, tristes au pied.

Tout se traîne, se désespère.

La mer est habillée de gris,

Ne pas froisser le ciel si bas

Il pourrait la gober.

Demain sera mieux,

Demain sera heureux.

Hiver a explosé

Sur les hauteurs de Sorbiers, aujourd’hui

L’air est si vif et coupant

Il crisse en glissant

Sur peaux raides et sêches,

S’accroche au sol gisant,

S’infiltre en soufflant,

Chasse sur les terres

Depuis hier abandonnées

Du bel été envolé.

Rides de la terre écartelées

Bardées de blanc

Se sont figées.

De vagues en vagues,

Le champ a ondulé

Longues franges gelées

Herbes folles ont avalé.

Armé d’une douce poudre blanche

Hiver a explosé

17 novembre 2019

Demain…

Il a les larmes au bord des yeux

Rouges braise d’une tristesse étoilée,

La pluie est à l’intérieur,

D’émotions, le trop plein est empli.

Il déverse des flaques de gris,

De chaque couleur il est l’ennemi.

J’attends le soleil qui fige la surface.

Voile de lueurs qui apaisent l’ombre de l’intérieur.

Demain dans le peut-être du futur,  

Le regard ira mieux.

Février 2017

Parfum de nuit…

Il ouvre son livre intérieur,

Y ajoute quelques pages.

L’encre ne sèche plus.

Elle coule

Douce et légère.

C’est le sang vif des mots.

Ils s’échappent,

Perles de plumes

Que le jour éveille.

Si beau

Les mots qui s’envolent.

Dans le vent qui attend, quelques grains de soleil,

Les yeux les lisent, le regard se plisse.

Le cœur s’affole.

On est bien.

Pas un son n’essaie le bruit,

Tout est mélodie.  

Des notes s’enroulent.

Il flotte un doux parfum de nuit.

Si loin d’Ouessant

Oullins,18 h 03

Dans le fonds bleu

De mon sac à mémoires salées

J’ai cherché trois gouttes d’océan.

Quelques instants j’ai tâtonné.

Quelques grains de sable,

Un petit bout de vent,

Si peu de bruyères séchées.

Où es-tu belle Ouessant ?

Je te cherche, j’ai le temps.

J’ouvre un œil et puis deux,

Joli ciel peureux,

Qui essaie de me rendre heureux

8 novembre 18 h 35…

Vivent les livres…

Poser son regard sur une feuille fraîche et lisse,

Y voir les mots danser,

Farandole colorée

De douces rimes

Riches en sourire

Fermer les yeux,

Respirer une belle odeur boisée,

Poser doucement le doigt,

Caresser de gauche à droite

Petites tâches noires,

Vibrent d’envie.

C’est beau un livre assoupi

Dans son long sommeil de papier.

7 novembre

Ouessant s’éloigne,

Sur le bateau du retour : au large, Ouessant

Sur cette belle ligne brune

Tracée sur une page bleue océan.

Tu souffles ces quelques mots,

De ta plume d’eau

Trempée dans le vent.

A chaque vers ajouté,

C’est une perle envoyée

Aux mémoires de papier.

C’est si beau une île dans le vent,

S’envolent les feuilles légères,

Une à une se posent en riant

Sur la fine marge de l’île d’Ouessant…

3 novembre

Tempête est là…

Pointe de Pern, île d’Ouessant ce matin

Homme d’en bas,

Regarde le visage de l’océan.

Sur son front salé,

C’est la tempête qu’on lit.

Les rides se sont creusées,

Le regard s’est assombri.

De belles longues vagues blanches,

Entrent dans les terres usées

Elles s’étirent en criant,

Et offrent leurs bouquets d’écume

Aux récifs abandonnés.

Regarde les qui entrent dans la danse.

Écoute les !

Elles chantent avec le vent

Ferme les yeux,

Laisse entrer l’ocean.

C’est la tempête à Ouessant

2 novembre

Ouessant couleur océan…

Ile d’Ouessant

Ici tout respire l’océan.

Terre, pierres,

Fougères, bruyères,

Chacune offre une rime à la mer.

Pas un bruit de trop,

Point de sons inutiles.

Les couleurs sont légères.

Elles se posent en douceur,

Plumes lisses trempées dans la brume,

Écrivent quelques pages

Et tu les imprimes dans ta mémoire brune.

31 octobre

Jean-Pierre Abraham gardien de phare et écrivain

Photo prise au musée des phares et balise au phare le Creac’h

Jean-Pierre Abraham 1936-2003 a déjà publié « le vent » lorsqu’il suit la formation de gardien de 1960 à 1962. Il est nommé chef de phare à Ar-Men réputé comme un des phares les plus dangereux. Il y exerce pendant trois ans le double métier de gardien et d’écrivain. Il y écrit Armen un magnifique récit autobiographique…

A l’ouest de vos mémoires encombrées…

Pointe de Pern

Ici, un bout de ce monde habité,

Terre déchiquetée,

Vagues emmêlées,

Hommes de l’intérieur

Retournez vous !

A l’ouest de vos mémoires encombrées,

Il y a le vent.

Vent qui souffle sur vos nuques.

Vent qui s’engouffre

Derrière vos yeux étonnés.

Avancez encore un peu,

Tendez votre oreille

Entendez son chant,

Il vous murmure

Toutes ces histoires oubliées

30 octobre

C’est l’automne à l’Ouessant…

Pointe de Pern : Ouessant…

C’est l’automne sur le Ponant.

Fougères asséchées,

Bruyères délavées,

Les vents de l’été oublié,

Sans mollir ont soufflé.

C’est l’automne à Ouessant,

La lande est rouillée.

Petite route grise,

T’invite jusqu’au bout.

Regarde autour de toi,

C’est si beau le ciel d’en bas.

Ferme les yeux,

Sens le sel sur tes lèvres se poser.

Ouvre toi.

C’est l’ouest, il te tend les bras.

30 octobre 2019

J’ai le mal des mots…

Ce soir j’ai une indigestion,

Ce soir j’ai la nausée.

Tant de mots abîmés,

Tant de mots alourdis, enrubannés, embaumés.

J’ai mal à mon dictionnaire,

Où les mots se rencontrent

Au détour d’une page qui flotte

Ils s’élèvent, ils s’envolent,

Regarde les, doux et légers,

Regarde leurs ailes,

Elles s’effleurent, elles glissent,

Elles s’unissent.

J’ai mal à mes mots.

J’enrage et grogne à demi-mots

Empli jusqu’à la nausée,

De ces mots que vous m’avez volés

25 octobre 18 h 56

Novembre : J-7

Novembre approche à grands pas,

Regarde autour de toi,

Regarde le

Qui se prépare,

Armes au pied,

Lames grises aiguisées

Sur la pierre molle d’un été condamné.

Regarde le ce novembre fourbe et tragique,

Il attend que tes yeux se baissent.

Et toi tu entends son pas lourd et glissant.

Résiste !

Novembre t’oubliera.

Résiste !

Ton printemps reviendra

Octobre 2019

C’est si bon d’être aimé(e)

Dans chacun de ses mots, une goutte de vie

Une goutte de lui.

Pas un bruit autour d’elle,

Le silence est une caresse.

Entends la mélodie douce et belle,

Des mots qui ouvrent leurs ailes.  

C’est un sourire sur ses lèvres

Elle lit, elle sourit,

Pas un ne l’oublie,

Dans son regard qui luit,

Soudain c’est la vie.  

Dehors, le soleil a fini sa journée

Lentement il s’en est allé.

Nuit si belle, nuit si douce a étiré

Les fines voiles d’étoffes étoilées.

La chaleur flotte encore

Apaisée elle s’est allongée,

C’est si bon d’être aimée.

Deux parallèles sont deux droites qui…

C’est un soir ordinaire,

Empli de ce triste gris

Que la pluie souligne

De perles d’ennui.

Et toujours l’attente ferroviaire…

Les regards vides

Cherchent l’espoir d’une lueur.

Rien ne vient au bout de cette courbe.

Tout est si droit,

Tout est si raide.

Et dans mon rêve impertinent,

Deux parallèles fatiguées

Tout doucement se sont aimées.

En se rejoignant….

21 octobre 18 h 07 gare d’Oullins

Petite flamme bleue…

Larmes au bord des yeux

Rouges braises d’une tristesse étoilée,

La pluie est à l’intérieur,

D’émotions le trop plein est empli.

Et déverse des flaques de gris.

De chaque couleur il est l’ennemi.

Tu attends le soleil qui fige la surface.

Voile de lueurs,

Apaisent ombres de l’intérieur.

Demain,

Dans le peut-être du futur apaisé

Petite flamme bleue

Danse et luit,

Douce lumière scintille,

Et rit au fond de tes yeux.

20 octobre 2019

Laissez mes mots en paix…

Lève les yeux…

Ils n’en peuvent plus tous ces mots que j’aime.

Ils n’en peuvent plus qu’on les répande,

Qu’on les salisse,

Ils n’en peuvent plus de vos batailles futiles.

Ils n’en peuvent plus d’être conjugués

A tous les temps de vos haines ordinaires.

On les rabote, on les assoiffe.

On les assèche, on les ampute

De leurs parfums,

De leurs douceurs.

Je vous en supplie

Redresseurs de torts,

Commentateurs du rien,

Posez à terre vos lames numériques !

Riez, respirez , soufflez !

Et dans le silence revenu,

Entendez

Cette douce mélodie des mots apaisés.

16 octobre 2019

Plateau de Lorraine

Un vieux texte que j’ai retrouvé ce matin, écrit lors d’un voyage en Lorraine…

Le plateau de Lorraine : un désert d’ondulations jaunâtres, avec du vert pâle pour apaiser le regard. Terre chargée des combats d’hier. Jules observe et distingue les silhouettes qui avancent encore, empesées dans leurs redingotes humides. Les yeux sont emplis de souvenirs boueux. La guerre des autres, la guerre de ceux qui partaient pour la dernière, et les échos, ailleurs, d’autres canons, d’autres guerre qui n’en finissent plus. Jules ne supporte pas ces touristes pédagogues qui battent des cils quand le guide local évoque tous ces moments d’histoire qu’ils enseignent, qu’ils didactisent. Sourires narquois de celui qui même en short et nu-pied empeste la suffisance de celui qui sait, qui contrôle et s’apprête à relever l’erreur qu’il attend avec sadisme. On le sent sceptique, méfiant de ce savoir terreux qui vient d’un gars du pays dont on devine que les siens sont passés, par ici, dans cette cave fortifiée qu’on disait imprenable. Jules sourit, Jules se souvient de ces orages de feu qu’il a appris, qu’il a entendu quand on lui a raconté. Jules voudrait tant que les autres s’effacent, que l’on écoute, que l’on entende le cri de la terre qui se souvient.

Aout 2006

Dans ma mémoire de papier…

Lisbonne, le port de commerce

Dans ma réserve à émotions,

Dorment quelques ports,

Aux couleurs métalliques.

Pas une voile, pas un visage buriné.

Dans ma réserve à poésie,

Tant de terres oubliées,

Tant de beautés condamnées.

De mots en mots,

J’accoste sur des rives étonnées,

Je cueille les couleurs abandonnées.

Une à une, je les inspire,

Feuille à feuille,

Elles peuplent ma mémoire de papier

8 octobre 2019

Automne est arrivé…

Le ciel est si bas,

Les yeux se sont baissés

Tristes et ternes, par la lumière abandonnés,

Au fond du regard ils se sont noyés.

Les couleurs sont en deuil,

Inutiles et fatiguées

L’été brûlant les a congédiées.

Une douce fraîcheur, épaisse, humide,

Dans le matin fragile,

Tous les corps asséchés

Tendrement a enrobé.

Sans un souffle, sans un cri,

Feuille est morte,

Sur sa branche, frêle, craquante,

Feuille frissonne,

Feuille crépite,

Feuille attend,

Feuille entend,

Automne est arrivé .

5 octobre 2019

Petits bonheurs du jour…

Je sors du métro, place de Clichy, et là une librairie, une belle librairie où flotte une douce odeur de papier, j’entre et je tombe sur ce recueil de tous les éditoriaux et articles de Camus à Combat, je frémis de plaisir, je paie je sors. L’air est doux, je finis à pied et je rencontre ce petit bout de jardin, au pied d’un arbre, c’est simple, c’est gai. Petits bonheur du jour à partager.

250 abonnés plus…2 = 252…

J’ai franchi aujourd’hui le cap des 250 abonnés à mon blog. Ravi que  » les mots d’Eric » plaise, suscite des commentaires…Ravi aussi de decouvrir d’autres passionnés de déguster leurs friandises littéraires. Le but que je recherchais était bien de partager mon plaisir des mots, de la poésie, de l’écriture. Peu à peu je me détache totalement de Facebook où comme le disait Camus le réflexe a remplacé la réflexion et où la méchanceté se prend pour de l’intelligence…

Merci à tous : continuons !

Inspiration…

Ecrire sur des pages de ciel bleu,

Voir les mots blanchis d’angoisse.

Ne pas finir, en petite note

Dans un coin triste

D’une marge grise.

Les entendre se poser,

Un par un.

Feuilles d’ange,

Regarde-les,

Doux, légers,

Ils roulent, entre tes lèvres.

Ecoute les.

Douce mélodie,

Aux syllabes arrondies

Ils planent et flottent

Sous la grand-voile

De ton rêve

Aux rimes oubliées.

Il est l’heure,

Invite-les,

Là, tout bas

Entre main et feuille

Dans l’entre-deux pâle et mauve 

D’une douce poésie

Qui caresse l’horizon.  

26 septembre 2019

Un matin à Montparnasse…

Sur les rives poisseuses de carrelage blanc,

Pas un souffle de vent,

Foule pressée d’un matin chagrin

Les corps se touchent,

Contacts mécaniques…

Pas un mot, trop de clics.

L’aube est effacée,

Mon sourire est de trop,

Calme tes couleurs,

Retiens tes ardeurs.

Tous tes mots sont abîmés

Leur ciels n’est pas invité.

26 septembre 2019

L’océan n’en peut plus…

L’océan n’en peut plus.

Aujourd’hui c’en est trop !

La coupe est pleine.

Tous ces bleus qu’on lui colle,

De l’azur, de l’outre-mer, du turquoise, du ciel…

Du ciel ?

Mais pour qui le prend-on ?

L’océan n’en peut plus.

Aujourd’hui il abandonne.

Plein le dos des aurores matinales !

Toutes ces teintes pastel,

Déclamées par des poètes fatigués,

C’est dit, c’est fait,

Il les rejette.

Qu’elles échouent donc sur tous ces bords

Lisses et ternes,

Et qu’on oublie de chanter

Parce qu’elles ne collent pas avec les couleurs

Qu’on lui impose.

L’océan n’en peut plus.

Photographié, exploité,

C’est en rugissant

Qu’à tous les touristes canonisés,

Il rappelle en souriant

Que sous tous les vents d’Est et d’Ouest

Du Sud et du Nord,

C’est simple, il est incolore !

« Je vous en supplie, cessez de vous extasier ! »

L’océan n’en veut plus

De ces couchers de soleil

Que tous les soirs on lui impose,

Pour que chacun prenne la pose.

L’océan est révolté.

Ce matin il a bloqué le reflet.

Tout est fini.

Seules,

Les couleurs sont abandonnées,

A leur triste sort.

Ce matin l’océan est apaisé,

A la surface grise et lisse,

Pas un cri, pas un pli.

Ce n’est que de l’eau ;

Et c’est si beau.

Aujourd’hui l’océan s’est reposé.

Septembre 2019

Retrouvons ce brave Patouf

Ils sont venus me chercher à plusieurs, j’ai toujours autant de mal avec le calcul. Je ne sais pas pourquoi. Bref, ils sont plusieurs et je remue la queue. Le plus grand c’est Yann. Il me prend dans ses bras et les autres me regardent avec envie. Il y a leur père qui est ému et ça, ça me fait rire, enfin à l’intérieur, parce que ça non plus je n’ai pas le droit de le montrer. En fait, je crois que je n’ai pas le droit de montrer les dents, il paraît pas que ça se fait pas pour un chien. Pour un loup oui, là ça fait bien, ça fait sauvage. Le plus grand, c’est l’aîné je crois, ils disent comme ça chez les hommes. Chez nous ce n’est pas pareil, dans la portée il y a des plus grands, des plus gros, mais on a tous le même âge. Mais je m’égare, et on va certainement dire que j’écris mal : en plus du plus grand, il y a un autre garçon, un petit blondinet, petit mais costaud, je l’aime bien lui, on l’appelle Bastien. Et surtout, il y a une petite, c’est Alice. Elle est petite Alice. C’est la plus petite, mais je sais déjà qu’avec elle ça va être la fête. D’ailleurs tous mes frères et sœurs ont compris qu’avec elle ça promet d’être la belle vie, alors avec moi ils s’accrochent tous au bas de sa robe, on la mordille et comme elle est très calme, elle n’a pas peur, on continue ça nous plait, on dirait un manège de chiots. Les autres ne voient pas, ils discutent, demandent des conseils, pour me nourrir. J’ai envie de leur dire de pas s’inquiéter, j’ai l’estomac en béton. Personne ne le sait ici mais j’ai déjà mangé deux éponges la semaine dernière. En cachette. Pourquoi des éponges ?  Je ne sais pas, mais franchement j’adore ça surtout quand elles sont encore un peu grasses, je les gobe comme des huîtres.

Le chef de la meute ç’est bien sur le plus vieux, c’est lui qui donne l’argent à l’autre.  Je dis l’autre parce que je ne connais pas son prénom.  Ça y est : il lui sert la main. L’autre je ne l’aimais pas : il ne me parlait jamais, ni à moi ni à mes frères et sœurs. Ni à maman…

Flaques d’huiles bleutées…

Carcasse abîmée, navire d’acier

Sur le quai s’est affalé.

J’aime cette rouille,

Rime salée

De couleurs oubliées.

J’aime les câbles qui grincent

Et les flaques d’huiles bleutées,

Grasses sueurs d’une mer attendrie.

Sur le port, pas un homme, pas un bruit.

Les chaînes sont tendues,

J’entends les cliquetis,

Douce mélodie

Du port qui attend la nuit.

L’automne balbutie…

Dans la fin de l’été déclinant,

Traces d’un automne impatient.

Humidité à l’odeur si épaisse,

Froid nouvel arrivant,

Incapable d’être cinglant,

Timide,

Il essaie de s’inviter,

A la table mauve d’une aube,

Aux couleurs délavées.

Plus une trace de lumière.

Les objets sont gavés d’ombres qui les étouffent.

Des gens passent,

Sourires en berne,

Ils traînent les restes du bel été  

Qu’on ne veut abandonner.

Pas un qui ne rit,

Plus un qui ne vit.

Automne colonisateur,

Feuilles jamais sèches, piétinées

Restent collées,

Tristes, sous le pied.

Tout se traîne, se désespère.

La mer est habillée de gris,

Ne pas froisser le ciel si bas

Il pourrait la gober.

Demain sera mieux,

Demain sera heureux.

Réveil…

Soleil levant à Paris

Dans le peuple de l’aube,

Pas un qui ne bouge.

Sur la table blanche

De la nuit achevée,

Quelques restes de silence,

Miettes grises éparpillées.

Une douce odeur de café

Chasse les papillons,

Par la lumière du jour éblouis.

Battements d’ailes,

Les paupières s’étirent.

Un par un, légers bruits du matin

Discrets,

Se sont invités

Un à un, apaisés, reposés,

Tes mots aimés,

Fidèles amis réunis

Sur ton carnet vont s’envoler.

27 août 2019

Histoire de Patouf, suite…

J’ai commencé à écrire il y a quelques mois, parce que j’ai beaucoup de temps, je n’ai plus grand-chose à faire. Le fait est que je me souviens, quand je ferme les yeux et c’est fréquent aujourd’hui parce que  je suis malade, parce que je suis mourant même, alors  je me souviens d’eux. Ils sont venus me voir, chez ma mère, je suis encore très jeune, trop jeune pour leur dire que je les aime déjà, je me cache, parce que c’est ainsi qu’il faut faire, ne pas montrer tout de suite qu’on veut partir. Pourtant ma mère je l’aime, je l’aime tant, elle est grande, elle est belle, elle porte la tête haute et quand elle marche on dirait qu’elle glisse sur le sol, elle est légère. J’ai des frères et sœurs, plusieurs, je peux pas dire combien parce que je sais pas compter. Ils sont parfois agaçants à me taquiner, à me mordiller. Mon père je ne le connais pas, j’ai cru comprendre qu’il était d’ailleurs et que ma mère aurait bien voulu qu’il reste mais ça n’a pas été possible, ils n’ont pas voulu.

Ils sont venus pour choisir, alors j’ai tout fait pour qu’ils me remarquent. J’ai pas bien compris pourquoi je ne suis pas parti avec eux la première fois : j’ai cru comprendre, après, que c’était trop tôt, que je n’étais pas sevré, que j’avais encore besoin de grossir. C’est dommage, moi je serai bien parti tout de suite, alors je suis resté encore quelques semaines avec maman et mes frères et sœurs. Y en a un qui est malade, il dit rien il passe sa journée à dormir, parfois je m’approche de lui, il me regarde et semble me faire comprendre que c’est foutu pour lui, personne ne viendra le chercher, personne ne viendra le soigner, il va mourir et il le sait. Ca me rend un peu triste alors pour me changer les idées j’essaie de rêver à ce qui m’attend, dans quelques jours (je sais pas combien parce que je sais toujours pas compter) quand ils viendront pour me chercher. Je ne sais pas combien ils seront chez eux, je ne sais pas si je serai seul, bref je ne sais pas grand-chose si ce n’est qu’il y a de la lumière dans leurs yeux et que leurs voix est douce. Enfin pour le moment, parce qu’ils ne me connaissent pas encore. Comme tous mes proches je suis têtu bien sûr, mais ce qu’ils ne savent pas c’est que je suis vraiment têtu. Ma mère le sait d’ailleurs, quand je ne veux pas la suivre avec toute la troupe, elle ne peut rien y faire, enfin si, une caresse, une tendresse et je consens à me bouger un peu.

Les journées ont été longues jusqu’à leur retour alors pour être sûr que la prochaine fois ne serait pas encore une fausse alerte, je me suis appliqué à bien manger, non à beaucoup manger, y compris dans la gamelle de maman pour bien montrer que maintenant je peux me débrouiller seul enfin que je peux me passer de lait.

C’est le Vercors…

Grenoble vu de Saint- Nizier du Moucherotte mai 2019

Dans le frais silence

Du haut plateau,

Entre sans un bruit,

C’est ouvert.

Respire,

Emplis-toi de ce vert.

Souffle, oublie,

Un instant, un seul ,

La rumeur du bas.

Ecoute dans le vent léger qui passe,

L’écho lointain de ces voix éternelles.

Il te raconte ceux qui résistent.

Entends leurs murmures,

Ils te disent que tu existes.

Si beau, si fort,

C’est le Vercors.

Regarde dans le fonds de vallée

La ville s’est étirée,

Blanche, écrasée,

La ville s’est retirée.

Si seule, sous le regard des sommets,

Elle se fait discrète,

Elle ne veut pas déranger,

Et tout doucement,

Tu t’es approché.

L’ombre est encore là.

Tu es si bien,

Tu as souri.

Chute d’en haut…

Une nouvelle rubrique : chaque jour, ou presque, une photo, une émotion pour les sens que j’essaie tant bien que mal de traduire par l’écrit… Aujourd’hui une chute d’eau dans les Alpes.

L’eau jaillit,

Tout là haut,

Dans un trou de ciel au bleu fatigué .

La chute est si belle,

Elle étire ses longues mèches.

Des boucles se forment.

Plus rien ne coule,

Longue et légère

La chute ondule

Dans ce saut vers le vide

Perles de pluie,

Une à une s’envolent

Sur des peaux qui frissonnent.

5 août 2019