
Chemin de fer,
Chemin de terre,
Je cherche la rime qui rit
Ne bouge plus chemin de mer
Aux prochaines marées du vieil hiver
J’écrirai dans la marge de tes vagues oublis

Chemin de fer,
Chemin de terre,
Je cherche la rime qui rit
Ne bouge plus chemin de mer
Aux prochaines marées du vieil hiver
J’écrirai dans la marge de tes vagues oublis

Au sommet de nos peurs bétonnées
Doucement
A tâtons
Nous cherchons
Ce vieux bout de brume
Que belle brune
En rêvant a soulevé…

Entends le c’est l’heure
Il chante Matin
Il chante et secoue nos vieilles peurs
Automne taquin
Est en pleine lueur
Il rit du gris malin
Pris main dans le sac à couleurs

Ecoute moi
Oui toi
Il faut que tu bouges
Ouvre les yeux
Sors de ton cirque à clique
Sens la douce caresse de tes cils
Souviens toi tu es vivant
Non tu ne rêves pas
Tu ne le sais plus
Tu ne le peux plus
C’est pour toi que je parle
Homme enfoui
Homme englouti
Homme avalé
Homme digéré
Referme ta bible numérique
Essaie
Essaie tu verras
Pense
Regarde
Le monde est là
Il t’observe
Il attend et t’espère
Il a pris ses belles couleurs
C’est pour toi elles brillent
Ecoute moi
Oui écoute moi
Il faut que tu résistes
29 novembre

Dans la fin de l’été déclinant,
Traces d’un automne impatient.
Humidité à l’odeur si épaisse,
Froid nouvel arrivant,
Incapable d’être cinglant,
Timide,
Il essaie de s’inviter,
A la table mauve d’une aube,
Aux couleurs délavées.
Plus une trace de lumière.
Les objets sont gavés d’ombres qui les étouffent.
Des gens passent,
Sourires en berne,
Ils traînent les restes du bel été
Qu’on ne veut abandonner.
Pas un qui ne rit,
Plus un qui ne vit.
Automne colonisateur,
Feuilles jamais sèches, piétinées
Restent collées,
Tristes, sous le pied.
Tout se traîne, se désespère.
La mer est habillée de gris,
Ne pas froisser le ciel si bas
Il pourrait la gober.
Demain sera mieux,
Demain sera heureux.

Dans le compartiment, il y a cette odeur, unique, qui s’accroche aux vêtements. Une odeur de voyages, trop courts, pour que la sueur soit absorbée par les souvenirs touristiques. Une odeur de vitre propre, de soupirs fatigués, une odeur de vie qui est à la peine, pour s’approcher de ce dont on rêve quand on est la tête contre la vitre. On ressent les vibrations, et puis il y a l’humidité de l’haleine qui fait comme un voile. Le voyage contre la vitre peut commencer, les yeux qui se ferment et le skaï devient cuir sauvage. Les néons ferroviaires sont des reflets de lune sur l’eau, pas un son, pas une voix qui ne troublent le rien d’un songe qui cherche son issue. Comme une musique, comme une mélodie. Et le couple d’en face, si vieux, si bons, qui posent leurs yeux sur la main de l’autre, pour signifier leur amour. Ils sont si beaux, si vrais, avec des souvenirs en réserve, pour chaque aiguillage, des regards croisés. Le front fait corps contre la vitre, les vibrations se font plus douces, le couple est comme un bouquet. Plus loin des jeunes filles rient, elles sont heureuses, heureuses de leurs sens, de ce qu’elles disent, de ce qu’elles montrent aux regards des peureux du bonheur. Elles batifolent, de mots en mots, d’histoires banales en tranches de vie. Et leurs rires nous réchauffent dans ce temps qui ne fait que passer.

Je, tu, il, elle, on, vous, ils
Sur la page blanche de mes chaque matin
Je cherche
Je cherche
Qui va parler
A qui m’adresser
Que et quoi vous dire
Ce dont je ne doute pas
C’est le comment
Je choisis dans ma boîte à plumes
La fine et belle encore endormie
Je la lisse et la trempe dans les encres grises
De mes restes de nuit
Entends la qui crisse en glissant
Sur la première ligne de ton jour qui sourit

Vers le ciel j’ai tant levé la tête
Est venu le jour où est entré le bleu
Oubliés les murs de nos grises cellules
Chantent et dansent les couleurs en fête
J’ai jeté la clé des rêves fermés

J’ai soudain faim
Je coupe une belle tranche de rire
Dans une tourte à la croûte chatouilleuse
Je croque et craque
Le chant doux de la mie
Glisse dans le creux de mon oreille
Une rime à la miette dorée

Dans le jardin des mémoires de demain
J’ai semé un vieux fond de graines de rires faciles
C’est la bonne saison
Je le sais je le sens
C’est le temps
Le temps si rond si long
De la bonne raison
Il le faut on attend
Regarde
Les granges débordent de molles pailles
Oubliées de vieilles moissons
Entends les pleurs des rides sèches de la terre
Aux prochains soleils levés
Tu cueilleras ta première fleur au sourire câlin…

Il est des matins roux
Qui emplissent de rêves
Les fonds de faille
De nuits ocres aux angles droits
Ils posent légers
De douces caresses
Sur nos joues creusées
27octobre

C’est un matin qui boitille
La nuit aux pierres lourdes
Lui pèse encore sur le dos
Derrière les grises vitres
Un presque jour se débat
Au loin la belle lueur
Attend l’agonie du triste sombre
25 septembre 2025

Au sommet de nos peurs bétonnées
Doucement
A tâtons
Nous cherchons
Ce vieux bout de brume
Que belle brune
En rêvant a soulevé…

Silence pluvieux,
J’ai la mer au bord des yeux.
Dans le loin bleu
De mes mémoires salées,
Deux ailes se sont envolées.
Vent d’hier,
Sur les vagues les a posées.
Explose l’écume,
S’envolent perles de brume.
Regarde la mer belle.
Sur la plume de tes mots
A la feuille amarrée,
Mer a chanté,
Mer a soufflé.

S’il reste quelques miettes de vrai
Dans le fond de la vieille marmite de vérité
Nous gratterons avec la fourchette de l’espoir
Et porterons à la bouche ces restes d’hier souriant
22 septembre

On a tous un rêve de flaques
Longue et large
Petite mer des belles amitiés
Comme l’enfant insouciant
Au rire parfum d’océan
Les deux pieds joints
Tu sautes avec la jolie joie
Oui celle qui éclabousse
On rit on pleure
Il pleut on s’ébroue
Gouttes de pluie perlent de lui
Larmes salées parlent d’une si belle
Et je sème une suite de cailloux
Pour nos lendemains un peu fous

Derrière la vitre de nos envies
La grise ville nous a menti
Pas un bout de mer
Pas un souffle de ce bel air
Les vagues se sont figées
Dans leurs longues quêtes salées

Fenêtre ouverte
Sur le rond silence bleu
Du matin frileux
J’attends les mots blancs
Qui frappent sur les vitres endormies
J’entends la pointe dure du stylo
Elle crisse et glisse
Sur ma belle feuille fripée
De sa longue nuit agitée

Sur la pente raide d’un chemin creux
Je presse le pas vers un sommet ivre de bleu
J’avance
Le souffle court d’un rire qu’on empêche
J’attends
Crissement d’une caresse rêche
Je frissonne
Longue et verte vague à l’âme
Se jette en pleurant
Sur la rive molles de mes nuits blanches

Derrière le tendre vert des collines alanguies
J’entends le vent qui bruit
Sans un cri
Un reste de pli bleu
Couvre ronde larme de si peu
Sur le bord gris de tes yeux bleus

C’est un matin au gris surpris
Je ne l’attendais plus
Au creux d’une nuit de songes soleil
Je riais à n’en plus rêver
De ces rideaux levés sur des mots enfants
Mots pirouette
Mots cabrioles
Qui bondissent rougissent
Te tiennent d’une main épuisée du sucre interdit
Je ne l’entendais plus
Ce long cri de ce toujours dernier jour
Enfoui sous les draps d’une mémoire oubliée

Vieil homme se souvient
Dans le feu intérieur de son regard bleu
Un fond de mémoire brûle de mille yeux
Vieil homme s’est assoupi
Dans un coin gris de ses souvenirs asséchés
Une larme s’est envolée

Lassé de me cogner
Aux angles mauves
Du grand mur gris
De vos molles promesses
J’ai rêvé d’une fenêtre
Ouverte sur le souffle bleu
De nos demains heureux

Il arrive que le temps soit à la contemplation
Simple inattendue fraîche
Elle débarque sans crier sur les rives des matins communs
Et les soupirs de l’impatience sont apaisés

Saison âpre
Cercle après cercle
quand les déserts nous auront un à un tendu tous leurs
miroirs
vainement les nuits ayant sur la tiédeur des terres étiré
leur cou de chameau fatigué
les jours repartiront sans fantôme à la poursuite de purs
lacs non éphémères
et les nuits au sortir les croiseront titubants
d’un rêve long absurde de graminées
Esprit sauvage cheval de la tornade gueule ouverte dans ta suprême crinière en moi tu henniras cette heure
Alors vent âpre et des jours blancs seul juge
au noir roc intime sans strie et sans noyau
jugeant selon l’ongle de l’éclair en ma poitrine profonde
tu me pèseras gardien du mot cloué par le précepte

Mais où êtes vous donc l’ami
Voici plusieurs jours qu’on ne vous entend
Nous nous inquiétons vous le savez
Vos mots nous manquent
Dans le soir frissonnant
Il nous réchauffe en murmurant
Pas de souci je suis là
La pâte de mes mots repose
Je veille sur elle
Avant qu’elle ne lève
Demain peut-être
J’étirerai je pétrirai
Et sur le feu doux de mes émotions
Doucement je la poserai
Et elle chantera
Je le sais…

Au sommet de nos peurs bétonnées
Doucement
A tâtons
Nous cherchons
Ce vieux bout de brume
Que belle brune
En rêvant a soulevé…

Entre les rides
Des espoirs déçus
Un bouquet de couleur
Une larme bleue
Douce lueur
Sur ces quelques fleurs
Oublie les rires mauvais
Va, cours
Rêve
Creuse là
Oui
Ici
Tout au fond de la poche
Tu trouveras
Les dernières miettes
De l’arbre heureux…

Sur la peau blanche de mes espoirs
J’écris les mots pour demain
Dans un bouquet de rires enfouis
Je trempe ma plume épuisée
Sur le papier au grain glacé
Une boucle aux bords bleutés
Je trace en pleurant
Ces mots que j’aime
Pour toi
Pour nous
Je les lie
Main dans la main
Loin du hier de nos ennuis
Ils s’envolent
A tire d’ailes
Entre les bras du couchant
Regarde-les
Ils s’enfuient
Regarde-les
Nous sommes en vie

Douce paupière
De brume
Se ferme
Sur l’oeil roux
D’un automne
Ivre de lumière

Et j’entrerai dans le rêve d’un oiseau
Il y aura des hommes d’en bas
Qui agiteront leur bras
Je les entendrai me dire qu’ils voudraient me rejoindre
Et je m’endormirai au bord d’un fil mauve

Un souffle
De vie.
Pour longtemps.
Deux sourires,
Soudain.
En format souvenir.
Une joie,
Qui cogne
Aux fenêtres d’un civilisé du retard.
Rapide,
Un regard qui dure.
Deux regards qui tremblent
Et ils comptent
Sur leurs échiquiers intérieurs
Les fous qui leur jouent
Un hymne de mots
Pour un soir
Qui dure
Et ils trouvent ensemble
La route des autres
Et ils s’aiment
Vite

Dans le presque bout
Du pâle gris
D’un lointain matin
Coquin
Câlin
J’ai posé
La belle couleur
Du rire malin

C’était l’heure des sans amis
Penché vers un presque rien
Je voulais prendre ce chemin
Et rêvais d’y rencontrer les hommes
Aux doux regard paisibles
Qui rêvent de lendemains
Aux bords ronds et malins
J’ai marché jusqu’au dernier bout
Lointain
Oh si lointain
Elle était là
Seule et perdue
Vêtue d’une longue trainée de brume
Elle attendait en souriant
Je te savais
Tu le sais
Entre tes larges marges inventées
Je t’avais inventé

Il faut rester liés
Peu importe la couleur, la matière, l’âge, ce qui nous lie est plus fort ce qui nous sépare. La haine, les haines qui déferlent aujourd’hui sans aucune limites, sans aucun garde fous me donnent la nausée. Les mots sont abîmés. La pensée n’existe plus. Seul le réflexe compulsif domine. Je n’entends plus que des vociférations. Il nous manque tant celles et ceux qui loin de leurs narcissiques écrans éclairaient les chemins noirs, ( Camus je pense à toi… ).
De ci de là des paroles posées, qui sortent de cette permanente mélasse où tout est confondu : la politique et ses bassesses, l’histoire et ses blessures, et la haine sans limites pour des peuples errants qui souffrent en silence d’être les otages des apprentis sorciers qui occupent et salissent nos espaces de vie…

Dans le silence mou d’un matin bleu
On s’arrête
Là
Dans le plein rêve
D’un monde heureux
On s’arrête
Là
Juste au-dessus du vague soupir
Las
On n’entend plus la douce mélodie
On respire, on espère
On hésite, on appelle
Oh rien
Ou si peu
Juste le mot
Juste un seul
Léger
Goutte à goutte
Rivière l’épelle
On baisse les yeux
Plus un souffle d’air
Tout se fige
Une par une flaques d’eau
S’assèchent
Et sur la surface lisse d’un vague ruisseau
Le temps s’est achevé
Nous ne l’attraperons plus

Pour ce long voyage au pays des bruyants
Il avait commencé une provision de silences
Dans un sac à papier froissé
Quelques trous de mémoire
Sagement attendaient
Il est si bon de ne rien dire
Quand tous sur l’écran tête baissée
Rêvent de participer
Son sac à mots était empli de douceurs
Bondé de rondeurs
Pas un jour ne passait
Sans qu’il n’y plonge la main
Pour déguster un autre demain

Dans le bout de cette vie qui résiste
Il y a comme un voile gris
Flamme qui vacille
La peur n’ose plus entrer
Un rideau de larmes
Inutile elle recule
Son temps est passée

Je ne veux plus
De ce silence glacé
Qui roule en pleurant
Sur la mousse verte et ventrue
Des pentes asséchées
Je ne veux plus
De ces fracas de voix
Qui brisent en crissant
Les longues et fines lames
De mes rires boisés

Dans ma boîte à couleurs
Je cherche ce mot qui tinte,
Je le voudrais doux et gai.
Un mot pour apaiser
Un mot pour aimer.
Et sur ma feuille pâle d’ennui,
Ivre de couleurs
Le poserai sans un bruit…

Au bout de ces tristes jours gris
Peur sans fin
On nous sert comme refrain
Pour ma rime qui se perd
J’ai plongé dans la pleine lueur
D’un si doux rêve de fleurs

Trois fois rien
Me dites-vous ?
Oui trois fois rien,
Et c’est tout !
Cela suffit pour mon peu de bonheur…
Non vous dis-je !
Ce n’est pas assez,
Vous le regretterez…
Oh non, rien de plus,
Je vous en prie !
Pas de rose,
Plus de mauves,
Laissez les bleus en paix.
Je n’ai besoin que de terres grises
Pour écrire mes rêves bariolés.

Homme de moins que rien
Visage mou
Regard moite
Poisseux d’aigres sueur
Qui s’incruste entre les rires innocents
Homme de moins que rien
Expire le mauvais parfum
De la suffisance des quelques siens
Il était de ces bavards inutiles
Qui encombre les salons
Homme de moins que rien
Creuse en soufflant
Un gras sillon de silences aigris
Ils étaient tant à le suivre
Roses fanées à la boutonnière
Oublieux de ses arrogances
Dans ce monde aux sourires sucrés
Ignobles, infâmes
Ont repris en cœur
L’hymne gris de leurs violences cachées

Il est l’heure de la lumière,
Il me reste un bout de rêve mauve.
Infime miette dans un bol de rire noir,
Laissée là, douce et croquante
Par une nuit rassasiée.
Au creux du silence du matin qui gémit,
J’avance tête baissée,
Tirant sur le long fil de ce songe qui sourit.

Il reste quelques traces de brumes blanches
Sur cette belle page d’un matin bleu
De longues lignes froissées des restes de nuit
Attendent les premiers mots aux odeurs de pain chaud
6 septembre

Dans le fonds asséché de mon puits à rêves bleus
De lourdes pierres noires emplissent le vide de ma page blanche
Mots fleurs, mots ciels, mots vagues
Tous sont écrasés
Ils se tordent le cou pour inventer le chant
Des rimes en rires
Ils se tordent le cou pour s’échapper
De l’humide étreinte du nœud coulant qui les étouffe

En suivant la trace floue d’une histoire d’hier
J’ai glissé sur la flaque du doux présent
A tâtons je marche en riant vers le noir heureux
Où brille l’ombre de tes cheveux
Je souffre de l’oubli des ces presque rien
J’attends serein
J’entends chagrin
Un long soupir sec
Il étale en claquant
Des larmes au bleu coupant
Qui abîment en roulant
Les bords mous du chemin des gisants

J’ai tenté l’impossible ascension
Vers la cime d’une mémoire abîmée
Lisse est la paroi surprise
Pas un qui ne veut
Glisse
Plus un qui ne peut
Glisse
Elle était belle cette histoire
J’ai suivi ses lourdes traces
Jusqu’aux neiges racontées

Tu t’es pris les pieds dans le lourd tapis de la nuit,
Assis au bord de ton lit
Entre tes mains, ta tête tu as pris.
Souviens-toi, nous étions vivants,
Tu riais, je parlais, insouciant.
Sur nos lèvres séchées par le vent,
Dansaient les mots taquins,
Sautillaient les mots malins,
Coulaient les mots chagrins.
Dans un coin reculé,
De notre hier oublié,
Je t’entends, je te vois, tu es resté.

En suivant la trace floue d’une histoire d’hier
J’ai glissé sur la flaque du doux présent
A tâtons je marche en riant vers le noir heureux
Où brille l’ombre de tes cheveux
Je souffre de l’oubli des ces presque rien
J’attends serein
J’entends chagrin
Un long soupir sec
Il étale en claquant
Des larmes au bleu coupant
Qui abîment en roulant
Les bords mous du chemin des gisants

Non, non, pitié,
Pas aujourd’hui,
Je vous en supplie,
Mon rire s’est enfui.
Pas de jeu de mots,
Pas de rimes en i.
N’insistez pas, je vous le dis.
Comment ?
Dommage, me dites-vous ?
Vous aviez de bons mots ?
Eh bien tant pis,
Je cède, allons-y !
Je n’en prendrai qu’un :
Je le veux bref et poli.
En avant mon ami,
Je suis tout ouïe.
Par quoi commencerez-vous ?
Comment par i ?
Paris ?
Malheur,
C’est bien ce que je dis,
Comment, que me dites-vous ?
Ce que je dis ?
Ce que je dis,
C’est jeudi…
Vivement vendredi…

La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;
La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions
Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

Sur le tableau noir de mes désirs d’écriture
J’ai tracé quelques lettres de brumes
Des mots bleus se sont envolés
A tire ligne jusqu’au bord d’une blanche feuille
Que j’avais attendue
Une phrase est là, en suspens
Une autre aussi qui l’attend
Je les regarde heureux
Elle se sont aimées
Avec mon consentement

Lorsque j’écris, sur le papier, avec un stylo-bille des plus commun, je ressens très fort la sensation de l’écriture. C’est un acte physique, qui laisse des traces. Et je me souviens alors de cette toute première phrase que j’avais écrite il y a quarante trois ans lorsque je décidai d’écrire un roman, mon premier roman, première pierre d’un chantier qui ne s’est jamais fermé, même dans les pires moments, ceux où l’inspiration est ballottée dans les intempéries de la vie.
Je me souviens, j’avais 19 ans et j’écrivais : « J’ai la tête qui bourdonne, les mains moites. Mes jointures gardent en mémoire les arêtes du stylo. »
En ce moment, presque tous les soirs mes doigts gardent en mémoire les arêtes de mon stylo.

Un jour je prendrai le risque de ne rien dire
Pour être invité à la table du silence
On prendra un verre ou deux
Cocktail de brumes
Et on ne parlera pas
Pour s’entendre mieux

Fracture du soleil
Hier j’épousai le vaisseau neuf
seconde après seconde
fracture du soleil
nous armés de poinçons
faisions de petits trous dans la mer
aux longues lieues
comme des virgules.
Aujourd’hui les galets au coeur
j’étincelle
quelle veine à mon poignet
bat
et
le rejoindra ?
« Les fenêtres bleues »

Je voudrais écrire une histoire des regards
Regards croisés
Regards posés
Regard aimés
Regards secrets
Qui entrent dans la chair de nos silences
Nous murmurent des entre-mots oubliés
Aux ailes rondes et fripées
Et nous chantent la douce mélodie
Des amours attendues

Dans le coin sombre d’une journée ordinaire
Une boule de triste silence s’est endormie
La foule des bruyants passait
Regard levé
Pas pressé
Pas un pour lui parler
Et doucement la rassurer
Pas un pour murmurer
Ne crains rien petite
Ne crains rien
Tu verras on va t’aider
Tu verras on va t’aimer
Et ton chemin vers un long demain
Tu trouveras
Petite boule a souri
Un chant, un cri, un souffle
Tous sont réunis
Oh petite boule notre amie

J’ai un arbre dans la tête,
Et,
Quand vient la nuit
Sur ses branches nouées
Reposent mes rêves du bel été
Regarde,
Ecoute,
Ils sont légers, ils sont beaux,
Ces songes qu’on dit vers
Balancent en riant
Au bout de leurs branches.
Dans la lumière du soir tombant,
Fleurissent des mots d’amour
Longues rimes enivrantes,
Qu’on effeuille en dormant.
26 mai…

J’ai plongé la main,
Dans le fond mauve de ma poche à sourires.
Il y restait quelques miettes d’air marin ;
Dans le doux creux de ma paume de cire
J’entends, elles chuchotent un chant câlin.
Ô si beaux ces mots loin du pire.
Lavés, salés, à ma bouche les ai portés, comme le bon pain.
Les yeux j’ai fermés : la mer est entrée, elle a tant à me dire…

La terre est heureuse
Elle explose de vie
Le rouge est un sourire
Elle l’offre aux regards qui l’envient
Elle l’offre au ciel
Qui l’a fait vie
Le rouge est une fleur
Une fleur des chants d’été
Le bleu du ciel est heureux
Le rouge est mis, la pierre est belle
Sur la prairie de ce midi
La terre est belle quand tu souris
Pas un bruit,
La chaleur s’est endormie

Il y a dans les rivières qui s’étalent
Une docile tentation de basse mer
Les douces eaux rêvent de lentes vagues
Elles clapotent de toutes leurs forces
Sur les rives de vertes vérités
Mais l’océan lointain fier de ses rouleaux
Feint de n’entendre rien

Le soleil se lève ici aussi…
Regarde le…
Il ne veut pas que tu oublies.
Il aime tes mots.
Baume mauve couleur nuit
Sur doux visage gris
Lentement il luit.
Cest beau petit matin
Qui s’enfuit,
Poussé par le souffle frais
Du passant qui sourit.

Entre les rides
Des espoirs déçus
Un bouquet de couleur
Une larme bleue
Douce lueur
Sur ces quelques fleurs
Oublie les rires mauvais
Va, cours
Rêve
Creuse là
Oui
Ici
Tout au fond de la poche
Tu trouveras
Les dernières miettes
De l’arbre heureux…

A l’heure molle des impatiences cadencées
J’entends parfois le cri de l’oiseau noir
Il pleure une curiosité engloutie
Au fond du gouffre numérique
Visages courbés
Nuques raides
Regards polis de vides
Ils ont effacé
D’un doigt qui glisse sur le verre appauvri
Les derniers chants qu’ils prennent pour des cris
Pas un signe pour lui
Oiseau noir ce matin est encore seul
Je lève les yeux
Je sais qu’il me voit qu’il m’attend
Oiseau noir du matin
Tu es mon réveil chagrin
12 avril

Et quand le soir sera venu
Nous serons apaisés
Où que nous soyons
En grand nous ouvrirons les fenêtres
En bleu salé nous nous voilerons
Un vent frais aux angles taquins
Nous parlera de tant d’autres lointains
Nos yeux frisés de fatigue
Inventeront des flots de lentes vagues
Nous entendrons les rires des oiseaux de mer
Et nous nous pencherons sur les calmes rives
De nos beaux lendemains

Sur l’eau, quelques rides de lumières,
Le matin léger s’étire sur le fleuve.
Au loin la rumeur de la ville,
Comme un bruit qui s’éveille.
On s’étire, le silence se respire.
Il fait frais, on sourit.
Le jour se lève.
C’est beau,
La nuit s’est retirée,
Discrètement, le port l’a avalée.
Le soleil est là, on le sent.
On l’entend.
Chaque couleur s’est préparée,
Dans le matin léger,
Ses ailes lissées le fleuve a déployé.

Entre les bras d’un jour finissant
J’entends le chant mauve
D’une longue nuit qui m’attend

Ecoute petit homme,
Ecoute.
Il est si beau ce monde qui ne dit rien.
Il est si beau ce monde,
Il te parle, c’est le tien.
Regarde petit homme heureux,
Regarde ces furieux,
Fanatiques, frénétiques,
Ils ont le cœur électrique.
Ils préparent la prière,
Hymne cathodique
Aux rimes numériques,
C’est le matin du malin.
Nuques raides, regards vides,
Les impatients sont livides,
Epuisés, lessivés,
Un long sommeil les a lavés.
Ô Nuit blanche et câline,
Ne t’épuise plus à blanchir
Ces haines rances à mourir.
Semées sur l’écran creux
De leurs rêves sans bleu.
La nuit les a libérés.
Il est l’heure,
Affamés, ils attendent
La victime par eux condamnée.
Leurs mots sont prêts
Ils vibrent, affutés, aiguisés,
Ils vont frapper !
Pas un regard pour ton monde qui sourit.
Ils attendent leurs matins numériques.
Rien ne brille, rien ne bouge.
Hystériques ils cliquent, ils cliquent,
Ils cliquent.
Et ce matin, petit homme,
C’est une claque,
Une claque pour les creux.
Les écrans sont lisses et vides.
Les nouvelles du jour ?
Parties, envolées, manipulées, falsifiées ?
Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…
Le monde les voit
Il pleure de cette embolie
Il rit de cette folie
Mais cette nuit, petit homme,
Le monde a agi.
Le monde ne regrette rien
Il le fallait, il l’a fait.
C’est si simple,
Petit homme
La poubelle était pleine,
Le monde l’a vidée,
Et dehors l’a laissée

Il arrive que le temps soit à la contemplation
Simple inattendue fraîche
Elle débarque sans crier sur les rives des matins communs
Et les soupirs de l’impatience sont apaisés

Il y a parfois un trou dans le vide que laissent les absents
On y passe discrètement une tête
On laisse son œil se poser sur cette trace profonde
On attend doucement
Sans rien dire sans attendre
Là juste derrière le dernier souvenir
On entend le long murmure
D’un si beau fou rire…
5 septembre

Vieil homme est seul
A pas lents et trainants
Du haut mur du passé
Il s’est approché
Son oreille fatiguée
Sur la pierre il a posé
Le doux murmure des rêves oubliés
Sur son vieux corps s’est écoulé
Oeil éclairé vieil homme sourit
Il le sait
Il le sent
Dans un pli de mémoire
Il entend le chant de la mer
Qui jamais ne s’oublie

J’étais las
Bras ballants
Nuque courbée
Sur le quai je marchais
Attentif aux petits riens
Qui emplissent de mauvais silences
Les derniers souffles d’une journée sans fin
Dans le fond d’une poche
Juste pour m’occuper
J’ai plongé une main
Oh ce n’était qu’un geste de rien
Et bien mes amis
Je vous l’assure
C’est un sable si fin si frais que j’ai caressé
Qu’au coin de mon œil une vague a coulé

En suivant la trace floue d’une histoire d’hier
J’ai glissé sur la flaque du doux présent
A tâtons je marche en riant vers le noir heureux
Où brille l’ombre de tes cheveux
Je souffre de l’oubli des ces presque rien
J’attends serein
J’entends chagrin
Un long soupir sec
Il étale en claquant
Des larmes au bleu coupant
Qui abîment en roulant
Les bords mous du chemin des gisants

En marchant vers un vieux jour qui sourit
J’ai glissé sur une vieille larme oubliée
La chute est rude mais sans folie
En riant me suis relevé
Ce n’est rien ai-je dit
Le monde est laid
Tout empêtré de ma nuit
J’avoue, je l’avais oublié

Fin de journée est là
Elle est préparée :
Gouttes de lumières
Sur flaques d’obscurité…
Dans le creux de l’oreille
Des quelques lecteurs impatients
Celle qu’on dit muse doucement a chuchoté
Je le trouve bien silencieux
L’homme des mots…
Que se passe t’il ?
Où est-il ?
Que fait-il ?
Ne t’inquiète pas,
A répondu feuille blanche qui frissonne.
Il n’est pas loin,
Je le sens, je le sais
Il reviendra demain
Vêtu de peut-être ou de déjà
Je l’ai croisé
Il retient son souffle
Entre deux presque silence
Il fabrique de nouvelles lettres
Que bientôt il vous enverra

Il y a ceux qui savent
Et ne disent rien
Mais n’en pensent pas moins
Il y a ceux qui ne savent pas
Mais en disent trop
Il y a ceux qui croient savoir
Ceux qui ne croient pas ceux qui savent
Ceux très rares
Qui croient ceux qui savent
Ceux qui disent qu’on ne sait rien
Ceux qui en savent plus
Que ceux qui savent
Ceux qui en savent autant
Que ceux qui ne savent rien
Mais qui n’en pensent pas moins
Et en disent beaucoup trop
Ceux qui pensent qu’il faudrait que
Ceux qui ne pensent pas qu’il faudrait
Ceux qui disent
Qu’il ne faudrait pas penser
Comme ceux qui pensent
Qu’il faut peut-être un peu penser
Ceux qui disent
Oui mais
Et sont si sûrs d’eux
Qu’ils répondent
« Mais oui »
Quand ceux qui doutent disent
« Oui mais »
Il y a ceux qui
Ceux qui
Ceux
Et puis il a les autres
Si peu
Qui ne disent rien
Et rêvent du monde qui se lève
Sans rien dire
Avec le sourire

Derrière la fenêtre, les visages sont gris
Sur les vitres humides, des gouttes de peur
La pluie battante peine à avaler les larmes
D’un monde qu’on oublie d’entendre rire.

Sur le haut plateau jauni,
Pas un pli, pas un cri…
Dans le calme gluant du midi brûlant,
Un homme,
Personne ne le connaît,
Demande son chemin.
Un vieil enfant étonné l’a questionné.
Mais où vas-tu homme pressé ?
Je vais au bout mon petit,
Je vais au bout voir la terre tourner.
Mais sais-tu homme pressé
Qu’au bout il n’y a rien,
Rien qu’un bout de ce chemin.

Sur les pages blanches
D’une histoire qui gémit
Il y a une ligne de vie
Regarde
Elle attend
Les plus beaux de tes mots
Dont la rime est une aile
Douce et fleurie
Elle se pose sur la lame de vos peurs

Bout de ciel enfermé
Quadrilatère sans sommets
La somme de tes côtés
N’en finit plus d’augmenter
Géométrie du presque bleu
Poésie des angles heureux

Je cherche dans le fonds humide de ma réserve à mots, un verbe qui pourrait survivre sans complément, sans adverbe, sans tous ces parasites qui au mieux affadissent au pire empoisonnent l’essence première du mot, cette saveur originelle qui lorsqu’elle fut la première fois utilisée suffisait, exprimait à elle seule ce qui était ressenti, c’est-à-dire vu, entendu, touché, goûté.
Ces mots verbes existent je le sais, je les cherche, je les traque. Mais il y a aussi ceux que la grammaire a décidé d’entrer dans la catégorie des noms communs. A-t-on pris le temps de s’interroger sur la signification de ce commun, qu’on ajouter pour désigner ce qui pourtant désigne à lui seul l’essentiel. Peut-être s’agit-il d’une juste opposition au qualificatif propre. Serait-ce la propreté ou la propriété qu’on veut opposer au commun, au collectif. Il y aurait donc le mot qui appartient à un seul et ce qui est à tous ; pourquoi pas ! Mais le commun peut aussi être vu comme le banal, comme le courant, qui n’a aucune aspérité, aucune singularité. Ne dit-on pas d’un vin qu’il est commun pour éviter de dire qu’il n’est pas bon…
Le vin, le ciel, le vent, la brume, le mauve, l’amour, que de noms communs qui dans ma réserve occupent une place singulière…

Dans la molle foule des touristes numériques
Je cherche l’éclat d’un dernier regard bleu
Bleu pâli de presque larmes
Roulant sur ce qu’il reste d’émotions
Rien n’y fait
Les nuques sont courbées
Elles sont tristes ces joies qui cliquent
Ces joies qui glissent sur les lisses miroirs
Qui abîment les mémoires
Où sont les bouquets de couleurs
Qui se cachent derrière la tête des hommes heureux
Lassé des regards vitreux
Epuisé
Le ciel s’effacera…
19.08.2025

C’était une lumière d’un presque soir d’été
Dans la poche intérieure de ma veste aux couleurs insolentes
Je sentais les chaudes miettes
D’un doux festin aux rires lointains
Les yeux rivés sur la bouillie bleue du ciel heureux
Je marchais
Oh oui je marchais
Semant tout le long des chaumes chaudes
Mes vieilles pages d’enfance

Aux angles flous du soir tombant
La trace d’un sourire sur les lointaines crêtes
Il pose sa fraîche caresse
Sur les regards brûlés par le gris monde plat
Des écrans qui étouffent le rêve
Un instant
Un instant seulement
Aime cette fleur éphémère

Et maintenant
Maintenant tu réévalues ta dose de présent
A la bourse du verbe aimer
Et tu te sens mieux
T’avais peur que le désespoir
Rattrape la réalité qui te minait
Et en face d’elle
T’as brisé le cercueil
Tes deux bras te servaient d’alibi
Pour te tenir sur le fil de honte
Qui surplombait le désespoir
Venu d’en bas
Et maintenant
Tes deux bras lui servent
De parenthèses
T’avais mal dedans le corps
Tant le hasard t’avait fait crier
Tant le hasard t’avait fait vaincu
Et maintenant
Tu passes
Seul avec celle qui te regarde
Et t’as dévalisé la consigne
Et tu tires sur tes lèvres
Comme l’intoxiqué tire sur sa clope
T’avales le vrai et tu vomis ta peur
T’avais un trou dans la tête
Qui guettait la sortie de ta folie
Pour lui passer des menottes de rêve
Et maintenant le temps qui te pue
Est un éternel motif d’impatience
Pour celle dont tu rêves
Angoissé dans les murs de ton bar
D’artiste sans symétrie
Et il te faut trouver
Un dictionnaire
De mots nouveaux
Promesses de vocabulaire
A grammairiser
Pour les joies que tu lui inventeras
Il te fallait tant de choses
Pour être sûr
Dans ton royaume de deux
Que maintenant tu t’en fous
Tu poétises
Et tu sais que ça transpire
Peut-être l’indifférence d’habitude
Mais cela ne fait rien tu continues
Et ce soir t’as encore envie d’écrire
Parce que ça fait un jour de plus
Et t’as une boule dans la tête
Une boule odeur de lassitude
Qui explose à chaque sourire
Qu’elle enterre en toi
Chaque fois qu’elle commence
Le « il était une fois »
De ma soif d’impatience
Avec une corde au cou, au mois elle m’a remarqué
Dans cette foule de pendus
Qui rêvent d’évasion
En se remarquant
Identique
Et t’as mal dans la tête
Quand elle t’observe
T’as mal dans sa peur
Qui vibre d’incertitude
T’as mal dans sa peau qui fait
Pleurer un violoniste
Et quand tu la serres contre toi
Tu hais encore plus
Les silhouettes bureaucratisées
Qui sentent déjà le dossier
Qui n’est pas fini
Ou qu’on va jeter….

Ce soir t’as envie d’écrire
Ce soir t’es encore plus près d’elle
Parce que cela fait un jour de plus
Parce que cela fait un jour de
Mieux
Alors tu souris
A ces murs si nus
Qui te racontent
L’histoire de ce reflet
Dont l’insuffisance suinte
Ce regard que tu connais
C’était une semaine qui comme
Toutes les autres
Sentait la potence
Mais le nœud ne coulait plus
Il s’était ouvert
Et toi tu fermais les yeux
C’était une semaine
Qui comme toutes les autres
Transpirait l’ennui
Entre les rires d’enfants
Trop rares
Mais que tu supposais déjà
Sur ses lèvres en fête
C’était une semaine
Dure
Dans ton journal de désespoir
Il ne te restait plus d’aventures
Antidotes
A tous leurs regards accrochés
Au porte manteau de leur haine
Et toi tu les voyais
Tu voyais une tâche de pleurs
Sur une bouche gardée
Un œil mouillé de souvenirs
Qui s’en iront
Une voix qui a peur des mots
Des mots qui cherchent l’horizon du mal
Et ne le trouvent pas
Un regard qui attend
Plutôt qu’il ne voit
Et toi qui observe
L’espoir en bandouillère

Le peu de Bretagne de mes gènes
Affleure sur les hautes rives de mes mémoires salées
J’entends les échos de mes océans oubliés
Ils chantent le refrain de mes vagues enfouis
Les rires métalliques des rudes goélands
Me tirent la nuque vers des airs lointains
Il est l’heure des souvenirs aux senteurs malouines

Sur la petite île d’un raide espoir
Résiste le phare des rondes voyelles
Des vagues de rimes battent des ailes
Elles s’écrasent en riant sur les rives belles…
15 août

Je pose un œil tapissé de poussières de nuit
Sur la vitre aux odeurs de tragique voyage
Humide caresse dérape dans une courbe de sourire
Il est l’heure du matin gris

Je n’essaie plus d’inventer des rimes
Les mots ont perdu leur souffle
Dans des débordements de classements alphabetiques
Ils tendent leurs impatientes mains
Vers des bouts de lignes mauves
13 août

Dans l’ivresse blanche des sommets
Il arrive que le regard glisse
Sur une plaque de mémoire
Posée là sur la pente raide de nos souvenirs
On plisse les yeux et les sourires enfouies
Ouvrent grand leurs ailes oubliées…

A quoi pensent les oiseaux ?
A rien me dites-vous ?
Ils n’en n’ont pas l’utilité,
C’est si simple ils se contentent de voler !
De voler certes,
Mais aussi de crier, de piailler,
De jacasser, de croasser,
De tourbillonner de planer,
De siffler,de souffler,
Et bien sûr ils nous voient,
Pauvres du tout en bas
Écrasés,effacés,
Courbés,oubliés,
C’est bien je vous crois…
Et que disent-ils de nous ?
Ô si peu,
Ils n’ont pas besoin de nous…

On aurait tant voulu qu’ils soient heureux
Et se tenir là au creux de nos regards brisés
Tremblant du bout de leurs doigts effleurés
Au bout du frisson glacé d’une caresse attendue
Se dresse un mur aux douces pierres de silence
Un sursaut
Et c’est le cœur qui crisse
Il se dit que le ciel est si beau
Quand on le découvre à deux
Alors on ne parle plus
On ne dit rien
On laisse cette belle flaque de bleu
Regarde
Ils se noient au fond du reste de leurs yeux
On chante on court on bondit
Et puis on se pose Tête entre les mains
A s’entendre
A s’attendre…

C’est un matin au souffle court
Sa nuit entière à chercher le rêve bleu
A l’horizon des demains qui se ressemblent
Il respire le reste de nos espoirs
Vénus Khoury-Ghata est une poète libanaise

Nul ici
Dans l’eau creuse
Le village d’oiseaux
L’arbre à l’écorce tiède
Et le criquet vieillard
Ont fait couler l’été
Je traverse un miroir qui a face d’averse
Où les mouettes se teignent
Pour aborder la terre
J’écoute
L’appel de l’oiseau n’est que le rire du fleuve

Vide
C’est le vide infini
Oui, là, au dessus, me dites-vous
Il n’y a rien plus rien
Je n’écoute pas
Ne change pas, ne bouge pas
Mes yeux plissent
Fripés de doutes bleus
S’enroulent dans le rêve mauve
D’un drap moite des empreintes de corps
Je ne cherche rien
Je ne crois rien
J’existe je vois
Je sens je ressens
J’attends
Un brusque souffle
Orage hésite
Il est si tôt pour la peur
5 juin

En vacances en Bretagne, je découvre le Fort Du Guesclin et j’apprends que Léo Ferré a vécu ici pendant une dizaine d’années. C’est ici qu’il a composé la « mémoire et la mer », qui est un des quelques textes qui trône au sommet de mon Everest poétique.
J’en suis remué

Dans la longue et lente langueur
D’un moite matin d’été
Une trace des ombres tièdes de la nuit
Il reste si peu pour se sourire
Sur le long quai des attentes enfermées
Et pourtant je voudrais
A toutes à tous vous dire à demain
Nous avons tant à nous dire

Aux quatre coins d’une mémoire bleue
Reste de sourires heureux
Belles et douces rides
Jouent une vague mélodie
Aux amis du monde aux beaux yeux