Billets d’humeur : la traîtrise…

La trahison est partout, elle devient le dénominateur commun qu’utilise les indignés frénétiques. Ce qui est frappant aujourd’hui c’est de constater à quel point, nombreux sont celles et ceux, qui ont l’indécence de se poser la veille en ardent défenseur de la justice dans ce qu’elle a de plus noble, la prise de temps, le recul, la réflexion, l’analyse circonstanciée, le droit à la défense et le lendemain se permettent en quelques dizaines de caractères, généralement écrits sous X de se transformer en enquêteur, en accusateur et pour finir en bourreau. Evidemment nous savons tous aujourd’hui que le temps de la réaction est tellement réduit qu’il ne correspond même plus au temps de la respiration. Dans un seul souffle, parfois aigre et coupant, on frappe, on tranche, on élimine, bref en réalité on refuse tout ce qui n’est pas en mesure de trouver une place dans l’étroite bulle cognitive dans laquelle on vit. Et c’est ainsi que chacune et chacun, peut au détour, d’un mot, d’une réflexion, d’une pensée, d’une émotion se retrouver cloué au pilori, et se voir accusé de traitrise sans même n’avoir eu le temps de réaliser ce qui se passait. Penser autrement c’est déjà le signe qu’on pense…

L’usine a fermé…

L’usine a fermé,
Pas un homme pour cisailler l’épaisseur du silence
Pas un homme pour entailler la longue surface de gris
La broussaille avance, les cheminées ne rêvent plus
D’atteindre de leurs soupirs métalliques un ciel au bleu oublié
Le monstre s’est affalé, les cris sont avalés
Ne reste plus qu’une odeur de terre
Une odeur de terre orpheline des fers qui l’ont abîmée
Muette de la rouille qui la faisait chanter
Ne reste plus qu’un chant d’oiseau, c’est beau
Ne reste plus qu’un soupir de trop

Soutien à Boualem Sansal…

Ecrire c’est se libérer

Lire ce que d’autres ont écrit c’est partager leur liberté

Un écrivain enfermé

C’est notre liberté enchaînée

Mémoires

Homme pressé sur un banc s’est assis

Il regarde en souriant

Le temps qui file en grinçant

Homme pressé pour un instant s’est libéré

Matinales…

Brest…

J’aime le décalage. Montrer ce qui est oublié, enfoui. Brest fait partie de ces villes où la mémoire est partout. Ville du bout du monde, porte de l’océan. Le gris est partout il est une trace, une cicatrice, un rappel. J’ai un lien fort, affectif, émotionnel avec cette ville, ce lien qui m’accroche aux silences, aux zones grises, elles aussi, de mon grand père qui prit la mer en 1914 sur un navire de la marine nationale, de mon père qui portait en lui des traces de ces mémoires enfouies…

La mer et la brume…

Je ferme les yeux,
Doucement, tout doucement.
Derrière les paupières lumière si douce.
Légère, fraiche, caresse que mon regard entend.
Et derrière mes yeux, ton regard brillant
Tes yeux, mes yeux nos regards mémoires.
Mes yeux, tes yeux, nos yeux qui s’effleurent et s’entendent.
Dans nos regards, la mer et la brume.
Dans nos regards un bouquet de souvenirs.
Regarde petite, regarde…
Regarde à l’intérieur de ton coffret à images
Quelques bijoux brillent pour deux.
Ecoute, petite, écoute.
Dans le creux de ta main,
Il y a le bruit de la mer
Ils ne sont deux à l’entendre.
Il est loin.
La caresse de ses mots sèche les larmes
Au coin de son regard, le sel a séché,
C’est beau, c’est si bon à caresser.

Matinales…

Sous les cendres d’une nuit tremblante

Les impatientes braises de l’aube

Attendent notre premier sautillement

Poèmes de jeunesse. « Ici » 2

Ici,

Ici tu viens pour apprendre

Que tu n’es rien

Pour comprendre

Que les hommes dehors

Sont passés par là

Alors, alors

Le sens du message

Te gicle à la face

Équation française :

Moyen, moyenne

Nation

Mais ici ils n’ont que ta silhouette déguisée

Jamais ils ne pénétreront dans ce qui est fait de toi

Jamais ils n’auront la part du rêve qui t’appartient

Parce qu’il est fait des autres, que tu aimes

Et qui les fait rien

Jamais ils ne découperont tes souvenirs en pointillé

Parce qu’eux sont nés avec la préhistoire

Ils ont oublié d’avancer

Alors ils se sont améliorés

Organisés

Et ils affranchissent tous leurs mots

De cinq lettres

A-R-M-E-E

Mais alors toi il faut que tu te battes

Bats toi !

Pas contre eux

Ils seraient trop heureux d’exister

Bats toi, contre toi

Fais que ta silhouette ne soit qu’ombre

Fais que ta parole ne soit là bas , que branche morte

Pour que vivent les racines

Les seules

Celles de ta vie

Celles qu’ils n’auront jamais

Alors ils pourriront

Peut-être

Matinale glacée…

C’est un matin au froid qui frise

Feuilles frétillantes

Feuilles frissonnantes

Chant du gel matin

Les rires tremblent

Je les entends

Si loin

Flash…

Il faut rester liés

Peu importe la couleur, la matière, l’âge, ce qui nous lie est plus fort ce qui nous sépare. La haine, les haines qui déferlent aujourd’hui sans aucune limites, sans aucun garde fous me donnent la nausée. Les mots sont abîmés. La pensée n’existe plus. Seul le réflexe compulsif domine. Je n’entends plus que des vociférations. Il nous manque tant celles et ceux qui loin de leurs narcissiques écrans éclairaient les chemins noirs, ( Camus je pense à toi… ).

De ci de là des paroles posées, qui sortent de cette permanente mélasse où tout est confondu : la politique et ses bassesses, l’histoire et ses blessures, et la haine sans limites pour des peuples errants qui souffrent en silence d’être les otages des apprentis sorciers qui occupent et salissent nos espaces de vie…

Flous…

C’est fou ce flou

C’est flou c’est fou

Chut l’ami doux

Entends le frou frou

C’est si doux ce frou flou

Je n’en vois plus le bout

Matinales…

Le ciel ne trouve pas d’issue

Dans l’aurore aux heures glacées

Il cherche un chemin vers les rondes lumières

Tout est si loin dans sa mémoire brûlée

Flash…

Écoutez peuple des riants

C’est la marée lasse du soir tombant

Partout le bruit des roulettes

Sur le chemin des partants

On se presse on s’attend on s’éprend

Ils sont loins nos beaux rires d’enfants

Flash…

Dans le décharnement solitaire

De l’arbre contraint à la nudité automnale

Il y a toute la violence d’une lente agonie

Comme un cri de douleur retenue

Comme un cri de couleur disparue

La sève figée entre les maigres bras

D’une brume fragile

Attend des demains

Paisibles et fleuris

Matinales…

Dans le presque bout
Du pâle gris
D’un lointain matin
Coquin
Câlin
J’ai posé
La belle couleur
Du rire malin

Matinales ?

Matinales nous dis-tu ?

Il est plutôt cette heure bancale

Qui hésite entre le presque et le déjà

L’heure de la petite faim

L’heure des glaçons

Qui tintent dans les verres polissons

Bref il est presque midi

11 janvier

Matinales…

Sur le cadran mou de mes heures englouties

Je fixe d’un œil qui plisse

Les traces floues de flèches qui filent

La jeunesse rêche des années enfouies

Derrière la lourde porte de mes vagues écrits

J’entends l’amer papier nuit

Qui se froisse dans le vent des soudains

Carnets…

Ce qui est triste et surtout dangereux dans ce monde qui n’est déjà plus celui du demain mais celui du jamais c’est qu’on ne parle plus, on ne se parle plus.
On ne se parle plus parce qu’on ne sait plus on ne veut plus s’écouter. Les mots qui sortent de votre bouche et qui essaient alors avec cette fière humilité de s’assembler pour former une pensée, de formuler un avis, un point de vue voire même d’exprimer une conviction ne sont plus écoutés, ils sont simplement entendus comme un bruit de plus dans cette monstrueuse cacophonie médiatique.
Ils sont alors immédiatement passés au gros tamis des réactions claniques qui s’estiment supérieures parce qu’elles sont persuadées d’être nourries d’idéologies qui ne sont rien d’autres que des dogmes.
On ne cherche pas qui tu es lorsque tu parles mais on s’intéresse à ce que tu es pour t’enfermer dans une cage ou une pensée différente devient la preuve d’une trahison. On cherche à te dire à qui tu appartiens où à qui tu dois désormais appartenir. C’est ainsi qu’aujourd’hui se construit le soit disant débat politique. Lorsque je formule des idées lorsque j’exprime des convictions que j’ai pris le temps de construire avec exigence et respect je suis immédiatement renvoyé dans des périmètres idéologiques que je combat pourtant de la même manière depuis toujours. C’est par exemple ce qui se produit lorsque je parle de ma vision de la laïcité.
En conséquence et ce post est une rare exception je me tais et je m’épanouis dans l’expression poétique qui pour quelques temps est préservée…

Matinales…

Pardonne moi ô mer oubliée

Pardonne moi il est long et gris

Ce temps abandonné aux vagues ennuis

Tu es là rassure-toi

Rime sableuse de mes insomnies

J’entends ton roulis

Dans le creux de mes houles nocturnes

Il ondule et glisse en sifflant

Ne crains rien tu sais je t’entends

Le chant mauve de ton écume

Se pose doucement sur la tendre plaine de mes encres apaisées

Matinales…

Courbé, visage fermé
Je portais encore sur les épaules rentrées
L’infâme poids d’une nuit
Au sommeil délabré
Impatient, le pas traînant
J’ai tiré le long rideau de ma lourde insomnie
Le beau matin est arrivé
Dans un fragile bleuté
De bords mauves éclairés

Mes Everest : Michel Merlen

Fracture du soleil

Hier j’épousai le vaisseau neuf

seconde après seconde

fracture du soleil

nous armés de poinçons

faisions de petits trous dans la mer

aux longues lieues

comme des virgules.

Aujourd’hui les galets au coeur

j’étincelle

quelle veine à mon poignet

bat

et

le rejoindra ?

« Les fenêtres bleues »

Billet…

Il m’arrive assez régulièrement de dire, de me dire, que ce monde est devenu fou, qu’il ne tourne pas rond. Et je regrette immédiatement mon propos et j’en viens même à m’excuser auprès de ce monde qui continue à tourner invariablement sur lui-même. Et je plonge alors dans une réflexion sur le sens qu’ont les mots et celui qu’on leur donne. De quoi parle t’on lorsqu’on parle du monde : de la terre, de cette planète qui nous abrite et qui convenons-en est ronde ou tout au moins sphérique? Oui elle est sphérique, c’est plutôt une boule. Mais on préfère quand même dire que la terre est ronde. Ce n’est pas grave, et oui n’en déplaise aux infâmes bigots et complotistes : la terre est ronde et elle tourne sur elle-même.

On appelle cela une révolution…Tiens donc, il faudra que je me penche sur ces révolutions qui durent depuis plusieurs milliards d’années…Mais revenons à ce monde qui ne tourne pas rond…Peut-être, finalement que lorsque je parle du monde il s’agit de celles et ceux qui vivent sur cette terre. Quand il n’y a personne on se contente de dire qu’il n’y a personne et plus ces personnes remplissent ce qu’on croit être le vide de cette terre plus on dit qu’il y a du monde…Et quand il y a beaucoup de monde, voire trop on ressent vite que tout cela ne tourne pas bien rond…Que font-ils, que disent-ils, où vont-ils ? Je n’en sais rien. Je ne dis rien. Moi aussi je fais, je dis, je vais et surtout je tourne en rond…

N’oublie pas…

Janvier 2015, janvier 2025, dix ans après on n’oublie pas les victimes de Charlie Hebdo

Dans l’hiver bleu
De ta mémoire encombrée
N’oublie pas
Les lourdes traces
Que la haine a laissées.
Dans les flammes ocres
De tes souvenirs douloureux
N’oublie pas
Les douces braises
Que l’humanité a attisées.
Sur la route mauve
De ta liberté écartelée
N’oublie pas
Les regards effarés
Des plumes qui se sont envolées…

Flash…

J’ai sauté l’épais mur des haines communes

Le vert mou d’une prairie m’amortit

Ma main caresse cette terre oubliée

Pas de bruits inutiles

Pas de foule qui souffle sur les braises de nos colères

Ils sont loin les bavardages gluants

Ici tout se sent et s’entend

Tout se tait

On se regarde étonnés

On écoute apaisés

C’est fini tout est oublié

4 janvier

Rime en anche…

C’est dimanche soir.

Il me faut chercher une rime en oir.

Noir, espoir, devoir, lavoir, isoloir ?

Non, ce soir ces oir ne me vont pas…

Alors, euh,

Oui euh, c’est cela ajoute un e !

Poire, foire, armoire, baignoire, bouilloire ?

J’essaie…

Rien ne va, je jette le manche.

C’est un dimanche qui je le crois rime en anche ;

Avalanche, branche, tranche, revanche ?

Ça marche !

Ô quelle belle tranche de dimanche,

Tout me branche,

Il est l’heure blanche,

Celle où je prends ma revanche !

Bof, je trouve que c’est mal emmanché

Cette histoire de rimes ;  

Vivement lundi…

Dans ma boîte à coeurs…

Dans ma boîte à mots

Je prends une lettre

Belle, ronde, légère.

La pose sur une feuille

Que le vent a oublié.

Soupir,

Une boucle se forme

La lettre est fermée.

Seule, elle s’ennuie.

Lettre te réclame un ami.

Regarde !

Lui dis-tu,

Prends ce mot

Il est à toi, il t’attend,

Il sourit.

Heureuse,

Lettre E s’est approchée

Contre lui s’est adossé

Des mots doux lui a murmuré,

Dans un cours E s’est invité

Dans ma boîte à cœurs,

Une lettre j’ai postée…

11 décembre

Mots en boîtes

Regarde petite…

Inédit, à partir d’une photo prise par ma fille Chloé, ma petite fille Lisa est de dos, elle rêve à demain…

Regarde petite, regarde

A l’ouest de tes espoirs

Brillent de beaux lendemains

Ils attendent en silence

Que tu leur montres le chemin

Regarde petite, regarde

Ils ne sont pas loin de ce doux soir

Rires chauds et chants câlins

Vibrent d’impatience

Entre les lignes de tes mains

Flash…

Chaque soir à la tombée des basses heures

Je reprends la mer sur mon navire d’acier

Dans le sillage de mes pensées du jour

Frétille une mousse de mots légers

J’entends le cri riant d’une mouette oubliée

Il est l’heure du vent dormant

3.01.2025

Bonne année poétique…

Amies et amis poètes, je vous souhaite, je nous souhaiteune belle année poétique, pleine de rimes, de rires, de mots doux et tendres. A nous tous, apaisons ce monde morose, à nous tous dessinons des sourires radieux…

Le tribunal académique…

Le tribunal académique se réunit pour la dernière fois en cette année 2020. Oh bien sûr, chacun, président en tête, préférerait être dispensé de cette dernière séance, mais le menu qui est proposé est pour le moins alléchant.

Si la journée n’est pas ordinaire, le jugement attendu ne l’est pas moins. En effet, et c’est assez rare, le jury aura aujourd’hui à répondre à une seule et unique requête. Requête précisons le qui a été déposée, par un collectif de citoyens. Le collectif des citoyens qui ne croient plus aux lendemains.

Voici la requête : « Est-il envisageable, ne serait ce que pour une durée limitée à un mois à compter de ce jour, d’interdire l’usage des mots suivants : vœux, souhait, bonne, heureuse, bonheur, santé, prospérité ». Dans l’attente du rendu de la décision le collectif précise qu’il gardera un silence absolu.

Le jury est constitué aujourd’hui d’un dresseur d’ours en peluche, d’une trompettiste bègue, d’un ventriloque ventripotent, d’une arracheuse de larmes de crocodile, d’un équilibriste amnésique et d’une cuisinière buveuse de rhum.

Le président présente la requête à la cour et donne la parole à l’avocat du collectif. Sa plaidoirie est exemplaire. Il explique qu’il est des périodes où il vaut mieux ne rien dire plutôt que de vendre du rêve. Il appuie son argumentation en effectuant un parallèle avec les nombreux jugements prononcés pour publicité mensongère.

Le président et le jury se retirent, et au grand étonnement de l’assistance très nombreuse ne reviennent que quelques minutes après.

Raclement de gorge : le président s’éclaircit la voix.

  • En cette journée, considérée par de nombreux calendriers comme la dernière de l’année, et après avoir entendu les différentes parties, le jury se présente devant vous avec la fierté du devoir accompli. Nous sommes heureux d’être parvenus en quelques minutes seulement à nous mettre d’accord à l’unanimité sur la décision suivante : en vertu des pouvoirs conférés au tribunal académique, eu égard à la situation, nous décidons qu’à compter de ce soir minuit, toute utilisation des mots qui étaient l’objet de cette requête (vœu, souhait, bonne, heureuse, santé, prospérité) sera soumise à l’autorisation préalable d’une nouvelle haute autorité constitué à la date de ce jour. Il s’agit de la HAOS :  la Haute Autorité pour un Optimisme Raisonné…. Cette haute autorité siégera en permanence pendant un mois et sera exclusivement composée de poètes amnésiques…

Trois gouttes de peu …

Et demain j’écrirai une page de rire
Elle contera l’histoire d’un presque rien
Qui remonte à la source
D’un fleuve de soupirs
Le ciel est bas et ouvre ses vannes
Trois gouttes de peu roulent vers la lointaine mer
Ma page frissonne sous l’œil du torrent
Il est venu le temps de la feuille qui se tourne
J’ai la plume qui sursaute
Je trempe un reste de mon impatience
Dans un pot de brume mauve
Et pose sur sans trembler trois points d’inattention

Petite goutte d’eau…

Petite goutte d’eau,
Garderas-tu dans ta mémoire gelée
Le souvenir du chant glacé
De ta source cachée ?

Petite goutte d’eau,
Glisseras-tu en riant
Entre les bras protecteurs
D’une longue vallée sans lueur ?

Calme-toi,
O petite goutte d’eau,
Oublie ta montagne éternelle,
Fonde-toi dans la masse d’eau bleue…

Et roule, roule,
Petite goutte d’eau,
Jusqu’à la mer d’en bas
Qui entre ses bras te prendra

Alors petite goutte d’eau,
Tout doucement tu murmureras
Cette belle histoire
Que tant de fois tu as racontée…

14 février 2021

Hiver a explosé

L’air est si vif et coupant

Il crisse en glissant

Sur peaux raides et sêches,

S’accroche au sol gisant,

S’infiltre en soufflant,

Chasse sur les terres

Depuis hier abandonnées

Du bel été envolé.

Rides de la terre écartelées

Bardées de blanc

Se sont figées.

De vagues en vagues,

Le champ a ondulé

Longues franges gelées

Herbes folles ont avalé.

Armé d’une douce poudre blanche

Hiver a explosé

Flash…. Inédit…

J’arrache un à un des pétales de rire à la fleur grise de mes angoisses

Les vents mauvais s’écrasent sur les digues de mémoires effacées

J’ouvre grand les bras aux passeurs de sourire

Les regards coupants s’épuisent sur les angles ronds des murmures disparus

J’entends la caresse d’un refrain aux douces rimes retrouvées

Flash…. Inédit…

J’arrache un à un des pétales de rire à la fleur grise de mes angoisses

Les vents mauvais s’écrasent sur les digues de mémoires effacées

J’ouvre grand les bras aux passeurs de sourire

Les regards coupants s’épuisent sur les angles ronds des murmures disparus

J’entends la caresse d’un refrain aux douces rimes retrouvées

Neiges…

On ouvre ses volet et oh

Première neige est là

L’œil plissé d’un reste de sommeil 

S’ouvre en grand

Ce matin est si blanc

Oh il a neigé

Flocons légers

Se posent sans un bruit

Chut rien ne bouge

La nuit continue au dedans

Il fait si chaud

Dans le creux des rêves d’enfant

Dans la réserve à mots…

C’est dit, c’est décidé, il le faut, vous le voulez, vous devez parler !  Oui c’est cela, pas de doute, il faut que vous vous exprimiez, vous le ressentez. C’est très fort, presque un réflexe. Il faut que cela sorte !  C’est bien, c’est normal… Mais attention au mauvais réflexe ! Il peut conduire à une fausse route…

Voici donc quelques conseils.

Avant tout, il faut que vous respiriez, que vous ressentiez, que vous réfléchissiez. Ceci fait, vous descendrez tranquillement dans votre réserve à mots. Vous seul connaissez le chemin qui y conduit. Et là, attention, vous entrez sans frapper !  Pas de cris, pas de brusque lumière. Un mot qu’on surprend est un mot qui bondit, qui rugit. Un réveil brutal et il vous saute à la gorge.

Finies les courbes qui ondulent, oubliées les rondes voyelles. Le mot mal choisi est aigre, et coupant.

 Entrez, éveillez chacun avec le ton qui lui convient. Et surtout, surtout, pensez à ce que vous vouliez dire, à ce que vous souhaiteriez partager. Attention, il ne faut pas vous précipiter.  Comparez, et si vous le pouvez : goûtez ! Il faut que l’accord soit parfait.

Votre casier à mots ainsi garni de bons et beaux mots, refermez (toujours sans claquer la porte ), remontez, et bien sûr dégustez.

Deux touches de vague il a posées…

C’est un soir ordinaire

Vide de beau.

Et toi, homme d’en haut

Tu rêves, tu espères,

Une belle ombre à ton tableau

Sur le quai, tu as posée.

Un peintre de nuit est passé.

Quelques instants il a contemplé.

Un sourire il a taillé,

Pointes de plume il a trempées.

Deux touches de vague

Il a posées.

Sur une lourde tâche de gris,

Deux gouttes qui brillent,

En chantant, il a mélangées.

 » Ouvre les yeux, l’ami,

Tout est fini, tu seras heureux ! »

Il y a un navire dans mon jardin !

Il y a un navire dans mon jardin !

Un navire, mon ami, impossible, vous divaguez !

Oh non, vous dis-je, ce n’est pas un mirage…

Hier soir, c’est vrai,

Avec la nausée je me suis couché.

Toute une journée perdue à naviguer

Sur le bleu électrique de l’océan numérique.  

Oh je le sais, c’est laid,

Pas une vague, pas un souffle salé.

Pour ce long naufrage à tous imposés.

Oh oui, bien sûr,

Parfois un peu de mousse

Sur la crête pâle des mots enfermés.

Alors oui, je le concède,

Quand le soir est tombé,

J’étais triste et abandonné.

Tant de bruits, tant de cris

Ce monde est fou.

Dans les bras de la nuit, je me suis blotti.

Doucement mes lourdes paupières j’ai baissées.

Tous mes rêves bleus se sont éveillés.

Un à un, ils se sont envolés

Au fond du ciel noir de ma mémoire meurtrie.  

Et ce matin, oui c’est vrai ,

Il y a un navire dans mon jardin…

Matin qui sourit…

Dans le peuple de l’aube

Pas un qui ne bouge

Sur la table basse

De la nuit qui s’achève

Quelques restes de silence

Une odeur de café

Charme les papilles endormies

Battement d’ailes

Les paupières s’étirent

C’est un matin qui sourit

J’ai rêvé d’une fenêtre…

Photo de Jeffrey Czum sur Pexels.com

Lassé de me cogner
Aux angles mauves
Du grand mur gris
De vos molles promesses
J’ai rêvé d’une fenêtre
Ouverte sur le souffle bleu
De nos demains heureux

Aimez les…

Les mots ne sautillent plus
Sans préavis ils se sont tus
Souvenez- vous
Vous qui nous abîmez
Nous étions beaux
Vous étiez vrais
Fermez les yeux
Respirez
Je vous en prie
Aimez-les
Emmêlés
Ces deux l
A la plume légère
Aimez-les
Ils vont ont rendu
Si belle

Quelques miettes d’air marin…

J’ai plongé la main,

Dans le fond mauve de ma poche à sourires.

Il y restait quelques miettes d’air marin ;

Dans le doux creux de ma paume de cire

J’entends, elles chuchotent un chant câlin.

Ô si beaux ces mots loin du pire.

Lavés, salés, à ma bouche les ai portés, comme le bon pain.

Les yeux j’ai fermés : la mer est entrée, elle a tant à me dire…    

La mer est dans la ville…

Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville, est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

Flash…

Il est parfois des flous un peu fous

On se pousse du coude

On étire le cou

Les couleurs sont révoltées

On veut se mélanger

On veut se serrer fort

Se mélanger les pinceaux

Et rire ensemble

De vos yeux qui se plissent

A trop chercher

Nos pâleurs

Nos noirceurs

Nos rougeurs

Nos belles humeurs

20 décembre

Matinales…

Au bout de la longue nuit de décembre qui joue les prolongations

De jeunes nuages roulent des épaules

Regarde les ils se poussent et se tordent le cou

Pour prendre place à la table mauve de la belle aurore

Elle brille dans sa blonde attente

Et souffle en riant des bulles bleues

Douces perles semées sur le champ du lève matin

Une belle rencontre…

La poésie c’est aussi l’image et les émotions qu’elle procure. Depuis quelques temps j’ai installé un piège photographique dans la forêt qui est en limite de mon terrain et j’ai parfois de belles surprises qui me remplissent de joie. En voici quelques unes…

L’horaire des marées, 3

Mais Rabuteau n’avait jamais douté, il était sûr de lui, alors il avait voyagé, il avait observé, comparé, vérifié. Il avait choisi de venir s’installer dans ce petit village de Bourgogne, parce que d’après ses calculs, c’était ici et nulle part ailleurs que la lune aurait le plus d’effets sur la nature. En fait, Rabuteau, qui était né au bord de l’océan était depuis son plus jeune âge fasciné par le phénomène des marées. Très jeune, il avait constaté que plus les jardins sont proches de l’océan, plus les légumes grossissent en période de haute mer.

Il avait rempli des cahiers entiers de ses observations. Et lorsqu’il avait décidé de devenir agronome, son seul objectif avait été de parvenir à prouver qu’il est possible de produire très rapidement d’impressionnantes quantités de légumes, de tailles phénoménales, et ce, sans impact significatif sur l’environnement.

Tous les souvenirs de ses recherches, de ses échecs surtout, remontaient ce matin alors qu’il était là, figé derrière sa fenêtre à contempler le résultat de son travail.

Il a réussi ! Il ne prend même pas la peine d’enfiler sa tenue de jardinier. Il est en pyjama mais cela n’a aucune importance, de toute façon personne ne le verra. Il se précipite à l’extérieur, en pantoufles. Tant pis pour la rosée, tant pis pour la boue qui ne manquera pas de se coller sous les semelles en crêpe de ses chaussons. Personne ne lui dira rien. Il ne sait plus où donner de la tête. Il touche, il tâte, il soupèse, il caresse, il flatte de sa main caleuse. Et il prend des notes sur son éternel carnet qui ne le quitte jamais.

Les courgettes énormes sont les premières à attirer son attention. Certaines d’entre elles, à vue d’œil, mesurent plus d’un mètre cinquante et doivent peser dans les quarante kilos. On voit bien d’ailleurs qu’il a du mal à soulever l’une d’entre elles. Il s’y prend à plusieurs reprises, mais c’est peine perdue.

C’est simple, c’est le jardin des miracles, ou le jardin d’Eden. Mais ce ne sont pas les images que Rabuteau a en tête, il déteste toutes ces métaphores, ces allusions religieuses, et si, à cet instant, on lui avait demandé à quoi lui fait penser son jardin, quelle comparaison il ferait, il est fort probable qu’il aurait répondu : « il me fait penser à un jardin avec de gros légumes ». C’est un pragmatique, et s’il est sidéré ce matin, c’est d’abord parce qu’il ne s’attendait pas à une telle réussite.

Que s’est-il passé cette nuit ?

C’est la question que se posent les premiers passants. Ils sont stupéfaits, on est en pleine science-fiction. Rabuteau ne voit personne, il n’entend rien, il continue ses mesures, il photographie. On sent qu’il est saisi de la fébrilité du chercheur qui est parvenu à vérifier une hypothèse, mais on voit bien aussi qu’il doute. Peut-être qu’il rêve encore. On le voit même se mettre des gifles, se pincer. Bref, il ne se rend pas compte qu’en, à peine une demi-heure, le quart de la population du village est agglutiné derrière la grille, on entend des Oh, des Ah, des petits cris et des gros chuchotements. Mais Rabuteau lui n’entend rien. « Vous voyez je vous l’avais bien dit, cet homme est dangereux, c’est un sorcier ! » L’une des commères du village, Rosalie, qui prétend tout savoir est une des plus loquaces. Bras croisés, l’œil mauvais, elle accueille tous les nouveaux curieux avec cet aplomb caractéristique de celles qui ne savent rien mais n’en pensent pas moins

Mots…

Au soir tombant,
Seul sur un chemin,
Petit mot doux se promenait.
Sois prudent !
Avaient prévenu père et mère
Le temps est à l’orage
Tu pourrais faire de mauvaises rencontres,
Aux gros mots tu ne répondras pas,
Aux grands mots tu souriras,
Les majuscules tu salueras.
Petit mot doux est un gentil,
Il a marché et n’a rien dit…

Recette…

Écrire à l’encre douce

D’un rêve de longue nuit

Un mot du matin

Sur la marge mauve

D’un ciel de papier

Tremper sa plume à souvenirs

Dans le creux de sa mémoire séchée

Laisser une trace de rire

Sur la lointaine page

Du livre à finir

Tempête

C’est un jour de grand vent

Derrière l’humide vitre de mes grises inspirations

Branches cassées feuilles froissées

Oh froide douleur de mes mots aspirés

Oiseaux légers sur la fine ligne

De mes lèvres asséchées

Je tremble et vous entends

Vous hurlez en chœur

Un long cri d’innocent abandonné

Il est loin le souffle du bel été

Ils sont loin mes mots vagues

Aux longues rimes salées

Il

Mes Everest : Henri Michaux

Un vol d’oiseaux fonce sur la vallée

D’une bourrasque du ciel

d’un gros orage lenticulaire

l’escadrille surgit

Il y a un énorme blanc

dessus

dessous

de côté

partout

le blanc de deuil

Des arbres affairés cherchent leurs branches arrachées qui

    éclatent

des arbres affolés

des arbres comme des systèmes nerveux ensanglantés

mais pas d’êtres humains dans ce drame

l’homme modeste ne dit pas je suis malheureux

l’homme modeste ne dit pas

nous souffrons

les nôtres

les nôtres meurent

le peuple est sans abri

il dit nos arbres souffrent

Henri Michaux

À distance

Mercure de France, 1996

Flash…

Dans le décharnement solitaire

De l’arbre contraint à la nudité automnale

Il y a toute la violence d’une lente agonie

Comme un cri de douleur retenue

Comme un cri de couleur disparue

La sève figée entre les maigres bras

D’une brume fragile

Attend des demains

Paisibles et fleuris

Amies fidèles…

Entre Brest et Le Conquet

Entre ciel et mer

La terre s’est avancée.

Entre les bras des gris cotonneux,

Raide et fière, elle s’est abandonnée.

Amies fidèles,

Contre vents et marées,

Mer et terre,

Jamais ne sont quittées.

Amies fidèles,

Elles se sont protégées…

Mes Everest… Albert Camus

J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j’admire les paysages, j’applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n’est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m’offense, je m’étonne à peine. Puis j’oublie et souris à qui m’outrage, ou je salue trop courtoisement celui que j’aime. Que faire si je n’ai de mémoire que pour une seule image ? On me somme enfin de dire qui je suis. « Rien encore, rien encore… »

L’été. « La mer au plus près ». Gallimard

J’attends… Inédit…

Je suis d’une grammaire oubliée
Je conjugue le verbe attendre
A tous les temps de l’impatience
J’écoute aux portes des sourires croisées
J’y entends le chant secret des absents
Je cherche des traces d’amitiés
Les arrime aux belles et rondes rimes
Sur la rive mauve de mes basses marées
Ô vous qui ne me voyez
J’attends
Oui j’attends vous le savez
Un signe de la main
A ceux qui se baissent pour pleurer

Matinales…

Au carrefour des impatiences

J’attends serein le signe de belle vie

Il est si bon l’espoir aux rires lointains

Dans ma réserve aux beaux futurs

Je n’ai plus assez de soleils matin

Et si on partait…

Pour faciliter la lecture je publie, en entier, cette nouvelle…

« ET SI ON PARTAIT… »

C’est un mardi matin, un mardi de novembre que tout a commencé. Ou plutôt que tout a recommencé. Ces derniers jours, l’automne avait fini par rendre l’âme et l’hiver avait pris le relais.

Louis est de mauvaise humeur ! Non pas qu’il redoute le mauvais temps mais parce qu’il s’attend à supporter l’éternelle ritournelle de sa compagne quand les premiers froids arrivent. C’est écrit d’avance :  Marie, son épouse va vouloir bouger, va vouloir partir… Alors il se dit que la meilleure méthode pour éviter un débat qu’il sait perdu d’avance, c’est de ne rien dire, ou très peu. Bref, il va prendre les devants : il va bougonner, ronchonner, râler. C’est un spécialiste et n’a besoin ni d’échauffement, ni même de prétextes.

  • Fini, terminé, je crois que je suis blasé, je pense avoir fait le tour, je ne veux plus bouger d’ici. Et puis je dois l’avouer, je crois que je deviens sensible aux discours des écologistes. La couche d’ozone. Le carbone. Et puis de toute façon je n’ai pas…

Il est assis, ou plutôt avachi dans son fauteuil favori, dans un état de semi-somnolence certes, mais l’œil suffisamment vif pour indiquer qu’il est prêt à en découdre. Inquiet, il observe du coin de l’œil Marie. Il la connait par cœur. Depuis quarante ans, il a eu le temps de l’observer et il est désormais capable au mot près de deviner ce qu’elle va dire rien qu’en observant sa position sur le canapé, sa manière de remuer les lèvres, de tourner les pages. Il sait interpréter les silences, les croisements de bras, de jambes, les clignements de paupière. Elle est assise en face de lui avec, dans les mains, la dernière brochure qu’elle a reçue le matin même vantant avec le renfort de moultes photos l’exotisme de nombreuses destinations, de la Bourgogne à la Malaisie.

Avec son bougonnement casanier, ses sourcils broussailleux froncés, il pense avoir bien anticipé la question récurrente qu’il pressent imminente.

Marie lève les yeux et le regarde furtivement :

  • Qu’est-ce que tu bougonnes encore, je n’entends pas ce que tu dis.
  • Rien je ne dis rien, je n’ai pas envie de….
  • Et si on partait en Malaisie ?

Et voilà c’est parti ! Louis lève les yeux au ciel. Il se redresse un peu et commence à prendre une longue inspiration comme un enfant qu’on a surpris en train de faire une bêtise. Marie a compris. Elle n’a pas envie d’entrer dans une nouvelle polémique et lui dire qu’il devient pénible à toujours refuser ce qu’elle propose. Il faut qu’elle ruse, qu’elle le surprenne, qu’elle le prenne au piège car elle le connait bien ; il est du style à toujours commencer par dire qu’il ne veut pas, qu’il n’est pas d’accord et il finit par accepter, par se laisser faire.

Elle sait surtout qu’ils vieillissent tous les deux, et il est probable que tout deviendra bientôt plus difficile.

Le débat que Louis attend de pied ferme n’arrive finalement pas et il est surpris. Il est même inquiet. Il se demande ce qui lui arrive, elle est peut-être malade ou alors tout simplement elle ne le supporte plus. Et comme il est un peu parano, il s’attend même à ce qu’elle lui apprenne qu’elle va partir sans lui…

Marie pose la brochure dans le porte-revues et jette un coup d’œil par la fenêtre. Les premiers flocons volettent. Elle le regarde en soupirant.

  • Eh bien tu vois, je vais t’étonner moi aussi je crois que je n’ai plus envie de tout ça. Ce qu’il faudrait, c’est trouver quelque chose de simple et original, et surtout qui nous surprenne totalement…

Louis, soulagé s’est radouci et le masque de bougonneur a disparu.

  • Oui, tu as raison, un voyage en terre inconnue quoi, un endroit où personne n’est jamais allé…
  • Ou que personne n’a jamais vraiment regardé…

Curieusement, Louis se sent motivé. Ça lui plait. Une terre inconnue, un endroit où l’homme n’est jamais allé, une espèce d’Amérique moderne. En fait, ce dont il rêve, là dans un fauteuil, c’est d’être comme Marco-Polo ou Christophe Colomb. Original et ambitieux, mais à soixante-quatre ans, sans fortune personnelle, sans compétence de navigateur au long cours, comment trouver une terre inconnue ?  

Marie sent que cela va être difficile mais elle va réfléchir, elle va trouver.  

La nuit est un peu agitée pour Louis.  Ses rêves sont emplis de voyages tous plus loufoques les uns que les autres.

Marie est levée. C’est inhabituel. Elle est déjà habillée et entre brusquement dans la chambre où Louis feint un réveil difficile.

  • Tu es prêt ? On s’en va ?
  • Mais on va où ?
  • Je ne sais pas on verra, on va aller à l’aéroport et on choisira au hasard.  Qu’est-ce que tu en penses ?
  • Mais chérie, si on prend l’avion on est certain de ne pas aller vers l’inconnu. Si un avion va quelque-part, c’est qu’on y est déjà allé. Et c’est pareil pour le train, pour la voiture. Aujourd’hui pour partir il faut savoir où on va. Et puis de toute façon la météo n’est pas terrible…

Louis vient d’ouvrir les volets. En effet, il neige fort depuis plusieurs heures. Le silence prend de plus en plus de place, tout est étouffé, amorti, pas le moindre craquement. C’est l’empire du coton. Louis n’a pas envie de sortir préférant la chaleur de la cheminée, à l’avance épuisé à l’idée d’enfiler chaussettes, bottes, pull et manteau.

Il va poursuivre son hibernation. Parfois, il tire un peu le rideau, pour constater l’avancée du blanc. C’est tout. Tout est simple. Marie ne tardera pas à oublier ses projets…

Louis agit comme si de rien n’était, il prend le temps d’allumer une belle flambée.

Soudain un long craquement, comme un journal qu’on déchire. Il regarde le feu, ce n’est pas d’ici que cela vient. Cela craque de plus en plus, cela crépite même. Il y a peut-être des branches qui, ployant sous le poids de cette neige lourde, n’ont pas résisté. Non, ce qui est curieux c’est que cela craque tout doucement, puis cela s’accélère. En fait ça grince, comme quand on est sur un port et que le vent s’engouffre dans les mâts. Comme quand on est en mer….

Il appelle Marie

  • Ecoute Marie…

Il reste là, devant les braises, toujours intrigué par ces sons qui tanguent et qui roulent. Il faudrait qu’il aille voir. Il pense à la mer et sourit. Il sourit pour se moquer de lui-même : être capable d’entendre la mer, même ici en montagne… Certes ce n’est pas très haut, mais c’est la montagne quand même. Ils vont sortir. Pour voir, pour entendre.

Ils mettent beaucoup de temps à s’habiller, pas pressés de se confronter à ce qui ressemble de plus en plus à une tempête de neige.

Ils sont à l’extérieur, ils font le tour de la maison, pas très rapidement, ils s’enfoncent. Le son des bottes quand ils lèvent la jambe et qu’elles s’extirpent de la couche de neige fraîche, est magnifique. C’est un son épais, un son qu’on pourrait écrire. Tiens, s ’il devait l’écrire, il écrirait « onfk ». Oui c’est bien ça « onfk ». Qu’est-ce que tu en penses Marie ?

Ils ont fait le tour. Derrière leur maison, c’est une forêt avec de grands sapins. Une fois, on lui a dit ou il a lu quelque part que ces sapins ont le tronc si droit qu’autrefois on venait les couper pour en faire des mâts. Des mâts pour les bateaux de la marine royale…

La mer, toujours la mer… Il faudrait qu’il arrête de la voir partout. Il est devant la forêt. Les mâts sont dressés. Ils sont noirs dans le soir qui tombe. Les branches si blanches font de belles voiles. Quand ils ferment les yeux, il sent les embruns qui lui fouettent le visage. Il est bien, c’est salé.

« Onfk ! » Incroyable une mouette vient de s’envoler. Elle s’était posée sur la neige fraîche. Il s’est avancé, il y a encore les traces de ses pattes.

  • Viens voir Marie !

Au-dessus d’eux la mouette plane, on dirait qu’elle rit. Marie s’est approchée, elle frissonne un peu. Louis s’est accroupi, il gratte la neige, juste à l’endroit où la mouette s’est posée. Regarde Marie, il y a un message. Elle se penche au-dessus de son épaule, elle le voit déplier un papier,

  • Tiens Marie, lis, lis ce qu’elle nous a écrit…

Elle saisit le bout de papier en souriant. Louis ne se retourne pas.

  • Allez Marie, je t’écoute, qu’est-ce que tu lis ?

Marie prend sa plus belle voix.

  • C’est amusant mon Louis, je lis : « Bienvenue en terre inconnue ! ».

Louis s’est redressé, il secoue les quelques flocons qui se sont accumulés sur sa veste, il regarde Marie tendrement.

  • Viens Marie, on rentre…   

Et si on partait… fin

Louis vient d’ouvrir les volets. En effet, il neige fort depuis plusieurs heures. Le silence prend de plus en plus de place, tout est étouffé, amorti, pas le moindre craquement. C’est l’empire du coton. Louis n’a pas envie de sortir préférant la chaleur de la cheminée, à l’avance épuisé à l’idée d’enfiler chaussettes, bottes, pull et manteau.

Il va poursuivre son hibernation. Parfois, il tire un peu le rideau, pour constater l’avancée du blanc. C’est tout. Tout est simple. Marie ne tardera pas à oublier ses projets…

Louis agit comme si de rien n’était, il prend le temps d’allumer une belle flambée.

Soudain un long craquement, comme un journal qu’on déchire. Il regarde le feu, ce n’est pas d’ici que cela vient. Cela craque de plus en plus, cela crépite même. Il y a peut-être des branches qui, ployant sous le poids de cette neige lourde, n’ont pas résisté. Non, ce qui est curieux c’est que cela craque tout doucement, puis cela s’accélère. En fait ça grince, comme quand on est sur un port et que le vent s’engouffre dans les mâts. Comme quand on est en mer….

Il appelle Marie

  • Ecoute Marie…

Il reste là, devant les braises, toujours intrigué par ces sons qui tanguent et qui roulent. Il faudrait qu’il aille voir. Il pense à la mer et sourit. Il sourit pour se moquer de lui-même : être capable d’entendre la mer, même ici en montagne… Certes ce n’est pas très haut, mais c’est la montagne quand même. Ils vont sortir. Pour voir, pour entendre.

Ils mettent beaucoup de temps à s’habiller, pas pressés de se confronter à ce qui ressemble de plus en plus à une tempête de neige.

Ils sont à l’extérieur, ils font le tour de la maison, pas très rapidement, ils s’enfoncent. Le son des bottes quand ils lèvent la jambe et qu’elles s’extirpent de la couche de neige fraîche, est magnifique. C’est un son épais, un son qu’on pourrait écrire. Tiens, s ’il devait l’écrire, il écrirait « onfk ». Oui c’est bien ça « onfk ». Qu’est-ce que tu en penses Marie ?

Ils ont fait le tour. Derrière leur maison, c’est une forêt avec de grands sapins. Une fois, on lui a dit ou il a lu quelque part que ces sapins ont le tronc si droit qu’autrefois on venait les couper pour en faire des mâts. Des mâts pour les bateaux de la marine royale…

La mer, toujours la mer… Il faudrait qu’il arrête de la voir partout. Il est devant la forêt. Les mâts sont dressés. Ils sont noirs dans le soir qui tombe. Les branches si blanches font de belles voiles. Quand ils ferment les yeux, il sent les embruns qui lui fouettent le visage. Il est bien, c’est salé.

« Onfk ! » Incroyable une mouette vient de s’envoler. Elle s’était posée sur la neige fraîche. Il s’est avancé, il y a encore les traces de ses pattes.

  • Viens voir Marie !

Au-dessus d’eux la mouette plane, on dirait qu’elle rit. Marie s’est approchée, elle frissonne un peu. Louis s’est accroupi, il gratte la neige, juste à l’endroit où la mouette s’est posée. Regarde Marie, il y a un message. Elle se penche au-dessus de son épaule, elle le voit déplier un papier,

  • Tiens Marie, lis, lis ce qu’elle nous a écrit…

Elle saisit le bout de papier en souriant. Louis ne se retourne pas.

  • Allez Marie, je t’écoute, qu’est-ce que tu lis ?

Marie prend sa plus belle voix.

  • C’est amusant mon Louis, je lis : « Bienvenue en terre inconnue ! ».

Louis s’est redressé, il secoue les quelques flocons qui se sont accumulés sur sa veste, il regarde Marie tendrement.

-Viens Marie, on rentre… 

Premier prix dans un concours de nouvelles…

Ravi d’apprendre que j’ai remporté le premier prix du concours de nouvelles 2024 organisé par l’Académie des Sciences et Belles-Lettres de Mâcon, pour un texte que j’avais intitulé  » l’horaire des marées ». Dés que possible je publierai ou partagerai ce texte sur mon blog…

Matinales…

C’est un matin au souffle court

Sa nuit entière à chercher le rêve bleu

A l’horizon des demains qui se ressemblent

Il respire le reste de nos espoirs

Matinales…

Oh reste encore je t’en prie

Il y a encore tant à voir

Tant de rires à cueillir

Dans les draps parfumés de fraîches prairies

Tant de douces brumes

Accrochées aux boucles de mes mots

Tant de larmes rosées

Perles perdues aux fils tendus

De mes silences aux gorges serrées

Tant de vagues noyées de bleus

Tant de feuilles aux longues lignes gorgées

D’une belle encre au mauve oublié

Oh oui je reste

Jusqu’à l’unique loin matin

Je rêve encore et pose ces quelques mots

Dans le creux de ton soleil câlin

Inspiration…

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Page blanche et dure

Allongée sur le sol gris et mou

D’une fin de nuit

Epaisse

Gluante

J’entends le cri plaintif des articulations

Rouillées à l’humide des dernières pluies

Le muscle des voyelles est douloureux

Celui des consonnes est contracté

Allongé

Les yeux fermés

J’attends la marée des mots bleus

Mardi 5 janvier 2021

Aprés la pluie…

Après les pluies de moites haines

On s’envase dans les marais de l’ignoble

Les pas sont si lourds que les visages se courbent

Vers les bas-fonds des ragots numériques

Mais il viendra le temps où les mots rouleront en paix

Entre les lignes ils se parleront d’une voix basse

Ils déposeront leurs armes sans rimes dans les marges

Il viendra le temps des brumes mauves

Qui inventent des sourires de papier

Au bas des pages de nos histoires d’aimer.

1 décembre

Ne regarde pas comme les autres…

Ne regarde pas comme les autres.

Les autres…N’écoute pas ce qu’ils te disent, sors de leur route toute tracée, choisis ton chemin. Et si on te répond que ce n’est pas possible d’entendre la mer lorsque tu es dans la forêt, ne dis rien, ferme les yeux et plains les, eux, qui n’entendent pas les arbres qui s’essaient au bruit des vagues. S’ils te disent que c’est ton imagination qui te joue des tours, réponds-leur que leur imagination est en panne, fatiguée, dis-leur que c’est quand on ne veut pas voir ce qui est vrai, quand on ne veut pas entendre le bruit des vagues qui secouent les crêtes des sapins qu’on est trompé par son obsession du réel convenu.

Cette imagination-là n’est pas la tienne, tu n’en veux pas de ces artifices pour enfant naïf qui fabriquent du magique pour empêcher d’aller ailleurs, de choisir d’autres chemins, tu n’en veux pas de cette mythologie préfabriquée qui fabrique des rêves à la chaîne, des rêves qui sont toujours les mêmes, depuis longtemps, et pour tout le monde. Tu dois leur dire que les arbres tu les vois comme des arbres et pas comme de vieilles femmes aux doigts crochus ou tout autres monstres qu’on veut entrer de force dans les têtes pour que les peurs soient identiques.

Tu ne dois pas être comme les autres. Les arbres tu dois les voir arbres et la mer que tu entends quand ils bougent dans le vent tu dois dire que c’est la mer. Tu ne dois pas dire : ils font comme la mer, c’est comme la mer, j’ai l’impression d’entendre la mer. Tu ne dois pas dire cela parce que c’est injuste de le dire, c’est injuste pour les arbres d’abord, et puis pour la mer surtout, c’est comme si tu disais que la mer n’existe pas, qu’elle est ailleurs, plus loin, toujours plus loin, qu’elle n’appartient qu’à ceux qui prétendent qu’ils l’ont vue, qu’ils l’ont entendue avec leurs mots à eux, avec les mots qui ont été fabriqués par d’autres pour dire que la mer existe, ici, et pas ailleurs…

Toi tu dois dire que la mer existe ici, dans ces forêts d’altitude, tu dois dire qu’elle est là, derrière ce vent, comme une mémoire……

Matinales…

Sur les ocres feuilles du lent automne

J’écris sans rires ni rimes

Une belle et longue plainte

Les mots que je trempe dans une encre de mauve pluie

Glissent sous les lourds pas de ma veuve plume

Depuis l’envol du bel et bleu été

18 novembre

Trois fois rien…

Trois fois rien

Me dites-vous ?

Oui trois fois rien,

Et c’est tout !

Cela suffit pour mon peu de bonheur…

Non vous dis-je !

Ce n’est pas assez,

Vous le regretterez…

Oh non, rien de plus,

Je vous en prie !

Pas de rose,

Plus de mauves,

Laissez les bleus en paix.

Je n’ai besoin que de terres grises

Pour écrire mes rêves bariolés.

Reflets… Inédit

Nez en l’air à rêver

Tu as posé le pied

Dans une flaque de nuit

La ville au gris éclaboussé

Te sourit de ses mille larmes

Aux flammes du soir brillant

Matinales…

Ils ont réglé leur réveil chagrin

A l’heure du regard matin

Jour de plus

Jour de rien

Dans les sombres arrières salles

D’un monde si vieux

Qu’il pleure toutes les larmes mauves

De son corps affaibli

J’entends la bruine de mille pluies

Ils ont réglé leur réveil matin

A l’heure des regards chagrins

Mes Everest, Paul Verlaine…

Ariettes oubliées, 2

Je devine, à travers un murmure.
Le contour subtil des voix anciennes
Et dans les lueurs musiciennes.
Amour pâle, une aurore future!

Et mon âme et mon cœur en délires
Ne sont plus qu’une espèce d’œil double
Où tremblote à travers un jour trouble
L*ariette. hélas! de toutes lyres!

O mourir de cette mort seulette

Que s’en vont, — cher amour qui t’épeures.

Balançant jeunes et vieilles heures!

O mourir de cette escarpolette!

Flash…

Dans les presque nuits mauves

L’oeil flou de l’espoir de paix

Il n’est plus possible d’attendre

Les heures graves ont empli mon rêve

Goutte à goutte les larmes de silence ont séché

Matinale venteuse…

Vent de novembre réveille matin docile

Aux quatre coins du ciel des nuages s’étirent

Regarde-les gonfler de plaisir

Regarde-les s’emplir d’un flot de rires

Voiles légères gonflent et se courbent

Ne riez pas Ô maris secoués

Les hommes de terre redoutent la tempête

Matinales…

La nuit est entrée dans un dernier soupir

La lente agonie des noirceurs aux angles mous

Réveille les absents enfouis dans les draps humides de l’oubli

Il ne nous reste plus qu’à ouvrir les yeux

Pour aimer la ronde des belles couleurs

24 novembre

Perdre le nord…

Perdre le nord…

Le problème avec celles et ceux dont on dit avec pitié, condescendance, ou inquiétude qu’ils ont perdu le nord c’est qu’à ma connaissance, ils ne le savent pas et surtout on ne le leur dit pas.
S’ils le savaient peut-être le chercheraient-ils, ou mieux, peut-être essaieraient-ils de le retrouver ou plus tôt de le trouver. Car retrouver quelque chose cela signifie que ce n’est pas la première fois ni qu’on le trouve, ni qu’on l’a perdu. Cela signifie donc qu’ils l’ont déjà perdu (au moins une fois) puis retrouvé et donc qu’ils savent sinon où il est tout au moins où le chercher…
Mais vous conviendrez avec moi que si on sait où il faut chercher ce qu’on a perdu, c’est qu’on ne l’a pas vraiment perdu.
Et lorsqu’on est perdu l’essentiel est de se retrouver (surtout si on sait pas vraiment ni où on est, voire même où on habite ) et comment le faire si on est désorienté, si on a perdu la boussole….Tout cela, il faut en convenir est bien compliqué et une fois encore j’ai peur de vous perdre, voire de vous avoir déjà perdu. Et vous perdre cela je ne le voudrai pas, car j’ai mis quand même un peu de temps à vous trouver, que je voudrais bien vous garder, à moins que vous ne considériez, peut-être, que je suis complétement à l’ouest…

A l’ouest de vos mémoires encombrées…

Pointe de Pern

Ici, un bout de ce monde habité,

Terre déchiquetée,

Vagues emmêlées,

Hommes de l’intérieur

Retournez vous !

A l’ouest de vos mémoires encombrées,

Il y a le vent.

Vent qui souffle sur vos nuques.

Vent qui s’engouffre

Derrière vos yeux étonnés.

Avancez encore un peu,

Tendez votre oreille

Entendez son chant,

Il vous murmure

Toutes ces histoires oubliées

Demain…

Il reste si peu de temps

Pour ne plus rien dire

Pour ne plus mentir

Pour étouffer les cris du pire

Et on se tiendra par un bout de rien

On soufflera des mots doux au vent chagrin

On prendra le premier verre du bon voisin

On sifflera la lente mélodie du doux demain

Ouvre les yeux homme courbé

Ouvre les yeux le monde s’est figé

Il atteint l’agonie de la pleine marée

Regarde la dernière vague de haine s’est affaissé

20 novembre

Flash…

Chaque jour passe lisse et long

Fidèles nous t’attendons

Ô pleine mer des longs frissons

Viens il est l’heure

Entre mes bras oublie tes vieilles peurs

Oui viens ô mer de mes passions

Je te prends d’une vague main

Et tu entres dans la danse touffue

De nos rondes brumes

Aux écumes joufflues

Matinales…

J’ai posé le pied sur une terre inconnue

Les rires sont longs

Les peurs sont blanches

Les aubes grises ouvrent un oeil mauve

C’est le chant bleu

De mon soleil heureux

Carnets, 13 : « il m’a lancé un regard… »

Photo : Alice Nédélec

Je vous assure, il m’a lancé un regard, franchement je m’en remets difficilement. Lancer un regard, ce ne doit quand même pas être des plus simples, il faut évidemment savoir viser, car lancer un regard sans savoir vers qui l’envoyer c’est un peu comme un coup d’épée dans l’eau. Encore qu’un coup d’épée dans l’eau a au moins deux vertus celle de faire de provoquer des remous (même si on ne veut pas dans ce cas précis faire de vague) et celle de trancher dans le vif, surtout s’il s’agit d’eau courante. Mais revenons à nos moutons, revenons à ce regard lancé, et qui semble t’il a atteint sa cible (puisque la personne victime du jet prétend qu’on lui a lancé un regard), est ce que ce regard est vif, acéré, aiguisé, perçant même. Imaginons les dégâts provoqués par un regard qui en plus d’avoir été lancé est aussi perçant. La personne, appelons-là la victime, risque de se retrouver comme le disait Corneille « percée jusqu’au fond du cœur d’une atteinte imprévue » …. En conclusion, ce que je crois c’est qu’un regard n’est jamais lancé au hasard, à l’aveugle dirions-nous car il faut être clair une fois lancé le regard ne peut revenir en arrière, ce n’est pas un boomerang et le lanceur doit autant que possible avoir les yeux en face des trous s’il ne veut pas rater sa cible.

Flash…

Et les mots se rebelleront. Lorsqu’on voudra les utiliser pour haïr, ou ne rien dire, lorsqu’on les abîmera en leur ajoutant des adjectifs inutiles, ils resteront à quai, ils ne se formeront plus. Ce sera la grève des mots.

Et quand on les obligera à cohabiter avec des mots creux, des mots vides, des mots en ique, ils se tairont et retrouveront tranquillement leurs longues nuits.

Les mots sont fatigués. Laissez les se reposer.

Réaction…

  • Bonjour cher ami est ce que nous pourrions avoir votre réaction ?
  • Une réaction, mais à quel sujet ?
  • Peu importe, ce n’est pas le sujet qui est important, ce qui nous intéresse ce sont les réactions…
  • Mais voyons, je ne peux pas réagir si je ne connais pas de quoi il s’agit, ou qui agit. Je vous rappelle que dans réaction il y a action !
  • Eh bien vous pourriez réagir sur ceux qui ne réagissent jamais. Oui c’est bien ça : qu’en pensez-vous ?
  • Eh bien écoutez si certains ne réagissent pas c’est peut-être qu’il est parfois inutile de réagir…
  • Comment inutile ? Mais vous plaisantez, plus il y a de réactions, plus ça réagit ?
  • Et ?
  • Eh bien c’est formidable non, cela prouve qu’on aime le débat ?
  • Vous trouvez qu’une réaction qui en entraîne une autre, c’est un débat, moi j’appellerai plutôt cela une impasse, ou plutôt une boucle… Oui c’est cela, une boucle, on finit toujours par revenir au début tout en étant persuadé qu’on a avancé.
  • Et que proposez vous ?
  • Rien, ou plutôt je propose de prendre le temps. Une action c’est une pâte, il faut attendre qu’elle lève, ou pas, il faut observer, ajuster, comprendre, compléter. Bref il faut réfléchir.
  • Mais ce sera trop tard…
  • Trop tard pour quoi ?
  • Je ne sais pas, c’est juste une réaction que j’ai à ce que vous dites !
  • Et vous voudriez que je réagisse ?
  • Oh oui, s’il vous plaît ! Une petite réaction…

6 novembre

A table !

Il est des mots que j’aime inviter

J’ouvre en grand la porte de mon inspiration

Papillons aux l légers

Ils entrent sans bruit

S’installent autour de la table

Et prennent un premier vers de silence

Enivrés de mes belles rimes

Les voici qui babillent

Ils sont tous là

Brume et flacon

Douce et féline

Charme et mauve

Flou et fauve

Heureux de se retrouver

Heureux de s’ajouter

Ils se racontent en riant

Le poème de demain

5 novembre

Mes Everest, Christian Bobin

La chambre de lecture est nue, peu faite pour recevoir. Point de ce luxe qui éparpille la vue, fragmente le silence du dedans. Chambre obscure ou flotte pourtant une lumière qui n’est pas celle du jour. Dans un instant, viendra y tournoyer les poussière des ailes de mourir, de naître et d’aimer, il suffira pour cela d’un livre heureux, d’une abeille noire et blanche : d’un rien.

Seul sur le bord de la fenêtre, ce panier de mots et de violettes fraîches, à peine entamé.

Flaques…

On a tous un rêve de flaques

Longue et large

Petite mer des belles amitiés

Comme l’enfant insouciant

Au rire parfum d’océan

Les deux pieds joints

Tu sautes avec la jolie joie

Oui celle qui éclabousse

On rit on pleure

Il pleut on s’ébroue

Gouttes de pluie perlent de lui

Larmes salées parlent d’une si belle

Et je sème une suite de cailloux

Pour nos lendemains un peu fous

Ciels…

Sous les sourires froissés

D’un nuage ivre de mauvais gris

J’attends seul et titubant

Le vent de la page

Qui se lève et me frissonne

Flash d’automne…

Dans l’eau trouble de l’automne

Le reflet ocre d’une lumière fatiguée

D’un si long été à étirer ses longues marées

Peu à peu l’horizon s’efface sous la gomme

D’une lourde brume sous le ciel abandonné

Flash…

C’est inquiétant voyez vous… Le monde se fait beau et il ne pense même pas à bien faire. Il sait qu’on ne le verra pas, il sait que ses couleurs ne seront pas comprises, il sait que l’humanité a la nuque courbée. Mais il essaie. Il appelle : j’existe dit-il, ouvrez les portes de votre fabrique à sourires !

Rien ! Le silence…Un silence mou sans le moindre espoir de rimes…

Carnets 12…

Réfléchir avant d’agir…

Oui bien sûr, je suis d’accord, il faut réfléchir avant d’agir mais ce que je voudrais savoir c’est à partir de quand je puis considérer qu’il ne faut plus réfléchir et qu’il faut agir. Que se passe t’il si je réfléchis trop, ou à l’inverse pas assez ? Qui me le dit et comment je le sais ? Et admettons d’une part que je réfléchisse tout le temps avant d’agir et admettons que réfléchir est une action, cela signifie-t’-il que je réfléchis toujours avant de réfléchir ? Mais alors à quoi faut-il que je réfléchisse avant de réfléchir ? A rien me dites-vous ? Mais si je ne réfléchis à rien comment puis-je agir ?

Ouille j’ai mal à la tête

Matinales…

Je, tu, il, elle, on, vous, ils

Sur la page blanche de mes chaque matin

Je cherche

Je cherche

Qui va parler

A qui m’adresser

Que et quoi vous dire

Ce dont je ne doute pas

C’est le comment

Je choisis dans ma boîte à plumes

La fine et belle encore endormie

Je la lisse et la trempe dans les encres grises

De mes restes de nuit

Entends la qui crisse en glissant

Sur la première ligne de ton jour qui sourit

Flash…

Derrière la ligne flou de mes rêves salés

On devine une terre à inventer

Elle étire ses longues plaines

Jusqu’à la promesse d’un sommet oublié

J’ai pris la route sans cartes ni papier

Ou vas-tu m’a-t-on demandé ?  

Je marche et ne sais où j’irai

Il est si beau ce bout de blanche brume

Demain peut-être j’y glisserai

Une fine page aux mots légers…

29.10.2024

Belle et bleue…

Rêvons

Ô oui rêvons du risque de joie

Belle et bleue

Elle roule sur la vitre de mes oublis

Simple joie

Jaillit dans le soudain

Du tendresse matin

Regarde elle brûle et brille

Au coin mauve

D’un œil qui glisse sur nos restes de larmes

Odeurs de lilas

Aux angles durs des rancœurs de l’hiver

Rondissent en fleurant

Elle est là

Sautillante

Frissonnante

Fondue dans le brise chagrin

Du lourd glaciers de nos mémoires pour demain

Matinales..

Il arrive que le temps soit à la contemplation

Simple inattendue fraîche

Elle débarque sans crier sur les rives des matins communs

Et les soupirs de l’impatience sont apaisés

O

Matinales…

Il suffit je ne me lève plus a dit le jour somnolent
Mais ce n’est pas possible tu es condamné
A répondu une nuit tremblante et pressée d’engloutir
Le trou de lumière par elle creusé
Encore un effort je t’en prie
Le jour s’est tourné et retourné
Il a râlé
Au pied du lit de pierre a posé un pied puis deux
Et s’est levé l’œil mauvais
Sur un ton sec et irrité à la nuit a répondu
C’est bon une fois encore je le fais
Je le fais pour toi
Tu me fais tant pitié

23 décembre

Matinales…

Il est des matins roux
Qui emplissent de rêves
Les fonds de faille
De nuits ocres aux angles droits
Ils posent légers
De douces caresses
Sur nos joues creusées

27octobre

Semailles…

Dans le jardin des mémoires de demain

J’ai semé un vieux fond de graines de rires faciles

C’est la bonne saison

Je le sais je le sens

C’est le temps

Le temps si rond si long

De la bonne raison

Il le faut on attend

Regarde

Les granges débordent de molles pailles

Oubliées de vieilles moissons

Entends les pleurs des rides sèches de la terre

Aux prochains soleils levés

Tu cueilleras ta première fleur au sourire câlin…

Une semaine à Prague 8

Voir le monde à travers une fenêtre de 15 cm par 8 cm c’est la triste réalité de tant de touristes. Je suis stupéfait et irrité par l’incapacité qu’ont tant de personnes à mobiliser tous leurs sens pour emplir l’armoire à mémoire. Pour ma part quand je découvre un lieu nouveau j’aime être pénétré avant de figer un tout petit bout de ce que je viens de voir…

Une bouillie de nuages…

Un inédit avec comme inspiration déclenchante cette photographie de l’Atomium prise à Bruxelles…

Tête perdue dans une bouillie de nuages
Ivre d’un presque rien
Englouti à l’angle mou d’un bleu incertain
Je noie vos doutes géométriques
Dans une orgie de courbes vagues poétiques
J’entends les roulements de colères inventées
Ils abîment les velours usés
Par les éboulis de larmes mauves
Neiges éternelles de nos peines fauves
Et j’oublie les lourdes morales académiques
Pour écrire sans freins ni lois
De longues pages de vents froissés

Matinales

A l’ouest de mes mémoires salées

L’écume de tes mots

Douce caresse

Rime tendresse

Ta trace est là

Trait de lumière

Perce l’ombre creuse

De ton absence

Je souris et t’entends

Tu es là à ne rien dire

Vague fleur séchée

Sur la crête de ton océan

Flash…

Il faut rester liés

Peu importe la couleur, la matière, l’âge, ce qui nous lie est plus fort ce qui nous sépare. La haine, les haines qui déferlent aujourd’hui sans aucune limites, sans aucun garde fous me donnent la nausée. Les mots sont abîmés. La pensée n’existe plus. Seul le réflexe compulsif domine. Je n’entends plus que des vociférations. Il nous manque tant celles et ceux qui loin de leurs narcissiques écrans éclairaient les chemins noirs, ( Camus je pense à toi… ).

De ci de là des paroles posées, qui sortent de cette permanente mélasse où tout est confondu : la politique et ses bassesses, l’histoire et ses blessures, et la haine sans limites pour des peuples errants qui souffrent en silence d’être les otages des apprentis sorciers qui occupent et salissent nos espaces de vie…

Matinales…

Il est des mots dont la rime hésite entre larmes et bleu

Dans les aubes grises et mauves

Aux fenêtres ouvertes on entend leurs toux fauves

Les silences de la nuit ont éteint le feu

Au creux de l’épaule du beau matin

Ils posent la tendre joue de leurs rires malins