Poèmes de jeunesse : "Jeudi soir"

Vite

Les mains frappent

Se crochettent

La saleté s’anime

La solitude s’excuse

La foule des anonymes

Au cul empaillé

D’une frime végétative

Souffle son merdique venin

Ça pue

Ça suinte la honte à quatre sous

Ça sent le tragique déguisé

Le soi-disant devient la vérité

Obstruée

Par le non horizon

Par le non avenir

Le naturel ne se cueille pas sur les rires

C’est un accouplement de médiocrité

Dans un orgasme de haines

Antihumains

De ce côté tu ne sais pas si c’est devant

Ou si c’est nulle part

Parce que tu n’y vas plus

C’est ton miroir déformant qui se brise

Tu pisses contre un arbre

Tu ne retournes pas

Et il tombe

Il n’a plus de racines

Il se soutient par lâcheté

Alors tu comprends de plus en plus

Et soudain

Soudain

Ton rêve déchire l’hontosphère

Tes yeux calaminent les regards mielleux

Tu marches à reculons

D’abord

Et tu cours

Ton histoire, elle est pas là-bas

Tu veux pas pourrir comme les autres

Tu veux mourir pour les autres

Le soudain, l’attendu

Arrive une fois

Ailleurs

Par hasard

C’est les yeux que tu cherches

C’est la voix qui te creuse

Ton odeur est encore celle d’hier

T’avais une plaie sur le ciel de tes yeux

Une plaie ouverte

A coeur ouvert

Toutes les nuits tu réalises l’imposture

L’imposture du noir

Qui coulait aussi de tes veines

Ta joie était à l’honneur

Fête nationale dans le calendrier de l’horreur

1980

Poèmes de jeunesse : "jeudi soir" 1

J’ai été un peu absent cette semaine, très pris par le travail, les déplacements, je vais profiter du week-end pour noircir un peu de papier. Pour commencer je « re »publie ce poème de jeunesse en deux parties, la première partie que j’avais proposée était sans illustrations… Et la partie deux arrivera dans la foulée

Jeudi noir

Jeudi soir

Jeudi

Tu l’as vu

Alors tu te rappelles d’hier

Tu te rappelles du hier

Il y a celui à qui tu te confesses

Et l’autre qui voulait te finir

T’étais seul au milieu de cette cible d’hypocrisie

Et tu revois les flèches amères, en plein cœur

Et toi tu riais ta mort à pleine peur

Devant une forêt noire et stupide

Une forêt qui s’essouffle à plein siècles

Dans les silences du sablier sanguinaire

Des lueurs

Des odeurs

Et toi tu marchais

Tes branches t’écorchaient le sourire

Qu’ils ont honte de voir

Parce que tu t’en fous ou tu fais semblant

Alors tu te retournes, toujours

Derrière

Pour toi devant il n’y a plus rien

Sauf ce nuage couleur médiocre

Tu sais que c’est d’ailleurs que tout vient

Tu sais que t’es peut-être oublié

Que le hasard est encore vivant

Qu’il veut te rattraper

Alors tu te retournes de plus en plus souvent

Tu creuses ton chemin à pas mûrs

Un chemin pour croire

Ton testament est un cul de sac

Sur le néant

Alors reviens

Vite…

Poèmes de jeunesse : "la révolte"

La révolte était devenue

Une autre décoration de combats intellectuels

Pour le snobisme

De ceux qui flirtaient avec l’angoisse

Du pauvre

Qu’ils achetaient

Chez les bradeurs d’inhumanité

Qui vendent

Du sourire aux enchères du sentiment

Et qui cultivent des jardins d’utilité

Des jardins de pitié

Pour le botin du beau monde

Qui pissent leur ba ba quotidien

En rotant la nuit qu’ils ont volée

Aux autres

Aux angoissés

Aux vrais

L’uniforme de leur porcherie

Leur fait peur

Parce qu’ils se sentent loin

Parce qu’ils se sentent loin

Alors ils trichent

Ils se déguisent

Ils prostituent la vérité

En l’obligeant à coucher

Avec ceux qui l’ont déjà tuée

En l’oubliant

Ils s’écologisent le dimanche

En se confessant à la rivière

Qu’ils assassinent à petites semaines

Mais y savent pas

Eux ils comptent

Eux ils produisent…

Juin 1980