J’aurais aimé, au moins aujourd’hui deviser sur, enfin, une vraie bonne nouvelle : celle qui m’aurait annoncé la défaite de Donal Trump. Et bien non je suis encore obligé de me rabattre sur mes rêves, ou fantasmes, sait-on jamais…
Ah je m’en souviendrai du 4 novembre…Comme tous les matins, j’ouvre en grand la fenêtre de ma chambre. Il fait frais et j’aime cette sensation après une nuit toujours un peu agitée. La lumière me réveille et l’air vif me fouette. Au milieu de la pelouse, assis le dos à la fenêtre : un loup, un grand loup gris. Je sais que c’est un loup, ses oreilles pointues ne trompent pas. Il est assis et regarde droit devant lui, enfin me semble-t-il. Je me racle la gorge discrètement. Il se retourne, lève la tête et me regarde… Oui je le confirme, définitivement, c’est un loup, un grand loup même. Il me regarde. Je le regarde. On se regarde. Et comment dire, je ne me pose aucune question ; c’est simple, il y a un loup sur mon terrain, et ça ne me gêne pas, au contraire…Comment a-t ’il pu entrer, je l’ignore, qui est -il, d’où vient-il cela ne m’intéresse pas. Ce que je vois, ce que je sais, ce que je sens même, c’est qu’on va bien s’entendre tous les deux. Il m’attend, j’en suis sûr, quand il a tourné la tête pour me regarder, il n’était même pas étonné, ni effrayé et encore moins effrayant. Je referme la fenêtre, je m’habille, avec un sourire d’enfant qui ne me quitte pas. Je bois un café en vitesse, parce que quand même je suis un peu impatient et je sors… Et au moment où je ferme la porte, je crie un peu fort (il faut quand même que les endormis profitent de ma joie) : « je sors, je vais donner à manger au loup ! »
Je ferme les yeux, doucement, tout doucement, Derrière les paupières, une lumière si douce Légère et si fraiche, une caresse que mon regard comprend Et soudain, derrière mes yeux, il y a ton regard brillant Tes yeux, mes yeux nos regards mémoires, Mes yeux, tes yeux nos yeux qui s’effleurent et s’entendent Dans nos regards, il y a la mer et la brume. Dans nos regards, il y a tant de souvenirs, Regarde petite, regarde, Regarde à l’intérieur de ton coffret à images Il y a quelques bijoux qui brillent pour deux Ecoute, petite écoute Ecoute dans le creux de ta main Il y a le bruit de la mer qu’ils ne sont deux qu’à entendre Il est loin et la caresse de ses mots te sèche les larmes Au coin de ton regard le sel a séché, C’est beau, c’est si bon à caresser
Ce matin le réveil est un peu difficile. Il faut dire que rares sont les nuits calmes et sereines sans tous ces mauvais rêves que pour se protéger on répugne à appeler cauchemars. Le réveil est un véritable supplice. Je me traîne jusqu’à la cuisine tout en marmonnant : « s’il faisait beau, au moins je pourrais prendre mon café dehors ». Mais bien sûr il pleut, nous sommes le trois novembre, comment peut-il en être autrement. Et en plus pour couronner le tout, c’est mardi. Un mardi de novembre. Je marmonne, il faudrait que je me bouge… J’allume la radio avec le petit espoir d’entendre quelque chose d’engageant, d’encourageant : une bonne nouvelle quoi ? J’appuie sur le bouton. Grésillement. Et puis une info : un flash info comme on le dit. Et c’est vrai qu’en guise de flash on ne peut faire mieux. Je dois le dire : j’ai sursauté et me suis cru sur la station qui passe en boucle toute la journée les mêmes sketches. Je vérifie. Non pas d’erreur je suis bien sur France Imper. « … Sur recommandation du tribunal académique et après consultation du conseil insurrectionnel, le gouvernement a décidé de présenter demain mercredi un projet de loi à l’assemblée, portant modification du calendrier, avec pour principale réforme, l’élimination pure et simple du mardi… » Eliminé le mardi : disparu, envolé… Je n’écoute pas les commentaires qui suivent cette annonce avec notamment un premier débat opposant les défenseurs du mardis aux avocats de tous les autres jours et particulièrement celui du dimanche dont on dit qu’il a usé de toutes ses relations pour préserver ce jour sacré qui semblait lui aussi être condamné… Et voici que je me redresse, que je bombe presque le torse de satisfaction : quel bonheur de savoir qu’on est en train de peut-être vivre son dernier mardi de novembre…
Je poursuis mes republications, pour mes nouveaux abonnés qui n’ont pas eu l’occasion de découvrir l’année dernière cette ronde des bonnes nouvelles…
Instauration de la journée nationale sans râler.
En ouvrant mon journal ce matin dont, au passage, la qualité du papier se dégrade de plus en plus, ce qui a pour conséquence de noircir les doigts, j’ai malencontreusement renversé ma tasse de café. La journée commence vraiment mal, ai-je failli dire…Non, en fait, oui je l’avoue je l’ai dit ! Et ce d’autant plus qu’il n’y avait plus de lait, que le pain était sec, que le chat miaulait sans raisons apparentes, que la chaudière ne voulait pas démarrer, qu’évidemment il pleuvait et que j’avais perdu mon parapluie et égaré les clés de ma voiture. Voiture qui ne démarrera certainement pas lorsque j’aurai retrouvé les clés si j’en crois le texto laissé par le voisin : « vous avez laissé vos phares allumés ». Texto que je ne découvre que maintenant étant donné que je ne savais plus où était mon portable. Bref il me semble que toutes les conditions sont quand même réunies pour que je m’autorise, un tout petit peu, à râler. Et me voici donc à feuilleter mon journal imbibé de café froid (oui mon micro-onde est en panne et du fait de la panne de la chaudière je n’ai pas d’eau chaude et comme hier en voulant réparer une vieille lampe de chevet j’ai fait un mauvais branchement j’ai provoqué un court-circuit et grillé la cafetière). Bref je feuillette et que lis-je en gros caractères gras ? « Le 2 novembre devient la journée nationale sans râler ». La décision a été prise à la suite d’une pétition adressée au président de la république par un florilège de professions victimes régulières des râleurs. Il s’agit notamment des professeurs, des garagistes, des plombiers, des facteurs, des météorologues j’en passe et bien d’autres… Et comment dire, j’ai terminé la lecture de mon journal en me disant : « oh après tout, il n’y a pas de quoi râler… »
Ses mains se posent. A plat, fines et légères Ses mains reposent, ailes d’ange Autour le silence La douceur s’impose Sur ses doigts mon regard se pose, Longs pétales, d’un regard je les effeuille C’est beau ces yeux d’ailleurs Sur la peau, ils effleurent, Quand la lumière faiblit, Quand les derniers rayons sont suspendus C’est beau cette main, entre ombre et lueur Je ferme les yeux, sa main est fleur Les doigts se touchent Un frisson m’entoure J’aime ses mains, Elles lisent en moi
C’est deux vers je les écrivais il y a plus de quarante quatre ans avec toute la tendre maladresse de l’apprenti poète qui cherche les bonnes formules pour que le mélange des mots puisse se déguster longtemps après. C’est le cas aujourd’hui. Je déguste et je me souviens.
Ecoute moi Oui toi Il faut que tu bouges Ouvre les yeux Sors de ton cirque à clique Sens la douce caresse de tes cils Souviens toi tu es vivant Non tu ne rêves pas Tu ne le sais plus Tu ne le peux plus C’est pour toi que je parle Homme enfoui Homme englouti Homme avalé Homme digéré Referme ta bible numérique Essaie Essaie tu verras Pense Regarde Le monde est là Il t’observe Il attend et t’espère Il a pris ses belles couleurs C’est pour toi elles brillent Ecoute moi Oui écoute moi Il faut que tu résistes
Dans le compartiment, il y a cette odeur, unique, qui s’accroche aux vêtements. Une odeur de voyages, trop courts, pour que la sueur soit absorbée par les souvenirs touristiques. Une odeur de vitre propre, de soupirs fatigués, une odeur de vie qui est à la peine, pour s’approcher de ce dont on rêve quand on est la tête contre la vitre. On ressent les vibrations, et puis il y a l’humidité de l’haleine qui fait comme un voile. Le voyage contre la vitre peut commencer, les yeux qui se ferment et le skaï devient cuir sauvage. Les néons ferroviaires sont des reflets de lune sur l’eau, pas un son, pas une voix qui ne troublent le rien d’un songe qui cherche son issue. Comme une musique, comme une mélodie. Et le couple d’en face, si vieux, si bons, qui posent leurs yeux sur la main de l’autre, pour signifier leur amour. Ils sont si beaux, si vrais, avec des souvenirs en réserve, pour chaque aiguillage, des regards croisés. Le front fait corps contre la vitre, les vibrations se font plus douces, le couple est comme un bouquet. Plus loin des jeunes filles rient, elles sont heureuses, heureuses de leurs sens, de ce qu’elles disent, de ce qu’elles montrent aux regards des peureux du bonheur. Elles batifolent, de mots en mots, d’histoires banales en tranches de vie. Et leurs rires nous réchauffent dans ce temps qui ne fait que passer.
J’ai écrit ce texte il y a quarante quatre ans, avec vraisemblablement comme fond musical, le stéphanois de Bernard Lavilliers, la photo est beaucoup plus récente….
Il est des matins roux Qui emplissent de rêves Les fonds de faille De nuits ocres aux angles droits Ils posent légers De douces caresses Sur nos joues creusées
Il est des jours qui débutent en riant Dans le fracas d’un songe de nuit On a trouvé des traces de blanche paix La nuque est raide de ces longs combats La bouche est sèche des mots durs Qu’elle a craché Le matin nouveau étire ses longues ailes Il est venu le temps des bons amis
La Charente avec dans le fond Rochefort et le pont transbordeur, photo réalisée par ma cousine Aline Nédélec
A l’ouest de mon premier regard S’étire en glissant ce long soupir Chant de brumes d’autres mémoires Il est difficile d’être triste longtemps Ce n’est plus ton rire qui invite au combat Je garde en secret ce fond de silence Je te l’offre tu feras un bouquet de fleurs séchées
Pourquoi que je vis Pour la jambe jaune D’une femme blonde Appuyée au mur Sous le plein soleil Pour la voile ronde D’un pointu du port Pour l’ombre des stores Le café glacé Qu’on boit dans un tube Pour toucher le sable Voir le fond de l’eau Qui devient si bleu Qui descend si bas Avec les poissons Les calmes poissons Ils paissent le fond Volent au-dessus Des algues cheveux Comme zoizeaux lents Comme zoizeaux bleus Pourquoi que je vis Parce que c’est joli
Silence pluvieux, J’ai la mer au bord des yeux. Dans le loin bleu De mes mémoires salées, Deux ailes se sont envolées. Vent d’hier, Sur les vagues les a posées. Explose l’écume, S’envolent perles de brume. Regarde la mer belle. Sur la plume de tes mots A la feuille amarrée, Mer a chanté, Mer a soufflé.
Fenêtre ouverte Sur le rond silence bleu Du matin frileux J’attends les mots blancs Qui frappent sur les vitres endormies J’entends la pointe dure du stylo Elle crisse et glisse Sur ma belle feuille fripée De sa longue nuit agitée
Sur la pente raide d’un chemin creux Je presse le pas vers un sommet ivre de bleu J’avance Le souffle court d’un rire qu’on empêche J’attends Crissement d’une caresse rêche Je frissonne Longue et verte vague à l’âme Se jette en pleurant Sur la rive molles de mes nuits blanches
Derrière le tendre vert des collines alanguies J’entends le vent qui bruit Sans un cri Un reste de pli bleu Couvre ronde larme de si peu Sur le bord gris de tes yeux bleus
Lassé de me cogner Aux angles mauves Du grand mur gris De vos molles promesses J’ai rêvé d’une fenêtre Ouverte sur le souffle bleu De nos demains heureux
Au fond de la nuit la plus nue Pas trace de village sur la houle Je n’ai qu’à prendre ta main Pour changer le cours de tes rêves Embellir ton haleine malmenée par la rixe
Tous les sentiers qui te dévêtent Ont dans le lierre de mon corps Perdu leurs chiens leurs carillons La tige émoussée de l’étoile Fait palpiter ton sexe ému A mille lieux vierges de nous
Nous restons sourds à l’agneau noir A toute goutte d’eau de pieuvre Nous avons ouvert le lit A la pierre creuse du jour en quête de sang De résistance.
Et comme annoncé hier, voici la cigale et le poète qui ferme le recueil « les amours jaunes »
Le poète ayant chanté, Déchanté, Vit sa Muse, presque bue, Rouler en bas de sa nue De carton, sur des lambeaux De papiers et d’oripeaux. Il alla coller sa mine Aux carreaux de sa voisine, Pour lui peindre ses regrets D’avoir fait — Oh : pas exprès ! — Son honteux monstre de livre !… — « Mais : vous étiez donc bien ivre ? — Ivre de vous !… Est-ce mal ? — Écrivain public banal ! Qui pouvait si bien le dire… Et, si bien ne pas l’écrire ! — J’y pensais, en revenant… On n’est pas parfait, Marcelle… — Oh ! c’est tout comme, dit-elle, Si vous chantiez, maintenant !
Le poète et la cigale ouvre le seul recueil de Tristan Corbières : « les amours jaunes » en 1873, je vous proposerai demain de découvrir « la cigale et le poète » qui ferme ce même recueil
Le poète ayant rimé, IMPRIMÉ, Vit sa Muse dépourvue De marraine et presque nue : Pas le plus petit morceau De vers ou de vermisseau. Il alla crier famine Chez une blonde voisine, La priant de lui prêter Son petit nom pour rimer. (C’était une rime en elle.) Oh ! je vous paierai, Marcelle, Avant l’août, foi d’animal ! Intérêt et principal. La voisine est très prêteuse, C’est son plus joli défaut : Quoi : c’est tout ce qu’il vous faut ? Votre Muse est bien heureuse… Nuit et jour, à tout venant, Rimez mon nom… Qu’il vous plaise ! Et moi, j’en serai fort aise. Voyez : chantez maintenant.
Un souffle De vie. Pour longtemps. Deux sourires, Soudain. En format souvenir. Une joie, Qui cogne Aux fenêtres d’un civilisé du retard. Rapide, Un regard qui dure. Deux regards qui tremblent Et ils comptent Sur leurs échiquiers intérieurs Les fous qui leur jouent Un hymne de mots Pour un soir Qui dure Et ils trouvent ensemble La route des autres Et ils s’aiment Vite
Tu as peur des gens qui passent Dans ta vie ou sur le trottoir d’en face. Tu as besoin qu’ils te regardent Et pourtant tu restes là, sur tes gardes.
Raconte-toi Raconte-toi
Tu écris aux visages que tu as vus En quadrichromie à la Une des revues. Tu leur dis : je te regarde, est-ce que tu me vois ? Dans le brouillard de ma ville où j’ai si froid.
Raconte-toi Raconte-toi
Envoie toutes sortes de messages Aux inconnus et lucioles de passage. Prends le parti du risque et des erreurs, Le silence est toujours complice ou trompeur.
Raconte-toi Raconte-toi
Prends des feuilles 21×27, un stylo, Une caméra Super 8, un magnéto… Regarde à l’intérieur de tes rêves et dans les journaux Toute la folie du monde est dans ton cerveau
Il fut un temps où certains mots étaient agréables à dire, à prononcer. On les articulait avec délice, tant ils laissaient sur le palais des saveurs agréables. Il faudra peut-être dresser une liste de ces mots qui sont aujourd’hui perdus pour l’écriture.
Je ne parviens plus à apprécier la mélodie de ce mot « confiance ».
Elle était belle cette confiance qu’on se partageait comme un fruit gorgé de soleil, elle était belle cette confiance qui accompagnait toutes les amitiés, qui parfumait les amours, elle était dans le regard bleu de ces enfants que l’on prend par la main, elle était dans la petite flamme vacillante derrière le regard d’un vieux père qui s’éteint, elle était dans l’arc en ciel des sourires de ceux qui ne se sentent pas oubliés. On lui cherchait des rimes de joie, la danse, la chance, la présence, l’alliance.
Mais aujourd’hui l’horloge molle des haines multiples a tourné, et la confiance que j’aimais s’est abîmé dans le marécage des fausses promesses, des phrases creuses, et les rimes qui l’accompagnent sont d’un monde que je ne supporte plus…
C’était l’heure des sans amis Penché vers un presque rien Je voulais prendre ce chemin Et rêvais d’y rencontrer les hommes Aux doux regard paisibles Qui rêvent de lendemains Aux bords ronds et malins J’ai marché jusqu’au dernier bout Lointain Oh si lointain Elle était là Seule et perdue Vêtue d’une longue trainée de brume Elle attendait en souriant Je te savais Tu le sais Entre tes larges marges inventées Je t’avais inventé
Le vent de cette nuit a fait tomber les feuilles. Nous ne vous verrons plus, feuillages enflammés, Feuillages enivrés de soleil et d’automne, Nous ne vous verrons plus, feuilles des peupliers, Passionnées et pâles, harpes parmi les arbres, Le vent de cette nuit a fait tomber les feuilles.
Nous ne vous verrons plus, feuilles des châtaigniers, Flambées et coupées droit comme des fers de lance, Feuilles des marronniers, sanguines et palmées, Et vous, feuilles en pluie des bouleaux aux troncs blancs, Hêtres bariolés comme un tapis persan, Nous ne vous verrons plus, feuilles au vent tombées.
Voici l’hiver, les arbres noirs, les branches nues…
– Tu as mal regardé, tu ne nous as pas vues ; En points de duvet gris, en pointe de chair rose, De nos écorces noires, de nos écorces nues, Avant que nous fussions tombées, feuilles d’automne, Nous bourgeonnions déjà tout le long de nos branches, En pointe de chair rose, en points de duvet gris, Feuilles du printemps neuf et déjà presque écloses, Nous qui ne savons pas ce que c’est que mourir.
Peu importe la couleur, la matière, l’âge, ce qui nous lie est plus fort ce qui nous sépare. La haine, les haines qui déferlent aujourd’hui sans aucune limites, sans aucun garde fous me donnent la nausée. Les mots sont abîmés. La pensée n’existe plus. Seul le réflexe compulsif domine. Je n’entends plus que des vociférations. Il nous manque tant celles et ceux qui loin de leurs narcissiques écrans éclairaient les chemins noirs, ( Camus je pense à toi… ).
De ci de là des paroles posées, qui sortent de cette permanente mélasse où tout est confondu : la politique et ses bassesses, l’histoire et ses blessures, et la haine sans limites pour des peuples errants qui souffrent en silence d’être les otages des apprentis sorciers qui occupent et salissent nos espaces de vie…
Dans le silence mou d’un matin bleu On s’arrête Là Dans le plein rêve D’un monde heureux On s’arrête Là Juste au-dessus du vague soupir Las On n’entend plus la douce mélodie On respire, on espère On hésite, on appelle Oh rien Ou si peu Juste le mot Juste un seul Léger Goutte à goutte Rivière l’épelle On baisse les yeux Plus un souffle d’air Tout se fige Une par une flaques d’eau S’assèchent Et sur la surface lisse d’un vague ruisseau Le temps s’est achevé Nous ne l’attraperons plus
Si notre vie est moins qu’une journée En l’éternel, si l’an qui fait le tour Chasse nos jours sans espoir de retour, Si périssable est toute chose née,
Que songes-tu, mon âme emprisonnée ? Pourquoi te plaît l’obscur de notre jour, Si pour voler en un plus clair séjour, Tu as au dos l’aile bien empanée ?
Là, est le bien que tout esprit désire, Là, le repos où tout le monde aspire, Là, est l’amour, là, le plaisir encore.
Là, ô mon âme au plus haut ciel guidée ! Tu y pourras reconnaître l’Idée De la beauté, qu’en ce monde j’adore.
Il pleut à seau, il pleut des cordes, il pleut comme vache qui pisse, il tombe des trombes d’eau. Bref il pleut. J’aime beaucoup la poésie qu’engendre la pluie, il y a toujours cette idée du débordement, du torrent, du dégoulinement. Et pour être sincère c’est souvent la vérité. Mais quand la pluie est légère, qu’elle n’est pas un long sanglot désespéré, mais une simple et douce larme qui s’écoule en caressant la joue, on est, me semble-t-il, moins prolixe. Il existe pourtant de belles pluies, douces, fines, caressantes, reposantes. Des pluies qui donnent le sourire quand elles sont attendues, des pluies mélodieuses, qui chantent, qui clapotent, qui cliquettent. Et parfois dans le panier à mot de cette pluie on trouve des paroles heureuses aux rimes pluvieuses…
Je sais bien que les chemins marchent Plus vite que les écoliers Attelés à leur cartable Roulant dans la glue des fumées. Où l’automne perd le souffle Jamais douce à vos sujets, Est-ce vous que j’ai vu sourire ? Ma fille, ma fille, Je tremble.
N’aviez vous donc pas méfiance de ce Vagabond étranger Quand il enleva sa casquette pour vous demander son chemin vous n’avez pas parue surprise Vous vous êtes abordés comme coquelicot et blé. Ma fille, ma fille Je tremble
La fleur qu’il tient entre les dents Il pourrait la laisser tomber S’il consent à donner son nom A rendre l’épave à ses vagues Ensuite quelqu’ aveux maudits Qui hanteraient votre sommeil, Parmi les ajoncs de son sang Ma fille, ma fille Je tremble
Quand ce jeune homme s’éloigna Le soir mura votre visage Quand ce jeune homme s’éloigna Dos vouté front bas et mains vides Sous les osiers vous êtiez grave Vous ne l’aviez jamais été Vous rendra-t-il votre beauté? Ma fille, ma fille Je tremble
La fleur qu’il gardait à la bouche Savez vous ce qu’elle cachait père Un mal pur bordé de mouches Je l’ai voilé de ma pitié Mais ses yeux tenaient la promesse Que je me suis faite à moi même Je suis folle Je suis nouvelle C’est vous mon père qui changez.
Dans le bout de cette vie qui résiste Il y a comme un voile gris Flamme qui vacille La peur n’ose plus entrer Un rideau de larmes Inutile elle recule Son temps est passée
Ces chutes de bois sonore qui ne lui parvenaient pas, il les entendait, de seconde en seconde, dans les battements de son sang; il savait à la fois que, chez lui, il guérirait, et qu’il allait mourir, que sur la grappe d’espoirs qu’il était, le monde se refermerait, bouclé par ce chemin de fer comme par une corde de prisonnier; que rien dans l’univers, jamais, ne compenserait plus ses souffrances passées ni ses souffrances présentes : être un homme, plus absurde encore qu’être un mourant… De plus en plus nombreuses, immenses et verticales dans la fournaise de midi, les fumées des Moïs fermaient l’horizon comme une gigantesque grille : chaleur, fièvre, charrette, aboiements, ces traverses jetées là-bas comme des pelletées sur son corps, se confondaient avec cette grille de fumées et la puissance de la forêt, avec la mort même, dans un emprisonnement surhumain, sans espoir. Les chiens maintenant hurlaient d’un bout à l’autre de la vallée; d’autres, derrière les collines, répondaient; les cris emplissaient la forêt jusqu’à l’horizon, comblant de leur profusion les espaces libres entre les fumées. Prisonnier, encore enfermé dans le monde des hommes comme dans un souterrain, avec ces menaces, ces feux, cette absurdité semblable aux animaux des caves. A côté de lui, Claude qui allait vivre, qui croyait à la vie comme d’autres croient que les bourreaux qui vous torturent sont des hommes : haïssable. Seul. Seul avec la fièvre qui le parcourait de la tête au genou, et cette chose fidèle posée sur sa cuisse : sa main.
Il l’avait vue plusieurs fois ainsi, depuis quelques jours : libre, séparée de lui. Là, calme sur sa cuisse, elle le regardait, elle l’accompagnait dans cette région de solitude où il plongeait avec une sensation d’eau chaude sur toute la peau. Il revient à la surface une seconde, se souvint que les mains se crispent quand l’agonie commence. Il en était sûr. Dans cette fuite vers un monde aussi élémentaire que celui de la forêt, une conscience atroce demeurait : cette main était là, blanche, fascinante, avec ses doigts plus hauts que la paume lourde, ses ongles accrochés aux fils de la culotte comme les araignées suspendues à leurs toiles par le bout de leurs pattes sur les feuilles chaudes; devant lui dans le monde informe où il se débattait, ainsi que les autres dans les profondeurs gluantes. Non pas énorme : simple, naturelle, mais vivante comme un œil. La mort, c’était elle.
Homme de moins que rien Visage mou Regard moite Poisseux d’aigres sueur Qui s’incruste entre les rires innocents Homme de moins que rien Expire le mauvais parfum De la suffisance des quelques siens Il était de ces bavards inutiles Qui encombre les salons Homme de moins que rien Creuse en soufflant Un gras sillon de silences aigris Ils étaient tant à le suivre Roses fanées à la boutonnière Oublieux de ses arrogances Dans ce monde aux sourires sucrés Ignobles, infâmes Ont repris en cœur L’hymne gris de leurs violences cachées
Dans le fonds asséché de mon puits à rêves bleus De lourdes pierres noires emplissent le vide de ma page blanche Mots fleurs, mots ciels, mots vagues Tous sont écrasés Ils se tordent le cou pour inventer le chant Des rimes en rires Ils se tordent le cou pour s’échapper De l’humide étreinte du nœud coulant qui les étouffe
En suivant la trace floue d’une histoire d’hier J’ai glissé sur la flaque du doux présent A tâtons je marche en riant vers le noir heureux Où brille l’ombre de tes cheveux Je souffre de l’oubli des ces presque rien J’attends serein J’entends chagrin Un long soupir sec Il étale en claquant Des larmes au bleu coupant Qui abîment en roulant Les bords mous du chemin des gisants
Souffrez qu’Amour cette nuit vous réveille ; Par mes soupirs laissez-vous enflammer ; Vous dormez trop, adorable merveille, Car c’est dormir que de ne point aimer.
Ne craignez rien ; dans l’amoureux empire Le mal n’est pas si grand que l’on le fait Et, lorsqu’on aime et que le coeur soupire, Son propre mal souvent le satisfait.
Le mal d’aimer, c’est de vouloir le taire : Pour l’éviter, parlez en ma faveur. Amour le veut, n’en faites point mystère. Mais vous tremblez, et ce dieu vous fait peur !
Peut-on souffrir une plus douce peine ? Peut-on subir une plus douce loi ? Qu’étant des coeurs la douce souveraine, Dessus le vôtre Amour agisse en roi ;
Rendez-vous donc, ô divine Amarante ! Soumettez-vous aux volontés d’Amour ; Aimez pendant que vous êtes charmante, Car le temps passe et n’a point de retour.
Tu t’es pris les pieds dans le lourd tapis de la nuit, Assis au bord de ton lit Entre tes mains, ta tête tu as pris. Souviens-toi, nous étions vivants, Tu riais, je parlais, insouciant. Sur nos lèvres séchées par le vent, Dansaient les mots taquins, Sautillaient les mots malins, Coulaient les mots chagrins. Dans un coin reculé, De notre hier oublié, Je t’entends, je te vois, tu es resté.
En suivant la trace floue d’une histoire d’hier J’ai glissé sur la flaque du doux présent A tâtons je marche en riant vers le noir heureux Où brille l’ombre de tes cheveux Je souffre de l’oubli des ces presque rien J’attends serein J’entends chagrin Un long soupir sec Il étale en claquant Des larmes au bleu coupant Qui abîment en roulant Les bords mous du chemin des gisants
Non, non, pitié, Pas aujourd’hui, Je vous en supplie, Mon rire s’est enfui. Pas de jeu de mots, Pas de rimes en i. N’insistez pas, je vous le dis. Comment ? Dommage, me dites-vous ? Vous aviez de bons mots ? Eh bien tant pis, Je cède, allons-y ! Je n’en prendrai qu’un : Je le veux bref et poli. En avant mon ami, Je suis tout ouïe. Par quoi commencerez-vous ? Comment par i ? Paris ? Malheur, C’est bien ce que je dis, Comment, que me dites-vous ? Ce que je dis ? Ce que je dis, C’est jeudi… Vivement vendredi…
Sur le tableau noir de mes désirs d’écriture J’ai tracé quelques lettres de brumes Des mots bleus se sont envolés A tire ligne jusqu’au bord d’une blanche feuille Que j’avais attendue Une phrase est là, en suspens Une autre aussi qui l’attend Je les regarde heureux Elle se sont aimées Avec mon consentement
Je voudrais une fête étrange et très calme avec des musiciens silencieux et doux ce serait par un soir d’automne un dimanche un manège très lent, une fine musique
Des femmes nues assises sur la pierre blanche Se baissent pour nouer les lacets des enfants Des enfants en rubans et qui tirent des cerfs-volants blancs Les femmes fredonnent un peu, leur tête penche
Je voudrais d’éternelles chutes de feuilles L’amour en un sanglot un sourire léger Comme on fait entre ses doigts glisser des herbes Des femmes calmement éperdues allongées
Des serpentins qui voguent comme des prières Une danse dans l’herbe et le ciel gris très bas lentement. Et le blanc et le roux et le gris et le vert Et des fils de la vierge pendent sur nos bras
Et mourir aux genoux d’une femme très douce Des balançoires vont et viennent des appels Doucement. Sur son ventre lourd poser ma tête Et parler gravement des corps. Le jour s’en va
Des dentelles des tulles dans l’herbe une brise Dans les haies des corsages pendent des nylons Des cheveux balancent mollement on voit des nuques grises Et les bras renvoient vaguement de lourds ballons
Lorsque j’écris, sur le papier, avec un stylo-bille des plus commun, je ressens très fort la sensation de l’écriture. C’est un acte physique, qui laisse des traces. Et je me souviens alors de cette toute première phrase que j’avais écrite il y a quarante trois ans lorsque je décidai d’écrire un roman, mon premier roman, première pierre d’un chantier qui ne s’est jamais fermé, même dans les pires moments, ceux où l’inspiration est ballottée dans les intempéries de la vie. Je me souviens, j’avais 19 ans et j’écrivais : « J’ai la tête qui bourdonne, les mains moites. Mes jointures gardent en mémoire les arêtes du stylo. » En ce moment, presque tous les soirs mes doigts gardent en mémoire les arêtes de mon stylo.
Cette antichambre du tombeau Où froissent comme des drapeaux Les draps glacés par la tempête Ce tabernacle du plaisir Avec la porte du désir Battant sur l´ennui de la fête Cette horizontale façon De mettre le cœur à raison Et le reste dans l´habitude Et cette pâleur qu´on lui doit Dès que l´on emmêle nos doigts Pour la dernière solitude
Le lit Fait de toile ou de plume Le lit Quand le rêve s´allume
Cette maison du rêve clos Sur le grabat, dans le berceau Au point du jour ou de Venise Cette fraternité de nuit Qui peut assembler dans un lit L´intelligence et la bêtise Qu´il soit de paille ou bien de soie Pour le soldat ou pour le roi Pour la putain ou la misère Qu´il soit carré, qu´il soit défait Qu´importe lorsque l´on y fait Autre chose que la prière
Le lit Enfer pavé de roses Le lit Quand la mort se repose
Qu´il soit de marbre ou de sapin Quant au lit qui sera le mien Dans le néant ou la lumière Je veux qu´on ne le fasse point Et qu´on y laisse un petit coin Pour un ami que j´ai sur Terre Cet ami que je laisserai Quand il me faudra dételer Pour l´aventure ou la poussière Ce frère de mes longues nuits Et que l´on appelle l´ennui Au fond du lit des solitaires
Le lit Quand s´endort le mystère Sans bruit Dans la vie passagère
Dans le coin sombre d’une journée ordinaire Une boule de triste silence s’est endormie La foule des bruyants passait Regard levé Pas pressé Pas un pour lui parler Et doucement la rassurer Pas un pour murmurer Ne crains rien petite Ne crains rien Tu verras on va t’aider Tu verras on va t’aimer Et ton chemin vers un long demain Tu trouveras Petite boule a souri Un chant, un cri, un souffle Tous sont réunis Oh petite boule notre amie
La terre est heureuse Elle explose de vie Le rouge est un sourire Elle l’offre aux regards qui l’envient Elle l’offre au ciel Qui l’a fait vie Le rouge est une fleur Une fleur des chants d’été Le bleu du ciel est heureux Le rouge est mis, la pierre est belle Sur la prairie de ce midi La terre est belle quand tu souris Pas un bruit, La chaleur s’est endormie