Une journée d’automne… inédit de 1980…

Je range, je fouille, j’ouvre de vieux cahiers et tombe parfois sur des bouts, sur des essais, parfois maladroits, un peu emphatiques, mais je suis indulgent avec celui qui écrivait il y a quarante ans. Je cherche les traces, dans les mémoires du papier…

C’était une journée d’automne qui se terminait par petites flaques, sur le pavé gluant. Plus rien n’avait l’odeur du neuf. Dans chaque grain de poussière, dans chaque molécule de vie, un parfum de moisissure tirait des larmes aux passants du soir. Dans les yeux de ceux qui se croisaient, il y avait cette lueur de désespoir, si vraie, si dure, si fatidique, si irréversible. Comme si…

Comme si la destinée de chacun était contenue dans ce bruit, sourd et continu, bruit qui m’arrache encore des larmes tant il est dur de se sentir glisser sur des pentes où l’amour n’existe plus que par pointillés jaunâtres. Le ronflement de l’alentour produisait comme un halo de brouillard, mais il m’étouffait plus que n’importe quel autre, il m’étouffait en dedans, il me bouffait mon printemps qui à cette heure-ci n’était pourtant encore qu’inscrit en marge, en attente de frénésie, en attente d’irréel…

Rencontres ferroviaires…

Contre la vitre

Dans le compartiment, il y a cette odeur, unique, qui s’accroche aux vêtements. Une odeur de voyages, trop courts, pour que la sueur soit absorbée par les souvenirs touristiques. Une odeur de vitre propre, de soupirs fatigués, une odeur de vie qui est à la peine, pour s’approcher de ce dont on rêve quand on est la tête contre la vitre. On ressent les vibrations, et puis il y a l’humidité de l’haleine qui fait comme un voile. Le voyage contre la vitre peut commencer, les yeux qui se ferment et le skaï devient cuir sauvage. Les néons ferroviaires sont des reflets de lune sur l’eau, pas un son, pas une voix qui ne troublent le rien d’un songe qui cherche son issue. Comme une musique, comme une mélodie. Et le couple d’en face, si vieux, si bons, qui posent leurs yeux sur la main de l’autre, pour signifier leur amour. Ils sont si beaux, si vrais, avec des souvenirs en réserve, pour chaque aiguillage, des regards croisés. Le front fait corps contre la vitre, les vibrations se font plus douces, le couple est comme un bouquet. Plus loin des jeunes filles rient, elles sont heureuses, heureuses de leurs sens, de ce qu’elles disent, de ce qu’elles montrent aux regards des peureux du bonheur. Elles batifolent, de mots en mots, d’histoires banales en tranches de vie. Et leurs rires nous réchauffent dans ce temps qui ne fait que passer.

Octobre 2010

La Charente est passée…

Ce soir, on se pose,

Ce soir c’est pause, les yeux se ferment.

Pas un bruit qui indispose.

La fureur du monde des autres s’assoupit.

Dans un soupir les bruits sont avalés.

La Charente est là, sourire en coin.

Elle glisse plus qu’elle ne coule.

Autour d’elle, le silence épuré,

Loin, très loin

Des sons qu’on fabrique.

Fin de journée,

La lumière s’efface doucement,

Pour que rien ne s’oublie.

Il aime cette Charente, rivière salée qui s’ennivre de brume.

Il aime cette brume, douce caresse qui se pose et repose.

Les mots mauves lui reviennent,

Mots mauves qui apaisent.

La Charente est passée.

Les couleurs ont disparu…

Parce qu’il ne faut pas vivre que sur ses réserves, même si elles sont « copieuses », je publie ce soir un inédit, tout chaud, terminé à l’instant…

Avalées en trois souffles de gris,

Qu’une pluie froide dilue

Les couleurs ont disparu.

Goutte à goutte,

Le ciel se pose,

Il s’étend, s’étire,

Prend ses aises.

Les yeux se plissent,

Ils cherchent le bout.

Les yeux se plissent,

Ils redressent les courbes.

La route devient molle,

Elle glisse,

Dans les bras de la brume.

La nuit n’est plus très loin,

Elle attend, là-bas,

Après le bout,

Après le tout.  

Tu baisses les paupières,

Doucement,

Petites billes de lumières,

Étouffent l’hiver au tournant.

C’est le Vercors…

Grenoble vu de Saint- Nizier du Moucherotte mai 2019

Dans le frais silence

Du haut plateau,

Entre sans un bruit,

C’est ouvert.

Respire,

Emplis-toi de ce vert.

Souffle, oublie,

Un instant, un seul ,

La rumeur du bas.

Ecoute dans le vent léger qui passe,

L’écho lointain de ces voix éternelles.

Il te raconte ceux qui résistent.

Entends leurs murmures,

Ils te disent que tu existes.

Si beau, si fort,

C’est le Vercors.

Regarde dans le fonds de vallée

La ville s’est étirée,

Blanche, écrasée,

La ville s’est retirée.

Si seule, sous le regard des sommets,

Elle se fait discrète,

Elle ne veut pas déranger,

Et tout doucement,

Tu t’es approché.

L’ombre est encore là.

Tu es si bien,

Tu as souri.

Braises du midi…

Georgetown, Malaisie mai 2019

Dans le brasier d’après-midi

La ville est assoupie,

La chaleur écrase tout.

Elle s’étire, lente et humide,

Plus rien ne bouge,

Mercure en folie.

Les corps lourds et moites,

Inventent des ombres

Il se parlent de fraîcheur.

Dans la lumière si blanche,

Les couleurs éclatent,

Les regards cherchent le mauve,

Douce couleur qui apaise,

Des rouges incandescents,

Les souffles sont courts,

Dans l’air, des bouquets d’épices,

Une odeur de terre mouillé,

C’est la Malaisie.

Il écrit comme un chien…

Il y a quelques années, un peu après la disparition de notre chien « Patouf » j’ai écrit une nouvelle, un peu originale. J’ai écrit comme un chien…. Une forme d’hommage au personnage attachant, dont vous découvrez le portrait ci-dessous …


La première fois ou je les ai vus, ils étaient trois, je crois, ou plusieurs. Je ne suis pas sensé savoir compter. Je  ne suis pas sensé savoir penser aussi, avec des mots s’entend, avec ces mots, ceux qui s’écrivent, ceux que vous lisez, là justement.

Je suis sensé être bête, être une bête. Vous allez me lire et je sais déjà, ce que vous allez dire, si vous n’êtes pas l’un d’eux. Voilà ce que vous allez dire avec un petit sourire amusé ( un petit sourire carnassier, tiens tiens.. ) : « encore un petit écrivain qui cherche à se rendre intéressant en  usant de vieilles ficelles juste bonnes à endormir les enfants. »

J’imagine déjà les titres : un petit écrivain en mal de succès invente un nouveau style littéraire : l’écriture canine : une écriture naïve, stupide, pataude et surtout vous serez mauvais, méchant.   Comment peut-on oser parler de littérature quand on lit ce texte maladroit, poussif, comme s’il avait été, péniblement écrit, par un petit enfant ? Bien sûr on cherchera l’auteur, puisque je l’aurai signé de mon nom de mon vrai nom : Patouf ! Un livre signé Patouf, mais de qui se moque-t-on ?

Mais non, là je rêve, je fantasme, si on cherche l’auteur c’est qu’on le lira, et si un jour on le lit c’est que j’aurai réussi à l’écrire jusqu’au bout et à faire en sorte que quelqu’un le lise et se pose la question.

Je  sais aussi ce qu’il faut croire,  ce qu’on peut croire, ce qu’il est impossible de croire et ce qu’on aimerait bien croire. Je sais que les hommes croient que l’un d’entre eux, un jour, est né comme cela, sans que sa mère ne sente, un sexe entrer en elle. C’est pour cela qu’on l’appelle la vierge… Je ris, intérieurement, parce que si je ris un peu fort on va croire que j’aboie, et ça ne se fait pas d’aboyer sans raison apparente !

Comment je sais tout cela, comment je le sais ? C’est lui qui me l’a dit, c’est lui, c’est eux. Eux ils n’étaient pas pareils, je pense que si un jour ils découvrent ce que j’ai écrit ils ne seront peut-être même pas étonnés, ils liront, et ils diront : « tiens Patouf, a écrit, il nous a écrit ».  Oh bien sûr il y en d’autres qui leur diront qu’ils sont dingues, qu’ils sont complètement allumés, que ce n’est même pas drôle » ; tant pis je sais qu’ils y croiront, alors je continue, ce n’est pas facile, franchement vous ne pouvez pas savoir, mais je le fais, j’expliquerai plus tard comment je m’y prends.

Bref, voilà ça c’était l’introduction, ou le début, le préambule quoi, histoire d’expliquer que ce texte  est et sera  un peu spécial.