Retrouvons Jules, Jules qui se trompe…

Jules est entré chez cette femme. Cette femme ne l’a pas embrassé. Il se dit que c’est normal, peut-être. Depuis longtemps sa femme n’aime plus l’embrasser. Depuis, il cherche, et cette femme, la sienne, elle le regarde comme un étrange.

C’est cela, il a changé, encore. Elle ne l’embrasse plus, elle ne sait pas. Tout se mélange, c’est trouble. Du trouble dans sa tête et dans celle des autres. Il sent ses doigts qui se crispent au fond de la poche.  Là, c’est grave, un peu plus que d’habitude. Elle prétend qu’elle n’est pas sa femme. Il entend les mots qu’elle échappe entre deux regards d’angoisse, dit qu’il s’est trompé, qu’il est malade et dangereux. Elle dit qu’elle va appeler. Il a un vertige, toiles d’araignées devant les yeux, il se frotte le regard, il se gratte la mémoire. Et pourtant elle n’a pas peur, il sait reconnaître la peur d’une femme, d’abord dans les yeux et puis les lèvres qui remuent, qui tremblent.

Il n’essaie pas de ne pas la croire, il cherche du vrai, du possible. Il  a la clé, il a une clé,  il est entré. La porte était ouverte mais il est entré.  Il la sent cette clé entre ses doigts crispés, il voudrait la lui montrer comme un trophée. La clé, une clé, il s’entend dans sa tête, des mots qui défilent et le torturent, la : article défini, une :  indéfini. Il a peur, la grammaire comme le miroir de son trouble. Et Jules voudrait lui dire, le lui dire, il n’a pas besoin de majuscule pour être défini, pour être propre. Jules, il rit, en dedans, je suis Jules, un jules, et le vertige toujours, et ses mains qui fouillent et elle qui le regarde. Il ne sait plus, il a tout perdu, une fois de plus, il cherche les définitions de lui-même. La tendresse, lui effleure le visage, elle accompagne souvent la peur, il attend Jules, il attend tout. Tout de cette femme qu’il connaît depuis l’éternité de cette fin d’après midi.

Elle lui demande de sortir, gentiment, comme un murmure de mer au loin, gentiment, il entend le mot, ses mains ne cherchent plus, sortir de chez elle, il ne comprend pas, chez elle, chez eux, ici. Il est entré, il était si bien à pousser cette porte.

Ce matin, il est parti et il a dit : « à ce soir, je prendrai le pain ». Comme d’habitude. Il le sait, il l’entend, ça fait comme un écho. Et puis il y a les toiles d’araignées devant les yeux, le regard qui se voile, le regard qui fait mal. Il n’a rien changé, il en est certain : « ce soir je prendrai le pain ». Il s’en souvient c’est une phrase qui lui fera un trou dans la tête si on la lui enlève. C’était ce matin. Ce matin d’aujourd’hui ou d’hier, ou d’ailleurs, il ne sait pas, le doute lui fait mal. Il se rappelle la pendule dans la cuisine, toujours dans le même sens. Il cherche, il a peur son regard fouille, la pendule, c’est elle qui lui dira. Il ne sait pas si elle a répondu, ou même si elle a répondu, si elle était là. Si elle était là, il redit cette phrase à voix haute, « si elle était là, si elle était là » et elle ne bouge pas, depuis, depuis, toujours ce mot pour que la tête lui fasse mal. Quand, depuis quand, il ne cherche pas, «  si elle était là » il la regarde, elle n’a pas bougé.   Il ne s’est pas retourné comme autrefois pour la regarder lui sourire derrière le rideau. Autrefois, il préfère, depuis c’est trop dur, autrefois, c’est hier et puis demain aussi, s’il coupe le mot, il le peut, il le sait, une autre fois et on sera demain et elle n’aura plus peur, celle-ci, ou une autre. Il cherche, une autre fois, son sourire rassure. Le sien, il voudrait le voir. Il  s’en veut,  elle ne lui souriait peut-être plus, la peur qui monte, l’angoisse. Ce matin il était parti, elle ne souriait pas. C’est cela, il le sait, il le veut, il a tant besoin de comprendre. Il a si mal, si mal à la tête, il fronce les yeux, c’est le doute qui fait des rides dans les coins

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